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A. RÆDER
sous des couleurs un peu forcées lorsqu’il dit 1 que : « Tous les
Grecs font et feront une guerre éternelle aux peuples étrangers,
aux Barbares ».
Mais, peut-on conclure de cette remarque que les Hellènes n’ont
pas eu un veritable droit international? N’a-t-on pas vis-à-vis
des Hellènes, des exigences plus fortes que celles que nous avons
pour nous-mêmes ? On sait, en effet, que le droit international ne
s’applique pas, aujourd’hui non plus, au monde tout entier. Nous
n’attribuons le vrai traitement d’égal à égal, au point de vue du droit
international, qu’aux peuples européens, sauf en partie à la Turquie,
et aux pays colonisés par l’Europe, ainsi qu’au Japon. Le monde
Mahométan, la Chine, etc. . . . sont rangés dans une classe inférieure,
et pour les autres sociétés, on ne peut vraiment pas dire qu elles aient
une situation juridique quelconque à nos yeux.
Aussi, ne pouvons nous reprocher aux Hellènes d’avoir exclu
de leur groupement social les autres peuples qui les entouraient. Ils
étaient liés, exactement comme nous le sommes nous-mêmes, par la
situation préexistante ; ils ne pouvaient vraiment pas accorder le
traitement d’égalité à d’autres peuples n’appartenant pas à une
même sphère juridique.
Si l’on doit ainsi reconnaître que les Hellènes sont arrivés à de
véritables formes de droit international pour leurs relations réci
proques, par conséquent à une base juridique commune, si l’on se
souvient de la division du monde grec en une multitude de petites
sociétés autonomes voisines, et si l’on évoque la hauteur à laquelle
l’esprit grec s’est élevé, aussi bien pour le fonds que pour la forme,
il paraîtra compréhensible que l’idée de l’arbitrage ait ici, pour la
première fois dans l’histoire humaine, trouvé un terrain propice pour
s y développer et y enfoncer ses racines, car un point encore, et un
point indispensable au transfert de l’idée de l’arbitrage dans la vie
XXXI, 29 : cum alienigenis, cum barbaria aeternum omnibus Graecis bellum est
eritque. Cfr. Dio Hal. IV, 25, 3.