LA POLITIQUE DES RÉFORMES.
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donna des attributions administratives et législatives, une-
part de l’autorité suprême, de sorte qu’il put être une
sorte de Parlement rudimentaire. Il y appela une forte
proportion de conseillers chrétiens, et, en inaugurant ses
séances le 10 mai, il lui confia la mission d’assurer « par
l’union de tous la prospérité générale et les progrès de
l’instruction publique ». Cet acte fut accueilli par les très
vives satisfactions des chrétiens ; ils accompagnèrent
d’enthousiastes ovations le départ pour Constantinople des
conseillers de leur religion. « Je compte, disait encore le
sultan, faire appel à toutes les capacités comme à toutes
les nationalités : Syriens, Bulgares, Bosniaques, seront ici
comme en un centre commun, et deviendront les auxiliai
res de mes ministres ».
Selon la même inspiration fut encore créée une Ilaute-Cour
de Justice, composée aussi de musulmans et de chrétiens et
répondant au dogme de la séparation des pouvoirs exécu
tif et judiciaire. Le président du Conseil d'État fut Midhat
pacha, personnage très éclairé et très convaincu que les
réformes étaient nécessaires au salut de l'empire ottoman.
Enfin, dans un intérêt stratégique et surtout économi
que, fut dressé le plan d’un vaste réseau de chemins de
fer, destiné à recouvrir toute la péninsule des Balkans. Il
devait surtout se composer de deux grandes lignes, qui,
parties de Constantinople et de Salonique, se joindraient
aux voies du Danube moyen. Un contrat fut passé, en
18Ò8, entre la Porte et une compagnie dite franco-belge^
formée surtout de capitalistes français, et les travaux
furent bientôt commencés à Dédé-Agatch sur la mer Egée,,
à Constantinople et à Salonique. Les conséquences en
pouvaient être très importantes ; car, par leur situation
géographique, ces pays sont destinés à devenir le lieu du
grand transit indo-européen. Surtout rien ne pouvait être
plus favorable au développement de la civilisation euro
péenne, à la lusion des races et des intérêts. Si les Musul-
mns fanatiques en marquaient de l’inquiétude et redou
taient que a la locomotive venue de Paris ou de Vienne ne
fût comme le cheval de Troie apportant dans ses flancs la
destruction et la mort », les esprits éclairés se persuadaient
que les voies ferrées contribueraient plus que les canons
rayés à la solufion du problème oriental.
Quel eût été le résultat de cette politique, en apparence
si résolue, si elle avait été continuée assez longtemps, si