L’APPORT ARTISTIQUE DES COLONIES 307
à ses nouveaux sujets l’usage du vêtement et les cou-
tumes de l'Inde. Cette première hindouisation se place ap-
proximativement vers le début de notre ère.
Le royaume de Founan subsista jusqu’au sixième siècle.
Au temps de sa plus grande extension, il embrassait à
peu près les territoires actuels du Cambodge, du Siam,
du Laos, de la Cochinchine, avec une’ partie de la pénin-
sule malaise. C’était donc un très grand État, plus grand
même que l’empire cambodgien à son apogée. On y prati-
quait les arts du bois et du métal (statues de bronze,
bijoux); on ne peut guère douter que la sculpture sur
pierre y ait été également connue, mais rien n’en a subsisté,
rien au moins qu'on puisse rapporter en toute sûreté à
cette origine. Toutefois, à en juger par les traits communs
que présente la plastique ancienne au Cambodge, au Siam
et dans la péninsule malaise, on est porté à voir dans ces
trois pays les héritiers d’une même tradition artistique,
qui ne peut être que celle du Founan. De ces rameaux,
le plus vigoureux et le plus vivace fut le rameau cambod-
sien. Les premiers monuments qui en subsistent remontent
au septième siècle : ce sont de simples tours de brique,
mais où l’on peut constater une recherche de la variété,
une science du décor ornemental, une assurance technique
qui attestent l’existence d’une grande école d’art. Dans
la sculpture, on note une recherche des belles formes, du
modelé, de la musculature, qui ne se retrouve plus au
même degré à l’époque classique : il suffit de citer comme
exemples l’homme au bras levé de la collection Stoclet,
le dieu à quatre bras du Prasat Damre: Krap, les deux
Harihara, du musée de Pnom Penh et du musée Gui-
met (1). L'influence hindoue est plus prononcée dans cet
« art khmèr primitif » dans dans les œuvres des époques
(1) Voir H. PARMENTIER, l’Art khmèr primitif, Paris, 1927,
fig. 84-87, 110; H. Gorousew, le Harihara de Maharosei, dans
Études asiatiques. Paris, 1925, I, p. 285.