1546‘. L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS '
mée indigène : en voulant traiter ces hommes à l'euro-
péenne, nous les faisons souffrir terriblement ; en réalité,
nous les maltraitons. Cette théorie de l'assimilation n’est
pas, hélas! évanouie comme on pourrait se l'imaginer,
et je voudrais indiquer le fruit d’essais tourmentés qui
ont duré un siècle et derni aux Indes anglaises. Vers le
commencement du dix-neuvième siècle, les Anglais ont
fait prévaloir dans l'Inde la conception du code anglo-
indien, appliquée à toutes les populations de l'Inde :
ils traduisaient les lois anglaises et les imposaient à ces
peuples divers pour arriver à les rendre homogènes. Ils
étaient convaincus qu’ils faisaient le bonheur de ces
peuples et ils espéraient que tous les codes seraient prêts
à être promulgués avant 1850. Quelle illusion ! Bien que
la Charte de 1833 ait ordonné l’exécution de ce code
anglo-indien, il fallut y renoncer ; les Anglais essayèrent
alors de constituer péniblement une législation spéciale
anglo-indienne. On s’est trouvé alors en face d’un double
péril ; incompréhension de la part des sujets ; absence de
tradition de la part des magistrats. À la suite de ces expé-
riences, on arriva enfin à une solution opposée : la codi-
fication de la coutume. C’est la règle à appliquer aux
sociétés dans lesquelles nous pénétrons. Ainsi donc, au
bout de plus d’un siècle d’expériences, les Anglais étaient
parvenus à cette solution : comprendre les coutumes poli-
tiques, juridiques et sociales, tâcher de les codifier d'abord
pour les connaître, quitte à voir ensuite ce qu’il faut main-
tenir ou modifier.
Et nous nous trouvons ainsi portés à l’autre théorie.
qui est aujourd’hui répandue dans certains milieux colo-
niaux : le respect absolu de la coutume indigène. Quel-
ques-uns, en effet, vont à l’extrême, croient qu’il faui
suivre ces coutumes jusque dans le détail et que nous ne
devons juger les indigènes que d’après leurs propres
idées.
Dans cette théorie. qui aujourd’hui domine les milieux