Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LA  CRISE  DE  Í8ÍÜ-186Ü.

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fanatisme  des  montagnards,  et  il  reparut  bientôt  plus  redoutable ­
  que  jamais,  retranché  dans  sa  nouvelle  capitale  de
Dargo.  Le  général  Grabbe  voulut  la  détruire  ;  il  tomba
dans  un  piège,  et,  au  milieu  des  forêts,  sa  petite  armée  fut
presque  tout  entière  anéantie  (1842).  C’était  l’année  même
du  désastre  des  Anglais  dans  les  défilés  de  Kaboul.
Pendant  deux  ans,  les  Russes  se  tinrent  sur  la  défensive,
permettant  ainsi  à  Schamyl  d’organiser  tout  le  pays,  de  grouper ­
  autour  de  lui,  de  gré  ou  de  force,  toutes  les  tribus  de  la
montagne,  d’exercer  toute  la  population  aux  armes.  Le
gouvernement  russe  dut  préparer  de  nouveaux  efforts.  Le
général  Voronzof,  en  1845,  renonçant  aux  expéditions
isolées,  aux  pointes  hardies  mais  périlleuses,  qui  d’ailleurs
ne  faisaient  que  déplacer  l’insurrection,  adopta  un  large
plan  d’ensemble.  Il  enveloppa  tout  le  Daghestan  de  lignes
stratégiques  infranchissables,  et  pas  à  pas,  escaladant  les
sentiers,  resserrant  le  cercle  de  ses  retranchements,  il
poussa  les  insurgés  vers  les  sommets.  Dargo  fut  enlevée
dès  1845,  et  chaque  campagne,  d'année  en  année,  fut  marquée ­
  d’un  nouveau  progrès  des  Russes,  très  lentement,
mais  d’un  succès  certain.
La  guerre  de  Crimée  retarda  les  opérations  décisives.
Mais  Schamyl  ne  put  en  profiter  ;  il  ne  réussit  pas  à  briser
la  ligne  de  fer  qui  l’enveloppait.  Après  le  traité  de  Paris,  le
prince  Baratinski  continua  l’exécution  du  plan  de  Voronzof.
Le  général  Yevdokimof  enleva  d’assaut  la  citadelle  de  Veden,
ferma  le  défilé  d’Argoiin.  L  iman  se  retira  sur  le  plateau  d4
Gounib,  étroit  rocher  large  de  quatre  à  cinq  kilomètres,
entouré  par  le  torrent  du  Koïsou  ;  il  s’y  croyait  inattaquable ­
  et  répondait  aux  sommations  du  prince  Baratinski:
«  Le  Gounib  est  haut,  Allah  est  encore  plus  haut  ;  et  tu  es
en  bas  ».  Une  nuit,  quelques  volontaires  russes  parvinrent
au  plateau  par  les  sentiers  les  plus  abrupts,  fixèrent  au
rocher  des  cr.*mpons  de  fer,  y  attachèrent  des  cordes  par
lesquelles  quelques  centaines  d’hommes  purent  se  hisser,
le  fusil  au  dos.  La  bataille  suprême  fut  furieuse.  Les  montagnards ­
  se  défendirent  en  désespérés  :  47  seulement
échappèrent  à  la  mort,  et  se  serrèrent  menaçants  encore
autour  de  la  caverne  à  l’entrée  de  laquelle  se  dressait  l'iman.
Le  général  russe  fit  cesser  le  feu.  Schamyl  se  rendit  —  25
août  1859.
On  l’envoya  à  Saint-Pétersbourg.  Le  tsar  le  traita  avec
honneur,  lui  fit  donner  une  grosse.pension  annuelle,  et  la
            
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