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MESDEMOISELLES,
Je ne prétendrai pas que cet hymne à la confiance dans le
succès ait été rédigé en pensant particulièrement à vous, car,
à part de rares exceptions, — sont-elles enviables ? — la
femme aspire à un rôle plus nécessaire encore et, en tout cas,
plus doux,
Vous aurez acquis pendant votre passage dans les bureaux
et, je l’espère, à nos cours du soir, de précieuses notions. Gagne
pain d'aujourd'hui et de demain, elles vous permettront après-
demain de mieux régler les dépenses de votre ménage et d’être
pour votre mari la compagne intelligente et avertie qui donne
leur sens aux triomphes, en augmente les joies et adoucit les
amertumes des échecs.
Je demande d’ores et déjà votre aide dans une grande
œuvre.
Nous avons été, dans la région, parmi les plus zélés propa-
gandistes de la création, puis de la généralisation des alloca-
tions familiales. Vous savez ce dont il s’agit.
Tout récemment encore, deux thèses s’affrontaient pour la
fixation des salaires.
L'une était la loi d’airain des économistes : le salaire est une
marchandise achetée et vendue au meilleur prix obtenable.
Cette conception conduit à des salaires insuffisants et à de
ruineux conflits. Elle est affreuse de conséquences pour la
famille.
L'autre était la thèse du salaire familial, suffisant pour que
chaque salarié puisse élever une famille nombreuse. Elle est,
hélas, impraticable, non seulement parce qu’elle conduirait à
des prix de revient excessifs, mais parce que les célibataires
et les pauvres d’enfants, qui ont moins de besoins et le mèmè
salaire, font, sans malice, par le simple poids de leur pouvoir
d'achat, monter les prix à un niveau tel que les familles nom-
breuses — trop rares — sont toujours les victimes dans la
course infernale, coût de la vie, salaire, coût de la vie.
Les organisateurs des allocations familiales ont voulu trou-
ver la solution moderne de ce dilemme. Elle consiste à donner
à part, par le soin d’organisations indépendantes, un salaire
supplémentaire auquel l’employé et l’ouvrier ont droit, non en
raison de leur travail, mais en raison du nombre de leurs
znfants.
Déjà, à Marseille, plusieurs centaines de maisons sont affi-
liées à l’une ou l’autre des cinq organisations qui distribuent