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        <title>Le Pérou économique</title>
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            <forname>Paul</forname>
            <surname>Walle</surname>
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        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
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        DU  MEME  AUTEUR

Au  Brésil.  De  l’Uruguay  au  Rio  Sâo  Francisco.  Préface ­
  de  M.  Émile  Levasseur,  Administrateur  du  Collège  de
France.  Nouvelle  édition,  revue.  95  illustrations  et  1  carte.  8  50
Au  Brésil.  Du  Rio  Sâo  Francisco  à  l’Amazone.  Nouvelle ­
  édition,  revue.  105  illustrations  et  1  carte  8  50
Ouvrage  couronné  par  la  Société  de  Géographie,  prix  Bonaparte  Wyse  (Médaille
d’or)  et  par  la  Société  de  Géographie  commerciale  (.Médaille  Crevaux).
Au  pays  de  l’Or  noir.  —  Le  Caoutchouc  du  Brésil.
Nouvelle  édition,  revue.  62  illustrations  4  50
L’Argentine  telle  qu’elle  est.  Cinquième  mille,
120  illustrations  et  3  cartes  8  50

DANS  LA  MEME  SERIE

Les  Richesses  du  Canada,  par  e.-j.-p.  buron.  Préface ­
  de  M.  Gabriel  Hanotaux,  de  l’Académie  française.  Troisième ­
  édition,  revue.  Trois  cartes  7  50
Les  Etats-Unis  du  Mexique,  par  le  c te  maurice  de
PÉRIGNY.  Préface  de  M.  Marcel  Dubois,  Professeur  de  Géographie ­
  coloniale  à  la  Sorbonne.  Carte  hors  texte  5  50
Les  Richesses  de  l’Amérique  centrale  :  Guatemala, ­
  Salvador,  Honduras,  Nicaragua,  Costa-Rica,  par
Désiré  pector,  Consul  général  en  France  du  Nicaragua  et  du
Honduras.  Avec  carte  7  50
Les  Grandes  Antilles,  par  DANIEL  BELLET,  Professeur
à  l’École  des  Sciences  politiques.  Avec  carte  6  »
Les  Petites  Antilles,  par  paul  chemin  dupontès,
Chargé  de  la  Statistique  à  l’Office  colonial.  Deux  cartes.  7  50
        <pb n="3" />
        PAUL  WALLE

LE  PÉROU
ÉCONOMIQUE

PRÉFACE  DE  M.  PAUL  LABBÉ
Secrétaire  général  de  la  Société  de  Géographie  Commercialt

Quatrième  édition,  entièrement  revue

LIBRAIRIE  ORIENTALE  &amp;amp;  AMÉRICAINE
E.  GUILMOTO,  Éditeur
6,  Rue  de  Méziéres,  PARIS
        <pb n="4" />
        PRÉFACE

La  mode  est  aux  grandes  enquêtes  économiques  :
savant  ou  commerçant,  chacun  veut  connaître  l’inventaire ­
  des  richesses  de  toutes  les  nations  du  monde,  afin
de  pouvoir  développer  partout  l’expansion  commerciale
de  son  pays  et  trouver  des  débouchés  nouveaux.
M.  Guilmoto  a  eu  l’originale  et  utile  idée  de  publier
des  études  sur  tout  le  continent  américain;  plusieurs
remarquables  volumes  ont  paru  déjà.  Quand  il  s'est  agi
de  parler  du  Pérou,  M.  Guilmoto  s'est  adressé  à
M.  Paul  Walle  :  il  ne  pouvait  pas  mieux  choisir.
Il  ne  pouvait  pas  mieux  choisir,  et  pour  une  double
raison.
D'abord,  M.  Paul  Walle  a  vu  le  pays  dont  il  parle,
il  y  a  longtemps  travaillé,  il  a  vécu  dans  l’intimité  des
races  si  diverses  qui  s’y  trouvent  ;  mieux  que  tout  autre,
il  a  connu,  en  les  partageant,  les  besoins,  les  goûts  et
même  les  souffrances  des  habitants.
Puis  M.  Paul  Walle  a  visité,  en  Amérique  du  Sud,
d'autres  pays  que  le  Pérou.  L’Américain  du  Sud  n’est
pas  un  type  unique,  comme  le  croit  trop  souvent  le  vulgaire, ­
  peut-être  un  peu  sur  la  foi  des  Opérettes  d’Offenbach.
  Pour  bien  connaître  le  Péruvien,  il  faut  le  coni-
        <pb n="5" />
        VI

PRÉFACE

jparer  avec  ses  voisins,  si  différents  de  lui,  avec  le
Chilien,  avec  le  Brésilien,  avec  VArgentin,  etc.  L’auteur
n'était  pas  embarrassé  pour  le  faire.  Pendant  six  ans,
il  a  visité  la  République  Argentine,  le  Paraguay,  le
littoral  du  Brésil,  l’Amazonie,  la  Terre  de  Feu,  le
Pérou.  Il  n'a  jamais  été  le  touriste  qui  passe,  il  a  connu
les  industries  les  plus  diverses,  il  a  mis,  comme  on  dit,
m  main  à  la  pâte,  il  s’est  occupé  de  commerce,  il  a  travaillé ­
  dans  les  mines,  il  a  été  acheteur  de  caoutchouc.
Les  choses  dont  il  parle  sont  des  choses  vécues.
Un  homme  pratique  comme  M.  Paul  Walle  ne  peut
et  ne  veut  écrire  qu’un  livre  pratique.  Qu'on  ne  cherche
donc  pas  dans  son  travail  les  descriptions  du  globetrotter
  en  quête  de  sensations  fugitives  et  de  vues  photographiques. ­
  Non,  M.  Paul  Walle  n'a  cherché  qu’à  faire
un  livre  utile,  un  livre  qui  servît  à  ceux  qui,  désireux
d’aller  travailler  au  Pérou,  ont  besoin  de  renseignements ­
  précis  et  de  statistiques  documentées.  Pourtant&amp;gt;
à  son  insu  sans  doute,  en  lisant  quelques  phrases  très
courtes,  on  devine  parfois  toute  la  beauté  du  pays  ;  on
sent  que  Walle  aime  le  Pérou  dont  il  parle,  qu’il  s’est
aperçu  peut-être,  en  écrivant  son  livre,  qu'il  l'aimait
plus  qu’il  ne  le  croyait  lui-même,  qu’à  chaque  page  il
revivait  les  jours  bons  et  mauvais  qu’il  y  a  connus,  les
émotions  qu’il  y  a  ressenties,  et  qu’il  y  retrouvait  avec
joie,  si  chers  et  si  frais,  ses  souvenirs  d'une  jeunesse
aventureuse  sous  un  ciel  hospitalier  au  pied  des  grandes
Andes  aux  neiges  éternelles  I
On  sent  aussi  qu’une  question  économique  —  celle-là
même  qui  inquiète  tant  de  bons  Français  —  se  pose
impérieuse  à  l’esprit  de  M.  Paul  Walle  :  dans  l’Amérique ­
  du  Sud,  la  concurrence  étrangère  apparaît  sur
tous  les  marchés,  la  lutte  est  brutale,  les  appétits  insatiables; ­
  le  commerce  français  devrait  se  montrer  plus
habile,  nos  capitaux  plus  entreprenants.  Au  Pérou  la
situation  est  encore  bonne  pour  nous,  l'avenir,  si  nous  le
        <pb n="6" />
        PRÉFACE

VII

voulons,  sera  brillant,  et  les  jeunes  Français,  désireux
d’aller  travailler  honnêtement,  trouveront  encore  des
places  libres  dans  un  pays  où  ils  sont  sûrs  d’un  bon
accueil.
C'est  un  appel  qui  retentit  après  tant  d’autres  :  le
commerce  français  doit  lutter  avec  acharnement  contre
des  nations  rivales  qui  n’ont  pas,  elles  du  moins,  à  penser
à  l'angoissant  problème  de  la  dépopulation.  C’est  ce  que
répètent  tous  nos  explorateurs  à  la  Société  de  Géographie
commerciale  :  M.  Walle  et  nous,  nous  défendons  la
même  cause  et  nous  avons  foi  dans  des  jours  meilleurs.
C’est  pour  cela  sans  doute,  c'est  en  ma  qualité  de
secrétaire  général  que  j’ai  eu  le  très  grand  honneur
d'être  choisi  par  M.  Paul  Walle  pour  écrire  cette  préface. ­
  M.  Walle  est  un  de  nos  membres  les  plus  dévoués
et  les  plus  fidèles,  très  estimé  par  nos  collègues  qui
applaudiront  au  succès  de  son  livre.
Et  si,  à  la  fin  de  cette  préface,  Walle  veut  bien  ne
plus  voir  en  moi  le  secrétaire  général,  mais  seulement
l'ami,  je  le  féliciterai  très  affectueusement.  Je  suis  très
sincèrement  heureux  puisque,  l’ayant  désigné  hier  à
M.  Guilmoto  pour  écrire  le  livre  sur  le  Pérou,  j’ai  la
grande  joie  de  voir  aujourd'hui  qu’il  nous  a  donné
l'étude  intéressante  que  nous  attendions  de  lui.
Padl  Labbé,
Secrétaire  général
de  la  Société  de  Géographie  Commerciale.
        <pb n="7" />
        AVANT-PROPOS

C’est  un  fait  que,  par  ces  temps  de  difficultés  économiques
et  politiques,  d’essais  plus  ou  moins  heureux  de  réformes
sociales,  le  citoyen  français,  lorsqu’il  n’a  pu  trouver  dans  la
patrie  toutes  les  garanties  de  bien-être  désirables,  songe  à
l’émigration  ;  mais,  dans  son  ignorance,  il  hésite  sur  la  direction ­
  à  prendre  :  vers  nos  colonies  ?  ou  vers  le  nouveau  monde?
Puis  il  se  décide  et  s’embarque.  Malheureusement  souvent  à
l’aventure,  et  il  ne  va  pas  toujours  où  il  aurait  le  plus  d’avantages. ­
  —  Il  semble  donc  utile,  puisque  cet  état  de  choses  existe,
d’en  tirer  au  moins  tout  ce  qu’il  peut  impliquer  de  bon,  et  de
diriger,  d’éclairer  en  quelque  sorte,  les  courageux,  les  énergiques ­
  qui  s’éloignent,  de  les  renseigner  sur  les  pays  où  ils
pourront  se  diriger,  afin  que  leur  entreprise  ne  reste  pas  sans
fruit  pour  eux,  en  même  temps  que  pour  notre  pays.
Colonial  fervent,  nous  ne  croyons  pas  médire  de  nos  colonies
en  déclarant  que,  si  la  plupart  d’entre  elles  offrent  un  immense
champ  d’action  aux  grandes  compagnies  qui  se  constituent
pour  en  exploiter  les  richesses  naturelles,  en  revanche,  les
artisans,  les  petits  colons  ou  commerçants  qui  ne  disposent
que  de  faibles  capitaux,  généralement  peu  encouragés  par  une
administration  tatillonne  à  l’excès,  se  trouvent  exposés  à  ne
pas  voir  leur  initiative  et  leurs  efforts  aboutir  à  des  résultats
satisfaisants  dans  des  milieux  souvent  environnés  de  populations ­
  hostiles  ou  barbares.
Pour  ne  pas  être  taxé  de  pessimisme,  et  convaincu  de  rendre
service  aux  jeunes  gens  désabusés  ou  enthousiastes  qui,  sou-
        <pb n="8" />
        X

AVANT-PROPOS

vent,  sans  profession  déterminée,  ou  munis  de  quelque  vague
diplôme,  se  flattent  de  trouver  dans  nos  colonies  des  situations
magnifiques,  nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de  reproduire
les  réponses  (1),  malheureusement  peu  encourageantes,  faites
par  les  gouverneurs  de  colonies  à  une  circulaire  adressée  par
le  «  Comité  Dupleix  »  demandant  entre  autres  renseignements
s’il  ne  serait  pas  possible  à  certaines  colonies  de  recevoir  les
artisans  et  ouvriers  agricoles  de  centres  atteints  d’une  crise
économique.
«  Le  gouverneur  général  de  l'Algérie  fait  remarquer,  tout
d’abord,  que  les  entrepreneurs,  chargés  des  ouvrages  en  cours
d’exécution,  n’ont  pas  eu  besoin,  jusqu’à  présent,  de  recourir
à  la  main-d’œuvre  étrangère  à  la  colonie.  Il  ajoute  que  175  millions ­
  de  travaux  sont  à  prévoir,  mais  qu’ils  ne  seront  commencés ­
  que  vers  la  fin  de  1908.
«  Le  préfet  de  Constantine  déclare  que  tous  les  chantiers
ouverts  sur  son  département  possèdent  tous  les  ouvriers  d’art
(fer,  bois,  pierre)  nécessaires.  »  —  Le  préfet  d’Oran  conseille
surtout  aux  ouvriers  français  «  de  ne  venir  en  Algérie  qu’autant
  qu’ils  seront  assurés  d’y  trouver  des  moyens  d’existence.  »
Réponse  du  gouvernement  général  de  l’Afrique  occidentale
en  ce  qui  touche  le  Dahomey  :  «  La  main-d'œuvre  indigène
suffit  ici  aux  besoins  des  services  publics  et  des  rares  entreprises ­
  privées.  Onpourraits’adresser  cependant  à  la  Compagnie
du  chemin  de  fer  au  Dahomey,  qui  a  son  siège  social  à  Marseille, ­
  et  qui,  seule,  paraît  susceptible  d’utiliser  quelques
ouvriers  européens.  »
Du  Congo,  le  Comité  Dupleix  a  reçu  simplement  la  liste  et
l’adresse  à  Paris  des  principales  sociétés  et  compagnies  concessionnaires ­
  établies  dans  les  possessions  du  Congo  français.
En  ce  qui  touche  le  Gabon,  le  lieutenant  gouverneur  fait
connaître  «  qu’en  raison  du  climat,  il  ne  serait  pas  possible  aux
ouvriers  en  question,  à  quelque  branche  d’industrie  qu’ils
appartiennent,  devenir  exercer  leur  métier  au  Gabon,  colonie
purement  d’exploitation  ».  D’autre  part,  les  ouvriers  ne  doivent ­
  pas  songer  davantage  à  s’établir  pour  leur  compte,  car

(1)  Réponses  qui  ont  été  publiées  par  la  France  de  demain  et  plusieurs
journaux  coloniaux.
        <pb n="9" />
        AVANT-PROPOS

XI

toute  entreprise  de  ce  genre  nécessite  des  capitaux  importants.
De  Tananarive,  le  gouvernement  général  répond  :  «  Les
ouvriers  d'art  et  les  surveillants  de  travaux  actuellement  présents ­
  à  Madagascar  sont  amplement  suffisants  pour  assurer
l’exécution  des  ouvrages  en  cours  et  ceux  qui  pourront  éventuellement ­
  être  entrepris.  »
S’agit-il  de  la  Nouvelle-Calédonie?  Le  gouverneur  fait  remarquer ­
  que  les  jeunes  gens  du  pays  trouvent  eux-mêmes
difficilement  à  s’employer,  soit  à  Nouméa,  soit  dans  1  intérieur
où  le  colon  embauche,  à  vil  prix,  des  libérés.  Le  gouverneur
insiste  également  «  sur  la  crise  économique  »  que  traverse  la
colonie.
Et  au  Cambodge  ?  Le  résident  supérieur  engage  le  Comité
Dupleix  à  se  mettre  en  rapport  avec  l’Office  colonial,  «  mais  il
est  nécessaire,  ajoute-t-il,  de  mettre  les  jeunes  gens  en  question ­
  en  garde  contre  l’acceptation  de  salaires  trop  faibles  pour
assurer  dans  de  bonnes  conditions  l’existence  de  l’Européen.  »
Passons  à  la  Cochinchine  ;  le  gouverneur  fait  répondre  :
«  Les  ouvriers  français  n’ont  aucune  chance  de  trouver  du  travail ­
  en  Cochinchine.  Il  n’est  fait  usage,  dans  les  diverses  entreprises ­
  industrielles  du  pays,  que  de  la  main-d’œuvre  asiatique,
beaucoup  moins  chère  que  la  main-d  œuvre  européenne.
D’ailleurs,  la  rigueur  du  climat  ne  permettrait  pas  d  avoir
recours  à  cette  dernière.  »
Enfin,  la  Chambre  d’agriculture  du  Tonkin  a  le  regret  de
constater  que  les  ouvriers  français  ne  pourraient  entrer  en
concurrence  avec  la  main-d’œuvre  indigène  :
«  Le  rôle  de  l’ouvrier  français  est  limité  à  des  travaux  de
surveillance  ou  de  direction  d’atelier  et  de  chantier  ;  la  colonie
traverse  une  crise  budgétaire  profonde  qui  a  une  répercussion
fâcheuse  sur  toutes  les  industries  elles  entreprises  locales,  etc.»
Devant  ces  perspectives  peu  souriantes,  il  est  donc  tout  naturel ­
  que  ces  petits  colons,  ces  commerçants,  ces  artisans,
cherchent  un  autre  point  du  globe  où  aller  s’établir  ;  et  c’est
vers  le  nouveau  monde  qu’ils  se  dirigent  le  plus  souvent,  divers
États  de  l’Amérique  méridionale  offrant  aux  énergiques  et  aux
persévérants  l’espérance  d’acquérir  par  leur  travail,  et  plus  ou
moins  rapidement,  sinon  la  fortune,  du  moins  l’indépendance
et  une  large  aisance.
        <pb n="10" />
        XII

AVANT-PROPOS

Mais  là,  encore,  trop  nombreux  sont  ceux  qui  partent  sans
savoir  où  ils  vont,  ce  qu’ils  vont  faire.  Mal  renseignés  sur  les
ressources,  les  conditions  de  la  vie,  les  usages  du  pays  qu’ils
ont  choisi,  les  émigrants  se  trouvent  aux  prises  avec  des  déconvenues ­
  ;  ils  tombent  dans  un  découragement  prématuré
ou  s’égarent  dans  de  fastidieux  tâtonnements  ;  ce  sont  des
risques  que  l’on  pourrait  éviter  en  partie,  en  s’instruisant
sommairement,  au  moins  avant  le  départ,  sur  toutes  ces  questions. ­

Alors  que  la  République  Argentine,  le  Chili,  le  Brésil,  sont
bien  connus  par  de  nombreux  ouvrages  littéraires  ou  scientifiques ­
  écrits  en  français,  il  n’existe,  à  notre  connaissance,
aucun  livre  récent  donnant  des  renseignements  économiques
généraux  sur  le  Pérou.  C’est  cependant  le  quatrième  État  de
l’Amérique  du  Sud  comme  importance  territoriale  et  certainement ­
  le  plus  riche  au  point  de  vue  des  ressources  minières  et
naturelles.
Cette  lacune  nous  a  décidé  à  entreprendre  ce  travail,  qui  a
pour  but  de  présenter  aux  intéressés  certaines  connaissances
pratiques  sur  un  pays  appelé  à  prendre  un  grand  développement, ­
  car  l’ouverture  du  canal  de  Panama  provoquera  dans
cette  partie  de  la  côte  du  Pacifique  un  mouvement  commercial ­
  considérable,  et  il  est  évident  que  le  Callao,  grâce  au  percement ­
  de  l’isthme,  deviendra  le  San  Francisco  de  la  côte
sud  du  Pacifique.  Cet  ouvrage  est  surtout  une  œuvre  de  vulgarisation ­
  sans  prétention  didactique.  Comme  malgré  deux
séjours  au  Pérou  certaines  régions  nous  sont  restées  inaccessibles, ­
  nous  avons  dû  réunir  des  renseignements  éparpillés  et
souvent  contradictoires,  reprendre  les  divers  articles  et  documents ­
  que  nous  avions  déjà  publiés  sur  le  pays  et  faire  âppel
aux  travaux  et  rapports  des  écrivains  et  géographes  péruviens,
tels  que  MM.  C.  B.  CisnerOs,  Robledo,  Samanez,  de  ldiaquez,
Capelo,  Garland,  etc.,  dont  les  écrits,  corroborés  par  nos
observations  personnelles  nous  ont  paru  les  plus  consciencieux.
Sans  le  préconiser  outre  mesure,  nous  essayons  de  démon»
trer  que  le  Pérou  actuel  vaut  la  peiné  que  le  capitaliste,
l’exportateur  et  l’émigrant  lui  accordent  toute  leur  attention.
Les  richesses  naturelles  du  pays  ne  sont  encore  connues  qü’imparfaitement
  et  exploitées  plus  imparfaitement  encore  faute  de
        <pb n="11" />
        AVANT-PROPOS

XIII

communications.  Des  régions  entières  de  la  Montana  et  de  la
Sierra  n’ont  fait  aucun  progrès  et  sont  restées  telles  que  nous
les  ont  décrites  les  voyageurs  qui  les  parcoururent  il  y  a  une
quarantaine  d’années.  Malgré  les  progrès  réalisés  sur  la  Costa
et  dans  certains  centres,  on  peut  encore  dire  du  Pérou,  à
l’heure  actuelle,  ce  qu’en  disait  le  baron  de  Humboldt  il  y  a
près  d’un  siècle  :  «  El  Peru  es  un  mendigo  sentado  en  un  banco
de  oro  (1).  »
Depuis  une  dizaine  d’années  un  mouvement  intellectuel  se
manifeste  au  Pérou,  et  va  s’accentuant  chaque  jour  davantage.
C’est  ainsi  qu’avec  l’aide  du  gouvernement  un  grand  nombre
de  travaux  scientifiques  ont  pu  être  exécutés.  Le  pays  était
resté  presque  inconnu,  même  des  Péruviens  :  la  Société  de
géographie  de  Lima,  aidée  par  les  pouvoirs  publics  et  par
quelques  hommes  de  talent  et  de  volonté,  a  entrepris  d’étudier
le  pays  et  de  vulgariser  ses  découvertes.  A  l’heure  actuelle,
c’est  à  la  Société  de  géographie  de  Liaia  que  le  gouvernement
s’adresse  pour  faire  dresser  le  tracé  des  routes  qui  doivent
relier  la  côte  avec  le  versant  oriental,  sans  compter  nombre  de
travaux  d’hydrographie,  de  mines,  publiés  par  le  corps  des
ingénieurs  des  mines.

Comme  toutes  les  jeunes  nations  de  l’Amérique  Espagnole,
le  Pérou  a  eu  des  crises  civiques  et  sociales  fréquentes  qui  paralysèrent ­
  son  développement,  Dans  cet  ordre  d’idées  des  progrès ­
  appréciables  ont  été  réalisés,  et,  pendant  une  dizaine  d’années, ­
  aucun  désordre  grave  n’a  troublé  le  pays.  Cependant
dès  1910  des  difficultés  intérieures  furent  suscitées  au  gouvernement ­
  du  président  Leguia  par  de  méprisables  ambitieux,
contre  lesquels  le  nouveau  président  devra  sans  doute  se
défendre.  Malgré  ces  intrigues,  et  les  embarras  occasionnés
par  une  situation  politique  extérieure,  sérieusement  tendue  avec
le  Chili  puis  l’Equateur,  la  situation  économique  du  Pérou  s’améliore ­
  lentement  mais  progressivement,  ce  qui  démontre  des
bases  solides  et  saines.  Le  commerce  d’importation  accuse  une
hausse  constante  et  le  chiffre  des  exportations  s’accroît  annuellement. ­


Les  différentes  branches  de  l’activité  minière  et  agricole

(1)  Le  Pérou  est  un  mendiant  assis  sur  un  banc  d’or.
        <pb n="12" />
        XIV

AVANT-PROPOS

marquent  également  une  avance.  L’industrie  minière  montre
une  augmentation  progressive  des  exportations  de  ses  produits ­
  ;  le  cuivre,  en  raison  de  son  prix,  procure  d’excellents
résultats  à  quelques  exploitants  privilégiés  par  les  communications, ­
  mais  c’est  l’argent  qui  donne,  en  général,  les  rendements ­
  les  plus  importants.  Les  ressources  de  l’agriculture
nationale  sont  sérieuses  et  satisfaisantes;  elles  auraient  permis
une  notable  amélioration  sans  les  difficultés  politiques  des
trois  dernières  années.
Si  les  événements  auxquels  nous  faisons  allusion,  et  qui  ne
purent  heureusement  prendre  un  caractère  sérieux,  indiquent
que  les  factions  créées  par  des  ambitieux  sans  patriotisme  ont
encore  une  certaine  vitalité  au  Pérou,  ils  démontrent  aussi  que
le  peuple  montre  de  moins  en  moins  d’enthousiasme  à  se  lancer ­
  à  leur  instigation  dans  des  aventures  révolutionnaires
dont  il  est  toujours  la  victime.  Ils  prouvent  surtout  que  tout
gouvernement  régulier  peut  aujourd’hui  compter  sur  le  concours ­
  sérieux  et  sur  la  loyauté  de  l’armée  pour  le  maintien  de
l’ordre  public.
L’armée,  aujourd’hui  placée  sous  le  commandement  effectif
du  général  Clément,  qui  en  1895,  alors  chef  de  bataillon,  fut
envoyé  comme  chef  de  la  première  mission  militaire  française,
a  été  complètement  réorganisée,  Une  nouvelle  mission  française ­
  composée  de  colonels  a  été  engagée  par  le  gouvernement
péruvien  en  novembre  1912.  —  La  marine  de  guerre  a  été  renforcée ­
  par  l’acquisition  d’un  transport,  de  plusieurs  croiseurs
et  tout  dernièrement  d’un  cuirassé  et  d’un  submersible  achetés
à  la  France.  L’activité  du  nouveau  président  se  porte  déjà  sur
l’achèvement  de  2.766  kilomètres  de  chemins  de  fer  actuellement ­
  en  construction.
On  peut  espérer  que  la  période  présidentielle,  qui  a  commencé ­
  le  24  septembre  1912  avec  l’avènement  au  pouvoir  de
M.  Billinghurst,  sera  grandement  favorable  au  Pérou.  Les
débuts  de  cette  présidence  ont  été  heureusement  marqués  par
un  événement  des  plus  importants  :  après  des  négociations
rendues  difficiles  par  l’intransigeance  des  partis  chauvins  et
des  passions  populaires,  si  facilement  excitables  au  Pérou  et
surtout  au  Chili,  un  accord  célébré  avec  le  Chili  ajourne  à
vingt  ans,  c’est-à-dire  en  1933,  le  plébiscite  qui  doit  solution-
        <pb n="13" />
        AVANT-PROPOS

XV

ner  l’irritante  question  des  provinces  de  Tacna  et  Arica  occupées ­
  par  le  Chili  à  la  suite  de  la  funeste  guerre  du  Pacifique ­
  (1879-1884).  Un  traité  de  commerce  est  également
convenu  dans  cet  arrangement.
Grâce  à  cet  accord,  les  deux  pays,  qui  depuis  1884  ont  vécu
Jans  un  état  d’hostilité  plus  ou  moins  prononcé,  et  qui  avaient
même  suspendu  leurs  relations  diplomatiques  depuis  1910,
vont  pouvoir,  oubliant  leurs  rancunes  passées,  s’entendre
étroitement  pour  opposer  une  barrière  plus  forte  aux  ambitions ­
  et  aux  tentatives  d’absorption  économique  des  États-Unis,
  et  travailler  sans  entraves  à  leur  développement  commercial ­
  et  financier.

D’ici  quelques  mois,  vers  la  fin  de  1913,  le  canal  de  Panama
sera  ouvert  au  commerce  mondial;  or,  en  raison  de  sa
situation  géographique,  de  l’étendue  et  de  la  sécurité  de
quelques-uns  de  ses  ports,  le  Pérou  semble  appelé  à  bénéficier ­
  plus  que  tout  autre  de  l’ouverture  de  ce  canal.  Son
mouvement  commercial  en  sera  forcément  considérablement
augmenté.  En  présence  de  cette  éventualité,  le  nouveau  président ­
  s’emploie  à  faire  agrandir  et  améliorer  le  port  du  Callao
afin  qu’il  soit  en  mesure  de  recevoir  les  plus  grands  navires.
On  s’efforce  également  d’une  façon  très  spéciale  d  aménager
l'excellent  port  de  Chimbote  et  celui  de  Païta,  qui  par  sa
vaste  baie  et  sa  position  au  nord  du  pays,  est  appelé  à  un  fort
mouvement.

L’heure  est  donc  propice  pour  entreprendre  des  affaires  avec
ce  pays  et  y  prendre  de  fortes  positions;  en  plus  des  profits  à
réaliser,  ce  sera  encore  faire  œuvre  de  patriotisme,  car  c’est
rendre  service  à  la  mère  patrie  que  de  faire  connaître  au  dehors,
en  même  temps  que  notre  langue,  nos  usages  et  les  qualités  de
notre  race,  les  produits  de  notre  industrie,  dont  le  Français
établi  à  l’étranger  vulgarise  l’usage.
Les  Anglais  et  les  Allemands  le  comprennent  fort  bien;  aussi
leur  situation  commerciale  s’affermit-elle  de  jour  en  jour  sur  la
côte  du  Pacifique  où  le  pavillon  français  est  devenu  presque
inconnu;  à  ces  deux  puissances  et  aux  États-Unis,  s  ajoute
aujourd’hui  le  Japon  qui  vient  prendre  position  au  Pérou,  en
y  débarquant  des  émigrants,  en  attendant  d’y  établir  son
influence  ou  tout  au  moins  d’y  exporter  ses  produits.  De
        <pb n="14" />
        XVI

AVANT-PROPOS

même  que  l’Angleterre,  le  Japon  cherche  à  s’implanter  partout
et  ce  n’est  pas  là  le  concurrent  le  moins  redoutable.
Au  Chili,  les  Allemands  nous  ont  supplantés,  dans  l’armée,
dans  l’Université,  dans  le  commerce,  ils  se  sont  infiltrés  partout, ­
  ils  ont  fait  souche,  pris  les  meilleures  places  et  inondent
tout  le  pays  de  produits  allemands.
Le  Pérou  est  un  des  rares  pays  où  ils  ne  se  soient  pas  substitués ­
  à  nous  ;  là,  en  effet,  nous  le  répétons,  l’influence  française ­
  s’est  maintenue  dans  son  entier,  non  que  nous  ayons
fait  quelque  chose  pour  cela,  mais  en  raison  de  la  sympathie
que  nous  témoignent  les  Péruviens,  par  suite  peut-être  d’une
certaine  affinité  de  caractère.  C’est  à  une  mission  d’officiers
français  que  le  gouvernement  péruvien  a  confié  l’éducation  de
ses  cadres,  ce  sont  des  ingénieurs  et  des  professeurs  français
qui  professent  à  l’École  des  Mines  et  dans  les  grandes  écoles
de  Lima.
Nous  devons  donc,  non  seulement  défendre,  mais  accroître
notre  influence  dans  ce  pays  en  y  faisant  participer  nos  capitaux ­
  et  en  allant  nous  y  établir  ;  le  Français  peut  s’en  aller  au
Pérou  comme  chez  un  ami,  sans  crainte  d’être  mal  reçu.
Nous  souhaitons  que  ce  travail  puisse  contribuer,  pour  sa
faible  part,  à  faire  sortir  de  notre  vieille  Europe  une  jeunesse
trop  hésitante  et  tenue  en  tutelle,  des  capitaux  timorés,  plus
disposés  à  faire  un  accueil  sentimental  à  des  emprunts  étrangers ­
  d’un  remboursement  aléatoire,  qu’à  l’idée  d’une  entreprise ­
  lucrative  à  tenter  en  pays  lointains.
Nous  avons  espéré  stimuler  l’intérêt  que  de  nos  jours  chacun
devrait  porter  à  des  questions  devenues  universelles.  Puisse
cet  ouvrage,  malgré  ses  imperfections  et  ses  lacunes,  permettre
à  tous  de  se  faire  une  opinion  sur  le  Pérou  qui  est  un  des
pays  dont  nous  avons  gardé  le  meilleur  souvenir.

P.  W.
        <pb n="15" />
        LE

PÉROU  ÉCONOMIQUE

CHAPITRE  PREMIER

I.  Aperçu  historique  et  géographique  du  Pérou.  U.  e
Almagro.  —  III.  L’Indépendance.  —  IV.  Territoire  perdu.  —  V.  1  lia
tion.  Superficie  actuelle.  —  VI.  Configuration  du  sol.  VII.  Divisions
physiques.  —  VIII.  Climat.

I.  —  C’est  au  commencement  du  xvi°  siècle  (1525)
que  le  Pérou  fut  découvert.  François  Pizarre,  un  ancien
porcher  devenu  officier  et  compagnon  de  Cortez,  apprit  à
Panama  qu’il  existait  sur  la  même  côte,  à  quelques  centaines ­
  de  lieues  au  sud,  une  région  où  l’or,  disait-on,  était
aussi  abondant  que  le  fer  dans  d’autres  pays.  Poussé  par
l’espoir  du  lucre  et  secondé  par  un  autre  aventurier
espagnol,  Diego  de  Almagro,  Pizarre  se  mit  à  la  recherche
de  cette  nouvelle  Toison  d’or.
Après  avoir  surmonté  de  grosses  difficultés,  les  deux
aventuriers  abordèrent  au  Pérou  dans  la  région  de
fumbes  ;  ils  se  trouvèrent  dans  un  empire  fort  bien  administré, ­
  et  dont  la  civilisation  était  relativement  avancée.
Les  Incas,  monarques  absolus  de  cet  immense  terril
        <pb n="16" />
        marn

2  LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

él

Il  s

toire,  avaient  étendu  leur  domination  depuis  l’Équateur
jusqu’aux  confins  de  la  zone  tempérée,  c’est-à-dire  sur
presque  tout  le  territoire  qui  compose  aujourd’hui  les  républiques ­
  de  l’Équateur,  du  Pérou,  de  Bolivie  et  une  grande
partie  du  Chili  actuel.  La  capitale  de  cet  état  était  le
Cuzco,  situé  au  centre  du  gouvernement  du  Pérou.
A  l’arrivée  des  Espagnols,  le  pays  était  ravagé  par  la
guerre  civile;  deux  frères,  Huascar  etAtahualpa,  se  disputaient ­
  le  pouvoir  laissé  vacant  par  la  mort  de  leur  père,
Huayna  Capac.  Huascar,  l’Inca  légitime,  gouvernait  à
Cuzco,  Atahualpa  commandait  à  Quito.
II.  —  Pizarre  profita  habilement  de  cette  situation;  par
un  coup  d’audace  et  de  perfidie,  il  s’empara  d’Atahualpa,
resté  vainqueur  de  son  frère  qu’il  venait  de  faire  périr.
Après  qu’il  eut  aidé  ses  vainqueurs  à  conquérir  le  pays,
Atahualpa  fut  à  son  tour  étranglé  après  une  parodie  de
jugement,  malgré  les  promesses  et  les  engagements  pris
par  Pizarre.  L’empire  presque  entier  tomba  ainsi  entre  les
mains  des  Espagnols,  qui  le  pillèrent  et  le  ravagèrent  sous
prétexte  d’en  entreprendre  la  soumission.
Celle-ci  ne  s’acheva  pas  sans  peine,  trop  de  convoitises
avaient  été  allumées,  trop  de  sang  répandu;  la  conquête  à
peine  consommée,  la  discorde  se  mit  parmi  les  conquérants; ­
  la  cupidité,  la  jalousie,  la  haine  empêchèrent  les
vainqueurs  de  partager  tranquillement  leur  proie.
Almagro,  âgé  de  soixante-dix  ans,  lutte  contre  deux
frères  de  Pizarre;  il  est  vaincu  et  meurt  étranglé,  puis
décapité.  Mais,  juste  retour  des  choses  d’ici-bas,  Pizarre
et  ses  quatre  frères  périssent  aussi  de  mort  violente.
François  Pizarre  exerce  pendant  sept  ans  le  pouvoir  d’un
ïnca,  puis  il  est  assassiné  par  ceux-là  mêmes  qu’il  a  enrichis. ­
  A  treize  ans  de  date  delà  conquête  effective  (1538)
le  dernier  des  Pizarre,  Gonzalo,  qui  s’était  proclamé  dicta-
        <pb n="17" />
        mm
        <pb n="18" />
        3

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

teur,  est  vaincu  par  le  vice-roi  Pedro  de  la  Gasca  qui  le  fait
décapiter.  Ceux  qui  avaient  donné  à  l’Espagne  le  tiers  d  un
continent  moururent  donc  tous  au  Pérou,  victimes  de  leurs
discordes  et  de  leur  ambition.
Avec  l’arrivée  des  Espagnols  qui  ne  respectèrent  rien  des
institutions  établies,  ce  fut  la  fin  du  bien-être  relatif  dont
jouissait  la  grande  masse  de  la  population.  L’agriculture,
qui  était  un  grand  honneur,  fut  abandonnée  pour  l’exploitation ­
  à  outrance  des  métaux  précieux.  Les  plaines  aujourd’hui ­
  arides  de  la  Costa  étaient  irriguées  par  un
admirable  système  d’aqueducs,  et  les  pentes  mêmes  des
monts  étaient  aménagées  pour  la  culture  à  l’aide  de  gradins
superposés.  A  l’heure  actuelle,  les  vestiges  de  ces  travaux
font  encore  l’admiration  des  étrangers  qui  ont  l’occasion
de  les  visiter.
Quand  Pizarre  en  entreprit  la  conquête,  le  Pérou  possédait ­
  aussi  un  magnifique  système  de  chaussées,  routes
et  chemins  vicinaux  qui  reliaient  entre  elles  les  différentes
parties  du  pays.  Uniquement  guidés  parla  soif  de  l’or,  les
Espagnols  ne  respectèrent  rien  pendant  les  trois  siècles
que  dura  leur  domination  ;  aujourd’hui,  tous  ces  travaux
ont  cessé  d’exister,  et  de  ces  chemins  royaux  construits
par  les  Incas  et  comparables  aux  grandes  voies  romaines,
il  ne  reste  plus  que  des  vestiges,  de  grande  importance
sans  doute  au  point  de  vue  archéologique,  mais  de  peu
d’intérêt  au  point  de  vue  pratique.
Courbé  sous  le  rude  joug  de  l’Espagne,  le  Pérou  déclina
rapidement,  les  sommes  immenses  retirées  de  ses  mines
étant  toutes  expédiées  en  Espagne.  La  population,  qui  était
de  10.000.000  d’habitants  se  réduisit  à  moins  de  deux;  il
faut  en  chercher  la  raison  dans  les  massacres  d’indigènes
que  provoqua  le  fanatisme  espagnol,  et  surtout  dans  le
rude  impôt  de  la  mita  qui  en  fit  périr  un  grand  nombre
        <pb n="19" />
        4  LK  PÉROU  ÉCONOMIQUE
dans  les  mines.  L’agriculture,  complètement  délaissée,  fut
ruinée.
III.  —  Après  divers  soulèvements  indigènes  qui  furent
noyés  dans  le  sang,  les  créoles,  durement  opprimés  par  la
mère-patrie,  s’agitèrent  et  à  l’exemple  des  autres  possessions ­
  espagnoles,  tentèrent  de  conquérir  leur  indépendance
pendant  les  premières  années  du  xix e  siècle.  Plusieurs  insurrections ­
  furent  étouffées  et  réprimées  avec  énergie  ;  enfin
grâce  à  l’appui  des  jeunes  républiques  voisines,  le  Pérou
secoua  le  joug  de  l’Espagne,  en  1821,  après  les  batailles  de
Juiiin  et  de  Ayacucho.  Toutefois,  ce  n’est  qu’en  1825  que
l’indépendance  du  Pérou  fut  définitivement  proclamée.
C’est  à  Simon  Bolivar,  le  libérateur,  que  les  Péruviens
doivent  leur  indépendance  ;  son  lieutenant,  le  général
Sucre,  fut  le  véritable  fondateur  du  Haut-Pérou  qu’il
érigea  en  république  indépendante  sous  le  nom  de
Bolivia.
Malheureusement  l’existence  de  cette  jeune  nation  fut
très  souvent  agitée  par  des  convulsions  politiques  qui
entravèrent  assez  fréquemment  son  développement.  De
1870  à  1879  le  Pérou  traversa  une  véritable  ère  de  prospérité ­
  ;  c’est  pendant  cette  période  de  paix  que  furent  entrepris
un  grand  nombre  de  travaux  d’utilité  publique,  parmi
lesquels  plusieurs  lignes  ferrées,  choisies  à  tort  et  à  travers
peut-être,  mais  dont  deux  sont  d’une  utilité  incontestable.
IY.  —  Cet  essor  fut  arrêté  par  la  funeste  guerre  dite
du  Pacifique  ;  le  Chili,  vainqueur,  enleva  au  Pérou  deux  de
ses  plus  riches  départements,  Tacna  et  Arica,  avec  Tarapaca
  et  l’Atacama,  soit  près  de  130.000  kilomètres  carrés.
Cette  occupation  était  limitée  à  dix  années,  après  lesquelles ­
  un  plébiscite  devait  désigner  à  quelle  nation  ces
provinces  revenaient  définitivement  ;  l’état  favorisé  était
obligé  de  payer  à  l’autre  une  indemnité  de  dix  millions
        <pb n="20" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

5

de  sole  s.  Mais  vingt-sept  années  se  sont  écoulées  et  cette
clause  a  toujours  été  éludée  par  le  vainqueur,  qui  ne
semble  pas  du  tout  disposé  à  procéder  à  cette  consultation. ­

Toutefois  la  tension  qui  existait  à  ce  sujet  entre  les  deux
pays  serait  près  de  prendre  fin.  En  effet,  un  accord  a  été
conclu,  en  novembre  1912,  entre  le  Pérou  et  le  Chili.  Il  en
résulte  que  le  plébiscite  sur  la  souveraineté  des  provinces
d’Arica  etTacna  est  ajourné  exactement  jusqu’en  1933;
le  Chili  paiera  au  Pérou  dans  l’intervalle,  une  redevance
annuelle  pour  l’occupation  de  ces  provinces.  Les  modalités ­
  du  plébiscite  et  la  désignation  de  ceux  des  habitants
qui  seront  qualifiés  pour  y  prendre  part  feront  l’objet  des
négociations  qui  sont  engagées  non  seulement  pour  terminer ­
  ce  différend,  mais  en  vue  de  la  conclusion  d’un
traité  de  commerce.
Y.  —  Le  Pérou,  on  le  sait,  se  trouve  situé  sur  la  côte
du  Pacifique,  presque  au  centre  de  l’Amérique  du  Sud.
11  s’étend  depuis  1°29,  jusqu’à  19°13,  au  sud  de  l’Équateur, ­
  et  entre  les  64 e  et  83 e  degrés  de  longitude  ouest  de
Paris.
Le  Pérou  est  limité  au  nord  par  l’Équateur,  au  nord-est
par  la  Colombie,  à  l’est  par  le  Brésil,  au  sud-est  par  la
Bolivie  et  au  sud  par  le  Chili.
C’est  un  principe  convenu  entre  toutes  les  républiques
hispano-américaines,  de  prendre  comme  point  de  départ,
pour  toute  démarcation  de  frontière,  les  mêmes  limites
possédées  par  les  différentes  circonscriptions  coloniales  de
l’Espagne  avant  l’indépendance.  Mais  par  le  fait  que
les  frontières  de  ces  circonscriptions  ne  furent  jamais  déterminées ­
  avec  précision,  les  calculs  fait  sur  des  cartes  ne
pouvant  être  qu’approximatifs,  des  prétentions  contradictoires ­
  se  produisirent  chaque  fois  que,  sur  les  frontières
        <pb n="21" />
        6

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

imprécises,  des  régions,  jusqu’alors  dédaignées,  se  révélèrent ­
  comme  recélant  d’importants  gisements  miniers  ou
des  richesses  naturelles  en  abondance.
Le  Pérou  n’échappe  pas  à  ces  difficultés  et  des  territoires
immenses  lui  sont  contestés  par  la  Bolivie  et  le  Brésil  ;  la
frontière  nord  est  encore  en  litige  avec  l’Equateur  qui  réclame ­
  tout  le  pays,  jusqu’à  la  rive  gauche  du  Maranon
ainsi  que  la  province  de  Jaen  occupée  en  fait  par  le  Pérou.
Il  en  est  de  même  sur  le  Béni  et  le  Yurua  avec  le  Brésil  et
la  Bolivie.  Cependant,  ces  différends  qui  portent  tous  sur
des  régions  situées  dans  le  bassin  de  l’Amazone,  seront
tranchés  à  l’amiable  ou  par  voie  d’arbitrage  entre  les  Etats
intéressés.  C’est  pourquoi  la  superficie  exacte  du  Pérou  ne
peut  être  donnée  qu’approximativement.
YI.  —  Si  l’on  considère  comme  acquis  les  territoires
disputés  des  frontières,  la  superficie  du  Pérou  serait,  d’après
Paz  Soldan,  de  1.811.640  kilomètres  carrés,  en  déduisant
les  122.000  kilomètres  perdus  après  la  guerre  du  Chili.
Ce  n’est  là,  encore,  qu’un  chiffre  approximatif  et  provisoire ­
  ;  d’après  les  calculs  les  plus  récents,  la  superficie
actuelle  du  Pérou  serait  de  1.806.894  kilomètres  carrés.
Divers  traités  de  géographie  donnent  le  chiffre  de
1.111.000  kilomètres  carrés,  ceux-là  sont  trop  loin  de  la
vérité  pour  être  pris  en  considération.  Il  n’est  peut-être
pas  inutile  de  donner,  ici,  un  aperçu  sommaire  de  la  configuration ­
  de  ce  territoire  dont  l’aspect  est  extrêmement
varié.
Dès  que  l’on  quitte  la  côte,  longue  bande  qui  s’étend
sur  une  largeur  de  150  kilomètres  et  jusqu’à  une  altitude
de  1.500  à  2.000  mètres  au-dessus  du  niveau  de  la  mer,  le
terrain,  qui  s’élève  sensiblement,  est  croisé  en  toutes  directions ­
  par  les  chaînons  de  la  Cordillère  Occidentale,  car
la  Cordillère  des  Andes  qui,  du  sud  au  nord,  parcourt
        <pb n="22" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

7

toute  l’Amérique,  se  divise  à  son  entrée  au  Pérou  en  ramifications ­
  et  contreforts  qui  suivent  la  direction  de  1  Est  et
se  séparent  peu  à  peu;  l’autre  chaîne,  qui  longe  la  côte
dans  une  direction  parallèle  à  celle  des  Andes,  se  nomme
Cordillère  de  la  côte  ou  Cordillère  Occidentale.  C’est
cette  chaîne  qu’il  faut  franchir  par  un  certain  nombre  de
passages  nommés  portachuelos,  pas  os,  abras,  pour  descendre ­
  dans  la  sierra,  qui  est  le  territoire  compris  entre
les  deux  chaînes  qui  partage  tout  le  Pérou,  jusqu’à  une
altitude  de  3.500  mètres.  C’est  après  avoir  traversé  la
sierra  et  franchi,  ou  plutôt  traversé,  les  Andes,  ou  Cordillères ­
  Orientales,  que  l’on  se  trouve  dans  la  partie  la
plus  vaste,  la  plus  belle  et  la  plus  riche  du  Pérou,  en  même
temps  que  la  moins  connue.  Cette  région,  la  Montana,  est
sillonnée  par  un  magnifique  réseau  de  fleuves,  le  Napo,
i’Ucayali,  le  Maranon,  le  Purus,  le  Yurua,  le  Madré  de
Dios,  le  Madeira,  etc.,  qui  descendent  ou  coupent  les
Cordillères  pour  se  réunir  au  géant  des  fleuves,  l’Amazone.
La  longueur  du  littoral  péruvien,  qui  s’étend  depuis  la
crique  Santa  Rosa  jusqu’à  la  vallée  du  rio  Sama  (1),  est
de  plus  de  2.000  kilomètres.  La  largeur  la  plus  grande
du  territoire  se  trouve  sous  le  parallèle,  6°45,  où  cette
largeur  atteint  2.000  kilomètres  à  peu  près.
VII.  —  Cet  immense  territoire  est  divisé  de  l’est  à
l’ouest,  du  Pacifique  au  bassin  de  l’Amazone,  en  trois
grandes  zones  bien  caractérisées  :  la  Costa  ou  côte,  la
Sierra  et  la  Montana  (2)  qui  se  subdivisent  à  leur  tour  en
trois  autres  régions  :  la  Cordillera,  la  Puna  et  la  Ceja  de
Montana  (sourcil  de  la  Montana).  Quelques-unes  de  ces
(1)  S’en  tenant  au  traité  d’Ancon,  les  Péruviens  reportent  cette  limite
à  la  guebrada  de  Camarones.
.  (2)  Au  Pérou,  en  Bolivie  et  en  Colombie,  le  mot  montana  ou  monte  ne
désigne  pas  une  élévation  de  terrain,  mais  des  régions  orientales  couvertes ­
  de  forêts  vierges  et  généralement  peu  connues.
        <pb n="23" />
        8

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

régions  peuvent  encore  se  diviser  en  autres  de  second
ordre,  mais  nous  ne  ferons  qu’indiquer  leur  position  relative ­
  et  leur  altitude  approximative  au-dessus  du  niveau  de
la  mer,  en  décrivant  plus  longuement  chacune  de  ces
zones,  qui  feront  l’objet  de  chapitres  spéciaux.
La  région  de  la  Costa  s’étend  depuis  le  niveau  de
l’Océan  Pacifique  jusqu’à  1.500  ou  2.000  mètres  au-dessus
du  niveau  de  la  mer.
La  Sierra  comprend  la  zone  située  depuis  la  limite  supérieure ­
  de  la  côte,  jusqu’à  une  altitude  de  3.500  mètres,
elle  peut  être  divisée  en  Cisandine  ou  Interandine,  soit
qu’elle  se  trouve  située  dans  la  partie  occidentale  de  la
Cordillère,  ou  bien  dans  la  partie  cultivable  qui  se  trouve
enserrée  entre  les  deux  Cordillères.
Dans  la  sierra,  le  sol  est  rempli  d’énormes  inégalités,
on  y  voit  aussi  des  pics,  des  crêtes  prolongées  et  couvertes ­
  de  neige,  que  l’on  nomme  Cordilleras,  mesas,
(table)  altiplanicie  (hauts  plateaux)  altos,  mais  qui  sont
généralement  connus  sous  le  nom  de  Puna;  vallées  longitudinales ­
  et  transversales,  ravins  plus  ou  moins  profonds,
défilés  bordés  de  précipices,  appelés  mauvais  pas  et
balcones.
La  Puna  embrasse  la  région  froide,  comprise  entre  la
limite  supérieure  de  la  Sierra  et  4.500  mètres  d’altitude.
La  région  de  la  Cordillera  comprend  toute  la  partie
culminante  des  chaînes  de  montagnes  qui,  sous  le  même
nom,  sillonnent  le  Pérou  dans  toute  sa  longueur.
La  Ceja  de  la  Montana  forme  une  zone  transandine
sur  le  versant  oriental  de  la  seconde  Cordillère.  Par  son
altitude  au-dessus  du  niveau  de  la  mer,  entre  3.500  et
1.200  mètres,  la  Ceja  de  Montana  correspond  à  la  Sierra
mais  par  son  climat  et  ses  productions  elle  n’en  constitue
pas  moins  une  région  entièrement  distincte.
        <pb n="24" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

9

Enfin  la  zone  immense  nommée  fort  improprement
Montana,  car  elle  devrait  être  désignée  sous  le  nom  de
région  des  forêts,  s’étend  sur  le  versant  oriental  depuis
1.200  mètres  d’altitude  jusqu’aux  immenses  plaines  baignées ­
  par  l’immense  Amazone.
C’est  la  partie  la  plus  étendue  et  en  même  temps  la
moins  connue  du  Pérou.
Il  est  difficile,  pour  quiconque  n’a  pas  parcouru  personnellement ­
  les  différentes  zones  du  Pérou,  de  se  représenter
exactement  les  scènes  variées  qu’offre  la  nature  dans  ce
pays,  où  en  quelques  heures  le  voyageur  voit  défiler
devant  ses  yeux  des  sites  si  différents  qu’il  devrait,  pour
en  trouver  d’analogues,  parcourir  les  régions  les  plus
opposées  du  globe.
VIII.  —  En  raison  de  sa  situation  dans  la  zone  torride
et  à  cause  des  grandes  inégalités  d’élévation  que  présente
son  territoire,  le  Pérou  offre  tous  les  phénomènes  météorologiques ­
  de  l’univers,  c’est  dire  que  son  climat  est
extrêmement  varié.
Toute  la  région  du  littoral  et  de  la  Costa  jouit  d’un  climat ­
  agréable,  les  phénomènes  météorologiques  y  sont
extrêmement  bénins.  Il  n’y  pleut  jamais,  excepté  pendant
l’hiver  (on  sait  que  le  Pérou  étant  situé  dans  l’hémisphère ­
  sud,  les  saisons  s’y  succèdent  dans  un  ordre  inverse  à
celui  qu’on  observe  en  France),  et  dans  ce  cas,  la  pluie
est  tellement  fine  que  c’est  plutôt  une  sorte  de  brouillard ­
  ;  on  la  nomme  garua  et  à  peine  parvient-elle  à  mouiller ­
  le  sol.  Dans  certaines  parties  du  littoral,  les  pluies
sont  absolument  inconnues.  A  partir  du  7 e  degré  parallèle
au  nord,  il  pleut  en  abondance  mais  seulement  tous  les  six
ou  sept  ans.
On  explique  ce  phénomène  de  la  manière  suivante  :  les
vents  alizés  soufflent  de  l’Atlantique  du  sud-ouest  au
        <pb n="25" />
        10

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

nord-ouest  et,  obéissant  à  cette  force  impulsive,  traversent
obliquement  l’Amérique  du  Sud,  sur  une  étendue  longitudinale ­
  de  plus  de  2.000  milles  géographiques,  déchargeant
à  leur  passage  dans  les  Cordillères  du  Brésil  une  grande
quantité  de  vapeurs  aqueuses  qu’ils  entraînent  de  la  mer;
la  chaîne  des  Andes  condensant  encore  le  restant  des
vapeurs  que  ces  vents  contiennent,  ils  privent  ainsi  le
littoral  de  l’unique  source  d’humidité  que  pourrait  renfermer ­
  son  atmosphère.
Dans  la  Costa,  les  mois  les  plus  froids  sont  ceux  de
juillet  et  août  qui  correspondent  à  l’hiver;  celui-ci,  qui
dure  de  mai  à  octobre,  ne  se  distingue  que  par  un  ciel  plus
sombre  un  peu  voilé  et  par  la  garua  ;  le  thermomètre  ne
descend  pas  à  plus  de  11  degrés  au-dessous  de  zéro.  Janvier
et  février  sont  les  mois  les  plus  chauds  de  l’été,  cependant, ­
  le  thermomètre  atteint  rarement  30  et  32  degrés;
la  température  moyenne  est  de  20  degrés  centigrades.  Le
printemps  et  l’automne  sont  deux  saisons  à  peine  perceptibles, ­
  car  leur  température  se  confond  avec  les  autres.
Les  nuits  y  sont  toujours  fraîches.  Le  climat  de  la  côte
est  donc  agréable,  presque  tempéré,  et  surtout  uniforme.
La  raison  d’une  température  aussi  douce,  à  quelques
degrés  à  peine  de  l’Equateur,  n’est  autre  que  l’action  réfrigérante ­
  du  courant  de  Humboldt,  courant  sou-smarin  d’eau
froide  venu  des  mers  antarctiques  qui,  du  sud-est  au  nordouest,
  longe  toute  la  côte  péruvienne  pour  se  mêler  au
courant  équatorien  dans  les  eaux  du  Guayaquil.  Les
brises  constantes  du  sud,  qui  sont  parallèles  au  courant,
contribuent  aussi  à  rafraîchir  l’atmosphère.  Pour  trouver
un  climat  tempéré,  et  même  froid,  il  suffît  de  prendre  la
route  conduisant  à  la  Sierra  par  les  premiers  versants
des  Andes  ou  plus  simplement  le  chemin  de  fer  dit  de  la
Oroya  ;  à  chaque  station,  la  température  devient  moins
        <pb n="26" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

11

chaude.  Le  froid  commence  à  se  faire  sentir  à  Matucana,
à  2.373  mètres  d’altitude;  il  est  plus  intense  à  San  Mateo
(3.209  mètres),  etc.,  etc.  Divers  centres  comme  Pura,  sur
la  Costa,  et  Jauja  dans  la  Sierra  de  Junin,  ont  la  réputation, ­
  qui  paraît  justifiée,  de  posséder  des  propriétés  curatives ­
  pour  les  rhumatismes  et  les  maladies  pulmonaires.
Dans  la  Sierra  qui  occupe  presque  un  tiers  du  territoire
péruvien,  et  qui  est  le  centre  de  l’industrie  minière,  toutes
les  localités  situées  entre  1.000  et  3.000  mètres  d’altitude
ont  des  climats  tempérés  et  sains.  La  température  est  plus
froide  lorsqu’on  s’approche  des  sommets,  au  contraire
elle  est  tout  à  fait  tropicale  au  fond  des  vallées  profondes
et  latérales  à  la  Sierra.
Pendant  l’été  de  novembre  à  mai,  il  pleut  fréquemment
et  à  torrents  dans  la  Sierra;  c’est  à  cause  de  ces  pluies
que  cette  saison  est  appelée  hiver  dans  cette  région;  la
saison  sèche  est  nommée  été.  On  y  observe  aussi  que  les
tempêtes,  accompagnées  de  décharges  électriques,  ont
généralement  lieu  au  lever  du  soleil  ou  au  milieu  du  jour,
mais  presque  jamais  la  nuit,  sauf  quand  les  pluies  se  prolongent ­
  pendant  plusieurs  jours.
Lorsqu’on  a  dépassé  la  Cordillera  Orientale,  on  se
trouve  dans  la  Montana  ou  région  des  forêts  ;  à  mesure
que  l’on  descend  vers  le  bassin  de  l’Amazone  la  température ­
  s’élève  constamment  pour  atteindre  son  maximum  au
bord  des  grands  affluents  péruviens  de  l’Amazone.
La  situation  géographique  de  cette  région  qui  s’étend
sous  des  latitudes  tropicales,  l’orientation  de  ses  vallées,
l’abondance  des  eaux,  l’influence  des  pluies  et  l’étendue
des  forêts,  déterminent  une  température  chaude  et  humide
dans  les  terres  basses,  chaude  mais  plus  sèche  sur  les
collines  et  les  plateaux.
Dans  la  Montana,  les  pluies  sont  très  fréquentes,  sur ­
        <pb n="27" />
        12

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

tout  pendant  les  premiers  mois  de  l’année,  avec  cette
particularité,  que  les  matinées  sont  sereines  et  que  les
orages  commencent  vers  midi.  Les  saisons  de  la  Montana
concordent  exactement  avec  celles  de  la  Sierra  des  altitudes ­
  correspondantes,  mais  dans  la  zone  des  forêts  il  n’y
a  pas  de  saison  sèche  proprement  dite,  car  il  y  pleut  par
intervalles,  toute  l’année.
En  résumé,  le  Pérou  doit  à  son  climat  de  n’avoir  pas  de
maladies  épidémiques  ;  dans  les  rares  occasions  où  la  fièvre
jaune  fit  son  apparition  elle  fut  bénigne  et  facilement
combattue.  Quelques  maladies  locales  sont  cependant  à
signaler  ;  c’est  tout  d’abord  la  terciana,  (fièvre  tierce),  qui
sévit  pendant  quelques  périodes  de  l’été  et  de  l’automne,
dans  les  vallées  et  les  lieux  marécageux  de  la  Costa,  certains ­
  endroits  du  département  de  Lima  et  dans  les  chaudes
et  profondes  vallées  de  la  partie  occidentale  interandine,
spécialement  à  la  jonction  de  quelques  rivières  avec  leurs
affluents.
Sur  la  Costa  il  est  rare  que  les  accès  de  fièvre  tierce,
contractés  parfois  par  les  nouveaux  débarqués  au  début
de  leur  séjour,  se  renouvellent  si  ceux-ci  ne  commettent
d’abus  d’aucune  sorte.  C’est  comme  un  acclimatement.
Les  brusques  variations  de  température,  dans  la  Sierra,
occasionnent  des  pneumonies  ;  dans  certaines  vallées  de
cette  zone  le  goitre  est  fréquent  ainsi  que  les  verrues.
Ces  affections  particulières  aux  indigènes  sont  dues  à
leur  mauvaise  alimentation  et  à  leurs  mauvaises  habitudes ­
  hygiéniques.
Dans  la  Montana,  les  maladies  à  éviter  sont  les  fièvres
intermittentes,  la  dysenterie  et  l’anémie.
La  mortalité  n’est  pas  très  élevée,  et,  dans  la  majeure
partie  des  cas,  n’est  pas  due  aux  conditions  du  climat,
mais  plutôt  au  manque  d’hygiène,  à  la  mauvaise  alimen-
        <pb n="28" />
        mm

WÊhââ

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

13

tation  de  la  population.  Avec  quelques  précautions,  même
dans  les  régions  considérées  comme  les  moins  salubres,
la  vie  peut  se  prolonger  aussi  normalement  que  dans  les
pays  considérés  comme  les  plus  favorisés.
        <pb n="29" />
        CHAPITRE  II

I.  Etat  politique  et  social  du  Pérou.  Constitution.  Mode  d’élections.  —
II.  Justice.  —  III.  Religion.  Décadence  des  monastères.  Influence  du
clergé.  —IV.  Conditions  légales  des  étrangers.  —  V.  Expédition  de
documents.  —  VI.  Division  politique  et  administrative.  —  VII.  Fonctionnaires. ­
  —  VIII.  Aspect  et  importance  de  quelques  ports.

