Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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LE  GRAND  DESSEIN  DE  NAPOLÉON.

les  batteries  improvisées  par  Sebastian!  furent  servies  par
des  soldats  recrutés  en  hâte,  et  appelés  yamaks  labieli,  ou
«  assistants  des  batteries  ».  Après  l’échec  infligé  aux
Anglais,  ils  reçurent  des  récompenses,  des  privilèges  ;  mais
les  Janissaires  les  excitèrent,  leur  firent  craindre  d’être
versés  dans  le  nizam-djedid;  leurs  chefs  se  mirent  en
rapport  avec  le  chef  des  yamaks,  Kabakchi-Oglou.  Celui-ci,
dans  l’espérance  de  s’emparer  du  pouvoir,  se  souleva  avec
l’aide  des  Janissaires,  conduisit  ses  soldats  à  Constantinople
après  leur  avoir  fait  prêter  serment  sur  son  sabre  nu.
Arrivé  devant  le  sérail,  il  se  fit  livrer  dix-sept  ministres  ou
hauts  dignitaires  du  sultan,  et  leurs  têtes  coupées  furent
rangées  sur  le  front  du  bataillon  des  yamaks.  Puis  le  sultan
dut  ordonner  la  suppression  de  toutes  les  troupes  du  nizam  ;
enfin,  il  fut  déposé,  enfermé,  remplacé  par  son  cousin
Mustapha  (29  mai  1807).
Cela  dura  quelques  mois.  Le  pacha  de  Routchouk,  Mustapha ­
  le  Baraïetar  ou  le  porte-étendard,  était  un  fidèle
serviteur  de  Sélim  et  un  zélé  partisan  de  ses  réformes.
Quand  il  se  jugea  assez  fort  pour  réussir,  il  mena  ses
troupes  à  Constantinople.  Kabakchi-Oglou  fut  pris  et  tué
dans  la  somptueuse  villa  qu’il  habitait  sur  le  Bosphore.
Le  Baraïetar  exigea  le  rétablissement  de  Sélim  ;  on  ne  lui
livra  que  son  cadavre.  Le  sultan  Mustapha  n’en  fut  pas
moins  déposé,  et  Mahmoud  II  fut  proclamé  le  28  Juillet  1808.
Le  Baraïetar  fut  grand-vizir.  Il  ordonna  quelques  exécutions, ­
  pour  décapiter  le  parti  adverse;  quelques  femmes  du
harem,  qui  s’étaient  trop  bruyamment  réjouies  de  la  mort
de  Sélim,  furent  cousues  dans  des  sacs  et  jetées  au  Bosphore. ­

Le  nouveau  vizir  était  du  reste  un  personnage  très  cruel;
il  excita  bientôt  de  vifs  mécontements.  Un  jour  qu’il  se
rendait  à  la  mosquée,  la  foule  ne  s’écartant  pas  assez  vite
sur  son  passage,  il  la  fit  bétonner  par  ses  gens;  elle
s’ameuta,  menaça.  Le  Baraïetar  s’enfuit,  s’enferma  dans
son  palais  ;  l’émeute  grandit,  y  vint  mettre  le  feu,  le  vizir
se  retira  dans  une  tour  avec  son  esclave  favorite  et  un
eunuque  noir;  on  les  chercha,  on  ne  les  retrouva  que  trois
jours  après,  brûlés.  Cependant  les  Janissaires  exigeaient  la
chute  de  Mahmoud  et  le  rétablissement  de  Mustapha
Mahmoud  fit  étrangler  Mustapha,  et,  comme  il  se  trouva
désormais  le  seul  descendant  d’Osman,  il  fut  respecté;  les
révoltés  se  calmèrent  ;  les  ulémas  vinrent  en  corps  le  féli-
            
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