fullscreen : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LA  DEUXIÈME  GUERRE  DES  BALKANS  (1912-1913).  293
méridionales  :  la  Grèce  veut  tous  les  pays  de  langue
grecque  ;  1  Italie  et  l’Autriche  sont  d’accord  pour  l’écarter
du  canal  d  Girante,  pour  reculer  sa  frontière  le  plus  loin
possible  vers  le  Sud.  11  faudra  aussi  donner  une  constitution ­
  aux  populations  albanaises,  qui  ne  savent  pas
trop  ce  que  c’est,  habituées  à  l’anarchie  du  pillage  ;  il
faudra  leur  enseigner  la  nécessité  et  le  respect  de  l’ordre
politique  et  social  :  dure  besogne,  fertile  en  incidents.  Il
faudra  surtout  y  concilier  les  intérêts  opposés  de  l’Autriche
et  de  l’Italie  :  si  l’Autriche  l’emporte,  c’est  la  mer  Adriatique ­
  transformée  en  un  lac  autrichien  ;  si  l’Italie  l’emporte,
c'est  Trieste  bloquée,  embouteillée  ;  grave  problème,  de
ces  problèmes  qui  ne  se  résolvent  généralement  qu’à  coups
de  canon.
Il  y  a  enfin  la  question  des  Iles,  du  Dôdécanèse  (ou  les
Douze  Iles,  dont  les  principales  sont  du  nord  au  sud
Imbros,  Lemnos,  Tenedos,  Mitylène,  Chio,  Cos,  Rhodes).
La  Grèce  les  revendique,  puisqu’elles  sont  de  race  grecque
et  veulent  être  grecques,  comme  la  Crète  ;  mais  l’Italie  en
occupe  quelques-unes,  en  garantie  du  traité  de  Lausanne;
elle  ne  paraît  pas  éloignée  de  l’idée  d’en  garder  une,  ou
plusieurs,  par  exemple  Rhodes  ;  chose  sérieuse  :  si  elle
garde  Rhodes,  les  autres  puissances,  méditerranéennes  ou
non,  dans  l’intérêt  de  l'équilibre,  prendront  d’autres  morceaux, ­
  et  ce  sera  le  partage  de  la  Turquie  d’Asie,  de  conséquences ­
  incalculables.
En  dehors  de  ces  règlements  à  achever,  la  crise  des  cinq
dernières  années  laisse  des  résultats  qu’il  peut  être  utile
d’analyser.
Elle  se  résout  par  un  nouveau  démembrement,  un
démembrement  décisif  de  l’empire  turc  :  on  s’y  attendait;
c’est  une  loi  ;  même  vainqueur,  l’empire  ottoman  perd
quelque  chose  ;  à  plus  forte  raison  quand  il  ne  l'est  pas.
A  sa  place  en  Europe  on  a  pu  voir  naître  et  vivre  un
moment  une  confédération  ou  du  moins  une  alliance  balkanique. ­
  Elle  n'a  pas  duré.  Il  n’est  pas  probable  qu’elle
renaisse.  Elle  a  fait  place,  pour  combien  de  temps  ?  à  une
alliance  de  la  Roumanie,  de  la  Serbie,  du  Monténégro  et
de  la  Grèce.  En  fait,  ces  États  peuvent  s'allier  ;  ils  ne
semblent  pas  faits  pour  se  lier  très  étroitement  en  une  véritable ­
  Confédération.  Ils  ont  des  intérêts  non  opposés,  mais
divergents;  ils  constituent  d'ailleurs  séparément  des  forces
            
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