I.  —  L’organisation  publique  du  Pérou  est  régie  par  la
constitution  de  1860.
Le  Pérou  a  adopté  la  ferme  démocratique  représentative
basée  sur  l’unité.  Il  se  compose  du  pouvoir  législatif,
exécutif  et  judiciaire.  Le  pouvoir  législatif  est  représenté
par  le  congrès  formé  des  Chambres  de  députés  et  de  sénateurs. ­

Le  pouvoir  exécutif  est  représenté  par  le  Président  de
la  république  assisté  de  six  ministres.  Le  président  et  les
ministres  forment  ce  que  l’on  appelle  le  gouvernement
suprême  (supremo  gobierno).
Pour  être  président  de  la  république,  il  faut  être  péruvien ­
  de  naissance,  jouir  de  ses  droits  civils  et  politiques,
avoir  au  moins  35  ans  d’âge,  et  habiter  la  république  depuis
dix  ans.  La  durée  de  la  présidence  est  de  quatre  années,
le  président  sortant  ne  peut  etre  réélu  qu’après  une  période
égale  écoulée.
        <pb n="30" />
        LE  PÉROU  ÉCONIMIQUE

15

Conformément  à  la  loi,  l’élection  des  sénateurs  et  des
députés  s’opère  de  la  manière  suivante.  Les  départements
de  plus  de  huit  provinces  élisent  quatre  députés  titulaires
et  quatre  suppléants,  un  pour  chaque  30.000  habitants,
ou  pour  chaque  fraction  de  15.000,  mais  chaque  province
peut  élire  un  député  même  lorsqu’elle  n’a  pas  ce  chiffre
d’habitants.
Ceux  qui  possèdent  moins  de  huit  provinces  et  plus
de  quatre,  élisent  trois  titulaires  et  trois  suppléants.
Deux  titulaires  et  deux  suppléants  pour  les  départements
ayant  moins  de  cinq  provinces  et  plus  d’une  ;  et  un  titulaire ­
  et  un  suppléant  pour  chaque  province  littorale  ou
département  ne  possédant  qu’une  province.
Pour  être  député,  il  faut  avoir  25  ans,  être  originaire
du  département  auquel  la  province  appartient,  y  avoir
fait  trois  ans  de  résidence  et  posséder  500  soles  de  rentes
(1.250  francs)  ou  bien  être  professeur  d’une  science
quelconque.
Pour  être  sénateur,  il  faut  être  péruvien,  posséder  tous
ses  droits,  avoir  35  ans  d’âge  et  une  rente  de  1.000  soles
(2.500  francs)  ou  être  professeur  d’une  science  quelconque.
Aucun  fonctionnaire  en  exercice  ne  peut  être  élu  à
aucun  poste,  quel  qu’il  soit,  s’il  n’a  pas,  deux  mois  avant
les  élections,  démissionné  de  ses  fonctions.
Les  députés  et  sénateurs  sont  inviolables,  sauf  s’ils  sont
surpris  en  flagrant  délit,  ils  ne  peuvent  être  accusés  ni
arrêtés  sans  autorisation  du  congrès.  Le  congrès  (les
deux  Chambres  réunies)  s’assemble  tous  les  ans  à  partir
du  28  juillet,  sur  décret  de  convocation.  La  durée  de  ce
congrès  est  de  90  jours.  Des  assemblées  extraordinaires
peuvent  être  convoquées,  elles  prennent  fin  avec  l’objet
qui  les  a  fait  réunir.  Les  Chambres  se  renouvellent  par
tiers  tous  les  deux  ans.  Les  archevêques,  évêques,  gou-
        <pb n="31" />
        16

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

verneurs  ecclésiastiques,  vicaires  capitulaires  ne  peuvent
pas  être  élus  par  leurs  diocèses.
Depuis  la  proclamation  de  l’indépendance  péruvienne,
40  présidents  occupèrent  successivement  le  pouvoir  ;  sur
ce  chiffre,  36  étaient  des  généraux  qui  s  elevèrent  à  la
présidence  en  profitant  des  troubles  qui  agitaient  le  pays.
Le  président  actuel  et  ses  trois  prédécesseurs  sont  civils
et  furent  régulièrement  élus.
II.  —  Le  pouvoir  judiciaire  est  représenté  par  une  cour
suprême  siégeant  à  Lima,  et  dix  cours  supérieures  installées ­
  dans  les  capitales  des  principaux  départements.  En
outre,  dans  chaque  capitale  de  province,  il  y  a  au  moins
un  juge  de  première  instance.
Il  est  nommé  un  juge  de  paix  par  village  de  2.000  âmes
au  moins.  Dans  les  villes  qui  dépassent  ce  chiffre,  il  en
est  désigné  un  pour  chaque  2.000  ou  fraction.  Dans  les
villes  de  40.000  habitants  ou  plus,  en  plus  des  cinq  juges
qui  correspondent  aux  dix  premiers  mille,  il  est  nommé  un
juge  par  chaque  10.000  en  excédent  et  un  par  fraction,  etc.
Les  membres  secrétaires  et  rapporteurs  des  cours  sont
rétribués  par  l’Etat.  Les  plaideurs  paient  aux  procureurs
(avoués)  25  soles  (par  anticipation)  par  semestre  et  par
procès,  quand  il  y  a  deux  ou  plusieurs  causes,  les  procureurs ­
  font  avec  les  intéressés  l’arrangement  qui  leur
paraît  le  plus  convenable.
Devant  les  tribunaux  de  première  instance  il  n’est  pas
nécessaire  de  se  faire  représenter  par  un  procureur,
comme  dans  les  tribunaux  supérieurs.
Les  juges  de  paix  ne  peuvent  exiger  aucun  droit,  mais
les  plaideurs  doivent  rémunérer  les  greffiers  de  ces  fonctionnaires. ­
  Il  n’est  rien  dû  quand  la  valeur  du  procès  ne
le  permet  pas,  ou  quand  le  jugement  n’a  pas  donné  lieu
à  la  rédaction  d’un  acte.
        <pb n="32" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

17

La  compétence  des  juges  de  paix  s’étend  aux  délits
correctionnels  de  peu  de  gravité,  et  dans  les  jugements
au  civil  dont  la  valeur  ne  dépasse  pas  200  soles  (500  fr.).
Il  existe  aussi  un  tribunal  suprême  des  responsabilités
(,supremo  tribunal  de  responsabilitades)  qui  a  l’obligation ­
  d’informer  sur  les  accusations  portées  par  les
intéressés  contre  les  membres  de  la  cour  suprême  (??)  un
tribunal  disciplinaire  qui  doit  connaître  des  accusations
contre  les  fonctionnaires  ou  employés  publics.
Lorsqu’on  s’adresse  au  gouvernement  pour  n’importe
quelle  réclamation,  proposition  ou  sollicitation,  il  faut  le
faire  sur  papier  à  40  centavos  (1  franc)  la  feuille,  chaque
fois  que  l’expéditeur  n’est  pas  indigène  ou  indigent  ;  dans
ce  cas  le  papier  n’est  que  de  10  centavos  ou  0  fr.  25  la
feuille.
Pour  la  légalisation  des  signatures  d’autorités  nationales
ou  étrangères  il  est  payé  un  droit  de  2  soles  (5  francs).
Malgré  de  fort  nombreuses  exceptions,  il  faut  avouer
que  fonctionnaires  et  magistrats  ne  sont  pas  toujours
d’une  grande  intégrité.  Il  arrive  malheureusement,  trop
souvent,  que,  comme  le  clergé,  surtout  lorsqu’ils  se
trouvent  loin  de  toute  surveillance,  les  fonctionnaires  et
les  magistrats  exploitent  trop  bien  leurs  emplois.
III.  —  La  religion  catholique  est,  au  Pérou,  religion
d’Etat,  il  règne  cependant  une  large  tolérance  à  l’égard
des  autres  cultes.  Il  est  vrai  que  sauf  au  Gallao  et  à  Lima
où  ils  sont  représentés  par  quelques  milliers  d’étrangers
ou  fils  d’étrangers,  le  catholicisme  règne  presque  seul.
Quoique  de  nos  jours  les  pouvoirs  et  les  richesses  du
clergé  aient  considérablement  diminué,  l’Eglise,  autrefois
maîtresse  absolue  du  Pérou,  est  encore  très  puissante,  car
les  sentiments  religieux  des  Péruviens  sont  encore  très
vifs,  surtout  dans  l’intérieur.  Le  catholicisme  des  Gholos,
        <pb n="33" />
        18

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

(métis),  ou  celui  des  Indiens  Quechuas  du  haut-plateau
péruvien  et  bolivien,  touche  au  fétichisme.  La  religion  est
surtout  remplacée  par  le  culte  des  images,  c’est  le  symbole
qu’adore  la  population  péruvienne  et  non  le  Dieu  de  leur
religion;  la  statue  reste  l’idole.
Beaucoup  de  processions  ont  lieu  la  nuit,  à  la  clarté
des  torches  et  des  ciepges;  ce  sont  toujours  des  cérémonies ­
  imposantes  par  le  nombre  des  fidèles,  mais
empreintes  d’une  note  de  paganisme  sauvage  particulier
aux  Indiens.  Pendant  ces  processions,  qui  durent  parfois
plusieurs  heures,  on  rit,  on  fume,  l’on  boit  surtout,  enfin
on  y  fait  tout  sauf  prier.
Le  clergé  de  l’intérieur  est  généralement  peu  instruit,
il  abuse  de  son  influence,  qui  est  grande,  sur  les  Indiens
pour  tirer  profit  de  leurs  superstitions.  Malgré  ses  tares
et  sa  licence,  il  faut  reconnaître  que  le  curé  de  l’intérieur
du  Pérou  est  généralement  bienveillant  et  hospitalier  pour
le  voyageur,  et  parfois  aussi  bon  et  doux  pour  ses  fidèles,
bien  qu’il  les  exploite  le  plus  souvent.
Autrefois,  les  moines  pullulaient  au  Pérou;  aujourd’hui,
couvents  et  monastères  ont  presque  totalement  perdu  leur
influence  et  leur  richesse.  Cette  décadence  est  due  à
une  vie  fort  irrégulière,  et  à  une  mauvaise  administration ­
  ;  en  outre,  diverses  lois  ont  réduit  leurs  rentes  et
privilèges.  Quoique  bien  moins  nombreux,  les  moines
sont  encore  la  plaie  de  ce  pays  ;  sales  et  débauchés  (il
s’agit  ici  des  moines  d’origine  péruvienne)  ils  imitent  les
curés  de  leur  mieux,  ils  trafiquent  de  tout  et  font  argent
de  tout.
De  nombreux  biens  des  couvents  sont  aujourd’hui
tombés  au  pouvoir  de  l’Etat,  ils  ont  été  adjugés,  les  uns,
à  diverses  institutions,  les  autres  à  différents  services  de
bienfaisance.  De  la  majeure  partie  de  ces  propriétés,
        <pb n="34" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

19

l’Etat  n’a  pas  su  tirer  parti  ;  rien  n’ayant  été  fait  pour  les
conserver,  ils  se  trouvent  dans  un  état  déplorable.  Beaucoup ­
  sont  en  ruines,  et  quelques-uns  ont  fait  l’objet  de
procès  aujourd’hui  couverts  par  la  prescription.
Malgré  cette  décadence,  les  ecclésiastiques  péruviens
possèdent  encore  dans  la  république,  nous  l’avons  dit,
une  influence  considérable.  Dans  certaines  régions  éloignées, ­
  telles  que  la  Montana,  dans  la  Sierra,  leur  pouvoir
est  presque  aussi  grand  que  jadis,  ce  qui  s’explique  assez
naturellement.  Avant  même  les  autorités  laïques,  les
pacires  ou  curés  de  ces  contrées  en  sont  les  véritables
gouvernants,  presque  seuls  ils  ont  une  influence  morale
sur  leurs  ouailles.
Malgré  l’état  social  nouveau,  les  actes  de  l’état  civil
leur  appartiennent  comme  autrefois.  A  différentes  reprises
le  gouvernement  voulut  instituer  un  registre  de  l’état-civil,
il  échoua  toujours  dans  ses  tentatives,  car  on  ne  peut
compter  comme  un  progrès  réel  la  loi  votée  en  décembre ­
  1897  par  le  Congrès  établissant  un  registre  de
l’état  civil  où  seraient  enregistrés  les  mariages  célébrés,
dans  la  République,  entre  non  catholiques.  De  cette  façon,
les  sentiments  religieux  du  pays  n’étaient  pas  blessés.
IV.  —  La  condition  légale  des  étrangers  au  Pérou  est
la  même  que  dans  la  République  Argentine,  au  Brésil
et  au  Chili.  Tous  les  étrangers  sont  accueillis  avec  la
plus  grande  sympathie,  particulièrement  dans  les  centres
populeux.  Leurs  droits,  comme  de  juste,  sont  respectés,
ainsi  que  leurs  relations  civiles  qui  sont  protégées  par
les  lois.
Ils  peuvent  voyager  sur  tout  le  territoire  avec  la  même
facilité  et  la  même  liberté  que  les  fils  du  pays  ;  comme
ces  derniers  ils  peuvent  invoquer  la  garantie  de  YHabeas
corpus.
        <pb n="35" />
        20

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Ils  peuvent  exercer  tous  les  commerces  et  toutes  les
industries  qui  ne  sont  pas  contraires  aux  bonnes  mœurs,
à  la  salubrité  et  à  la  sécurité  publiques,  sous  l’unique  condition ­
  de  se  soumettre  aux  prescriptions  légales.
Comme  il  est  naturel,  ils  peuvent  disposer  librement  de
leurs  biens,  meubles  et  immeubles  et  jouissent  de  tous  les
droits  de  propriété  accordés  aux  citoyens  péruviens  ;  ils
peuvent  dénoncer  des  mines  (faire  la  déclaration  de  découverte), ­
  acquérir  des  terrains,  etc.
De  même  que  les  Péruviens,  les  étrangers  peuvent  recevoir ­
  gratuitement  l’instruction  élémentaire  dans  les  écoles
primaires,  ils  peuvent  prendre  leurs  inscriptions  dans  les
universités  et  lycées  ainsi  que  dans  tous  autres  établissements ­
  d’enseignement  secondaire  sans  aucune  restriction  ;
ils  peuvent  également  exercer  le  professorat  dans  l’enseignement ­
  privé,  professionnel  et  officiel.
Comme  nous  l’avons  dit  plus  haut,  la  plus  large  tolérance ­
  est  appliquée  en  matière  religieuse,  la  plus  complète ­
  liberté  de  conscience  est  donc  garantie  aux  étrangers, ­
  sans  autre  obligation  que  de  respecter  la  religion
d’Etat.
Les  fils  d’étrangers  nés  au  Pérou  jouissent  à  leur  majorité ­
  des  mêmes  droits  que  les  citoyens  péruviens.  Ainsi,  si
un  étranger  a  un  fils  né  au  Pérou  il  n’est  pas  nécessaire  de
le  naturaliser,  il  l’est  de  droit,  chaque  fois  qu’il  aura  été
inscrit  sur  le  registre  de  l’état  civil.
Tous  les  étrangers  âgés  de  vingt  et  un  ans  peuvent  se
faire  naturaliser  péruviens  ;  il  suffit  d’exercer  un  emploi,
un  commerce  ou  une  industrie  quelconque,  et  de  se  faire
inscrire  sur  le  registre  de  l’état  civil.  Dans  ce  cas  les  étrangers ­
  doivent  se  présenter  à  la  municipalité,  munis  des
pièces  démontrant  qu’ils  ont  deux  années  de  résidence  volontaire ­
  dans  le  pays,  et  qu’ils  y  exercent  une  profession
        <pb n="36" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

21

ou  un  commerce  ou  une  occupation  licite,  pour  lesquels  la
présentation  de  la  patente  suffit.
Les  étrangers  nationalisés  jouissent  des  mêmes  droits
et  ont  les  mêmes  devoirs  que  les  Péruviens  de  naissance,
sauf  le  droit  d’exercer  la  présidence  de  la  république  ouïes
charges  de  ministre,  sénateur,  député  ou  magistrat;
en  revanche  ils  sont  aptes  à  toutes  les  autres  charges
administratives  ou  municipales.
La  Péruvienne  qui  contracte  mariage  avec  un  étranger
prend  la  nationalité  de  son  mari,  il  en  est  de  même  d’une
étrangère  épousant  un  Péruvien.  La  loi  reconnaît  la  validité ­
  de  tous  les  mariages  contractés  entre  non  catholiques,
tant  au  Pérou  qu’à  l’étranger,  chaque  fois  qu’ils  ont  été
enregistrés.
Les  successions  des  étrangers  décédés  au  Pérou  sont
réglées  par  les  mêmes  autorités  et  procédures  que  celles
usitées  pour  les  Péruviens,  à  moins  qu’il  n’existe  des  conventions ­
  consulaires  spéciales  avec  le  pays  natal  du  défunt.
Dans  ce  cas,  la  convention  consulaire  est  celle  qui
fait  loi.
"V.  —  Il  n’est  pas  indifférent  de  connaître  les  formalités
à  remplir  pour  rendre  valables  les  documents  établis  dans
le  pays  qui  doivent  être  expédiés  à  l’étranger.  Celles-ci
sont  les  suivantes  :  1°  Le  témoignage  de  Vescribano  (1)
dans  le  cabinet  duquel  l’acte  fut  élaboré  ;  2°  que  la  signature ­
  de  cet  officier  ministériel  soit  légalisée  par  celles  de
trois  autres  escribanos  ;  3°  que  la  signature  de  ceux-ci  soit
légalisée  par  le  Préfet  du  département  ;  4°  que  celle  de  ce
dernier  soit  certifiée  parle  ministre  des  Affaires  étrangères  ;
et  5°  que  celle-ci  soit  certifiée  par  le  ministre  plénipo-(1)
  Les  fonctions  de  Escribano  de  estado,  Escriba.no  de  diligencias,  Escribano
  de  Registro  civico  correspondent  à  celles  de  nos  officiers  ministériels. ­
        <pb n="37" />
        22

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

tentiaire,  chargé  d’affaires,  au  Conseil  de  la  nation  où  le  document ­
  est  adressé.  On  voit  que  notre  pays  n’a  pas  le  privilège ­
  exclusif  des  chinoiseries  administratives.  Tout  acte,
pouvoir,  etc.,  soit  pour  affaire  litigieuse  ou  pour  réclamation,  .
reste  sans  effet  valable  s’il  n’a  pas  été  expédié  par  la
chancellerie  correspondante.
VI.  —  Le  Pérou  est  divisé  comme  la  France  en  départements ­
  ;  ceux-ci  en  provinces,  subdivisées  à  leur  tour  en
un  certain  nombre  de  districts  et  de  municipalités.
D’après  la  plus  récente  division  politique  du  Pérou,
datant  du  1 er  janvier  1906,  le  pays  comprend  vingt
départements  (nous  écartons  le  département  de  Tacna,
au  pouvoir  du  Chili,  qui  figure  sur  ce  tableau)  dont  deux
provinces  littorales  ou  préfectures  maritimes  et  la  province ­
  constitutionnelle  du  Callao  figurant  avec  raison
comme  départements  ;  101  provinces,  et  801  districts.
Certains  de  ces  départements  se  trouvent  situés  en
partie  sur  la  côte  du  Pacifique  avec  quelques  provinces
dans  l’intérieur  ;  malgré  tout  nous  croyons  utile  d’en
donner  la  nomenclature  en  classant  tous  les  départements ­
  dans  les  trois  «  zones  »,  divisions  naturelles  du
Pérou,  auxquelles  ils  appartiennent  ou  desquelles  ils  se
rapprochent  le  plus.
Dans  la  zone  de  la  Costa,  ce  sont,  du  nord  au  sud,  la
province  littorale  de  Tumbés,  capitale  Tombés  (port),  comprenant ­
  une  province  et  4  districts  (1).
Le  département  de  Piura,  capitale  Piura,  avec  pour
port  Paita,  4  provinces  et  25  districts.
Lambayeque,  qui  a  Eten  comme  port,  possède  2  provinces ­
  et  19  districts.  La  capitale  de  ce  département  est
Ciiiclayo.
(1)  Comme  il  serait  trop  long  et  sans  intérêt  de  donner  le  nom  de  ces
provinces  et  districts,  nous  nous  bornons  à  en  indiquer  le  nombre.
        <pb n="38" />
        23

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Le  département  de  la  Libertad,  ayant  pour  capitale
Trujillo  et  pour  port  Salaverry,  possède  6  provinces
et  40  districts.
Le  département  Lima,  capitale  du  même  nom,  ayant  pour
port  le  Callao,  a  6  provinces  et  59  districts.
Le  Callao,  préfecture  maritime,  se  compose  d  une  province ­
  et  d’un  district.
Le  département  de  Ica,  capitale  Ica,  se  compose  de
3  provinces  et  de  15  districts;  le  port  est  Pisco.
Le  département  d’AREQUiPA,  qui  a  pour  capitale  la  troisième ­
  ville  du  Pérou  en  même  temps  que  la  plus  commerçante ­
  et  la  plus  industrielle,  possède  3  ports  :  Mollendo,
Islay  et  Chala,  et  7  provinces  avec  77  districts.
Moqüegua,  porté  récemment  au  rang  de  province  littorale, ­
  a  pour  capitale  la  ville  du  même  nom,  Ilo  pour  port,
une  province  et  8  districts.
Départements  situés  dans  la  zone  de  la  Sierra  :
Cajamarca,  capitale  Cajamarca,  possède  7  provinces,
63  districts;  on  y  parvient  par  les  ports  de  Pacasmayo,  de
Eten  où  il  existe  une  amorce  de  ligne  ferrée  et  aussi  par
le  port  de  Salaverry.
Le  département  de  Amâzonas  a  pour  capitale  la  ville
de  Chachapoyas,  et  possède  3  provinces  et  40  districts  ;
les  communications  avec  la  côte  ne  sont  pas  très  commodes, ­
  les  ports  les  plus  rapprochés  sont  les  mêmes  que
pour  Cajamarca.
Le  département  de  Ancachs,  dont  la  capitale  est
Huaraz,  a  9  provinces  et  72  districts  dont  plusieurs  sont
situés  dans  la  zone  de  la  côte,  avec  laquelle  il  communique
par  deux  ports,  Chimbote  et  Casma.
Huanuco,  département  de  l’est  delà  Sierra,  a  3  provinces
et  22  districts,  pour  capitale  Huanuco  ;il  communique  avec
la  côte  par  la  voie  ferrée  de  la  Oroya,  partant  du  Callao.
        <pb n="39" />
        24

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Junin,  capitale  Cerro  de  Pasco,  communique  aussi
avec  la  côte  par  la  même  ligne  qui  y  est  parvenue  depuis
peu;  4  provinces,  40  districts.
Huancavelica,  capitale  Huancavelica,  4  provinces  et
22  districts,  communique  avec  la  côte  par  le  port  de  Pisco
via  Ica,  ou  par  le  Callao  via  de  la  Oroya.
Ayacucho,  capitale  du  même  nom,  6  provinces,  51  districts, ­
  a  les  mêmes  communications  que  le  précédent.
Apurimac,  capitale  Abancay,  possède  5  provinces,
31  districts  et  communique  avec  le  littoral  par  les  ports  de
Mollendo  et  de  Chala.
Guzco,  capitale  Cuzco,  possède  12  provinces  et  59  districts ­
  ;  ses  communications  avec  la  côte  se  font  parle  port
de  Mollendo  et  la  voie  ferrée  Mollendo-Arequipa-Sicuani-Cuzco.

Le  département  de  Puno,  dont  la  capitale  est  la  ville
du  même  nom  sur  le  lac  Titicaca,  a  8  provinces  et  78  districts ­
  ;  son  trafic  se  fait  également  par  la  voie  Mollendo-Arequipa-Puno.

Zone  de  la  Montana  :
Le  département  de  Loreto  forme  l’unique  département
de  cette  zone.  Il  est  vrai  que  sa  superficie  atteint  près  de
780.000kilomètres  carrés.  Sa  capitale  estl’important  centre
commercial  d’iQuiTos,  sur  l’Amazone  ;  il  est  divisé  en  6provinces
  et  33  districts.
Les  centres  les  plus  importants  de  ce  département  sont  :
Iquitos,  Yurimaguas,  Saposoa,  Moyobamba,  Sarayacu,
Masisea,  Tarapoto,  Contamana,  etc.
VIL  —  Les  départements  et  provinces  péruviennes
du  littoral  sont  gouvernés  par  des  fonctionnaires  ayant  le
titre  de  préfet,  les  provinces  par  des  sous-préfets,  les
districts  par  des  gobernadores  (gouverneurs)  ;  les  districts
et  villages  peu  importants  ont  à  leur  tête  des  lieutenants
        <pb n="40" />
        25

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
gouverneurs,  et  les  villages  indigènes  des  curacas.
Les  gobernadores  sont  le  plus  souvent  des  métis  ou
des  Indiens  comme  leurs  administrés  choisis  parmi  les
plus  riches  ou  les  plus  intelligents.  Ces  fonctionnaires  ne
sont  pas  moins  sévères  pour  leurs  compatriotes  que  les
fonctionnaires  de  race  blanche  ;  ils  sont  d  autant  plus
tentés  de  se  laisser  aller  à  quelques  actes  arbitraires  que
le  plus  souvent  ils  sont  hors  de  tout  contrôle,  n’étant  pas,
en  raison  du  mauvais  état  des  routes,  en  communication
régulière  avec  le  pouvoir  central.
VIII.  —Une  cinquantaine  de  ports,  criques  ou  mouillages, ­
  s’ouvrent  sur  l’immense  littoral  péruvien.  D’après
leur  classification  officielle,  il  en  existe  12  de  première
classe,  12  de  deuxième  classe  et  30  de  troisième  classe.
Sauf  quelques  exceptions,  on  peut  dire  que  si  ces  ports
sont  nombreux,  trop  nombreux  même,  ils  sont  en  général
mauvais  et  de  difficile  accès,  car  sur  la  côte  du  Pérou  si  le
ciel  est  toujours  sans  nuage  et  les  tempêtes  rares,  la  mer
n’en  est  pas  moins  souvent  houleuse  à  proximité  de  la
terre,  ce  qui  rend  toujours  les  atterrissages  difficiles.
En  venant  du  nord  au  sud  on  trouve  les  ports  de  Tumbès,
Paita,  Sechura,  Pimenter,  Eten,  Pacasmayo,  Salaverry,
IIuanchaco,  Chimbote,  etc.
Paita,  Eten,  Pacasmayo,  Salaverry  sont  de  petites  villes
d’une  importance  relative.  Le  port  de  Paita  est  assez
actif,  Eten  est  une  escale  insignifiante,  Pacasmayo
n’est  remarquable  que  par  une  végétation  assez  abondante ­
  et  par  la  formation  bizarre  de  la  baie  ;  ce  port  présente ­
  au  voyageur  une  vuetrès  curieuse.
Salaverry  ne  présente  rien  de  notahle,  sinon  que  ce
port,  qui  n’est  qu’à  200  milles  du  Callao.  offre  toujours  aux
voyageurs,  le  spectacle  d'un  débarquement  laborieux  et
des  plus  couleur  locale.  Il  est  vrai  qu’il  n’est  pas  facile
        <pb n="41" />
        26

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

de  débarquer  sur  ce  point,  car,  nous  l’avons  dit,  sur  toute
la  côte  la  houle  déferle  avec  force.
Le  débarquement  s’opère  sur  un  énorme  radeau,  qui
obéissant  aux  flots,  monte  à  mi-hauteur  du  pont  du  paquebot, ­
  puis  redescend  trois  mètres  au-dessous.
Un  par  un,  les  passagers  prennent  place  dans  un
tonneau  défoncé  d’un  bout,  coupé  parfois  sur  une  des  faces
et  suspendu  au  bout  d’un  palan;  les  marins  choisissent
avec  adresse  le  moment  ou  le  radeau  descend  avec  la
vague.  Malgré  cette  précaution  et  tous  les  soins  apportés
par  l’équipage,  il  arrive  trop  souvent  que  le  tonneau  se
rencontre  avec  le  radeau  ;  le  voyageur  en  jaillit  alors  comme
d’une  boîte  à  ressort  s’il  ne  s’est  pas  solidement  cramponné. ­

Lorsque  la  primitive  embarcation  se  trouve  chargée,  elle
prend  le  chemin  du  rivage,  secouée  par  les  flots  qui  inondent ­
  les  voyageurs  et  les  ballots.  L’arrivée  à  terre  se  manifeste ­
  par  un  choc  formidable  qui  renverse  tous  ceux  qui
n’ont  pas  eu  la  précaution  de  se  coucher.  C’est  trempé
comme  plusieurs  barbets  que  l’infortuné  voyageur  fait  son
entrée  dans  la  petite  ville  de  Salaverry.
Santa  et  Chimbote  sont  deux  ports  réunis  au  milieu  d’un
désert  de  sable  ;  c’est  pourtant  là  le  centre  de  fermes  magnifiques. ­
  —  Chimbote  est  un  port  presque  fermé  par  la
nature,  c’est  une  des  baies  les  meilleures  et  les  plus  profondes ­
  de  la  côte  péruvienne.  Il  a  dix  kilomètres  de  long  et
six  de  large.  Il  n’existe  pas  un  seul  rocher  dans  cette  baie,
merveilleusement  protégée  des  vents  de  l’ouest  et  du  sud
qui  régnent  sur  cette  côte.  Les  plus  grands  navires  y
peuvent  jeter  l’ancre  jusqu’à  cinq  cents  mètres  du  rivage.
Ce  port,  qu’il  est  regrettable  de  voir  négligé  par  le  gouvernement ­
  péruvien,  est  situé  à  2.000  kilomètres  environ  au
sud  de  Panama  et  à  2.500  au  nord  de  Valparaiso.

/
        <pb n="42" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

27

La  baie  de  Supe  est  assez  bonne,  bien  abritée  ;  malgré
quelque  peu  de  ressac,  on  peut  y  jeter  l’ancre  à  une  ou  deux
encablures  de  la  côte,  face  aux  cabanes  de  pêcheurs  qui  y
sont  installées.  Comme  il  n’y  a  pas  de  wharfs,  l’embarquement ­
  des  produits  de  la  région  se  fait  au  moyen  de
petites  embarcations.
Huacho  est  un  port  de  second  ordre  ;  il  n’offre  qu  un
mouillage  médiocre  sur  8  ou  10  mètres  de  fond  à  trois  encablures ­
  de  la  côte.  Ce  port  possède  cependant  quelque
importance,  car  on  y  trouve  en  abondance  des  fruits  et
provisions  de  toutes  sortes.  L’embarquement  se  fait  au
moyen  d’un  wharf  ;  cette  opération,  des  plus  faciles  par  un
temps  calme,  est  pénible  par  mer  houleuse.  La  ville  se
trouve  située  à  un  mille  au  nord  du  port.
Le  port  de  Chancay,  qui  vient  ensuite,  est  composé  de
deux  rades,  mais  le  mouillage  y  est  très  mauvais.  La
ville,  qui  est  desservie  par  le  chemin  de  fer  de  Lima,  est
située  à  2  milles  du  port  sur  une  élévation  de  terrain.
Ancon,  qui  est  à  18  kilomètres  de  Chancay,  offre  un
excellent  ancrage  ;  on  débarque  facilement  sur  une  plage
tranquille  et  sablonneuse  ;  il  est  aussi  desservi  par  le  chemin ­
  de  fer  de  Lima,  qui  n’est  éloigné  que  de  26  kilomètres.
Au  sud  du  Callao,  dont  nous  parlerons  dans  un  chapitre
spécial,  se  trouve  le  port  de  Quilca  ;  le  débarquement  y
est  assez  facile  ;  la  gorge,  la  rivière,  la  vallée  et  la  baie
portent  le  même  nom.  La  vallée  est  des  plus  fertiles  et
bien  cultivée.
Islay,  qui  vient  ensuite,  est  un  des  ports  d’Arequipa.
Le  fond  du  port  est  rocheux  et  il  n’existe  pas  de  plage.  Le
meilleur  mouillage  d’islay  se  trouve  à  Matarani,  au
nord-est  de  la  baie.  Les  exportations  de  ce  port  consistent
en  laine  de  brebis,  d’alpaca,  de  vigogne,  de  llama  ;  cuivre,
argent,  plomb,  étain  ;  cacao,  chocolat,  café  et  cascarilla
        <pb n="43" />
        28  LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

(quinquina);  peaux  de  bœufs  et  de  moutons,  venant  de
Bolivie.
Mollendo,  qui  est  aussi  le  port  d’Arequipa,  n’est  pas
d’accès  très  sûr  ;  mais  c’est  la  tête  de  ligne  du  chemin  de
fer  au  Guzco  et  à  Puno  ;  c’est  pourquoi  Mollendo  est  un
port  d’une  importance  réelle.  C’est  par  ce  port  que  doivent
inévitablement  passer  les  marchandises  destinées  à  la
Bolivie  et  aux  départements  du  sud  du  Pérou,  particulièrement ­
  de  la  région  d’Arequipa.  C’est  aussi  par  là  que
sont  exportés  tous  les  produits  de  l’intérieur  et  en  particulier ­
  les  minerais  provenant  de  Bolivie.
Cerro  Azul  est  une  rade  d’une  certaine  importance,
à  8  milles  de  la  vallée  de  Canete.  Le  débarquement  y  est
assez  bon,  grâce  au  môle  qui  y  existe.  Une  voie  ferrée  particulière ­
  réunit  le  port  avec  les  établissements  agricoles
des  environs.  Le  commerce  principal  consiste  en  sucre,
mélasses,  eau-de-vie,  coton,  etc.
Tambo  de  Mora  est  une  rade  médiocre  et  de  difficile
accès,  mais  la  vallée  avoisinante  est  riche  en  produits
agricoles.
Pis  co  est  un  port  peu  abrité,  mais  contrairement  à  ce
qui  se  passe  dans  la  majeure  partie  des  ports  du  Pérou,
où  les  embarquements  et  débarquements  sont  toujours  très
difficultueux,  Pisco  fait  exception  à  la  règle,  car  on  y
trouve  un  superbe  môle  de  700  mètres,  qui  permet  d’embarquer ­
  par  tous  les  temps.  Aussitôt  à  terre,  le  voyageur
prend  un  tramway  qui,  en  dix  minutes,  le  conduira  à  la
ville  même.  Il  se  fait  par  ce  port  de  grandes  exportations
d’une  eau-de-vie  de  vin  très  appréciée,  de  sucre  de  diverses
qualités,  de  vins,  cotons,  laines  et  différents  métaux.  On
y  extrait  aussi  des  raisins  de  Malaga,  qui  viennent  très
bien  dans  la  région  voisine  ;  deux  liqueurs,  Vitalia  et  le
moscatel.
        <pb n="44" />
        CHAPITRE  III

1-  Comment  on  se  rend  au  Pérou.—  II.  Voie  de  Panama.  —  III.  Voie  de
Magellan.  —  IV.  Voie  de  Buenos-Ayres  et  Cordillères  —  V.  Prix  des
passages.  —  VI.  De  Panama  au  Callao.  —  Vil.  La  baie,  le  débarquement. ­
  Le  Muelle  y  Darsena.  —  VIII.  La  ville.  —  Hôtels  et  tarifs.  —
IX.  Un  phénomène.

I.  —  Dans  l’état  actuel  des  communications,  il  y  a  trois
routes  à  suivre  pour  se  rendre  d’Europe  au  Callao,  principal ­
  port  du  Pérou.
1°  La  route  de  l’Atlantique,  la  plus  ancienne,  passant
par  le  détroit  de  Magellan,  qui  nécessite  40  à  42  jours  de
voyage.
2°  La  voie  de  Panama,  qui  nécessite  34  à  36  jours.
3°  La  voie  de  Buenos-Ayres,  Cordillères  des  Andes  et
Yalparaiso  (de  novembre  à  mai)  ;  cette  voie  est  la  plus
courte,  elle  permet  de  faire  le  voyage  en  30  ou  35  jours.
L’indifférence  avec  laquelle  le  Pérou  fut  longtemps
considéré  par  nos  négociants,  nos  industriels  et  capitalistes, ­
  malgré  la  réputation  d’un  sol  riche  en  mines  et  en
ressources  naturelles,  est  surtout  due  à  l’ignorance  des
choses  de  ce  pays.  Sa  situation  géographique  fait  apparaître ­
  le  Pérou  comme  fort  éloigné  de  l’Europe,  on  ne  sait
pas  très  bien  comment  s’y  rendre.  Aux  personnes  mal
        <pb n="45" />
        30

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

renseignées,  la  voie  de  Panama  apparaît  plus  longue  et
plus  coûteuse  qu’elle  ne  l’est  en  réalité.  La  voie  de
Magellan  est  redoutée  avec  plus  de  raison  à  cause  des
42  jours  de  navigation  qu’elle  exige  et  du  cabotage  fatigant ­
  à  partir  du  Chili  austral  ;  par  la  voie  de  la  Cordillère,
on  s’épargne  12  jours  de  voyage  par  mer,  la  durée  totale
de  celui-ci  ne  dépassant  pas  32  jours  ;  cette  durée  sera
encore  raccourcie  d’une  journée  après  l’achèvement  prochain ­
  du  tunnel  du  chemin  de  fer  transandin.
II.  Voie  de  Panama.  —  Par  cette  voie,  il  est  facile  de
prendre  passage  sur  un  des  paquebots  de  la  Compagnie
générale  transatlantique,  qui  délivre  des  billets  directs
combinés  pour  la  côte  du  Pacifique.  Les  paquebots  de
cette  compagnie  font  la  traversée  de  Saint-Nazaire  à
Colon  en  20  jours,  après  avoir  touché  à  la  Guadeloupe  et
à  la  Martinique,  à  la  Guayra  et  à  Carthagène.
Le  voyage  de  Colon  à  Panama  se  fait  par  le  Panama
Rail  Road;  le  trajet,  qui  est  de  75  kilomètres,  se  fait  en
deux  heures.  Cette  traversée  de  l’isthme  est  des  plus  intéressantes. ­

A  Panama,  le  voyageur  prend  passage  sur  un  des
paquebots  de  la  Steam  Pacific  Navigation  Company  ou
de  la  Compagnie  Sud-Americana  de  vapores.  Ces  deux
compagnies  font  alterner  leurs  départs  qui  ont  lieu  de
Panama  tous  les  jeudis  pour  la  côte  du  Pacifique-sud.  En
raison  des  escales,  la  traversée  de  Panama  au  Callao  est
de  12  à  14  jours  (1).
Prix  en  première,  deuxième  et  troisième  classe  de  Saint-Nazaire
  à  Callao,  en  combinaison  avec  la  S.  P.  N.  C.  :
première  classe,  première  catégorie,  1.557francs;  deuxième
catégorie,  1.407  francs  ;  troisième  catégorie,  1.307  francs.
(1)  Un  service  rapide  vient  detre  organisé  à  l’aide  de  deux  transports  de
l’État,  le  trajet  s’opère  en  5  à  6  jours.
        <pb n="46" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  3i
Deuxième  classe  intermédiaire,  875  francs  ;  troisième
classe  ou  entrepont,  560  francs.
A  ces  prix,  il  faut  ajouter  le  prix  du  chemin  de  fer  de
Colon  à  Panama,  soit  1  livre  6  sh.  10  p.  ou  34  francs  en
première  classe,  et  0  liv.  10  sh.  7  p.,  soit  24  francs  en
seconde.
Les  enfants  au-dessous  de  12  ans  paient  demi-place.
Ceux  au-dessous  de  8  ans  paient  quart  de  place  ;  au-dessous ­
  de  trois  ans,  ils  sont  transportés  gratuitement.
A  bord  des  vapeurs  faisant  le  service  de  la  côte  du
Pacifique,  le  vin  n’est  pas  compris.
De  Saint-Nazaire  à  Colon,  les  passagers  de  la  Compagnie ­
  générale  transatlantique  ont  droit  au  transport  de
150  kilos  de  bagage  en  franchise  (1).  Sur  le  Panama  Rail
Road,  la  franchise  est  de  150  livres  anglaises,  et  seulement ­
  75  livres  pour  les  voyageurs  de  troisième  classe.
III.  Voie  du  détroit  de  Magellan.  —  Deux  compagnies ­
  de  navigation  européenne  font  le  service  de  la
côte  du  Pacifique  ;  via  Magellan,  la  Steam  Pacific  Navigation ­
  Company,  anglaise,  et  la  Compagnie  Kosmos,
celle-ci  allemande  ;  les  tarifs  sont  plus  bas  sur  cette
ligne,  mais  la  traversée  est  plus  longue  et  les  vapeurs
moins  confortables.  Nous  n’indiquerons  donc  que  la  première, ­
  dont  le  service  est  des  plus  réguliers.
Les  passagers  pour  le  Chili  et  le  Pérou,  voie  Magellan,
s’embarquent  à  la  Pallice-Rochelle.  Les  paquebots  de  la
S.  P.  N.  C.  font  escale  à  un  port  d’Espagne  et  à  Lisbonne, ­
  à  Saint-Vincent-du-Cap-Vert,  à  Rio-de-Janeiro,
Montevideo,  à  Punta-Arena,  dans  le  détroit  de  Magellan,
à  Coronel  et  Valparaiso.  Dans  ce  port,  les  voyageurs
sont  transbordés  dans  un  autre  vapeur  de  la  même  com-(1)
  Les  excédents  de  bagages  sont  taxés  à  raison  de  6  francs  par  fraction ­
  de  10  kilos.
        <pb n="47" />
        32

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

pagnie.  Comme  nous  l'avons  dit,  la  durée  de  la  traversée
est  d’environ  38  à  42  jours.
Les  prix  sont  les  suivants  :
De  La  Pallice-Rochelle  au  Callao  en  première  classe,
1.750  francs  ;  en  deuxième  classe,  875  francs  ;  en  troisième
classe,  475  et  575  francs.
Au-delà  de  Yalparaiso,  le  vin  de  table  n’est  pas  compris.
La  franchise  de  bagage  est  de  200  kilos  en  première
classe  et  de  150  kilos  en  troisième  classe.
C’est  par  la  voie  de  Magellan  que  sont  transportées  le
plus  souvent  les  marchandises  lourdes  ;  celles-ci  n’ont  pas
de  cette  façon  à  subir  plusieurs  transbordements,  ce  qui
augmenterait  encore  le  prix  du  fret.  Le  taux  de  fret  de  La
Pallice-Rochelle  au  Callao  est  de  60,  52,  50,  45  et
30  francs  (suivant  leur  classification)  par  mètre  cube  de
900  kilos,  pour  les  marchandises  dont  la  valeur  ne
dépasse  pas  5.000  francs  par  mètre  cube.
Pour  les  marchandises  dont  la  valeur  sera  de  plus  de
5.000  francs  et  moins  de  10  000  francs  par  mètre  cube,
72  fr.  50  et  10  pour  100  de  chapeau.
IV.  Voie  Buenos  Ayres,  Cordillères  des  Andes,  avec
transbordements  h  Valparaiso  (1).  —  Les  relations  entre
l’Europe  et  Buenos-Ayres  sont  des  plus  fréquentes  ;  il  y  a
des  départs  réguliers  des  ports  français,  anglais,  allemands, ­
  italiens,  belges,  etc.
Les  compagnies  les  plus  connues  sont  :
Sous  pavillon  français  la  C ie  Sud-Atlantique  avec
départs  de  Bordeaux  et  escales  à  Lisbonne  et  Rio  de
Janeiro  ;  les  Transports  Maritimes,  départ  de  Marseille;
fl)  Jusqu’en  1910,  le  passage  n’était  praticable  que  de  novembre  à
mai,  à  cause  des  neiges  qui  le  rendaient  infranchissable  le  reste  du  temps.
Le  Transandin  étant  depuis  cette  date  complètement  achevé,  le  passage
s’opère  toute  l’année.
        <pb n="48" />
        3

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

33

les  Chargeurs  réunis  avec  départs  de  Dunkerque,  du
Havre  et  de  Bordeaux.  Cette  compagnie  ne  transporte  que
des  émigrants  et  du  fret.
Sous  pavillon  italien  :  la  Veloce,  Italia  Navigazione,
Navigaziene  generale.  —  Sous  pavillon  anglais  :  la
Royal  Mail,  de  Soutliampton,  la  Pacific  Steam  Navigation ­
  Company,  de  Liverpool.  —  Sous  pavillon  allemand ­
  :  la  Norddeutscher  Lloyd,  de  Brème,  et  la  Ilamburg
  Sud  Amerika.
V.  —  Les  prix  de  la  traversée  varient  nécessairement
suivant  le  port  d’embarquement  et  les  lignes  de  navigation. ­
  On  compte  habituellement  pour  la  traversée  à  bord
des  Messageries  Maritimes  :  1.000  francs  en  première
classe;  705  francs  en  première  classe,  deuxième  catégorie;
450  francs  en  deuxième  classe,  et  200  francs  en  troisième
classe  ou  entrepont.
Des  réductions  sont  accordées  aux  enfants  de  moins  de
douze  ans,  suivant  leur  âge.
Par  la  compagnie  des  Transports  Maritimes,  les  prix
sont  quelquepeu  inférieurs  :  en  première  classe,  750  francs  ;
en  deuxième  classe,  550  francs  ;  en  troisième  classe,
200  francs.
De  Buenos-Ayres  à  Santiago  et  Valparaiso  par  la  chaîne
des  Andes,  300  francs  en  première  classe  et  210  francs  en
seconde.
De  Valparaiso  au  Callao  par  vapeur  de  la  S.  P.  N.  C.  :
200  francs,  150  francs  et  100  francs,  ce  qui  fait  au  total
pour  :
La  C‘ e  Sud  Atlantique  :  première  classe,  1.000  +  300
+200,  soit  1.500  francs.  Les  séjours  et  les  tarifs  d’hôtels
ne  sont  pas  compris.  En  deuxième  classe  :  705  +  210
+  150=  1.165  francs.  En  troisième  classe  :  200  +  210
+  100  =  510  francs.
        <pb n="49" />
        34

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Pour  la  compagnie  des  Transports  Maritimes  :  en  première ­
  classe  :  750  -f-  300  +  220  =  1.270  francs  ;  en
deuxième  classe  :  550  -f-  220  -J-  150  =  920  francs  ;  en
troisième  classe  :  200  +  210  -j-  100  =  510  francs.
Comme  on  le  voit,  les  prix  sont  sensiblement  les  mêmes
que  par  la  voie  de  Panama  ;  on  a  en  outre  l’avantage
de  visiter  des  contrées  intéressantes  et  de  gagner  6  à
8  jours  sur  la  durée  du  voyage.
Il  nous  faut  aussi  signaler  une  quatrième  voie,  la  route
de  l'Amazone.,  qui,  dans  un  avenir  plus  ou  moins  proche,
sera  la  vraie  route  commerciale  du  Pérou.  Pour  l’instant,
ces  voies,  dont  nous  parlerons  plus  loin,  ne  sont  que  difficilement ­
  praticables,  aussi  le  gouvernement  péruvien
fait-il  dé  grands  efforts  pour  améliorer  les  chemins  de
l’Orient  sur  lesquels  il  fonde  de  grandes  espérances.
Lorsque  les  communications  seront  assurées  de  ce  côté,
il  sera  possible  de  se  rendre  au  coeur  du  Pérou  en  28  jours,
et  sur  la  côte  même  en  29  ou  30  jours.
D’Europe  à  Manaos,  17  jours.  De  Manaos  à  Iquitos,
6  jours.  De  ce  port  au  point  terminus  de  la  voie  centrale
du  Pérou  (à  construire),  6  à  7  jours,  par  de  petits  vapeurs
fluviaux  ;  service  qui  a  aussi  besoin  d’être  réorganisé.
Mais,  nous  le  répétons,  cette  voie  représente  l’avenir.
VI.  —  Pour  le  moment,  la  meilleure  manière  de  se
rendre  au  Pérou,  c’est  de  prendre  la  voie  de  Panama  ou
celle  de  la  Cordillère  avec  transbordements  à  Valparaiso.
Si  Colon  est  une  ville  peu  salubre,  Panama,  en  échange,
ne  mérite  pas  la  réputation  d’insalubrité  qui  lui  a  étéj
faite,  dans  le  passé,  par  nombre  de  voyageurs  qui,  les  uns
après  les  autres,  adoptaient  sans  contrôle  l’opinion  de
leurs  prédécesseurs.
Les  voyageurs  pour  la  côte  du  Pacifique  vont  s’embarquer ­
  à  l’île  Flamenco,  qui  se  trouve  située  dans  l’axe  même
        <pb n="50" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

35

du  futur  canal.  Les  vapeurs  des  deux  compagnies  qui  font
le  service  de  cette  côte  sont  des  plus  confortables  et  spécialement ­
  aménagés  pour  cette  région  chaude.  Ils  sont
généralement  à  trois  ponts.
Les  passagers  de  première  classe  ont  de  jolies  cabines
construites  sur  le  pont  supérieur  et  qui  s’ouvrent  sur  la
mer  ;  ils  jouissent  d’une  spacieuse  promenade  sur  la
dunette.  Mais  ce  qui  est  «  très  couleur  locale  »  et  très
intéressant  à  observer,  en  raison  des  types  variés  qu’on  y
rencontre,  c’est  l’installation  des  passagers  de  pont  ou  de
troisième.
A  ces  voyageurs,  la  compagnie  n’assure  que  le  transport, ­
  ils  doivent  pourvoir  eux-mêmes  à  leur  nourriture  et  à
leur  couchage.  La  plupart  de  ces  passagers  qui  sont  des
mineurs,  des  marchands  et  marchandes  de  légumes,  de
volailles,  de  bestiaux,  etc.,  se  répandent  dans  l’espace
laissé  libre  à  l’avant  du  pont  inférieur.  Là,  ils  installent
de  véritables  campements  ;  ils  y  mangent,  boivent  et  dorment ­
  entre  les  tas  de  choux,  de  pastèques  (melons  d’eau)
et  de  salades.  Habitués  à  faire  ce  trajet,  ils  rient,  chantent
et  mènent  grand  tapage.  La  nuit  ils  se  réfugient,  pour
dormir,  dans  l’espace  laissé  libre  par  leurs  animaux,  voire
même  entre  les  pattes  de  ces  derniers.
Chacun  saisit  une  place  à  sa  convenance,  les  uns  se
sont  munis  de  leurs  matelas,  d’autres,  les  plus  nombreux,
de  hamacs,  qu’ils  suspendent  à  des  crochets  spécialement
disposés  pour  cet  usage  à  la  voûte  du  pont.  C’est  un
fouillis,  un  tohu-bohu  d’hommes  et  de  choses,  des  plus
pittoresques  ;  on  voit  çà  et  là  des  groupes  de  nègres,  de
mulâtres,  des  Chinois,  desCholos,  des  Indiennes  aumilieu
desquels  se  roulent  force  chiens  et  marmaille.
Sans  être  pénible,  la  navigation  semble  interminable  ;
aux  côtes  montagneuses  et  boisées  de  Colombie,  succède
        <pb n="51" />
        36

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

une  contrée  toute  différente  aux  approches  du  Guayas  ou
Guayaquil  ;  là,  la  terre  disparaît  sous  une  verdure  éternelle, ­
  et  les  montagnes  apparaissent  couvertes  de  forêts  de
la  base  au  sommet.
Si  la  navigation  sur  la  côte  qui  borde  le  golfe  de
Guayaquil  présente  une  perspective  charmante  et  variée,
la  côte  nord  du  Pérou,  généralement  plate  et  d’un  aspect
monotone  et  triste,  produit  sur  le  voyageur  une  impression ­
  d’autant  plus  désagréable  qu’elle  forme  un  contraste
frappant  avec  la  vigoureuse  et  exubérante  végétation  de
l’Équateur.
Peu  après  Tumbes,  port  situé  à  la  frontière  nord  du
Pérou,  on  n’aperçoit  sur  cette  côte  que  des  plages  étendues,
des  dunes  aux  collines  de  sable  de  hauteur  régulière,  des
pics  et  falaises  escarpés,  des  vallées  formées  par  les  ramifications ­
  transversales  de  la  Cordillère  de  la  côte.
Nulle  part,  le  passager  ne  découvre  de  grands  bois,  mais
une  sorte  de  brousse,  le  monte,  constitué  par  diverses
espèces  d’arbustes,  d’arbres  et  même  de  graminées.  A
8  ou  10  kilomètres  du  bord  de  la  mer  s’étendent,  par
endroits,  de  petites  chaînes  de  collines  qui,  l’hiver,  se  couvrent ­
  de  verdure  ;  ce  sont  les  lomas,  très  favorables  à
l’agriculture.
La  mer  participe  à  cet  aspect  aride  et  ingrat  du  sol,  car
à  peine  de  temps  à  autre  une  légère  brise  vient-elle  rider
la  surface  du  Pacifique  qui,  dans  ces  parages,  du  moins,
mérite  bien  son  nom.  La  sécurité  est  si  grande  que  l’on
voit  des  embarcations  péruviennes  portant  d’immenses
voiles  dont  il  est  impossible  de  diminuer  la  surface  en
cas  de  mauvais  temps.
A  quelque  distance  de  la  côte,  on  aperçoit  les  îles  de
San  Galiano,  de  Lohos,  d’autres  encore,  qui  toutes  sont
totalement  dépourvues  de  végétation.  Une  forte  odeur
        <pb n="52" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

37

ammoniacale  indique  au  voyageur  la  présence  du  guano
qui  existe  en  couche  épaisse  dans  ces  îles.  Avant  d’atteindre ­
  le  Callao  on  trouve  encore  sur  le  littoral  un  grand
nombre  de  petites  îles  peu  ou  pas  habitées,  impropres  à
toute  culture.
Le  trajet  de  Panama  au  Callao  se  fait  en  cinq  à  six
jours,  lorsque  le  vapeur  accomplit  le  parcours  directement ­
  ;  mais  une  fois  sur  deux  il  s’arrête  à  presque  toutes
les  escales  ;  c’est  alor%  un  cabotage  interminable  et  la
traversée  peut  durer  quinze  ou  seize  jours.
VII.  —  Le  Callao  est  la  deuxième  ville  du  Pérou  après
la  capitale  dont  il  est  pour  ainsi  dire  un  des  faubourgs.
(Les  dernières  maisons  du  Callao  ne  sont  éloignées  de
celles  de  Lima,  que  de  11  kilomètres  en  ligne  droite.)
C’est  le  premier  port  du  Pérou  et  son  principal  entrepôt
commercial.  Le  mouvement  maritime  est  considérable  ;
six  compagnies  de  paquebots  partent  du  Callao  vers  tous
les  ports  du  Pacifique  et  l’Europe,  sans  compter  les
vapeurs  et  voiliers  du  cabotage  et  ceux  qui  font  leur
voyage  par  la  voie  du  cap  Horn.
Nous  avons  l’absolue  conviction  que  le  pays  de  la  côte
sud  du  Pacifique  qui  bénéficiera  incontestablement  le  plus
de  l’ouverture  du  canal  de  Panama  sera  le  Pérou.  Le
Callao  pourrait  bien  devenir  alors,  grâce  à  son  excellente
situation,  un  grand  entrepôt  de  marchandises  qui  sera  en
partie  alimenté  par  les  États-Unis,  et  ce  port  deviendra
redoutable  pour  Valparaiso,  qui,  malgré  les  travaux  considérables ­
  entrepris  après  la  catastrophe  de  1906,  n’en
restera  pas  moins,  à  cause  de  sa  position  géographique,
un  port  peu  sûr  et  mal  abrité  pendant  la  période  d’hiver.
La  baie  du  Callao  réunit  des  conditions  assez  rares  sur
la  côte  occidentale  de  l’Amérique  du  Sud  ;  elle  est  large
et  sûre,  les  navires  s’y  trouvent  à  l’abri  en  tout  temps.
        <pb n="53" />
        38

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Le  port  est  bien  abrité  par  une  longue  bande  de  terre
qui  avance  de  plus  de  2  kilomètres  dans  la  mer,  par  deux
îles,  San  Lorenzo  et  Palominos,  et  quelques  îlots
rocheux.  Sur  l’île  de  Palominos,  se  trouve  un  phare  assez
puissant.
Le  port  du  Gallao  est  le  seul  de  la  côte  du  Pacifique
qui  soit  pourvu  de  bassins  permettant  aux  plus  grands
navires  de  s’approcher  jusqu’aux  pontons  de  débarquement ­
  ;  les  marchandises  passent  ainsi  directement  du  pont
des  navires  dans  les  wagons  du  chemin  de  fer,  évitant
l’emploi  des  chalands.  La  superficie  abritée  par  ces
bassins  ou  Muelle  Darsena  (1),  est  de  51.500  mètres
carrés  ;  ils  ont  coûté  une  soixantaine  de  millions  et  sont
l’œuvre  et  la  propriété  d’une  compagnie  française,  la
Société  générale.  Ils  comprennent  en  outre  une  forme  de
radoub  pouvant  recevoir  des  navires  de  7  mètres  de  tirant
d’eau  et  de  5.000  tonnes  de  jauge.
Les  remorqueurs  de  la  compagnie  vont  chercher  les
navires  à  l’extérieur;  ceux-ci,  après  avoir  accompli  leurs
opérations  de  chargement  ou  de  déchargement,  sont
reconduits  en  rade,  moyennant  un  droit  approximatif  de
10  francs  par  tonne  pour  les  cargaisons  et  de  5  francs  par
tonne  pour  les  navires.  En  outre  la  compagnie  du  Muelle
touche  pour  ses  services  :
Navires  à  voiles  :  le  premier  jour,  1  fr.  25  par  tonne,  et
chacun  des  jours  suivants  0  fr.  65.
Pour  les  navires  à  vapeur,  le  premier  jour  :  2  fr.  50  par
tonne,  chacun  des  quatre  jours  suivants  1  fr.  75  et  chacun
des  jours  suivants,  1  fr.  25.
Toute  l’activité  du  port  du  Gallao  se  concentre  au
Muelle  y  Darsena.
(1)  Ce  dock  flottant  qui  a  été  amélioré  par  la  Cie  Péruvienne  de  vapeurs
rend  les  plus  grands  services  à  la  navigation.
        <pb n="54" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

39

Aussitôt  ancré  dans  la  rade,  le  navire  est  envahi  par
une  multitude  de  bateliers  qui  en  gesticulant  et  criant
parcourent  les  escaliers,  salons  et  cabines  comme  dans
un  simple  port  du  Levant,  en  offrant  leurs  services.
Ces  bateliers  forment  une  corporation  matriculée
comme  nos  commissionnaires.  Le  voyageur  qui  ne  veut
pas  attendre  le  moment  où  le  vapeur  sera  remorqué  jusqu’à ­
  la  Darsena  et  où  il  pourra  débarquer  à  quai,  opération ­
  qui  s’effectue  environ  deux  heures  après  son  arrivée,
pourra  se  confier  à  ces  bateliers  soumis  à  un  tarif  qui
varie  suivant  le  nombre  de  passagers.  Par  exemple  :
Pour  transporter  un  passager,  40  centavos  (1  franc).
Pour  transporter  deux  passagers  avec  une  valise,  chacun ­
  50  centavos  (1  fr.  25).
Une  barque  avec  un  rameur  se  paie  80  centavos
l’heure.  Les  bagages  se  paient  à  raison  de  20  centavos
par  malle  ou  ballot  de  marchandises.  Les  ballots  ou
petites  caisses  de  40  décimètres  cubes  environ,  10  centavos. ­
  Les  bateliers  sont  responsables  des  avaries  causées
par  leur  faute.
Un  poste  des  douanes  se  trouve  près  du  débarcadère  ;
sont  considérés  comme  bagages,  etpar  conséquent  ne  paient
pas  de  droit  de  douane  :  le  linge,  vêtements,  chaussures,
bijoux  et  tous  les  objets  d’usage  personnel  du  voyageur,
y  inclus  les  livres,  mais  tout  cela  en  quantité  normale;
lorsqu’il  y  a  de  l’excédent,  il  est  fixé  des  droits  suivant  le
tarif  des  douanes.  Les  meubles,  literie,  batterie  de
cuisine  provenant  de  l’étranger,  ne  sont  pas  considérés
comme  bagage,  même  lorsqu’ils  sont  usagés,  sauf  seulement ­
  pour  les  immigrants.
Le  Callao,  en  sa  qualité  de  ville  maritime,  est
une  ville  cosmopolite  ;  sa  population  est  d’à  peu  près
35.000  habitants  :  il  y  a  en  outre,  à  certaines  époques,
        <pb n="55" />
        40

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

une  nombreuse  population  flottante,  dans  ce  chiffre,  il  faut
compter  de  12.000  à  15.000  étrangers.  On  reconnaîtra
la  prépondérance  de  l’élément  européen  au  Gallao  à  ceci  :
les  protestants  y  possèdent  plusieurs  temples.  Il  existe
aussi  une  synagogue.
C’est  avant  tout,  une  ville  commerciale,  la  population
est  laborieuse  et  des  plus  paisibles  ;  elle  n’a  jamais  pris
aucune  part  aux  mouvements  politiques  qui  autrefois
troublaient  le  pays.
La  ville  ne  présente  rien  de  remarquable  en  dehors  de
sa  grande  activité.  Vue  de  la  rade,  elle  forme  une  ligne
monotone  de  maisons  construites  presque  au  niveau  de  la
mer.  Son  aspect  ne  prédispose  pas  en  sa  faveur,  vu  le
manque  de  beaux  édifices  publics,  l’irrégularité  de  la
plupart  de  ses  rues  et  des  constructions  et  la  rareté  relative ­
  de  l’eau.  Les  rues  sont  en  majeure  partie  étroites
mais  vivement  coloriées;  des  vérandas,  des  campaniles,
des  colonnades,  forment  un  bizarre  assemblage  de  profils
inattendus.
C’est  curieux,  sinon  tout  à  fait  agréable.
Le  quartier  du  nord  forme  une  agglomération  de  cabarets ­
  et  auberges  de  marins,  de  ranchos  où  les  règles  de
l’hygiène  ne  sont  pas  très  exactement  observées.  Dans
la  partie  à  l’est  de  la  calle  (rue)  de  Lima,  s’est  groupé
le  haut  commerce,  les  rues  y  sont  larges  et  droites  ;  les
boutiques  alternativement  françaises,  anglaises,  allemandes, ­
  italiennes,  espagnoles,  se  succèdent  sans  interruption; ­
  cette  partie  de  la  ville,  la  plus  haute  et  la  plus
sèche,  constitue  le  moderne  Callao.
Le  Rio  Rimac,  qui  traverse  Lima,  a  son  embouchure  à
3  kilomètres  du  Callao.  Au  loin,  on  distingue,  vers  l’extrémité ­
  d’un  ruban  de  verdure  qui  signale  le  cours  du  rio
bordé  de  milliers  de  grands  saules,  les  innombrables
        <pb n="56" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

41

clochers  de  Lima,  et,  un  peu  plus  loin,  la  ligne  fortement
accentuée  des  contreforts  des  Andes.
Il  existe  au  Gallao  plusieurs  hôtels,  relativement  confortables, ­
  quoique  laissant  à  désirer.  Parmi  les  moins
mauvais,  nous  signalerons  l’hôtel  de  Genova,  de  Ita.Ua,
dans  la  calle  Gonstitucion.  La  vie  matérielle  n’est  pas  très
chère,  le  prix  de  la  table  et  du  logement  dans  ces  hôtels
est  de  2  soles  (1),  50  centavos  par  jour,  et  la  pension  de
50  à  60  soles,  soit  de  125  à  150  francs  par  mois.
IX.  —  Une  particularité  curieuse  distingue  le  port  du
Callao,  particularité  qui  le  place  pendant  quelques  mois  de
l’année  dans  des  conditions  sanitaires  défavorables,
encore  augmentées  par  le  manque  d’égouts;  ce  phénomène ­
  singulier  qui  se  manifeste  chaque  année,  du  mois
de  décembre  à  avril,  consiste  en  émanations  fétides  de  gaz
sulfhydriques  accompagnées  de  changement  plus  ou
moins  notable  dans  la  couleur  des  eaux.  Ce  phénomène
est  connu  sous  le  nom  de  aguaje,  ou  de  Callao  painter,
ou  encore  Callao  barber,  pour  la  propriété  qu’il  a  de
colorer  d’une  teinte  noirâtre  argentée  les  parties  des
navires  peintes  en  blanc  de  céruse,  coloration  qui,  suivant ­
  le  savant  Raimondi,  serait  due  sans  doute  à  la
formation  de  sulfure  de  plomb  par  la  combinaison  du
soufre  contenu  dans  le  gaz  sulfhydrique  avec  le  plomb  de
la  céruse.
Ce  phénomène  se  produit  surtout  près  du  rivage  et  pas
du  tout  du  côté  où  la  baie  se  trouve  la  moins  abritée.
Raimondi  et  Huchinson  donnent  encore  de  ce  phénomène ­
  l’explication  suivante  :  il  existerait  dans  la  baie  des
courants  circulaires,  ceux-ci  se  rencontreraient  avec  les
gaz  sulfureux  qui  s’échappent  du  fond.  La  mer  charrierait
        <pb n="57" />
        42  LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

alors  des  légions  incalculables  d’animalcules  microscopiques, ­
  sorte  de  petits  escargots  dont  les  débris  de
coquilles  forment  des  amas  de  craie  comme  dans  nos  marnières;
  ces  êtres  imperceptibles,  venant  du  fond,  entraînés
par  le  courant,  périssent  en  passant  au-dessus  du  gaz,
c’est  alors  que  les  eaux  deviennent  verdâtres.  Parfois,  la
fétidité  sulfureuse  des  eaux  de  la  mer,  devenues  de
couleur  foncée  et  parfois  laiteuse,  entraîne  la  mort  de
milliers  de  poissons  qui  sont  ensuite  jetés  sur  la  plage,
surtout  dans  la  partie  qui  avoisine  la  darse.  Le  même
phénomène  se  reproduit  à  Lambayeque,  situé  plus  au
nord.
Cette  particularité  peut  aggraver  des  conditions  sanitaires ­
  déjà  défavorables,  cependant  il  n’existe  pas  au
Callao,  sauf  des  fièvres  tierces,  de  maladies  endémiques  ni
épidémiques  ;  ces  dernières,  lorsqu’elles  se  sont  produites,
ont  été  rapidement  combattues.
        <pb n="58" />
        CHAPITRE  IV

I.  Du  Callao  à  Lima.  —  II.  Lima.  Constructions.  Promenades.  Monuments.
-  III  Climatethygiène.  —  VI.  Temblores.  —V.  La  vie  matérielle.  Prix  de
quelques  denrées.  —  VI.  Monts  de  piété.  —  VII.  Domestiques.  Bains.
Cochers.  Hôtels.  Loyers.  —  VIII.  Tramways.  —  IX.  Les  environs  de
Lima.  Miraflores.  Barranco.  Chorrillos.  Ancon.  —  X.  Les  Huacas.

I.  —  Le  Callao  est  relié  à  Lima  par  deux  voies  ferrées,
l’une  anglaise,  l’autre  américaine.  La  ligne  anglaise  ne
dépasse  pas  Lima;  la  seconde  est  le  chemin  de  fer  central
du  Pérou,  dit  de  la  Oroya,  qui  aboutit  aujourd’hui  au
Cerro  de  Pasco.  En  outre  un  tramway  électrique  dessert
aussi  les  deux  villes  ;  le  trajet  se  fait  en  vingt  minutes,  le
tarif  des  places  est  de  20  centavos.
La  distance  entre  Lima  et  le  Callao  est  couverte  en
moins  de  trente  minutes,  les  arrêts  sont  fréquents.  Le  tarit
est  le  même  pour  les  deux  voies  :  40  centavos  ou  1  franc
en  première  et  20  centavos  en  seconde.  Une  vingtaine  de
trains  font  chaque  jour  le  trajet  des  deux  villes.
La  ligne  ferrée  traverse  les  faubourgs  du  Callao  qui  se
prolongent  chaque  jour  davantage  vers  l’est,  direction  de
la  capitale,  en  une  rue  interminable.  Après  avoir  dépassé
l’agglomération  de  maisons  en  adobes  (briques  cuites  au
soleil)  et  quelques  villas  confortables,  qui  composent  ces
        <pb n="59" />
        jifil

1  !■  !

