Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LA  CRISE  DE  1840.  145
n’aurait  qu’un  temps  et  se  promit  de  tirer  parti  d’un  nouveau ­
  conflit.
Elle  n’attendit  pas  longtemps.  Méhémet  victorieux  était
de  jour  en  jour  plus  exigeant  ;  il  voulait  obtenir  pour  sa
famille  l’hérédité  de  son  vaste  empire,  c’est-à-dire  une
véritable  indépendance.  Non  seulement  Mahmoud  ne  voulait ­
  pas  consentir  à  ce  démembrement,  mais  il  n’avait  cédé
qu’à  la  force  en  1833,  et,  à  mesure  qu’il  reconstituait  son
armée,  il  songeait  à  reprendre  la  Syrie  à  son  vassal;  il
massait  des  troupes  nombreuses  sur  l’Euphrate.
Dès  qu’il  se  crut  prêt,  il  ouvrit  les  hostilités.  Le  21  avril
1839,  l’armée  turque,  sous  le  commandement  de  Hafizpacha,
  franchit  l’Euphrate,  envahit  la  Syrie.  Le  7  juin,  le
sultan,  proclamant  Méhémet-Ali  traître  et  rebelle,  lança
solennellement  contre  lui  son  manifeste  de  guerre.
Les  opérations  ne  furent  pas  longues.  Ibrahim  se  porta  à
la  rencontre  des  Turcs,  les  rejeta  habilement  sur  l’Euphrate,
et,  le  24  juin,  les  écrasa  à  la  bataille  de  Nezib.  Il  marcha
Aussitôt  vers  le  Taurus  ;  il  allait  s’y  engager  pour  traverser
l’Asie  mineure  et  atteindre  sans  doute  cette  fois  Constantinople. ­
  Il  fut  arrêté  par  la  nouvelle  de  la  mort  du  sultan
Mahmoud,  le  30  juin.  Celui-ci  avait  pour  successeur  son  fils
Abd-ul-Medjid,  âgé  seulement  de  16  ans,  et  Méhémet  ne
désespérait  pas  de  s’entendre  avec  le  nouveau  gouvernement.
Il  redoutait  l’intervention  des  puissances  européennes,  ne
voulait  pas  notamment  donner  à  la  Russie  l’occasion  de  se
servir  du  traité  d’Unkiar-Skélessi  ;  la  diplomatie  française
l’engageait  à  la  prudence,  lui  promettait  ses  bons  offices.
Il  avait  assez  d’avantages  pour  traiter  dans  de  bonnes
conditions  ;  il  semblait  tenir  l’empire  ottoman  à  sa  merci.
Au  commencement  de  juillet,  la  flotte  turque,  commandée
par  le  capitan-pacha  Achmet,  quitta  Constantinople,  comme
pour  aller  tenter  un  débarquement  en  Égypte.  Elle  était
accompagnée  d’une  frégate  anglaise,  la  Vanguard,  et  un
grand  nombre  d’officiers  anglais  étaient  à  bord  des  vaisseaux ­
  ottomans  ;  ils  pensaient  bien  mettre  à  la  raison  le
pacha  d’Égypte,  détruire  sa  flotte,  écraser  ainsi  une  concurrence ­
  dangereuse  à  leurs  intérêts  dans  le  Levant,  ruiner  la
trop  grande  puissance  de  Méhémet.  L’amiral  Lalande  commandait ­
  la  petite  escadre  française  de  l’Archipel  ;  il  résolut
de  barrer  la  route  aux  vaisseaux  turcs,  malgré  l’insuffisance
de  ses  moyens.  Sur  ïléna,  il  se  jette  au  milieu  d’eux  et
pousse  droit  au  vaisseau  du  capitan-pacha  ;  il  le  somme  de
E.  Driaült.  —  Question  d’Orient.  10
            
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