Full text: Les questions fondamentales du marxisme

126 G. V. PLÉKHANOV 
sa justesse, n’en est pas moins encore très vague. Pour com- 
prendre de quelle manière l’art reflète la vie, il faut comprendre 
la mécanique de cette dernière. Mais il est certain que, chez 
les peuples civilisés, la lutte des classes est un des plus impor- 
tants ressorts de cette mécanique. Et ce n’est qu’après avoir 
examiné ce ressort, après avoir pris en considération la lutte 
des classes et en avoir étudié les péripéties dans toutes leurs 
variétés multiples, que nous serons en état de nous expliquer 
à nous-mêmes d’une façon tant soit peu satisfaisante l’histoire 
« spirituelle » de la société civilisée La « marche » des 
« idées » de cette société reflète l’histoire des classes dont 
elle se compose et des combats que ces classes se sont livrés 
entre elles. (Vingt années, p. 323-324) (Œuvres, t. XIV). 
En ce qui concerne les causes qui déterminèrent le succès 
de la peinture de David, voir au même tome, p. 317-319. 
W. Hausenstein, historien allemand de l’art, a consacré plu- 
sieurs ouvrages à ce même thème (D. R.). 
(34) Dans sa polémique contre les frères Bauer, Marx écrit : 
« La philosophie française avancée et particulièrement le ma- 
térialisme français du xvirr siècle étaient une lutte non seule= 
ment contre la religion et la théologie existantes, mais aussi 
contre la métaphysique du xvrr° siècle (et contre toute méta- 
physique), contre celle de Descartes, de Malebranche, de Spi- 
noza et de Leibniz, et en même temps « contre les institutions 
politiques existantes >. C’est un fait universellement reconnu 
à présent. 
(35) Nous rencontrons déjà cette référence à Sismondi dans 
l’article bien connu de Plékhanov : « Quelques mots pour la 
défense du matérialisme économique », lettre ouverte à V. Gol- 
tzev (reproduite dans le recueil Vingt années), (Œuvres, t. VI). 
D’après Sismondi, « en France, sous le règne de Philippe V, 
les romans français, qui seuls étaient alors lus à la cour et 
dans les châteaux, modifièrent les mœurs nationales en mon- 
trant à la noblesse à quoi elle devait aspirer, comme à la per- 
fection ». La littérature influença les mœurs. Mais d’où était- 
elle sortie elle-même ? A quelle cause les romans de chevalerie 
devaient-ils leur existence ? La réponse est claire : « les romans 
de chevalerie devaient leur existence à celle des mœurs de la 
chevalerie ». (D. R.). 
(36) Déjà Spinoza avait dit (Ethique, troisième partie, 2 
théorème, annotation) que beaucoup croient agir librement, et 
cela parce qu’ils connaissent leurs actes tout en en ignorant les 
causes. « Ainsi, l’enfant croit qu’il veut du lait de sa propre 
volonté, le petit garçon courroucé, qu’il veut sa vengeance, le 
pusillanime, qu’il veut fuir ». La même pensée a été exprimée 
par Diderot, dont la doctrine matérialiste était un spinozisme 
dégagé de son enveloppe théologique.
	        
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