II!  f

LE  PEROU  ECONOMIQUE
faubourgs,  la  voie  traverse  une  sorte  de  marécage  couvert ­
  d’ajoncs  et  de  roseaux,  entrecoupés  de  bosquets  de
bananiers  et  de  tamaris  aux  tons  rougeâtres,  de  pépinières
d’eucalyptus  et  de  pins  araucarias.  Le  paysage  est  brûlé
par  un  soleil  implacable,  par  une  sécheresse  que  ne  vient
jamais  rafraîchir  la  moindre  pluie,  ce  qui  fait  que  lecampo
qui  environne  Lima  et  le  Callao  est  médiocrement  enchanteur. ­
  Un  peu  plus  loin  on  aperçoit  des  cabanes  en  bambous
ou  en  torchis.
Cette  sécheresse  générale  dans  cette  partie  du  Pérou,
donnerait  à  la  région  un  aspect  d’incroyable  désolation, ­
  si  de  temps  en  temps,  on  n’apercevait  une
hacienda  (1)  qui  donne  l’impression  d’une  oasis  verdoyante, ­
  avec  ses  plantations  de  canne  à  sucre,  de  maïs
et  ses  rizières.  D’un  autre  côté,  dans  les  chemins  encaissés
et  argileux  qui  longent  la  voie,  on  aperçoit  des  convois  de
bœufs,  des  charrettes,  des  troupeaux  que  des  bergers  à
cheval  ramènent  à  la  ferme.  Cette  animation  forme  un
contraste  agréable  avec  l’aridité  environnante.
Dans  le  lointain,  on  distingue,  avec  les  contreforts  de  la
Cordillère,  les  clochetons  et  les  dômes  qui  font  ressembler
Lima  à  une  cité  musulmane.  On  ne  tarde  pas  à  voir  le
torrent  le  Rimac.  Celui-ci  se  manifeste  d’abord  sous  la
forme  de  quelques  filets  d’eaux  jaunâtres,  perdus  dans  un
lit  d’une  lieue  de  large  avec,  au  milieu,  un  grand  nombre
d’îlots  de  galets.  C’est  là  que  les  entrepreneurs  du  pavage
jde  Lima  viennent  se  pourvoir  des  pavés  qui  leur  sont  nécessaires. ­
  Il  y  a  de  quoi  paver  tout  un  royaume.
IL  —  A  son  arrivée  au  Pérou,  François  Pizarre  chercha
longtemps  un  lieu  propre  à  asseoir  la  capitale  d’une  colonie. ­
  Le  18  janvier  1535,  le  conquistador  fonda  la  Ciudad

(1)  Ferme,  exploitation  rurale.
        <pb n="60" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

45

de  los  Reijes,  la  Cité  des  Rois,  sur  les  rives  du  Rimac,  car
il  importait  aux  Espagnols  de  ne  pas  s’éloigner  de  la  mer.
Dans  cette  partie  du  Pérou  où  il  n’existe  que  des  cours
d’eau  insignifiants,  la  découverte  d’une  rivière  comme  le
Rimac  fut  de  quelque  poids  dans  la  décision  de  Pizarre
lorsqu’il  fonda  la  Cité  des  Rois.  Ce  nom  tomba  bientôt  en
désuétude  et  la  ville  fut  toujours  nommée  Lima,  nom  qui  ne
serait  qu’une  corruption  du  mot  Rimac.
D’après  un  recensement  récent,  fait  par  la  municipalité,
LiMAauraitaujourd’huiunepopulationde  210.000  habitants.
Comme  dans  la  plupart  des  villes  sud-américaines,  les
rues,  tracées  au  cordeau,  se  coupent  à  angles  droits  ;  leur
largeur  est  généralement  de  10  à  12  mètres,  elles  forment
une  multitude  de  cubes  réguliers  appelés  cuadras,  ou
manzanas.  La  longueur  d’un  manzana  est  de  110  à
125  mètres  de  côté.  Des  acequias  ou  canaux  d’eau  vive
presque  tous  recouverts,  quelques-uns  à  l’air  libre,
sillonnent  le  milieu  des  rues.  Sauf  les  rues  centrales  qui
sont  pavées  en  bois  ou  en  pierres  taillées,  toutes  les  autres
possèdent  un  pavage  défectueux.  L’orientation  nord-est  et
nord-ouest  donnée  aux  rues  permet  à  toute  heure  du  jour
d’avoir  un  trottoir  à  l’ombre.
Les  promenades  de  Lima  sont  remarquables,  surtout  à
cause  des  promeneuses  ;  le  paseo  de  Amancaes,  du  nom
d’une  fleur  couleur  d’or,  est  célèbre  par  le  panorama
magnifique  que  l’on  y  découvre,  et  la  foule  qui  l’encombre.
C'est  le  rendez-vous  de  l’aristocratie.
Une  jolie  promenade  est  encore  YAlameda  qui  longe
une  des  rives  du  Rimac  et  conduit  à  la  Plaza  de  Hacho,
vaste  cirque  où  se  livrent  les  combats  de  taureaux.  Un  peu
plus  loin,  si  l’on  gravit  le  Cerro  san  Cristobal,  pic  dénudé ­
  surmonté  d’un  calvaire,  on  jouit  du  panorama  complet
de  la  ville.
        <pb n="61" />
        ■H

46

LE  PEROU  ÉCONOMIQUE

Lima  présente  un  aspect  singulier;  de  tous  côtés,  ce  ne
sont  que  toits  plats,  d’où  émergent  les  clochers  multicolores ­
  des  églises  et  des  couvents.  La  ville  possède
près  de  quatre-vingts  églises  ;  aussi  rencontre-t-on  des
prêtres  et  des  moines  de  toutes  couleurs  :  Padres  de  la
Merced  (Pères  de  la  Merci),  des  franciscains,  des  dominicains, ­
  des  lazaristes,  des  capucins,  des  augustins,  etc.
La  plupart  de  ces  moines  portent  des  vêtements  indiquant
la  misère  où  sont  tombés  tous  ces  ordres  qui,  d’après  la  loi,
doivent  disparaître  par  extinction.
Sauf  la  cathédrale  dont  l’extérieur  est  réellement  imposant, ­
  aucune  des  églises  de  Lima  ne  présente  d’intérêt  sérieux ­
  ;  leurs  façades  sont  surchargées  à  l’excès  de  sculptures ­
  coloriées,  leurs  clochers  sont  badigeonnés  de  bleu,
blanc  ou  rose.
Les  maisons  de  Lima  sont  en  général  commodes  et
spacieuses,  mais  pour  résister  aux  terremotos  (tremblements ­
  de  terre)  les  Péruviens  ont  adopté  des  constructions
d’une  grande  élasticité  et  légèreté.  Si  l’on  se  laisse  aller  de
temps  en  temps  à  bâtir  en  pierres  et  en  briques  des
maisons  d’un  et  deux  étages,  rarement  trois  la  grande
majorité  ne  sont  composées  que  d’un  rez-de-chaussée,  et
la  boue,  le  pisé,  les  roseaux  forment  l’élément  principal
de  la  construction.  Tous  les  toits  sont  en  terrasses.
La  poussière,  qui  remplit  l’atmosphère  en  toute  saison,
se  dépose  sur  les  murailles,  elle  s’accumule  sur  les  saillies,
de  façon  que  toutes  les  constructions  finissent  par  produire ­
  l’illusion  de  monuments  solides  et  sérieux,  offrant
l’aspect  de  la  pierre  de  taille  et  du  marbre.
Il  est  à  remarquer  que  dans  certains  milieux,  il  se
fait  une  guerre  acharnée  contre  la  façon  de  construire  en
honneur  à  Lima;  on  voudrait  tout  particulièrement  supprimer ­
  les  mortiers  et  enduits  plus  ou  moins  odorants  dans
        <pb n="62" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

47

lesquels  le  guano  entre  pour  une  certaine  part,  la  solidité
des  constructions  y  gagnerait  ainsi  que  la  salubrité.  Une
campagne  sans  doute  intéressée  en  faveur  du  ciment  armé
a  été  entreprise  dans  les  journaux  de  Lima.  Toutes  les
maisons  ont  leur  patio  ou  cour  intérieure,  à  la  mode  andalouse
  ou  hispano-mauresque  ;  les  portes  massives
feraient  songer  à  celles  d’une  forteresse  si  elles  n’étaient
toujours  entr’ouvertes.  Les  maisons  aux  formes  antiques,
les  balcons  fermés,  les  fenêtres  grillées,  les  coins  de  rues
avec  un  autel  ou  une  statue  de  vierge  ou  de  saint  dans  une
niche  grillée,  tout  semble  rappeler  l’histoire  d’unpassédéjà
lointain.
Rien  de  plus  curieux  aussi  à  observer  que  la  foule  hétérogène ­
  qui  sillonne  constamment  les  rues'.blancs,  indiens  à
la  figure  triste  et  mélancolique,  métis,  nègres,  zambos,  mulâtres, ­
  cholos,  etc.,  une  véritable  macédoine  de  races,  qui
offrent  un  contraste  curieux  sous  les  jeux  de  lumière  et
d’ombre  avec  leurs  costumes  bigarrés,  particuliers  à  chaque
race.
On  voit  aussi,  toujours  par  bandes,  des  gallinazos  (1)
au  plumage  sinistre  sautiller  lourdement  dans  les  rues  des
faubourgs,  aiguisant  leur  bec  contre  les  pierres,  ou
alignés  sur  le  bord  d’un  trottoir  ou  sur  un  mur,  en  attendant ­
  l’occasion  de  se  jeter  sur  quelque  détritus.  C’est
par  milliers  que  l’on  peut  compter  ces  rapaces  toujours
affamés;  ils  sont  tolérés  et  même  respectés,  car  la  municipalité ­
  leur  sait  gré  de  contribuera  la  propreté  des  rues.
Trente-quatre  places  sont  autant  de  salons  libres  où  se
donne  rendez-vous,  certains  jours,  l’élite  de  la  population
liméenne  ;  elles  égaient  de  leur  verdure  l’aspect  presque
uniforme  des  maisons.  La  Plaza  Mayor  est  la  principale
1)  Urubus,  sorte  de  vautours  noirs  connus  sous  le  nom  de  gallinazos
sur  toute  la  côte  du  Pacifique.
        <pb n="63" />
        *

48

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

place  de  Lima.  On  y  trouve  le  Palais  national  ou  Casa  de
Gobierno,  l’Hôtel  de  Ville,  l’Archevêché,  la  Cathédrale,
les  Portâtes  ou  galeries  des  Botoneros  et  des  Escribanos.
Bien  que  cette  place  ait  100  mètres  de  côté,  elle  est  écrasée
et  rapetissée  par  la  massive  cathédrale  ;  la  fontaine  centrale ­
  paraît  un  joujou.  Sous  les  arcades  ou  portâtes  on
voit  des  boutiques  d’orfèvres  et  des  magasins  de  modes  et
d’articles  de  luxe,  qui  sont  les  plus  beaux  avec  ceux  de  la
calle  de  los  Mercaderes  et  de  Plateros.  Ces  magasins
sont  en  majorité  tenus  par  des  Français.  Ceux-ci  sont  relativement ­
  nombreux  à  Lima  ;  ils  y  sont  unis,  chose  rare,
et  jouissent  d’une  excellente  situation.
Sur  la  Plaza  de  la  Inquisicion,  qui  forme  un  véritable
jardin  tropical  entouré  d’une  grille  artistique,  se  trouve  la
statue  de  Simon  Bolivar.  Le  Parc  de  l’Exposition  est  aussi
très  beau  ;  c’est  en  même  temps  un  véritable  jardin  zoologique. ­
  On  y  remarque  une  magnifique  avenue  de  palmiers,
et  la  statue  de  Christophe  Colomb  qui  servit  de  copie  à
celle  érigée  dans  le  port  de  Colon.
Quelques  ponts  d’un  assez  bel  aspect,  entre  autres  le
pont  Balta,  et  l’Arana  qui  fut  incendié  il  y  a  quelques  années
et  reconstruit  depuis,  unissent  les  deux  rives  du  Rimac.
Comme  le  Mapocho  à  Santiago  du  Chili,  le  Rimac,  véritable ­
  torrent  impétueux  en  hiver,  est  d’un  assez  faible
débit  en  été.  On  a  pensé  à  canaliser  cette  rivière  dans  la
partie  qui  traverse  la  ville.  Cette  œuvre  importante,  longtemps ­
  différée,  qui  augmenterait  la  salubrité  de  Lima,  est
sur  le  point  d’être  exécutée  ainsi  qu’une  grande  avenue
dite  Avenida  28  de  Julio.
Le  cimetière  de  Lima  mérite  d’être  visité  ;  il  est  situé  à
l’extrémité  orientale  de  la  ville  le  long  de  la  rive  gauche  du
Rimac.  On  peut  y  voir  de  somptueux  monuments  en  marbre
blanc  venus  à  grands  frais  d’Italie.  La  plupart  des  cercueils
        <pb n="64" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

49

sont  placés  dans  des  sortes  de  colombarium  encastrés
sur  plusieurs  rangs  dans  une  muraille  épaisse,  à  la  mode
castillane.  Très  souvent  les  portraits  des  défunts  sont
placés  sous  verre  à  côté  de  leur  inscription  funéraire.  De
très  beaux  arbres,  des  agaves,  des  massifs  de  fleurs,
ornent  les  avenues.
III.  —■  Lima,  construite  dans  la  fertile  vallée  du  Rimac
où  elle  peut  s’étendre  à  l’infini,  avec  au  nord,  les  premiers ­
  contreforts  des  Andes,  jouit  d’un  climat  excellent
rafraîchi  par  la  brise  marine,  exempt  des  grandes  pluies
tropicales  ;  la  sécheresse  y  est  à  peine  atténuée  par  la
rosée  ou  brouillard  nommé  garua.  Les  nuits  y  sont
remarquablement  douces,  et  comme  nous  l’avons  dit,  pendant ­
  les  mois  les  plus  chauds  le  thermomètre  ne  dépasse
pas  30  a  32°,  l’hiver  il  ne  descend  jamais  au-dessous
de  -(-  11°.  On  y  jouit  donc  d’un  printemps  perpétuel.
Lima  serait  donc  un  séjour  délicieux  si  l’hygiène
publique  y  était  moins  défectueuse.  Le  passant  attardé,
après  dix  heures  du  soir,  est  exposé  à  marcher  au  milieu
des  nuages  de  poussière  soulevés  par  les  Chinois  chargés
du  balayage  des  rues  ;  il  est  de  tradition  à  Lima  de
donner  comme  origine  à  la  tuberculose  et  aux  bronchites
les  germes  morbides  voltigeant  ainsi  parmi  la  poucsière
abondante  et  qui  s’introduit  dans  les  poumons.  La  presse
liméenne  livre  une  guerre  acharnée  à  ses  édiles  dans  le
but  de  faire  modifier  cet  état  de  choses,  surtout  en  ce  qui
concerne  les  ordures  déposées  la  nuit  au  milieu  des  rues,
les  écuries  à  mulets  (muladares)  qui  entourent  la  ville.  La
presse  mène  aussi  campagne  contre  ce  qu’elle  appelle  avec
raison  des  foyers  d’infection  :  les  maisons  dites  de  Otaïza
et  del  Pescante,  habitées  chacune  par  plus  de  1.000  Chinois, ­
  empilés  dans  des  locaux  étroits  et  sans  air,  dans  une
promiscuité  révoltante.  Il  jst  possible  que  cette  critique
4
        <pb n="65" />
        50

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

soit  exagérée  vu  le  mépris,  pour  ne  pas  dire  la  haine,  que
les  Péruviens  professent  à  l’égard  des  Chinois  qui  sont
accusés  de  tous  les  vices  et  traités  de  race  dégradée.
On  pourrait  remédier  à  une  partie  de  ces  inconvénients,
car  Lima  est  doté  d’un  important  service  des  eaux  qui
met  à  là  disposition  de  chaque  abonné  240  litres  d’eau
par  24  heures  ;  le  prix  par  mètre  cube  est  de  0  fr.  50.
Cette  quantité  paraissant  encore  insuffisante,  on  procède
à  l’établissement  d’un  immense  réservoir  dans  le  Rimac
même.
IV.  —  Si  Lima  ne  connaît  ni  les  orages,  ni  la  foudre,
elle  n’en  est  pas  moins  exposée  aux  tremblements  de  terre.
Plusieurs  fois  par  an,  des  secousses  s’y  font  sentir  avec
plus  ou  moins  d’intensité.  Pendant  notre  séjour  à  Lima
nous  n’en  ressentîmes  qu’une  seule.  Quoique  habitués  à
ces  temblores,  qui  ne  sont  heureusement  le  plus  souvent
que  des  frémissements  du  sol,  ces  secousses  n’en  sont
pas  moins  désagréables  lorsqu’elles  se  produisent  la  nuit.
Voici  comment  cela  se  passe  généralement.
Au  plus  profond  de  son  sommeil,  on  sent  le  lit  sur
lequel  on  repose  s’agiter  brusquement  ;  les  verres  ou  bouteilles ­
  placés  sur  les  meubles  s’entrechoquent  avec  bruit
et  l’on  entend  comme  un  roulement  souterrain  qui  s’éloigne ­
  en  grondant  sourdement.  Le  premier  mouvement
est  de  sauter  hors  du  lit,  et  de  courir  vers  la  porte  de
sortie.  Cette  hâte  est  encore  augmentée  par  les  cris  de
«  temblor,  temblor,  »  qui  s’élèvent  de  tous  côtés.
Toutes  les  personnes  habitant  l’hôtel  ou  la  maison  particulière, ­
  se  pressent  et  se  bousculent,  cherchant  à  gagner
la  rue  au  plus  vite.  La  plus  grande  confusion  règne  pendant ­
  quelques  minutes  ;  puis  chacun,  voyant  que  la
secousse  ne  se  renouvelle  pas,  regagne  son  logis  en  riant
de  cette  alerte.  Les  étrangers  s’habituent  très  facilement
        <pb n="66" />
        51

mà

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
à  ces  secousses,  et  il  arrive  fréquemment  que  nombre
d’entre  eux  ne  se  laissent  pas  entraîner  hors  de  leurs  lits
par  les  cris  qui  partout  sèment  la  panique.
Lesrégions  du  Pérou  où  ces  phénomènes  se  manifestent
le  plus  souvent  sont  la  Costa  et  quelques  parties  de  la
Sierra;  la  Montana  est  peu  exposée  à  ces  convulsions  de
l’écorce  terrestre.
Les  secousses  se  produisent  le  plus  généralement  à
la  fin  ou  au  commencement  du  jour,  aux  changements  de
saison.  Sur  la  Costa,  on  peut  reconnaître  l’imminence
d’un  mouvement  sismique,  lorsque  depuis  plusieurs  jours
ou  plusieurs  heures  parfois,  l’atmosphère  est  lourde  et
accablante;  le  ciel  apparaît  à  l’horizon  rouge  vers  le
nord-ouest,  comme  chargé  d’orage  et  d’électricité  qui  ne
trouve  pas  où  se  répandre,  puis,  tout  à  coup,  la  terre
éprouve  une  secousse  soudaine,  plus  ou  moins  forte.  Ces
secousses  sont  parfois,  mais  pas  toujours,  accompagnées
de  bruits  souterrains.
Dans  la  province  Argentine  de  la  Rioja,  où  les  tremblements ­
  de  terre  sont  très  fréquents,  ces  symptômes  nous
trompaient  rarement,  et  ils  étaient  en  tout  point  identiques ­
  à  ceux  que  nous  avons  observés  sur  la  Costa  péruvienne ­
  (1).
A  Lima,  les  habitants  ne  s’inquiètent  guère  des  trem-(1)

  Les  terremotos  (tremblements  de  terre)  dégénérant  en  catastrophe
sont  heureusement  des  plus  rares.  Nous  étions  à  la  Rioja  (République-Argentine)
  lorsque  la  ville  et  la  province  de  ce  nom  furent  ravagées  par
une  série  de  secousses  formidables  ;  72  furent  enregistrées  le  même  jour
dans  la  région.  11  est  difficile  de  dépeindre  l’angoisse,  le,  trouble  et  les
impressions  que  l’on  ressent  alors  :  le  sol  tremble  et  oscille  dans  des
convulsions  épouvantables,  comme  le  navire  ballotté  par  les  vagues
dune  mer  en  furie  ;  on  entend  le  bruit  sourd  de  détonations  souterraines;
des  crevasses  s  ouvrent  dans  le  sol  et  vomissent  des  vapeurs  de  soufre,
des  cendres,  de  la  boue.  Nous  avons  compté,  près  de  Jaguël,  plus  de  30
de  çes  crevasses  dans  l’espace  de  deux  kilomètres.
        <pb n="67" />
        52

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

ments  de  terre  ou  simples  temblores,  qui  en  temps
normal  laissent  le  public  à  peu  près  indifférent.
La  vie  matérielle  est  très  bon,  marché  à  Lima,  contre
toute  prévision.
V.  —  La  ville  est  approvisionnée  par  quatre  marchés  :
le  Baratillo,  la  Recoleta,  la  Aurora  et  la  Concepcion;
tous  édifices  occupant  une  manzana  (115  mètres  de  côté)
d’un  très  bel  aspect,  propres  et  bien  aérés.
Ces  marchés  sont  en  tout  temps  bien  pourvus  de
vivres  comestibles  d’une  grande  variété  ;  ils  sont  approvisionnés ­
  par  les  nombreux  vergers  des  maisons  et  les
jardins  qui  existent  à  l’intérieur  de  la  ville.  Voici  un
aperçu  des  prix  de  quelques  vivres.
«  Viande  de  bœuf,  0  fr.  40,  0  fr.  50  et  0  fr.  60  la  livre  :
sucre  non  raffiné,  0  fr.  25  ;  riz,  0  fr.  25  et  0  fr.  35  la  livre  ;
le  café  (du  pays),  0  fr.  75  et  1  franc  la  livre  ;  saindoux,
0  fr.  60  et  0  fr.  65  la  livre  ;  beurre  du  pays,  frais  ou  salé,
1  fr.  75  et  2  francs  ;  pomme  de  terre,  0  fr.  05  ;  pain,
0  fr.  25  ;  lait,  0  fr.  15  ;  vin  du  pays,  0  fr.  50,  0  fr.  75  et
1  franc  le  litre  ;  le  rhum  ou  tafia,  2  fr.  50  le  litre,  etc.  »
Le  Liméen  est  ami  de  la  bonne  chère  ;  dans  les  classes
aisées,  l’art  culinaire  est  composé  d’un  amalgame  de  ce
qu’il  y  a  de  meilleur  dans  toutes  les  cuisines.  Cependant,
dans  les  classes  pauvres,  peut-être  plutôt  par  nécessité
que  par  goût,  et  chez  d’autres  pour  conserver  intactes  les
coutumes  créoles,  on  ne  sert  que  les  plats  nationaux  qui
ont  toujours  de  nombreux  amateurs  dans  toutes  les  classes
sociales.  Les  principaux  plats  qui  composent  la  cuisine
populaire  sont  :  le  soncochado,  sorte  de  ragoût,  le
puchero,  pot-au-feu  créole,  le  locro,  maïs  cuit  à  l’eau  au
sucre,  au  lait  ou  avec  de  petits  morceaux  de  viande,  le  tout
très  pimenté,  le  séviche  préparé  avec  du  poisson,  des
crabes  ou  des  coquillages,  etc.  La  chicha,  sorte  de
        <pb n="68" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

53

piquette,  est  la  boisson  de  rigueur  pour  tous  ces  mets.
VI.  —  De  même  qu’au  Chili,  une  des  calamités  qui  pèsent
sur  Lima,  sont  les  casas  de  prestamos,  sortes  de  montsde-piété
  libres,  qui  existent  en  grand  nombre  et  qui,  loin
de  soulager  la  misère,  l’augmenteraient  plutôt.  L’absence
d’un  mont-de-piété  officiel  a  fait  naître  cette  sorte  d  établissement ­
  qui  ne  fait  qu’opprimer  les  nécessiteux  en  exigeant ­
  un  intérêt  de  4  pour  100  mensuel  suivant  l’objet
engagé.  La  surveillance  de  ces  établissements  est  exercée
par  la  municipalité  au  moyen  d’inspecteurs.
Les  objets  redevables  de  plus  de  6  mois  d’intérêts,  sont
vendus  aux  enchères  publiques.  Une  fois  le  prêteur  remboursé, ­
  le  solde,  s’il  y  en  a,  est  versé  à  la  Caisse  municipale
qui  le  fait  servir  à  la  diffusion  de  l’instruction  s’il  n’est
pas  réclamé  dans  les  6  mois.
VIL  —  Les  prix  payés  aux  domestiques  indigènes  sont
les  suivants  :
Une  cuisinière  est  payée,  suivant  le  nombre  des  personnes ­
  à  servir  et  suivant  ses  connaissances  culinaires,  de
10  soles  à  25  soles  par  mois.  Les  cuisiniers  se  paient
plus  cher.  Une  nourrice,  de  25  à  40  soles  mensuels.  Une
petite  servante,  de  8  à  16  soles.  Un  petit  domestique,  un
prix  sensiblement  égal.  Un  bon  valet  de  chambre  ou
mayordomo  est  toujours  payé  plus  cher,  suivant  services  et
conventions.
Il  n’existe  à  Lima  qu’un  petit  nombre  d’établissements
de  bains,  car  la  plupart  des  maisons  sont  pourvues  de
salles  de  bains.  Sur  presque  toutes  les  places,  il  existe  des
stations  de  voitures.  Le  cocher  de  Lima  est  docile,  bon
garçon,  très  complaisant  et  surtout  très  discret.  Il  est  rare
que  Ion  ait  à  se  plaindre  de  son  service.  Le  tarif  des
voitures  n  est  pas  très  élevé  :  2  fr.  50  pour  la  première
heure,  0  fr.  50  par  quart  d’heure  en  sus  ;  la  course  varie  de
        <pb n="69" />
        54  LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

0  fr.  75  à  1  fr.  25  suivant  le  nombre  de  personnes  à  conduire. ­

Bien  que  les  hôtels  et  restaurants  de  Lima  ne  puissent
rivaliser  avec  ceux  d’Europe,  quelques-uns  sont  assez  confortables ­
  ;  le  principal  par  sa  situation  et  son  importance
est  l’hôtel  Maury  situé  dans  la  calle  3 e  de  Garabaya  avec
une  succursale  dans  la  même  rue  ;  vient  ensuite  l’hôtel  de
France  et  d’Angleterre,  dans  la  rue  2 e  de  Lima,  avec  succursale ­
  dans  la  l re  Huallaga.  En  outre,  il  existe  quantité
d’autres  hôtels  et  restaurants  de  premier  et  deuxième
ordre  qu’il  serait  trop  long  d’énumérer.  Dans  les  principaux ­
  hôtels  on  peut  avoir  une  pension  confortable  pour
5  à  6  soles  par  jour.
Comme  nous  l’avons  dit,  la  vie  matérielle  n’est  pas
chère  à  Lima,  surtout  en  ce  qui  concerne  les  objets  de
première  nécessité,  mais  les  prix  s’élèvent  lorsqu’il  s’agit
d’articles  importés,  tels  que  vêtements,  ouïe  service  et  le
logement.  Dans  le  centre  de  la  ville,  on  ne  peut  avoir  une
maison  de  6  à  8  pièces  à  moins  de  50  soles,  soit  125  francs
par  mois  ;  dans  les  quartiers  éloignés,  mais  propres,  on
peut  trouver  à  moitié  prix  ;  dans  les  pensions  de  famille,
il  n’est  pas  possible  d’avoir  deux  pièces  plus  ou  moins  bien
meublées  à  moins  de  60  à  75  francs  par  mois.
"VIII.  —  Lima  est  desservi  par  plusieurs  lignes  de
tramways  précédemment  à  traction  animale,  aujourd’hui
remplacée  par  la  traction  électrique.  Les  compagnies  sont
au  nombre  de  cinq  désignées  par  les  premières  lettres  de
l’alphabet.
Le  tarif  des  places  est  de  5  centavos  par  section  de
parcours  en  première  ;  un  prix  égal  en  seconde  et  impériale ­
  pour  parcourir  toute  la  ligne.  La  compagnie  délivre
des  abonnements  de  50  et  de  100  tickets  au  prix  de
3  soles  80  en  première  et  1  sole  80  en  seconde.
        <pb n="70" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  00
Les  tramways  commencent  leur  service  à  7  heures  du
matin  pour  terminer  à  10  heures  du  soir,  sauf  les  jour  s  fériés.
IX.  —  Lorsqu’on  sort  de  Lima  pour  se  rendre  à  Miraflores,
  Chorillos  et  Ancon  qui  sont  les  stations  balnéaires
de  la  capitale  les  plus  fréquentées,  on  se  trouve  au  seuil
d’une  immense  plaine  formée  par  une  série  de  potreros  (1)
séparés  entre  eux  par  des  tapias  (2).
Dans  les  environs  de  Lima,  abondent  les  huacas  ou
cimetières  indiens  du  temps  des  Incas  ;  ces  sépultures
sont  constituées  par  des  monticules  de  pierres,  terre  et
briques.  Toutes  ont  été  ouvertes  soit  par  les  tremblements
de  terre,  soit  par  la  main  des  hommes  ;  on  y  a  trouvé  et
l’on  y  trouve  encore  des  momies,  des  idoles,  des  articles  de
céramique  incaïque,  et  parfois  des  objets  d’or  et  d’argent.
Les  huacas  qui  se  trouvent  dans  les  environs  de  Lima,
ainsi  que  les  constructions  datant  de  la  même  époque,
disséminées  dans  la  Costa  et  dans  la  Sierra,  sont  toutes
parfaitement  conservées  grâce  au  climat.  Les  momies  que
contiennent  ces  sépultures  sont  presque  toutes  assises  à
la  manière  indienne,  c’est-à-dire  les  genoux  touchant  le
menton.  Toutes  sont  vêtues  de  manières  différentes,  suivant ­
  le  rang  du  mort,  ses  habitudes  et  sa  richesse.
Une  des  plus  célèbres  huacas  des  environs  de  Lima
est  celle  de  Pachacamac,  près  du  village  de  Ltjrin,  très
remarquable  par  son  importance  archéologique  et  ethnographique. ­

Miraflores,  à  8  kilomètres  à  peine  de  Lima,  est  une
ville  d’eaux  des  plus  agréables  ;  c’est  une  résidence  charmante ­
  aux  villas  nombreuses  et  élégantes.  On  s’y  rend
à  1  aide  d’un  tramway  et  par  le  chemin  de  fer  de  Lima  à
Chorillos  et  Ancon  ;  le  prix  des  places  est  de  10  centavos.
(1)  Prairies  où  l'on  élève  des  chevaux.
(2)  Petits  murs  en  terre  d’un  mètre  de  hauteur  environ.
        <pb n="71" />
        56

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

La  descente  à  la  plage  exige  un  quart  d’heure  ;  cette
plage,  malgré  la  faveur  dont  elle  jouit,  n’est  guère  favorable ­
  aux  baigneurs  en  raison  de  son  fond  de  cailloux  et
de  roches.  C’est  pourquoi  Miraflorès  commence  à  être
délaissée  pour  Barranco,  situé  un  peu  plus  loin,  à  11  kilomètres ­
  de  Lima  ;  le  trajet  se  fait  en  20  minutes.
La  plage  de  Barranco  possède  le  même  fond  que
Miraflorès,  sable  et  galets  ;  pour  descendre  à  la  plage  on
emploie  un  petit  tramway  funiculaire  ou  ascenseur
hydraulique.
Chorrillos  est  aussi  une  station  agréable  et  très  appréciée. ­
  Comme  les  précédentes,  la  ville  d’eaux  est  assise
sur  une  falaise  de  près  de  trente  mètres  de  hauteur  audessus
  du  niveau  de  la  mer.  La  descente  à  la  plage  est
là  encore  assez  difficile  ;  le  chemin  qui  y  conduit  est
recouvert  d’une  toiture  qui  préserve  les  baigneurs  des
rayons  du  soleil.
Les  villas  sont  nombreuses  à  Chorrillos  ;  il  y  existe
aussi  deux  bons  hôtels  où  pour  25  à  30  soles  par  mois  on
peut  avoir  une  chambre  pendant  la  saison,  de  décembre
à  avril,  et  pension  complète  pour  60  à  70  soles.  Il  y  a
aussi  un  casino.
Chorrillos  est  à  14  kilomètres  de  Lima,  on  s’y  rend  en
trente  minutes;  le  prix  du  voyage  est  de  40centavos.  Quoique ­
  d’un  bout  de  l’année  à  l’autre  la  température  soit  à  peu
près  la  même,  tout  Liméen  qui  se  respecte  vient  s’établir  à
Chorrillos  ou  aux  autres  stations  balnéaires  de  janvier  à
avril.
Ancon  est  absolument  préférable  comme  plage;  celle-ci
est  à  fond  de  sable,  les  courants  et  la  houle  y  sont  peu
sensibles,  les  eaux  toujours  d’un  calme  absolu,  Ancon  est
situé  à  28  kilomètres  de  Lima;  on  s’y  rend  en  une  heure.
Le  prix  du  voyage  est  de  un  sole.
        <pb n="72" />
        51

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
Le  chemin  de  fer  de  Lima  à  Ancon  suit  une  vallée
où  l’on  rencontre  de  nombreuses  haciendas,  car  les  Péruviens ­
  commencent  à  préférer  à  l’aléa  des  mines  la  sécurité
de  l’agriculture  sous  toutes  ses  formes.  Après  quatre
siècles,  ils  suivent  l’exemple  du  peuple  sage  anéanti  par
les  Espagnols.
Ancon  produit  une  impression  désagréable  ;  la  ville,  qui
est  cependant  attrayante,  est  située  au  milieu  d’une  plaine
de  sable  incolore  qui  présente  un  aspect  maussade,  car  il
n’y  existe  pas  de  végétation.
X.  —  Les  voyageurs  se  rendent  à  Ancon  pour  y  voir
les  cimetières  souterrains  de  période  incaïque  ensevelis
sous  les  dunes  de  sable.  Le  spectacle,  s’il  est  instructif,
n’est  guère  attrayant  et  il  faut  avoir  les  nerfs  peu  sensibles ­
  pour  considérer  sans  horreur  ni  dégoût  le  spectacle
qu’offre  l’espace  immense  où  les  Incas  avaient  établi  leur
nécropole.
De  tous  côtés,  aux  bords  des  dunes,  à  côté  des  huacas
éventrées  et  béantes,  on  aperçoit  des  tronçons  de  momies,
des  crânes  encore  pourvus  de  leur  chevelure,  des  bras,
des  jambes  recouverts  de  lambeaux  de  peau  jaunie  et
racornie,  le  tout  mêlé  à  une  multitude  de  débris  de  poterie
et  à  des  linges  en  guenilles.
Nous  ne  conseillons  pas  aux  touristes  de  rechercher
eux-mêmes  et  de  procéder  à  la  fouille  d’une  huaca,  ils  y
perdraient  leur  temps  et  leur  argent.  Il  faut  pour  cela  une
grande  expérience  que  l’on  ne  peut  acquérir  en  un  jour.
Il  est  donc  préférable,  si  toutefois  on  le  juge  utile,  de
s  entendre  avec  des  professionnels  qui,  moyennant  une
certaine  somme,  se  chargeront  de  découvrir  une  huaca.
et  d  en  opérer  la  fouille.  Malgré  des  précédents  heureux,
les  résultats  ne  sont  pas  toujours  brillants.
        <pb n="73" />
        CHAPITRE  V

I.  La  population;  comment  elle  est  répartie.  —  Mosaïque  ethnographique. ­
  —  III.  Caractère  des  Péruviens.  —  IV.  Qualités  et  défauts.  —
V  Abus  du  régime  du  bon  plaisir.  —  VI.  Le  padre  et  l’impôt  sur  le
revenu.  —  VII.  Combats  de  taureaux.  —  VIII.  Bataille  de  coqs.  —
IX.  La  Liméenne  et  sa  réputation.  —  X.  La  dudosa.  —  XI.  Un  mot  de
la  Chilienne.  —  XII.  Les  Chinois  au  Pérou.  —  XIII.  Main-d’œuvre  appréciée. ­
  XIV.  La  race  typique  péruvienne,  les  quechuas.  XV.  Usages,
mœurs  et  coutumes.  —  XVI.  Le  Quechua  est-il  un  sage?  —  XVI.  Population ­
  étrangère.

I.  —  Depuis  1876  il  n’a  pas  été  fait  de  recensement
officiel.  Cette  opération,  exécutée  dans  des  conditions  défectueuses, ­
  attribua  au  Pérou  une  population  approximative
de  3.000.000  d’habitants,  chiffre  que  tous  les  géographes
continuent  à  mentionner.  Cependant,  d’après  les  calculs
faits  par  la  commission  de  démarcation  territoriale  de  la
Société  de  géographie  de  Lima,  qui  rend  au  Pérou  de  si
grands  services,  cette  population  serait  actuellement  de
4.610.000  habitants.  Ce  chiffre,  peut-être  exagéré,  est  cependant ­
  celui  qui  se  rapproche  le  plus  de  la  vérité.
Cette  population  est  fort  inégalement  répartie  sur  tout  le
territoire  péruvien.  Tandis  que  sur  la  Costa  certaines
régions  sont  relativement  très  peuplées,  la  Sierra  froide  et
peu  fertile  l’est  un  peu  moins;  la  population  est  plus  dense
        <pb n="74" />
        i

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  O”
dans  les  vallées  de  la  Sierra,  sur  les  versants  orientaux  et
occidentaux  de  la  Cordillère,  où  tombe  la  pluie,  où  se  trouvent ­
  les  torrents  et  les  vallées  propres  aux  cultures  alimentaires ­
  et  aux  cultures  tropicales,  où  les  flancs  montagneux
du  versant  méridional  sont  tapissés  de  vastes  forêts.
La  Montana  est  presque  déserte,  surtout  dans  la  partie
la  plus  proche  du  Brésil,  habitée  seulement  par  quelques
tribus  d’indiens  ;  les  centres  de  population  sont  rares  et
éloignés  les  uns  les  autres.
Beaucoup  de  Péruviens  se  prétendent  d’une  pureté  de
sang  absolue,  et  assurent  descendre  des  premiers  conquistadors,
  prétention  qui,  dans  la  majorité  des  cas,  paraît  contestable. ­
  En  réalité,  le  métis,  ayant  plus  ou  moins  de  sang
européen  dans  les  veines,  forme  la  base  de  la  population
comme  dans  toutes  les  républiques  hispano-américaines.
Mais,  c’est  la  race  indienne,  la  race  conquise,  qui
domine  au  Pérou  comme  dans  toute  la  région  tropicale  de
la  Cordillère;  plus  des  deux  tiers  de  la  population  sont  des
Indiens  de  race  pure  ou  des  métis.  Cette  population
indienne  a  conservé  les  usages  et  la  langue  de  ses  pères.
Les  métis  participent  des  deux  races  ;  aussi  la  civilisation
est-elle  inégalement  développée  dans  les  dilférentes  classes
de  la  société.
Les  principales  races  du  monde  entrent  dans  la  population
du  Pérou.  La  race  blanche,  représentée  par  les  Européens
et  leurs  descendants  ;  la  race  jaune,  par  les  Chinois  introduits ­
  comme  coolies;  la  race  noire,  par  les  descendants  des
africains  emmenés  comme  esclaves  pendant  la  colonisation; ­
  enfin,  comme  nous  l’avons  dit,  la  race  rouge  américaine ­
  représentée  par  les  Indiens  civilisés,  les  Quechuas  (1),
(1)Différents  auteurs  écrivent  Qquechuas  ou  Quictiuas,  d’autres  Quechuas
(on  prononce  quetchoua)  ;  il  nous  semble  que  cette  orthographe  se  rapproche ­
  leplus  de  la  prononciation  indienne.
        <pb n="75" />
        60

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

descendants  des  sujets  de  l’empire  des  Incas,  et  par  les
indigènes  qui  vivent  à  l’état  sauvage  dans  la  Montana.
II.  —  Toutes  ces  races,  ne  se  sont  pas  conservées
pures,  car  la  population  du  Pérou  est  une  véritable
mosaïque  ;  elles  se  sont  mélangées  continuellement  et  dans
des  proportions  indéfinies,  si  bien  que  de  ces  croisements
multiples  et  successifs,  il  est  résulté  une  multitude  de
castes  connues  sous  les  noms  de  :
Le  Cholo,  au  féminin  chola,  issu  de  blanc  et  d’indien;
Le  Chino-Cholo,  issu  d’indien  et  de  cholo;
Le  Zambo,  issu  de  nègre  et  d’Indien;
Le  Chino-Zambo,  issu  d’Indien  et  de  Zambo  ;
Le  Cholo-Zambo,  issu  de  Zambo  et  de  Cholo  ;
Le  Cliino-Oscuro  (indien  foncé),  issu  de  Zambo  et  d’Indien; ­

Le  Zambo-Claro,  issu  de  Zambo  et  de  blanc;  etc.,  ainsi
que  toute  la  gamme  des  croisements  avec  les  nègres,  mulâtres, ­
  quarterons,  produit  de  mulâtre  et  de  blanc  avec
25  pour  100  de  sang  noir,  le  quinteron  produit  de  blanc  et
de  quarteron,  avec  12  1/2  pour  100,  1  etrigueno  ou  octavon,
  avec  6  1/4,  etc.,  etc.
La  population  est  donc  composée  de  la  manière  suivante ­
  :  Indiens  56  pour  100;  métis  25  pour  100;  blancs
d’origine  espagnole  ou  étrangère,  19  pour  100.
Le  Dudoso  (douteux)  est  un  type  difficile  à  classifier,
car  il  n’a  plus  dans  les  veines  que  10  à  15  pour  100  de
sang  indien.
Cependant,  il  existe  encore  dans  la  Costa  un  certain
nombre  de  villages  où  les  Indiens  se  sont  conservés  purs
de  tout  mélange  avec  les  autres  castes,  particulièrement
dans  les  centres  de  Piura,  Eten,  Morrope,  Huarmey,
Hijacho,  Chorrillos,  Chilca,  etc.
La  grande  majorité  des  blancs,  noirs,  mulâtres,  métis
        <pb n="76" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

61

occupent  généralement  les  vallées  de  la  Costa.  Les
Indiens  Quechuas  habitent  de  préférence  la  Sierra,  quoique
on  y  trouve  aussi  les  autres  types.  Mais  beaucoup  de  villes
et  villages  sont  presque  uniquement  composés  d  Indiens,
comme  dans  la  région  du  Collao  (département  de  Puno)  et
dans  le  département  de  Cuzco,  où  les  blancs  et  métis
sont  si  clairsemés  qu’ils  ne  représentent  guère  que  la  cinquième ­
  partie  de  la  population.
Dans  une  proportion  à  peine  plus  élevée,  il  en  est  de
même  pour  les  agglomérations  de  la  Montana.  Dans
la  sierra,  bien  que  la  plupart  des  Indiens  des  hauts
plateaux  péruviens  parlent  et  comprennent  suffisamment
l’espagnol  surtout  dans  les  centres,  c’est  la  vieille  langue
quechua  qui  est  toujours  usitée.  Il  est  préférable  de  les
interpeller  dans  leur  propre  langue  si  on  veut  avoir  raison
de  leur  réserve  et  de  leur  défiance.
Le  voyageur  n’a  pas  besoin  de  parcourir  les  diverses
régions  du  Pérou  pour  avoir  un  aperçu  delà  diversité  des
races  qui  y  existent  :  une  promenade  dans  les  rues  et  les
faubourgs  de  Lima  suffit.
C’est  au  marché  principal,  situé  au  centre  du  quartier
habité  par  les  Chinois,  que  l’on  peut  le  mieux  faire  ces
observations.  Là,  et  dans  les  rues  qui  y  conduisent,  on  voit
des  négresses,  des  cholos,  des  zambos  des  deux  sexes
vendant  des  morceaux  de  viande  cuite  ou  rôtie  sur  de
maigres  brasiers.
Autour  des  places  publiques,  aux  abords  des  promenades, ­
  toute  une  variété  de  vieux  chino-cholo,  chinozambo,
  mulâtres,  nègres,  trigueno,  etc.,  accroupis  et  couverts ­
  de  ponchos  de  laine  rouge  ou  de  couleurs  voyantes,
demandent  1  aumône  aux  passants.
Des  Indiens  au  visage  cuivré,  aux  longs  cheveux  plats
tombant  sur  les  épaules,  échangent,  dans  les  bouti ­
        <pb n="77" />
        62  LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
ques,  les  produits  de  leur  chasse  ou  de  leur  industrie.
III.  —  Malgré  la  diversité  des  races  qui  ont  contribué
à  former  la  population  actuelle  du  Pérou,  on  peut  affirmer
que  le  fond  du  caractère  des  Péruviens  est  une  bonté  affectueuse ­
  qui  les  fait  aimer  de  quiconque  a  pu  les  apprécier.
Parmi  les  vertus  principales  de  leur  race,  figurent  en
première  ligne  une  générosité  réelle,  et  la  tradition  d’une
hospitalité  affable  et  sans  étalage.  En  général,  il  est  difficile ­
  de  trouver  un  caractère  plus  franc,  plus  aimable  et
plus  serviable.  Doué  d’une  imagination  brillante,  le  Péruvien ­
  est  malheureusement  trop  souvent  indolent  et  apathique, ­
  cela  gâte  passablement  ses  belles  qualités.
Avec  sa  taille  moyenne,  ses  traits  fins,  son  visage  régulier, ­
  le  Péruvien,  offre  l’empreinte  de  l’affabilité  qui  est  le
fond  de  sa  nature  même  ;  son  caractère  fier  mais  plein  de
bonne  grâce  en  a  fait  un  des  hommes  les  plus  sympathiques
de  l’Amérique  espagnole  (1).
Le  Péruvien  blanc  ou  métis  pratique  envers  les
étrangers  une  hospitalité  large  et  amicale  comme  on  n’en
rencontre  plus  souvent  dans  notre  vieille  Europe.  C’est
surtout  dans  les  petites  villes  de  l’intérieur  et  dans  les
campagnes,  chez  des  propriétaires  plus  ou  moins  fortunés,
que  cette  hospitalité  est  vraiment  digne  d’éloges.
Quand,  dans  la  campagne,  le  voyageur  trouve  sur  sa
route  une  ferme  ou  une  maison  de  campagne,  il  n’hésite
pas  à  mettre  pied  à  terre  sûr  d’être  bien  reçu  et  hébergé.
Mais  comme  nous  l’avons  dit,  c’est  dans  les  petites  villes
(1)  Convaincu  que  la  connaissance  du  caractère,  des  qualités  et  des
défauts  de  la  population  d'un  pays  dans  lequel  on  va  se  fixer  ou  faire  des
affaires,  est  indispensable  pour  éviter  de  froisser  des  préjugés,  des  coutumes, ­
  des  superstitions  ou  des  croyances  enracinées,  et  se  créer  ainsi
des  relations  faciles  et  des  débouchés,  nous  croyons  devoir  nous  étendre
un  peu  sur  le  caractère  des  Péruviens  d’origine  blanche  et  Quechuas  habitant ­
  la  Sierra  et  les  Hauts-Plateaux  de  l’intérieur.
        <pb n="78" />
        63

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
et  villages  de  l’intérieur  que  l’affabilité  est  la  plus  grande.
Si,  hésitant,  on  s’arrête  devant  une  ferme  ou  une
maison,  le  propriétaire  ou  son  intendant,  entouré  des
enfants  et  de  la  domesticité  qui  regarde  d’un  air  curieux
et  bienveillant,  s’approche  et  salue  avec  courtoisie  :
Apease  senor,  y  descanse,  aqui  esta  usted  en  su  casa  (1).
Une  fois  que  les  présentations  d’usage  ont  été  faites,  on
est  invité  à  partager  la  vie  familiale  et  installé  dans  la
meilleure  chambre.  Il  en  est  de  même  dans  les  petites
agglomérations,  où  l’auberge,  presque  officielle,  est  la
maison  du  gouverneur,  ou  celle  du  curé  ;  on  s’y  installe
comme  chez  soi,  sans  étiquette,  et  l’on  vous  comble
de  prévenances,  comme  on  pourrait  le  faire  envers  un
ami.
IV.  —  On  trouve  cependant  des  exceptions  à  cette
tendance  générale,  dans  les  hautes  parties  de  la  Cordillère
et  dans  certaines  régions  du  sud  du  Pérou  ;  cette  hospitalité ­
  discrète  et  désintéressée  n’est  guère  alors  offerte
et  pratiquée  que  chez  les  habitants  de  race  blanche,  ou
ayant  dans  les  veines  une  forte  proportion  de  sang
européen  ;  car  parmi  les  indigènes  de  race  pure,  c’est
plutôt  avec  méfiance  et  hostilité  qu’ils  accueillent  en  général ­
  le  voyageur.
Pour  les  renseignements,  les  préparatifs  que  nécessitent
un  voyage  ou  une  entreprise,  pour  obtenir  les  vivres  ou
1  abri  nécessaire,  il  faut,  lorsqu’on  s’adresse  à  l’Indien
des  Hauts-Plateaux  péruviens,  s’armer  d’énormément  de
patience,  de  douceur  et  de  fermeté  à  la  fois.  Le  souvenir
des  exactions  subies  est  resté  gravé  dans  l’esprit  de
l’Indien.
Aussi  le  voyageur  se  heurte-t-il  souvent  à  la  phrase

(1)  Mettez  pied  à  terre  senor,  et  reposez-vous  ici,  vous  êtes  chez  vous!
        <pb n="79" />
        64

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

sacramentelle  des  Indiens  quechuas.  «  Mana  ti  ancho  »
(je  n’en  ai  pas)  ;  ou  «  No  hay  senor  »  (il  n’y  a  rien).  Quoi
que  l’on  demande,  c’est  la  réponse  de  l’Indien  qui  ne  veut
rien  donner.
Le  mieux  est  de  ne  rien  demander  qu’après  avoir  engagé
une  conversation  banale  et  d’offrir  un  trago,  gorgée  d’eaude-vie,
  à  l’Indien,  qui,  rassuré,  s’empressera  de  mettre  ce
qu’il  possède  à  votre  disposition.
Quelques  voyageurs  peuvent  avoir  une  opinion  moins
bienveillante  sur  le  caractère  des  Péruviens.  Quant  à
nous,  nous  sommes  heureux  de  répéter  que  cette  hospitalité ­
  nous  a  été  douce  au  cœur  ;  loin  du  sol  natal,  elle  est
plus  appréciable.
On  est  souvent  étonné  de  se  voir  reçu  avec  tant
d’égards  et  de  générosité  par  des  inconnus  qui  vous
voient  pour  la  première  et  le  plus  souvent  pour  la  dernière
fois.
Les  Péruviens,  de  toutes  les  conditions,  ont  des
mœurs  excessivement  douces,  ce  qui  fait  que  certains
voyageurs  ont  pu  représenter  le  Pérou  comme  une  nation
sans  courage.  Cette  opinion  nous  paraît  être  une  gravé"
erreur,  car  nous  avons  eu  l’occasion  d’apprécier  la  valeur
de  beaucoup  de  Péruviens  dans  des  circonstances  où  la
bravoure  et  le  courage  ne  sauraient  être  contestés.
Il  n’en  est  pas  moins  vrai,  que  hors  des  grands  centres,
les  rixes  et  les  meurtres  sont  rares,  et  dans  ce  dernier
cas,  ils  sont  le  plus  souvent  commis  par  des  étrangers,
V.  —  Ce  sont  là  les  qualités  des  Péruviens  ;  il  est
regrettable  que,  par  contraste,  il  faille  exposer  un  cernombre
  de  vices  ou  de  défauts.  On  peut  leur  reprocher
entre  autres,  surtout  dans  les  villes  éloignées,  des  mœurs
administratives,  religieuses,  commerciales,  politiques,  qui
chez  nous,  seraient  entachées  de  vénalité  et  d’improbité  ;
        <pb n="80" />
        65

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
là-bas,  ces  procédés  sont  considérés  comme  des  habiletés
même  par  ceux  qui  en  sont  les  victimes.
Les  extorsions  et  les  abus  d’autorité  vis-à-vis  des
indigènes  et  en  général  de  tous  ceux  qui  paraissent  sans
influence,  sont  assez  fréquents.
Ainsi,  il  arrive  parfois  qu’un  almacenero  ou  tiendero  (1)
d’une  localité  de  l’intérieur,  se  trouve  concurrencé  par  le
lieutenant  gouverneur  ou  le  gouverneur  lui-même  ;  un
jour,  il  se  verra  poursuivi,  et  une  partie  de  ses  marchandises ­
  confisquées  sous  prétexte  qu’elles  sont  de  mauvaise
qualité.  Le  fonctionnaire,  un  métis  le  plus  souvent,  rachète
ensuite  ces  marchandises  à  bas  prix  et  les  revend  avec
les  siennes.  Ou  bien  c’est  le  même  commerçant  qui  ne
se  résigne  pas  à  abandonner  une  partie  de  ses  bénéfices
entre  les  mains  du  gouverneur  ou  autre  autorité  de  second
ordre  et  qui  voit  mettre  toutes  sortes  d’entraves  à  son
commerce.  S’il  se  plaint,  les  juges  lui  donneront  tort.
Dans  les  petites  localités  éloignées  de  l’intérieur,  c’est
le  régime  du  bon  plaisir  ;  le  code  et  les  lois  sont  plus  ou
moins  respectés,  suivant  qu’il  y  a  plus  ou  moins  de
moyens  de  communication  faciles  avec  le  pouvoir  central. ­

Ce  sont  là  des  défauts  qui  ne  sont  pas  exclusivement
propres  aux  Péruviens.
Dans  beaucoup  de  cas,  il  faut  aussi  compter  avec  les
coutumes  locales,  l’ignorance  et  les  préjugés  séculaires
rendus  plus  étroits  par  l’entêtement  et  la  mauvaise  volonté.
(1)  Propriétaire  d'almacen,  ou  de  tiendas,  ce  sont  des  magasins,  véritable
emporium  où  l'on  trouve  les  marchandises  les  plus  variées  :  tout  d’abord
des  liqueurs  de  toutes  sortes,  des  cotonnades,  du  pétrole,  de  la  bimbeloterie, ­
  du  bois,  des  articles  de  piété,  des  pétards,  tout  ce  qui  concerne
1  épicerie  et  aussi  tout  ce  qui  est  nécessaire  à  l’équipement  d’un  cavalier,
une  boite  de  conserve  voisine  avec  un  éperon  ou  des  lunettes.  Dans  1  intérieur ­
  et  même  sur  la  Costa  les  magasins  de  spécialités  n’existent  pas.
        <pb n="81" />
        66

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Les  abus  dont  se  plaignent  le  plus  les  indigènes  sont  ceux
commis  par  les  collecteurs  d’impôts,  sur  les  tabacs,  sel  et
autres  monopoles  d’État,  que  le  gouvernement  s’est  vu
dans  l’obligation  d’établir  depuis  que  le  Chili  s’est  emparé
des  riches  gisements  de  nitrate  de  soude  dont  les  revenus
alimentaient  le  budget  du  Pérou.
VI.  —  Quoique  complaisants  et  hospitaliers  pour  le  voyageur, ­
  nous  devons  avouer  que  les  curés  des  Hauts-Plateaux ­
  péruviens  agissent  comme  un  simple  gouverneur
vénal  ou  un  collecteur  d’impôt.  Ces  padres  exploitent  de
toutes  les  façons  possibles  la  superstition  et  la  crédulité
des  Indiens.  Certaines  cures  rapportent  ainsi  des  revenus
fort  coquets  ;  ces  prêtres  ayant  institué  à  leur  profit  un
impôt  sur  le  revenu,  on  voit  que  rien  n’est  nouveau  sous
le  soleil  et  que  nos  démagogues  n’ont  rien  inventé.
Les  Indiens  sont  taxés  par  leur  taïta  (1)  suivant  leurs
ressources,  qui  toutes  lui  sont  connues;  le  rendement  des
champs,  le  nombre  des  têtes  de  brebis  ou  de  Hamas,  le
nombre  de  soles  argent  qu’ils  ont  pu  économiser  et  dissimuler ­
  soigneusement.  Ils  connaissent  ces  cachettes
par  la  confession  et  les  malheureux  Quechuas  ont  beau
prier,  supplier,  ils  doivent  verser  la  somme  ou  le  tribut
convenu  ;  le  padre  finit  toujours  par  imposer  sa  volonté
en  refusant  les  sacrements,  bénédiction,  messes,  etc.  Des
tarifs  et  des  taxes  officielles,  ils  s’en  soucient  fort  peu.
En  échange  de  ce  tribut  volontaire,  ils  aident  leurs
ouailles  de  leurs  conseils  et  les  défendent  parfois  contre
d’autres  abus.  Contrairement  aux  règlements  ecclésiastiques, ­
  les  padres  des  villages  de  l’intérieur  ont  généralement ­
  des  mœurs  qui  laissent  à  désirer.  Pendant  les
absences  du  padre,  s’est  sa  servante  qui  le  remplace  dans
(1)  Synonyme  de  père,  nom  donné  par  les  Quechuas  à  leurs  curés.
        <pb n="82" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

67

la  confiance  des  fidèles  qui  ne  s’en  portent  pas  plus  mal.
Ces  coutumes,  auxquelles  on  a  vainement  essayé  de
mettre  fin,  sont  sanctionnées  par  le  temps.  Sur  le  littoral  et
dans  les  villes,  les  prêtres  ont  plus  de  discrétion  et  de
dignité,  tandis  que  chez  les  Quechuas,  le  relâchement  de
la  règle  est  un  usage  établi  contre  lequel  on  ne  peut
réagir,  leur  pseudo-christianisme  étant  composé  de  fortes
réminiscences  païennes.
Les  combats  de  coqs  et  surtout  les  corridas  de  taureaux
sont  en  grande  faveur,  non  seulement  à  Lima,  mais  dans
tout  le  Pérou.  Chaque  ville,  chaque  bourg  même,  possède
sa  Plaza  de  Hacho,  généralement  la  place  centrale  de  la
localité,  où  des  toréadors  amateurs  se  livrent,  au  grand
plaisir  de  tous,  à  leur  sport  favori.
VIL  —  Lima  possède  son  arène  qui  est  une  des  plus
grandes  qui  existent  ;  elle  est  à  ciel  ouvert  et  environnée
de  gradins  qui  peuvent  contenir  près  de  10.000  personnes,
et  l’attrait  dont  jouissent  ces  corridas  est  si  considérable
que  les  tribunes  se  garnissent  en  un  clin  d’œil.
Mais  tandis  qu’autrefois,  comme  en  Espagne,  ces
courses  étaient  entourées  d’une  certaine  splendeur  et  de
tous  les  raffinements  de  l’adresse  et  de  l’agilité,  ce  ne  sont
plus  aujourd’hui  que  de  pâles  copies,  l’arène  de  Lima  ne
pourrait  être  qualifiée  que  d’abattoir  de  carnaval,  où  les
matadores  ressemblent  plutôt  à  des  bouchers.  11  n’y  a  là
qu’une  lutte  sans  hardiesse  entre  des  bêtes  inoffensives  et
des  hommes  couverts  de  clinquants  charlatanesques.
Le  cerro  San  Cristobal  et  les  sommets  lointains  de  la
Cordillère  occidentale  que  l’on  aperçoit  des  tribunes,  forment ­
  à  la  Plaza  de  Hacho  de  Lima  un  décor  incomparable. ­

YII.  —  Lespeîeas  de  gallos  (combats  de  coqs)  sont  plus
qu’une  distraction,  mais  une  véritable  passion  chez  les
        <pb n="83" />
        68

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Péruviens.  A  Lima,  les  casas  de  gallos  (maisons  de  coqs),
sont  ouvertes  plusieurs  fois  par  semaine,  quelques-unes
mêmes  ouvrent  toutes  les  après-midi.  La  casa  de  gallo  est
toujours  un  cirque  en  miniature  peint  de  couleurs  claires.
L’entrée  coûte  un  franc.
La  foule  animée  des  parieurs  occupe  les  gradins  ;  toutes
les  catégories  sociales,  tous  les  types  de  race,  blancs,  noirs,
Cholos,  Indiens,  sont  confondus  sur  les  mêmes  bancs,
exaltés,  dominés  par  la  même  passion,  l’amour  du  jeu.
On  échange  les  paris  au  milieu  des  cris  bruyants,  des
courtiers  inscrivent  sur  des  carnets  le  chiffre  de  ces  paris.
Bientôt  on  introduit  les  combattants  que  l’on  présente
l’un  à  l’autre,  puis  on  les  arme  d’espuelas  (éperons)  ou
ergots  d’acier  acérés  qui  sont  soigneusement  ficelés  aux
ergots.  Un  inspecteur  officiel  s’assure  que  tout  est  fait  suivant ­
  les  règles  et  que  les  chances  sont  égales  pour  les
deux  lutteurs.  Puis,  le  silence  s’établit,  les  deux  champions
mis  en  présence  se  tournent  le  dos,  mais  presque  aussitôt,
ils  se  rapprochent  lentement  en  becquetant  le  sable  de
l’arène,  ils  s’observent  pendant  quelques  secondes,  tout  à
coup,  ils  s’élancent  l’un  sur  l’autre,  comme  poussés  par
un  même  ressort,  l’œil  sanglant,  la  plume  hérissée,  se
frappant  du  bec  et  de  l’ergot,  les  plumes  volent.  Le  combat ­
  dure  souvent  une  dizaine  de  minutes  suivant  la  force
et  la  science  tactique  des  deux  adversaires.  Nous  avons
vu  des  coqs  qui,  rendus  borgnes  et  blessés  par  plusieurs
coups  d’éperons,  continuaient  à  se  battre  avec  acharnement. ­

Quelquefois  la  lutte  est  courte  et  se  termine  par  la  mort
d’un  des  adversaires  atteint  d’un  maître  coup  d’éperon,  ou
la  tête  fendue  d’un  coup  de  bec  ;  parfois  aussi,  après  un
premier  engagement,  un  des  champions  refuse  le  combat.
La  victoire  appartient  au  survivant,  ou  à  celui  qui  a  blessé
        <pb n="84" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

69

grièvement  ou  fait  fuir  son  adversaire.  Les  enjeux  sont
souvent  considérables  et  les  hommes  de  la  meilleure  société ­
  liméenne  fréquentent  assidûment  les  maisons  de  coqs.
IX.  —  En  parlant  de  la  population,  nous  ne  pouvons
passer  sous  silence  la  Liméenne,  à  qui  tous  les  voyageurs ­
  ont  rendu  hommage  en  la  représentant  comme
le  type  le  plus  charmant  de  la  beauté  exotique.  Sans
épouser  d’enthousiasme  l’opinion  de  ces  voyageurs,
nous  ne  ferons  aucune  restriction  en  ce  qui  concerne  les
femmes  issues  de  la  race  espagnole,  elles  n’ont  point
usurpé  leur  réputation  de  gentillesse.  Quoi  qu’en  disent
certains,  beaucoup  même  sont  fort  belles.  Mais  c’est  surtout ­
  chez  elles,  en  soirée,  au  théâtre,  que  l’on  peut  vraiment
les  apprécier  ;  peut-être  sont-elles  un  peu  capricieuses  et  leur
instruction  quelquefois  négligée,  mais  elles  sont  toujours
spirituelles,  gracieusement  accueillantes;  elles  peuvent  être
considérées  à  juste  titre  comme  les  Parisiennes  de  l’Amérique ­
  du  Sud.  Ce  qu’on  peut  leur  reprocher,  par  exemple,
c’est  un  amour  immodéré  pour  le  plaisir  et  une  prodigalité
excessive  ;  lorsqu’elles  le  peuvent,  elles  dépensent  à  pleines
mains,  comme  des  enfants  imprévoyantes.
L’amour,  le  jeu,  la  danse  et  la  boisson  sont  d’ailleurs  la
passion  dominante  de  toutes  les  classes  de  la  société  péruvienne. ­
  Chez  les  Métis  et  les  Indiens,  cette  passion  est
poussée  aux  extrêmes  limites.  L’ambition  la  plus  haute
d’une  Liméenne  est  d’être  vêtue  à  la  dernière  mode  de
Paris,  aussi  est-il  permis  de  regretter  l’abandon  de  la
gracieuse  saya,  jupe  étroite  leur  allant  à  ravir.  La
mania  (1)  est  le  seul  vêtement  original  conservé  par  la
(1)  Sorte  de  châle  noir  en  cachemire  qui  couvre  la  tête  et  le  haut  du
corps,  une  frange  de  dentelle  se  rabat  sur  le  visage  en  forme  de  demi-voilette, ­
  1  un  des  pans  est  rejeté  sur  l’épaule  ou  vient  s’attacher  sous  le
menton.
        <pb n="85" />
        70

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Liméenne.  Si  la  mante  elle-même  n’a  pas  été  abandonnée,
c’est  que  les  coquettes  Liméennes  se  rendent  bien  compte
que  ce  châle  leur  sied  à  merveille  et  qu’aucun  corsage  de
création  européenne  ne  pourra  les  faire  paraître  plus
élégantes.
Quelques  voyageurs  qui  n’ont  fait  à  Lima  que  le  séjour
d’une  courte  escale,  sont  revenus  désillusionnés,  affirmant
que  la  Liméenne  ne  mérite  pas  la  réputation  qui  lui  a  été  faite.
Peu  renseignés  sur  l’ethnographie  péruvienne,  et  sur  la
diversité  des  types  que  l’on  peut  rencontrer  dans  les  rues
de  Lima,  ils  confondent  avec  laLiméenne,  d’origine  espagnole, ­
  les  créoles,  désignées  en  raison  de  leur  teint  absolument ­
  blanc,  les  dudosas  (douteuses)  qui  abominablement
fardées  et  plâtrées  déambulent  dans  les  rues  de  la  capitale
du  Pérou,  s’efforçant,  ce  qui  est  leur  plus  haute  ambition,
de  n’être  pas  prises  pour  des  Péruviennes.  Quoique  le  métissage ­
  ait  donné  fréquemment  des  résultats  heureux  en  ce
qui  concerne  les  femmes,  ce  ne  sont  pas  les  dudosas  qui
peuvent  être  offertes  comme  des  types  de  beauté.
XI.  —  A  ce  sujet,  la  Chilienne  emporte  les  préférences ­
  de  ces  voyageurs,  car  à  Santiago,  il  n’y  a  pas  de
confusion  possible,  il  n’existe  qu’un  seul  type,  produit
des  multiples  croisements  entre  les  premiers  conquistadors
et  les  Indiens  Changos  et  Promacaues  depuis  longtemps ­
  disparus.  Quoique  aussi  très  belle  et  d’allure  noble
et  fière,  la  Chilienne  froide  et  réservée,  en  raison  de  sa  vie
renfermée,  patriarcale  même,  est  peut-être  moins  vive,
moins  spirituelle  et  moins  sympathique  que  la  Liméenne.
La  raison  de  cette  différence  de  caractère  réside  sans
doute  dans  la  différence  d’origine;  la  première  descend  des
Biscaïens  et  des  Catalans  qui  vinrent  au  Chili  pendant  les
premiers  temps  de  la  colonisation,  la  seconde  est  d’origine ­
  andalouse.
        <pb n="86" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

