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BYZANCE ET STAMBOUL.
jusqu’à Chalcédoine, en face de Constantinople, de l’autre
côté du Bosphore.
Phocas fut renversé par Héraclius (610-641). Celui-ci
connut les fortunes les plus contraires. Il contint les Avars
sur le Danube en appelant contre eux des guerriers slaves,
íes Croates qu’il établit en Dalmatie, des Serbes dans la
Mésie supérieure ; il donna aux Bulgares des terres entre le
Danube et les Balkans, aux mêmes conditions. Ces établis
sements devaient avoir une longue fortune. Il put ainsi se
tourner contre les Perses et remporter d’éclatants succès,
à la faveur des désordres religieux qui déchirèrent alors le
royaume des Sassanides. Il les chassa de l’Arménie qu’ils
avaient envahie, détruisit le temple du Soleil à Tauris.
Chosroès II ayant été assassiné en 628, Héraclius franchit
l’Euphrate, entra dans les capitales de ses ennemis, et rap
porta en triomphe la vraie croix à Jérusalem (629).
Grand succès, dont l’Église catholique a conservé et
célèbre le souvenir. Cinq ans après, les Arabes battaient
les armées d’Héraclius à Aïznadin, prenaient Damas, et
l’empereur fuyait misérablement d’Antioche en s’écriant :
« Adieu, Syrie ! adieu pour la dernière fois! » (634). En
637, le khalife Omar faisait son entrée dans Jérusalem.
L’Islam, en assurant le paradis aux musulmans morts
dans la guerre sainte, fut un redoutable agent de conquête,
et l’ardeur de la foi des premiers disciples de Mahomet ex
plique suffisamment la rapidité de l’expansion arabe ; en
un siècle, elle gagna l'Indus à l’est, l’Océan Atlantique à
l’ouest. La conquête de l’Asie antérieure fut l’œuvre des
khalifes parfaits ; elle fut facilitée par la communauté de race
et de langue qui unissait les Arabes avec les peuples delà
Syrie et de la Palestine, par les très anciennes relations qui
les rapprochaient de la Perse.
D’un galop, ils traversèrent la Syrie, prirent Jérusalem,
atteignirent le Taurus, le Caucase, battirent les Sassanides
à Kadéniah, enlevèrent leur étendard, le fameux tablier de
cuir, entrèrent dans leur capitale, renversèrent leur der
nière résistance à Nehavend (643), et, comme Alexandre
derrière Darius Codoman, ils poursuivirent le dernier des
Sassanides, Yezdegerd, qui fuyait avec ses femmes et ses
chariots, le rejoignirent trop tard : il avait été massacré
par son escorte. Ils poussèrent plus loin leur course, pas
sèrent à Hérat, Merv, Kandahar et suivirent les traces du
conquérant macédonien jusqu’à l’Indus,