65 LE PÉROU ÉCONOMIQUE là-bas, ces procédés sont considérés comme des habiletés même par ceux qui en sont les victimes. Les extorsions et les abus d’autorité vis-à-vis des indigènes et en général de tous ceux qui paraissent sans influence, sont assez fréquents. Ainsi, il arrive parfois qu’un almacenero ou tiendero (1) d’une localité de l’intérieur, se trouve concurrencé par le lieutenant gouverneur ou le gouverneur lui-même ; un jour, il se verra poursuivi, et une partie de ses marchan dises confisquées sous prétexte qu’elles sont de mauvaise qualité. Le fonctionnaire, un métis le plus souvent, rachète ensuite ces marchandises à bas prix et les revend avec les siennes. Ou bien c’est le même commerçant qui ne se résigne pas à abandonner une partie de ses bénéfices entre les mains du gouverneur ou autre autorité de second ordre et qui voit mettre toutes sortes d’entraves à son commerce. S’il se plaint, les juges lui donneront tort. Dans les petites localités éloignées de l’intérieur, c’est le régime du bon plaisir ; le code et les lois sont plus ou moins respectés, suivant qu’il y a plus ou moins de moyens de communication faciles avec le pouvoir cen tral. Ce sont là des défauts qui ne sont pas exclusivement propres aux Péruviens. Dans beaucoup de cas, il faut aussi compter avec les coutumes locales, l’ignorance et les préjugés séculaires rendus plus étroits par l’entêtement et la mauvaise volonté. (1) Propriétaire d'almacen, ou de tiendas, ce sont des magasins, véritable emporium où l'on trouve les marchandises les plus variées : tout d’abord des liqueurs de toutes sortes, des cotonnades, du pétrole, de la bimbelo terie, du bois, des articles de piété, des pétards, tout ce qui concerne 1 épicerie et aussi tout ce qui est nécessaire à l’équipement d’un cavalier, une boite de conserve voisine avec un éperon ou des lunettes. Dans 1 in térieur et même sur la Costa les magasins de spécialités n’existent pas.