71

XII.  —  A  propos  de  la  population,  nous  sommes
naturellement  amenés  à  parler  des  Chinois  qui  sont  nombreux ­
  au  Pérou  (environ  55.000).  Ils  y  furent  introduits
en  1850,  pour  être  employés  à  l’extraction  du  guano  des
îles  Chinchas.  A  cette  époque  et  jusque  vers  1890,  ils
furent  à  peu  près  traités  (ou  maltraités)  comme  des
esclaves.  Aujourd’hui,  ils  ne  sont  la  propriété  de  personne,
ils  travaillent  à  la  tâche  et  à  la  journée  et  leur  salaire  se
règle  d’après  la  loi  de  l’offre  et  de  la  demande.  Quoique
l’émigration  chinoise  se  soit  considérablement  ralentie,
des  convois  de  quelques  centaines  de  coolies,  travailleurs
libres,  arrivent  de  temps  à  autre  et  sont  immédiatement
répartis  sur  la  Costa.
Les  Chinois,  derniers  venus  au  Pérou,  y  ont  trouvé
une  terre  fertile,  et,  malgré  les  abus  dont  ils  furent  l’objet,
et  les  souffrances  du  début,  la  plupart  se  sont  fixés  dans
le  pays  sans  espoir  ni  désir  de  retour.  Fait  remarquable,
les  Asiaticos,  comme  on  les  nomme,  fixés  au  Pérou,
ont  tous  fait  le  sacrifice  de  leur  queue  et  de  leur  costume
national  et  ont  adopté  le  costume  et  une  partie  des
coutumes  des  Cholos  ;  ils  ont  fait  souche  avec  les  femmes
indigènes,  un  nouveau  croisement  qui  n’a  pas  encore  reçu
de  dénomination  est  venu  compliquer  une  situation  déjà
passablement  embrouillée.
Contrairement  à  leurs  compatriotes  de  Californie  qui
forment  une  véritable  colonie  chinoise  à  San-Francisco,
les  Chinois  du  Pérou  se  sont  concentrés  dans  les  villes
de  la  Costa,  où  ils  sont  associés  par  sortes  de  confréries  :
patients,  laborieux,  économes,  âpres  au  gain,  quelquesuns
  se  sont  fait  d’excellentes  situations.
XIII.  —  Les  Chinois  sont  très  recherchés  pour  la  maind’œuvre
  dans  les  travaux  agricoles,  dans  les  villes  ils
pratiquent  tous  les  métiers.  A  Lima,  le  quartier  qu’ils
        <pb n="87" />
        72

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

fréquentent  n’est  pas  exclusivement  habité  par  eux,  ils
vivent  côte  à  côte  avec  les  blancs,  les  métis  et  les
mulâtres.  Quoi  qu’on  dise  sur  leur  compte,  nous  ne  concevons ­
  pas  très  bien  le  mépris,  la  haine  qu’ils  inspirent  à
la  masse  ;  c’est  sans  doute  parce  que,  plus  industrieux,
faisant  tous  les  métiers,  ils  sont  recherchés  par  tous  les
patrons  qui  ont  besoin  d’une  bonne  main-d’œuvre.  Nous
n’éprouvons  pour  les  Chinois  aucune  antipathie,  au  contraire, ­
  nous  les  avons  toujours  vus,  généralement  honnêtes
et  consciencieux  ;  ils  se  prêtent  à  toutes  les  besognes  et,
pourvu  que  l’on  soit  juste  et  bon  à  leur  égard,  ils  sont
susceptibles  de  dévouement.
On  ne  saurait  s’imaginer  l’énergie  et  la  résistance  au
plus  dur  travail  de  ces  petits  hommes.  On  en  rencontre
dans  les  rues  de  Lima  et  du  Callao,  chargés  de  fardeaux
qu’aurait  peine  à  soulever  un  blanc  ou  un  noir  d’apparence ­
  plus  robuste.  Du  lever  au  coucher  du  soleil,  ils  ne
chôment  que  pour  absorber  leur  maigre  pitance  qui  se
compose  le  plus  souvent  d’un  peu  de  poisson  et  de  riz
mal  cuit,  le  tout  arrosé  d’eau  claire.
Achetant  de  tout,  trafiquant  sur  tout,  ces  hommes
industrieux  et  tenaces  sont  parvenus  à  se  tailler  une
petite  place  dans  ce  pays  ou  naguère  ils  ont  débarqué
comme  esclaves.  A  Lima  les  magasins  des  Asiaticos  sont
aussi  nombreux  que  les  magasins  de  mode  français  ;  ils
font  d’excellentes  affaires  et  sont  considérés  comme  des
commerçants  honnêtes.
XIV.  —  Les  Quechuas  forment  la  race  typique  péruvienne. ­
  Comme  nous  l’avons  dit,  les  Indiens  de  race  pure
fournissent  plus  de  la  moitié  de  la  population  ;  la  langue
quechua,  qui  possède  des  conjugaisons  très  bien  définies,
est  douce,  sentimentale  et  poétique.
Une  autre  race,  celle  des  Aymaras,  occupe,  mais  dans
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LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  ^3
une  faible  proportion,  la  région  qui  avoisine  le  lac  Titicaca
  ;  la  plus  grande  partie  de  ces  Indiens  se  trouvent
répartis  sur  les  Hauts-Plateaux  boliviens,  formant  autrefois ­
  le  Haut-Pérou.  Le  langage  des  Aymaras  diffère  du
quechua;  c’est  un  idiome  dur  et  guttural  ;  il  paraît  peu
formé  mais  possède  aussi  des  conjugaisons.  Tel  qu  il  est,
c’est  cependant  un  langage  énergique  et  surtout  concis.
Gomme  les  relations  sont  moins  fréquentes  avec  les
indigènes  de  cette  race,  nous  ne  parlerons  que  des  Quechuas
  qui  sont  intéressants  à  divers  titres.
XV.  —  Le  Quichua,  ou  Quechua,  Indien  des  hautes
régions  du  Pérou,  est  de  taille  moyenne  ;  le  visage
est  ovale,  le  nez  fort  et  quelque  peu  aquilin,  le  teint
cuivré,  les  pommettes  fortes  et  saillantes.  Son  costume
est  très  simple  et  se  compose  d’un  poncho  de  laine  de
couleur  voyante,  d’une  veste  de  laine  et  d’un  pantalon  ne
dépassant  pas  le  genou  ;  comme  coiffure  l’Indien  porte
un  chapeau  plat,  mais  généralement  un  bonnet  de  laine
pointu  à  oreillettes.  Le  poico,  qui  est  l’unique  chaussure
quechua,  est  composé  d’un  morceau  de  cuir  frais  découpé
suivant  la  forme  de  la  plante  du  pied  ;  cette  chaussure
légère  est  fixée  à  l’aide  de  lanières  de  cuir.
Les  femmes  quechua  portent  aussi  le  chapeau  et  une
petite  veste  de  laine  échancrée  sur  la  poitrine.  Leur  plus
grand  bonheur  consiste  à  profiter  de  toutes  les  occasions,
pour  exhiber  toutes  les  jupes  dont  se  compose  leur  garderobe.
  Ces  robes  sont  mises  les  unes  sur  les  autres,  et
comme  elles  sont  toutes  de  la  même  longueur,  chacune
laisse  apercevoir  le  bas  de  celle  qui  la  précède,  ce  qui
permet  d’en  faire  facilement  le  compte,  et  présente  une
gamme  savamment  variée  de  couleurs  rouges,  bleues  et
vertes.  Ce  costume  est  complété  par  une  mante  de  laine
ressemblant  au  poncho,  et,  comme  ce  dernier,  tissée  par
        <pb n="89" />
        74

LE  PÉBOU  ÉCONOMIQUE

elles-mêmes  ;  cette  mante  est  retenue  sous  le  cou  par  une
grosse  épingle  d’argent,  affectant  plus  particulièrement
la  forme  d’une  cuillère.
L’Indien  de  la  Sierra  forme  une  race  extrêmement  prolifique; ­
  on  est  toujours  surpris  du  nombre  de  mamans  que
l’on  rencontre  dans  les  plus  petits  villages.  En  outre  les
Quechuas  ont  conservé  le  respect  des  vieillards,  et  ils
entourent  de  soins  leurs  malades  femmes  et  enfants.
L’Indien  quechua  de  pure  race  est  de  caractère  doux  et
pacifique,  des  plus  soumis  à  toutes  les  autorités  et  en
même  temps  aussi  honnête  qu’il  est  sale  et  indolent.  Ces
indigènes,  plutôt  sympathiques,  vivent  dans  un  état  de
misère  matérielle  et  morale  des  plus  profondes  ;  ils  sont
d’humeur  taciturne  et  leur  visage  semble  refléter  une  incurable ­
  tristesse.
Au  moral,  bons,  serviables  et  doux  entre  eux,  ils  se
battent  parfois  lorsqu’ils  sont  sous  l’influence  de  l’alcool,
mais  sans  que  ces  combats  entraînent  mort  d’homme;  les
crimes  commis  par  les  indigènes  sont  rares.
Lorsqu’un  Indien  part  en  voyage,  tout  le  village  l’accompagne ­
  jusqu’à  une  certaine  distance  ;  c’est  l’occasion
de  libations  sans  nombre,  ce  qui  est  la  raison  d’être  de
toutes  les  réunions  péruviennes  ;  mais  dans  cette  manifestation, ­
  il  existe  quand  même  une  preuve  d’affection.
Traités  comme  des  bêtes  de  somme  et  courbés  sous  le
joug  d’une  servitude  abjecte  durant  toute  la  durée  de  la
colonisation,  les  Quechuas  virent  leur  sort  s’améliorer
quelque  peu  après  que  le  Pérou  eût  conquis  son  indépendance. ­
  Depuis  cette  époque,  le  terrible  impôt  de  la  mita.,
ou  travail  obligatoire  dans  les  mines  qui  fit  mourir  des
millions  d’indiens,  est  aboli,  ainsi  que  celui  des  répartitions ­
  (repartimientos)  ou  achat  obligatoire  des  principaux
objets  de  consommation.  Cependant,  malgré  les  lois  édic-
        <pb n="90" />
        tées  sous  la  Répriblique,  les  impôts  sont  encore  fort  inégalement ­
  répartis,  et  les  Indiens  sont  toujours  ceux  qui
ont  encore  à  subir  les  plus  lourdes  charges.  Des  contributions ­
  injustes  sont  souvent  imposées  d’une  façon  arbitraire
par  les  préfets,  les  gouverneurs,  les  chefs  de  district,  et
parfois  aussi  par  d’autres  indigènes,  lorsque  ceux-ci  sont
parvenus  à  quelque  fonction  officielle.  En  outre,  le  malheureux ­
  Indien  peut  se  voir  arraché  à  sa  famille  pour  être
enrôlé  de  force  dans  l’armée.
Il  ne  faut  donc  pas  s’étonner  que  l’infortuné  Quechua,
voyant  les  autorités  prélever  une  lourde  dîme  sur  son
troupeau  qui  constitue  toute  sa  fortune,  ne  cherche  en
aucune  façon  à  augmenter  son  avoir,  craignant  toujours
un  prélèvement  plus  important.  Dans  cet  état  d’esprit,  le
Quechua  ne  peut  avoir  qu’un  goût  très  modéré  pour  le  travail, ­
  car  il  ne  cherche  à  produire  que  ce  qui  est  strictement ­
  nécessaire  à  son  alimentation  ;  celle-ci  se  compose
de  chalona  (mouton  sec),  de  cecina  (bœuf  salé),  et  plus
généralement  de  maïs  et  de  chuno  (pomme  de  terre  gelée
et  soigneusement  séchée).
Pour  fabriquer  le  chuno,  l’Indien  expose  pendant  plusieurs ­
  jours  des  pommes  de  terre  à  la  gelée  ;  ces  pommes
de  terre  sont  ensuite  lavées,  puis  séchées,  soit  devant  un
foyer,  soit  au  soleil.  La  pulpe  est  ensuite  broyée  et  la
farine  grossière  ainsi  obtenue  est  conservée  dans  des  sacs
en  cuir  fermant  hermétiquement.  Cette  farine  et  quelques
lanières  de  charqui  (bande  de  viande  séchée  au  soleil)
sontles  aliments  les  plus  nutritifs  et  les  moins  volumineux,
ce  sont  les  provisions  dont  tout  voyageur  devra  se
munir  abondamment.  Ce  mets  devient  des  plus  substantiels ­
  lorsqu’on  y  ajoute  quelques  bananes  ou  des  tranches
de  manioc.
En  voyage,  l’Indien  quechua  est  très  sobre  :  quelques
        <pb n="91" />
        76

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

bananes  grillées  et  quelques  chiques  ou  acullecos  de
coca,  suffisent  à  son  alimentation.  Mais  au  retour  ou
lorsqu’il  a  des  aliments  à  discrétion,  il  mange  abondamment. ­

Si  l'Indien  de  la  Sierra  sale  fort  peu  ses  aliments,  en  revanche, ­
  ils  sont  pimentés  d’une  façon  atroce  ;  le  aji
(piment  rouge)  et  le  locoto  (piment  vert)  sont  employés
sans  mesure  et  à  tout  propos  ;  nous  devons  reconnaître
que  cette  cuisine  pimentée  active  la  digestion.  La  boisson
favorite  du  Quechua,  après  l’alcool  toutefois,  est  la  chicha;
celle-ci  s’obtient  à  l’aide  de  maïs  que  l’on  met  germer  dans
l’eau  froide;  une  fois  séché  et  moulu  on  le  fait  cuire,  puis
on  le  filtre,  on  y  ajoute  de  l’eau  et  on  le  laisse  fermenter
plusieurs  jours.  La  chicha  mascada  (chicha  mâchée)  se
fait  de  la  même  façon,  sauf  que  le  maïs,  au  lieu  d’être
moulu,  est  trituré  et  mâché  par  les  dents  des  vieilles
femmes.
L’Indien  du  Pérou  préfère  l’élevage  à  la  culture  parce
que  cela  lui  coûte  moins  de  peine  :  des  poules  pour  avoir
des  œufs,  une  chèvre  pour  du  lait,  des  porcs  et  des
cochons  d’Inde  pour  avoir  de  la  viande  et  de  la  graisse,
un  âne,  un  mulet  ou  un  llama  comme  bête  de  charge,  et  il
se  trouvera  riche  et  heureux.
Sur  les  Hauts-Plateaux,  les  Quechuas  ont  l’habitude
d’envoyer  leurs  troupeaux  de  moutons  ou  de  Hamas  paître
dans  la  montagne  ;  ils  y  vivent  là,  en  liberté  absolue,  pendant ­
  trois  ou  quatre  mois.  Parfois  toutes  les  bêtes  d’un
même  village  sont  confiées  à  un  seul  pâtre  qui  a  bien
voulu  accepter  d’affronter  pendant  plusieurs  mois  une  solitude ­
  effrayante,  et  cela  contre  une  rétribution  des  plus
modestes  qui  lui  sera  payée  à  la  fin  de  la  saison  ;  elle  consistera ­
  en  barils  de  chicha,  alcool,  et  une  certaine  quantité
de  laine.  Ces  pâtres  sont  les  plus  ignorants  et  les  plus
        <pb n="92" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

77

superstitieux  des  habitants  des  pueblos  (villages).  La
vie  solitaire  qu’ils  mènent,  sans  un  compagnon  pour
échanger  des  idées,  les  rend  stupides,  ils  retournent  peu
à  peu  à  l’animalité  ;  vêtus  de  haillons  sordides  et  d’une
malpropreté  repoussante,  leur  intelligence  ne  dépasse
guère  celle  des  animaux  dont  ils  ont  la  garde.
XVI.  —  Si  le  Quechua  est  tant  soit  peu  sympathique
par  sa  tristesse  apparente,  on  sent  cependant  qu’il  se
résigne  trop  lâchement  à  la  servitude,  et  pour  être  tout  à
fait  impartial,  il  faut  reconnaître  que  le  Quechua  ne  travaille ­
  que  lorsqu’il  y  est  obligé  pour  payer  le  tribut  (souvent ­
  aboli),  pour  exécuter  les  corvées  réclamées  de  lui,  ou
pour  s’enivrer.  Sous  le  gouvernement  des  Incas,  tout  le
monde,  hommes,  femmes  et  enfants  était  astreint  au  travail ­
  suivant  les  forces  et  les  facultés  de  chacun.  Depuis
que  le  Quechua  n’est  plus  asservi  ni  maintenu  par  la  discipline ­
  de  fer  des  Fils  du  soleil  ou  des  Espagnols,  depuis  surtout ­
  que  la  loi  a  supprimé  la  contribution  personnelle,
l’Indien  n’a  profité  de  sa  liberté  que  pour  retourner  à  la
vie  primitive,  à  la  paresse  insouciante  qui  domine  chez
lui.  Il  travaille  moins,  mais  il  est  plus  pauvre  que  jamais.
Il  est  vrai  que  ses  besoins  sont  restreints  et  qu’il  se
trouve  heureux  ainsi  ;  peut  être  est-il  un  sage,  ou  craint-il
que  son  travail  profite  à  d’autres  qu’à  lui-même  ?
Il  serait  cependant  facile  d’obtenir  des  Quechuas  un
travail  suivi  en  leur  assurant  un  bien-être  auquel  ils
ne  sont  pas  habitués,  mais  qu’ils  savent  apprécier.  S’il  faut
exiger  d’eux  une  certaine  discipline,  il  faut  aussi  les
traiter  avec  justice,  mais  sans  faiblesse.  L’Indien  péruvien
est  très  intelligent  ;  sa  dégradation  actuelle  est  uniquement ­
  due  à  la  misère  et  à  l’ignorance.
Lorsque  l’Indien  se  loue  pour  un  travail  quelconque,  c’est
qu’il  a  besoin  de  quelque  objet  à  son  usage  ou  à  celui  de
        <pb n="93" />
        sa  femme  ;  alors  il  se  fait  guide,  arriero  (muletier),  rameur,
berger,  domestique.  Où  le  Quechua  est  vraiment  remarquable ­
  c’est  comme  porteur  :  la  charge  moyenne  d’un
homme  est  de  trente  à  quarante  kilos  ;  l’Indien,  excellent
marcheur,  peut  faire  des  étapes  de  quarante  à  cinquante
kilomètres  ;  c’est  là  une  qualité  des  plus  appréciables  dans
des  régions  où  les  voies  de  communication  font  le  plus  souvent ­
  défaut,  et  où  il  faut  recourir  au  portage.
L’Indien  quechua  n’apprécie  l’argent  que  pour  se  procurer ­
  l’alcool  nécessaire  pour  s’enivrer  pendant  les  fêtes
nombreuses  consacrées  par  la  tradition,  jointes  à  celles
plus  nombreuses  encore  du  calendrier  chrétien.  Dans  cès
orgies  favorisées  par  des  prêtres  cupides,  métis  ignorants, ­
  superstitieux  et  fanatiques,  aux  ordres  desquels  ils
se  soumettent  aveuglément,  les  pauvres  Quechuas  dépensent ­
  tout  ce  qu’ils  peuvent  posséder,  en  cohetes  (pétards)
et  en  liqueurs  dont  le  padre  est  souvent  le  fournisseur.
Intéressés  à  cet  état  de  choses,  ces  curés  avides  abandonnent ­
  les  Indiens  à  leur  dégradation  et  laissent  s’écouler ­
  peu  de  jours  entre  chaque  fête.
L’indifférence  de  l’Indien  quechua  de  race  pure  pour
l’argent  dont  il  n’a  pas  un  besoin  immédiat,  est  cause
que  le  recrutement  des  travailleurs  est  assez  difficile.  Lu
main-d’œuvre  est  plus  facile  à  obtenir  chez  les  Cholos  et
dans  toute  la  gamme  des  métis  et  des  mulâtres,  qui  ont
plus  ou  moins  d’aptitude  pour  le  travail  suivant  qu’ils
ont  plus  ou  moins  de  sang  européen  dans  les  veines.
En  répandant  un  peu  d’instruction  parmi  les  populations
indiennes  de  la  Sierra,  on  obtiendrait  sans  aucun  doute
un  résultat  très  appréciable.  C’est  là  l’œuvre  de  l’avenir
et  le  Pérou  y  trouvera  sa  récompense  dans  une  excellente
main-d’œuvre,  car,  fait  remarquable,  contrairement  à  ce
qui  se  passe  dans  les  Etats  de  l’Amérique  du  Nord  où  la
        <pb n="94" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

79

race  indigène  va  disparaissant  chaque  jour  davantage,
au  Pérou  et  en  Bolivie,  les  populations  Quechua  et  Aymara,
loin  de  décroître,  augmentent  sensiblement.
XVII.  —  Les  Européens  sont  relativement  peu  nombreux
au  Pérou  ;  cependant  toutes  les  nations  commerciales  y
sont  bien  représentées.  Les  Anglais  sont  en  petit  nombre,
mais  ils  occupent  une  situation  importante  dans  le  commerce ­
  péruvien  et  surtout  dans  les  exploitations  minières.
Les  Allemands  sont  un  peu  plus  nombreux  que  les
Anglais,  ils  sont  généralement  employés  des  grandes
maisons  de  commerce.  Les  Américains  du  Nord  sont  en
nombre  peu  élevé,  ils  sont  surtout  employés  dans  la  construction ­
  et  l’exploitation  des  chemins  de  fer.
Les  Français  sont,  au  Pérou,  plus  nombreux  que  les
Allemands  et  même  les  Anglais  ;  ils  sont  établis  à  Lima
et  au  Gallao,  surtout  comme  boutiquiers  et  petits  commerçants, ­
  ils  possèdent  aussi  quelques  grandes  maisons
de  commerce.  Un  certain  nombre  de  nos  compatriotes
habitent  aussi  les  villes  de  l’intérieur.
        <pb n="95" />
        CHAPITRE  YI
Principales  villes  du  Pérou.  —  I.  Arequipa,  ses  habitants.  —  II.  Trujillo.
—  III.  Ica.  —  IV.  Moquegua.  —  V.Chiclayo  Costa).  —  VI.  Chachapoyas.
  —  VII.  Cajamarca.  —  VIII.  Huaraz.  —  IX.  Huanuco.  —  X.  La
ville  la  plus  élevée  du  monde,  le  Cerro  de  Pasco,  sa  population,  son
climat.  —  XI.  Tarma.  —  XII.  Jauja.  —  XIII.  Huancavelica.  —  XIV.  Ayacucho.
  —  XV.  Abancay.  —  XVI.  Puno.  —  XVII.  Le  Cuzco,  comment
on  s’y  rend.  Les  ruines  incaïques.  —  XVIII.  Moyobamba.  —  XIX.
Iquitos.

La  plupart  des  villes  de  l’intérieur  du  Pérou  sont  des
bourgs  plutôt  que  des  cités  telles  que  nous  les  comprenons ­
  ;  on  ne  doit  pas  s’étonner  de  voir  des  localités  peuplées ­
  de  moins  de  5.000  habitants  ;  certains  chefs-lieux
de  province  et  même  de  département  n’ont  parfois  pas
une  population  supérieure.  Au  Pérou,  comme  dans
nombre  d’Etats  de  l’Amérique  latine,  tout  est  relatif,
toutes  les  centralisations,  toutes  les  divisions  officielles
sont  plus  ou  moins  théoriques,  ce  qui  fait  que  la  lecture
d’une  carte  renseigne  imparfaitement,  car  les  difficultés
des  voies  de  communication  éloignent  beaucoup  les
centres  les  uns  des  autres.
Il  n’est  pas  indifférent  de  connaître  la  valeur  et  la
situation  des  centres  de  population,  ainsi  que  la  distance
qui  les  sépare  de  Lima  ;  c’est  pourquoi  nous  croyons
        <pb n="96" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

81

devoir  donner  certaines  indications  sur  quelques-unes
des  principales  villes  du  Pérou  classées  par  zones  et  suivant ­
  leur  importance.
I.  —  Sur  la  Costa,  après  Lima  et  le  Callao,  dont  nous
avons  déjà  parlé,  la  ville  la  plus  importante  est  Arequipa,
  ville  très  commerçante  qui  a  toujours  joué  un
grand  rôle  dans  la  vie  politique  du  Pérou  depuis  son
indépendance.  Elle  est  située  à  885  kilomètres  de  Lima.
C’est  le  centre  de  l’activité  intellectuelle  et  commerciale
du  sud  du  Pérou  et  aussi,  en  partie,  du  nord  delà  Bolivie, 1
surtout  depuis  la  construction  des  chemins  de  fer  de  Mollendo,
  Puno  et  Sicuani-Cuzco  qui  y  convergent.  Le
mouvement  des  affaires  y  devient  de  plus  en  plus  important, ­
  car  les  exportateurs  de  Bolivie,  par  les  vapeurs  du
Titicaca  et  le  chemin  de  fer  de  Puno  et  Cuzco,  y  transportent ­
  toutes  les  marchandises  qui  doivent  être  exportées ­
  par  le  port  de  Mollendo,  distant  d’Arequipa  de
172  kilomètres  ;  cette  voie  est  plus  favorable  que  celle  de
Tacna  où  le  transport  se  faisant  à  dos  de  mulet,  les  frais
sont  plus  élevés.
Les  principaux  articles  d’exportation  sont  les  laines  de
vigogne,  d’alpaca,  les  fourrures  de  chinchilla,  le  quinquina, ­
  la  coca,  le  café,  les  métaux  précieux,  etc.
Arequipa  a  une  population  de  30.000  âmes  environ  ;
cette  ville  est  édifiée  à  2.329  mètres  d’altitude,  dans  une
vallée  dominée  par  trois  volcans  élevés,  le  Misli  où  a  été
construit  par  les  Américains  un  observatoire  astronomique, ­
  le  Chachani  et  le  Pichupichu  qui  forment  un
immense  cercle  de  30  milles  de  diamètre.  Au  centre  se
détache  la  ville  toute  blanche,  ce  qui  forme  un  curieux
contraste  avec  la  campagne  verte  où  émergent  un  peu
partout  de  pittoreques  villages  ;  plusieurs  possèdent  des
bains  de  sources  minérales.
6
        <pb n="97" />
        82

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Les  maisons  d’Arequipa  sont  élégantes  et  solides,  construites ­
  pour  supporter  les  fréquents  tremblements  de
terre  qui  ont  détruit  cette  ville  plusieurs  fois,  retardant
son  développement  commercial.  Toutes  sont  en  pierres
calcaires  poreuses,  mais  résistantes,  que  l’on  extrait  d’immenses ­
  carrières  situées  à  la  base  du  Mistice  ;  c’est  à  ces
pierres  que  la  ville  doit  de  paraître  à  distance  d’une
extrême  blancheur.  La  ville  est  partagée  en  deux  par  le
rio  Chili  ;  sur  la  rive  gauche  s’élève  la  plus  belle  partie,
les  rues  en  sont  droites  et  larges,  le  climat  est  sec  et
froid  mais  très  sain  ;  c’est  la  température  des  tropiques
fort  tempérée  par  l’altitude  de  la  ville  au-dessus  du  niveau
de  la  mer.
La  situation  géographique  d’Arequipa  en  fait  l’intermédiaire ­
  obligé  du  commerce  d’importation  et  d’exportation ­
  du  sud  péruvien  et  du  nord  de  la  Bolivie.  Au  point
de  vue  industriel  la  ville  n’occupe  pas  encore  une  place
très  importante,  cependant,  outre  diverses  fabriques,  elle
possède  une  fonderie  et  une  usine  métallurgique  très  bien
montée.  Il  existe  à  Arequipa  une  université,  l’instruction
y  est  très  développée.
Mais  ce  qui  domine  tout  à  Arequipa,  c’est  la  religion  et
la  politique.
En  effet,  le  sentiment  religieux  y  est  porté  à  sa  plus
haute  expression,  presque  jusqu’au  fanatisme  ;  alors  que
dans  tout  le  Pérou,  le  peuple  est  croyant,  dévot  même,  mais
tolérant,  à  Arequipa  le  rôle  du  prêtre  prime  celui  des
hauts  fonctionnaires,  lui  seul  sera  obéi  quoi  qu’il  demande.
A  ce  défaut  d’intolérance,  les  habitants  d’Arequipa  et
de  tout  le  département  en  joignent  un  autre  :  c’est  d’être
doués  d’un  chauvinisme  étroit  et  quelque  peu  ridicule,
sans  doute  parce  qu’ils  ont  la  réputation,  dont  ils  sont
fiers,  d’être  les  plus  turbulents  de  tout  le  Pérou.  C’est  à
        <pb n="98" />
        Photo

Soc

geo

ma

Arequipa  et  le  volcan  Misti;  pont  sur  le  rio  Chili.
        <pb n="99" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

83

Arequipa  que  se  sont  organisées  la  majeure  partie  des
révolutions  qui  ensanglantèrent  autrefois  le  pays.  Cette
turbulence  semble  s’être  calmée,  car  depuis  une  dizaine
d’années  la  paix  publique  n’a  pas  été  troublée.
Mais  cela  n’empêche  pas  les  habitants  d’Arequipa  d’être
actifs  et  industrieux  ;  les  femmes  sont  comme  à  Lima
jolies  et  fort  coquettes.  C’est  le  département  où  l’agriculture, ­
  l’industrie,  le  commerce,  les  arts  et  les  sciences
se  sont  le  plus  développés.  Mais  comme  tout  est  relatif,
dans  ce  pays,  pendant  qu’une  partie  de  la  population
s’agite  et  travaille,  l’autre  partie  mène  une  existence  toute
contemplative.
En  résumé  on  peut  dire  de  la  population  du  département
d’Arequipa  qu’elle  a  mauvaise  tête,  mais  bon  cœur.
Trujillo,  distante  de  565  kilomètres  de  Lima,  est  la  capitale ­
  du  département  de  la  Libertâd  et  de  la  province  du
même  nom,  elle  est  située  à  65  mètres  d’altitude  au-dessus
du  niveau  de  la  mer,  et  à  11  kilomètres  delà  côte,  àlaquelle
elle  est  reliée  par  un  chemin  de  fer  qui  se  prolonge  jusqu’à
Ascope  au  centre  de  magnifiques  exploitations  de  coton,  de
canne  à  sucre  et  de  rizières  prospères.
Trujillo,  fondée  par  Pizarre  en  1535,  est  une  des  plus
anciennes  villes  du  Pérou,  on  y  jouit  malgré  sa  latitude
presque  équatoriale  d’un  climat  sain,  sec  et  chaud.  La
ville  ne  couvre  pas  une  très  grande  superficie  ;  de  forme
particulièrement  régulière,  ses  rues  sont  bordées  de  maisons ­
  nombreuses  et  confortables  mais  à  l’aspect  rébarbatif, ­
  aux  murs  énormes  et  sans  fenêtres.
Trujillo  est  aujourd’hui  quelque  peu  déchue  de  son  ancienne ­
  splendeur,  sa  population  est  de  12.000  à  13.000
habitants;  c’était  autrefois  le  centre  d’attraction  de  toute
l’aristocratie  et  de  la  richesse  du  nord  du  Pérou,  elle  n’est
plus  à  l’heure  actuelle  que  la  résidence  des  riches  hacen-
        <pb n="100" />
        84

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

deros  (planteurs)  de  la  vallée  de  Chic&amp;amp;ma.  La  population,
très  métissée,  est  en  général  indolente  ;  dans  les  rues  on
aperçoit  nombre  de  nègres  et  de  négresses,  paressant  au
soleil  le  long  des  murs  blancs.  Depuis  que  la  loi  en  les
faisant  électeurs  les  a  faits  les  égaux  des  blancs,  ils  ont
pour  le  travail  un  profond  mépris.
Presque  tous  les  villages  des  environs  de  Trujillo  sont
habités  par  des  nègres  ou  des  Indiens  ;  ces  derniers  y  sont
de  belle  stature,  surtout  à  Moche.
C’est  surtout  autour  de  Trujillo,  que  l’on  peut  admirer
les  ouvrages  destinés  à  l’irrigation  des  plaines  environnantes; ­
  ces  canaux,  construits  par  les  Incas,  très  bien
compris,  faisaient  circuler  l’eau  dans  ces  parages  par  un
système  presque  analogue  au  système  de  la  circulation  du
sang  dans  les  veines.  On  peut  y  voir  encore  une  sorte  de
digue  et  d’aqueduc  de  plusieurs  kilomètres  de  longueur  qui
captait  une  partie  des  eaux  du  rio  Moche  pour  approvisionner ­
  une  immense  citerne  ou  réservoir  que  les  habitants ­
  de  la  région  nomment  manpuesteria.
III.  —  Ica  est  le  chef-lieu  du  département  de  ce  nom.
Cette  ville,  reliée  au  port  de  Pisco  par  un  chemin  de  fer  de
74  kilomètres,  est  appelée  à  un  certain  développement
lorsqu’on  aura  construit  la  ligne  projetée  de  Lima  à  Pisco,
qui  vient  d’être  votée  par  le  congrès  péruvien.  Ica  n’est
qu’à  275  kilomètres  de  Lima,  parla  voie  de  Canete  ;  c’est
le  centre  de  magnifiques  plantations  de  vignes,  canne  à
sucre,  coton,  nopal,  etc.,  on  y  fait  une  eau-de-vie  très
appréciée,  le  pisco,  qui  est  aussi  connue  sur  la  côte  du
Pacifique  que  le  cognac  en  Europe.  Le  pisco  est  fait  avec
du  raisin  muscat  et  avec  une  autre  espèce  nommée  raisin
d’Italie.  Ica  avait  autrefois  une  grande  importance  commerciale, ­
  à  l’époque  où  l’on  extrayait  le  guano  des  îles
Chincha  ;  ce  n’est  plus  aujourd’hui  que  la  voie  d’exporta-
        <pb n="101" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

85

tion  des  départements  d’Ayacucho  et  de  Huancavelica.
On  trouve  dans  les  environs  plus  de  cent  haciendas  où
se  fabriquent  du  vin  et  des  liqueurs  d’exportation,  et  quelques ­
  verreries  qui  font  de  brillantes  affaires.  Plusieurs
ruines  d’aqueducs  incas,  remarquables  par  l’habileté  de  la
construction,  se  voient  aussi  à  quelque  distance,  quelquesuns
  ont  été  restaurés.  Lapopulation  d’ica  estde  15.000  habitants ­
  environ.
IV.  —  Moquegua,  chef-lieu  de  la  province  littorale  de  ce
nom,  n’a  qu’une  population  de  8.000  âmes  à  peine  ;  comme
dans  les  environs  d’ica,  il  y  a  dans  les  riches  vallées  de
Sama,  LocuMBAet  Moquegua  de  grands  vignobles  qui  produisent ­
  des  vins  très  estimés.  Sur  les  versants  de  la  Cordillère ­
  occidentale,  toute  proche,  il  existe  des  mines  d’argent ­
  et  de  cuivre  qui  ne  sont  pas  exploitées  en  raison  de
la  grande  difficulté  des  transports.
La  ville  de  Moquegua  était,  avant  la  triste  guerre  du
Pacifique  (1880-1883),  reliée  au  port  d’Iuo  ou  de  Pacocha
par  un  chemin  de  fer  de  100  kilomètres  ;  les  Chiliens  détruisirent ­
  la  ligne,  et,  considérant  que  les  rails  et  le  matériel
roulant  valaient  mieux  que  des  pendules,  s’en  emparèrent
comme  de  butin  de  guerre.
Souvent  bouleversée  par  des  tremblements  de  terre,
cette  contrée  jouit  cependant  d’un  climat  salubre,  mais  au
point  de  vue  végétal  et  animal,  c’est  un  des  plus  pauvres
départements  du  Pérou  quoique  tout  y  pousse  à  merveille
lorsque  la  terre  est  arrosée.  On  parle  de  faire  ou  de  refaire ­
  plutôt  autour  de  Moquegua  d’importants  travaux
d  irrigation  semblables  à  ceux  construits  par  les  Incas  •
souhaitons,  pour  cette  région  si  souvent  éprouvée  à  divers
titres,  la  réalisation  de  ces  projets.  Quant  à  la  ligne
ferrée,  depuis  vingt  ans,  on  parle  de  la  reconstruire  et  de
la  prolonger  jusqu’aux  districts  miniers  situés  à  l’est,
        <pb n="102" />
        86  LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

malheureusement  tout  cela  est  resté  à  l’état  de  projet.
Parmi  les  villes  de  la  Costa  méritant  d’être  signalées
figurent  encore  Piura,  Payta  et  Lambayeque  sur  la  côte
nord  ;  leur  climat  est  sain  mais  d’une  sécheresse  terrible  ;  leur
population  varie  de  6.000  à  8.000  habitants  dont  la  plupart ­
  ont  la  réputation  d’être  de  très  bons  marins.  Chiclayo,
  chef-lieu  du  département  de  Lambayeque,  est  la
ville  qui  a  fait  le  plus  de  progrès,  c’est  le  centre  d’un  commerce ­
  actif  en  raison  de  sa  situation  au  milieu  de  grands
domaines  où  l’on  récolte  le  riz  le  coton  et  la  canne  à  sucre.
Chiclayo  a  supplanté  Lambayeque  comme  capitale,  le  climat
de  cette  ville  étant  rendu  humide  et  malsain  par  les  inondations. ­
  Dans  la  zone  de  la  sierranous  trouvons  quelques
villes,  toujours  d’une  importance  relative  ;ce  sont,  du  nord
au  sud  :
VI.  —  Chachapoyas,  chef-lieu  du  département  de  Amazonas,
  remarquable  par  son  sol  montueux  coupé  de  riches
et  fertiles  vallées,  est  une  ville  d’environ  10.000  âmes,
perdue  aumilieu  de  montagnes  désertesmais  dans  une  délicieuse ­
  situation.  Cette  ville  végète,  car  il  n’existe  dans  cette
région,  peu  peuplée,  aucune  bonne  voie  de  communication.
Chachapoyas  n’a  de  relations  commerciales  qu’avec  Cajamarca
  et  Moyobamba,  villes  qui  se  trouvent  chacune  à
250  kilomètres  à  droite  et  à  gauche.  Fondée  par  Pizarre  à
500  kilomètres  des  rives  du  Pacifique  et  à  peu  près  autant
des  ports  de  l’Amazone,  elle  possède  une  population  très
douce  et  industrieuse.  A  différentes  reprises  ces  braves
gens  ont  cherché  à  sortir  de  leur  isolement  en  se  frayant
un  passage  vers  l’Amazone,  à  travers  les  forêts  où
habitent  des  Indiens  qui  n’ont  aucune  relation  avec  les
civilisés.  Ces  Indiens  sauvages  vivent  par  petites  tribus
souvent  en  guerre  entre  elles.  Dans  cette  contrée  si  vaste
où  les  règnes  végétal  et  minéral  n’ont  rien  d’extraordinaire
        <pb n="103" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  87

malgré  le  voisinage  de  l’équateur,  ces  entreprises  demandent ­
  beaucoup  de  persévérance.
Les  résultats  de  ces  tentatives  ne  sont  pas  encore  bien
connus.
Toute  cette  région  jouit  d’un  climat  salubre  et  agréable  ;
des  zones  entières  sont  d’une  grande  richesse,  alors  que
d’autres  sont  plutôt  pauvres.
Il  y  existe  des  mines  assez  riches,  autrefois  exploitées
par  les  Jésuites  ;  en  outre  plusieurs  rivières  roulent  des
paillettes  d’or.
VII.  —  Cajamarca,  chef-lieu  du  département  de  ce  nom,
est  située  sur  le  versant  ouest  de  la  Cordillère  de  la  côte,
à  2.730  mètres  d’altitude  ;  le  climat  y  est  sain  et  relativement ­
  tempéré,  car  le  thermomètre  descend  rarement  audessous
  de  zéro  et  ne  dépasse  guère  20°  pendant  les
jours  les  plus  chauds  de  l’été.  Cajamarca  est  pour  ainsi
dire  la  nécropole  des  Incas.  Les  Indiens  pourraient  y
retrouver  nombre  de  souvenirs  de  leurs  anciens  souverains. ­

C’est  dans  cette  ville  que  fut  étranglé  l’Inca  Atahualpa
sur  les  ordres  de  Pizarre.
La  ville  possède  une  population  qui  peut  varier  entre
12.000  et  14.000  habitants  ;  elle  est  de  forme  régulière,
elle  a  huit  églises  dont  deux  d’un  style  assez  élégant.  Cajamarca ­
  se  trouve  située  entre  Trujillo  et  Chachapoyas,
à  environ  240  kilomètres  de  chacune  de  ces  villes  et  à
150  kilomètres  à  l’est  du  port  de  Pacasmayo  par  la  voie
ferrée  qui  fonctionne  déjà  en  grande  partie.  Le  chemin  de
fer  parvient  actuellement  jusqu’à  la  ville  de  Ca-amarca.
Lorsque  cette  voie  ferrée  sera  achevée,  Cajamarca  prendra
certainement  un  grand  développement,  car  elle  se  trouve
à  moins  de  80  kilomètres  du  riche  district  minier  de  Hualgayoc
  et  à  40  des  mines  de  Chilete  qui  sont  des  plus
        <pb n="104" />
        88  le  PÉROU  ÉCONOMIQUE
renommées.  La  population  est  très  accueillante  et  hospitalière. ­

VIII.  —Huaraz,  capitale  du  département  de  Ancachs,
est  située  à  2.000  mètres  d’altitude,  le  climat  y  est  très
sain  et  agréable.  La  population  dépasse  peut-être
20.000  habitants.  Située  au  centre  d’une  région  dont  le
sous-sol  est  particulièrement  riche  (mines  d’argent,  de
houille),  dans  des  terres  favorables  à  l’agriculture  et  à
l’élevage,—  cette  ville  prend  chaque  jour  une  importance
plus  grande.
Huaraz  est  en  relation  avec  la  côte  par  les  ports  de
Santa,  Chimbote,  Huarmey,  Casma  et  avec  Lima  par
une  route  terrestre  plus  courte  que  la  voie  de  Huarmey  ;
par  cette  dernière,  la  distance  qui  sépare  Lima  de  Huaraz
est  de  355  kilomètres.
Huaraz  qui  est  déjà  en  communication  constante  avec
les  ports  de  la  côte  et  les  villes  de  Yungay,  Caraz  et
Carhuaz  deviendra  d’ici  peu  un  centre  commercial  et
industriel  des  plus  importants  le  jour  où  y  parviendra  le
chemin  de  fer  qui  part  de  la  magnifique  baie  de  Chimbote. ­
  Cette  ligne  est  actuellement  totalement  construite
jusqu’à  Suchiman,  soit  55  kilomètres.  La  distance  qui
sépare  Chimbote  de  Huaraz  est  de  180  kilomètres;  les
travaux  de  prolongation  de  la  ligne  de  Chimbote  à  Huaraz
viennent  d’être  repris  avec  activité.  Les  célèbres  mines
de  Ticapampa,  dans  l’important  district  minier  de  Recuay,
ne  sont  pas  à  plus  de  25  kilomètres  de  la  ville.  Toute
cette  région  mérite  de  retenir  l’attention,  car  outre  l’importance ­
  des  entreprises  minières  qui  vont  s’y  développer,
elle  offre  un  sol  fertile  et  l’élevage  peut  y  être  fait  dans
des  conditions  très  avantageuses.  Le  département  a  une
population  de  430.000  habitants,  c’est  un  des  plus  peuplés
de  la  république.
        <pb n="105" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

89

IX.  —  Huanuco,  située  entièrement  sur  les  Andes,  à
1.800  mètres  d’altitude,  à  120  kilomètres  au  nord  de
Gerro  de  Pasco  et  à  410  de  Lima,  est  le  chef-lieu  du
département  du  même  nom.  Le  climat  y  est  très  sain;
malgré  sa  température  élevée,  la  végétation  y  est  extrêmement ­
  luxuriante  et  l’on  y  récolte  tous  les  fruits  de  la
zone  tropicale;  on  y  fait  un  grand  commerce  de  quinquinas ­
  ;  la  coca  et  les  cafés  de  Huanuco  sont  très  appréciés ­
  dans  le  pays  même,  où  ils  trouvent  un  écoulement
facile  à  un  prix  rémunérateur.  Huanuco  fait  un  commerce
actif  entre  Cerro  de  Pasco  et  Lima;  c’est  le  principal
centre  de  ravitaillement  de  la  colonie  allemande  du  Pozuzo
dont  nous  parlerons  dans  le  chapitre  sur  la  Montana.
Cette  ville,  d’une  population  de  10  à  12.000  âmes,  ne
prendra  quelque  développement  que  lorsqu’une  bonne  route
carrossable  l’aura  réunie  à  Cerro  de  Pasco  en  attendant  la
construction  du  chemin  de  fer  projeté,  et  aussi  quand  la
navigation  fluviale  sera  devenue  plus  régulière  sur  le
Pachitea,  affluent  de  l’Ucayali,  une  des  voies  de  l’Amazone.
X.  —  Cerro  de  Pasco.  Cette  ville  est  la  capitale
du  département  de  Junin;  celui-ci  est  le  département  le
plus  froid  du  Pérou  ;  dans  les  maisons,  il  est  indispensable ­
  d  avoir  du  feu,  alors  qu’à  peu  de  distance,  dans  les
vallées  plus  basses,  il  fait  une  grande  chaleur.  C’est  dans
le  département  de  Junin,  le  plus  central  du  Pérou,  que  se
trouve  la  petite  Lagune  de  Lauricocha,  d’où  sort,  simple
petite  rivière,  le  fleuve  géant  du  monde,  l’Amazone.
Perchée  comme  un  nid  de  condors  sur  une  montagne
argentifère,  presque  à  la  crête  des  Andes,  à  4.352  mètres
d  altitude  (1),  la  ville  de  Cerro  de  Pasco,  qui  a  détrôné
comme  chef-lieu  du  département  de  Junin  la  gentille

(1)  4.325  mètres  suivant  Babinski.
        <pb n="106" />
        90

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

petite  ville  de  Tarma  est  certainement  une  des  villes  les
plus  élevées  du  globe  (1).  La  ville  fut  fondée  il  y  a  deux
siècles,  elle  occupe  le  centre  même  des  gisements  d’argent
de  cet  immense  bloc  de  métal  qu’est  le  Cerro  de  Pasco,  à
tel  point  que  toutes  ses  rues,  toutes  ses  maisons  pourraient ­
  donner  accès  à  autant  de  puits  de  mine.
La  population  de  cette  ville  est  très  flottante,  elle
peut  varier  entre  16  et  20.000  habitants,  surtout  depuis
que  la  locomotive  a  pénétré  dans  ses  murs,  il  y  a  quelques ­
  mois.  Il  y  a  bien  16.000  mineurs,  parmi  lesquels
un  certain  nombre  sont  continuellement  à  la  recherche
de  nouveaux  filons.  Certains  ont  déjà  fait  plusieurs  fois
fortune,  mais  leurs  passions  les  ayant  vite  mis  à  sec,
ils  se  remettent,  sans  murmurer,  à  la  poursuite  de  la
déesse  capricieuse,  lestés  d’un  fort  bagage  d’espérance
et  de  philosophie,  en  même  temps  que  de  persévérance  et
d’énergie.
Le  climat  de  Cerro  de  Pasco  donne  lieu  à  de  curieuses
observations;  entrés  peu  d’heures,  le  ciel,  qui  apparaît
d’un  bleu  limpide,  passe  au  noir,  des  orages  de  pluie,  de
neige,  de  grêle,  alternent  avec  des  éclaircies  pendant  lesquelles ­
  on  est  brûlé  par  les  rayons  du  soleil  ;  il  disparaît
après  un  coup  de  vent,  pour  faire  place  à  une  pluie  torrentielle, ­
  qui  à  son  tour  cesse  presque  immédiatement,  et  le
ciel  redevient  d’une  sérénité  incomparable.  Les  habitants
de  Cerro  de  Pasco,  qui  appartiennent  aux  races  et  aux
peuples  les  plus  divers,  mènent  une  vie  active,  mais  monotone, ­
  ils  sont  exposés  au  soroche  (mal  des  montagnes),
au  point  de  côté,  et  parfois  aussi,  surtout  pendant  les
orages  que  nous  venons  de  décrire  et  qui  sont  périodiques,

(1)  Dans  le  département  d’Arequipa  se  trouve  le  petit  village  de  Apo,
du  district  de  Chihuata,  situé  à  4.385  mètres  d’altitude  ;  c’est  l’endroit
habité  le  plus  élevé  du  monde  avec  le  village  de  Chanta  en  Bolivie.
        <pb n="107" />
        le  Pérou  économique  91
ils  se  mettent  à  trembler,  sous  l’influence  du  mercure,
paraît-il;  on  dit  alors  qu’ils  sont  azogados.
Comme  on  le  voit,  le  séjour  de  Cerro  de  Pasco  n’est  rien
moins  que  paradisiaque  ;  pendant  huit  ou  neuf  mois  de
l’année,  le  froid,  les  vents,  la  foudre,  la  neige  et  la  grêle
sévissent  de  telle  façon  sur  la  malheureuse  ville  que  sans
l’appât  des  incalculables  richesses  métalliques  que  renferme ­
  le  Cerro,  les  sombres  maisons  de  briques  qui
s’alignent  le  long  des  rues  boueuses  seraient  vite  abandonnées. ­

Cette  alternative  ne  se  présentera  plus  maintenant  ;  l’arrivée ­
  du  chemin  de  fer  va  donner  à  la  ville  une  vie  nouvelle; ­
  elle  lui  permettra  d’exploiter  fructueusement  ses
gisements  de  charbon,  de  cuivre,  de  plomb,  sans  compter
l’argent,  dont  il  a  été  extrait  depuis  la  colonisation  jusqu’en ­
  1890,  malgré  des  procédés  rudimentaires,  pour  une
valeur  de  plus  de  sept  milliards  de  francs.  Depuis  fort
longtemps  les  mines  sont  inondées  et,  faute  de  machines
d’épuisement,  l’exploitation  intensive  est  interrompue,  on
n’exploite  guère  que  le  cascajo,  minerais  autrefois  aban
donné  comme  rebut.  Cette  exploitation  donne  encore  une
moyenne  de  30.000  kilos  d’argent  par  an.  Le  jour  où  les
compagnies  auront  amené  de  grandes  machines  pour
l’épuisement  des  mines  envahies  par  l’eau,  et  employé  des
procédés  plus  modernes  pour  le  traitement  des  minerais,
la  ville  de  Cerro  de  Pasco  offrira  le  tableau  d’un  important
centre  industriel  et  commercial  à  l’altitude  stupéfiante  de
4.352  mètres.
XI-  A  34  kilomètres  de  Cerro  de  Pasco,  et  à  249  de
Lima  se  trouve,  située  à  3.050  mètres  d’altitude  et  dans
(1)  La  distance  qui  sépare  Lima  de  Cerro  de  Pasco  est  de  260  kilomètres.
Cette  ville  se  trouve  à  une  égale  distance  au  nord  de  la  Oroya  et  de
Tarma,  au  sud  de  Huanuco,  à  l’ouest  du  futur  port  fluvial  du  Palcazu.
        <pb n="108" />
        92

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

une  belle  vallée,  la  jolie  ville  de  Tarmà,  où  viennent  se
reposer  les  habitants  de  Gerro  de  Pasco  et  aussi  ceux  de
la  Costa  atteints  de  maladies  de  poitrine.  L’oppression
douloureuse  qui  caractérise  le  soroche  devient  beaucoup
moins  gênante  et  disparaît  presque  à  une  altitude  de
3.000  mètres.  Dans  toute  la  campagne  de  Tarma,  aux
jardins  plantés  de  nombreux  peupliers,  on  jouit  d’une
température  douce  et  caressante.
XII.  —  Jauja,  à  41  kilomètres  de  Cerro  de  Pasco,  est
une  ville  tout  aussi  agréable  et  pittoresque  que  Tarma.
C’est,  comme  celle-ci,  une  station  recommandée  aux  personnes ­
  atteintes  de  maladies  de  poitrine.  On  y  obtient,
paraît-il,  des  cures  merveilleuses  sur  des  phtisiques  au
deuxième  et  au  troisième  degré.  On  estime,  par  expérience, ­
  que  l’atmosphère  des  punas,  pauvre  en  oxygène,
est  très  favorable  à  la  guérison  de  ces  maladies.
XIII.  —  La  ville  de  Huancavelica,  chef-lieu  du  département ­
  de  ce  nom,  se  trouve  située  sur  la  Cordillère
occidentale,  à  3.800  mètres  d’altitude,  à365  kilomètres  de
Lima  par  la  voie  de  Lunaliuana.
Le  département  est  célèbre  par  les  mines  de  mercure
qui  s’y  rencontrent  fréquemment  et  en  abondance  ;  on  en
a  recueilli  en  grandes  quantités  dans  des  fossés  creusés  à
fleur  de  terre.  L’exploitation  des  principales  mines  de
mercure,  entre  autres  celle  de  Santa  Barbara,  située  aux
environs  de  la  ville,  est  aujourd’hui  paralysée  par  l’envahissement ­
  des  eaux,  le  manque  de  voies  de  communication ­
  rend  difficile  et  coûteux  le  transport  des  machines
puissantes  nécessaires  à  l’épuisement  de  celles-ci.  Aussi  la
ville  de  Huancavelica  a-t-elle  vu  diminuer  sa  population
d’une  façon  notable,  celle-ci  n’est  plus  aujourd’hui  que  de
8  à  10.000  habitants  à  peine,  quand  au  siècle  dernier  elle
s’élevait  au  double.
        <pb n="109" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

93

Si  Huancavelica  est  riche  en  mines  de  cuivre,  argent
et  mercure  dont  le  Gerro  de  Santa  renferme  des  gîtes
d’une  richesse  incalculable,  non  encore  exploités,  toujours ­
  en  raison  des  communications  difficiles,  en  revanche,
c’est  le  département  le  plus  pauvre  comme  animaux  et
végétation.  Situé  à  une  grande  altitude  de  la  Cordillère,
ce  département  ne  produit  guère  qu’un  maigre  herbage,  le
stipaychu,  des  pommes  de  terre  et  de  l’orge  ;  on  trouve
aussi  dans  cette  région  une  sorte  d’herbe  aromatique
nommée  yerba  Luisa  (1),  plante  dont  le  goût  est  semblable ­
  à  celui  du  thé  et  non  moins  agréable.  La  température ­
  de  Huancavelica  est  froide  et  variable,  le  thermomètre
oscille  dans  la  journée  entre  6  et  12  degrés  au-dessus  de
zéro,  du  mois  de  juillet  au  mois  d’octobre.
XIY.  —  Ayacucho,  autrefois  Iluamanga,  porte  le  nom
de  la  fameuse  bataille  qui  fut  livrée  dans  ses  environs  en
1824  et  qui  décida  de  l’indépendance  du  Pérou;  c'est  la
capitale  du  département  de  ce  nom.  Ayacucho,  situé  au
centre  même  du  Pérou,  à  2.400  mètres  d’altitude,  en
est  le  département  le  plus  sain  pour  les  Européens.  La
ville  possède  une  population  de  15  à  16.000  habitants  ;
comme  celle  du  département  voisin  d’Arequipa,  elle  peut
être  considérée  comme  une  des  plus  braves  et  des  plus
belliqueuses  du  sud  Amérique,  sans  doute  pour  les
mêmes  causes  climatériques.  De  même  que  Arequipa,
elle  fut  l’instigatricè  de  révolutions  nombreuses,  dont
l’ère,  heureusement  pour  le  Pérou,  semble  avoir  pris
fin.
La  ville  a  assez  bon  aspect  ;  elle  possède  une  université,
un  séminaire,  évêché,  tribunal,  etc.,  et,  naturellement,  plusieurs ­
  églises,  car  c’est  ce  qui  manque  le  moins  dans  la

(1)  Herbe  Louise.
        <pb n="110" />
        94

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

plus  pauvre  des  villes  péruviennes.  La  cathédrale,  dorée
à  l’intérieur,  est  d’assez  bel  aspect.
Le  climat  est  vraiment  tempéré,  le  thermomètre  signale
une  température  minima  de  12°  et  de  24°  maximum.
La  principale  richesse  consiste  en  mines  d’argent.  Ses
richesses  végétales  ne  sont  pas  très  importantes  sur  les
plateaux  ;  on  y  peut  cependant  faire  de  l’élevage  ;  toutes
les  céréales  y  viennent  très  bien,  car  il  ne  gèle  pas  ;  en
outre,  les  vallées,  toujours  plus  chaudes,  produisent  tous
les  fruits  et  plantes  des  tropiques.  Le  cactus  ou  figuier  de
Barbarie  y  est  aussi  très  abondant,  trop  même.  On
observe,  dans  ce  département,  de  nombreux  cas  de  cécité.
Lorsque  la  ligne  de  Lima  à  la  Oroya  atteindra  Ayacucho,
  cette  ville  pourra  tirer  meilleur  parti  de  ses  mines,
et  des  riches  forêts  de  la  province  de  Huanta.  Ce  prolongement ­
  vient  d’être  voté  par  les  Chambres,  il  reste  à
passer  à  l’exécution.  La  ville  est  séparée  de  Lima  par  une
distance  de  moins  de  1.000  kilomètres  et  se  trouve  exactement ­
  placée  à  distance  égale  de  Cuzco  et  de  la  capitale.
XV.  —  Abancay  est  le  plus  petit  chef-lieu  des  départements ­
  péruviens;  c’est  en  effet  un  des  moins  peuplés.  S*
population  de  4  ou  5.000  habitants  est  composée  de  nom'
breux  planteurs  dont  les  exploitations  s’étendent  dans  les
riches  vallées  environnantes.  La  canne  à  sucre  fait  l’objet
de  la  principale  culture  ;  on  en  tire  la  mélasse  et  une  cer'
taine  eau-de-vie  appelée  canazo  qui  trouvent  d’excellents
débouchés  dans  les  départements  voisins.  Abançay,  capi'
taie  du  département  d’Apurimac,  est  située  à  170  kilomètres
à  l’ouest  de  Cuzco  sur  le  chemin  qui  conduit  à  Andahuaü aS
et  à  Ayacucho.  Pour  permettre  à  ce  département  d’exploiter ­
  les  forêts  qui  s’étendent  sur  les  bords  de  l’Apurima 0
et  de  ses  affluents,  ilfaudraitde  bonnes  routes  qui  manquent
malheureusement  et  manqueront  longtemps  encore.
        <pb n="111" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

95

département,  qui  a  été  distrait  de  celui  de  Guzco,  est  un
des  moins  connus  du  Pérou.
XYI.  —  Puno  est  la  capitale  du  département  de  ce  nom
qui  s’étend  au  nord-ouest  du  lac  de  Titicaca.;  celui-ci
occupe  le  plateau  qui  lui  a  donné  son  nom  ;  il  est  situe  a
4.268  mètres  d’altitude  d’après  Forbes  et  Squiers,  mais  il
semble  que  cette  altitude  ne  soit  pas  la  même  suivant  les
saisons,  et  on  a  remarqué  que  le  niveau  des  eaux  du  lac
baisse  notablement.
Le  lac  de  Titicaca  est  le  plus  élevé  du  monde  (parmi
ceux  qui  sont  navigables).  A  vol  d’oiseau  il  est  situé  à
523  kilomètres  de  la  côte  ;  salongueur  est  de  190kilomètres
et  sa  largeur  varie  de  55  à  70  kilomètres.  Sa  profondeur
atteint  depuis  30  mètresjusqu’à  300  mètres,  la  pêche  y  est
abondante.
Sur  la  rive  péruvienne  du  lac  Titicaca,  on  trouve  un
certain  nombre  de  petites  villes  :  Julé,  Pamata,  Huancané
etc.  Puno  est  le  centre  commercial  le  plus  important,  sa
population  est  de  12.000  à  14.000  habitants,  en  majorité
composés  d’indiens  Quechuas  et  Aymaras  ;  ces  derniers
sont  les  plus  nombreux.  La  ville  est  reliée  au  port  de
Mollendo  par  une  ligne  ferrée  de  673  kilomètres  ;  c’est
pourquoi  nombre  de  produits  boliviens  passent  en  transit
libre  par  la  voie  de  Puno  en  vertu  de  traités  passés  avec
le  Pérou.  On  fait  à  Puno  un  grand  commerce  de  laine
d’alpaca  qui  passe  pour  être  la  plus  fine  laine  du  Pérou,
avec  celle  de  vigogne  et  de  brebis  ;  il  se  fait  aussi  un
grand  trafic  de  quinquinas,  cocas  et  divers  autres  produits
des  forêts  de  Yungas  et  de  Carabaya.
Les  mines  de  Puno,  dans  lesquelles  figurent  celles  de
Carabaya,  passent  pour  avoir  été  les  plus  riches  du
monde.  Aujourd’hui,  malgré  le  chemin  de  fer,  la  plupart
des  mines  de  cette  région  sont  à  peu  près  abandonnées
        <pb n="112" />
        96

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

parce  qu’elles  sont  envahies  par  les  eaux  et  bien  qu’elles
soient  èncore  fort  riches,  mais  la  configuration  du  sol
montueux  environnant,  sans  système  d’écoulement,  occasionnerait ­
  de  trop  grandes  dépenses  pour  les  épuiser.  Un
grand  nombre  de  cours  d’eau  du  département  charrient  de
l’or.  Cette  réputation,  attire  chaque  année  un  certain
nombre  d’orpailleurs  qui  viennent  y  tenter  la  fortune.  Mais
comme  toujours  en  pareil  cas,  il  y  a  plus  d’appelés  que
d’élus  et  beaucoup  perdent  leur  temps  et  leur  argent.
En  raison  de  son  climat  et  de  son  sol  varié,  Puno  possède ­
  une  grande  diversité  d’animaux  et  de  végétaux;  tout
y  peut  vivre,  tout  y  peut  pousser.  Le  climat  du  plateau  se
prête  admirablement  à  l’élevage.  La  population  de  ce  département ­
  est  de  plus  de  540.000  habitants;  c’est  la  plus
dense  de  la  république.
XVII.  —  Le  Cuzco,  chef-lieu  du  département  qui  porte
son  nom,  est  situé  dans  une  vallée  en  amphithéâtre  à
3.488  mètres  d’altitude  et  à  plus  de  400  kilomètres  de  la
côte.  C’est  l’ancienne  métropole  des  Incas,  aujourd’hui
déchue  de  sa  splendeur.  Si  elle  n’est  plus  comme  jadis
étincelante  d’or,  cette  cité,  ainsi  que  toute  la  région  qui
l’entoure,  mérite  de  retenir  l’attention  de  tous,  capitalistes,
négociants,  artisans,  car  l’arrivée  il  y  a  deux  ans  du  chemin ­
  de  fer  à  Cuzco  provoqua  la  fondation  de  nombreuses
industries  et  exploitations  qui  furent  favorisées  par  une
main-d’œuvre  assez  nombreuse  et  bon  marché.
En  quelque  point  que  l’on  se  trouve  sur  la  côte  du  Pérou,
la  voie  la  plus  pratique  pour  se  rendre  dans  l’ancienne  capitale ­
  des  Incas  est  celle  de  Mollendo-Aréquipa-Sicuani,
ligne  ferrée  qui  a  été  prolongée  jusqu’à  Cuzco  même.
Après  avoir  quitté  Mollendo,  le  chemin  de  fer  se  lance  à
travers  une  contrée  aride  et  désolée;  tout  d’abord,  la  pente
est  assez  raide,  puis  on  découvre  à  travers  une  éclaircie
        <pb n="113" />
        7

