Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LA POLITIQUE DE L’AUTONOMIE. 197 
charger. Faut-il ajouter qu’il s’en aequitta au meilleur 
compte pour son trésor, du reste fort besoigneux. 
Cependant il ne convenait pas à l’Angleterre que l’occu 
pation française se prolongeât en Syrie ; elle redoutait 
quelque manifestation hardie de la politique napoléonienne; 
elle se souvenait de l’expédition du premier Bonaparte en 
Égypte ; elle craignait pour la route de l’Inde ; elle ne 
croyait pas au désintéressement, en étant elle-même inca 
pable. Dès le 10 janvier 1861, lord Cowley demanda que le 
gouvernement français rappelât son armée ; Napoléon 111 
répondit que les troubles avaient cessé, mais pouvaient 
renaître. Pourtant il ne voulait pas se brouiller avec l’An 
gleterre, ayant d’autres desseins en tête. 11 consentit à sou 
mettre la question à une conférence des ambassadeurs : 
elle fixa au 5 juin le départ des troupes françaises. Jusque- 
là de nombreux vaisseaux anglais se montrèrent sur les 
côtes de Syrie pour empêcher de nouveaux désordres qui 
auraient permis aux Français de rester. Le 5 juin, la petite 
division du général de Beaufort se rembarqua. 
La France pouvait-elle faire autrement? N’a-t-elle pas 
perdu une occasion unique d’affermir dans le Levant sa 
situation et en même temps la sécurité des chrétiens et la 
prospérité du pays? Dans des circonstances semblables, les 
Anglais ont occupé depuis et gardé l’Égypte. Ce n’est peut- 
être pas un modèle à imiter. Du moins, la France n’eut pas 
à regretter son intervention, si courte qu’elle eût été : son 
protectorat restait incontesté, son prestige était renouvelé. 
L’administration du Liban fut réorganisée par le règle 
ment du 9 juin 1861, rédigé par les ambassadeurs d’accord 
avec la Porte. Elle fut confiée à un gouverneur chrétien, 
absolument indépendant des pachas de Beirout et de Damas. 
La Montagne fut divisée en six arrondissements, dotés cha 
cun d’un conseil administratif nommé par les différentes 
communautés. Des tiibunaux mixtes furent constitués. Le 
maintien de l’ordre fut assuré par un corps de police mixte. 
Le nouveau gouverneur, proposé par les puissances, fut un 
Arménien catholique, Daoud-pacha; nommé d’abord pour 
trois ans, ses pouvoirs lui furent ensuite renouvelés pour 
huit nouvelles années. Le Liban fut dès lors tranquille et 
développa sa prospérité, sous la tutelle de la France. 
Le principe de l’intégrité de l’empire ottoman subit encore 
d’autres atteintes. La Grèce était mal satisfaite de sa situa-
	        
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