fullscreen: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LE SULTAN ET LE PACHA. 
141 
Mahmoud effrayé aima mieux faire appel à l’Europe que 
de subir la loi de son vassal ; il sollicita l’intervention des 
grandes puissances. L’Angleterre était tout occupée de sa 
réforme électorale ; le gouvernement français était sous le 
coup de la mort de Casimir Perier et il avait des sympathies 
pour le pacha d’Égypte. La Russie était l’ennemie naturelle 
du sultan; mais il ne lui convenait pas que Constantinople 
tombât aux mains d’une puissance jeune et forte qui lui 
serait plus redoutable que les Ottomans affaiblis ; elle était 
effrayée des progrès d’ibrahim ; elle offrit au sultan son appui 
militaire, voulut bien se charger de le défendre, de repousser 
les Égyptiens, — elle saurait bien se faire payer ensuite. 
Mahmoud trouva cette générosité excessive ; il hésita. Il 
mit sa dernière espérance dans l’armée de Reschid-Méhémet 
qui venait de pacifier l’Albanie et qu’il envoya en Asie 
mineure. Ibrahim lui livra bataille à Konieh, le 21 décembre 
1832, lui infligea un désastre complet, le fit prisonnier, 
marcha sur Constantinople. 
L’instant était critique. Le pacha d’Égypte voulait toute 
la Syrie et la Mésopotamie ; il voulait Bagdad par où il 
ouvrirait au commerce la route de l’Inde. Il rêvait de deve 
nir le grand vizir de l’empire ottoman et d’en refaire la for 
tune. L’Islam tout entier s’agitait; il voyait en Ibrahim le 
vengeur du Coran, que Mahmoud ne respectait plus; il 
voyait dans le choléra, qui sévissait, la punition du ciel ; il 
reprochait au sultan ses idées nouvelles, la destruction des 
Janissaires qui avaient été le glorieux instrument de la con 
quête musulmane. Un derviche arrête un jour Mahmoud: 
« Giaour padischah, lui crie-t-il, n’es-tu pas rassasié d’abo 
mination? Tu détruis les institutions de tes pères, tu ruines 
la religion et tu attires la vengeance du prophète sur toi et 
sur nous. » Le sultan dit: « C’est un fou! » — « Fou! 
réplique l’autre ; c’est toi qui as perdu la raison. Accourez, 
musulmans ; c’est l’esprit de Dieu qui m’anime et m’ordonne 
de parler ; il m’a promis la récompense des saints. » On 
l’arrêta, on le mit à mort ; mais ses frères lui élevèrent un 
tombeau où les pieuses visites furent nombreuses, où il se 
produisit des miracles. 
Alors arriva à Constantinople un aide de camp du tsar, le 
général Mouravief ; il renouvela les offres de son maître. 
Mahmoud terrifié, certain qu Ibrahim vainqueur le détrône 
rait et le ferait périr, comme avaient péri Sélim III et tant 
d’autres sultans, se jeta dans les bras de la Russie, pria
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.