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

97

des  puissantes  montagnes  qui  s’étendent  proches  ou  distantes, ­
  la  charmante  vallée  de  Tambo  qui  forme  une
agréable  oasis  avec  ses  plantations  verdoyantes  de  riz  et
de  cannes  à  sucre.  Ensuite,  après  une  ascension  plus  prolongée, ­
  on  parvient  à  une  plaine  de  sable  aride  où  l’on  ne
distingue,  comme  végétation,  que  d’énormes  cactus,  et  çà
et  là,  des  huttes  et  villages  indiens  ;  et  l’on  roule  sans
relâche  vers  le  volcan  «  Misti  »,  au  pied  duquel  s’élève
Aréquipa,  Depuis  la  côte,  on  aperçoit  le  sommet  pyramidal ­
  et  tronqué  de  ce  volcan  tout  étincelant  de  neige,  qui
s’élève  à  5.847  mètres  au-dessus  du  niveau  de  la  mer.
Aréquipa,  nous  l’avons  dit,  est  une  ville  des  plus
agréables  ;  climat  excellent,  à  la  fois  doux  et  frais.
Après  cette  première  étape,  car  le  voyage  n’est  repris
que  le  lendemain,  la  voie  ferrée  continue  son  ascension  en
suivant  le  chemin  que  lui  trace  le  torrent  d’Aréquipa.
L’altitude  est  de  près  de  4.000  mètres,  le  froid  devient
âpre  et  cinglant  et  nombreux  sont  les  voyageurs  qui  sont
pris  du  mal  des  montagnes  ;  à  partir  de  cet  instant,  le  train
s’emplit  de  l’odeur  peu  agréable  des  remèdes  de  bonne
femme  :  ail,  vinaigre,  eau  sédative,  généralement  préconisés ­
  pour  la  circonstance  (1).
A  Juliaca,  gros  village  quechua  de  3.000  âmes,  les
voyageurs  pour  le  Cuzco  descendent  et  passent  la  nuit ?
car  à  cet  endroit  la  voie  se  bifurque  en  deux  directions,
l’une  se  dirige  vers  le  port  de  Puno  sür  le  lac  Titicaca,
l’autre  sur  Sicuani,  autre  gros  village  quechua  ;  ce  tronçon
(1)  Le  Soroche  détermine  chez  ceux  qui  en  sont  atteints  une  prostration
complète.  Mais  il  est  surtout  caractérisé  par  de  la  migraine,  de  l’oppression, ­
  et  les  cas  graves  par  l’hémorrhagie.  Les  femmes  le  ressentent  généralement ­
  plus  que  les  hommes  :  en  somme,  toute  personne  qui  n’est
pas  asthmatique  et  a  le  cœur  en  bon  état  ne  ressent  que  peu  ou  pas  les
effets  du  soroche.
Pour  en  éviter  les  atteintes  nous  recommandons  l’emploi  de  l’ammoniaque ­
  ou  de  l’ail  dès  les  premiers  symptômes.
        <pb n="114" />
        98  LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

est  l’amorce  faite  sur  Cuzco.  Circonstance  assez  rare  dans
ces  altitudes,  on  trouve  à  Juliaca  un  hôtel  très  bien  pour
l’endroit,  aussi  le  propriétaire  y  a-t-il  fait  fortune.
Le  lendemain,  dernière  journée  en  chemin  de  fer,  jusqu’à ­
  Sicuani,  alors  terminus  de  la  ligne  ferrée.  Nous  traversons, ­
  pendant  cette  dernière  étape,  divers  centres  miniers ­
  importants  :  or,  étain,  cuivre,  etc.  A  toutes  ces  stations ­
  on  voit  beaucoup  d’indiens  aux  ponchos  de  couleurs
variées  où  domine  le  rouge,  et  un  non  moins  grand  nombre
d’Indiennes,  accroupies  pour  la  plupart,  mais  non  pas
inactives,  les  unes  filant  au  fuseau  la  laine  dont  elles  feront
ensuite  les  ponchos,  les  autres  criant  leurs  marchandises  ;
celle-ci  allaitant  son  nourrisson,  qu’elle  porte  ensuite  sur
son  dos,  à  peine  retenu  par  un  poncho  noué  devant,  car
elles  aussi  portent  ce  vêtement  national  ;  celle-là  cherche
les  poux  de  son  moutard  (c’est  là  une  occupation  très  commune ­
  et  une  friandise  très  recherchée).  Ces  stations  sont
des  espèces  de  petits  marchés  ;  on  y  débite  toute  sorte  de
marchandises,  depuis  les  aliments  les  plus  variés  jusqu’aux
produits  des  quelques  industries  indigènes  voisines.  Nous
y  avons  vu  quelques  poteries,  à  personnages  en  relief,
vraiment  remarquables  ;  rudimentaires,  certes,  mais  dont
lo  cachet  d’originalité  est  saillant.
Dans  les  hautes  altitudes  interandines,  le  bois  est  des
plus  rares,  aussi  les  populations  n’ont-elles  pour  tout
combustible  que  la  fiente  des  troupeaux  de  lamas,  qui  est
précieusement  recueillie  et  séchée.  Ce  curieux  combustible, ­
  que  l’on  nomme  taquia,  se  présente  sous  la  forme
de  boules  noires  de  la  grosseur  d’une  olive;  la  taquia
fait  l’objet  d’importantes  transactions  sur  tous  les  marchés
de  la  région.
Entre  Sicuani  et  le  Cuzco,  il  existait  un  service  alterné
de  diligence  et  d’automobile  ;  c’est  une  de  celles-ci  qui  nous
        <pb n="115" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

99

conduit  à  travers  la  route  périlleuse  mais  pittoresque,  entretenue ­
  par  la  Compagnie  américaine  qui  a  construit  le
chemin  de  fer  et  qui  possède  également  ce  monopole.  Les
diligences  et  les  automobiles  sont  très  confortables;  le
trajet  s’effectue  en  deux  étapes.  Enfin,  après  avoir  traversé ­
  la  charmante  petite  ville  d’Urcos,  au  nord  de  laquelle
se  trouve  le  petit  lac  dans  lequel  aurait  été  jetée,  suivant
la  légende,  l’énorme  chaîne  d’or  qui  entourait  la  place  de
Cuzco,  nous  arrivons  dans  cette  ville  si  bizarre  et  si  curieuse. ­

L'impression  produite  par  cette  cité,  qui  à  un  moment  donné
fut  un  des  centres  les  plus  actifs  de  l’univers  entier,  est  celle
de  l’admiration  ;  quoique  la  ville  ne  soit  pas  belle,  plutôt
sombre  et  quelque  peu  sale,  son  aspect  est  aussi  original
qu’imposant.  La  ville  a  conservé  en  grande  partie  les
plans  et  la  disposition  des  rues  de  la  cité  incaïque,  ce  qui
fait  que  celles-ci  sont  généralement  étroites  et  irrégulières.
Cuzco  est  traversé  par  le  rio  Huatanay,  canalisé  par  les
Incas,  dont  les  travaux  merveilleux  subsistent  encore.
Le  Cuzco,  ou  plus  exactement  Ccozcco,  est  construit
sur  des  terrasses  artificielles  aux  pieds  desquelles  s’étale
une  vallée  arrosée  par  cinq  cours  d’eau  ;  c’est  entre  les
divisions  formées  par  ces  rivières,  que  s’étendentles  quartiers ­
  formant  autant  de  cités,  œuvres  de  plusieurs  races.
Après  le  Cuzco  cyclopéen,  on  peut  voir  les  traces
laissées  par  les  Amautas  et  par  les  Purhuas,  mais  les
vestiges  les  plus  imposants  sont  ceux  qui  datent  des  Incas.
Qu’on  s’imagine  une  ville  entièrement  construite  avec  des
pierres  énormes,  des  blocs  de  granit  et  de  porphyre  de
couleur  foncée,  puis  sur  cette  ville  rasée  à  quelques  mètres
du  sol,  sur  des  constructions  à  peu  près  intactes,  une
autre  s  est  reconstruite  avec  un  style  différent  ;  c’est  la
ville  hispano-mauresque  des  Espagnols  et  des  Péruviens.
        <pb n="116" />
        100

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Ces  deux  villes  superposées  ne  sont  pas  d’un  bel  aspect,
mais  le  contraste  est  tellement  frappant  qu’il  impressionne. ­
  C’est  ainsi  que  nous  admirons  l’église  de  la  Merced,
dont  la  cour  intérieure  a  voulu  ressembler  à  celle  de  l’Alcazar;
  celle  de  Santo-Domingo,  construite,  non  pas  sur
l’emplacement,  mais  sur  le  temple  même  du  Soleil.  Toutes
les  constructions,  d’origine  incaïque,  sont  rectilignes,  elles
s’étendent  sur  plus  de  trois  kilomètres  ;  seul  le  temple  du
Soleil  est  bâti  en  fer  à  cheval.
Mais  ce  n’est  pas  dans  la  ville  seulement  que  s’est
affirmée  la  science  etl’activité  merveilleuse  des  travailleurs
incas  ;  à  une  courte  distance  en  dehors  de  Cuzco,  le  voyageur ­
  qui  s’est  fait  accompagner  d’un  guide  est  saisi  d’admiration ­
  à  la  vue  des  monuments  gigantesques,  des  admirables ­
  vestiges  qui  s’élèvent  de  toutes  parts  ;  on  éprouve  en
même  temps  un  sentiment  de  respect  pour  la  race  remarquable ­
  qui  a  fourni  cet  effort  grandiose.
Ce  qui  tout  d’abord  attire  l’attention,  c’est  une  colline
de  200  mètres  dominant  Cuzco  au  nord,  l’un  des  côtés  est
abrupt  et  inaccessible  ;  de  l’autre  s’élève  le  fort  cyclopéen
de  Sacsay-Huaman;  sa  longueur  est  de  350  mètres,  et
sur  cette  surface  s’élèvent  trois  murs  d’enceinte  de
5  mètres  de  hauteur.  Dans  ces  murs  se  trouvent  creusées
des  niches  dans  lesquelles  devaient  s’abriter  les  sentinelles. ­
  Ces  fortifications  sont  fort  imposantes  et,  à
l’époque,  devaient  être  absolument  imprenables.  Mais  ce
qui  est  surtout  admirable,  ce  sont  les  pierres  qui  servirent ­
  à  édifier  cette  construction  gigantesque.  Quelquesunes
  pèsent  15  et  20  tonnes,  et  l’on  se  demande  avec  stupéfaction ­
  comment  les  artisans  incas,  qui  ne  connaissaient
certainement  pas  les  moyens  dont  nous  disposons  aujourd’hui ­
  pour  soulever  les  poids  lourds,  ont  pu  mouvoir  des
blocs  qui  mesurent  4  et  5  mètres  de  hauteur.  De  quels  ins ­
        <pb n="117" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

101

truments  les  Incas  se  sont-ils  servis  pour  transporter
de  semblables  fardeaux  ?  Sur  les  moyens  employés,  on
est  obligé  de  se  borner  aux  conjectures  plus  ou  moins
exactes,  mais  ces  procédés,  comme  le  résultat  obtenu,  n’en
sont  pas  moins  dignes  de  notre  admiration.
Sur  une  élévation  de  terrain  voisine  du  Sacsay-Iluaman,
  appelée  Qquuisillo  Hunqu-Ina.  (l’endroit  où
danse  le  singe)  par  les  Quechuas,  et  le  Rod&amp;amp;dero  (Glisseur
  ou  Rouleur)  par  les  Espagnols,  on  trouve  des  blocs
granitiques  sculptés  et  transformés  par  les  travailleurs
incas  en  terrasses,  galeries,  renfermant  un  grand  nombre
de  niches,  en  sièges  et  marches  de  toutes  formes.
A  l’est,  on  aperçoit  les  constructions  bizarres  du
Qquenco  entourées  de  travaux  semblables  à  ceux  qui  se
trouvent  sur  le  Rodadero.  Toutes  ces  constructions  sont
situées  à  la  même  altitude  que  le  Sacsay-Huaman,  à  un
peu  plus  de  200  mètres  au-dessus  de  la  vallée  de  Guzco  (1).
Mais  ce  qui  pour  l’observateur  est  le  plus  étonnant,
c’est  que  les  Incas  dans  leurs  édifices  n’employaient  aucun
ciment.  Ils  taillaient  leurs  pierres  (ils  ne  connaissaient  ni
le  fer  et  l’acier,  mais  avaient  découvert,  ce  qu’aujourd’bui
encore  nous  ignorons,  la  trempe  du  cuivre,  et  c’est  avec
des  outils  de  cuivre  qu’ils  ont  obtenu  ces  merveilleux
résultats),  et  ils  les  taillaient  avec  tant  de  perfection
qu’elles  se  juxtaposaient.  Et  ils  ne  les  taillaient  pas  carrées ­
  ou  rectangulaires,  cela  n’eût  pas  donné  assez  de  solidité ­
  à  leurs  constructions,  dans  une  contrée  où  les  tremblements ­
  de  terre  sont  plutôt  fréquents  ;  non,  leurs  pierres
sont  hexagones,  octogones,  nous  avons  même  vu  une
pierre  qui  avait  douze  angles  inégaux,  dont  deux  ou  quatre
rentrants,  et,  à  ces  mêmes  pierres,  les  autres  sont  si  bien
(1)  Pour  édifier  le  temple  du  Soleil,  le  Sacsay-Huaman  et  le  Qquenco,
20.000  hommes  furent  employés  pendant  cinquante  ans.
        <pb n="118" />
        102  le  Pérou  économique
ajustées,  qu’il  est  impossible  aujourd’hui  encore  d’y  passer
une  épingle.
Nous  avons  vu  aussi  d’autres  blocs  qui  portaient  des
empreintes  de  mains,  d’animaux  ;  d’autres,  au  contraire,
où  ces  mêmes  dessins  étaient  en  relief  !  Comment  ont-ils
pu  faire  cela  ?  Ce  n’étaient  pas  leurs  outils  de  cuivre,  si
bons  fussent-ils,  qui  leur  ont  permis  une  telle  œuvre.  Non,
là,  la  pierre  a  été  rongée,  dissoute,  mais  au  moyen  de
quel  acide  ?  Ces  Indiens  avaient  la  science  si  approfondie
de  la  plante,  de  l’herbe  de  leur  Cordillère  que  c’est  là
que  nous  devons  en  chercher  l’explication.  Et  il  est  malheureux ­
  que,  de  même  qu’ils  ont  su  nous  garder  leur
langue,  ils  ne  nous  aient  pas  transmis  leur  science.
Le  nom  de  Rodadero,  dont  nous  avons  parlé  plus  haut,
vient  d’une  pierre  lisse  qui  se  trouve  sur  l’une  dea  faces  de
la  colline.  Cette  pierre  est  si  glissante,  que  l’on  s’en  sert
pour  en  obtenir  les  effets  d’une  montagne  russe.  En  effet,
les  habitants  de  Cuzco  ont  l’habitude  de  s’y  rendre  à  certains ­
  jours  de  l’année  et  d’y  prendre  leurs  ébats.  Tous
montent  au  sommet  de  la  roche,  puis  chacun  se  laisse
glisser  jusqu’en  bas  de  la  pente  rapide,  au  milieu  des  rires
que  provoquent  les  cabrioles  et  les  chutes  heureusement
sans  danger.  Ce  plateau  de  Rodadero  devait  servir  sans
doute  de  tribune,  de  lieu  d’assemblée  et  de  place  pour  les
jeux,  car  sous  le  gouvernement  des  Incas,  rien  n’était
libre,  les  divertissements  et  les  travaux  étaient  également
obligatoires.  Les  suppositions  sur  l’usage  de  cette  sorte
de  cirque  sont  justifiées  par  le  nombre  et  la  disposition
des  marches  et  des  sièges  sculptés  un  peu  partout.
C’étaient  des  gens  pratiques  que  les  Incas  et  qui,
même  pendant  leurs  jeux  ou  leurs  assemblées,  n’aimaient
pas  à  être  surpris  par  l’ennemi.  Et  de  cette  place  même
du  Rodadero  partait  un  souterrain  qui  avait  plusieurs
        <pb n="119" />
        i

MMtÊÈÊÈà

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  103
issues  :  l’une  aboutissait  à  la  colline  fortifiée  ;  l’autre  allait
jusqu’à  l’entrée  même  de  Cuzco;  une  autre,  plus  longue,
débouchait  à  l’endroit  où  est  actuellement  l’église  Santo-Domingo,
  édifiée  sur  le  temple  du  Soleil,  situé  à  l’autre
bout  de  la  ville.  Mais  ces  souterrains  si  intéressants,  qui
pourraient  être  un  si  beau  sujet  d’études  pour  l’amateur,
ont  été  obstrués,  clausurés  par  ordre  du  gouvernement,
sous  prétexte  que  plusieurs  personnes  s’y  étaient  perdues ­
  !
La  population  de  Cuzco,  de  30.000  âmes  environ,
n’altère  en  rien  par  sa  tenue  le  caractère  ineaïque  de  cette
ville,  car  les  neuf  dixièmes  de  cette  population  sont  composés ­
  par  les  descendants  des  anciens  maîtres  du  pays.
La  population,  métissée  ou  d’origine  européenne,  est  en
général  d’esprit  cultivé  et  très  hospitalière.
A  Cuzco,  la  vie  est  agréable  et  peu  coûteuse  parce
qu’il  y  a  un  marché  abondamment  pourvu  des  produits  si
variés  des  vallées  tropicales  de  Paucartambo  et  Urubamba.
  De  ces  régions  arrivent  de  l’excellent  café,  du
cacao  d’une  qualité  exquise,  toutes  sortes  de  fruits,  le
quinquina  Calisaya,  le  caoutchouc  et  la  coca  qui  forment
d’excellents  articles  d’exportation.  On  trouve  au  Cuzco  et
dans  ses  environs  une  grande  variété  de  matériaux  de
construction  à  des  prix  peu  élevés,  et  un  facteur  des  plus
importants  pour  le  progrès  et  le  développement  de  l’industrie, ­
  c’est-à-dire  une  main-d’œuvre  abondante  et  bon
marché.
On  croit  le  département  de  Cuzco  très  riche  ;  des  mines
d’or,  d’argent,  de  cuivre,  d’étain,  de  plomb,  mercure,
amiante,  etc.,  y  ont  été  trouvées  en  nombre  d’endroits.  Les
Incas  et  aussi  les  Espagnols  exploitèrent  quelques-unes
de  ces  mines,  mais  la  fertilité  du  pays  jointe  aux  difficultés ­
  des  communications  ont  fait  que  jusqu’ici  on  y  a
        <pb n="120" />
        104

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

peu  recherché  les  minéraux.  En  outre  la  terre  y  est  trop
couverte  de  végétation  pour  laisser  voir  ses  richesses
métalliques.
Nous  n’hésiterons  pas  à  signaler  cette  région  aux  émigrants ­
  capables,  habiles  dans  quelque  industrie  qui  avec
un  petit  capital  voudraient  jeter  les  bases  d’une  solide
fortune.  La  ville  de  Guzco,  située  à  peu  de  distance  des
forêts  à  caoutchouc,  des  centres  miniers,  reliée  au  Pacifique ­
  par  la  voie  ferrée,  très  rapprochée  des  cours  d’eau
navigables,  affluents  de  l’Amazone  qui  lui  offrent  plusieurs ­
  routes  directes  vers  l’Atlantique,  centralisera
toujours  le  commerce  et  l’industrie  qui  ne  tardera  pas  à
se  développer  dans  cette  région  qui,  nous  le  répétons,
mérite  d’attirer  l’attention.
Il  nous  reste  à  parler  maintenant  des  centres  de  population ­
  répandus  dans  la  zone  de  la  Montana.  Cette  zone
ne  comporte  qu’un  seul  département,  celui  de  Loreto,  qui
représente  presque  la  moitié  de  la  superficie  de  la  Répu
blique.
XVIII.  —  Moyobamba,  autrefois  le  chef-lieu  du  département ­
  de  Loreto,  se  trouve  située  sur  un  chaînon
de  la  Cordillère  orientale  des  Andes,  à  860  mètres  d’altitude ­
  et  sur  le  versant  sud  de  ce  chaînon.  Moyobamba  est
située  au  bord  de  la  rivière  Mayo  qui  serait  navigable  en
partie,  mais  cette  ville  reste  très  isolée  à  cause  du  mauvais ­
  état  des  communications  ;  la  route  qui  conduit  à
Balsapuerto,  d’ou  l’on  descend  en  canot  jusqu’au  port
fluvial  de  Yurimaguas,  où  commence  la  navigation,  n’est
qu’un  sentier  mal  entretenu  et  souvent  impraticable,
quoiqu’en  disent  les  publications  officielles.  Le  gouvernement ­
  s’emploie  actuellement  à  améliorer  cette  route  qui
présente  un  certain  intérêt.
Moyobamba  a  une  population  de  6  à  7.000  habitants  ;
        <pb n="121" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

105

ceux-ci  s’occupent  principalement  de  la  fabrication  des
chapeaux  de  paille,  dits  de  Panama  (1),  dont  il  se  fait  un
grand  commerce  par  la  voie  Iquitos-Para.
Plus  près  de  Yurimaguas,  se  trouve  Tarapoto  dont  les
tabacs  sont  très  appréciés.
Yurimaguas,  Loreto,  Nauta,  Saposoa,  Masisea  Sarayacu,
  etc.,  etc.,  sont  pour  l’instant  des  centres  de  peu
d’importance.  Leur  développement  dans  l’avenir  dépendra
de  la  régularité  de  la  navigation  fluviale.
XIX.  —  Iquitos  est  la  capitale  actuelle  du  département ­
  de  Loreto.  Il  y  a  trente  ans,  quand  on  inaugura  la
navigation  à  vapeur  sur  l’Amazone,  le  nom  d’Iquitos  ne
figurait  même  pas  sur  les  cartes  ;  aujourd’hui  encore,  par
son  grand  éloignement  des  centres  du  Pérou,  cette  ville
est  plus  connue  des  populations  du  Brésil  que  partout
ailleurs.  La  population  d’Iquitos,  d’un  peu  plus  de
18.000  habitants,  est  des  plus  hétérogènes  ;  elle  se  trouve
constituée  par  des  Brésiliens,  un  certain  nombre  d’Européens ­
  de  différentes  nationalités  qui  y  possèdent  d’importants ­
  comptoirs,  des  habitants  des  provinces  de  Chachapoyas
  et  Moyobamba  et  surtout  d’indiens  des  tribus
nommées  Iquitos  et  Omaguas.
La  ville  est  entourée  de  forêts  épaisses,  elle  offre  un
joli  aspect;  l’activité  commerciale  qui  la  fait  se  développer
de  jour  en  jour  continue  à  faire  disparaître  les  huttes  et
maisons  couvertes  de  paille  remplacées  aujourd’hui  par
des  constructions  confortables,  en  briques,  avec  toit  de
tuiles  ou  de  tôle  ondulée.  Elle  possède  quelques  édifices
et  une  Chambre  de  commerce.  C’est  à  Iquitos  que  se
trouvent  les  grands  exportateurs  de  caoutchouc,  tabac,

(1)  Consulter  :  L'Industrie  du  chapeau  tn  Equateur  et  au  Pérou,  par  le
D*  Rivet.  —  Librairie  Orientale  et  Américaine.  E.  Guilmoto,  éditeur.
        <pb n="122" />
        106

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

salsepareille,  vanille,  chapeaux  de  paille  et  quantité
d’autres  produits  des  forêts.
Parmi  les  exportations  du  port  d’Iquitos  pendant  l’année ­
  1911,  on  comptait  2.081.887  kilos  de  caoutchouc;
449.585  kilos  d’ivoire  végétal  ou  tagua;  19.515  kilos  de
peaux  de  bêtes  diverses  et  117  douzaines  de  chapeaux  de
Panama.  —  Rien  que  pour  les  trois  premiers  mois  de  1912,
la  douane  d’Iquitos  produisit  60.070  livres  sterling.
Nous  sommes  absolument  convaincu  que  cette  ville  est
destinée  à  jouer  un  rôle  des  plus  importants  dans  l’œuvre
de  colonisation  de  l’immense  et  riche  territoire  qui  l’entoure. ­
  Aussi  le  Gouvernement  péruvien  cherche-t-il  à
peupler  peu  à  peu  ses  territoires  orientaux.  De  même
qu’en  mars  1912,  il  a  formé  sur  le  Madré  de  Dios  une  colonie
nationale  composée  de  62  familles  récemment  arrivées  au
Pérou,  il  a  passé  à  la  fin  de  la  même  année  des  contrats
pour  la  colonisation  des  terrains  situés  sur  les  bords  des
rios  Pisqui  et  Aguaitia,  affluents  de  l’Ucayali.
A  notre  avis,  cette  colonisation  ne  pourra  donner  de
résultats  pratiques,  pour  les  colons  comme  pour  le  Pérou,
qu’autant  que  ces  régions  seront  réunies  aux  centres  de
consommation  et  au  littoral  par  les  voies  ferrées  projetées ­
  (1).

(1)  D’après  les  dernières  nouvelles,  on  a  commencé  les  travaux  du  chemin ­
  de  fer  qui  part  de  Goillarisquiza,  dans  les  environs  de  Cerro  de
Pasco,  et  ira  aboutir  au  port  fluvial  de  Pucalpa  sur  le  rio  Ucayali.  Ce
chemin  de  fer,  qui  fera  communiquer  le  Callao  avec  la  région  de  l’Amazone, ­
  est  d’une  importance  qui  sera  toujours  grandissante  pour  cette
partie  de  l’Amérique  du  ' ; ud.  11  facilitera  énormément  l’exploitation  des
richesses  immenses  que  renferme  la  montana.
En  mars  1912  on  a  achevé  l’installation  à  Iquitos  d’une  tour  de  100  mètres
de  hauteur,  destinée  au  service  de  télégraphie  sans  fil  qui  met  aujour-  .
d’hui  cette  ville,  autrefois  isolée,  en  communication  directe  avec  Lima
d’une  part,  et  Mansos  de  l’autre.  Le  tarif  est  fixé  à  20  centavos  par  mot
et  à  5  centavos  pour  le  service  de  presse.
        <pb n="123" />
        CHAPITRE  VII

I.  Les  routes  et  les  voies  ferrées  du  Pérou.  —  II.  Chemin  de  fer  central
du  Pérou  —III.  De  Lima  à  la  Oroya.  —  IV.  Ligne  Mollendo-Arequipa-Puno
  et  Aréquipa-Sicuani-Cuzco.  —  V.  Prolongations  de  voies  ferrées.
—  VI.  Frais  d’exploitation.  —  VII.  Lignes  en  exploitation.  —  VIII.  Voies
de  communication  à  la  Montana  et  l’Amazone.  —  IX.  Voie  du  Huallaga
  par  Pacasmayo,  Moyabamba,  Balsapuerto,  Yurimaguas.  —  X.  Voie
d’Ayacucho.  —  XI.  Voie  du  Sud.  —XII.  Voie  centrale  ou  du  Pichis.—
XIII.  Itinéraires,  distance  et  temps  employés.  —  XIV.  Description  territoriale. ­
  —  XV.  DeTarmaà  Puerto-Bermudez,  prix  et  moyens  de  transports. ­
  —  XVI.  Difficultés.  —  XVII.  De  Puerto-Bermudez  à  Iquitos,  navigation ­
  fluviale,  canots  et  lanchas,  prix  approximatifs.

Dans  une  contrée  aussi  fortement  accidentée  que  le
Pérou,  le  nombre  très  restreint  des  voies  de  communication ­
  créera  pendant  longtemps  encore  des  difficultés  sérieuses ­
  au  développement  industriel  et  commercial  du  pays
et  en  particulier  à  l’agriculture.  On  peut  dire  en  principe
qu’il  n’y  a  pas  de  routes  et  que,  depuis  la  construction  par
les  Incas  de  la  voie  pavée  qui  traversait  tout  le  Pérou  des
confins  de  la  Bolivie  à  la  capitale  de  l’Equateur  et  devant
laquelle  les  plus  grands  travaux  de  l’époque  gallo-romaine
représentent  une  somme  de  travail  bien  insignifiante,  les
routes  actuelles,  à  part  celle  de  Sicuani  au  Guzco  et  de
Lima  au  Callao,  de  construction  récente,  ne  sont,  en
somme,  que  de  véritables  sentiers  muletiers,  qui,  aux
        <pb n="124" />
        108

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

environs  des  villes,  se  transforment  en  chemins  poussiéreux ­
  semés  de  pierres  et  d’ornières,  absolument  impropres
au  trafic  roulant.
Parmi  les  chemins  utilisables  pour  tous  genres  de  véhicules, ­
  et  dans  le  cours  desquels  la  superficie  du  sol  ne  présente ­
  aucune  sinuosité,  on  peut  citer  tous  ceux  qui  se
trouvent  dans  la  zone  delà  Costa;  et  parmi  ceux-ci,  la
route  qui  commence  au  petit  port  de  Supe  pour  aboutir
dans  les  faubourgs  de  Lima  à  peu  de  distance  des  collines
de  Amancaes  qui  dominent  la  ville,  avec  le  Cerro  San
Cristobal.  Ce  chemin  a  une  longueur  de  167  kilomètres  ;
il  longe  tout  d’abord  la  mer  à  une  distance  d’un  kilomètre
pour  s’en  écarter  peu  à  peu  jusqu’à  une  distance  de  10  kilomètres. ­

Les  parties  fertiles  de  cette  route  se  trouvent  dans  les
vallées  de  Supe,  Huaura,  Huacho,  Ghancay,  Pasamayo.
Ces  points  sont  séparés  par  des  arenales  ou  plaines  de
sables  d’aspect  aride  et  monotone  surtout  pendant  l’été.  Le
plus  long  de  ces  sortes  de  déserts  est  celui  qui  s’étend  de
Huacho  à  Chancay.  Malgré  tout,  la  route  est  à  peu  près
bonne.
Le  gouvernement  péruvien,  conscient  des  inconvénients
que  produit  le  manque  de  moyens  de  communication,  fait
de  grands  efforts  pour  y  remédier.  Pour  l’étude  de  nouvelles
routes,  il  a  organisé  un  corps  des  ponts  et  chaussées  dépendant ­
  du  ministère  des  Travaux  publics  (Fomento).
Il  encourage  l’établissement  de  voies  de  communication,
soit  par  intervention  pécuniaire  directe,  soit  par  l’octroi
de  concessions  de  terrains  en  échange  de  la  construction  de
routes,  —  concessions  do  terrains  à  caoutchouc  ;  soit  enfin
par  la  garantie  donnée  aux  capitaux  employés  à  la  construction ­
  de  chemins  de  fer,  d’un  intérêt  de  6  ou  7  pour  100
ou  du  versement  d’une  annuité  payable  pendant  20  ans
        <pb n="125" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

109

et  évaluée  à  5  pour  100  du  montant  desdits  capitaux.
En  ce  qui  concerne  les  chemins  de  fer,  l’extension  du
réseau  péruvien  atteint  à  peine  2.000  kilomètres  ;  ce  réseau,
qui  devait  avoir  2.700  kilomètres  et  a  coûté  à  l’Etat  près
de  700  millions,  est  le  produit  d’un  emprunt  contracté
en  1870.  Malheureusement,  à  la  suite  des  désastres  qu’accumula ­
  sur  le  Pérou  la  funeste  guerre  du  Pacifique,  tous
les  travaux  entrepris  furent  interrompus.  Bientôt  même 5
le  Chili  s’étant  emparé  du  guano  et  du  salpêtre  qui  constituaient ­
  les  ressources  principales  du  budget  péruvien,  le
gouvernement  fut  dans  l’impossibilité  de  payer  les  forts
intérêts  de  l’emprunt  contracté  ;  il  prit  la  pénible  résolution ­
  de  vendre  toutes  ses  lignes  à  ses  créanciers.  C’est
ainsi  que,  en  1887,  le  Gouvernement,  avec  la  sanction  des
Chambres,  céda  à  la  Peruvian  Corporation  la  propriété  de
tous  les  chemins  de  fer,  quais,  stations,  etc.,  appartenant
au  fisc  et  lui  accorda  la  priorité  dans  toutes  les  entreprises
de  construction  de  chemins  de  fer,  en  échange  du  règlement ­
  total  de  la  dette  intérieure  du  Pérou.  Ce  fut  cette
Compagnie  qui  prolongea  jusqu’à  Cerro  de  Pasco  la  ligne
qu’on  avait  dû,  faute  de  capitaux,  arrêter  à  Chicla.
La  Peruvian  Corporation  s’était  en  outre  engagée  à  terminer ­
  la  construction  de  toutes  les  voies  ferrées  commencées ­
  et  à  payer  au  gouvernement  péruvien  :  1°  une  somme
annuelle  de  125.000  francs  à  titre  de  rente  perpétuelle  ;
2°  une  autre  somme  de  125.000  francs  sur  les  bénéfices
nets  de  l’exploitation.  Cette  dernière  clause  n’a  pu  être
observée  pendant  une  période  de  10  ans.
Après  quelques  tiraillements  auxquels  nous  faisons
allusion  plus  loin  l’accord  semble  devenu  complet  entre
le  gouvernement  et  la  puissante  corporation.
II.  —  Les  lignes  ferrées  péruviennes  partent  toutes  de  la
côte  du  Pacifique,  malheureusement,  dans  leur  état  actuel,
        <pb n="126" />
        110

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

elles  ne  constituent  pas  un  système  bien  conçu  de  communication, ­
  ce  sont  surtout  des  tronçons,  des  amorces  isolées  de
lignes  plus  ou  moins  étendues  sans  raccords  entre  elles.
Toutefois  il  faut  faire  exception  pour  les  deux  lignes  de
Lima,  a  la  Oroya  et  au  Cerro  de  Pasco,  et  de  Mollendo
à  Puno  et  au  Cuzco.  Ce  sont  les  deux  chemins  de  fer  les
plus  élevés  du  monde  ;  le  premier  surtout,  dit  de  la  Oroya,
constitue  une  oeuvre  prodigieuse,  vraiment  surprenante }
qui  n’a  pas  de  rivale  au  monde  et  qui  mérite  que  l’on  en
dise  quelques  mots.
La  ligne  part  du  Callao,  traverse  Lima  et  se  dirige  directement ­
  sur  les  Cordillères  qu’elle  gravit  à  une  altitude  de
4.775  mètres,  par  des  pentes  si  rapides  que  cette  hauteur
est  atteinte  après  un  parcours  de  145  kilomètres  seulement. ­

La  plus  grande  difficulté  pour  la  construction  du  chemin ­
  de  fer  de  la  Oroya  consistait  à  lui  faire  suivre  le  cours
du  Rimac.  Pour  tracer  leurs  plans  les  ingénieurs  durent
descendre  dans  des  précipices  et  il  fut  impossible  de  commencer ­
  aucun  travail  avant  d’avoir  creusé,  dans  le  roc,
un  chemin  pour  les  mules.
Dans  le  trajet  de  Lima  à  la  Oroya  seulement,  il  n’y  a
pas  moins  de  soixante  tunnels  et  de  quatre-vingts  ponts.  Le
principal  de  ces  ponts  est  celui  de  Yerrugas,  admirable
construction  métallique  de  192  mètres  de  longueur  qui
franchit  un  précipice  de  84  mètres  de  profondeur.
Les  plans  du  chemin  de  fer  de  la  Oroya  ont  été  tracés
par  M.  Meiggs,  un  Nord-Américain  audacieux  et  entreprenant. ­
  M.  Meiggs  commença  les  travaux  de  Lima  à
Oroya  en  1870  en  vertu  d’un  contrat  signé  entre  lui  et  le
gouvernement  péruvien.  La  ligne  devait  être  construite
dans  l’espace  de  six  ans  et  le  gouvernement  mettait  à  la
disposition  de  M.  Meiggs  une  somme  de  138  millions  pour
        <pb n="127" />
        111

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
les  frais  de  construction.  Mais  les  ingénieurs  se  trouvèrent
en  présence  de  difficultés  imprévues  et  quand  la  ligne  fut
amenée  à  Chicla,  à  140  kilomètres  du  point  de  départ  et
à  3.723  mètres  d’altitude,  il  ne  restait  plus  rien  des
138  millions.  C’est  la  raison  pour  laquelle  le  point  terminus
de  la  ligne  fut,  pendant  12  ans,  la  ville  de  Chicla.
Pour  que  l’exploitation  de  ce  chemin  de  fer  fût  productive ­
  il  était  nécessaire  de  lui  faire  traverser  la  Cordillère
et  de  s’approcher  le  plus  possible  du  centre  minier  de
Cerro  de  Pasco,  afin  de  pouvoir  porter  ses  minéraux  jusqu’à ­
  Callao.  L’œuvre  non  terminée  était  presque  inutile ­
  (1).  Pour  arriver  jusqu’à  Oroya,  il  restait  à  construire ­
  80  kilomètres  de  voies  ferrées  à  des  altitudes  variant
entre  3.720  et  4.775  mètres.  Malheureusement  le  Trésor
du  Pérou  était  épuisé.
C’est  seulement  douze  ans  après  que  la  locomotive
franchit  la  Cordillère  au  passage  de  la  Gaiera,  à
4.775  mètres  au-dessus  du  niveau  de  la  mer,  puis  redescendit ­
  enfin  par  le  versant  oriental  jusqu’à  la  station  de
l’Oroya,  à  3.712  mètres  d’altitude  et  à  225  kilomètres  de
son  point  de  départ.
La  Oroya  fut  pendant  quelques  années  encore  la  dernière ­
  station  de  la  ligne.  Mais  par  un  nouvel  effort  on
vient  de  la  prolonger  jusqu’au  Cerro  de  Pasco,  à
128  kilomètres  au  nord  de  la  Oroya.  Le  gouvernement
péruvien  a  dernièrement  décidé  de  continuer  cette  voie
jusque  sur  les  rives  du  Palcazu  où  la  navigation  devient
possible  pour  descendre  vers  l’Amazone.
III.  —  Le  trajet  de  Lima  à  la  Oroya  mérite  d’être
recommandé  à  tous  les  voyageurs,  à  tous  les  amateurs
d  air  pur  désireux  d’inscrire  sur  leurs  carnets  qu’ils  ont
(1)  La  longueur  de  cette  ligne  est  de  225  kilomètres  et  les  dépenses  se
sont  élevées  à  225  millions  de  francs;  soit  un  million  par  kilomètre.
        <pb n="128" />
        112

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

fait  une  ascension  (sans  fatigue)  à  près  de  5.000  mètres
de  hauteur.  Une  petite  description  de  ce  voyage  donnera
un  aperçu  des  difficultés  presque  insurmontables  que  les
ingénieurs  ont  réussi  à  vaincre.
Au  sortir  de  Lima  le  chemin  de  fer  remonte  la  vallée  du
Rimac  en  longeant  la  rive  gauche  de  ce  torrent.  Après
avoir  dépassé  Chosica  on  arrive  à  San  Hilario,  belle  vallée
bien  cultivée  qui  produit  quantité  de  fruits  excellents.
Jusqu’à  San  Bartolomeo,  à  une  distance  de  63  kilomètres,
le  train  suit  constamment  le  fond  de  la  vallée  ;  à  partir  de
ce  point  qui  n’est  qu’à  1.500  mètres  d’altitude,  nous  allons
attaquer  véritablement  la  Cordillère.
Un  énorme  contrefort  aux  pentes  presque  verticales  se
dresse  devant  la  voie  et  semble  barrer  le  chemin.  Au  premier ­
  abord,  il  semble  impossible  que  l’on  puisse  l’escalader, ­
  car  l’espace  manque  absolument  pour  développer
le  tracé  sinueux  grâce  auquel  un  chemin  de  fer  triomphe
de  ces  sortes  d’obstacles.  On  y  a  réussi  cependant  à
l’aide  d’un  ingénieux  système  de  zigzags  que  le  train
décrit  de  la  manière  suivante  :
La  voie  ferrée  forme  un  boyau  qui  ne  semble  pas  se
prolonger  au-delà  de  San  Bartelomeo,  village  adossé
à  la  montagne.  Une  voie  presque  parallèle  à  celle  par
laquelle  le  train  vient  d’arriver,  se  détache  de  la  station
et  gravit  hardiment  les  premières  pentes,  toujours  en
ligne  droite  ;  elle  aboutit  à  une  étroite  et  longue  plateforme, ­
  d’où  elle  repart  en  suivant  une  direction  opposée,
qui  la  mène  par  une  pente  régulière  sur  un  nouveau
terre-plein  horizontal,  et  ainsi  de  suite,  jusqu’à  ce  que  la
nature  du  terrain  permette  à  la  voie  de  se  développer  en
courbe,  ce  qui  était  impossible  le  long  d’une  montagne  à
peu  près  verticale.  Voici  comment  le  train  parvient  à
escalader  cette  série  de  gradins  :  la  locomotive  qui  mar-
        <pb n="129" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  113
chait  en  tête  à  l’arrivée  en  gare,  se  trouve  en  queue  au
départ  et  pousse  le  train  devant  elle;  arrivé  à  la  première
plate-forme,  le  conducteur  descend,  aiguille  les  rails,  et  le
train  repart  machine  en  tète.  La  même  manœuvre  se
répète  autant  de  fois  qu’il  est  nécessaire.  La  première  fois
que  l’on  accomplit  ce  trajet,  on  est  un  peu  effrayé  ;  la  voie
unique  solidement  construite,  il  est  vrai,  est  très  étroite,
et  ne  possède  aucun  remblai  qui  la  sépare  du  précipice
qui  se  creuse  de  plus  en  plus  à  mesure  que  s’effectue  1  ascension. ­
  C’est  ainsi  que  le  voyageur  aperçoit  sous  ses
pieds  les  quatre  terrasses  de  la  voie  ferrée  surplombant  le
uiur  vertical  et  comme  accrochées  dans  le  vide  au-dessus
du  village  de  San  Bartolomeo.  De  l’autre  côté  de  la
vallée,  un  sentier  pour  les  mules  grimpe  audacieusement
jusqu’aux  sommets  les  plus  élevés.
En  s’élevant  encore  par  des  pentes  rapides  et  sinueuses,
après  avoir  traversé  une  véritable  pépinière  d  arbres
fruitiers,  véritable  oasis  au  milieu  d’un  désert  de  roches,
°n  arrive  au  célèbre  pont  de  Las  Verrugas  (1),  le  plus
élevé  de  la  ligne.  Il  repose  sur  des  piles  de  80  mètres  de
hauteur;  le  tablier  est  à  claire-voie;  aucun  garde-fou  ne
gêne  la  vue  qui  plonge  librement  au  fond  de  1  abime  sur
une  verdoyante  quebrada,  (crevasse,  ravin)  où  roule  un
torrent  impétueux.  En  face,  on  distingue  les  murailles  en
ruines  d’innombrables  terrasses  (andenes),  étagées  sur  le
revers  de  la  montagne.  Ces  immenses  travaux  attestent
une  fois  de  plus  le  degré  de  prospérité  qu  avait  atteint
1  agriculture  sous  la  domination  des  Incas.
Au-delà  de  Matucana,  à  90  kilomètres  de  Lima  et  à
(1)  Ce  nom  a  été  donné  au  pont  en  raison  de  ce  que  près  de  trois  mille
ouvriers,  employés  à  la  construction  de  la  voie,  furent  atteints  par  tout
le  corps  d’un  grand  nombre  de  verrues;  affection  que  l’on  observe  dans
certaines  régions  du  Pérou  et  qui  serait  produite  par  la  mauvaise  qualité
des  eaux.

8
        <pb n="130" />
        114

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

2.325  mètres  d’altitude,  le  paysage  devient  de  plus  en  plus
grandiose,  la  voie  grimpe  le  long  d’une  étroite  corniche  où
les  tunnels  se  succèdent  rapidement.  Après  avoir  traversé
le  pont  de  Chaupichaca,  la  voie  s’enfonce  dans  des  impasses ­
  ;  à  chaque  instant  on  se  demande  comment  on
pourra  franchir  la  gigantesque  muraille  qui,  partout,
semble  obstruer  le  passage.  Au-dessus  et  au-dessous  on
aperçoit  des  tronçons  de  voies,  de  tunnels,  de  ponts,  puis
on  arrive  à  Tamboraque,  où  après  un  léger  arrêt  on
reprend  l’ascension  vertigineuse.
Peu  après  avoir  quitté  la  station  de  San  Mateo,  après
avoir  rasé  les  bords  d’un  précipice  de  plusieurs  milliers  de
pieds  de  profondeur,  on  arrive  au  terrible  pont  de
FInfiernillo  (Petit  Enfer)  qui  réunit  deux  tunnels  en  franchissant ­
  une  crevasse  formée  par  deux  murailles  de  roches
à  pic,  d’une  grande  hauteur.  Au  fond  de  cet  abîme,  un
torrent  roule  ses  eaux  écumantes.  Rien  ne  peut  dépeindre
la  sauvage  horreur  de  ce  site.  Plus  loin,  la  voie  occupe
le  lit  de  la  rivière  Romae,  qu’on  a  détournée  par  un  tunnel
pour  la  faire  passer  sous  la  ligne.  Enfin,  après  de  nouveaux ­
  zigzags  on  parvient  au  point  culminant  de  la  voie,
le  tunnel  de  Caldera,  long  de  2.400  mètres,  situé  à
4.775  mètres,  presque  l’altitude  du  Mont-Blanc.  La  ligne
descend  ensuite  progressivement  vers  la  Oroya;  la  vue
plonge  alors  sur  un  chaos  de  montagnes  noires,  aux
sommets  couverts  de  neige  intermittente.  Comme  on  le
voit,  le  parcours  peut  donner  aux  alpinistes  des  émotions
fortes,  sans  les  fatigues  de  l’ascension.
IV.  —  La  ligne  Mollendo-Arequipa-Puno  et  Sicuani
est  pour  l’instant  la  plus  importante  du  Pérou;  sa  longueur ­
  est  de  674  kilomètres,  et  les  travaux  sont  activement ­
  poussés  vers  Cuzco.
De  Mollendo  à  Arequipa  la  voie  traverse  une  région
        <pb n="131" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

115

sablonneuse  et  déserte,  la  Pampa  de  Joya  ;  l’œil  ne  découvre ­
  pas  un  être  vivant  sur  ce  plateau  incultivable  tout
parsemé  de  dunes  bizarres  en  forme  de  croissant.  Au  départ ­
  d’Arequipa,  le  train  recommence  son  ascension  parmi
des  montagnes  encore  plus  abruptes,  où  ne  croissent  guère
que  des  cactus  épineux.  Le  train  se  dirigeant  vers  l’Est,  on
arrive  à  Punta  de  Arieros  où  les  voyageurs  descendent
pour  déjeuner.  Le  buffet  compose,  avec  la  gare  et  quelques
huttes,  la  totalité  de  la  ville.  A  Grucero  Alto  la  ligne  traverse ­
  la  Cordillère  à  4.460  mètres  d’élévation  ;  c’est  le
maximum.  Dorénavant  on  descend  constamment  jusqu’à
Puno.
Ces  deux  voies  transandines,  celle  du  centre  et  celle  du
sud,  en  attendant  une  troisième  qui  devra  réunir  plus  tard
le  port  de  Paita  avec  un  port  fluvial  sur  le  Maranon,  sont
destinées  à  prendre  une  grande  extension,  d  autant  plus
que  le  chemin  de  fer  pan-américain  qui  les  coupera  transversalement, ­
  les  réunira  entre  elles.
Le  Panaméricain  venant  de  Loja  en  Equateur  pénétrera
sur  le  territoire  péruvien  par  le  rio  Canchis  ;  il  continuera
par  Jaen,  Gajamarca,  Huaraz,  Cerro  de  Pasco,  Oroya,
Huancayo,  Ayacucho,  Cuzco,  Juliaca  et  Puno  et  croisera
la  frontière  de  Bolivie  près  de  Desaguadero,  de  sorte
qu’il  traversera  tous  les  départements  du  Pérou,  réunissant ­
  ainsi  entre  eux  les  principales  villes  de  la  région  Andine. ­
  On  en  conçoit  donc  toute  l’importance  pour  le  pays.
V.  —•  Le  gouvernement  péruvien,  toujours  inspiré  par
le  désir  de  réunir  ses  lignes  ferrées  avec  les  grandes  artères ­
  hydrographiques  que  sont  les  affluents  de  l’Amazone, ­
  vient  de  contracter  un  emprunt  de  75.000.000  dans
le  but  de  prolonger  quelques  -unes  des  voies  ferrées  actuellement ­
  en  exploitation.  Cet  emprunt  est  garanti  par  la
rente  produite  par  l’impôt  sur  les  tabacs,  qui  donne
        <pb n="132" />
        116

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

200.000  livres  par  an.  A  la  suite  de  cet  emprunt,  le  congrès ­
  de  la  république  vient  d’autoriser  la  prolongation
des  lignes  suivantes  :
Prolongation  de  la  ligne  Pacasmayo  à  la  Vina;  de  Sicuani
  à  Cuzco  ;  continuation  de  la  ligne  Oroya-Huancayo
à  Cuzco  ainsi  que  celle  de  Moquegua;  union  des  lignes
Mollendo  et  Arequipa  à  Ilo  ;  prolongation  de  la  ligne  de
la  Oroya  au  Pichis  (via  centrale).  Nous  avons  signalé
plus  haut  le  projet  concernant  la  construction  d’une  ligne
entre  Païta  et  le  Haut-Amazone,  pour  laquelle  le  gouvernement ­
  fera  des  concessions  de  terrain.
L’Etat  péruvien  avait  antérieurement  passé  un  contrat
pour  la  construction  et  l’exploitation  d’un  chemin  de  fer  à
voie  normale  de  1  m.  44  de  Lima  à  Pisco.  Par  ce  contrat,
le  gouvernement  cède  gratuitement  au  concessionnaire
les  terrains  publics  nécessaires  à  l’établissement  de  la
ligne,  de  ses  embranchements,  des  gares  et  de  toutes  les
dépendances.  Il  lui  accorde  en  plus  la  propriété  de
500  mètres  de  terrain  de  l’Etat,  de  chaque  côté  de  l’axe
de  la  voie  ;  il  lui  concède  encore  la  propriété  de  2.500  hectares ­
  de  terrains  en  cinq  lots  distants  de  cinq  kilomètres
au  moins  ;  il  s’engage  en  outre  à  payer  au  concessionnaire ­
  cinquante  subventions  semestrielles  de  10.000  livres
sterling  chacune,  la  première  devant  être  versée  aussitôt
que  sera  terminée  la  construction  des  15  premiers  kilomètres. ­

VI.  —  La  distance  de  Lima  à  Pisco  est  de  240  kilomètres ­
  environ,  et  le  coût  de  la  voie  et  du  matériel  roulant ­
  est  évalué  à  2.500  livres  pqr  kilomètre  (devis  du  gouvernement). ­
  Conformément  à  la  loi  du  30  mars  1904,  le
gouvernement  dispose  annuellement,  soit  pour  la  construction ­
  des  chemins  de  fer,  soit  pour  la  garantie  adonner
aux  constructeurs  :  en  1905,  de  150.000  livres  et  les  an-
        <pb n="133" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  117
nées  suivantes,  de  200.000  livres  ;  ces  sommes  qui,  forcément, ­
  doivent  être  prévues  au  budget  de  la  République,
sont,  comme  nous  l’avons  dit,  à  prélever  sur  le  produit  de
l’impôt  du  tabac.  Mais  la  pénurie  des  voies  ferrées  n  est
pas  le  seul  obstacle  au  développement  rapide  de  la  contrée  ;
là  où  existent  des  chemins  de  fer,  les  difficultés  de  construction ­
  et  les  dépenses  d’exploitation  sont  telles,  que  la
société  est  obligée  d’appliquer  au  transport  des  marchandises ­
  un  tarif  qui  ne  permet  guère  l’envoi  à  la  côte,  dans
de  bonnes  conditions  de  frêt,  des  marchandises  pondéreuses.

Prenons  comme  exemple  le  port  de  Chimbote  ;  un  chemin ­
  de  fer  est  en  exploitation  de  Chimbote  à  Suchiman  et  en
construction  de  Suchiman  à  Huaraz,  capitale  du  département ­
  d’Ancash  ;  il  doit  se  prolonger  jusqu’à  Recuay.  Si
1  on  envisage,  d’une  part,  la  situation  de  Chimbote  sur
une  baie  magnifique  et  calme,  de  7  milles  de  longueur
Su r  5  milles  de  largeur,  et  où  les  plus  grands  navires
peuvent  trouver  un  abri  absolument  sûr  ;  si,  d  autre  part,
°n  tient  compte  des  immenses  richesses  minières  et  agricoles ­
  du  département  d’Ancash,  on  doit  arriver  à  la  conclusion ­
  que  le  seul  obstacle  qui,  jamais,  puisse  empêcher
le  développement  rapide  du  port  de  Chimbote  est  le  coût
de  transport  dont  seront  grevées  les  marchandises  à  amener ­
  à  la  côte.
11  y  a,  paraît-il,  de  très  riches  gisements  de  charbon
dans  ce  département,  mais  à  notre  connaissance,  tous  se
trouvent  à  une  distance  de  125  à  250  kilomètres  de  Chimbote ­
  ;  or,  le  tarif  des  transports  de  marchandises  devant
être,  par  kilomètre  et  par  tonne,  de  0.  45  pour  la  première
catégorie,  de  fr.  0.  40  pour  la  seconde  et  de  fr.  0.  35  pour
la  troisième,  si  nous  appliquons,  sur  un  parcours  moyen
de  150  kilomètres,  le  tarif  de  0.35  à  une  tonne  de  char-
        <pb n="134" />
        118

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

bon,  nous  voyons  que  cette  tonne  de  combustible  coûtera,
à  Chimbote,  rien  que  comme  fret  de  chemin  de  fer  :
150  X  0.35  =  fr.  52.50.  A  moins  qu’un  tarif  de  transport
beaucoup  moins  onéreux  ne  soit  mis  en  vigueur,  le  charbon ­
  ne  paraît  donc  importable  que  dans  le  département
d’Ancash  lui-même,  et,  au  premier  abord,  il  est  étonnant
qu’on  ait  pu  faire  de  Chimbote  un  point  de  ravitaillement
en  charbon  pour  les  navires.
On  pourrait  faire  la  même  remarque  au  sujet  de  tous  les
produits  minéraux  n’ayant  qu’une  valeur  réduite  à  la
tonne  ;  pour  qu’une  exploitation  minière  de  ce  genre  soit
possible  dans  le  département  d’Ancash,  comme  dans  la
plupart  des  districts  miniers  du  Pérou,  il  faut  qu’on  s’outille ­
  de  façon  à  n’avoir  à  envoyer  à  la  côte  qu’un  produit
fini  ou  tout  au  moins  considérablement  enrichi  ;  c’est  ce
que  fait  la  firme  «  The  Cerro  de  Pasco  Mining  C°  »,  compagnie ­
  américaine  puissante,  exploitant  des  minerais  de
cuivre  dans  le  département  de  Junin  et  tributaire,  jusqu’à
ce  jour,  de  la  ligne  de  la  «  Oroya  au  Callao  »  dont  les
tarifs  sont  écrasants.
YII.  —  Voici  l’énumération  de  toutes  les  lignes  commencées ­
  sur  diverses  parties  du  littoral  péruvien,  avec  la
distance  sur  laquelle  elles  sont  exploitées,  en  partant
du  nord  au  sud.  (Voir  tableau,  page  119.)
VIII.  —  En  principe,  six  d’entre  ces  lignes  doivent
tôt  ou  tard  parvenir  aux  forêts  de  la  Montana.  Différents
ports  fluviaux,  choisis  sur  plusieurs  affluents  de  l’Amazone.
Comme  la  plupart  n’ont  pas  pu  dépasser  la  Costa,  ces
lignes  se  prolongent  par  des  routes  et  des  sentiers  assez
mal  entretenus,  surtout  vers  l’orient,  où  la  végétation  a
vite  fait  de  reprendre  possession  du  sol.
Ce  sont  :
1°  Voie  de  Païta  à  Piura  en  chemin  de  fer,  de  cette  ville
        <pb n="135" />
        LONGUEUR

PROPRIÉTÉ

USUFRUITIERS

1
DEPARTEMENTS
TRAVERSÉS

k.  m.

De  Païta  à  Piura

100

Nationale..

Peruvian  corporation.

Piura.

—  Piura  à  Catacaos

10

Particulière.

—

—  Pimente!  à  Lambayeque

24

—

Lambayeque.

—  Eten  à  Ferrenafe  et  Patapo

78

—

—

—  Pacasmayo  à  Guadalupe  et  Yonan.  .  .  .

92

Nationale.

—

Libertad.

—  Salaverry  à  Trujillo  et  Ascope

76

—

—

—

—  Huanchaco  à  Très  Palos

36

Particulière.

—

—  Chimbote  à  Suchiman

54

Nationale.

—

Ancash.

—  Callao-Lima  la  Oroya  Cerro  de  Pasco  .  .

353  500

-

—

Lima-Junin.

—  Callao  à  Lima  et  Chorrillos

28

Particulière.

Lima.

—  Lima  à  Ancon

37

—

—

—  Lima  à  Magdalena

7

—

—

—  Tambo  de  Mora  à  Chincha  Alta

10  250

—

Ica.

—  Pisco  à  Ica

74

Nationale.

—

—

—  Mollendo  à  Arequipa,  Puno  et  Sicuani.  .

674

Arequipo,  Pono,  Cuzco

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
        <pb n="136" />
        120

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

à  Chulucanas,  Salitral,  Huancabamba  par  chemin  muletier; ­
  de  Huancabamba,  Tabaconas,  Turuyuca,  Imaza  et
Nazareth,  par  trocha  (piste,  sentier)  ;  en  canot  de  Nazareth ­
  au  Pongo  de  Mauseriche,  à  partir  duquel  le  Maranon
  devient  navigable.  Cette  voie  ferait  communiquer
directement  la  côte  nord  du  Pérou  avec  l’Amazone.
IX.  —  2°  La  voie  qui  part  du  port  de  Pacasmayo  et
arrive  jusqu’à  Yonan,  et  de  ce  point  par  chemin  muletier
traversant  les  départements  de  Cajamarca  et  de  Amazonas
  jusqu’à  Balsapuerto  sur  le  Cachiyaco,  affluent  du
Paranapura  qui  l’est  à  son  tour  du  Huallaga  et  celui-ci
du  Maranon.  Cette  voie  est  la  plus  ancienne  mais  aussi  la
plus  pénible.  La  traversée  de  la  Cordillère  orientale,
jusqu’à  Moyobamba,  se  fait  à  mule,  à  partir  de  Moyobamba,
  une  partie  du  trajet  ne  peut  être  accomplie  qu’à
pied  en  se  dirigeant  sur  Balsapuerto,  et  de  là,  en  radeau
jusqu’à  Yurimaguas.  L’avantage  de  cette  voie  réside  en
ce  que  ce  dernier  port  est  fréquenté  assez  régulièrement
par  les  vapeurs  d’Iquitos.
3°  La  voie  de  Chimbote  à  Huaraz,  dans  le  département
d’Ancash  ,  qui  doit  faire  communiquer  ce  port  maritime
avec  le  port  fluvial  de  Uchiza  sur  le  Huallaga  (voie  purement ­
  théorique  à  l’heure  actuelle).
X.  —  4°  La  voie  qui  unit  le  département  de  Ica  avec
celui  de  Ayacucho,  mettra  en  communication  le  port
maritime  de  Pisco  avec  le  port  fluvial  de  Bolognesi  (ou  un
autre)  sur  le  rio  Apurimac.
XI.  —  5°  La  voie  du  nord  qui,  partant  de  Mollendo  en
chemin  de  fer,  arrive  jusqu’à  Juliaca,  où  elle  se  bifurque  en
deux  embranchements,  l’un  vers  Puno,  l’autre  qui  atteint
Sicuani,  de  ce  point  par  route  carrossable  jusqu’à  Cuzco
et  le  rio  Urubamba.
XII  —  6°  La  voie  la  plus  importante  de  toutes  est  celle
        <pb n="137" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

121

qui  utilise  le  chemin  de  fer  du  Gallao  à  la  Oroya,  et  de  là
à  travers  le  département  de  Junin  jusqu’à  San  Luis  de
Shuaro  par  route  muletière,  ensuite  par  la  voie  centrale
qui  conduit  à  Puerto-Bermudez  sur  le  rio  Pichis,  affluent
du  Pachitea,  qui  lui  se  jette  dans  l’Ucayali,  principale
artère  de  l’Amazone.
Divers  autres  tracés  sont  à  l’étude,  car  chacun  veut
avoir  la  voie  de  son  choix,  mais  quoique  toutes  soient  très
intéressantes,  seuls  trois  de  ces  itinéraires  sont  à  prendre
en  considération.  Ce  sont  :  voie  du  nord,  Piura,  Huancahamba,
  Pongo  de  Manseriche  ;  ouPacasmayo,  Cajamarca,
Moyabamba,  Yurimaguas.
La  voie  centrale  dite  du  Pichis,  puis  la  grande  voie
transversale  du  sud,  Mollendo-Arequipa-Cuzco,  conduisant ­
  à  l’Urubamba.
Devant  la  nécessité  absolue  de  mettre  les  riches  régions
de  la  Montana  à  même  d’être  pratiquement  exploitées  et
surtout  de  créer  à  ses  produits  des  débouchés  vers
l’Atlantique,  le  gouvernement  péruvien  fait  les  plus  grands
eflorts  pour  améliorer  ces  deux  dernières  voies  qui  sont  les
plus  immédiatement  utilisables.  Pendant  que  la  Perucian
Corporation  poursuit  l’exécution  de  la  route  du  Pichis,
la  maison  Forga  fils,  d’Arequipa,  construit  le  chemin  de
Guzco  à  Sihuaniro  sur  l’Urubamba,  et  la  G ie  française
«  Pacifique  Amazone  »  est  chargée  de  la  route  transversale,
Sicuani-Marcapata-Inambari  (vers  le  Madré  de  Dios).
La  voie  de  l’Urubamba  représente  une  promesse  de
prospérité  facile  et  immédiate  en  même  temps  qu’une
nécessité  puissante  pour  le  développement  du  département
de  Guzco.  Toute  la  vie  économique  du  département
converge  vers  la  vallée  de  l’Urubamba  où  se  trouvent  concentrés ­
  un  grand  nombre  de  centres  de  population  d’une
certaine  importance.
        <pb n="138" />
        122

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Pour  l’instant,  c’est  la  voie  centrale  qui  absorbe  tous
les  efforts  et  l’attention  du  gouvernement.  Cette  voie  centrale ­
  du  Pérou,  qui  devra  résoudre  le  difficile  problème  de
mettre  en  rapide  et  facile  communication  la  Côte  du  Pacifique ­
  avec  la  partie  orientale  du  Pérou,  réserve  de  richesses
naturelles  incalculables,  est  très  avancée.
C’est  en  vue  du  prolongement  futur  du  chemin  de  fej
central  du  Pérou,  jusqu’aux  rives  du  rio  Pichis,  que  le
gouvernement  péruvien  ordonna,  dès  1890,  la  construction ­
  du  chemin  du  même  nom.  Malgré  une  opposition
tenace  (1)  et  les  difficultés  que  rencontrèrent  diverses
expéditions,  la  voie  du  Pichis  fut  définitivement  choisie
parce  qu’elle  devait  traverser  les  régions  les  plus  riches
et  les  plus  peuplées  du  Pérou  central.
XIII.  —  Voici,  à  la  suite,  l’itinéraire  que  devra  suivre
le  voyageur  pour  se  rendre  de  Lima  à  Iquitos,  sur  l’Amazone, ­
  par  la  voie  centrale,  la  description  territoriale  et
fluviale  de  cette  voie,  et  les  conditions  dans  lesquelles  le
voyage  s’opère  actuellement.  (Voir  tableau,  page  123.)
En  principe  et  d’après  les  indications  officielles,  la  navigation ­
  à  vapeur  commencerait  à  Puerto-Bermudez  ;  mais
en  réalité,  le  Pachitea  ayant  un  courant  violent  et  sujet  à
des  variations  de  régime,  même  pendant  la  saison  des
pluies,  et  sans  doute  aussi  parce  qu’il  ne  se  fait  pas  encore
sur  la  rivière  un  trafic  suffisant,  le  service  est  à  l’heure
présente  incertain  et  irrégulier.  Ce  qu’il  faut  sur  le  Pachitea
et  le  Pichis,  ce  sont  des  vapeurs  calant  peu  et  possédant
une  grande  puissance.  Le  gouvernement  dispose  bien  de
quelques  vapeurs  chargés  de  transporter  les  voyageurs,
mais  ils  sont  en  très  petit  nombre  et  trop  souvent  occupés
ailleurs.
(1)  II  s’agissait  de  iaire  adoptei?  la  voie  du  Mairo  ou  celle  de
Cajamarca.
        <pb n="139" />
        il
MOYENS
de
LOCOMOTION

LIEUX  D'ÉTAPES

DISTANCE

TEMPS
EMPLOYÉ

a
o
&amp;lt;i  ®  p.
S  *  S
3

kil.

h.  m.

kil.

En  chemin  de  fer.

l re  étape.  De  Lima  à  Oroya

222

il  »

222

A  mule.

2 e  —  De  Oroya  à  Tarma  .

30

4  30

252

—

3 9  —  De  Tarma  à  Huacapistana,  en  passant  par  Acobamba,

  Pampa  et  Carpata

44

5  20

296

—

4 e  —  De  Huacapistana  à  la  Merced,  en  passant  par

Libertad  et  San  Ramon

34

4  10

330

5 e  —  De  la  Merced  à  Tambo  Llapaz

45

9  30

375

—

6«  —  De  Tambo  Llapaz  à  Tambo  Enenas

30

6  40

405

7 e  —  De  Enenas  à  Tambo,  kilomètre  93

40

9  15

447

—

8 e  —  De  Tambo  93  à  l’Azupizu,  en  passant  par  San

Nicolas

50

9  »

497

—

9 e  —  De  Azupizu  à  Puerto  Yessup

42

7  30

539

En  canot  ouàpied.

10 e  De  Puerto  Yessup  à  Puerto  Bermudez

20

3  30

559

De  Puerto  Bermudez  à  Puerto  Victoria  et  Masisea

En  canot  ou  on

à  la  confluence  du  Pachitea  avec  l’Ucayali.  .

50

chaloupe  à  vapeur.

De  la  confluence  de  l’Ucayali  à  Iquitos  (d).  .  .

1500

5  jours.

2060

(d)  Six  à  huit  jours  de  plus  en  remontant  le  courant.

