L’'APPORT INTELLECTUEL DES COLONIES 269
l’action de la puissance protectrice ne s'exerce guère
que depuis quarante-cinq ans de façon ininterrompue
dans la contrée ; la population est souvent plus dissé-
minée qu’en Algérie; les gouvernants des pays d’où
viennent les immigrés s’efforcent, par tous les moyens, de
maintenir leur influence sur ces derniers, et donc s’ingénient
à leur faire conserver l’usage de leur langue maternelle.
De là des difficultés réelles, plus grandes encore dans un
pays de protectorat que dans une possession ; elles n’en-
travent pas complètement, mais elles retardent l’œuvre
de francisation des Italiens et des Anglo-Maltais de la
régence. Du moins ne contrarient-elles pas les efforts
de l’administration du protectorat à l’égard des jeunes
gens et même des jeunes filles indigènes, ni, non plus,
de ceux qui travaillent à répandre la connaissance de
notre idiome parmi les adultes. En Tunisie, tout au
moins parmi les indigènes, la diffusion de l’instruction
française et de la langue française va progressant de
façon constante, mais à. un rythme moins vif qu’en
Algérie, pour le plus grand bénéfice de la civilisation et
de l’influence métropolitaines.
A l’autre extrémité du Maghreb, dans les pays de
« l’Occident lointain », du Maroc, la situation ne se pré-
sente pas du tout de la même manière. Longtemps, la con-
trée est demeurée hermétiquement fermée aux influences
européennes; une partie vient à peine d'accepter la
paix française et, pour employer une vieille expression
indigène, l’autre demeure encore pays siba. Il ne faut pas
oublier, d’autre part, que les montagnes du Maroc cons-
tituent le dernier refuge des plus vieilles traditions ber-
bères ; là, sous un vernis plus ou moins musulman,
persistent encore les vestiges de très anciennes et très
primitives civilisations. Aussi, en plein cœur de la contrée,
n’existe-t-il pas de vraie pénétration de la langue fran-
çaise ; dans la plaine atlantique et sur la côte, il en va
tout autrement, C’est que les colons européens (Esva-