Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

184

LA  11  OPs  G  UIE

un  rhythme  splendide  ses  grandes  lignes  calmes  et  solennelles.  Mon  œil
planait  dans  le  libre  espace  sans  rencontrer  d’obstacle  :  point  de  montagnes, ­
  point  de  collines,  point  de  baies  ni  de  barrières  divisant  le  sol,
mais  une  immensité  ouverte,  infinie,  sans  bornes,  d’un  vert  pâle,  entrecoupée ­
  çà  et  là  de  champs  de  blé  se  détachant  en  îlots  d’or,  et  sillonnée,
comme  la  haute  mer  l  est  de  navires,  de  chariots  traînés  par  des  bœufs  à  la
robe  d’argent,  fiers  de  leurs  longues  cornes  recourbées,  et  à  Failure  lente
et  grave.
Agauche  se  dressait  un  grand  grenier  isolé,  d’un  blanc  mat,  avec  ses  nombreuses ­
  fenêtres  garnies  de  grillages  ou  de  persiennes  à  lames  très-minces.
A  droite,  s’étendait  un  rideau  de  peupliers  que  le  soleil  levant  colorait
en  rose,  et  quelques  chênes  que  les  reflets  de  l’aurore  faisaient  ressembler
à  d  énormes  massifs  de  lilas  fleuri.
C'était  tout.  Mais  ce  paysage  était  plus  varié  d’aspect,  de  tons  et  de  couleurs ­
  que  les  plus  beaux  paysages  que  j’aie  vus.  La  lumière,  qui  inondait  la
plaine  de  la  tendresse  ardente  de  ses  rayons,  produisait  des  effets  étonnants
de  beauté  et  de  nouveauté,  rayant  de  bleu,  de  violet,  de  jaune,  1  immense
tapis  de  verdure,  d’épis  et  de  fleurs,  faisant  scintiller  la  rosée  en  rivières  de
diamants.  Le  ciel,  d’une  couleur  gris  de  perle,  avait  par  endroits  des  rougeurs ­
  pudiques  de  vierge.  Et  les  petits  nuages  qui  passaient  comme  un  vol
de  flamants  ou  un  vol  de  colombes,  couleur  de  chair  ou  couleur  de  soie,
vous  donnaient  toutes  sortes  d’idées  aimables  et  gracieuses.
De  toutes  parts,  la  vie  encore  endormie  s  éveillait.  Sous  les  arbres  du
jardin  montait  une  allégresse  générale.  Autour  des  lys  en  blanc  peignoir,
les  papillons  battaient  des  ailes.  Les  roses  s’empourpraient  aux  baisers  du
soleil,  et  les  pâles  marguerites  saignaient  des  morsures  des  abeilles.  En
joyeuses  envolées,  des  cailles  passaient;  des  hirondelles  nouaient  leurs
longues  guirlandes  noires;  l’air  était  plein  de  chants  d’oiseaux  et  de  cliquetis ­
  d’insectes.  Et,  de  tous  côtés,  des  bouffées  de  parfums  délicieux,
doucement  balancées,  arrivaient.
Quelle  force,  quelle  jeunesse  calme  et  tranquille,  dans  ce  réveil  de  la
pusztci,  dans  ce  le^ci  de  1  aube  qui  était  comme  le  retour  radieux  du  printemps, ­
  et  qui  faisait  éclore  à  la  fois  les  fleurs  des  arbres  et  des  plantes,  les
œufs  des  rivières  et  des  nids!
Derrière,  dans  la  cour,  on  entendait  les  coqs  sonner  bruyamment  une
fanfare  de  victoire,  tandis  que  les  oies  nasillaient  comme  de  vieux  chantres
pris  de  vin.
M.  L.  ..  m’arracha  à  ma  muette  contemplation  en  venant  me  souhaiter  le
bonjour  et  m’annoncer  que  le  déjeuner  était  servi.
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.