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
        <pb n="140" />
        124

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

XIV.  —  La  navigation  à  vapeur  sur  les  rivières  (le
l’Orient  ne  fonctionne  très  régulièrement  qu’à  partir  de
TUcayali;  les  ports  de  Tabatinga,  Masisea,  Nauta,  etc.,
sont  très  bien  desservis.  Le  voyageur  qui  a  pris  la  voie  du
Pichis  est  donc  obligé,  s’il  ne  veut  attendre  un  temps  indéterminé ­
  à  Puerto-Bermudez,  de  louer  un  canot  et  de  descendre ­
  jusqu’à  l’embouchure  du  Pachitea.  Dans  ce  cas,
un  canot  se  loue  de  3  à  4  livres  (la  livre  péruvienne  vaut
25  francs)  et  le  salaire  des  deux  rameurs  indiens  composant ­
  l’équipage  sera  de  10  à  12  livres.  Ces  prix  élevés
sont  occasionnés  par  les  difficultés  considérables  qu’auront ­
  à  vaincre  les  rameurs  pour  remonter  le  courant  au
retour,  si  le  voyage  s’opère  en  temps  de  crue  (novembre
à  avril).
XV.  —  Ce  voyage,  depuis  Tarma  jusqu’à  Puerto-Bermudez, ­
  ne  s’opère  pas  toujours  avec  toute  la  facilité  désirable ­
  et  les  ressources  que  l’on  rencontre  sur  le  chemin
sont  relativement  peu  abondantes.  Le  voyageur  devra
donc,  pendant  quelque  temps  encore,  se  munir  de  provisions ­
  avant  son  départ  (1).
A  part  les  lignes  ferrées,  que  nous  avons  désignées,  il
n’existe  pas  au  Pérou  d’autres  moyens  de  transport  que  le
mulet,  le  cheval,  l’âne,  le  llamaet  les  canots  et  chaloupes
à  vapeur  sur  les  rivières  de  la  Montana.  C’est  donc  à
mulet  que  doit  s’effectuer  le  voyage  de  Tarma  à  Puerto-Yessup
  ;  en  raison  de  l’état  précaire  des  chemins,  la  location ­
  d’un  mulet  coûte  de  50  à  70  soles,  de  l’un  à  l’autre
de  ces  deux  points.  Dans  la  Sierra  et  la  Costa,  l’âne  est
souvent  employé  concurremment  au  mulet,  il  peut  transporter ­
  une  charge  de  70  kilos.  Les  mules  ont  une  affection
(1)  Une  provision  de  cartouches  de  dynamite  est  très  utile,  aussi  bien
aux  voyageurs  qu’aux  colons,  pour  pêcher  dans  les  fleuves  de  la
Montana.
        <pb n="141" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  125
instinctive  pour  le  cheval  et  dans  les  convois  où  il  existe
quelques-uns  de  ces  animaux,  il  y  a  moins  de  disparadas
(fuite,  panique),  il  suffit  que  le  ou  les  chevaux  soient  mis
dans  l’impossibilité  de  s’échapper  eux-mêmes.  Aussi,  dans
fa  généralité  des  cas,  les  caravanes  de  mules  lourdement
chargées  sont-elles  guidées  par  une  jument  que  l’on
désigne  sous  le  nom  de  madrina  (marraine).
Mais,  le  vrai  transport  économique  se  fait  à  dos  de
dama  ;  la  charge  d’un  de  ces  animaux  ne  dépasse  pas
46  kilos  ;  leur  marche  est  lente,  4  kilomètres  à  l’heure,
fis  peuvent  faire  des  étapes  de  20  à  25  kilomètres  par  jour.
f-“ e  prix  de  transport  à  dos  de  llama  est  de  3  francs  environ
par  100  kilomètres  et  par  100  kilos.
Les  mules  de  charge  pour  la  Sierra  et  la  Montana  emportent ­
  un  poids  brut  de  deux  quintaux  péruviens  (1),  génér
 alement  on  paie  un  sol  par  jour  et  par  charge  (2),  mais  en
r éalité  le  prix  est  très  variable,  suivant  les  circonstances,
f  époque  de  l’année  et  l’endroit.  Sur  un  chemin  à  peu  près
don,  une  mule  chargée  peut  parcourir  6  kilomètres  à
f  heure  et  jusqu’à  50  kilomètres  par  jour,  mais  en  général
d  ne  faut  compter  que  sur  40  kilomètres  en  moyenne.
Vu  le  nombre  des  bêtes  de  somme  existant  au  Pérou,
l es  transports  à  dos  d’animaux  devraient  être  meilleur
raarché  que  partout  ailleurs  ;  cependant,  d’après  les
quelques  chiffres  cités,  ils  sont  toujours  élevés  et  parfois
exorbitants.
Gela  est  certainement  dû  à  un  défaut  d’initiative  et  de
0)  Le  quintal  péruvien  est  de  46  kil.  500.
La  n  Chemin  t er  central  du  Pérou  divise  le  fret  en  trois  classes,
tonn  T' 01 ' 6  c * asse  P a ' e  au  Callao  à  la  Oroya  (244  kilomètres)  125  fr.  30  la
a  deuxième  classe  109  fr.  30,  la  troisième  classe  84  fr.  70.
C [ asg S  m ' n ? ra ' s  P r °duitrï  métallurgiques  font  partie  de  la  troisième
20  »  t-n  ma ’ s  * a  C om P a g n ie  accorde  encore  sur  ce  prix  une  diminution  de
pour  100  suivant  la  catégorie  des  minerais.
        <pb n="142" />
        126

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

compétence  dans  l’exécution  des  transports.  Il  est  évident
que  des  entreprises  de  ce  genre,  bien  organisées,  amélioreraient ­
  considérablement  la  situation  et  faciliteraient  grandement ­
  les  transactions.
Malheureusement,  les  arrieros  (muletiers)  ne  prennent
aucun  soin  des  bêtes  qui  ne  sont  pas  leur  propriété,  ce
qui  fait  que  des  mules  sont  parfois  rendues  inutilisables
par  des  blessures  qui  auraient  pu  être  évitées  ou  mieux
soignées.  Il  y  aurait  peut-être  avantage  à  intéresser  les
arrieros  au  sort  de  leurs  bêtes,  toute  mule  qui  rentrerait
sans  blessure  donnerait  droit  à  une  prime.
De  Tarma  à  la  Merced,  la  route  est  relativement  bonne  ;
après  avoir  chevauché  78  kilomètres,  on  traverse  la  fertile
vallée  de  Chanchamayo  où  commence  réellement  la  région
des  forêts  et  où  la  végétation  devient  luxuriante.  Dans
cette  vallée,  mise  en  valeur  par  des  colons  français,
italiens  et  espagnols,  on  trouve  d’importantes  plantations ­
  de  canne  à  sucre,  cacao,  café,  etc.,  toutes  ces
exploitations  sont  pourvues  de  maisons  confortables,  de
belles  raffineries,  on  y  fait  un  grand  commerce  d’alcool.  La
ville  de  la  Merced,  située  dans  la  même  vallée,  doit  son
existence  au  développement  croissant  et  à  la  prospérité
du  Chanchamayo.  C’est  le  centre  où  s’effectuent  toutes  les
transactions  commerciales  des  plantations  voisines.
A  32  kilomètres  de  la  Merced,  on  rencontre  la  ville  de
San  Luis  de  Shuaro,  située  au  bord  de  la  rivière  du
même  nom  et  du  Paucartambo  (1).  Ce  bourg  n’a  de  réelle
importance  que  parce  qu’il  est  le  point  de  départ  du  chemin ­
  du  Pichis  et  qu’il  est  entouré  de  nombreuses  planta-(1)
  Les  ponts  construits  sur  le  Paucartambo  ayant  été  détruits  par  une
crue,  la  Peruvian  Corporation  reconstruisit  l’un  d’eux  sur  un  emplacement
différent,  ce  qui  fait  que  pour  le  moment  la  voie  centrale  ne  passe  plus  à
San  Luis  de  Shuaro.
        <pb n="143" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

127

tions.  Le  voyageur  peut  trouver  à  s’y  ravitailler  commodément. ­
  A  partir  de  ce  point,  la  voie  centrale  gagne,  à
travers  les  forêts,  l’altitude  de  la  Cordillère  de  la.  Sal  qui
est  franchie  au  puncu  ou  passe  de  San  Carlos.  Le  chemin
commence  alors  à  descendre,  en  suivant  les  premiers
effluents  du  rio  Azupizu,  et  passant  par  la  colonie  de  San
Nicolas,  jusqu’à  ce  qu’il  traverse  la  rivière  sur  un  pont  qui
y  a  été  jeté,  elle  continue  ainsi  à  travers  la  forêt  jusqu’à
Puerto-Bermudez.  Le  chemin  du  Pichis  a  221  kilomètres  de
San  Luis  jusqu’au  confluent  du  Pichis  et  du  Chivis.
XVI.  —  Mais  que  dire  de  ce  chemin  qui  n’est  qu’un  sentier ­
  dans  la  forêt,  le  plus  souvent  abrupt,  étroit,  boueux,
semé  de  troncs  d’arbres  et  de  pierres  ?  Sur  les  points  intermédiaires ­
  et  inhabités,  le  gouvernement  maintient  à  ses
frais  des  tarnbos  (sortes  d’auberges  ou  caravansérails,
avec  ou  sans  hôte)  séparés  par  des  distances  telles  que
les  voyageurs  puissent  les  franchir  en  une  seule  journée.
11  existe  neuf  de  ces  tambos  depuis  San  Luis  de  Shuaro
jusqu’à  Puerto-Bermudez,  qui  offrent  aux  voyageurs  des
ressources  suffisantes  ;  mais  les  vivres  venant  de  San
Luis,  les  prix  augmentent  proportionnellement  avec  la
distance;  c’est  ainsi  que  le  prix  des  provisions  double,  du
kilomètre  20  au  kilomètre  157.  La  région  traversée  n’étant
Pas  peuplée,  les  ressources  sont  peu  abondantes  ;  à  Puerto-Lermudez
  même  il  existe  peu  ou  pas  de  moyens  de  ravitaillement. ­

Les  voyageurs,  informés  de  cette  pénurie,  ne  tiennent
Pus  compte  des  tambos  établis  aux  distances  officielles  ;
1  étape  nocturne  se  compose  alors  du  tambo  solitaire  et
^habité,  situé  sous  la  forêt  non  loin  du  sentier.  Ce  caravansérail ­
  n’a  ni  hôte,  ni  cuisine,  ni  lit,  les  murs  et  la  toiture ­
  seulement.  L’on  y  mange  et  l’on  y  couche  bien  ou
“*!»  selon  ce  que  l’on  apporte  avec  soi,  et  aussi  selon  son
        <pb n="144" />
        128

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

savoir-faire.  Lorsqu’on  a  déjà  voyagé  dans  ces  contrées  et
qu’en  conséquence  on  s’arrête  où  on  veut,  ces  étapes  sont
tout  à  fait  charmantes.
La  chose  la  plus  insupportable  de  ce  voyage  est  la  lenteur ­
  qu’il  entraîne  parfois.  Il  n'y  a  pas  de  route  au  monde
plus  irritante  par  ses  arrêts  forcés.  Si  on  se  trouve  à  une
période  de  pluie,  chose  fréquente  dans  la  Montana,  la  route
est  détrempée,  ravinée,  les  lits  des  torrents  sont  remplis
d’eau,  on  marche  dans  la  boue  jusqu’à  mi-jambe  delà  mule,
qui  s’enfonce  parfois  dans  des  fondrières  d’où  on  la  sort  à
grand’peine.  On  avance  entre  des  arbres  tombés  qui  interceptent ­
  le  sentier  et  qui  forcent  à  des  escalades  ou  à  des
circuits  incessants.  A  ces  difficultés  et  d’autres  plus  insignifiantes ­
  il  faut  ajouter  des  pluies  torrentielles  qui  font
augmenter  l’eau  des  rios,  et  qui  après  avoir  cessé,  laissent ­
  dans  les  arbres  une  quantité  d’eau  telle  que  celle-ci
continue  à  tomber  comme  si  c’était  une  pluie  véritable.  Il
n’est  guère  possible  de  faire  plus  de  20  kilomètres  par
jour.
Cependant,  l’Etat  dépense  chaque  année  90.000  soles
pour  l’entretien  de  la  ViaCentral  et  de  ses  dépendances.
Malgré  ces  efforts,  tous  ceux  qui  ont  suivi  cette  voie  rapportent ­
  que  jusqu’aujourd’hui  on  n’est  pas  arrivé  à  l'entretenir ­
  dans  un  état  à  peu  près  satisfaisant.  On  rencontre
toujours  des  ponts  détruits  ou  en  mauvais  état,  les  mauvais ­
  passages  sonttrès  nombreux;  mais  la  majeure  partie
des  inconvénients  signalés  proviennent  du  caractère  provisoire ­
  donné,  au  début,  à  la  construction  de  cette  route.
Le  mauvais  état  des  chemins,  le  peu  de  facilités  offertes
expliquent  les  prix  élevés  des  transports  par  cette  voie  ;
nous  avons  dit  que  le  prix  de  location  d’une  mule  de
Tarma  à  Puerto  Yessup  pouvait  être  de  50  à  70  soles.  En
outre,  la  navigation  fluviale  est  fort  incomplètement  orga ­
        <pb n="145" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

129

9

nisée.  A  Puerto  Yessup,  il  y  a  peu  de  canots,  quelquefois ­
  un  seul,  ce  qui  fait  que  le  trajet  de  ce  point  à  Puerto-Bermudez,
  qu’on  peut  accomplir  en  quatre  heures,  arrive
à  coûter  de  20  à  30  soles.
Si  aucun  vapeur  n’est  attendu  à  ce  port,  le  voyageur
n’a  d’autre  ressource  que  de  louer  un  canot  (s’il  est  possible) ­
  et  des  rameurs  pour  se  rendre  comme  nous  l’avons
dit  plus  haut  jusqu’à  Masisea  ;  coût,  une  quinzaine  de  livres.
Si  au  contraire  il  est  possible  de  prendre  passage  sur  un
des  vapeurs  qui  font  le  trafic  des  affluents  de  l’Amazone
jusqu’à  Iquitos,  les  prix  seront  les  suivants  :
XVII.  —  De  Puerto-Bermudez  à  Masisea  5  soles  par
Passager,  plus  3  soles  par  jour  pour  la  nourriture,  lorsqu’elle ­
  est  fournie.  De  Masisea  à  Iquitos  et  vice  versa,
20  soles.  Les  marchandises  et  bagages  paieront  :  entre
Puerto-Bermudez  et  Masisea,  ou  vice  versa,  1  sole  par
quintal,  et  de  Masisea  à  Iquitos  4  soles  par  quintal  (1).
La  disproportion  entre  ces  tarifs,  pour  une  distance  à
P e u  près  égale,  réside  dans  ce  fait  que,  entre  Puerto-Bertoudez
  et  Masisea,  le  service  est  fait,  toujours  en  principe,
Pur  des  lanchas  (petits  vapeurs)  entretenus  par  le  gouver-Uement
  péruvien  sur  les  rivières  de  l’Orient  ;  c’est  dans  le
Put  d’encourager  le  trafic  que  le  prix  du  fret  est  si  peu
élevé.
Ou  peut  aussi  suivant  des  prix  conventionnels  faire
remorquer  des  embarcations  chargées  de  marchandises  ou
de  machines.
B  va  sans  dire  que  sur  ces  lanchas  le  voyageur  doit
pourvoir  à  sa  nourriture  et  organiser  son  couchage.  Les
Vapeurs  qui  font  le  service  de  I’Ucayali  sont  beaucoup
plus  confortablement  installés.  Mais  les  premiers,  tels
(1)  Tarif  des  publications  officielles  ;  quintal  de  46  kilos.
        <pb n="146" />
        130

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

qu’ils  sont,  s’ils  faisaient  un  service  régulier,  pourraient
rendre  les  plus  grands  services.
De  Puerto  Victoria  à  Masisea,  on  ne  rencontre  que  quelques ­
  établissements  plus  ou  moins  récents,  aussi  les  ressources ­
  sont-elles  peu  abondantes  sur  tout  ce  parcours
lorsqu’il  est  opéré  en  canot.  De  Masisea  à  Iquitos  le
trajet  se  fait  facilement  et  commodément  en  5  jours  (1).
D’Iquitos  à  Para,  à  188  kilomètres  de  l’Atlantique  il  y
a  3.656  kilomètres  que  l’on  descend  en  8  jours  s’il  n’y  a
pas  trop  d’escales.
Outre  la  voie  du  Pichis  proprement  dite,  il  existe  encore ­
  deux  chemins  convergeant  à  Puerto  Victoria  sur  le
Pachitea,  ce  sont  :  les  voies  du  Mairo  et  du  Chuchurras
dont  on  dit  le  plus  grand  bien  et  qui  sont  appelées  à  compléter ­
  la  voie  du  Pichis,  en  assurant  des  communications
plus  rapides  entre  le  centre  du  Pérou  et  la  Montana.  La
voie  du  Chuchurras  (2)  faciliterait  grandement,  paraît-il,
la  colonisation  de  la  plaine  del  Sacramento.
En  résumé,  la  voie  centrale  répond  à  une  nécessité
absolue  de  communiquer  rapidement  avec  Iquitos  ;  le  gouvernement ­
  le  comprend  si  bien,  qu’il  fait  les  plus  grandes
concessions  pour  parvenir  à  ce  résultat.  Des  garanties
d’intérêt  avec  terrains,  franchises  et  privilèges  considérables, ­
  sont  accordées  aux  compagnies  qui  créent  des
(1)  Sur  les  affluents  péruviens  de  l’Amazone,  insuffisamment  connus,
on  ne  navigue  pas  la  nuit.
(2)  Il  existe  encore  divers  tracés,  entre  ceux  autres  du  Péréné,  du
Pangoa;  la  voie  de  Ayacucho  ayant  son  port  sur  l’Apurimac,  la  voie  du
Péréné  permettrait  de  tenter  la  colonisation  du  Grand  Pajonal,  où  il  nous
semble  qu’il  y  aurait  fort  à  faire.
En  réalité,  on  peut  dire  que  malgré  les  études  faites  sur  les  principales ­
  rivières,  le  service  de  la  navigation  est  encore  à  organiser  complètement, ­
  les  notes  établies  ne  donnant  qu’un  aperçu  de  la  question.  Pour
l’instant  il  paraît  superflu  de  discuter  sur  les  avantages  présentés  par
l’une  ou  l’autre  de  ces  voies,  avant  que  des  études  plus  complètes  aient
été  faites.
        <pb n="147" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

131

voies  d’accès  aux  affluents  de  l’Amazone,  ou  à  celles  qui
établissent  la  navigation  sur  ces  fleuves.  Malheureusement, ­
  jusqu’à  l’heure  actuelle  cette  voie  n’a  pas  encore
justifié  les  espérances  qu’elle  avait  fait  naître.  Il  faut  reconnaître ­
  cependant  que,  n’étant  pas  encore  tout  à  fait  au
point,  elle  ne  peut  présenter  encore  toutes  les  facilités,
toutes  les  garanties  indispensables  pour  qu’un  grand  courant ­
  commercial  s’y  établisse  du  jour  au  lendemain.
Telle  qu’elle  est,  cette  route  marque  un  grand  progrès
dans  le  développement  des  communications  au  Pérou  et  le
gouvernement  ne  peut  plus  abandonner  aujourd’hui  cette
route  qui  a  déjà  coûté  si  cher  au  pays  et  qui  est  l’unique
route  ferrée  existant  entre  la  capitale  et  une  rivière  navigable ­
  de  la  Montana,  et  il  ne  fait  pas  de  doute  que  cette
voie  sera  dans  l’avenir  un  des  facteurs  principaux  de  l’avenir ­
  commercial  de  cette  partie  du  Pérou  (1).
(1)  Il  semble  que  les  adversaires  de  Puerto  Bermudez  comme  point  d’aboutissement ­
  de  la  voie  centrale  du  Pérou  aient  eu  gain  de  cause,  car  un
contrat  d’études  d'un  chemin  de  fer  de  La  Oroya  à  Tarma  et  de  Tarma  à
Puerto  Wethermann  a  été  passé  le  4  novembre  1911  entre  le  gouvernement ­
  péruvien  et  la  firme  Koppel  de  Berlin.  Une  fois  la  construction  de
°e  chemin  de  fer  décidée,  la  dite  maison  aura  pendant  douze  mois  la
préférence  pour  l’exécution  du  travail.
A  la  suite  des  études  faites  par  la  firme  Koppel,  pour  la  construction
d’un  chemin  de  fer  de  Païta  au  Maranon  de  700  kilomètres  environ,  un
contrat  de  construction  a  été  passé  entre  le  gouvernement  péruvien  et
maison  allemande  :  ce  contrat  n’a  pas  encore  été  ratifié  par  les
Chambres.
        <pb n="148" />
        CHAPITRE  YIII

Services  publics.  —  Postes  et  télégraphes.  —  I.  Tarif  postai  —  II.  Mandats-poste. ­
  —  III.  Colis  postaux.  —IV.  Télégrammes  et  câblogrammes.
—  V.  Télégraphie  sans  fil.  —  VI.  Système  monétaire.  —  VII.  Poids  et
mesures.  —  VIII.  Douanes,  fixation  des  droits.  —  IX.  Instruction
publique.  —  X.  Sociétés  scientifiques.  —  XI.  Presse.  —  XII.  Travaux
publics.  —  XIII.  Police.  —  XIV.  Armée.  —  XV.  Ecoles  militaires.  —
XVI.  Mission  militaire  française.

Le  Pérou  fait  partie  de  l’Union  postale  universelle.  Le
service  postal  qui  est  assez  satisfaisant  s’elfectue  par
l’intermédiaire  de  375  bureaux.
I.  —  D’après  les  paragraphes  1  et  3  de  la  Convention
postale  qui  apporte  aussi  une  restriction  à  l’usage  abusif
des  timbres  officiels,  les  équivalences  suivantes  ont  été
établies  entre  le  prix  marqué  des  timbres  français  et  des
timbres  péruviens.

0  fr.  25
10  centavos

0  fr.  10
4  centavos

0  fr.  05
2  centavos

En  outre,  depuis  1905  le  tarif  postal  péruvien  a  été  modifié ­
  ainsi  qu’il  suit  :  lettres  de  15  grammes,  via  Magellan, ­
  10  centavos;  —  via  Panama,  12  centavos;  cartes
postales,  via  Panama,  4  centavos;  —  via  Magellan,
3  centavos;  —  via  des  Andes,  3  centavos.
        <pb n="149" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  133

Journaux,  via  Magellan,  par  50  grammes,  2  centavos  ;
via  Panama,  par  50  grammes,  3  centavos.
Imprimés,  via  Panama,  par  50  grammes,  6  centavos  ;
via  Magellan,  4  centavos.
Papiers  d’affaires,  via  Magellan,  par  50  grammes,
4  centavos  (minimum  10  centavos)  ;  via  Panama,  par
50  grammes,  6  centavos.
Une  lettre  recommandée  paie  10  centavos  en  plus,
l’avis  de  réception  également  10  centavos.
II.  —Le  plus  grand  nombre  d’entre  les  bureaux  postaux
du  Pérou  sont  autorisés  à  effectuer  des  virements  postaux
et  télégraphiques  dans  l’intérieur  du  pays  ;  dans  les  principaux ­
  centres,  ces  bureaux  peuvent  aussi  délivrer  des  mandats-poste, ­
  pour  la  France,  l’Allemagne,  la  Belgique,
l’Italie  et  les  États-Unis.
Aucun  de  ces  mandats  ne  peut  être  inférieur  à  un  franc
ni  supérieur  à  500  francs.  La  taxe  est  de  0  fr.  25  par
25  francs  ou  fraction  de  25  francs.
Si  l’expéditeur  désire  recevoir  un  avis  de  paiement,  il
paiera  10  centavos  et  pour  le  service  express  (1)  12  centavos.
Pour  les  chèques  et  toutes  classes  de  valeurs  déclarées
contenus  dans  une  lettre  recommandée,  le  tarif  est  de
I  pour  100  jusqu’à  4.000  soles  (10.000  fr.),  1/2  pour  100
de  4.000  à  20.000.
III.  —Tous  les  bureaux  de  poste  de  la  république  péruvienne ­
  peuvent  expédier  et  recevoir  des  colis  postaux
sans  déclaration  de  valeur  (2).  Depuis  quelques  années  en
e ffet,  le  Pérou  a  établi  un  service  de  colis  postaux  avec
II  importe  quel  pays  d’Europe  et  vice  versa  à  raison  de
6  * r -  25  pour  chaque  colis.  Ce  service  s’accomplit  à  l’enii)
  Le  service  «  express  »  consiste  dans  le  paiement  du  mandat,  au
oniicile  du  destinataire  immédiatement  après  l’arrivée  du  courrier.
(2)  Les  colis  postaux,  valeur  déclarée,  paient  1  pour  100  en  plus.
        <pb n="150" />
        134  LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
tière  satisfaction  des  intéressés  qui  trouvent  dans  ce
mode  de  transport,  un  peu  long  peut-être,  puisqu’il  doit
se  faire  par  le  détroit  de  Magellan,  non  seulement  une
économie  considérable  de  fret,  mais  encore  la  suppression
presque  complète  des  frais  à  l’arrivée.  Pour  tout  colis
postal,  le  destinataire  n’a  à  payer  à  la  poste  que  10  centavos
  en  sus  des  droits  de  douane.  Le  plus  petit  colis
envoyé  d’une  autre  façon,  au  contraire,  occasionne  de
grands  frais  au  destinataire.
Il  semble  que  beaucoup  de  commerçants  français
ignorent  le  service  des  colis  postaux  avec  le  Pérou,  et
que  quand  on  leur  commande  une  marchandise  à  expédier
de  cette  façon,  non  seulement  ils  ne  se  conforment  pas
aux  instructions  données,  mais  ils  se  laissent  le  plus
souvent  imposer  par  des  agents,  peu  soucieux  des  intérêts ­
  du  destinataire,  des  frets  exagérés.
Il  faut  donc  que  nos  négociants  sachent  bien  qu’on
peut  envoyer  au  Pérou,  comme  colis  postal,  tout  colis
d’un  poids  brut  de  cinq  kilogrammes  au  maximum  et  ne
dépassant  pas  en  volume  25  décimètres  cubes.  Donc,  une
boîte  en  fer  blanc  ou  en  bois  de  58  centimètres  de  longueur, ­
  35  centimètres  de  largeur  sur  12  de  hauteur,  peut
être  expédiée  comme  colis  postal  de  France  au  Pérou.
Une  boîte  en  fer  blanc  peut  peser  1  kilogr.  50.  Nous  avons
appris  avec  satisfaction  que  quelques  grands  magasins
parisiens,  entre  autres  le  Louvre  et  le  Bon  Marché,  ont
adopté  ce  service;  au  début  de  chaque  saison,  ces  maisons ­
  expédient  une  grande  quantité  de  catalogues  au
Pérou,  si  bien  qu’un  grand  nombre  de  dames  de  Lima  et
non  des  moins  élégantes,  reçoivent  ainsi  leurs  toilettes  de
Paris.  Ce  qui  est  fait  par  ces  grands  magasins  peut  l’être
également  par  tous  les  commerçants  faisant  des  affaires
avec  le  Pérou.
        <pb n="151" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

135

IY.  —  Le  Pérou  possède  un  réseau  de  lignes  télégraphiques ­
  très  étendu,  mais  encore  très  incomplet  en  raison
de  l’éloignement  des  centres  et  des  altitudes  ;  cependant
ce  réseau  se  développe  toujours  de  plus  en  plus,  il  se  construit ­
  en  moyenne  chaque  année  500  kilomètres  de  nouvelles ­
  lignes  télégraphiques.  La  communication  par  ligne
terrestre  existe  depuis  quelque  temps  entre  Lima,  Bogota ­
  (Colombie),  Quito  (Equateur),  La  Paz  (Bolivie),  Santiago ­
  (Chili)  et  Buenos-Ayres  (République  Argentine)  (1).
Deux  câbles  sous-marins  font  communiquer  le  Pérou
avec  le  reste  du  monde.  Ce  sont,  par  le  nord,  la  «  Central
and  South  American  Telegraph  Company,  »  et  par  le
sud  la  «  West  coast  of  America  Telegraph  Company.  »
Ces  deux  compagnies  possèdent  un  tarif  uniforme,  mais
qui  pour  certains  pays  varie  suivant  les  fluctuations  du
change.  Ainsi  il  est  de  2  fr.  80  par  mot,  pour  la  France  ;
2fr.  90  pour  la  Belgique,  la  Suisse,  l’Angleterre,  l'Allemagne ­
  et  l’Italie;  pour  la  Russie  3fr.  10.
Malgré  les  louables  efforts  du  gouvernement  péruvien
l’important  service  des  postes  et  télégraphes  laisse  beaucoup ­
  à  désirer  dans  les  provinces  de  l’intérieur,  en  raison
de  l’indolence  des  employés.  Sauf  dans  les  principales
villes,  où  le  service  est  généralement  bien  assuré,  il  faut
compter,  dans  l’intérieur,  avec  l’incurie  et  l’ignorance  des
fonctionnaires  et  préposés,  qui,  se  trouvant  loin  de  la  surveillance ­
  de  l’administration  centrale,  laissent  souvent  se
détériorer  le  matériel  confié  à  leurs  soins.
Les  riches  et  magnifiques  régions  des  Andes  orientales
restaient  presque  complètement  isolées  du  reste  du  pays  ;
le  gouvernement  péruvien  a  décidé  d’établir  des  communi-(1)
  Par  les  lignes  de  l’État,  un  télégramme  de  un  à  dix  mots  vaut  invariablement ­
  40  oentavos  ;  chaque  mot  en  plus  se  paie  à  raison  de  4  centavos.
        <pb n="152" />
        136

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

cations  rapides  au  moyen  d’un  service  de  télégraphie  sans
fil  entre  Lima  et  Iquitos  sur  l’Amazone.
La  télégraphie  ordinaire  ne  convient  pas  à  la  région  de
la  Montana  ;  différents  essais  restèrent  infructueux  :  tout
d’abord  il  était  à  peu  près  impossible  de  traverser  les
forêts  vierges,  ensuite,  les  Indiens,  ne  comprenant  rien  aux
fils  qu’ils  soupçonnaient  d’être  des  agents  malfaisants,  détruisaient ­
  le  réseau  à  mesure  qu’il  était  établi.  On  avait
ensuite  songé  à  poser  des  câbles  dans  les  rivières,  mais  le
courant  de  la  plupart  de  celles-ci  étant  trop  rapide,  il
aurait  fallu  sans  cesse  renouveler  la  ligne  par  suite  d’usure.
C’est  pourquoi  le  gouvernement  a  adopté  la  résolution  de
relier  Lima  à  Iquitos  par  un  service  de  télégraphie  sans
fil.
Y.  —  Un  contrat  a  été  conclu  entre  le  gouvernement
péruvien  et  la  compagnie  allemande  «  Gesellschaft  für
drahtlose  Télégraphié»  pour  l’installation  de  la  télégraphie
sans  fil  entre  Puerto-Bermudez  et  Iquitos.
Un  ingénieur  de  la  Compagnie  de  télégraphie  sans  fil
de  Berlin  est  parti  pour  l’intérieur  avec  quarante  ouvriers
et  de  nombreux  Indiens  porteurs,  afin  de  rechercher  l’emplacement ­
  de  cinq  stations  radio-télégraphiques,  pour
mettre  en  communication  la  côte  du  Pérou  avec  la  côte  du
Brésil  sur  l’océan  Atlantique.  L’expédition,  qui  a  été  rendue
très  pénible  par  la  nécessité  de  traverser  des  forêts  extrêmement ­
  denses,  des  régions  inhabitées  et  même  inexplorées, ­
  a  cependant,  fort  bien  réussi.
La  compagnie  allemande  a  obtenu  le  monopole  de
l’exploitation  et  procède  à  l’installation  des  stations  :
entre  Puerto-Bermudez,  point  où  s’arrête  la  télégraphie
ordinaire,  Masisea  et  Iquitos.  Si  ce  service  réussit,  il  sera
prolongé  jusqu’à  Manaos  et  le  Para.  De  cette  façon  la  télégraphie ­
  sans  fil  reliera  l’Atlantique  et  le  Pacifique.
        <pb n="153" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

137

Lima,  le  Callao  et  ses  environs  sont  réunis  par  de
nombreuses  lignes  téléphoniques;  il  en  est  de  même  pour
les  principales  villes  et  leurs  environs  immédiats.
VI.  —  Il  n'y  a  pas  très  longtemps  encore,  le  Pérou  possédait ­
  un  système  monétaire  dont  la  stabilité  laissait
fort  à  désirer;  car  l’unité  monétaire,  le  sol  ou  soleil,  jadis
oscillait  et  variait  suivant  les  fluctations  du  change.  —  Il
n’en  est  plus  de  même  depuis  que  l’étalon  or  a  été  adopté
au  Pérou.  L’unité  monétaire  est  la  livre  péruvienne,  identique ­
  en  poids,  dimensions  et  titre  à  la  livre  sterling
anglaise.
Les  monnaies  d’argent  et  de  cuivre  frappées  dans  le
pays  sont  des  fractions  de  la  livre.  La  livre  équivaut  à
dix  soles  d’argent  qui  reste  quand  même  la  monnaie  unitaire. ­
  Le  sol  est  égal  en  dimension,  qualité  et  poids,  à  la
pièce  de  cinq  francs;  sa  valeur  au  change  est  de  2fr.  50.
Le  sol  se  subdivise  en  pièces  de  20,  10,  et  5  centavos;
le  centavo,  monnaie  de  cuivre,  est  la  centième  partie  du
sol.  —  L’introduction  de  la  monnaie  d’argent  et  de  cuivre
est  prohibée  au  Pérou;  cette  mesure  a  été  prise  dit-on  afin
de  conserver  l’étalon  d’or.  Les  monnaies  d’or  anglaises,
les  livres  et  les  demi-livres  sterling  ont  cours  légal  au
Pérou;  on  les  considère  comme  livres  péruviennes  dans
les  transactions  commerciales.
Le  papier-monnaie,  si  déprécié  partout,  n’existe  plus  au
Pérou,  il  n’y  a  même  pas  de  billets  de  banque,  et  la  loi
en  défend  l’émission.
VIL  —Théoriquement,  d’après  laloi  de  novembre  1862,
les  poids  et  mesures  du  système  décimal  français  devraient
être  les  seuls  admis  au  Pérou  ;  mais  en  réalité  les  anciennes
unités  du  système  espagnol  sont  toujours  en  usage  ;  en
outre,  certaines  mesures  de  superficie  ne  sont  pas  toujours ­
  les  mêmes  dans  tous  les  départements.  Gomme  il
        <pb n="154" />
        138  LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
existe  une  notable  différence  entre  ces  mesures  et  les
nôtres,  nous  croyons  utile  de  donner  ici  leur  équivalence.
Mesures  de  longueur.
La  vara  (ou  mètre)  0  mètre  8359
Le  pie  (pied)  0  i—  2786
La  pulgada  (pouce)  0  —  2321
La  linea  (ligne)  0  —  1934
Le  punto  (point)  0  —  1612

Mesures  agraires.

La  yugada

321.947  mètres  carrés

»

La  fanega

6.438  —

94

Le  celemin

536  —

57

Le  estadal

11  —

17

Le  topo  de  500  varas  carrées.

3.493  —

95

Il  existe  encore  la  fanegada.,  égale  à  2  hectares8  ares;
cette  mesure  est  employée  sur  la  Costa.  Dans  les  départements ­
  de  Arequipa  et  de  Puno,  on  emploie  le  topo  qui
mesure  4.608  varas  carrées.  Dans  le  département  de
Piura,  c’est  la  cuadra  qui  est  en  usage,  soit  10.000  mètres
carrés;  dans  celui  de  Junin,  c’est  le  tongo,  soit  un  carré
de  13  varas  de  côté.
Mesures  de  capacité  (matières  sèches).

Le  cahiz  666  litres  001
La  fanega  55  —  500
Le  Almud  27  —  780
La  Cuartilla  13  —  890
Le  Celemin  4  —  623
Le  Cuartillo  1  —  igg
Mesures  de  capacité  (liquide).
Le  Mayo  258  litres  126
h’arroba  ou  cantara  ig  432
La  cuartilla  4  033
Vazumbre  2  _  016
Le  cuartillo  0  —  504
La  0  —  126
        <pb n="155" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

139

Mesures  de  poids.

La  tonelada  (tonne).  ........  920  kilogr.  186
Le  quintal  46  —  009
La  arrorba  H  —  600
La  libra  (livre)  0  —  160
La  onza  (once)  O  —  281
El  adarne  O  —  129
Mesures  de  volume.
Tonelada  (tonne)  1  mètre  cube  516
Tara  cubica  (mètre)  0  —  584
Pié  cubico  O  —  0.2163
Pulgada  cubica  0  —  0.000.125

Les  mesures  topographiques  diffèrent  également  de
celles  qui  sont  employées,  et  comme  les  expressions  sont
à  peu  près  les  mêmes  il  s’en  suit  des  erreurs  de  distance
parfois  considérables.
Ainsi,  la  légua,  ou  lieue,  c’est  toujours  de  la  lieue  géographique ­
  qu’il  s’agit,  à  raison  de  20  au  degré  ;  la  lieue
péruvienne  est  donc  de  5  kil.  555  ;  on  emploie  aussi  la
lieue  commune,  qui  est  de  5  kil.  572.
Le  milia  ou  mille  de  1000  pas  équivaut  à  1.393  mètres.
h'estadal  représente  1  m.  672.
Le  paso  ou  pas  géométrique  donne  lm.  393.
Le  pié  géométrique  0  m.  278.
VIII.  —  Les  principales  ressources  du  budget  péruvien
reposent  sur  les  entrées  et  sorties  douanières,  et  sur  l’affermage ­
  de  divers  monopoles,  etc.  Malheureusement  l’administration ­
  des  douanes  laisse  beaucoup  à  désirer.
Malgré  le  trop  grand  nombre  de  ports  (d’aucuns  disent,
nombre  insuffisant),  en  raison  de  sa  trop  grande  étendue,
la  côte  se  trouve  peu  ou  pas  surveillée,  ce  qui  rend  très
facile  l’introduction  de  marchandises  en  contrebande.
Pour  remédier  à  tous  ces  inconvénients  et  aussi  à  ceux
        <pb n="156" />
        140

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

qui  résultent  de  pratiques  vexatoires  ou  routinières,  le
gouvernement  prépare  certains  règlements  dont  il  attend
les  meilleurs  résultats.
Considérant  qu’il  peut  être  utile  pour  le  commerçant  ou
pour  le  voyageur  de  connaître  les  droits  qui  grèvent  les
marchandises  à  leur  entrée  au  Pérou,  nous  donnons  quelques ­
  indications  à  ce  sujet.
Le  régime  douanier  péruvien  est  basé  sur  le  système
ad  valorem.
Les  tissus  paient  40  pour  100,  les  produits  manufacturés ­
  45  pour  100,  vins  et  liqueurs  65  pour  100,  matières
premières  de  5  à  20  pour  100.
Nous  croyons  savoir  que  ce  tarif  subit  encore  une
aggravation  de  3  pour  100.
L’impôt  sur  les  importations  est  ad  valorem  et  spécifique. ­
  Pour  le  paiement  des  droits  ad  valorem  on  doit
tenir  compte  de  l’unité  de  tarif  qui  sert  pour  la  fixation
des  droits,  suivant  que  l’évaluation  se  fait  en  poids,
mesure  ou  quantité,  et  ensuite  le  pour-cent  que  désigne
la  partie  correspondante  du  tarif.  Le  poids  est  net  ou
brut,  il  est  toujours  net  lorsqu’on  n’a  pas  spécifié  le  contraire. ­

Quand  le  droit  est  établi  pour  un  poids  brut,  on  fait  le
compte  en  multipliant  l’évaluation  par  le  poids  et  en  déduisant ­
  le  pour-cent.  Quand  il  y  a  plusieurs  ballots  égaux,
on  multiplie  leur  nombre  par  le  poids  de  chacun  et  le  produit ­
  se  multiplie  à  son  tour  par  l’évaluation  ;  le  résultat
se  nomme  principal,  le  pour-cent  de  ce  dernier  sera  le
montant  du  droit  à  payer.
Par  exemple,  si  l’on  demande  l’expédition  de  10  pièces
d’étoffe  dont  le  poids  serait  de  50  kilos  chacune  (et  les
droits  sont  fixés  à  40  centavos  le  kilo  avec  le  30  p.  100),
le  calcul  se  fera  de  la  façon  suivante  :  10  X  50  =-  500  kil.  ;
        <pb n="157" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  141

500x40  =  200  principal.  Si  nous  prenons  le  30  p.  100
200X30  .  .  ,  .,
nous  trouverons:—t-tx—  =  60  soles  qui  sont  les  droits
100
d’importation  que  devront  payer  les  pièces  d’étoffe.
Quand  la  marchandise  est  tarifée  par  quantité,  à  tant
par  douzaine,  le  nombre  de  celles-ci  se  multiplie  par  l’évaluation ­
  et  ensuite,  on  déduit  le  pour-cent.
Pour  les  marchandises  tarifées  par  longueur,  il  est  nécessaire ­
  de  se  rendre  compte  si  c’est  par  mètre  linéaire,
carré,  ou  cubique.  Quand  il  s’agit  d’une  marchandise
tarifée  par  mètre  de  longueur,  le  tarif  signale  la  largeur
par  centimètre  ;  de  façon  que  cette  fois  il  est  nécessaire
de  multiplier  l’évaluation  par  le  nombre  de  centimètres  de
large  et  par  le  nombre  de  mètres  de  longueur  en  déduisant ­
  du  total  le  pour  cent.
Quand  le  tarif  est  par  mètre  carré,  on  multiplie  la  longueur ­
  par  la  largeur  et  le  produit  que  l’on  obtient  est  le
nombre  de  mètres  carrés  correspondant  à  la  marchandise,
on  multiplie  ensuite  par  l’évaluation  et  en  prenant  le  pourcent, ­
  on  trouve  la  quantité  que  l’on  doit  payer.
Les  marchandises  étrangères  ont  à  payer  à  leur  entrée
nu  Pérou  un  droit  ad  valorem,  variant  suivant  les  catégories ­
  entre  40  et  50  pour  100,  sauf  pour  le  Pérou  amazonien, ­
  où  les  droits  sont  de  15  pour  100,  sur  les  prix  de
facture  pour  les  marchandises  comprises  dans  la  section  7
du  tarif  des  douanes.  Dans  cette  région,  les  articles  suivants ­
  entrent  libres  de  droits  :  bétail  sur  pied,  navires  ou
chaloupes  à  vapeur,  pièces  de  rechange,  charbon  de  terre,
outillage  et  machinerie  de  toute  catégorie  pour  l’agriculture ­
  et  l’industrie,  rails  et  tout  matériel  roulant  pour  chemin ­
  de  fer,  or  contrôlé,  livres  et  ustensiles  d’école,  fours
pour  usage  industriel,  alambics  de  cuivre  pour  rectification, ­
  tachos  (chaudrons)  de  fer  ou  de  cuivre  pesant  plus
        <pb n="158" />
        142

LE  PÉKOU  ÉCONOMIQUE

&amp;gt;

de  36  kilos  ;  cuves,  chaudières  et  autres  ustensiles  qui
sont  employés  pour  recueillir  le  caoutchouc.
Toutes  les  autres  marchandises  paieront  30  pour  100
sur  la  valeur  fixée  par  le  tarif,  exception  faite  des  bijoux
d’or  et  d’argent  montés  avec  pierres  précieuses.
Le  caoutchouc  qui  s’exporte  par  les  douanes  amazoniennes ­
  paie,  quelle  que  soit  sa  catégorie,  un  droit  de
20  centavos  (0  fr.  50)  par  kilo  (poids  brut),  ou  24  centavos
  (0  fr.  60)  poids  net,  quand  il  n’est  pas  emballé  en
caisse.
IX.  —  Suivant  la  loi  du  18  mars  1876,  Vinstruction
publique  est  officielle,  libre  ou  particulière.  L’enseignement ­
  se  divise  en  primaire,  secondaire  et  universitaire.
L’enseignement  primaire  est  gratuit  et  obligatoire.  On
compte  au  Pérou  six  universités,  cellesde  Lima,  Arequipa,
Trujillo,  Cuzco,  Puno,  Ayacucho,  où  existent  des  facultés
de  droit,  théologie,  médecine,  des  sciences,  des  lettres  et
de  philosophie.
Il  y  a  des  écoles  normales  de  fondation  récente,  des
écoles  d’Arts  et  Métiers,  d’Agriculture,  de  Commerce,  de
Mines,  de  Beaux-Arts,  Ecole  Navale,  Ecole  Militaire.
Parmi  les  écoles  spéciales,  nous  citerons  encore  :  l’Ecole
spéciale  de  constructions  civiles  et  de  mines  qui  possède
une  importante  collection  géologique,  minéralogique  et
paléontologique,  l’Ecole  militaire  d’application,  l’Ecole  de
contremaîtres  du  Cerro  de  Pasco,  l’Ecole  Nautique  de
Païta  et  le  Jardin  Botanique.
Malgré  tous  ces  établissements,  dont  plusieurs  sont  de
fondation  récente,  il  faut,  pour  être  exact,  reconnaître  que
l’instruction  publique  a  été  longtemps  entièrement  délaissée
au  Pérou,  et  qu’elle  est  loin  d’être  aussi  avancée  que  dans
la  République  Argentine  et  au  Chili.  Jusqu’à  ces  derniers
temps,  le  Pérou  pouvait  figurer  dans  toutes  les  statisti ­
        <pb n="159" />
        LK  PÉROU  ÉCONOMIQUE

143

ques  scolaires  comme  un  des  pays  dépensant  le  moins
pour  l’instruction  publique,  et  bien  souvent  les  fonds  qui
devaient  être  attribués  à  l’enseignement  étaient  mal  répartis ­
  ou  avaient  un  emploi  différent.
En  raison  de  l’état  stationnaire  du  pays,  la  réalisation
de  ce  problème  de  l’enseignement  exigeait  de  si  coûteuses
dépenses  et  la  stabilité  gouvernementale  était  si  précaire,
que  la  plupart  des  gouvernements  qui  se  succédèrent  jusque ­
  vers  1900,  laissèrent  les  choses  telles  qu’elles  étaient  ;
c’est  dire  que,  outre  les  Indiens  Quechuas  qui  se  montrent ­
  quelque  peu  réfractaires  à  l’enseignement,  il  existe
encore  un  grand  nombre  de  Péruviens  qui  ne  savent  ni
lire  ni  écrire.  Mais  dans  ces  dernières  années,  le  Pérou,
profitant  d’une  période  de  paix  qui  semble  définitive,  a
consacré  à  l’instruction  publique  des  ressources  et  des
soins  dont  les  résultats  se  feront  sentir.
C’est  sous  l’administration  des  deux  derniers  présidents,
MM.  Candamo  et  Leguia,  que  les  progrès  dans  l’enseignement ­
  furent  les  plus  sensibles.  Grâce  à  leur  impulsion  on
commença  par  fonder  des  écoles  normales  pour  la  formation ­
  des  maîtres.  On  enleva  aux  municipalités  la  gestion
scolaire  qui  dès  lors  fut  sous  la  surveillance  de  l’Etat  ;  les
émoluments  du  personnel  enseignant  furent  augmentés,
des  retraites  créées,  dont  les  ressources  iront  en  augmentant ­
  rapidement,  attendu  que  les  fonds  qui  doivent  les
alimenter  proviennent  d’un  impôt  de  5  pour  100  sur  les
recettes  fiscales  et  de  30  pour  100  sur  les  recettes  départementales. ­
  On  fit  en  outre  venir  d’Europe  des  pro-,
fesseurs  compétents,  et  enfin,  on  entreprit  la  construction ­
  d’écoles  bâties  en  harmonie  avec  les  règles  les  plus
modernes  de  l’hygiène,  écoles  qui  sont  en  voie  d’achèvement. ­

C’est  ainsi  que  pendant  ces  deux  dernières  années  plus
        <pb n="160" />
        144

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

de  trois  cents  écoles  ont  été  créées  dans  l’intérieur.  Il  y
aurait  actuellement  1.435  écoles  officielles  ;  2.000  écoles
primaires  ;  410  écoles  libres,  avec  près  de  100.000  élèves.
En  1908,  on  dépensa  238.398  livres  sterling  pour  les
établissements  primaires;  en  1912,  245.810  livres.
Dans  les  facultés  de  médecine  et  de  sciences  les  droits
d’inscription  sont  de  30  soles,  et  autant  de  droits  d’examen. ­
  Dans  les  autres  facultés  ces  mêmes  droits  sont  de
24  soles  ;  quand  on  suit  les  cours  de  deux  facultés,  exception ­
  faite  des  deux  premières,  ces  droits  sont  réduits  à
36  soles.
L’instruction  universitaire,  jadis  réservée  aux  magistrats, ­
  devient  de  plus  en  plus  à  la  mode  dans  la  haute  et
moyenne  société,  d’où  elle  pénètre  dans  les  classes  secondaires. ­

A  Lima,  Arequipa  et  le  Callao,  un  grand  nombre  de
personnes  de  la  société  sont  très  lettrées  et  parlent  couramment ­
  le  français,  l’anglais  et  même  l’allemand  ;  car,
contrairement  à  ce  qui  se  passe  chez  nous,  l’étude  pratique, ­
  et  non  uniquement  classique,  des  langues  étrangères ­
  est  très  en  honneur.
X.  —  Un  certain  nombre  d’institutions,  étroitement
liées  avec  l’instruction  publique  et  le  progrès  intellectuel
du  pays,  se  développent  remarquablement  sous  l’impulsion
donnée  par  quelques  hommes  éclairés  et  dévoués,  qui
trouvent  encore  chez  le  président  Pardo  des  encouragements ­
  et  un  appui  effectif.  Parmi  ces  institutions,  nous
citerons  la  Bibliothèque  nationale  et  le  Musée  National
qui,  quoique  ayant  été  pillés  par  l’armée  chilienne  en
1881,  se  sont  peu  à  peu  reconstitués;  les  Archives  nationales, ­
  les  Sociétés  d’Agriculture,  de  Mines,  d’industrie,
la  Société  des  ingénieurs,  des  Amants  de  la  science,  et
enfin  la  Société  de  Géographie  de  Lima,  grâce  à  laquelle
        <pb n="161" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  145

la  géographie  du  Pérou,  presque  dans  l’enfance  il  y  a
vingt  ans,  prend  un  développement  considérable.
Cette  société  a  été  fondée  en  1888,  dans  le  but  de  propager ­
  les  études  géographiques  et  de  faciliter  la  connaissance ­
  et  l’exploitation  des  produits  naturels  du  pays,
de  créer  un  centre  de  renseignements  sur  l’ensemble  du
pays  généralement  peu  connu  même  du  Péruvien  ;  on
peut  dire  que  ce  but  a  été  grandement  atteint  et  que  la
Société  de  Géographie  de  Lima,  qui  est  la  principale  institution ­
  scientifique  du  Pérou,  peut  être  justement  comparée
aux  sociétés  du  même  genre  existant  en  Europe.  C’est  sous
son  impulsion  et  avec  l’aide  et  la  protection  du  gouvernement ­
  que  différents  travaux  scientifiques  dont  le  monopole ­
  semblait  appartenir  aux  étrangers,  tant  les  Péruviens
s’en  occupent  peu,  ont  été  achevés  ou  continués,  comme
par  exemple  la  carte  générale  du  Pérou  laissée  inachevée
par  le  savant  naturaliste  et  géographe  Antonio  Raimondi
qui,  avec  Paz  Saldan,  contribua  le  plus  à  faire  connaître  le
Pérou.  Outre  la  publication  de  son  Bulletin,  et  d’importants ­
  travaux  sur  la  géographie,  l’archéologie,  la  statistique, ­
  l’hydrographie  et  la  climatologie  du  pays,  cette  société
a  été  chargée  de  publier  et  de  continuer  l’œuvre  de  Raimondi, ­
  «  El  Peru  »,  travail  immense,  dont  tous  ceux  qui
parlent  du  Pérou  sont  tributaires.
XI.  —  La  liberté  de  la  presse  est  aussi  grande  au  Pérou
que  dans  les  principaux  pays  d’Europe,  aussi  les  publications ­
  y  sont-elles  fort  nombreuses.  Déjà  au  temps  de  la
colonisation  et  pendant  trois  siècles,  Lima,  qui  comptait ­
  plusieurs  établissements  typographiques,  fut  seule  à
fournir  de  publications  toute  l’Amérique  du  Sud,  malgré
les  entraves  que  l’on  mettait  à  l’expression  de  la  pensée
à  cette  époque.
C’est  surtout  dans  les  grandes  villes  qu’il  se  publie
10
        <pb n="162" />
        146

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

quelques  livres  et  surtout  beaucoup  de  brochures,  et  il  va
sans  dire  un  grand  nombre  de  journaux  parmi  lesquels  il
faut  signaler  :  «  El  Comercio  »,  le  doyen  de  la  presse,
qui  date  de  1839;  El  National;  El  Pais;  La  Opinion
nationale;  El  Tiempo;  La  Ley  ;  El  Peruano  (qui  vient
d’être  converti  en  journal  officiel);  etc.,  etc.  Parmi  ces
journaux,  quelques-uns,  entre  autres  El  Comercio,  publient ­
  des  articles  de  sciences  et  d’affaires  des  plus
intéressants.
Dans  l’intérieur,  les  journaux  sont  généralement  encore
dans  l’enfance,  et  contiennent  le  plus  souvent  des  discussions ­
  oiseuses  entre  particuliers,  des  dithyrambes  ou
des  critiques  passionnées,  des  annonces  et  des  réclames
à  foison  ;  mais  guère  d’articles  de  fond,  qui  d’ailleurs  laissent ­
  toujours  à  désirer.  On  écrit  pour  écrire  et  c’est  tout.
La  plupart  des  institutions  scientifiques  possèdent  des
organes  ou  revues  très  bien  rédigés  et  toujours  très
intéressants,  parmi  lesquels  :  La  Revista  de  Sciencias;
El  Boletin  de  la  Sociedad  geograflca  de  Lima;  Boletin
de  la  Sociedad  de  Agricultura  ;  Boletin  de  la  Escuela
de  Minas;  Boletin  de  la  Sociedad  de  Mineria.  La  lecture ­
  du  Boletin  del  cuerpo  de  Ingenieros  del  Peru
et  du  Boletin  del  Ministerio  de  Fomento,  serait  grandement ­
  utile,  et  nous  la  conseillons  très  vivement  aux
capitalistes  et  industriels  qui  y  trouveraient  des  renseignements ­
  précieux  sur  les  mines  et  gisements  récemment
découverts  ou  inexploités.  Dans  le  Boletin  del  Ministerio
de  Fomento  on  trouvera  d’utiles  indications  sur  les  procédés ­
  agricoles  employés,  les  produits  cultivés,  leur  rendement, ­
  les  régions  libres  où  pourra  se  faire  avec
avantage  l’exploitation  de  telles  ou  telles  ressources  naturelles. ­

XII.  —  Le  Pérou  n’a  pas  encore  à  sa  disposition  un
        <pb n="163" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

147

corps  d’ingénieurs  des  ponts  et  chaussées  bien  organisé.
Pour  tous  les  travaux  publics  importants,  routes,  chemins
de  fer,  ports,  il  traite  directement  avec  des  entreprises
particulières  ;  la  Péruvian  Corporation  entreprend  une
grande  partie  de  ces  travaux  qu’elle  mène  à  bien  avec
plus  ou  moins  d’empressement.
Les  travaux  maritimes  ont  de  tout  temps  été  fort  négligés ­
  ;  seul  le  Callao  possède  des  docks  artificiels  fort  bien
conçus,  œuvre  d’une  société  française  ;  les  autres  ports
sont  à  l’état  de  nature,  avec  quelques  môles  ou  wharfs,
mal  conçus  et  dans  un  état  tout  à  fait  embryonnaire.
Le  gouvernement  péruvien  ne  s’occupe  que  fort  peu
de  la  construction  des  églises,  préfectures,  mairies,  etc.
Dans  les  villes  de  l’intérieur,  les  municipalités  ont  à  cet
égard  la  plus  large  autonomie,  le  gouvernement  n’intervient ­
  que  pour  procurer  les  plans  et  les  ingénieurs  et
faciliter  les  emprunts  s’il  y  a  lieu.  Il  est  vrai  que  dans
les  départements  péruviens,  les  préfets  ne  sont  pas  comme
chez  nous  logés  dans  des  palais  ;  fort  loin  de  là,  sous  ce
rapport,  ces  fonctionnaires  ne  sont  pas  très  privilégiés.
XIII.  —  Jusqu’en  1886,  l’organisation  de  la  police  laissait ­
  grandement  à  désirer  ;  elle  ne  se  composait  alors  que
de  simples  fractions,  commandées  par  des  officiers  de
l’armée,  et  placées  sous  le  même  régime  que  celle-ci,
mal  payées,  et  susceptibles  d’être  mobilisées  comme
troupes  de  ligne.  Cet  état  de  choses  engendrait  de  nombreux ­
  abus  et  actes  d’arbitraire  de  la  part  des  agents
de  cette  police  vis-à-vis  d’une  certaine  partie  de  la  population. ­
  Il  faut  reconnaître  que  depuis,  des  réformes
importantes  ont  été  réalisées.  Un  des  premiers  essais
employés  avec  succès  à  Lima  fut,  outre  l’amélioration  des
conditions  matérielles  de  la  garde  civile,  le  décret  garantissant ­
  l’avancement  hiérarchique  depuis  le  poste  modeste
        <pb n="164" />
        148

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

de  Inspector  del  Orden  (inspecteur  de  l’ordre)  jusqu’à
celui  d'inspector  superior,  faisant  ainsi  de  la  police  une
carrière  professionnelle  avec  les  différents  avantages  qui
y  correspondent.  Les  résultats  furent  si  satisfaisants  que
cette  organisation  fut  étendue  aux  principaux  centres.
Telle  qu’elle  est,  la  police  des  principales  villes  du
Pérou  rend  des  services  appréciables,  nous  ajouterons
même  que,  sauf  à  Santiago  du  Chili  et  à  Panama,  nous
n’avons  trouvé  nulle  part  ailleurs  des  agents  aussi  courtois, ­
  discrets  et  serviables.  La  gendarmerie  ou  police
rurale  est  organisée  sur  les  mêmes  bases,  elle  assure
dans  la  mesure  du  possible,  vu  l’immensité  du  territoire
péruvien,  la  sécurité  du  trafic  dans  les  vallées  de  l’intérieur ­
  ;  cependant  la  douceur  des  mœurs  et  l’honnêteté
relative  des  Indiens  quechuas  sont  encore  une  garantie
supérieure.  Ce  que  l’on  peut  appeler  la  police  préventive,
de  sûreté,  n’existe  que  peu  ou  pas.
XIY.  —  Nous  ne  pouvons  achever  ce  chapitre  sans  dire
quelques  mots  de  l’armée  péruvienne.  Cette  armée,  malgré
l’étendue  du  territoire,  est  peu  nombreuse.  Sont  inscrits ­
  au  budget  de  la  guerre  :  6  bataillons  d’infanterie
donnant  2.000  hommes  en  tout  ;  2  régiments  de  cavalerie ­
  de  250  hommes  chacun  ;  4  escadrons  autonomes  de
125  hommes  chacun,  lesquels  servent  d’escorte  au  chef
de  l’Etat  ;  un  régiment  d’artillerie  de  montagne  de
510  hommes,  ce  qui  peut  former  un  total  vrai  de
4.000  hommes,  limite  fixée  par  la  loi  budgétaire.
Jusqu’à  ces  dernières  années,  le  corps  des  officiers,
sauf  un  certain  nombre  d’exceptions,  laissait  quelque  peu
à  désirer;  on  constatait  leur  peu  de  goût  pour  l’étude  et  par
conséquent  leur  manque  d’instruction  solide  ;  en  échange,
surtout  chez  les  officiers  supérieurs,  beaucoup  de  penchant
pour  la  politique.
        <pb n="165" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

149

XV.  —  Pour  arriver  à  la  réorganisation  complète  de
son  armée,  le  Pérou  créa  en  1896  une  École  militaire  navale ­
  préparatoire.  Les  jeunes  gens  y  reçoivent  une  instruction ­
  théorique,  puis  ils  doivent  passer  à  l’École  d’application, ­
  avant  de  figurer  dans  les  cadres  de  l’armée  ou  dans
ceux  de  la  marine.
Les  élèves  sont  tous  boursiers  de  l’État,  ils  reçoivent
dans  ces  écoles  nourriture  et  éducation,  les  vêtements,
ustensiles,  livres  et  fournitures  diverses  d’enseignement
restant  seuls  à  la  charge  des  parents  ou  tuteurs.  Avant
de  commencer  la  troisième  année  d’études,  chaque  élève
doit  signer  un  engagement  par  lequel  il  s’oblige  à  servir
cinq  ans  dans  l’armée  ou  la  marine.  Les  études  concernant ­
  l’infanterie  et  la  cavalerie  se  font  en  trois  ans,  pour
les  armes  spéciales,  cinq  ans.
Les  élèves  qui  ont  terminé  leurs  études  d’une  façon
satisfaisante  passent  ensuite  comme  sous-lieutenants  à
l’Ecole  d’application  (1)  qui  est  installée  à  Chorrillos.
Dans  cette  école  qui  est  organisée  en  quatre  sections  permanentes ­
  :  infanterie,  cavalerie,  génie  et  administration,
les  jeunes  officiers  reçoivent  l’instruction  technique  pratique. ­
  En  1896,  le  gouvernement  péruvien  fit  appel  à  un
groupe  d’officiers  français  pour  diriger  chacune  des  sections ­
  de  cette  école.
Le  chef  de  cette  mission  militaire  fut  le  capitaine  d’artillerie ­
  Paul  Clément,  secondé  par  le  capitaine  Bailly-Maistre
  pour  le  génie  et  par  le  capitaine  d’André  pour
l’infanterie.  Ces  officiers,  qui  avaient  au  Pérou  le  grade
de  colonel,  accomplirent  leur  mission  de  la  manière  la
plus  heureuse.
Leur  tâche  n’était  cependant  rien  moins  que  facile  dans
*  9)  C’est  en  même  temps  une  école  d’instruction  complémentaire  dont
1  organisation  excellente  est  dpe  aux  officiers  de  la  mission  française.
        <pb n="166" />
        150

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

un  pays  où  jusqu’alors  la  carrière  militaire  avait  été  fort
peu  recherchée  par  l’élite  de  la  population.
Les  officiers  de  la  mission  militaire  française  eurent
à  lutter  contre  la  mauvaise  volonté  d’une  partie  du  corps
des  officiers  qui,  sauf  d’honorables  exceptions,  se  faisait
remarquer  par  une  ignorance  et  une  paresse  absolues.
En  outre  l’armée  péruvienne,  composée  d’éléments  d’apparence ­
  plutôt  médiocres,  paraissait  difficile  à  améliorer,
en  raison  du  caractère  apathique  des  soldats,  indolents
au  delà  de  toute  expression  :  l’armée  péruvienne  est  en
grande  partie  composée  d’indiens.  Les  lois  sur  le  recrutement ­
  militaire  équitables  en  théorie  présentent  dans  la
pratique  de  graves  inconvénients,  les  procédés  employés
pour  boucher  les  vides  sont  fortement  entachés  d’arbitraire, ­
  et  très  impopulaires  dans  les  régions  centrales.  La
mission  militaire  a  réussi  à  faire  voter  par  les  Chambres
une  loi  qui  a  apporté  plus  d’équité  dans  l’avancement,
autrefois  dû  au  bon  plaisir  et  à  l’arbitraire  ;  mais  les  méthodes ­
  de  recrutement  n’ont  pas  été,  quoi  qu’on  dise,
améliorées.  On  opère  toujours  de  la  manière  suivante  :
Un  détachement  de  troupes  parcourt  les  villages  de
l’intérieur,  et  enrôle  de  force  les  malheureux  Indiens  qui
ne  se  sont  pas  dissimulés  à  temps.  Ces  recrues  sont  désignées ­
  sous  le  nom  d’engagés  volontaires  !
Ces  indigènes,  peu  belliqueux  en  général,  ont  peu  de
goût  pour  le  métier  militaire,  ils  se  montrent  tout  d’abord
réfractaires  à  tout  exercice.  Un  certain  nombre  même,  transportés ­
  loin  de  leur  pays  ou  brutalement  séparés  de  leurs
familles,  voire  de  leurs  femmes,  sont  minés  peu  à  peu  parle
désespoir  et  meurent  de  nostalgie.  Mais  le  plus  grand
nombre  au  contraire,  une  fois  passés  les  premiers  jours
d’éducation  militaire,  se  trouvent  tellement  bien  du  régime
qu’ils  ne  veulent  plus  retourner  dans  leurs  familles,  carie
        <pb n="167" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

151

sort  qui  leur  est  fait  au  régiment  est  souvent  préférable  à
la  vie  précaire  qu’ils  menaient  dans  leurs  montagnes  :  ils
ont  tout  au  moins  à  la  caserne  l’existence  assurée.  Ces
mêmes  Indiens,  dans  les  époques  «  d’enrôlements  volontaires ­
  »,  ne  sont  pas  les  recruteurs  les  moins  impitoyables. ­

Les  officiers  de  la  mission  française  ont  réussi  à  améliorer ­
  l’aspect  de  ces  troupes,  capables  d’efforts  héroïques
à  l’occasion,  mais  d’une  tenue  assez  fâcheuse.  On  peut  les
voir  aujourd’hui  défiler  dans  les  rues  de  Lima  revêtues
d’uniformes  d’une  propreté  irréprochable  ;  elles  conservent
sous  les  armes  une  allure  plus  martiale  (1).
(1)  Des  manœuvres  faites  par  l’état-major,  sous  la  direction  de  la  mission, ­
  démontrèrent  les  progrès  réalisés  dans  l’instruction  technique  et
pratique  des  officiers  et  des  corps  de  troupes.
En  1904,  le  capitaine  Clément  revint  en  France,  son  engagement  terminé. ­
  A  son  arrivée,  il  fut  nommé  commandant;  le  capitaine  de  cavalerie
Dogny  le  remplaça  comme  chef  de  la  mission  militaire.  Cependant  le
gouvernement  péruvien,  ayant  su  apprécier  les  efforts  et  la  valeur  du
commandant  Clément  et  reconnaissant  des  résultats  obtenus,  proposa
peu  après  à  cet  officier  de  revenir  au  Pérou  comme  chef  d’état-major
général  de  l’armée  avec  le  grade  de  général.  Le  commandant  accepta,  et
depuis  quelques  années  il  occupe  ces  fonctions  à  l’entière  satisfaction  de
tous;  cette  situation  lui  permet  de  faire  bénéficier  l’industrie  française  de
commandes  importantes  de  matériel  et  d'objets  d’équipement.
Poursuivant  ses  améliorations,  le  gouvernement  a  fait  voter  en  1912  une
loi  rendant  le  service  obligatoire  pour  tous  les  Péruviens  de  vingt  et  un  à
cinquante  ans  d’âge,  capables  de  porter  les  armes.  Nous  avons  vu  qu’en
novembre  de  la  même  année  il  s’assura  le  concours  d’une  nouvelle
mission  française  composée  de  colonels.
Pour  ce  qui  concerne  la  marine,  une  nouvelle  école  navale  a  été  édifiée
à  la  Punta,  près  de  la  station  balnéaire  qui  domine  la  baie  du  Caliao  ;  ie
coût  en  est  de  14.000  livres  sterling.  Le  gouvernement  péruvien  a  aussi
acheté  à  la  France  un  cuirassé  et  un  submersible,  qui  sont  arrivés  récemment ­
  au  Pérou.  Ce  pays  est  actuellement  le  seul  de  l’Amérique  du  Sud
à  posséder  un  sous-marin.
        <pb n="168" />
        CHAPITRE  IX

I,  La  Costa.  —  II.  Aspect.  —III.  Les  lomas.  —IV.  Végétation  et  production. ­
  —  V.  Propriétés  rurales.  —  VI.  L’agriculture  péruvienne.  —
Vil.  Les  grandes  propriétés.  —  VIII.  Irrigation  de  la  Costa.  —  IX.  Les
canaux  de  Chicama  —  X.  Brûler  la  pierre.  —  XI  Lois  d’irrigation.  —
XII.  Une  région  intéressante.  —  XIII.  La  province  de  Tumbes.  —
XIV.  Essences  forestières.  —  XV.  Fertilité  du  sol.  —  XVI.  Récoltes.  —
XVII.  Les  palmiers-cocotiers.  Une  exploitation  avantageuse.  —  XVIII.  Le
bananier.  —  XIX.  Ressources  minières.  —  XX.  Climat  de  Tumbes.

