198 LA GUERRE DE CRIMÉE ET SES SUITES.
tion ; elle avait espéré étendre son territoire à la faveur de
la guerre de Crimée : elle avait été contenue par la France
et l’Angleterre. Elle en était restée mécontente, et en fai
sait porter la responsabilité au roi Othon. Pendant un voyage
du roi, les soldats se soulevèrent, pillèrent son palais ; une
assemblée nationale vota sa déchéance (1862). Elle offrit
la couronne au duc Nicolas de Leuchtenberg, cousin-
germain du tsar et petit-fils d’Eugène de Beauharnais. L’An
gleterre s’en effraya, proposa la candidature du prince
Georges de Danemark, mais ne put la faire accepter qu’en
cédant à la Grèce les îles Ioniennes qu’elle occupait depuis
1815. Georges I" fut élu le 30 mars 1863 ; il épousa en 1867
la grande-duchesse Olga, nièce d’Alexandre II. L’année
suivante, la constitution fut modifiée par la suppression du
Sénat : tout le pouvoir législatif appartint à la Chambre des
députés, élue au suffrage universel.
Les espérances de la Grèce furent excitées par l’acquisi
tion des îles Ioniennes. Le parti national rêva de réaliser la
grande idée, c’est-à-dire de faire un État grec de tous les
pays de race et de langue grecque. Il pensa profiter d’une
nouvelle insurrection de la Crète.
La condition de la Crète était quelque peu semblable à
celle du Liban. Elle était habitée par une majorité de chré
tiens et une minorité de musulmans. L’administration y
appartenait naturellement à des fonctionnaires musulmans.
De là des conflits fréquents, plus fréquents à mesure que
d’autres provinces chrétiennes de l’empire obtenaient leur
autonomie. Les Crétois avaient participé à la guerre de l’in
dépendance grecque ; ils avaient même été quelques années
unis aux Grecs sous l’administration de Capo d’Istria. Ils
avaient été durement traités par les Égyptiens d’Ibrahim-
pacha ; pourtant la paix d’Andrinople les remit sous la
domination du sultan, parla convention de juin 1830. Ils
se soulevèrent en 1841, lors de la crise égyptienne, en 1852,
lors de l’affaire des Lieux-Saints. Après l’avènement de
Georges I®% quand il fut question de son mariage avec la
grande-duchesse Olga, le bruit courut que la Russie lui pro
mettait la Crète en dot. Les Crétois chrétiens se soulevè
rent en mai 1866 et luttèrent dans leurs rochers contre les
troupes turques. Des volontaires vinrent de partout à leur
secours; parmi les Français, Gustave Flourens. Ils élurent
une assemblée nationale, formèrent un gouvernement pro
visoire, proclamèrent leur annexion à la Grèce. Le minis-