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LA OL'ESTIöN D’OBIE.NT AU XVIII* SIECLE.
été enlevée sans doute, et il est impossible de calculer les
résultats qu’aurait eus un pareil événement, si le vaillant
roi de Pologne, Jean Sobieski, n’était accouru à la tête de
toute la cavalerie de son royaume. Il remporta en avant de
Vienne l’éclatante victoire du Kahlenberg ; les Turcs levè
rent le siège en hâte et s’enfuirent vers le sud. Ce fut un
désastre. Kara Mustapha, en arrivant à Belgrade, fut
exécuté par ordre du sultan.
Sobieski pensa l’occasion bonne de conduire contre les
Turcs une suprême croisade : que l’Europe chrétienne fît
un effort, et elle reporterait la guerre sous Constantinople
même, et elle rejetterait les Ottomans au delà du Bosphore.
L’Europe chrétienne avait de bien autres préoccupations.
Pourtant la victoire du Kahlenberg fut le signal de la pre
mière réaction offensive des Chrétiens contre les Musul
mans ; et c’est pourquoi elle est une des dates capitales de
la question d’Orient.
L’Autriche se décida à suivre l’impulsion donnée par le
roi de Pologne, et les rapides succès de ses armées mirent
en évidence la décadence des Turcs. Elle remporta la victoire
du Gran (1684), reprit Bude qui depuis un siècle et demi
était le boulevard avancé de l’Islam en pleine terre chré
tienne (1686). En 1687, le grand vizir Suleiman fut battu
à Mohacs, là même où, en 1526, le dernier roi national de
la Hongrie, Louis II, avait succombé devant l’irrésistible
invasion de Soliman le Magnifique. L’année suivante, les
Autrichiens prirent encore Stuhlweissenbourg, auprès de
Bude, Semendria au sud de Belgrade. Belgrade même, la
glorieuse conquête de Soliman, tomba entre leurs mains.
A leur approche, les populations chrétiennes s’agitaient en
Serbie, en Grèce, en Thrace, jusqu’aux portes de Constan
tinople. L’empire turc allait-il tout d’un coup s’écrouler,
comme tant d’autres fragiles constructions politiques de
l’Orient? En 1691, le grand vizir Mustapha-Zadé, le second
fils de Kœprilü P'’, fut tué à Salankemen, au nord de
Belgrade. Enfin et surtout, le prince Eugène de Savoie, mis
à la tête de l’armée impériale, remporta en 1697, à Z enta
la plus éclatante victoire de cette campagne. Les Autri
chiens envahirent aussitôt la Bosnie, la Serbie, marchèren
vers le sud.
D’autres peuples se jetaient sur l’empire turc, croyaient
la succession déjà ouverte, venaient à la curée. Les Véni
tiens, toujours avides, depuis la croisade de 1204, d’occuper