I.  —  La  Cordillère  des  Andes  se  divise  en  entrant
au  Pérou  en  trois  chaînes  qui  sillonnent  le  pays  du  nord
au  sud.  L’une  de  ces  chaînes,  que  l’on  nomme  Cordillère
Occidentale  ou  Cordillère  de  la  Côte,  suit  et  serre  de  si
près  les  côtes  du  Pacifique,  qu’entre  la  mer  et  les  montagnes, ­
  il  n’existe  plus  qu’une  étroite  bande  de  terre  affectant ­
  la  forme  d’un  plan  incliné,  longue  de  près  de  2.000  kilomètres ­
  et  d’une  largeur  variant  entre  90  et  150  kilomètres, ­
  comprise  entre  le  hord  de  la  mer  et  1.500  à  2.000
mètres  d’altitude.  Cette  zone,  que  l’on  nomme  la  Costa.,  a
une  superficie  de  250.000  kilomètres  carrés  environ;  c’est
une  série  de  dunes  (lomas),  de  plaines  d’apparence  désertique, ­
  sillonnées  de  vallées  transversales  arrosées  par
des  rivières  torrentueuses.
II  —  Le  sol  de  cette  zone  descend  vers  la  mer  du  haut
        <pb n="169" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

153

de  la  Cordillère  en  ondulations  déchiquetées,  sablonneuses
et  jaunâtres.  Si  des  vallées  et  vallons  assez  nombreux  forment ­
  des  oasis  d  une  incroyable  fertilité,  la  verdure  qui
les  signale  contraste  très  vivement  avec  les  contreforts  de
la  Cordillère  et  avec  les  arenales,  régions  de  sables  stériles, ­
  et  avec  deux  sortes  de  déserts  de  plusieurs  centaines
de  kilomètres,  l’un  au  nord  que  l’on  nomme  Séchura,
l’autre  au  sud  appelé  pampa  d’Islay.
Comme  nous  l’avons  déjà  dit,  l’état  caractéristique  de
la  Costa  est  une  extrême  sécheresse.  Mais  il  y  a  la  rosée,
appelée  garua,  et  surtout  le  courant  deHumboldt  —  véritable ­
  fleuve  d’eau  froide  venu  des  régions  antarctiques  —
qui  rendent  le  pays  habitable.  La  fraîcheur  qui  se  dégage
de  ce  courant  tempère  l’ardeur  des  rayons  du  soleil.  C’est
ce  qui  fait  que  la  chaleur  maximade  cette  zone  ne  dépasse
guère  30°,  et  cela  sous  la  même  latitude  que  le  nord  de
Madagascar  ou  que  Java.  Ce  courant  assainit  la  côte  en
transportant  au  large  le  mélange  d’écume,  d’algues  et  de
vase  rejeté  du  fond  de  la  mer  par  les  éruptions  sous-marines.
  Il  roule  en  outre  des  poissons  en  quantités  innombrables, ­
  groupés  en  masses  compactes;  ces  poissons  à
leur  tour  attirent  des  nuages  d’oiseaux  de  mer,  mouettes,
cormorans,  pajaros,  gaviotes,  etc.  ;  ces  oiseaux  sont  si
nombreux  parfois,  que  pendant  de  longs  moments  ils  interceptent ­
  la  lumière  du  soleil.  Ce  sont  ces  mêmes  oiseaux
qui  ont  recouvert  les  îles  Chinchas  et  d’autres  encore,  du
guano  qui  pendant  longtemps  fit  la  fortune  du  Pérou  ;  cette
richesse  est  à  l’heure  présente  sinon  épuisée,  du  moins
considérablement  amoindrie.
III.  —Entre  la  chaîne  de  collines  de  la  Côte  que  l’on
nomme  communément  lomas,  la  terre  reçoit,  pendant  ce
qu’il  est  convenu  d’appeler  hiver,  de  petites  averses  ;  à
cette  époque  la  garua  ne  tombe  pas.  Pendant  cette  saison
        <pb n="170" />
        154

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

relativement  humide  le  sol  se  couvre  d’une  sorte  de  pâtu  ­
rage  qui  est  d’autant  plus  abondant  que  les  collines  sont
plus  hautes  ;  ces  herbages  sont  plus  rares  lorsque  l’année
est  exceptionnellement  sèche  ;  le  plus  souvent  ils  couvrent
d’un  vert  tapis  toute  la  pente  des  collines  où  se  nourrissent ­
  de  nombreux  troupeaux  venus  de  la  Sierra  et  des
vallées  adjacentes.
Dans  certains  ravins  de  cette  chaîne  il  y  a  de  l’eau  courante ­
  pendant  quelques  semaines,  quand  cesse  la  saison
pluvieuse  il  reste  des  sources  dont  l’eau  est  employée  pour
arroser  des  oliveraies  et  des  champs  de  luzerne.  Les  terrains ­
  cultivés  de  cette  partie  des  lomas  ne  dépassent  guère
200  hectares.
On  pourrait  cultiver  beaucoup  d’autres  vallons  en  les
arrosant  à  l’aide  de  pompes,  mues  par  des  moulins  à  vent,
comme  cela  a  été  essayé  avec  succès  dans  une  quebrada.
entre  Mollendo  et  la  première  station  du  chemin  allant  à
Arequipa.
Toutes  les  rivières  ou  torrents  qui  sillonnent  la  zone  de
la  Costa  roulent  peu  d’eau  malgré  leur  largeur,  pendant
les  mois  de  mai  à  décembre.  En  janvier,  février,  mars  et
avril,  les  eaux  produites  par  les  pluies  qui  tombent  dans
la  Sierra  les  convertissent  en  cours  d’eau  des  plus  torrentueux, ­
  impossibles  à  franchir  autrement  que  sur  des  ponts
établis  de  loin  en  loin.
IY.  —  Malgré  son  apparence  aride  la  Costa  est  la  région
la  plus  peuplée  du  Pérou,  en  raison  sans  doute  de  son
climat  absolument  uniforme,  et  aussi  à  cause  du  voisinage
de  l’océan.  Du  reste  cette  côte,  qu’on  dit  inculte,  peut  être
transformée  en  riches  plantations  de  coton  et  de  canne  à
sucre,  comme  l’exemple  l’a  maintes  fois  démontré  dans
des  plaines  nues  et  désolées,  où  il  a  suffi  d’établir  quelques
barrages  ou  de  faire  quelques  travaux  d’irrigation.  Sans
        <pb n="171" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  155

être  d’une  grande  diversité,  la  production  de  la  Costa  est
quand  même  des  plus  importantes.
Cette  végétation  est  concentrée  dans  un  certain  nombre
d’oasis  naturelles  et  artificielles,  ces  dernières  deviennent
déplus  en  plus  nombreuses.  Tout  ce  qui  n’est  pas  vallée,
les  plaines  et  versants  des  montagnes,  est  dénudé  pendant
sept  à  huit  mois  de  l’année  ;  çà  et  là,  on  trouve  des  cactus
et  des  chardons  qui  recouvrent  un  peu  l’aridité  du  sol.  Mais
lorsque  les  averses  et  la  rosée  de  brouillard  commencent  à
tomber,  ces  déserts  se  couvrent  d’une  végétation  herbacée
plus  ou  moins  abondante,  parmi  laquelle  jaillissent  les
grandes  fleurs  jaunes  de  Yamancaues,  et  diverses  autres
aux  couleurs  rouges  et  blanches  qui  égaient  le  paysage,
généralement  morne  et  désolé.  Mais  tout  cela  disparaît
avec  le  retour  du  printemps,  et  bientôt  le  sol  reprend
son  aspect  désertique.
La  végétation  reste  constante  dans  les  vallées  arrosées
par  de  petits  cours  d’eau,  ou  par  des  étangs  et  des  mares
(represas)  dont  l’eau  a  été  captée  plus  ou  moins  loin.  Si  les
essences  forestières  sont  peu  nombreuses,  puisqu’on  voit
à  peine  quelques  bosquets  de  caroubiers,  d’acacias  ou  de
molle  odoriférant,  car  les  grands  arbres  ne  se  plaisent
pas  dans  cette  région,  en  revanche  on  y  trouve  toutes  les
variétés  des  arbres  à  fruit  d’Europe,  en  même  temps  que
ceux  des  régions  intertropicales  :  poiriers,  pêchers,  pruniers, ­
  pommiers,  mûriers,  oliviers,  voisinent  avec  des  bananiers, ­
  des  citronniers,  des  orangers,  des  grenadilliers,l  ananas,
  etc.  C’est  aussi  une  grande  variété  de  légumineuses,
pommes  de  terre  de  plusieurs  sortes,  la  patate  camote,  le
manioc  (yucca),  divers  échantillons  de  plantes  naturelles
et  un  grand  nombre  de  fleurs  cultivées  avec  soin.
Les  plantes  qui  font  l’objet  d’une  culture  intensive  sont  :
la  canne  à  sucre,  le  cacaoyer,  le  riz,  le  cotonnier,  le  maïs,
        <pb n="172" />
        156

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

la  vigne  et  le  nopal  ou  cochenillier.  Toute  cette  végétation
est  celle  que  l’on  trouve  à  proximité  de  la  mer.  Les  végétaux ­
  se  modifient  peu  à  peu  à  mesure  qu’on  s’élève  vers  la
Sierra.  Tout  d’abord  les  variétés  délicates  cèdent  la  place
à  de  plus  grossières,  les  plantes  tropicales  perdent  peu  à
peu  du  terrain  et  finissent  par  se  mélanger  avec  celles  de
nos  pays  tempérés  à  1.000  ou  1.200  mètres.
A  cette  altitude,  on  commence  à  trouver  en  abondance
le  cactus,  les  nopals  et  surtout  un  géant  de  l’espèce,  le
peruvianus  ;  les  arbres  fruitiers  croissent  encore  admirablement ­
  ;  de  même  la  vigne  qui  donne  des  fruits  comme
en  France.
Toute  cette  région  jusqu’à  3.000  mètres  semble  l’endroit
d’où  l’Europe  a  tiré  la  pomme  de  terre,  qui  paraît  être  le
produit  naturel  du  pays  avec  d’autres  tubercules,  l’alluco
et  le  massua.
Quoique  du  nord  au  sud  de  l’immense  Costa,  tous  les
fruits,  toutes  les  plantes  et  cultures  que  nous  venons  de
désigner  viennent  également  bien  et  s’exploitent  en  plus
ou  moins  grande  quantité,  la  nature  semble  avoir  divisé
cette  zone  en  plusieurs  parties  en  donnant  à  chacune  d’elles
une  production  spéciale,  c’est-à-dire  plus  favorisée.
Par  exemple,  en  partant  du  nord  de  la  république,  nous
trouvons  la  région  de  Tumbès  spéciale  pour  ses  tabacs  ;
dans  celles  de  Piura  et  de  Paita  et  dans  celle  d’ÏCA
plus  au  sud,  le  coton  est  exploité  en  grand  avec  d’excellents
rendements;  la  région  de  Lamrayeque  et  de  Chiclayo  produit ­
  du  riz  en  abondance.  Dans  le  département  de  Libertad,
les  régions  de  Pacasmayo  et  de  Trujillo  se  prêtent  admirablement ­
  à  la  culture  de  la  canne  à  sucre  (1).
(1)  Cette  graminée,  que  l’on  cultive  encore  daus  de  meilleures  conditions
dans  les  vallées  profondes  de  la  Sierra  et  de  la  Montana,  croît  d’une
façon  admirable  dans  cette  partie  de  la  Costa  et  y  donne  de  plus  grands
        <pb n="173" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

157

Le  département  de  Lima  produit  aussi  de  la  canne  à
sucre,  et  dans  la  contrée  avoisinant  la  capitale  et  le  Gallao
on  cultive,  en  outre,  les  plantes  maraîchères.
Sur  la  côte  sud,  dans  les  régions  de  Pisco  et  de  Moquegua,
la  vigne  fait  l'objet  d’une  grande  exploitation  et  vient  dans
des  conditions  merveilleuses.  Toute  cette  partie  du  Pérou
est  aussi  particulièrement  favorable  à  la  culture  du  coton  ;
l’olivier  se  développe  admirablement  dans  les  provinces
de  Lima,  Camana,  et  Moquegua.  Il  y  existe  trois  variétés ­
  d’oliviers  donnant  des  olives  :  noires  communes,
vertes,  et  rouge  brun  ;  l’industrie  en  extrait  46  kilos  d’huile
vierge  pour  140  kilos  de  fruits.
En  parlant  de  l’agriculture  nous  nous  étendrons  plus
longuement  sur  toutes  ces  productions,  leur  exploitation  et
les  avantages  qui  en  résultent.
V.  —  La  propriété  rurale  fut  organisée  au  Pérou  par  les
conquistadors  espagnols,  dont  les  chefs  distribuèrent  entre
leurs  subalternes  une  grande  partie  du  territoire  conquis
sur  les  Incas.  Ces  fractions  se  nommèrent  partidas  ou
encomiendas,  et  leurs  possesseurs  étaient  seigneurs  absolus ­
  de  ces  fiefs  ;  plus  tard  les  héritages  et  les  cessions
divisèrent  progressivement  ces  propriétés  de  façon  qu’il
en  existe  aujourd’hui  une  plus  grande  quantité  ;  cependant
la  majeure  partie  de  ces  propriétés  possèdent  encore  une
extension  territoriale  très  considérable  ;  celles  qui  comprennent ­
  100  ou  150.000  hectares  ne  sont  pas  rares  ;  nous
ne  parlons  pas  ici  des  grandes  concessions  de  500.000  et
bénéfices  en  raison  de  la  proximité  de  la  mer  et  des  grands  centres  ;  elle
ne  subit  pas  non  plus  dans  cette  région  de  tempêtes  ni  d’orages  qui  en
d’autres  lieux  détruisent  en  quelques  heures  de  magnifiques  plantations.
Dans  ces  vallées  delà  Costa,  la  canne  à  sucre  atteint  sa  pleine  maturité  en
18  à  20  mois  et  peut  donner  quatre  coupes  ;  le  rapport  est  de  10.000  kilos
Par  hectare,  tandis  qu’aux  Antilles,  la  canne  ne  donne  que  3.000  à  4.500
kilos  par  hectare.
        <pb n="174" />
        158

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

jusqu’à  2  millions  d’hectares  accordées  ces  dernières  années ­
  à  diverses  sociétés,  entre  autres  à  la  «  Peruvian
Corporation.  »
Au  Pérou  et  dans  presque  toute  l’Amérique  espagnole,
on  désigne,  sous  le  nom  d'hacienda,  une  portion  quelconque ­
  de  territoire  cultivable  en  totalité  ou  en  partie,
dont  l’étendue  n’est  pas  inférieure  à  35  hectares.  Dans
toute  hacienda,  il  existe  un  édifice  plus  ou  moins  important
nommé  las  casas  (les  maisons),  qui  sert  en  même  temps
d’habitation  pour  le  propriétaire  lorsqu’il  se  trouve  à  l’hacienda,
  et  pour  le  mayordomo  ou  intendant,  en  même
temps  que  de  bodega  ou  dépôt  pour  les  marchandises  et
les  outils.  Le  gouvernement  intérieur  d’une  hacienda  dépend
uniquement  de  ses  propriétaires  ;  mais  ces  derniers  ne
peuvent  se  soustraire  à  l’inspection  et  à  la  juridiction  des
autorités  locales.
On  désigne  sous  le  nom  de  chacara,  ou  de  chacra,
toute  hacienda  dont  l’extension  n’excède  pas  30  hectares
ni  moins  de  15  ;  une  hijuela  est  une  propriété  de  5  à  15  hectares. ­
  On  appelle  quinta  la  propriété  de  5  hectares  et
moins.  Les  dénominations  de  chacra  et  de  hijuela  sont
parfois  synonymes,  quand  il  s’agit  par  exemple  de  diviser
une  hacienda  pour  la  vendre  ou  la  répartir  entre  héritiers.
Dans  la  pratique  le  mot  chacra  signifie  une  propriété  peu
étendue  :  généralement  les  chacras  sont  toujours  mieux
cultivées  en  raison  de  leur  superficie  plus  réduite  et  proportionnellement ­
  produisent  souvent  plus  que  certaines'  haciendas. ­
  On  y  cultive  des  fruits  et  de  s  plantes  maraîchères,
de  là  le  nom  primitif  de  chacra  qui  s’applique  à  toutes  les
cultures  de  ce  genre.  Les  quintas  existent  seulement  aux
environs  des  villes,  il  faut  les  considérer  comme  des  villas
ou  des  maisons  de  campagne  ;  elles  atteignent  une  grande
valeur  et  elles  sont  d’un  bon  rapport.  Quelques  quintas
        <pb n="175" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

159

des  environs  de  Lima  ont  de  magnifiques  plantations
et  jardins,  et  des  habitations  d’une  construction  riche  et
élégante.
VI.  —  Après  avoir  été  des  plus  prospères,  pendantlapériode
  incasique,  l’agriculture  péruvienne  fut  presque  totalement ­
  abandonnée  sous  la  domination  espagnole  ;  des
régions  fertiles  jusque-là,  parce  que  savamment  irriguées,
redevinrent  stériles,  toute  la  main-d’œuvre  étant  envoyée ­
  dans  les  mines  qui  seules  étaient  fiévreusement
exploitées.
Depuis  que  le  Pérou  a  reconquis  son  indépendance,  les
habitants  se  sont  attachés  peu  à  peu  à  redemander  au  sol
toutes  les  richesses  qu’il  peut  produire  ;  les  résultats
furent  des  plus  encourageants,  outre  une  multitude  de
chacras,  un  grand  nombre  d’haciendas  se  sont  élevées  et
ont  rapidement  prospéré  partout  où  existent  quelques
voies  de  communication.
Sur  beaucoup  de  points  du  littoral,  l’agriculture  est
très  avancée,  il  y  existe  un  certain  nombre  d’établissements ­
  agricoles  importants  qui  emploient  un  outillage  des
plus  perfectionnés,  et  qui  utilisent  les  procédés  les  plus
nouveaux  de  l’agronomie  moderne.  Dans  toutes  ces
grandes  haciendas  (1)  il  y  a  des  directeurs  techniques,
Pourrait-on  dire,  des  agronomes  français,  anglais,  allemands, ­
  américains.

(1)  Le  mot  hacienda  ne  désigne  pas  toujours,  comme  on  le  croit  généralement, ­
  une  immense  exploitation  agricole,  avec  d’imposantes  constructions, ­
  dont  la  partie  réservée  aux  maîtres  renferme  tout  le  confort
que  comporte  le  luxe  moderne.  Ces  établissements  ne  sont  pas  encore
très  nombreux,  et  on  les  trouve  seulement  à  une  courte  distance  des
grandes  villes,  à  proximité  des  lignes  ferrées,  des  principales  voles  dé
communication  ou  à  proximité  de  cours  d’eau  navigables.  (Le  modèle
type  de  ces  établissements  est  l’hacienda  d’In/imte  à  quelque  distancede
Lima,  sur  la  route  de  Chorrillos).  Une  hacienda  signifie  exactement  •  domaine ­
  rural  d’une  étendue  plus  ou  moins  considérable.  Dans  la  plupart
        <pb n="176" />
        160

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Dans  la  banlieue  des  grandes  villes  comme  le  Callao,
Arequipa,  Lima,  tous  les  terrains  utilisables  sont  bien
cultivés  et  ces  cultures  sont  aussi  belles  que  dans  nos
campagnes  ;  pas  un  endroit  qui  ne  soit  irrigué  et  fumé
comme  chez  nous.
Malheureusement,  sur  beaucoup  de  points  de  la  Costa,
mais  surtout  dans  la  Sierra  et  dans  la  Montana,  le  plus
grand  nombre  d’entre  les  hacendados  (1)  emploie  encore,
en  agriculture,  les  procédés  de  culture  les  plus  rudimentaires, ­
  par  routine  ou  par  ignorance,  si  bien  que  les  champs
ne  produisent  pas  les  récoltes  qu’ils  devraient  raisonnablement ­
  produire.  Dans  la  Montana,  ces  procédés  n’ont  pas
grande  importance,  surtout  à  l’heure  actuelle,  car  la  terre
est  si  fertile  qu’elle  donne  quand  même  tout  à  profusion  ;
mais  dans  la  Sierra  les  méthodes  d’exploitation,  malgré
les  modifications  apportées  par  quelques  propriétaires,
gagneraient  beaucoup  à  être  quelque  peu  améliorées  (2).
Les  raisons  pour  lesquelles  l’agriculture  ne  s’est  pas
développée  à  une  certaine  distance  de  la  Costa,  sont  les
suivantes  :  Tout  d’abord  le  manque  d’initiative,  d’émulation ­
  parmi  les  populations  rurales,  dont  la  majeure
partie  produit  uniquement  pour  son  usage,  sans  s’occuper
de  personne  ;  l’Indien,  en  général,  n’ambitionne  rien,  il  ne
des  cas,  si  le  domaine  est  important  comme  superficie,  surtout  sur  les
haulspiateaux.une  partie  est  réservée  à  l’élevage;  dans  les  vallées  chaudes,
à  exploiter  sur  une  grande  échelle  la  canne  à  sucre,  le  coton,  le  cacao,
etc.  Le  plus  souvent,  beaucoup  d’haciendas  se  composent  uniquement  de
quelques  cases  en  torchis  ou  pisé,  autour  desquelles  on  a  défriché  l’espace
nécessaire  à  la  culture  de  quelques  hectares  de  canne  à  sucre  dont  la
récolte  sera  totalement  employée  à  fabriquer  de  l’alcool  de  canne  qui,  sous
le  nom  de  cana  ou  de  borracha,  sera  d’un  écoulement  facile  et  rémunérateur. ­

(1)  ou  hacenderos,  propriétaires  d’haciendas.
(2)  Dans  le  but  d’inculquer  les  connaissances  nécessaires  aux  agriculteurs ­
  péruviens,  le  gouvernement  a  favorisé  la  fondation  récente  d’un
institut  agricole  dirigé  par  des  pères  salésiens.
        <pb n="177" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  161

U

consomme  pas  d’articles  étrangers  qui  lui  sont  indifférents
quand  ils  ne  lui  sont  pas  inconnus.
VII.  —  En  second  lieu,  la  mauvaise  division  du  sol  :
il  y  a  trop  et  de  trop  grandes  propriétés,  cela  limite  la
production,  restreint  la  population  et  l’immigration  ;  ces
grandes  propriétés  restent  souvent  incultes,  faute  de  capitaux ­
  ou  d’initiative  :  des  vallées  entières  de  plusieurs  centaines ­
  de  milliers  d’hectares  appartiennent  à  une  ou  deux
familles.  C’est  ainsi  qu’une  seule  famille  est  propriétaire
de  la  campagne  aux  environs  d’Arequipa;  trente-deux
hacendados  se  partagent  les  vallées  du  département  de
Piura  et  trente-six  la  splendide  vallée  de  Chicama.  De
ces  dernières  il  n’y  a  trop  rien  à  dire,  car  elles  sont  en
pleine  exploitation  ;  mais  la  plupart  de  ces  grands  propriétaires ­
  de  l’intérieur  et  de  la  Costa  obtiendraient  de  grands
avantages  en  morcelant,  pour  les  louer,  leurs  propriétés
en  petits  lots,  ce  qui  doublerait  la  valeur  de  terrains  qui,
pour  l’instant,  ne  produisent  rien.  Ainsi  opèrent  les  grands
propriétaires  argentins  qui  se  trouvent  bien  de  cette  méthode. ­
  Depuis  quelque  temps,  et  devant  les  résultats  splendides ­
  obtenus  dans  l’exploitation  en  grand  de  la  canne  à  sucre
et  de  ses  dérivés,  des  différentes  variétés  de  coton  et  des
rizières  de  la  Costa,  des  sociétés  américaines  se  sont  substituées ­
  à  plusieurs  propriétaires  qui  laissaient  leurs  terres
à  peu  près  inexploitées;  la  province  de  Tumbes,  dont
nous  parlerons  plus  loin,  offrirait  encore  quelques  bonnes
opérations  de  ce  genre.
—  Il  se  dessine,  à  l’heure  actuelle,  au  Pérou,  un
mouvement  en  faveur  de  l’irrigation  d’une  grande  partie
de  la  Costa,  des  projets  grandioses  sont  à  l’étude  depuis
plus  de  trente  ans.  Les  événements  politiques  en  ont  empêché ­
  la  réalisation.  Parmi  ces  grands  travaux  dont
1  exemple  a  été  donné  par  les  Incas,  figurait  un  immense
        <pb n="178" />
        162

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

réservoir  à  établir  à  6  lieues  de  Piura,  pouvant  contenir
150  millions  de  mètres  cubes  d’eau.
Si  ce  projet  n’a  pas  encore  été  exécuté,  en  revanche  un
certain  nombre  de  réservoirs,  puits  artésiens  et  canaux
ont  été  construits  par  des  particuliers  ou  des  sociétés,  et
des  régions  entières  ont  été  fertilisées.
La  commune  de  Sechura  a  ouvert  plus  de  vingt  canaux
qui  arrosent  ses  vastes  plaines  ;  celle  de  Catacaos,  aidée
par  le  commerce  de  cette  localité,  a  ouvert  six  canaux  de
grandes  dimensions.  C’est  ainsi  que  depuis  1902  Catacaos
et  Sechura  produisent  annuellement  45.000  quintaux
(46  kilos)  de  coton.  Les  propriétés  de  ce  district  sont
divisées  en  petits  lots.
La  zone  de  la  Costa  renferme  20  millions  d’hectares  sur
lesquels  250,000  sont  cultivés  à  l’heure  actuelle;  5  millions ­
  d’hectares  faciles  à  irriguer  et  à  travailler,  aussi
fertiles  que  les  meilleures  plaines  connues,  restent  encore
improductifs.
Une  soixantaine  de  rivières  torrentueuses  mais  de  peu
de  longueur  descendent  de  la  Sierra  pour  arroser  quelques
parties  des  terrains  secs  de  la  Costa.  Chacune  de  ces
rivières  favorise  des  cultures  plus  ou  moins  étendues,  suivant ­
  le  volume  d’eau  qu’elles  apportent  et  les  circonstances
plus  ou  moins  favorables  des  vallées  qu’elles  traversent.
La  plupart  de  ces  rivières  sont,  il  est  vrai,  intermittentes.
Malgré  tout,  il  se  perd  encore,  pendant  la  saison  sèche,
des  milliers  et  des  milliers  de  litres  d’eau.
On  trouve  fréquemment  des  vestiges  de  canaux,  dont
plusieurs  servent  encore.  Cette  région,  stérile  aujourd’hui,
était  autrefois  couverte  de  cultures  et  de  jardins,  car  le
système  d’irrigation  des  Incas  était  fort  bien  compris.
Les  Péruviens  se  décident  aujourd’hui  à  les  imiter  et  à  les
améliorer  si  possible,  Dans  certaines  circonstances,  il
        <pb n="179" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

163

s’est  produit  des  faits  heureux  de  restauration  d’ouvrages
abandonnés  et  perdus,  comme  ce  fut  le  cas  pour  la  vallée
de  Chicama  (1),  autrefois  région  stérile  et  aujourd’hui  une
des  régions  les  plus  riches  et  les  plus  fertiles  du  Pérou.
Ce  fait  est  connu  de  tous  sur  le  littoral.
IX.  —  Voici,  d’après  M.  Charles  Wiener,  qui  cite  cet
exemple  dans  son  livre  Pérou  et  Bolivie,  à  la  suite  de
quelle  trouvaille  heureuse  cette  transformation  d’un  désert
a  pu  être  opérée.
Un  M.  Luis  Albrecht,  au  cours  d’un  voyage  dans  l’intérieur, ­
  remarqua  des  traces  de  cultures  anciennes,  et,
curieux  de  savoir  comment  ces  cultures  avaient  été  alimentées, ­
  il  se  mit  à  la  découverte  du  canal  d’irrigation  qui
avait  dû  exister  autrefois.  Il  en  trouva  les  traces  et  les
poursuivit  jusqu’à  la  source  qui  se  déversait  et  se  perdait
dans  un  profond  ravin.  Aussitôt,  il  acquit  à  vil  prix  ces
immenses  terrains,  et  fit  rétablir  le  canal  des  autochtones.
Les  frais  occasionnés  par  cette  opération  montèrent  à
peine  à  40.000  francs.
Après  avoir  installé  douze  haciendas,  exploité  pour  son
compte  quatre  fermes  immenses,  M.  Albrecht  dota  ses
cinq  enfants  à  raison  d’un  million  de  soles  chacun,  soit
2.500.000  francs  en  monnaie  française,  sans  compter  des
machines  et  des  haciendas  pour  une  valeur  de  quatre  millions,
  de  la  canne  à  sucre  pour  une  valeur  égale,  et  des
terrains  immenses,  gagnant  tous  les  jours  en  valeur  dans
des  proportions  extraordinaires.
X-  —  Les  canaux  d’irrigation  anciens  traversent  parfois ­
  d’assez  grands  espaces  sur  un  sol  granitique.  Pour
creuser  une  roche  aussi  dure,  les  Indiens  modernes  emploient ­
  un  procédé  fort  curieux;  ils  brûlent  la.  pierre.

(1)  Non  loin  de  Trujillo,  département  de  Libertad.
        <pb n="180" />
        164

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Pour  brûler  la  pierre  ils  amoncellent  sur  la  roche  qu’ils
veulent  creuser,  du  bois,  des  mousses,  du  charbon,  de  la
taquia  (excréments  d’animaux,  particulièrement  de  llama),
suivant  les  régions.  Ces  combustibles  sont  allumés,  et
lorsque  la  pierre  a  atteint  une  température  assez  élevée,
on  verse  de  l’eau  froide  sur  la  surface  chauffée.  Les  cendres
obtenues  par  la  combustion  servent  à  tracer  les  bords  de
la  canalisation  ;  l’opération  est  recommencée  plusieurs  fois.
Le  granit  se  fendille  tout  d’abord,  puis  éclate  petit  à  petit,
le  canal  s’établit  graduellement  sans  grande  main-d’œuvre,
les  cendres  servent  d’isolateur,  les  bords  du  canal  sont
très  nets.
Tous  les  propriétaires  n’ontpas  eu  le  bonheur  de  trouver
des  travaux  à  peu  près  faits,  mais  cette  découverte  stimula ­
  les  initiatives,  et  de  nouvelles  haciendas  s’établirent
là  où  il  n’y  avait  que  sécheresse  ou  stérilité.
A  l’heure  actuelle,  une  douzaine  d’entreprises  d’irrigation ­
  se  sont  organisées,  une  moitié  de  ces  entreprises
particulières  sont  en  train  d’être  menées  à  bonne  fin.
En  principe,  tout  le  travail  consisterait  donc  à  capter  les
eaux  à  l’intérieur  du  territoire  et  à  les  verser,  par  des
canaux  convenables,  sur  les  plaines  voisines.
Des  études  récentes  ont  permis  cependant  de  constater
que  dans  certains  cas  il  serait  beaucoup  plus  économique
de  faire  l’irrigation  par  des  puits  artésiens  comme  on  l’a
pratiqué  en  Afrique  et  en  Australie.  En  effet,  tout  le  long
de  la  côte  se  développe  la  chaîne  des  Andes,  hauts  commets, ­
  pour  la  plupart  couverts  de  neiges  perpétuelles  et
dont  les  rivières  de  la  côte  ne  révèlent  qu’une  petite  partie
des  eaux  du  dégel,  le  reste  traversant  la  côte  par  des
conduits  souterrains,  très  peu  profonds.  En  général,  des
puits  de  15  à  50  mètres  de  profondeur  seraient  largement ­
  suffisants  pour  profiter  de  ces  eaux  et  entreprendre
        <pb n="181" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  165

la  création  des  oasis,  que  les  cultures  élargiraient  après
de  plus  en  plus.
XI.  —  Les  irrigations  ont  été  organisées  au  Pérou  par
la  loi  du  6  octobre  1893.  D’après  cette  loi,  pour  avoir  une
concession,  il  suffit  :
1°  De  présenter  une  demande  écrite  au  gouvernement
avec  description  précise  des  lieux  à  irriguer,  des  cours
d’eau  qu’on  veut  utiliser,  du  délai  de  travail,  etc.  ;
2°  De  déposer  une  petite  garantie  pour  donner  au  gouvernement ­
  toutes  les  assurances  d’un  projet  sérieux.  Le
gouvernement,  de  son  côté,  donne  la  propriété  à  long
terme  ou  pour  toujours  des  terrains  et  cours  d’eau,  l’exemption ­
  des  droits  d’importation  sur  les  machines  agricoles
®t  tout  le  matériel  nécessaire  à  la  construction  hydraulique, ­
  l’exemption  de  l’impôt  direct  pendant  trois  ans  en
faveur  de  ceux  qui  occupent  ou  travaillent  les  terrains
irrigués,  etc.,  la  faculté  de  changer  le  cours  des  eaux  qui
ne  sont  la  propriété  de  personne,  d’augmenter  le  débit  au
moyen  d’étangs-réservoirs.
Les  concessionnaires  auront  le  droit  d’employer  gratuitement ­
  les  terrains  du  domaine  public  qui  seraient  nécessaires ­
  pour  la  construction  de  réservoirs,  lits  d’aqueduc  et
tous  autres  travaux  indispensables  à  l’irrigation.  Si  ces
terrains  appartenaient  à  des  particuliers,  le  gouvernement,
e n  vertu  de  cette  loi,  les  déclarerait  d’utilité  publique  et
en  effectuerait  l’expropriation  conformément  aux  lois.
XII—Au  sujet  de  la  mise  en  valeur  des  territoires  delà
Costa,  il  existe  encore  un  certain  nombre  de  projets,  intéressantspeut-êtremais
  d’une  exécution  problématique  ;  nous
n  en  parlerons  donc  pas.  Il  nous  paraît  plus  utile  de  signaler
aux  capitalistes  français  quelques  régions  qui  semblent
prendre  un  grand  développement,  nous  serions  particulèrement
  heureux  d’attirer  leur  attention  sur  le  départe-
        <pb n="182" />
        166

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

ment  de  Piura,  le  plus  septentrional  du  Pérou,  et  en  particulier ­
  sur  la  province  de  Tumbes,  qui  est  située  sur  le
golfe  de  Guayaquil  et  qui  forme  la  limite  du  Pérou  et  de
l’Equateur.  Cette  région  nous  paraît  susceptible  d’être  le
centre  d’exploitations  diverses  des  plus  rémunératrices.
XIII.  —  Le  territoire  de  la  province  de  Tumbes  comprend ­
  en  superficie,  plaines,  collines  et  montagnes,
300.000  hectares,  desquels  150.000  hectares  en  terrains
plats  peuvent  être  facilement  irrigués  (1).  La  région  montagneuse ­
  et  accidentée  peut  être  réservée  pour  l’élevage
du  bétail  et  pour  l’extraction  des  bois  de  construction  et  de
teintures  qui  y  sont  extrêmement  abondants,  au  point  que
l’établissement  d’un  chantier  dans  le  port  de  Tumbes
serait  une  opération  avantageuse.
XIV.  —  Parmi  ses  arbres  les  plus  abondants  sont  le
chêne  (roble),  le  charme  (charan),  lepechiche,  l’acajou,  le
bois  de  fer,  l’oranger,  le  palmier,  l’acana,  le  cannetier,  le
rosisella,  le  bois  violet,  le  buis,  l’aulne,  le  chonta,  l’œuf
végétal,  l’arbre  de  la  tagua,  le  bois  noir,  le  bois  jaune,  le
caroubier,  le  manglier  et  une  foule  d’autres  essences
pour  la  teinture.
La  province  de  Tumbes  est  arrosée  par  le  rio  de  ce
nom  qui  est  avec  le  Ghira  la  plus  importante  des  rivières
de  la  Costa.
Ce  fleuve  est  navigable  de  novembre  à  mai,  pour  des
bateaux  ne  calant  pas  plus  de  quatre  à  six  pieds,  sur  une
étendue  de  100  kilomètres  ;  le  reste  de  l’année,  la  partie
navigable  est  réduite  des  trois  quarts  ;  des  vapeurs  ne  calant ­
  pas  plus  de  50  à  60  centimètres  pourraient  cependant
utiliser  les  deux  tiers  de  son  cours.
(1)  D’après  des  personnes  compétentes,  l’irrigation  de  cetteplaine  serait
de  facile  réalisation,  les  frais  occasionnés  s’élèveraient  à  ISO.000  livres
pour  toute  la  région,  ce  qui  ferait  une  livre  sterling  par  hectare.
        <pb n="183" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

167

A  son  embouchure  dans  la  mer,  le  Tumbes  mesure
2  kilomètres  de  largeur,  réduits  à  200  mètres  en  temps  de
sécheresse,  formant  une  plage  toujours  recouverte  d’une
magnifique  végétation  de  palmiers,  cocotiers,  tamarins,
manguiers,  bananiers,  etc.  A  l’époque  de  la  baisse  des
eaux,  on  peut  estimer  la  vitesse  du  courant  de  ce  fleuve  à
un  mille  et  demi  à  l’heure  et  jusqu’à  huit  milles  à  l’époque
des  crues,  car  il  pleut  annuellement  dans  cette  province  et
plus  ou  moins  abondamment;  lorsque  ces  pluies  sont  copieuses, ­
  elles  peuvent  être  comparées  à  celles  de  l’isthme
de  Panama.
Le  centre  d’activité  de  la  province  est  la  ville  de
Tumbes,  située  à  très  courte  distance  de  la  mer  à  l’embouchure ­
  du  rio.  Elle  ne  présente  pas  encore  une  grande
activité  commerciale,  mais  par  sa  situation  dans  le  golfe
de  Guayaquil  et  comme  ville  frontière,  elle  prendra  un
certain  développement  lorsque  la  région  sera  mieux
connue.
XY.  —  Placés  sous  la  ligne  équatoriale,  les  terrains  de
la  province  de  Tumbes  sont  seuls  comparables  pour  la
fertilité  à  ceux  de  la  Montana  baignés  par  les  affluents  de
1  Amazone,  et  ils  ont  la  supériorité  d’être  d’un  accès  facile. ­
  Ce  sol  excellent  est  entièrement  pur  de  mélanges  de
sables,  comme  il  s’en  rencontre  dans  d’autres  provinces  de
la  Costa.
XVI.  —  Tumbes  possède  tous  les  fruits  de  la  zone  torn
 de,  tels  que  la  canne  à  sucre  souvent  citée,  qui  dans
cette  région  plus  humide  produit  dix  à  onze  mois  après
avoir  été  plantée  et  dure  vingt-cinq  ans.  Le  rendement  des
autres  produits  est  le  suivant  :

v  2  récoltes  à  l’année
.  4  —  —

Coton
Mais.
        <pb n="184" />
        168

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Ramie  4  récoltes  à  l’année.
Tabac  5à8  coupes  —
Café  2  récoltes  —
Lin  et  chanvre  2  —  —
Cacao  toute  l’année
Pommes  de  terre  2  récoltes  à  l’année
Patates  3  —  —
Manioc  4  —  —
Cocotier  toute  l’année

Les  haricots  donnent  4  récoltes.  En  outre,  on  trouve
des  amandes,  noix,  châtaignes,  l’anis,  le  ratanhia,  la
taguaouivoire  végétal  (corozo),  la  cochenille,  le  quinquina,
le  caoutchouc,  le  baume  du  Pérou,  et,  comme  nous  l’avons
dit,  quantité  d’autres  produits  naturels  plus  ou  moins
intéressants.  On  pourrait,  paraît-il,  y  cultiver  le  thé,  la
coca  et  l’opium.
XVII.  —  Un  produit  de  grande  importance  peut  s’obtenir ­
  à  peu  de  frais  dans  cette  province,  nous  voulons
parler  du  fruit  du  cocotier  qui  y  est  d’excellente  qualité
et  qui  atteint  un  volume  considérable.
Dans  un  hectare  de  terrain  on  peut  planter  cent  palmiers, ­
  dont  le  produit  annuel  sans  travaux  ni  dépenses
d’aucune  sorte  est  évalué  à  3  ou  4  soles  (1)  par  palmier.
C’est  ainsi  que  le  rendement  d’un  hectare  serait  de
400  soles  à  l’année,  le  terrain  restant  libre  pour  y  cultiver
d’autres  plantes,  les  bananiers  par  exemple,  ce  qui  augmenterait ­
  le  rendement  de  l’hectare.
En  Tumbes,  les  palmiers  cocotiers  produisent  la  cinquième ­
  année  après  avoir  été  plantés;  on  sait  que  de  la
noix  de  coco  on  extrait  trois  produits  de  grande  consommation, ­
  l’huile,  extraite  de  la  coprah,  la  farine  et  le  beurre  de
(1)  Un  cocal  ou  plantation  de  cocotiers  de  50.000  pieds,  ce  qui,  paraît-il,
est  une  plantation  modeste,  peut  laisser  annuellement  un  bénéfice  liquide
de  60.000  à  80  000  francs.  Dans  des  exploitations  de  20.000  hectares  le
bénéfice  net  peut  s’élever  à  plus  de  cinq  millions.
        <pb n="185" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

169

coco.  Aujourd’hui  l’huile  de  coprah  est  raffinée  par  des
procédés  perfectionnés,  dans  les  fabriques  de  Marseille
qui  sont  les  principales  d’Europe.
On  ignore  encore  généralement  que  de  cette  industrie  du
raffinage  de  l’huile  de  coco,  est  sortie  l’industrie  du  beurre
de  coco,  généralisé  aujourd’hui  à  l’étranger  sous  le  nom
de  végétaline,  beurre  végétal,  taline  et  cocoaline.  Ce
beurre  est  riche  en  substances  nutritives  et  ne  rappelle  en
rien  son  origine  par  son  goût  et  son  aspect.
L’application  principale  de  l’huile  de  coco  réside  dans  la
fabrication  du  savon.  Les  trois  quarts  des  stocks  de  savon,
des  manufactures  de  parfumerie,  ont  pour  base  ladite
huile,  qui  donne  à  la  pâte  une  grande  finesse,  la  rendant
aussi  plus  mousseuse.  Quant  à  la  farine  de  coco,  elle  est
employée  moulue  dans  la  confection  de  pâtisseries.
On  tire  encore  du  cocotier  toute  une  variété  de  produits. ­
  Par  exemple,  de  l’étoupe  qui  entoure  le  fruit,  on
fabrique  des  cordages  pour  les  bateaux,  de  l’étoupe  pour  les
calfats,  du  noir  de  fumée,  de  la  pâte  pour  papier,  la  cellulose, ­
  etc.,  etc.
L  nous  faut  signaler  aussi  une  autre  sorte  de  palmier,
le  mbocaya  qui  croît  par  milliers  à  l’état  sauvage  dans
to ut  le  nord  du  Pérou  et  la  Montana.  Les  fruits  viennent
en  grappe  de  150  à  200  baies,  environ  de  la  grosseur
d  une  noix.  Chaque  baie  contient  un  noyau  oléagineux
donnant  60  à  65  pour  100  d’huile  ;  ce  noyau  est  enveloppé
d  une  écaille  très  dure  entourée  d’une  chair  comestible
dont  on  extrait,  comme  du  cocus  nocifera,  dont  nous
venons  de  parler,  le  beurre  de  palme.  Le  noyau,  qui  est
egalement  comestible,  donne  l’huile  de  palme  qui  s’emploie
aussi  dans  la  fabrication  du  savon  et  des  bougies.
XVIII.  —  La  culture  de  la  banane  doit  être  aussi  dans
cette  région  des  plus  avantageuses  en  raison  de  la  proximité
        <pb n="186" />
        170

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

de  la  côte  et  parce  qu’elle  peut  aller  de  pair  avec  celle  du
cocotier  ou  du  cacaoyer,  à  qui  elle  donne  de  l’ombre.  Le
bananier  est  un  arbre  précieux.  On  ne  se  lasse  jamais  de
son  fruit  qui  peut  se  manger  mûr  et  cru,  grillé  sous  la
cendre  ou  bouilli  et  réduit  en  pâte,  en  confiture,  en  boisson, ­
  en  amidon,  etc.
Comme  presque  tout  l’amidon  est  transformé  en  sucre
dans  la  banane,  ce  fruit  est  extrêmement  nourrissant.
Une  seule  plante  de  bananier  peut  donner  100  kilogrammes
de  fruits  par  an,  de  sorte  que,  sur  la  même  superficie,  la
culture  du  bananier  fournit  45  fois  plus  de  matières  alimentaires ­
  que  la  pomme  de  terre  et  133  fois  plus  que  le
blé.  Il  existe  une  banane  dorée  et  la  banane  rosée.  Pour
l’exportation,  il  est  préférable  de  cultiver  une  banane
blanche,  celle  que  les  exportateurs  du  Brésil  ont  adoptée,!
car  elle  résiste  beaucoup  mieux  à  un  transport  prolongé.
XIX.  —  Il  est  possible  que  dans  les  contreforts  de  la
Cordillère  qui  forme  la  limite  entre  le  Pérou  et  l’Équateur,
région  qui  n’a  pas  encore  été  explorée,  on  rencontre  des
filons  d’or,  particulièrement  en  raison  de  la  proximité  de
Zaruma,  centre  de  mines  très  riche;  d’ailleurs  on  lave  des
alluvions  aurifères  dans  différentes  rivières.  Mais  on  ne
peut  rien  affirmer  avec  certitude,  présentement,  car  dès
l’endroit  connu  sous  le  nom  de  Puyanco,  sur  le  rio  Tumbes,
commence  la  région  des  forêts,  restées  jusqu’à  ce  jour
impénétrables.
Il  semble  qu’une  grande  partie  de  la  province  de  Tumbes
se  trouve  composée  de  charbon  de  terre  et  de  pétrole.  Les
gisements  de  pétrole  découverts  jusqu’aujourd’hui  sont
extrêmement  nombreux.  Le  principal  d’entre  eux  est  l’établissement ­
  de  Zorritos,  monté  suivant  le  système  américain, ­
  avec  tous  les  appareils  modernes.  Cet  établissement
seul  fournit  la  plus  grande  partie  du  pétrole  consommé
        <pb n="187" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  171

au  Pérou.  Ces  gisements  situés  au  bord  de  la  mer  sont  à
34  kilomètres  du  port  de  Tumbes.
Des  gisements  de  lignite  (1)  ont  été  découverts  dans  les
coteaux  de  Ma,l  Paso,  à  27  kilomètres  de  Tumbes.  Au  pied
de  ces  coteaux  se  trouve  la  belle  rade  de  la  Cruz  qui  fut
l’ancien  port  des  Incas,  et  l’endroit  où  débarquèrent  pour
la  première  fois  les  conquistadors  espagnols.
XX.  —  Le  climat  de  Tumbes  diffère  essentiellement  de
celui  des  autres  provinces  du  département  de  Piura  ;  il  est
plus  humide,  souvent  nuageux,  mais  moins  chaud  ;  pendant ­
  les  mois  les  plus  rigoureux  de  l’été,  la  température
maximum  atteint  à  peine  32°,  mais  pendant  les  huit  autres
mois,  elle  varie  entre  22  et  25°.  Comme  la  brise  de  la  mer
est  constante  et  se  fait  sentir  dans  toutes  les  parties
planes,  la  grande  chaleur  est  peu  sensible.
Quoique  cette  région  se  trouve  placée  sous  la  ligne
équinoxiale,  les  maladies  y  sont  rares,  exception  faite  des
lièvres  paludéennes  qui  peuvent  se  présenter  aux  époques
de  grandes  pluies.  Ces  dernières,  qui  se  produisent  tous
les  trois  ou  quatre  ans,  occasionnent  des  inondations.
Dans  ces  circonstances  peu  fréquentes,  il  est  prudent,
pour  éviter  le  paludisme,  d’habiter  à  une  certaine
distance  des  marécages  formés  par  l’inondation,  loin  des
miasmes  qui  se  dégagent  des  décompositions  organiques
sous  l’action  du  soleil  tropical.
En  résumé,  malgrétoutes  les  ressources  que  nous  venons
de  signaler  plus  haut  et  les  facilités  relatives  qu’offre
1  exploitation  de  ces  richesses,  cette  partie  du  Pérou  est
Pmi  exploitée  ;  elle  mérite  cependant  d’attirer  l’attention
des  capitalistes,  car  nous  avons  l’absolue  conviction  que
cette  région  doit  faire  l’objet  d’entreprises  fructueuses.
(1)  L  étendue  de  ces  couches  de  charbon  est  de  450  milles.
        <pb n="188" />
        CHAPITRE  X

La  Costa  [suite).  I.  Piura,  climat,  production.  —  II.  Culture  du  coton,
espèces,  qualités,  prix,  rendement.  —  III.  Travaux  d’irrigation.  —
IV.  Problème  de  la  main-d’œuvre.  —  V.  Cultures  nouvelles.  —  VI.  La
paja  toquilla  et  les  chapeaux  de  Catacaos.  —  Vil.  Élevage  des  ânes  et
mulets  de  Sechura.  —  VIII.  Uabigateo.  —  IX.  Lambayeque,  Libertad.
—  X.  Culture  de  la  canne  à  sucre,  ses  sous-produits.  —  XI.  Vallée  de
Chicama.  —  XII.  Ancachs.  —  XIII.  Ressources  agricoles  dans  les
régions  de  Lima  et  Chancay.  —  XIV.  Condition  des  ouvriers  agricoles.
—  XV.  Valeur  du  terrain.  —  XVI.  Ica,  sa  canne  à  sucre.  —  XVII.  Arequipa,
  ses  vallées.  —  XVIII.  Le  Huacan.  —  XIX  Camana.  —  XX.  Moquegua.


I.  —  Piura  est  le  département  du  Pérou  où  la  chaleur
est  la  plus  forte  et  la  sécheresse  vraiment  excessive.  On  y
trouve  un  arenai  (désert  de  sable)  connu  sous  le  nom  de
Sechura.  Si  nous  ajoutons  qu’il  n’y  pleut  que  tous  les  six
ou  sept  ans  (1),  on  s’expliquera  difficilement  la  prospérité
réelle  de  ce  département.
Deux  vallées  sont  d’une  grande  fertilité,  favorables  à
la  culture  de  tous  les  produits  de  la  zone  intertropicale,
aussi  bien  que  de  ceux  de  la  zone  tempérée.
Tout  d’abord,  c’est  la  riche  vallée  de  la  Chira,  à
218  kilomètres  au  sud  de  Tumbes.  Cette  vallée  qui  se
(1)  Les  autres  années,  la  pluie  est  remplacée  par  la  garua.
        <pb n="189" />
        LE  PÉF.OTJ  ÉCONOMIQUE

173

trouve  dans  la  province  de  Païta  est  arrosée  par  l’importante ­
  rivière  de  la  Chira  ;  c’est  le  rio  qui  roule  le  plus
grand  volume  d’eau  de  toute  la  Costa;  durant  la  saison
sèche,  sa  profondeur  est  encore  de  2  mètres  au  milieu  de
son  lit  et  0  m.  50  sur  les  bords  avec  une  largeur  moyenne
de  100  mètres.  Pendant  les  crues  de  l’hiver,  il  roule  à  une
vitesse  prodigieuse,  entraînant  de  grands  arbres  qu’il  a
arrachés  sur  son  parcours.
Le  climat  est  parfaitement  sain,  car  la  température  est
d’une  rare  égalité  ;  les  changements  brusques  sont  inconnus ­
  ;  la  température  n’est  jamais  basse,  entre  le  jour
et  la  nuit,  il  y  a  une  différence  de  deux  degrés.  Et  cependant ­
  la  chaleur  n’est  pas  excessive,  puisque  le  thermomètre ­
  ne  dépasse  guère  33°  (1).  Le  ciel  est  toujours  bleu,
même  on  pourrait  dire  que  les  jours  sont  presque  trop
clairs.
La  rareté  de  l’oxygène  donne,  paraît-il,  une  nouvelle
"ligueur  aux  organismes,  si  bien  que  sous  ce  climat  les
r bumatismes  sont  inconnus,  et  on  assure  que  ceux  qui  en
sont  atteints  guérissent  en  peu  de  temps.  Sur  la  côte  de
ce  vaste  département,  il  existe  une  trentaine  de  havres  de
facile  accès,  mais  peu  sûrs,  le  port  de  Tumbes,  la  baie  de
Sechura  et  le  golfe  de  Tumbes.  Les  chemins  de  ce  département ­
  ne  sont  pas  trop  mauvais  et  les  communications
avec  les  différents  centres,  relativement  faciles  ;  en  outre,
une  voie  ferrée  de  98  kilomètres  relie  le  port  de  Païta  à
Pi ^a,  et  une  autre  ligne,  propriété  particulière,  relie
Piura  à  Catacaos,  distant  de  12  kilomètres.
~~  La  culture  la  plus  répandue  dans  les  vallées  de
Piura  et  de  Chira  est  celle  du  coton,  c’est  celle  qui  occasionne ­
  le  moins  de  frais  ;  il  existe  d’ailleurs  peu  de  con-(1)
  A  Santiago  et  à  Buenos-Ayres,  le  thermomètre  atteint  38»,  à  la
Havane  45*  et  à  New-York  48  et  tiO».
        <pb n="190" />
        174

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

trées  où  les  conditions  climatologiques  soient  aussi  favorables ­
  au  développement  du  cotonnier.
Le  coton  est,  après  le  sucre,  la  denrée  d’exportation ­
  la  plus  importante  pour  le  Pérou  ;  mais  les  situations
commerciale  et  culturale  des  deux  produits  sont  tellement
dissemblables,  qu’avant  peu  l’ordre  sera  renversé.  C’est
pourquoi  la  superficie  des  terrains  plantés  de  cotonniers
augmente  annuellement  sur  les  points  où  la  culture  est
favorisée  par  les  irrigations,  et  surtout  par  l’existence  de
routes  et  de  bras.
Le  pays  possède  dans  la  région  de  Lima  des  manufactures ­
  qui  traitent  la  matière  première  ;  les  résidus  des
graines  sont  réduits  en  une  pâte  pressée  que  le  commerce
exporte  en  Angleterre.  Les  districts  cotonniers  possèdent
l’outillage  nécessaire  au  traitement  de  la  matière.  A  côté
des  machines  qui  séparent  les  graines  de  leur  duvet,  il  y
a  les  presses  pour  l’emballage.  Le  travail  de  l’usine  est,
la  plupart  du  temps,  exécuté  contre  payement  en  nature,
c’est-à-dire  par  une  quantité  déterminée  de  graines.  Les
ateliers  pour  préparer  et  expédier  les  cotons  sont  au
nombre  d’une  vingtaine,  ils  se  trouvent  principalement  à
Sullana,  Catacaos,  Piura,  Huaca,  Querecotillo,  Tambo
Grande  et  Nomala.
Le  meilleur  des  cotons  péruviens  est  celui  qui  provient
des  plantations  de  la  province  de  Piura  (1).  La  botanique
connaît  cette  variété  sous  le  nom  de  Gossypium  peruvianum,
  et  le  commerce  désigne  son  fruit  sous  deux
classifications  :  full  Rough  et  moderate  Rough  ou
Rough  peruvian.  Les  cotons  du  Pérou  obtiennent  de
très  hauts  prix  à  cause  de  la  nature  de  la  fibre  qui  est
longue,  dure  et  uniforme;  il  est  des  récoltes  qui  la  don-(1)
  II  existe  aussi  des  cotons  de  diverses  couleurs,  gris  brun,  jaune,
violet  foncé  et  rouge,  qui  pourraient  être  manufacturés  sans  teinture  .
        <pb n="191" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

175

nent  quelque  peu  soyeuse.  —Le  prix  actuel  du  full  Rough
à  fibre  dure  franche  est  de  240  francs  les  100  kilos,  et  le
moderate  Rough,  162  francs.
L’industrie  recherche  les  cotons  du  Pérou  pour  leurs
propres  mérites  d’abord,  puis  aussi  parce  qu’ils  se  prêtent ­
  à  un  mélange  facile  et  intime  avec  la  laine.  Un  mélange ­
  de  10  pour  100  de  coton  dans  un  filé  de  laine  pure,
ne  peut  être  constaté  que  par  l’analyse  chimique.
Le  gossypium  se  développe  au  Pérou  sous  la  forme
arborescente  ;  c’est  le  fruit  des  pluies  qui  tombent  tous
les  sept  ans,  ce  qui  est  aussi  sa  durée  maximum  de  production. ­
  Placée  dans  des  Conditions  favorables  de  sol  et  de
milieu,  la  plante  peut  donner  deux  récoltes  dans  l’année,
mais  la  période  la  plus  productive  est  de  quatre  années.
Peu  avant  l’époque  des  pluies  prévues,  on  arrache  les
plantes  qui  ont  produit,  celles-ci  sont  remplacées  par
d’autres  que  l’on  plante  pendant  les  premiers  jours  de
l’année  pluvieuse.
La  saison  des  pluies  commence  en  février  pour  finir  en
av ril;  on  obtient  la  première  récolte  en  janvier  de  l’année
suivante,  la  deuxième  en  juillet  ou  août  de  la  même  année.
La  récolte  de  la  deuxième  année  est  généralement  la  plus
^portante  en  qualité  et  quantité,  les  récoltes  des  années
suivantes  vont  en  diminuant  graduellement  à  mesure  que
disparaît  l’humidité  du  sol.
Les  terrains  qui  se  dirigent  vers  la  mer  dans  la  solitude
de  Sechura  sont  ceux  qui  produisent  les  deux  meilleures
qualités.  Dans  les  terres  basses  du  littoral,  le  coton  est
cultivé  sur  les  bords  des  rivières;  sur  les  hauts  plateaux
1  arbuste  vient  également,  mais  les  pluies,  les  nuages  et
de  subites  variations  de  température  sont  assez  préjudiciables ­
  à  son  développement.  Aussi  la  culture  se  reporte
du  préférence  vers  les  terres  basses.  Déjà  on  a  fait  des
        <pb n="192" />
        176

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

expériences  d’irrigation  artificielle  afin  d’adapter  certaines ­
  terres  à  la  culture  du  gossypium.  Un  bon  terrain
comporte  150  pieds  par  hectare,  66  mètres  carrés  pour
chaque  arbuste.
La  grande  aire  laissée  autour  de  la  plante  est  utilisée
pour  la  petite  culture  maraîchère,  voire  pour  le  maïs  ;
elle  profite  de  l’irrigation  sans  porter  aucun  préjudice  à
la  qualité  du  coton.  Les  expériences  et  les  observations
suivies  ont  démontré  que  la  culture  de  la  plante  cotonnière ­
  herbacée  ne  convient  pas  au  Pérou,  et  que  plus
l’arbuste  aura  de  l’air  et  de  l’espace,  plus  seront  abondantes ­
  les  fleurs  et  les  capsules.
Pour  les  jeunes  plantes  la  floraison  commence  après  six
mois,  et  si  le  sol  est  suffisamment  humide,  elbs  donnent,
comme  nous  l’avons  déjà  dit,  une  première  petite  récolte
vers  la  fin  de  l’année.  Dans  les  plantations  de  deux  et  trois
ans,  le  fruit  est  cueilli  de  juillet  à  septembre;  le  rendement ­
  est  assez  irrégulier,  2  à  3  kilos  de  coton  par  arbuste  à
partir  de  la  troisième  année.  Pour  qu’il  soit  tout  au  moins
rémunérateur,  il  faut  que  chaque  hectare  donne  la
moyenne  de  500  kilos  de  fruits,  ce  qui  rapporte  de  175  à
180  kilos  de  coton  préparé  pour  le  commerce.  Mais  il
n’est  pas  rare  que  certaines  années  en  donnent  le  double,
lorsque  le  sol  est  de  bonne  qualité.
L’exploitation  cotonnière  du  Pérou  n’a  commencé  à
prendre  corps  que  vers  1891  ;  en  1896  la  quantité  exportée ­
  était  de  près  de  5  millions  de  kilogrammes  ;  depuis
elle  n’a  pas  cessé  de  progresser,  atteignant  cette  année
12  millions  de  kilogrammes.
Malheureusement  la  culture  du  coton  est,  dans  certaines
régions,  en  butte  à  des  ennemis  divers.  Grillons,  sauterelles ­
  et  lézards  envahissent  souvent  les  plantations  et
rongent  les  jeunes  plants,  germes  prometteurs  des  pro ­
        <pb n="193" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

177

chaines  récoltes;  leur  apparition  se  produit  généralement
à  la  suite  des  pluies  légères,  et,  en  quelques  heures,  le
dommage  causé  par  ces  bestioles  qui  vont  par  troupes
est  considérable.  Mais  de  tels  accidents  se  produisent
sous  toutes  les  latitudes.
La  rapidité  du  développement  agricole  dans  les  provinces ­
  de  Païta  et  de  Piura  soulèvera,  dans  un  avenir
plus  ou  moins  prochain,  divers  problèmes  que  devront
résoudre  les  agriculteurs.  Le  premier  sera  celui  de  la
main-d’œuvre.
III.  —  Les  travaux  d’irrigation  déjà  exécutés  et  ceux
en  voie  d’exécution  vont  donner  plus  de  60.000  hectares
de  terrain  à  exploiter  et,  pour  qu’ils  le  soient  convenablement, ­
  il  faudrait  une  augmentation  de  plus  de
20.000  hommes  dans  la  population  (1).  Nous  ne  voyons  pas
bien  comment  on  pourrait  se  procurer  les  bras  qui  vont
faire  défaut  :  au  Pérou  on  est  maintenant  adversaire
de  l’immigration  chinoise,  nous  ne  savons  trop  pourquoi,
car  les  prétextes  invoqués  ne  nous  paraissent  pas  suffisants; ­
  quant  au  paysan  européen,  il  ne  faut  pas  songer
à  le  voir  émigrer  pour  gagner  la  journée  d’un  peon  indien
°u  métis.
IV  —  L’immigration  européenne  ne  pourra  venir  dans
cette  région  qu’au  cas  où  les  grands  propriétaires  seraient ­
  disposés  à  faire  coloniser  leurs  terres  en  les  offrant
aux  colons,  pour  être  payées  en  une  dizaine  d’annuités.
^°nc,  le  manque  de  bras  ne  tardera  pas  à  faire  abandonner ­
  le  système  actuel  de  culture,  resté  entièrement  pri-(L
  U  est  question  d’entreprendre  l’irrigation  des  vallées  de  tout  le
epartement.  Les  prix  auxquels  sont  évalués  ces  travaux  sont  les  suivants ­
  .  vallée  de  Tumbes,  1.500.000  soles;  vallée  de  Chira,  2  millions
e  soles  ;  vallée  de  Piura,  1  million  ;  au  total  4.500.000  soles.
Avec  cette  somme,  on  pourra  fertiliser  dans  ces  trois  vallées  un  milion
  d  hectares,  ce  qui  fora  4  soles  par  hectare.
        <pb n="194" />
        178

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

mitif  et  qui  n’a  recours  qu’à  la  force  de  l’homme.  Il
faudra  se  résoudre  à  employer  toutes  les  ressources  mécaniques ­
  de  l’industrie  moderne,  imiter  les  grandes
haciendas  qui  se  servent,  les  unes  de  machines  agricoles
à  traction  animale,  les  autres  de  charrues  à  vapeur;  mais
bientôt  la  traction  électrique  devra  suppléer  au  manque
de  bras,  et  c’est  dans  ce  but  que  de  puissantes  sociétés
viennent  de  se  fonder  à  Lima  et  cherchent  à  capter  toutes
les  forces  hydrauliques  disponibles  ;  par  exemple  la
South  American  construction  Company  qui  va  utiliser
l’énorme  force  que  doivent  lui  donner  les  rapides  du  rio
Q  uiroz.
V.  —  Il  serait  peu  raisonnable  de  la  part  des  propriétaires ­
  de  s’adonner  exclusivement  à  la  culture  du  coton,
parce  qu’il  peut  subir  des  baisses  très  sensibles  dans  les
années  d’extrême  abondance,  et  aussi  parce  que,  au  Pérou,
il  ne  se  prête  pas  aux  multiples  applications  industrielles
des  cotons  à  fibre  souple  d’Egypte  ou  de  la  Nouvelle-Orléans.

