76 LE PÉROU ÉCONOMIQUE bananes grillées et quelques chiques ou acullecos de coca, suffisent à son alimentation. Mais au retour ou lorsqu’il a des aliments à discrétion, il mange abondam ment. Si l'Indien de la Sierra sale fort peu ses aliments, en re vanche, ils sont pimentés d’une façon atroce ; le aji (piment rouge) et le locoto (piment vert) sont employés sans mesure et à tout propos ; nous devons reconnaître que cette cuisine pimentée active la digestion. La boisson favorite du Quechua, après l’alcool toutefois, est la chicha; celle-ci s’obtient à l’aide de maïs que l’on met germer dans l’eau froide; une fois séché et moulu on le fait cuire, puis on le filtre, on y ajoute de l’eau et on le laisse fermenter plusieurs jours. La chicha mascada (chicha mâchée) se fait de la même façon, sauf que le maïs, au lieu d’être moulu, est trituré et mâché par les dents des vieilles femmes. L’Indien du Pérou préfère l’élevage à la culture parce que cela lui coûte moins de peine : des poules pour avoir des œufs, une chèvre pour du lait, des porcs et des cochons d’Inde pour avoir de la viande et de la graisse, un âne, un mulet ou un llama comme bête de charge, et il se trouvera riche et heureux. Sur les Hauts-Plateaux, les Quechuas ont l’habitude d’envoyer leurs troupeaux de moutons ou de Hamas paître dans la montagne ; ils y vivent là, en liberté absolue, pen dant trois ou quatre mois. Parfois toutes les bêtes d’un même village sont confiées à un seul pâtre qui a bien voulu accepter d’affronter pendant plusieurs mois une soli tude effrayante, et cela contre une rétribution des plus modestes qui lui sera payée à la fin de la saison ; elle con sistera en barils de chicha, alcool, et une certaine quantité de laine. Ces pâtres sont les plus ignorants et les plus