Contents : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LE  GRAND  PLAN  DE  NAPOLEON  SUR  L’ORIENT,  85
Les  Anglais  y  répondent  aussitôt.  L’ambassadeur  s’est
retiré  sur  les  vaisseaux  de  l’Archipel.  Il  revient  avec  la
flotte  de  l’amiral  Duckworth.  Les  Dardanelles  et  le  Bosphore ­
  avaient  été  précipitamment  fortifiés  par  le  commandant ­
  Juchereau  de  Saint-Denis.  La  flotte  anglaise  s’engage
dans  les  Dardanelles,  le  19  février  1807;  les  canons  des
châteaux  d’Europe  et  d’Asie  croisent  leurs  feux  sur  elle;  ils
sont  bientôt  démontés,  réduits  au  silence  ;  les  canonniers
turcs  effrayés  abandonnent  leurs  batteries;  la  panique
gagne  tous  les  forts,  au  long  du  rivage,  entre  dans  Constantinople, ­
  répand  la  terreur  au  sérail.  L’amiral  Duckworth
pénètre  dans  le  Bosphore,  jette  ses  ancres  au  cap  San
Stefano,  à  deux  lieues,  en  vue  du  palais  du  sultan.
Le  moment  est  critique.  Sélim  parle  d’en  passer  par  les
exigences  des  Anglais.  Sébastiani  combat  cette  faiblesse  :
les  Anglais  peuvent  être  bloqués  dans  le  Bosphore  ;  on  peut
leur  faire  regretter  leur  audace;  il  est  facile  d’armer  les
forts,  de  leur  fermer  la  retraite  ;  Constantinople  n’est  pas
une  place  que  l’on  puisse  ainsi  enlever  d’un  coup  de  main.
Sébastiani  l’emporte  encore,  se  charge  de  tout.  Selon  son
avis,  le  Divan  consent  à  entamer  des  négociations  avec
l’amiral  Duckworth,  les  traîne  en  longueur,  d’heure  en
heure,  de  jour  en  jour.
Cependant  Constantinople  est  mise  en  état  de  défense.
Excités  par  l’exemple  de  Sébastiani  et  de  ses  Français,  les
Turcs  travaillent  avec  énergie  ;  des  vaisseaux,  des  chaloupes,
des  brûlots  se  rangent  devant  la  Corne  d’Or,  en  ferment
l’entrée.  Les  fortifications  sont  partout  réparées;  le  sultan,
les  ministres  visitent  à  pied  les  travaux,  sont  pris  euxmêmes
  d’une  ardente  fièvre  belliqueuse.  Partout  des  terrassements ­
  s’élèvent,  au  Bosphore,  aux  Dardanelles,  se
hérissent  d’artillerie.  Le  divan  ne  se  hâte  pas  de  répondre
aux  sommations  anglaises;  Duckworth  s’impatiente,  s’inquiète. ­
  1.200  canons  ouvrent  leurs  gueules  menaçantes  sur
les  Anglais;  Duckworth  n’attend  pas  les  décisions  du
sultan  ;  il  craint  d’être  pris  au  piège  ;  il  le  sera  s’il  reste
devant  la  ville.  Le  1®'  mars,  il  lève  ses  ancres,  reprend  le
chemin  des  Dardanelles;  au  passage,  il  est  rudement  salué
par  les  batte.ies  des  châteaux;  il  se  hâte,  perd  deux  corvettes, ­
  600  hommes  tués,  et  disparaît  au  sud,  heureux  d’en
-être  quitte  à  ce  compte.
Il  en  coûte  aux  Anglais  d’en  rester  sur  cet  échec.  Quinze
■ours  après,  à  l’improviste,  l’amiral  Fraser  paraît  sur  les
            
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