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MAHMOUD ET MÉUÉMET.
suivant: il rendi-ait au sultan les villes saintes d’Arabie,
Tile de Candie, Adana et le nord de la Syrie, et ne garderait
que l’administration héréditaire de l’Égypte, viagère de la
Syrie; si, dans un délai de dix jours, il n’avait pas accepté
ces conditions, les parties contractantes ne lui garantiraient
plus rien du tout. Elles s’accordaient enfin pour une exécu
tion militaire en conformité de ces stipulations.
L’émotion fut énorme en France lorsque, quelques jours
après, on connut ces nouvelles. « C’est un nouveau traité
de Chaumont », disait le maréchal Soult. — « C’est le
Waterloo de la diplomatie, » s’écriait Lamartine. M. Thiers
fut sans doute très blessé ; mais il ne le laissa pas trop
paraître, et refusa de convoquer les Chambres d’urgence,
« de peur d’être entraîné par elles ». L’opinion fut en effet,
presque sans exception, portée aux mesures les plus déci
sives; les journaux étaient presque tous très belliqueux:
a L’Europe est bien faible contre nous, écrivait le Temps.
Elle peut essayer de jouer avec nous le terrible jeu de la
guerre; nous jouerons avec elle le formidable jeu des
révolutions ». Le Journal des Débats déclarait: a Le traité
est une insolence que la France ne supportera pas: son
honneur le lui défend ». On crut un moment que le minis
tère allait répondre immédiatement au traité par une décla
ration de guerre. Louis-Philippe lui-même céda d’abord à
cet irrésistible mouvement national: « Depuis dix ans,
s’écria-t-il, je forme la digue contre la Révolution, aux
dépens de ma popularité, de mon repos, même au danger
de ma vie. Ils me doivent la paix de l’Europe, la sécurité
de leurs trônes, et voilà leur reconnaissance! Veulent-ils
donc absolument queje mette le bonnet rouge? » Il disait
aux représentants de l’Autriche et de la Prusse: « Vous
êtes des ingrats. Vous voulez la guerre, vous l’aurez; et
s’il le faut, je démusellerai le tigre. Il me connaît et je sais
jouer avec lui. Nous verrons s’il vous respectera comme
moi ». Même sous de telles parodes, il est difficile de
démêler les véritables intentions du roi, il était sans doute
très profondément irrité ; mais il lui fallait parler ainsi,
sous peine d’être le plus impopulaire des hommes ; il com
prenait en ces circonstances la nécessité de « crier plus
haut » que Thiers, pour ne pas être débordé et renversé
par Wdot de l’indignation publique. Il démusela le tigre; il
ne lui ouvrit pas la porte de la cage.
Cependant on se préparait à la guerre, avec la plus