63 LE PÉROU ÉCONOMIQUE et villages de l’intérieur que l’affabilité est la plus grande. Si, hésitant, on s’arrête devant une ferme ou une maison, le propriétaire ou son intendant, entouré des enfants et de la domesticité qui regarde d’un air curieux et bienveillant, s’approche et salue avec courtoisie : Apease senor, y descanse, aqui esta usted en su casa (1). Une fois que les présentations d’usage ont été faites, on est invité à partager la vie familiale et installé dans la meilleure chambre. Il en est de même dans les petites agglomérations, où l’auberge, presque officielle, est la maison du gouverneur, ou celle du curé ; on s’y installe comme chez soi, sans étiquette, et l’on vous comble de prévenances, comme on pourrait le faire envers un ami. IV. — On trouve cependant des exceptions à cette tendance générale, dans les hautes parties de la Cordillère et dans certaines régions du sud du Pérou ; cette hospi talité discrète et désintéressée n’est guère alors offerte et pratiquée que chez les habitants de race blanche, ou ayant dans les veines une forte proportion de sang européen ; car parmi les indigènes de race pure, c’est plutôt avec méfiance et hostilité qu’ils accueillent en géné ral le voyageur. Pour les renseignements, les préparatifs que nécessitent un voyage ou une entreprise, pour obtenir les vivres ou 1 abri nécessaire, il faut, lorsqu’on s’adresse à l’Indien des Hauts-Plateaux péruviens, s’armer d’énormément de patience, de douceur et de fermeté à la fois. Le souvenir des exactions subies est resté gravé dans l’esprit de l’Indien. Aussi le voyageur se heurte-t-il souvent à la phrase (1) Mettez pied à terre senor, et reposez-vous ici, vous êtes chez vous!