LE PÉROU ÉCONOMIQUE 35 du futur canal. Les vapeurs des deux compagnies qui font le service de cette côte sont des plus confortables et spé cialement aménagés pour cette région chaude. Ils sont généralement à trois ponts. Les passagers de première classe ont de jolies cabines construites sur le pont supérieur et qui s’ouvrent sur la mer ; ils jouissent d’une spacieuse promenade sur la dunette. Mais ce qui est « très couleur locale » et très intéressant à observer, en raison des types variés qu’on y rencontre, c’est l’installation des passagers de pont ou de troisième. A ces voyageurs, la compagnie n’assure que le trans port, ils doivent pourvoir eux-mêmes à leur nourriture et à leur couchage. La plupart de ces passagers qui sont des mineurs, des marchands et marchandes de légumes, de volailles, de bestiaux, etc., se répandent dans l’espace laissé libre à l’avant du pont inférieur. Là, ils installent de véritables campements ; ils y mangent, boivent et dor ment entre les tas de choux, de pastèques (melons d’eau) et de salades. Habitués à faire ce trajet, ils rient, chantent et mènent grand tapage. La nuit ils se réfugient, pour dormir, dans l’espace laissé libre par leurs animaux, voire même entre les pattes de ces derniers. Chacun saisit une place à sa convenance, les uns se sont munis de leurs matelas, d’autres, les plus nombreux, de hamacs, qu’ils suspendent à des crochets spécialement disposés pour cet usage à la voûte du pont. C’est un fouillis, un tohu-bohu d’hommes et de choses, des plus pittoresques ; on voit çà et là des groupes de nègres, de mulâtres, des Chinois, desCholos, des Indiennes aumilieu desquels se roulent force chiens et marmaille. Sans être pénible, la navigation semble interminable ; aux côtes montagneuses et boisées de Colombie, succède