66 LE PÉROU ÉCONOMIQUE Les abus dont se plaignent le plus les indigènes sont ceux commis par les collecteurs d’impôts, sur les tabacs, sel et autres monopoles d’État, que le gouvernement s’est vu dans l’obligation d’établir depuis que le Chili s’est emparé des riches gisements de nitrate de soude dont les revenus alimentaient le budget du Pérou. VI. — Quoique complaisants et hospitaliers pour le voya geur, nous devons avouer que les curés des Hauts-Pla teaux péruviens agissent comme un simple gouverneur vénal ou un collecteur d’impôt. Ces padres exploitent de toutes les façons possibles la superstition et la crédulité des Indiens. Certaines cures rapportent ainsi des revenus fort coquets ; ces prêtres ayant institué à leur profit un impôt sur le revenu, on voit que rien n’est nouveau sous le soleil et que nos démagogues n’ont rien inventé. Les Indiens sont taxés par leur taïta (1) suivant leurs ressources, qui toutes lui sont connues; le rendement des champs, le nombre des têtes de brebis ou de Hamas, le nombre de soles argent qu’ils ont pu économiser et dis simuler soigneusement. Ils connaissent ces cachettes par la confession et les malheureux Quechuas ont beau prier, supplier, ils doivent verser la somme ou le tribut convenu ; le padre finit toujours par imposer sa volonté en refusant les sacrements, bénédiction, messes, etc. Des tarifs et des taxes officielles, ils s’en soucient fort peu. En échange de ce tribut volontaire, ils aident leurs ouailles de leurs conseils et les défendent parfois contre d’autres abus. Contrairement aux règlements ecclésias tiques, les padres des villages de l’intérieur ont généra lement des mœurs qui laissent à désirer. Pendant les absences du padre, s’est sa servante qui le remplace dans (1) Synonyme de père, nom donné par les Quechuas à leurs curés.