LES APPROCHES.
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ques-uns se suicidèrent sous les yeux du général en chef
en lui reprochant leur mort. Les Mameluks tentèrent d’ar
rêter cette marche. Leur cavalerie fut repoussée aux
combats de Ramanieh, de Chébréiss, et, le 21 juillet, au
pied des Pyramides, les Français remportèrent une vic
toire décisive ; tous les assauts des Mameluks se brisèrent
contre les carrés de l’infanterie française, et quelques
volées de boulets de canons, une fusillade bien nourrie, les
décimèrent. Leurs principaux chefs s’enfuirent, Mourad-bey
dans la Haute-Égypte, Ibrahim-bey en Syrie. Bonaparte
entra au Caire; ses soldats oublièrent leurs misères.
Cependant Nelson, resté trop longtemps à Gibraltar,
s’était mis à la poursuite des Français ; il les chercha en
Sicile, en Morée, en Crète ; il jura de les trouver, « pourvu,
disait-il, qu’ils fussent au-dessus de l’eau ». Il trouva les
vaisseaux de l’amiral Bruëys en rade d’Aboukir ; il les sur
prit dans une position désavantageuse, les attaqua le
1" août, en brûla la plus grande partie. Bruëys et Dupetit-
Thouars furent tués à leur bord. Villeneuve s’échappa avec
deux frégates. Cette bataille, que les Anglais appelèrent
« la victoire du Nil », eut un grand retentissement ; Nelson
fut fait baron du Nil. Les Français étaient enfermés en
Égypte; l’Angleterre semblait tenir à sa merci l’une des
meilleures armées du Directoire. Il n’était pas possible
que Bonaparte privé de sa flotte fît rien d’important en
Orient.
Il se décida à organiser sa conquête. Desaix, lancé à la
poursuite de Mourad-bey, le battit à Sediman et occupa
toute la Haute-Égypte ; il s’y fit aimer des indigènes. Bo
naparte réprima une insurrection du Caire et y établit soli
dement son autorité. Il s’efforça aussi de gagner l’amitié
des Musulmans en affichant le plus grand respect pour
leurs croyances; dans ses manifestes, il affecta de fondre,
en une harmonie bizarre, les versets du Coran et les articles
de la Déclaration des droits ; à la fête du Nil, on le vit, en
costume oriental, se rendre à la mosquée principale et
réciter avec les cheikhs les litanies musulmanes. Les Égyp
tiens l’appelèrent Ali-Bounaberdi et furent tout prêts à le
reconnaître pour leur pacha, leur sultan.
Mieux que cela, il créa, avec les nombreux savants
qu’il avait amenés de France, VInstitut du Caire. Monge,
Berthollet, Fourrier, Geoffroy-Saint-Hilaire, Conté, tra
vaillèrent à la régénération de l’Égypte. Ils commencèrent