140
LA HONGRIE
La kola est une voiture primitive qui a des liens de parenté étroits avec
la téléga russe : elle est tout en bois; ses ridelles à jour ressemblent à deux
le soleil est trop brûlant, on tend une bâche fixée à des cerceaux. Deux
petits chevaux croates, maigres, mais agiles comme des sauterelles, enlèvent
cailloux, on dégringole aux descentes, sans frein, sans sabot, allant d’un
dessus bord.
La partie de la Sagorjé que nous traversions était belle et fraîche comme
les vallons de la verte Gruyère. On appelle cette gracieuse contrée la
« Suisse croate » .
Mais c’est une Suisse calme et tranquille, sans les grandes émotions
alpestres; une Suisse d’une physionomie gaie, ouverte, souriante. A l’ho
rizon, pas de cime neigeuse dressant son turban argenté, pas de grandes
murailles de granit qui semblent soutenir la voûte cristalline du ciel.
Par contre, des collines doux-fleurantes, bondissant sagement comme
celles que l’Écriture compare aux agneaux dociles : toutes les grâces d’une
nature rustique et coquette couronnée de blé et de fleurs, avec une verte
ceinture de prairies et une écharpe de ruisseaux d’argent.
Les forêts de sapins y sont remplacées par de véritables forêts de mais
qui dressent jusque sur les mamelons et les collines leurs hampes hautes de
râteliers; l’arrière-train est rempli de foin recouvert d’une peau de chèvre,
sur laquelle on s’assied ou plutôt on se couche. Quand il pleut ou quand
ce char avec une vitesse de trois lieues à l’heure ; et F on saute sur les
Une « kola » .
train de cinq cents diables. Il faut se cramponner pour n ôtre pas jeté par-