La  vallée  de  Ghira,  comme  la  vallée  de  Piura,  conviendrait ­
  à  l’établissement  de  rizières.  Dans  ces  deux  vallées
le  lin  donnerait  sans  doute  de  bons  résultats.  Des  plantations ­
  d’ananas  et  de  bananes  trouveraient  au  Chili  un  important ­
  marché  de  consommation  ;  c’est  toujours  une
culture  avantageuse,  elle  exige  peu  de  frais  et  de  maind’œuvre.

La  sériciculture  aurait  aussi  sa  place  dans  les  districts
de  Catacaos,  Sechura,  Amotape  et  Collan,  mais  cette  industrie ­
  devra  être  entreprise  avec  précaution.
VI.  —  La  paja  toquilla,  qui  est  la  matière  première
servant  à  la  confection  des  chapeaux  dits  de  Panama  (1),
(1)  On  exporte  annuellement,  par  le  port  de  Païta,  pour  plus  de
600.000  soles  de  ces  chapeaux.
        <pb n="195" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

179

sans  doute  parce  qu’ils  se  fabriquent  dans  l’Équateur  et
au  Pérou,  pourrait  procurer  de  bons  bénéfices;  des  essais
sur  une  petite  échelle  ont  donné  des  résultats  satisfaisants.
Si  l’on  considère  que  le  district  de  Caiacaos,  qui  est  avec
Moyobamba  le  centre  de  l’industrie  du  chapeau  de  Panama
au  Pérou,  utilise  chaque  année  pourpres  de  300.000  francs
de  toquilla.,  qu’il  est  tributaire  de  l’Équateur  pour  ce
produit  et  qu’il  arrive  souvent  que  ce  district,  où  près  de
15.000  ouvriers  sont  employés  au  tissage  des  chapeaux,  a
éprouvé  des  difficultés  pour  obtenir  la  matière  première
indispensable  à  son  industrie,  on  conviendra  que  cette
culture  serait  avantageuse  pour  la  région  (1),  car  les  chapeaux ­
  tissés  de  Gatacaos  sont  considérés  aux  États-Unis
comme  les  meilleurs  ;  ils  trouvent  sur  les  marchés  de  ce
pays  des  prix  très  rémunérateurs  et  sont  toujours  très
demandés.
VII.  —  Le  département  de  Piura  est  non  seulement  renommé ­
  pour  ses  cotonniers,  mais  on  peut  citer  aussi  ses
troupeaux  de  bœufs,  vaches,  moutons  et  chèvres.  Ces
nnimaux  se  trouvent  en  très  grand  nombre  dans  les  provinces ­
  de  Ayabaca  et  de  Kuancabamba  où  il  est  facile
d’ajouter  du  sel  à  leur  alimentation,  lorsque  les  pâturages
sont  de  médiocre  qualité  (2).
Dans  les  provinces  de  Païta  et  de  Piura,  ce  sont  les
nnes  et  les  mulets  qui  dominent,  avec  quelques  troupeaux
de  chevaux.  Les  mulets  de  Piura  sont  très  réputés  et,
c °mme  ces  animaux  sont  indispensables  pour  le  transport
des  marchandises  et  des  personnes,  il  s’en  fait  un  grand
commerce.
^°’ r  * a  brochure  du  D r  Rivet  :  L'Industrie  du  chapeau  de  Panama
.  j.,  1 ua teur  et  au  Pérou.  Librairie  orientale  et  américaine,  Guilmoto
éditeur.
(2)  Comme  le  sel  est  monopole  d’Etat,  ce  produit  destine  à  l’élevage
s  éclaré  d’usage  industriel  et  vendu  à  un  prix  avantageux.
        <pb n="196" />
        180

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

C’est  dans  le  Sechura  que  l’on  rencontre  des  bandes
considérables  d’ânes,  de  mulets  et  de  chevaux.  On  comprend ­
  à  peine  comment  ils  peuvent  vivre  et  se  reproduire
dans  cette  région.  Livrés  à  eux-mêmes,  ils  mènent  une
existence  errante  et  deviennent  si  sauvages  qu’il  faut  de
véritables  chasses  pour  les  capturer.  Un  soleil  implacable
les  brûle  toute  l’année,  à  peine  rencontrent-ils  un  peu  d’eau
de  loin  en  loin,  au  printemps  ils  trouvent  d’assez  fins  pâturages ­
  (pastos);  mais  tout  le  reste  de  l’année,  leur  principale ­
  alimentation  consiste  en  une  sorte  de  racine  de  manioc
  qu’ils  trouvent  facilement  et  détei’rent  avec  adresse,
et  dans  le  fruit  du  caroubier;  cependant  malgré  ces  mauvaises ­
  conditions  ils  croissent  et  se  reproduisent  si  bien
que  tous  les  ans  on  en  exporte  près  de  12.000.
Un  bon  mulet  vaut  de  250  à  400  francs,  c’est  la  monture ­
  favorite  des  Péruviens  dans  la  Sierra;  la  mule  criolla,
(créole)  péruvienne  est  d’apparence  chétive  et  plus  petite
que  celle  de  l’Argentine,  elle  est  par  contre  plus  résistante
et  moins  ombrageuse,  outre  le  mérite  de  son  excessive
sobriété.
C’est  avec  les  provinces  équatoriennes  de  Lojas  et  de
Oro,  que  Piura  fait  le  plus  grand  commerce  de  chevaux  et
de  mulets  ;  en  échange  ces  provinces  fournissent  du  bétail
à  ce  département,  où  celui  qui  existe  commence  à  dégénérer. ­
  Les  éleveurs  de  Piura  ne  cherchent  pas  à  améliorer
leurs  animaux,  spécialement  de  la  race  bovine,  en  raison
des  vols  de  troupeaux  qui  se  produisent  sur  la  frontière;
les  propriétaires  se  soucient  fort  peu  d’acheter  très  cher
des  reproducteurs  qui  peuvent  tomber  entre  les  mains  des
cuatreros  (1).
VIII.  —  C’est  dans  les  provinces  équatoriennes  citées

(1)  Voleurs  de  bestiaux.
        <pb n="197" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

181

plus  haut  que  sont  conduits  les  chevaux  et  mulets  volés  en
territoire  péruvien  ;  d’un  autre  côté,  on  amène  à  Piura
les  bêtes  à  cornes  volées  à  Lojas  (Equateur).  Ces  vols  de
troupeaux  augmentent  toujours  à  l’approche  des  foires
qui  ont  lieu  annuellement  à  Lojas,  Sabiando,  Santa  Rosa,
Gatacacha  et  autres  localités  de  l’Equateur  proches  de  la
frontière  péruvienne.
Cette  plaie  de  Vabigateo,  —  ainsi  nomme-t-on  là-bas  le
vol  du  bétail,  est  une  véritable  maladie  qui  sévit  sur  toute
cette  partie  de  la  frontière  ;  elle  est  favorisée  par  l’article ­
  881  du  code  civil  équatorien,  qui  ne  reconnaît  pas
aux  propriétaires  de  biens  meubles  volés  le  droit  de  les
revendiquer,  si  leur  possesseur  les  a  acquis  dans  une
foire.  Contre  le  paiement  d’une  petite  redevance,  les  municipalités ­
  des  localités  où  les  foires  ont  lieu,  apposent  une
marque  aux  animaux  vendus  ;  l’achat  ainsi  régularisé,  il
est  impossible  aux  propriétaires  du  bétail  de  le  récupérer,
même  lorsqu’ils  fourniraient  la  preuve  qu’il  leur  a  été
volé.
Les  chevaux  de  Piura  ne  sont  pas  très  beatix  ni  très
ra pides,  mais  en  échange  ils  ont  les  qualités  indispensables
nnx  contrées  où  ils  sont  appelés  à  rendre  des  services  ;
°n  peut  vanter  avec  raison  leur  sûreté  de  pied,  leur  résistance ­
  à  la  fatigue  et  leur  sobriété.
Le  département  de  Piura  a  été  longtemps  considéré
comme  un  des  plus  pauvres  du  Pérou  au  point  de  vue  mimer
  ,  0 n  y  rencontre  cependant  des  gisements  nombreux,
’  culVr e,  or,  argent,  plomb,  soufre  et  surtout  du  charbon
et  du  pétrole  ;  comme  on  le  verra  dans  le  chapitre  consacré
UUX  mines &amp;gt;  ce  dernier  produit  est  exploité  sur  une  grande
cchelle  par  plusieurs  compagnies  importantes.
'  La  région  de  Lambayeque  n’a  été  élevée  au  rang
e  département  que  vers  1890;  les  produ  étions  de  ce  dé ­
        <pb n="198" />
        182

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

parlement  sont  les  mâmes  que  celles  de  Piura,  mais  c’est
le  riz  et  la  canne  à  sucre  qui  constituent  les  principales
récoltes.  Ce  département,  qui  possède  quelques  amorces  de
voie  ferrée,  réunissant  Eten,  le  principal  port  du  département, ­
  avec  le  nouveau  chef-lieu  Chiclayo  et  Lambayeque,
l’ancienne  capitale,  fait  de  très  rapides  progrès;  le  riz  qui
y  est  recueilli  est  d’excellente  qualité  et  d’un  rendement
très  satisfaisant.
X.  —  Libebtad  est  le  département  voisin,  les  productions ­
  sont  celles  du  reste  de  la  Costa  ;  il  est  renommé
pour  son  tabac  et  sa  cochenille  ;  son  climat  est  considéré
comme  un  des  meilleurs  de  la  république.  On  trouve  à  peu
de  distance  du  littoral  d’importantes  plantations  de  coton
et  de  canne  à  sucre  et  de  nombreuses  rizières,  cette  dernière ­
  culture  tendant  à  se  développer.  C’est  à  quelque
distance  de  Trujillo,  capitale  du  département,  que  se  trouve
la  célèbre  vallée  de  Chicama  dont  plus  haut  nous  avons
raconté  l’histoire.  Cette  vallée  est  une  véritable  oasis
située  au  milieu  d’une  immense  plaine  désolée  ;  une  trentaine ­
  d’haciendas  y  sont  groupées,  elles  sont  très  florissantes ­
  :  le  coton,  la  vigne  et  le  riz  sont  d’un  bon  rapport; ­
  c’est  la  canne  à  sucre  qui  fait  l’objet  de  la  culture
la  plus  importante.  On  en  tire  le  sucre,  l’alcool  et  la
chancaca  qui  sont  consommés  en  quantités  énormes  dans
le  pays.
La  chancaca  est  une  mélasse  qui  est  employée  pour
l’élaboration  d’une  espèce  d’anisette  et  de  la  chicha.  ;
elle  s’emploie  surtout  comme  article  de  première  nécessité ­
  pour  la  population  pauvre,  car  tous  en  mangent.
Préparée  pour  cet  usage,  elle  vaut  10  soles  le  quintal
(46  kilogrammes).  Le  sucre  ordinaire  vaut  de  6  â  8  soles
le  quintal  ;  la  chancaca  employée  pour  la  distillation  vaut
de  5  à  7  soles  ;  l’alcool  de  40  degrés  vaut  12  soles  environ
        <pb n="199" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  183
le  bidon  de  6  galons  (1),  le  rhum  de  30  degrés  s’écoule
très  facilement  à  raison  de  2  soles  le  galon.
XI.  —  Toute  la  vallée  de  Chicama  est  irriguée  au
moyen  d’une  multitude  de  petits  canaux,  alimentés  par
l’eau  de  la  rivière  qui  traverse  la  vallée  et  qui  est  entièrement ­
  captée  d’après  les  procédés  employés  de  tout  temps
par  les  sujets  des  Incas.  La  région  irriguée  est  une
des  plus  prospères  du  Pérou  et  son  importance  s’accroît
chaque  jour  davantage.
Ce  sont  quelques  étrangers,  propriétaires  de  plusieurs
haciendas,  qui  ont  très  largement  contribué  aux  progrès
de  l’agriculture  dans  cette  vallée  fertile  ;  car  les  propriétaires ­
  des  autres  grands  domaines,  péruviens  fixés  à  Lima,
ne  s’en  occupaient  guère.  L’exemple  donné  a  été  suivi  ;
presque  tous  ces  domaines  ont  aujourd’hui  renouvelé  leur
outillage  et  modifié  des  procédés  de  culture  restés
archaïques  jusque-là.
Toutes  les  productions  du  sol  de  Chicama  sont  exportées
par  le  port  de  Salaverry,  le  plus  important  du  département, ­
  où  l’on  embarque  pour  les  Etats-Unis  des  quantités
considérables  de  sucre.  Salaverry  n’est  qu’à  trois  heures
de  navigation  du  Callao,  en  passant  par  celui  de  Chimbote,
nn  des  plus  beaux  mouillages  de  toute  la  côte,  et  un  bon
refuge,  qualité  qui  est  très  rare  sur  tout  le  littoral  péruvien. ­

XII.  ■—  Le  département  d’ANCACHS  appartient  aussi
tien  à  la  zone  de  la  Costa  qu’à  celle  de  la  Sierra.  Il  sert
de  trait-d’union  entre  celui  de  Lima  et  celui  de  Libertad,
y  '
c  est  un  des  départements  les  plus  peuplés  du  Pérou.  En
sus  des  productions  de  la  Costa,  ce  département  possède
Ua  climat  permettant  de  semer  et  de  récolter  le  blé  en

(1)  Le  galon  vaut  3  litres  et  demi  environ.
        <pb n="200" />
        184

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

toutes  saisons  indifféremment,  les  pâturages  de  cette  région
se  prêtent  admirablement  à  l’élevage  du  bétail  dans  des
conditions  très  avantageuses,  il  y  existe  peu  d’animaux.  Il
reste  de  nombreuses  ruines  de  la  période  incaïque.  Ce
département  est  peut-être  le  plus  riche  du  Pérou  au  point
de  vue  minier,  mines  d’argent  principalement  et  gisements
de  houille  d’excellente  qualité.  Un  chemin  de  fer,  qui  doit
partir  du  port  de  Ghimbote,  est  en  construction  et  se  dirige
sur  Huaraz,  capitale  du  département,  et  ensuite  vers  Recuay,
très  riche  district  minier  éloigné  de  25  kilomètres  seulement ­
  de  Huaraz.  Le  climat  de  ce  département  est  très
sain  ;  les  productions  agricoles  sont  secondaires.
XIII.  —  Le  département  de  Lima  peut  se  diviser  en
deux  zones  :  la  Costa  et  la  Cordillera  occidentale.  La  région ­
  de  la  Costa,  dont  la  largeur  à  cette  latitude  est  à
peine  de  70  kilomètres,  offre  de  grands  espaces  désolés  et
sans  végétation  ;  ces  étendues  sont  coupées  par  des
vallées  qui  descendent  des  Andes  en  courant  de  l’est  à
l’ouest.  La  température  moyenne  de  cette  zone  est  de  19
à  20°;  les  changements  de  saison  y  sont  à  peine  sensibles,
mais  on  observe  une  importante  transition  thermométrique ­
  entre  le  jour  et  la  nuit.  Dans  les  vallées,  la  chaleur
humide  (le  thermomètre  atteint  30°)  est  cause  de  l’existence ­
  de  la  fièvre  tierce  (terciana).
Le  département  est  arrosé  par  une  dizaine  de  cours
d’eau  dont  les  principaux  sont  :  Canete,  Ana,  Rimac,
Mala,  etc.
Parmi  les  six  provinces  de  Lima,  les  plus  importantes
au  point  de  vue  agricole  sont  celles  de  Ciiancay,  Lima  et
Canete.  La  province  de  Lima  est  subdivisée  en  12  districts ­
  parmi  lesquels  les  plus  riches  sont  ceux  de  Pachacamac,
  Chorrillos,  Surco  et  Até  qui  renferment  de  très
nombreuses  haciendas.  Ils  produisent  en  quantité  la  canne
        <pb n="201" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

185

à  sucre,  les  fruits,  le  fourrage,  car  ils  sont  bien  pourvus
d’eau.  Le  district  de  Lurigancho  est  favorable  à  l’élevage,
à  la  culture  du  blé  et  de  la  luzerne,  il  en  est  de  même  du
district  de  Carabaylo  à  peu  de  distance  de  Lima.  Aux  environs ­
  d’Ancon,  à  28  kilomètres  de  la  capitale,  il  n’existe
aucune  végétation  et  l’eau  des  puits  y  est  rare  et  saumâtre. ­

La  province  de  Chancay  a  pour  chef-lieu  la  ville  de
Huacho,  qui  ne  tardera  pas  à  être  reliée  à  Lima  par  un
chemin  de  fer  en  voie  d’achèvement;  elle  possède  aussi  une
douzaine  de  districts,  avec  une  population  totale  de  50.000
à  55.000  habitants  ;  c’est  cette  province  qui,  avec  le  district ­
  de  Carabaylo,  approvisionne  les  marchés  de  Lima  et
du  Callao  des  produits  de  consommation  de  première  nécessité, ­
  tels  que  le  maïs,  le  riz,  le  sucre,  les  pommes  de
terre,  la  patate  (camote),  le  manioc  (yucca),  les  oiseaux
de  basse-cour,  les  poissons,  le  bétail  sur  pied  et  les  porcs
qui,  au  nombre  de  50.000  par  an,  sont  conduits  sur  les
marchés  déjà  nommés.
Cette  province  jouit  d’un  climat  très  salubre,  absolument ­
  réfractaire  aux  lièvres  tierces  qui  sévissent  dans  les
vallées  de  la  province  de  Lima;  ce  climat  est  très  favorable
uux  convalescents  et  aux  malades.
Supe  est  un  des  principaux  districts  du  département,
mais,  sur  le  trajet  de  Lima  à  cette  ville,  la  nature  n’a  pas
prodigué  l’eau  en  la  répartissant  uniformément  sur  la  région, ­
  elle  l’a  au  contraire  concentrée  dans  les  vallées  de
Supe,  Convento,  Huaura,  Huacho,  Chancay,  Piedras
Cordas  (1)  ;  dans  ces  endroits,  la  végétation  est  exubérante, ­
  les  csLha.vera.les  succèdent  aux  cahaverales  (2),  les
eaux  sont  cristallines  et  fraîches,  les  cultures  nombreuses
(1)  Etroit  défilé  qui  se  prolonge  de  5  à.  22  kilomètres  de  Lima.
(2)  Champs  de  canne  à  sucre.
        <pb n="202" />
        18G

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

et  productives,  la  température  presque  invariable  est
vraiment  délicieuse.
La  vallée  de  Carabaylo,  qui  est  l’espace  fertile  compris
entre  le  rio  Chillon  et  le  Rimac  d’une  part,  et  les  collines
d’Amancaes  d’autre  part,  est  extrêmement  riche  et  renferme ­
  de  nombreuses  haciendas  très  prospères.
Huacho  est  une  petite  ville  qui  progresse  très  rapidement, ­
  elle  est  appelée  à  devenir  une  des  plus  florissantes
du  littoral  péruvien.  L’agriculture  est  l’industrie  des  habitants ­
  de  la  région  qui  est  favorisée  par  un  sol  fertile  et
abondamment  arrosé.  Tous  les  produits  de  Huacho  comme
ceux  de  Chancay  sont  amenés  à  Lima  et  au  Callao,  la
route  carrossable  est  passable  et  le  chemin  de  fer  dessert
une  grande  partie  du  trajet.  Le  climat  y  est  excellent,  aussi
de  nombreuses  familles  de  Lima  viennent-elles  s’y  reposer.
La  grande  vallée  du  Rimac  se  subdivise  en  une  quinzaine ­
  de  vallées  secondaires  très  fertiles,  dont  une  partie
seulement  est  cultivée.  Sur  un  total  de  37.000  hectares  de
terrains  utilisables,  25.000  hectares  environ  ont  été  mis
en  rapport,  soit  directement  par  les  propriétaires,  soit  par
le  système  de  fermage  dit  yanaconas  (1).  Il  reste  donc
près  de  12.000  hectares  à  mettre  en  valeur.
Dans  ces  vallées  des  environs  de  Lima,  les  semis  se
font  de  septembre  à  décembre  pour  la  canne  à  sucre  ;  de
mai  à  août  pour  la  luzerne;  d’avril  à  septembre  pour  le
maïs  ;  de  mai  au  15  juin  pour  les  pommes  de  terre  ;  d’avril
à  mai  pour  l’orge,  l’avoine,  l’escourgeon,  l'orge  carrée
(cebada)  ;  de  août  à  décembre  pour  le  manioc  ;  les  légumes
et  plantes  potagères  en  tout  temps.
XIV.  —  Les  ouvriers  agricoles  (peones)  ou  journaliers
gagnent  en  général  un  salaire  de  80  centavos  (2  fr.)  à  un
(1)  Locataire  de  terrains  qui  s’est  engagé  à  remettre  au  propriétaire  le
tiers  de  la  récolte.
        <pb n="203" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

187

sole  20  (3  fr.)  par  jour,  et  nourris.  La  nourriture  consiste
dans  la  distribution  quotidienne  d’une  certaine  quantité ­
  de  vivres.  Le  prix  de  cette  ration  ne  dépasse  guère
20  centavos.
On  peut  avoir  une  paire  de  boeufs  de  labour  pour  150  à
200  soles  ;  un  cheval  de  trait  pour  40  soles  ;  un  mouton
vaut  2  soles  ;  un  porc  engraissé  30  soles.
XV.  —  La  valeur  des  terrains  est  difficile  à  fixer,  car
elle  dépend  de  la  qualité  de  ceux-ci  et  de  l’état  dans  lequel
ils  se  trouvent.  Ainsi  :  la  fa.nega.da.  (1)  vaut  500  soles
dans  les  environs  de  Lima  ;  certains  terrains  de  Piura  valent ­
  de  100  à  500  soles  la  cuadra  (2)  ;  à  Arequipa,  le  topo
de  500  va  ras  (3)  carrées  vaut  un  prix  sensiblement
égal.
Cane  te  est  encore  une  province  intéressante  du  département ­
  de  Lima  ;  on  y  trouve  de  nombreuses  haciendas,
la  région  est  riche  en  vignes,  et  produit  du  coton  et  des
fourrages  en  abondance.
Sauf  le  district  de  Chilca,  où  l’eau  est  rare  et  qui  est  env
 ahi  par  les  sables,  toute  la  province  de  Canete  est  favor
 able  aux  établissements  agricoles.  La  population  est  en
Majeure  partie  composée  de  nègres,  de  Chinois  et  d’indiens,
fiai  se  livrent  aux  travaux  des  champs.
XVI.  —  Ica,  situé  sur  la  côte  sud  du  Pérou,  possède
aae  étendue  de  6.000  kilomètres  carrés  ;  le  climat  de  ce
département  le  rend  éminemment  propre  à  la  culture  des
plantes  qui  exigent  beaucoup  de  chaleur.  Il  est  traversé
Par  les  rios  Palca,  Ica  et  Pisco  qui  le  divisent  en  trois
régions  de  même  nature  et  climat.
Comme  tous  ceux  de  la  Costa,  le  département  est  formé
(1)  2  hectares  86.
(2)  Carré  de  125  mètres  de  côté,
(3)  Vara:  0  mq.  695.  »
        <pb n="204" />
        188

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

par  des  valées  fertiles,  entre  autres  :  Nasca,  Molino,
Saeta,  Ollas,  Chunchanga,  San  Miguel,  Condor  et  Ghincha.
La  vigne  et  la  canne  à  sucre  sont  les  produits  les  plus
riches  et  les  plus  abondants  de  cette  région.  La  production
moyenne  de  canne  à  sucre  par  hectare  est  de  135  tonnes  (1).
Une  partie  de  la  récolte  est  convertie  en  aguardiente
qui  est  d’excellente  qualité  et  qui  trouve  un  facile  débouché ­
  dans  le  pays  même,  le  reste  fournit  environ
60.000  tonnes  de  sucre  (2).
Les  vallées  d’ica  produisent  aussi  du  coton  et  l’immense
variété  des  fruits  des  régions  tropicales  et  tempérées.
La  province  de  Chincha  est  peut-être  la  plus  prospère
de  ce  département,  grâce  au  chemin  de  fer  qui  relie  le
port  de  Pisco  à  la  ville  d’ica  ;  par  cette  ligne  pénètrent
toutes  les  marchandises  destinées  au  département  et  à
diverses  provinces  des  départements  voisins  de  Huancavelica
  et  de  Ayacucho.
Sur  les  pentes  de  la  grande  Cordillère  qui  forme  la
limite  du  département  à  l’est,  on  trouve  des  mines  d’argent, ­
  d’or,  de  cuivre  et  divers  autres  métaux.  Au  bord  de
la  mer  il  existe  des  gisements  de  charbon  de  terre  qui  ne
sont  pas  exploités  à  cause  de  leur  peu  de  puissance,  qui
en  rendrait  l’exploitation  coûteuse.
La  population  est  la  même  que  sur  tout  le  littoral  du
Pérou.  Les  Européens  se  concentrent  particulièrement
dans  les  villes  comme  Ica,  Pisco,  Chincha.  L’élément
indigène  mixte  forme  la  majorité  de  la  population  ;  ces
métis  sont  de  forte  constitution  physique  et  adonnés
aux  travaux  agricoles.  Dans  les  principales  haciendas  de
(1)  La  même  récolte  donne  13.200  -kilos  de  sucre  dans  le  département
de  Libertad
(2J  La  production  moyenne  de  toute  la  Costa  est  de  150.000  tonnes,  qui
sont  exportées  aux  Etats-Unis.
        <pb n="205" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

189

cette  région,  les  procédés  de  l’agriculture  moderne  sont
seuls  en  usage,  comme  dans  le  département  voisin  d’Arequipa,
  la  charrue  à  vapeur  a  remplacé  le  bœuf  pour  le
travail  de  la  terre.
XVII.  —  Quoique  moins  riche  en  productions  minérales
et  végétales  que  plusieurs  autres  de  la  République,  comme
par  exemple  Junin,  Ancachs,  Guzco,  Amazonas,  le  département ­
  d'Arequipa  est  sans  conteste  le  plus  important  et
le  plus  prospère  du  Pérou,  en  raison  de  l’activité  et  de
l’initiative  de  ses  habitants.  C’est  une  véritable  oasis
située  entre  la  mer  et  les  Andes,  c’est  aussi,  de  tout  le
Pérou,  le  pays  où  les  industries  sont  les  plus  nombreuses
e t  où,  pour  les  travaux  agricoles,  les  procédés  routiniers
ont  fait  place  à  l’exploitation  méthodique  avec  un  outillage
perfectionné.
Parmi  les  provinces  du  département  d’Arequipa  possédant ­
  les  vallées  les  plus  fertiles,  nous  citerons  Islay  qui
occupe  une  bande  de  côte  de  87  kilomètres;  c’est,  en
général,  une  sorte  de  désert  de  sable  coupé  par  les  splendides ­
  vallées  de  Tambo  et  de  Quilca.  Cette  dernière  est
arrosée  par  le  rio  Chili,  qui  conserve  de  l’eau  toute
I  année.  La  capitale  de  cette  province  est  le  port  d’IsLAY.
II  est  remarquable  par  sa  configuration  caractéristique,  il
ressemble  à  une  fosse  immense  entourée  par  de  sombres
falaises,  des  ravins,  des  rochers  coupés  à  pic  qui  ne
laissent  nulle  part  de  place  pour  une  plage.  En  dépit  d’un
môle  en  fer,  le  débarquement  des  marchandises  y  est  toujours ­
  difficile  à  exécuter,  la  houle  venant  se  briser  avec
violence  sur  les  rochers  environnants,  surtout  aux  équinoxes. ­

La  vallée  de  Tambo  est  située  à  125  kilomètres  d’Arequipa, ­
  elle  s’étend  sur  une  longueur  de  80  kilomètres,
depuis  son  origine  au  pied  du  mont  San  Antonio  de
        <pb n="206" />
        190

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Esquilache.  Arrosée  par  le  rio  Tambo,  uni  au  Huancarani,
cette  oasis  produit  en  abondance  la  canne  à  sucre,  le  riz
qui  y  est  d’une  qualité  vraiment  supérieure  et  se  recommande ­
  par  sa  grosseur,  sa  blancheur  et  son  bon  goût  ;
différentes  sortes  d’excellentes  cucurbitacées,  des  olives,
patates,  pommes  de  terre,  etc.,  etc.
XVIII.  —  On  y  remarque  aussi  un  arbre  sauvage,  le
Huacan  (Marica  ollycappo),  dont  les  graines  broyées  et
bouillies  donnent  une  très  bonne  cire,  quoique  un  peu
jaune.  Le  rio  Tambo,  qui  sillonne  cette  vallée,  est  assez
important.  On  y  trouve  plusieurs  sortes  de  poissons  très
savoureux.  La  vallée  est  très  profonde,  le  climat  y  est
assez  doux  et  sain;  c’est  de  cette  région  que  Mollendo,
Islay  et  Arequipa,  tirent  tous  leurs  produits  alimentaires
qui  ne  montent  pas  à  Arequipa  par  le  chemin  de  fer  de
Mollendo,  et  sont  transportés  à  dos  de  mulet;  les  arrieros
  (1)  partent  à  la  nuit  tombante  et  arrivent  à  Arequipa
dans  la  matinée,  soit  125  kilomètres.
XIX.  —  La  vallée  de  Camana  est  une  vallée  élevée
qui  a  son  origine,  de  même  que  sa  rivière,  sur  le
haut  plateau  de  Nincocoya,  derrière  le  Misti,  sur  la
seconde  branche  des  Andes.  Camana,  en  quéchua,  signifie
spacieux;  cette  vallée  est  en  effet  longue  et  large,  elle  est
fermée  par  de  hautes  montagnes  dont  la  hauteur  décroît
graduellement  jusqu’à  la  mer  où  elle  se  termine  par  de
belles  prairies.  Toute  cette  province  ne  serait  qu’un
désert  de  sable  si  ses  vallées  n’étaient  fertilisées  par  les
rivières  Ocana  et  Majis,  qui  arrosent  presque  toute  la
province.
Camana  produit  une  grande  quantité  de  fruits.  L’olivier
y  est  extrêmement  abondant,  cependant,  par  suite  d’une

(1)  Conducteurs.
        <pb n="207" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

191

singulière  cueillette  qui  consiste  à  frapper  l’arbre  brutalement ­
  pour  en  faire  tomber  les  fruits,  la  récolte  est  intermittente. ­
  L’huile  extraite  des  olives  de  cette  région  est
consommée  dans  le  département  et  à  Lima.  La  canne  à
sucre  qui,  elle  aussi,  y  est  cultivée  avec  soin  et  intelligence, ­
  est  d’un  excellent  rendement.  L’aji  amarillo  et
Colorado  (1)  vient  très  bien  et  en  abondance  ;  ce  produit
est  échangé  dans  la  Sierra  contre  de  la  viande  sèche,  du
chuno  (2),  des  pommes  de  terre,  des  ponchos,  des  couvertures ­
  et  nombre  d’autres  produits  alimentaires.
Le  riz  est  aussi  un  des  principaux  produits  de  Camana  ;
le  blé  est  cultivé  aussi  avec  succès,  et  il  est  expédié  à
Lima.  Tous  ces  produits  constituent  la  principale  richesse
de  Camana  ;  les  autres  suffisent  à  peine  à  la  consommation ­
  intérieure.
Sauf  dans  le  district  de  Atico,  sur  les  collines  duquel
croît  pendant  plusieurs  mois  de  l’année  un  excellent  pâturage, ­
  l’élevage  du  bétail  ne  se  pratique  pas  dans  la  province ­
  de  Camana  ;  c’est  la  province  de  Parinacocha  qui  la
ravitaille  en  bêtes  à  cornes  ;  en  échange  les  porcs  et  les
oiseaux  de  basse-cour  y  sont  très  nombreux.  On  pêche
dans  la  rivière  et  dans  la  mer  une  grande  quantité  de
poissons  excellents,  entre  autres  le  camarone.  La  moitié
do  la  population  se  nourrit  de  ce  poisson  qui,  fumé  et
séché  au  soleil,  est  en  outre  un  produit  d’exportation  pour
Arequipa,  Majis,  Chuquibamba  et  la  Bolivie.
Dans  la  rivière,  on  trouve  une  loutre  au  poil  très  fin,  de
la  taille  d’un  chien.
XX.  —  L e  département  ou  province  littorale  de  Mo-Qüegua.
  possède  dans  les  vallées  de  Moquegua,  de  Loti) ­
  Piment  jaune  et  rouge.
(2)  Pécule  de  pomme  de  terre  préalablement  gelée  et  séchée,  qui  est
tr ès  amère.
        <pb n="208" />
        192

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

cumba  et  de  Sama,  de  grands  vignobles  qui  produisent
les  vins  les  plus  estimés  du  Pérou  ;  Loeumba  produit  des
eaux-de-vie  et  Moquegua  des  vins  secs.  Quoique  la  vigne
ait  été  introduite  dans  cette  région  en  1557,  et  s’y  soit
trouvée  dans  des  conditions  très  favorables  à  son  développement, ­
  la  viticulture  ne  s’est  pas  développée  comme  elle
l’aurait  pu,  car  les  procédés  de  culture  y  sont  restés  trop
archaïques.  Le  rendement  actuel  est  de  90  à  100  hectolitres ­
  par  hectare.
Sur  toute  l’étendue  de  la  Costa,  on  ne  trouverait  pas  un
animal  dangereux  ;  sauf  les  oiseaux  de  mer  et  les  poissons, ­
  sans  oublier  la  multitude  de  parasites  particuliers
aux  régions  chaudes,  cette  zone  ne  possède  pas  de  faune
particulière,  car  les  animaux  sauvages  dédaignent  cette
région  sèche  et  sans  végétation.  Tous  nos  animaux  domestiques, ­
  chevaux,  bœufs,  ânes,  mulets,  moutons,  etc.,  ont
été  importés  et  ce  sont  les  seuls  quadrupèdes  que  l’on
rencontre.
        <pb n="209" />
        CHAPITRE  XI

I-  La  Sitmiu.  —  II.  Aspect.  —  III.  Température.  —  IV.  Solitude  de  la
Puna.—V.  Végétation.  —VI.  Productions.—  VII.  L’agriculture  sur  les
hauts  plateaux  péruviens.  —  VIII.  Plantes  fourragères,  pomme  de  terre
hlé,  orge,  maïs,  frais  et  rendement  par  hectare.  —  IX.  Difficultés
d’écouler  les  récoltes.  —  X.  Une  culture  intéressante,  le  maguey
et  le  zapupe.  —  XI.  L’élevage,  bœufs,  vaches,  moutons.  —  XU.
Question  des  transports.  —  XIII.  Mortalité  des  animaux.  —  XIV.  Le
Michipas.  —  XV.  Le  llama,  l’alpaca,  la  vigogne,  le  paco-vienne.  —
XVI.  Tonte,  rendement,  prix  de  la  laine.  —  XVII.  Les  animaux  de  la
Sierra.

I.  —  La  Sierra  commence  à  130  ou  140  kilomètres  de
la  côte  ;  cette  zone,  d’un  caractère  exceptionnel,  se  compose ­
  de  montagnes  élevées  et  d’immenses  plateaux  qui
s’étendent  d’une  extrémité  à  l’autre  du  Pérou,  sur  une  largeur ­
  variant  entre  60  et  220  kilomètres.  Montagnes  et
hauts  plateaux  se  trouvent  encore  enserrés  entre  deux
crêtes  d’une  grande  élévation  (1),  qui  prennent  le  nom  de
Cordillère  occidentale  et  de  Cordillère  orientale,  suivant
quelles  se  dressent  comme  une  immense  barrière  longitudinale ­
  à  l’ouest  ou  à  l’est  du  pays.  C’est  l’arête  dorsale
du  Pérou  ;  elle  forme  comme  une  ligne  de  partage  qui
(I)  Quelques  sommets  dépassent  6.000  métrés,  et  les  montagnes  de
3.500  à  5.000  mètres  sont  très  nombreuses.

13
        <pb n="210" />
        194

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

séparerait  la  faune  et  la  flore,  les  eaux  et  les  vents  de
deux  mondes  différents.
II.  —  Avec  ses  plateaux  dont  plusieurs  sont  d’une  étendue ­
  considérable,  situés  à  des  altitudes  variant  de  2.000  à
4.000  mètres  au-dessus  du  niveau  de  la  mer,  comme  celui
de  Titicaca,  la  Sierra  forme  comme  un  pays  neutre  élevé
par  la  nature  au  centre  du  Pérou,  entre  l’Océan  Pacifique
et  les  plaines  immenses  du  bassin  de  l’Amazone.
Par  suite  de  son  élévation  excessive,  jointe  à  sa  proximité ­
  de  l’équateur,  cette  région  a  un  climat  très  particulier. ­
  C’est  ainsi  qu’on  y  observe  des  changements  de
température  subits  et  violents,  des  tempêtes  et  des  orages
tellement  forts  et  redoutables  qu’ils  mettent  des  convois  en
péril  ;  malgré  le  voisinage  des  tropiques,  on  y  peut  voir  des
montagnes  couvertes  de  glaciers  et  de  neiges  éternelles,  à
côté  de  pics  moins  élevés,  dont  l’aspect  est  morne  et  dénudé.
III.  —  Sur  certains  plateaux  plus  élevés,  on  est  brûlé
par  le  soleil  au  milieu  du  jour,  et  le  soir  on  gèle  parfois  si
certains  vents  se  sont  mis  à  souffler.  Cependant,  on
aurait  tort  de  croire  que  sur  les  grands  plateaux  la  température ­
  soit  difficile  à  supporter  ;  à  part  les  variations
pénibles  par  leur  fréquence,  la  chaleur  ni  le  froid  ne  sont
jamais  excessifs,  l’air  y  est  très  vif  et  très  pur,  sans
brouillard  d’aucune  sorte,  les  pluies  ne  tombent  avec  force
que  pendant  trois  mois  de  l’année.
La  Sierra  se  divise  en  deux  régions  naturelles,  la  Sierra
proprement  dite  et  la  Puna.  La  Sierra  proprement  dite  est
une  région  excellente  où  les  Européens  s’acclimatent  fort
bien;  les  maladies  de  foie,  la  dysenterie  et  les  fièvres  endémiques ­
  ou  épidémiques  y  sont  inconnues  ;  en  revanche,
on  y  est  sujet  à  une  oppression  de  poitrine  dont  nous  avons
déjà  parlé,  connue  sous  le  nom  de  soroche,  puna  et  veta.
A  partir  des  premières  élévations  et  jusqu’à  une  altitude
        <pb n="211" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

195

de  3.500  mètres,  le  climat  est  en  général  tempéré  et  le  froid
fort  supportable.  Pendant  les  journées  les  plus  froides,  la
température  baisse  jusqu’à  5°  et  même  2°  au-dessus  de
zéro.  Pendant  les  journées  chaudes,  elle  s’élève  à  16  et  18°
dans  les  parties  les  plus  hautes  et  jusqu’à  24°  dans  les
parties  basses,  mais  dans  les  vallées  profondes  elle  atteint
souvent  35°.
Depuis  3.500  mètres  d’altitude  et  jusqu’à  4.500  mètres,
c’est-à-dire  dans  la  partie  de  la  Sierra  désignée  sous  le
nom  de  Ceja  de  Cordillera(i),  le  froid  est  assez  vif,  car
pendant  la  saison  des  pluies,  en  été,  la  température  baisse
pendant  la  nuit  jusqu’à  —  3°,  et  le  jour  elle  ne  dépasse
pas  -f-  7°  dans  les  parties  élevées  et  -j-  16°  dans  les  parties
basses.  Pendant  la  saison  sèche  ou  hiver,  la  température
est  de  -f  11°  pendant  le  jour  et  +  8°  pendant  la  nuit.
Dans  la  Cordillère  et  les  punas  ou  plateaux  élevés  audessus
  de  4.000  mètres,  le  froid  est  intense  pendant  les
mois  de  juin  à  septembre  ;  la  température  la  plus  haute  de
cette  zone  est  de  11  à  12°  et  la  plus  basse  est  de  16  à
18°  au-dessous  de  zéro.
IV.  —  Rien  n’est  plus  morne  et  plus  triste  que  les
punas  ;  l’horizon  est  large  mais  l’aspect  d’effrayante
uudité  de  cette  nature  est  navrant;  on  se  sent  comme  prisonnier ­
  entre  une  ceinture  de  pics  neigeux  et  de  roches
nues  ;  partout  la  solitude,  car  les  habitants,  les  animaux  et
môme  les  végétaux  semblent  s’être  réfugiés  dans  les
vallées  et  ne  se  montrent  nulle  part.  Au  loin,  l’œil  n’aper-Çoit
  partout  que  des  landes  couvertes  d’une  herbe  chétive
et  rude  qui  croît  sous  un  vent  froid,  glacial  (2),  à  l’altitude

(1)  Sourcil  de  la  Cordillère.  ..
(2)  La  neige  tombe  assez  souvent  dans  la  Puna;  en  plus  des  tempêtes
de  grêle  éclatent  presque  chaque  jour,  mais  ces  orages  de  menus  gît
durent  à  peine  quelques  minutes.
        <pb n="212" />
        196  LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

du  mont  Blanc.  Au  milieu  de  cette  nature  désolée  et
inhospitalière,  l’homme  n’a  pour  compagnons  que  quelques
Hamas  ou  quelques  vigognes  qu’on  distingue  épars  sur  un
versant  de  montagne.
On  nomme  puna  brava  les  endroits  les  plus  sauvages
de  cette  région,  par  contre  on  désigne  sous  le  nom  de
paramos  les  terrains  de  la  puna  situés  à  une  altitude
moindre  où  l’on  trouve  des  plateaux  un  peu  plus  herbeux
et  moins  froids  ;  c’est  le  pays  des  troupeaux,  Vychu  (1)  et
la  luzerne  y  croissent  comme  dans  la  sierra  proprement
dite.
Y.  —  La  végétation  de  la  sierra  n’est  ni  abondante  ni
variée,  on  ne  trouve  des  arbres  que  dans  les  vallées
basses  et  abritées,  dans  ce  cas  on  rencontre  côte  à  côte
les  végétaux  de  la  zone  tropicale  et  ceux  des  climats
tempérés.  Les  uns  et  les  autres  n’atteignent  cependant
que  des  proportions  ordinaires,  même  dans  les  vallées  profondes; ­
  ils  sont  d’apparence  médiocre  dans  la  plupart,
surtout  si  on  les  compare  à  ceux  des  versants  de  la  montana.
  Quelques  arbustes  forment  tout  le  combustible  de  la
chaîne  centrale  et  des  hauts  plateaux,  on  les  nomme
ccapu  et  ccanlli  ;  ils  sont  d’essence  résineuse.  Plus
encore  qu’à  ces  arbustes,  les  indigènes  ont  recours  pour
entretenir  leurs  foyers  à  des  mottes  de  terre  et  d’herbes
sèches  mélangées  de  taquia  (2).
On  trouve  encore  quelques  buissons  épineux  croissant
entre  les  rochers,  les  tala  qui  montrent  leurs  branches
rachitiques,  crispées  et  retournées  sur  le  sol.  Mais  à  côté
de  cette  végétation  rabougrie,  misérable,  des  plantes
fourragères,  groupées  par  familles,  s’étalent  à  perte  de  vue.
C’est  le  pays  de  la  paja  (littéralement  paille),  c’est-à-dire
(1)  Pâturage  des  plateaux.
(2)  Fiente  de  ruminant,  particulièrement  de  ilama.
        <pb n="213" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

197

différentes  sortes  de  luzerne,  l'y  chu,  le  crespillo  excellents ­
  pour  engraisser  le  bétail,  plusieurs  sortes  de  cactus,
entre  autres  le  cajaruru  et  la  cabeza  de  negro  (tête  de
nègre)  qui  rendent  les  mêmes  services  que  la  luzerne  et
le  crespillo  ;  mais  la  chair  et  la  graisse  des  animaux
engraissés  avec  ces  cactus  sont  peu  fermes.
VI.  Toutes  les  céréales,  l’orge,  le  blé,  l’avoine,  etc.,
viennent  admirablement  bien  dans  la  Sierra,  mais  cette
zone  est  par-dessus  tout  la  patrie  de  prédilection  des
tubercules  ;  on  y  rencontre  plusieurs  sortes  de  yuccas
(manioc),  plusieurs  variétés  de  patates  et  de  pommes  de
terre.  Tous  ces  produits,  principalement  ceux  qui  sont
analogues  à  ceux  de  nos  climats,  atteignent  dans  la  Sierra
des  proportions  et  des  qualités  supérieures  à  celles  que
nous  obtenons  en  Europe.
La  canne  à  sucre,  le  bananier,  l’ananas  et  tous  végétaux ­
  des  tropiques  ne  poussent  que  dans  les  vallées  basses  ;
nomme  nous  l’avons  déjà  dit,  la  canne  à  sucre  arrive  à
maturité  dans  ces  vallées  au  bout  de  dix  mois,  comme
dans  la  Montana  ;  sur  la  Costa,  cette  graminée  ne  peut
être  récoltée  que  de  dix-huit  à  vingt  mois.  Dans  la  Sierra,
la  canne  à  sucre  sert  presque  uniquement  à  produire  la
chancaca  (mélasse)  et  du  tafia.
Si  l’on  écarte  un  instant  les  richesses  minières  incalculables ­
  que  renferme  le  sous-sol  delà  Sierra  (1),  cette  zone
apparaît  surtout  comme  un  merveilleux  pays  d’élevage,
et  S ra nd  producteur  de  céréales,  mais  elle  restera  toujours ­
  pl us  pastorale  qu’agricole.
^11-  —  L’agriculture  n’a  pas  pris  un  grand  développement ­
  dans  la  Sierra,  l’activité  des  agriculteurs  étant
B^andement  paralysée  par  la  difficulté  des  moyens  de

(1)  Or,  cuivre,  argent,  étain,  fer,  houille,  mercure,  plomb,  etc  ,  eto.
        <pb n="214" />
        198

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

communication.  Leur  insuffisance  est  telle  que  la  zone  tempérée ­
  de  la  Sierra,  qui  pourrait  fournir  en  abondance  toutes
les  céréales,  car  partout  le  sol  est  couvert  d’une  énorme
couche  d’humus  ne  peut  servir  à  approvisionner  les  habitants ­
  de  la  Costa,  qui  doivent  acheter  leurs  farines  au  Chili.
VIII.  —  L’agriculture  s’exerce  toujours  au  moyen  d’un
outillage  des  plus  primitifs  ;  cependant  on  récolte  d’énormes
quantités  de  luzerne,  d’escourgeon,  d’orge  et  d’avoine  ;  la
luzerne  vaut,  toute  fauchée,  8  centimes  l’arroba  (16  kilogr.
300).  L’industrie  des  fourrages  comprimés  pourrait  se
développer  dans  les  régions  traversées  par  le  chemin  de
fer  central.
Le  maïs  et  le  blé  font  l’objet  de  cultures  assez  importantes, ­
  surtout  dans  le  département  de  Cuzco  ;  le  maïs  de
cette  région  est  aussi  renommé  que  le  maïs  de  la  montana,
dit  chuncho  (sauvage)  qui  se  récolte  quatre  mois  après
avoir  été  semé  ;  il  en  est  de  même  des  blés  de  qualité  supérieure ­
  de  Huamachuco  et  de  Torata.  Malheureusement,
faute  de  pouvoir  les  transporter  dans  les  centres  de  consommation, ­
  on  doit  négliger  l’exploitation  de  ces  produits,
qui,  dans  l’avenir,  amèneront  l’aisance  et  le  bien-être.
Pour  l’instant,  les  habitants  ne  cultivent  que  les  plantes
et  les  céréales  indispensables  à  leur  alimentation  et  à
l’approvisionnement  des  principales  agglomérations.  Ils
récoltent  aussi  le  quinua-quinua  (1),  plante  indigène  qui
ne  se  rencontre  que  dans  cette  zone  ;  c’est  paraît-il  un  des
aliments  les  plus  complets  et  les  plus  nutritifs  qui
existent  ;  les  indigènes  en  mangent  les  graines  en  potage
ou  en  gâteaux  ;  les  feuilles  sont  aussi  comestibles  et  se
mangent  comme  les  épinards.
On  connaît  des  quinuas  de  diverses  couleurs,  des

(1)  Chenopodium  quinoa.
        <pb n="215" />
        blancs,  des  noirs,  des  rouges,  des  moirés  ;  mais  la  plus
usitée  est  le  quinua  blanc  que  l’on  mange  cuit  ou  sous  la
forme  d’une  farine  appelée  canihua  ;  les  autres  catégories
sont  employées  comme  fourrages.  Il  est  indéniable  que  le
jour  où  cette  plante  sera  plus  connue  et  plus  facilement
exportée,  elle  pourra  rendre  les  plus  grands  services  aux
classes  pauvres  des  deux  continents,  étant  donné  l’insignifiance ­
  des  soins  qu’elle  exige,  le  peu  de  frais  quelle
entraîne  et  l’énorme  rendement  qu’elle  fournit;  on  peut
cultiver  la  quinua  sur  les  sols  les  plus  froids  et  les  plus
pauvres  de  la  Sierra.
Les  départements  susceptibles  de  prendre  un  grand
développement  agricole  sont  ceux  de  Puno,  Guzco,  Huanuco,
  de  Junin,  et  dans  ce  dernier  tout  particulièrement
les  provinces  de  Tarma,  Jauja  et  Huancayo;  ce  dernier
point  sera  très  prochainement  relié  à  Lima  par  un  chemin
de  fer  en  construction.  Il  existe  déjà  dans  ces  centres  des
cultures  très  importantes.  Voici  à  titre  de  renseignement
le  rendement  par  hectare  de  quelques  céréales  :
74  kilos  de  blé  ensemencé  rendent  952  kilos  dans
un  terrain  irrigué,  et  381  kilos  dans  un  terrain  non
irrigué  ou  arrosé  ;
62  kilos  de  maïs  donnent  dans  le  premier  cas  952  kilos ­
  et  793  dans  le  second  ;
79  kilos  d’orge  ou  d’avoine  rendent  2.379  kilos  en
terrain  irrigué  et  1.010  en  terrain  non  irrigué,  309  kilos ­
  de  pommes  de  terre  rendent  3.172  kilos.  Il  faut
tenir  compte  que  la  pomme  de  terre  ne  se  sème  pas  en
terrains  non  irrigués  et  que  le  maïs  dans  l’un  ou  l’autre
terrain  ne  s’arrose  plus  une  fois  semé.
Les  frais  d’exploitation  par  hectare  varient  naturellement ­
  suivant  la  plante  et  le  mode  d’exploitation  qui  est
encore  très  défectueux.
        <pb n="216" />
        200

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Le  blé  occasionne  une  dépense  totale  de  42  fr.  50  par
hectare;  le  maïs,  55  francs;  l’orge  et  l’avoine,  35  francs  ;
la  pomme  de  terre,  75  francs.
Pour  la  vente  des  graines  telles  que  le  maïs,  l’avoine,
l’orge,  les  fèves,  quinuas,  on  se  sert  dans  la  Sierra  d’une
mesure  appelée  tercio  qui  est  de  60  jkilos,  s’il  s’agit  du
blé  ;  le  tercio  est  de  72  kilos.
Les  prix  moyens  de  vente  de  ces  denrées  sont  les  suivants ­
  :  le  blé  vaut  140  francs  la  tonne  métrique,  le  maïs,
167  francs;  l’orge,  l’avoine,  83fr.50;  la  pomme  de  terre
67  francs  ;  la  quinua,  209  francs;  les  fèves,  83  francs,  etc.
Comme  on  le  voit,  l’exploitation  en  grand  de  ces  différents ­
  produits  pourrait  être  rémunératrice,  et  les  provinces ­
  de  Tarma,  Jauja  et  Huancayo  poux-raient  être  transformées ­
  en  greniers  de  la  Costa  :  1°  si  les  procédés  agricoles
de  la  Sierra  étaient  quelque  peu  modernisés  ;  2°  si  le  prix
du  fret  par  chemin  de  fer  était  abaissé  à  2  centavos  par
tonne  kilométrique.
IV.  —  A  l’heure  actuelle,  le  transport  d’une  tonne
métrique  de  Angaraes  à  Lima  par  voie  ferrée  revient  à
150  francs  ;  il  faut  y  ajouter  le  prix  du  grain.  On  comprendra
qu’il  est  impossible,  actuellement,  de  provoquer  dans  ces
régions  la  culture  en  grand  des  céréales  pour  faire  concurrence ­
  aux  blés  d’Australie  et  du  Chili  qui  sont  consommés ­
  sur  la  côte,  et  dont  le  prix  de  vente  au  Callao
est  de  180  francs  la  tonne,  un  peu  plus  que  le  prix  du
transport  du  blé  de  la  Sierra.
Il  existe  dans  les  régions  de  Tarma,  Jauja  et  Huancayo
un  certain  nombre  de  moulins  à  farine,  extrêmement  primitifs, ­
  qui  pour  l’instant  cherchent  à  suffire  aux  nécessités ­
  locales  sans  y  parvenir.
X.  —  Quelques  industriels  entreprenants  s’étant  rendu
compte  que  différentes  espèces  de  cactus  du  genre  maguey
        <pb n="217" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

201

étaient  très  répandues  dans  certaines  parties  delà  Sierra,
surtout  dans  le  département  de  Junin,  firent  des  essais
d’exploitation  qui  réussirent  fort  bien.  Gomme  cette  industrie ­
  est  très  rémunératrice  (1)  au  Mexique  et  que  le  maguey
  péruvien  semblait  promettre  un  rapport  au  moins
égal  à  celui  de  ce  pays,  on  fit  des  plantations  de  plantes  de
maguey  ;  on  choisit  l’espèce  dont  les  feuilles  sont  dépourvues ­
  d’épines  et  qui  sont  considérées  comme  les  meilleures. ­

Ce  cactus  n’a  pas  besoin  d’être  irrigué;  mais  s’il  l’est,
il  se  développe  plus  vite.  Chaque  plante  possède  généralement ­
  130  feuilles  qui  peuvent  produire  près  de  7  kilos
de  fibre  propre  et  11  kilos  d’aguardiente  (2).  Cette
plante  fleurit  tous  les  dix  ans  ;  sa  fleur  s’épanouit  au
sommet  d’une  tige  de  six  ou  sept  mètres  de  hauteur;  après
fiuoi  cette  tige  tombe  et  la  plante  meurt.  Un  hectare  de
terrain  peut  contenir  1.100  plantes;  comme  culture,  il
suffit  de  nettoyer  simplement  les  touffes  une  fois  par  an.
Nous  signalerons  en  outre  la  culture  d’un  autre  textile
du  même  genre,  lie  zapupe,  qui  pourrait  être  avantageusement ­
  exploité  non  seulement  dans  la  Sierra,  mais  particulièrement ­
  sur  les  versants  de  la  Cordillère  occidentale,
d  partir  de  1.000  mètres  d’altitude.  L’affaire  serait  d’autant ­
  plus  avantageuse,  que  ce  textile  pourrait  être  plus
facilement  exporté,  les  communications  étant  beaucoup
plus  aisées  sur  la  Costa  que  dans  la  Sierra.  Les  Indiens
du  Mexique  connaissent  le  zapupe  depuis  des  siècles,  et
ils  le  tissent;  il  n’est  connu  des  blancs  que  depuis  deux
ans.  Il  pousse  dans  l’État  de  Vera-Cruz,  et  on  a  facile-(0
  Le  propriétaire  de  i’hacienda  «  Collor  »,  près  de  Huancayo,  tire
d  importants  bénéfices  d’une  exploitation  de  maguey,  et  encore  ne  fait-il
qu'on  commerce  local.
(2)  Eau-de-vie.
        <pb n="218" />
        202

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

ment  étendu  sa  culture  dans  des  régions  présentant  les
mêmes  conditions  d’altitude  et  de  climat  que  certaines
parties  de  la  Sierra  péruvienne  et  de  la  Cordillère  occidentale. ­

Le  zapupe  est  un  agave  qui  a  deux  fois  plus  de  feuilles
que  le  henequen  de  Yucatan.  Sa  fibre  est  blanche,  résistante, ­
  flexible,  incorruptible  dans  l’eau.  Ses  avantages
sur  le  henequen  sont  évidents  :  il  fournit,  par  pied,  deux
fois  plus  de  fibres  ;  il  donne  sa  première  coupe  dès  la  troisième ­
  année  après  le  repiquage,  et  l’on  sait  que  le  henequen ­
  ne  produit  qu’au  bout  de  cinq,  six  ou  sept  ans.
Entre  la  troisième  et  la  sixième  année,  le  zapupe  produit ­
  annuellement  de  100  à  110  feuilles  et,  dans  les  dernières ­
  années  de  son  existence,  entre  douze  et  quinze  ans,
il  en  donne  encore  de  75  à  80.  Les  coupes  sont  de  20  à
35  feuilles  par  chaque  trimestre.  Quand  on  ne  coupe  pas
les  feuilles,  la  plante  ne  vit  que  cinq,  six  ou  sept  ans;  la
hampe  florale  de  huit  pieds  de  haut,  dont  le  développement ­
  signale  la  caducité  et  précède  la  mort  de  la  plante,
ne  naît  que  beaucoup  plus  tard,  entre  la  douzième  et
la  quinzième  année,  si  l’on  exploite  les  feuilles.
La  production  annuelle  de  fibres  est,  en  moyenne,  de
2  livres  et  demie  à  3  livres  par  plante.
La  culture  est  très  simple.  On  plante  les  rejetons
espacés,  en  damier,  de  6  pieds  et  demi  en  6  pieds  et  demi,
soit  1.600  plants  à  l’hectare.  Les  sarclages  ne  sont  nécessaires ­
  que  la  première  année  ;  dès  la  seconde  année,  la
vigueur  de  la  végétation  empêche  toute  autre  plante  de
pousser.  Il  peut  être  nécessaire  d’ouvrir  à  la  sape  des  chemins ­
  d’exploitation.
Actuellement,  on  peut  se  procurer  des  jeunes  plants  d’un
an  pour  5  oentavos.  La  journée  d’un  péon  vaut  80  centavos.
  Sur  ces  bases,  on  calcule  que  la  livre  de  fibre  re ­
        <pb n="219" />
        LE  PEROU  ECONOMIQUE
vient  à  4  ou  5  centavos.  Sa  valeur,  à  New-York,  a  été
estimée  8  ou  9  cents,  soit  16  ou  18  centavos.
Le  zapupe  pousse  dans  les  terrains  pierreux,  mais  il  se
développe  plus  rapidement  dans  les  sables.  Il  redoute
l’ombre  et  l’humidité  du  sol;  on  doit  préférer,  pour  une
plantation,  des  terrains  en  pente.  Les  pluies  tropicales  et
les  sécheresses  ne  causent  aucun  dommage.  Le  repiquage
doit  se  faire  entre  octobre  et  mars.
Les  fortes  épines  terminales  protègent  la  plante  contre  le
bétail;  aucune  clôture  n’est  nécessaire.
Un  avantage  notable  du  zapupe  sur  les  autres  plantes
tropicales  :  on  récolte  les  feuilles  toute  l’année  et  l’on  peut,
sans  inconvénient,  retarder  une  coupe  de  plusieurs
semaines;  le  planteur  n’est  donc  pas  à  la  merci  des  péons,
dont  la  mauvaise  volonté  a  fait  perdre  tant  de  cannes  à
sucre,  de  coton,  de  cacao  et  de  café.
XI.  —  L’élevage  tend  à  devenir  de  plus  en  plus  un
facteur  très  important  de  richesse  publique  et  privée
au  Pérou.  Il  se  développe  principalement  dans  les  départements ­
  de  Puno,  Ayacucho,  Cajamarca,  Junin  et
Ancachs.  Dans  ces  derniers  départements  diverses  sociétés ­
  viennent  de  se  constituer  ;  ces  sociétés  achètent
des  haciendas  exploitées  jusqu’alors  d’une  façon  empirique ­
  pour  les  transformer  suivant  les  principes  modernes.
Dans  les  départements  cités  les  troupeaux  de  bœufs,
de  vaches,  de  moutons,  d’alpacas  et  de  Hamas  sont  très
nombreux.,  et  procurent  de  beaux  bénéfices.  Dans  le  département ­
  d’Ancachs  et  même  dans  la  province  de  Gauta,
1  élevage  des  chevaux  est  d’un  excellent  rapport.
Le  mouton  élevé  sur  les  plateaux  andins  du  Pérou  est
petit  et  de  forme  irrégulière  (1),  la  tonte  s’en  fait  tous  les
(1)  La  race  bovine  des  plateaux  andins  laisse  aussi  à  désirer  :  les  bœufs
sont  de  petite  taille  et  les  vaches  mauvaises  laitières,  ne  donnent  en
        <pb n="220" />
        204

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

ans  ou  tous  les  deux  ans  ;  elle  produit  à  peine  deux  livres
de  laine  annuellement.  On  a  cherché  à  diverses  reprises  à
obtenir,  par  le  croisement  des  races  étrangères  et  notamment ­
  avec  le  mérinos,  de  plus  beaux  produits  donnant  des
laines  supérieures.  Oh  a  remarqué  qu’il  était  très  mauvais
pour  la  reproduction  d’amener  des  béliers  étrangers  trop
jeunes  dans  ces  régions.  Le  vétérinaire  belge  Declerck
estime  que  le  travail  d’acclimatation,  auquel  ils  sont  soumis, ­
  diminue  leurs  forces.  Le  climat  des  hauts  plateaux  est,
en  effet,  sec  et  froid  ;  la  dépression  atmosphérique,  dans
une  semblable  altitude  (3.000  à  4.000  mètres),  est  très
grande  et,  de  plus,  la  nourriture  y  est  généralement
insuffisante  pour  les  races  étrangères,  habituées  aune  alimentation ­
  beaucoup  plus  intense.
Dans  le  but  d’améliorer  la  race  ovine  du  pays  plusieurs
fortes  sociétés  anglaises  et  péruviennes  établies  dans  les
provinces  de  Tarma,  Jauja  et  de  Huancayo,  ont  introduit ­
  dans  leurs  haciendas  des  moutons  mérinos  et  des
croisés.  Elles  ont  importé  aussi  un  certain  nombre  de
vaches  suisses.  Dans  les  haciendas  de  «  Gonsac  »,  de
«  Runatullo  »,  de  «  San  Juan  de  Yanamucro»  où  ces  essais
furent  faits,  les  résultats  ont  été  des  plus  encourageants.
Pendant  que  les  brebis  du  pays  produisent  à  peine  un  kilo
de  laine  annuellement,  les  mérinos  et  les  métis  donnèrent
dans  le  même  espace  1  kilogr.  600  et  2  kilogr.  500  par
tête  ;  les  vaches,  elles,  donnèrent  15  litres  de  lait  par  jour.
Une  autre  société  anglaise  a  importé  de  Punta  Arena
(Terre  de  Feu)  à  Atocsaïco,  près  de  Junin,  entre  la  Oroya
moyenne  que  deux  litres  de  lait  par  jour;  il  est  vrai  que  l’on  a  dans  la
Puna  lamauvaise  habitude  de  ne  traire  les  vaches  qu’une  fois  par  jour,  ce
qui  est  de  nature  à  faire  baisser  leur  production  en  lait.  D’autre  part  les
bœufs  ne  sont  mis  à  l’engrais  que  vers  l’âge  de  quatre  ans,  ce  qui  est  trop
tard.
        <pb n="221" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

et  le  Gerro  de  Pasco,  de  magnifiques  brebis  et  de  superbes
béliers,  8.000  bêtes  en  tout,  qui  après  la  période  d’essai
donnèrent  également  d’excellents  résultats  financiers;
l’intelligente  initiative  des  capitalistes  anglais  et  péruviens
recevait  ainsi  sa  récompense.
XII.  —  L’élevage  des  brebis  ne  se  fait  guère  au  Pérou
que  pour  la  laine  ;  il  y  aurait,  ce  nous  semble,  grand
avantage,  de  viser  à  l’engraissement  du  mouton  et  à
l’alimentation  du  marché  de  Lima.  Malheureusement,  pour
les  éleveurs,  la  question  du  transport  n’est  pas  tout  à  fait
résolue,  et  elle  est  d’une  grande  importance  ;  il  est  très
coûteux  et  assez  dangereux  d’envoyer,  par  exemple,  des
moutons  de  la  Oroya  à  Lima  par  chemin  de  fer.  On  est
°hligé  de  les  amener  le  plus  souvent  au  marché  de  la  capitale ­
  par  petites  étapes  et  à  travers  des  contrées  où  ils  ne
trouvent  pas  la  nourriture  suffisante  à  leur  subsistance  ;
ces  bêtes  maigrissent  donc  considérablement  en  cours  de
route,  et  de  plus  les  troupeaux  laissent  toujours  un  certain
nombre  d’animaux  dans  les  précipices  du  chemin.
L’idéal,  pour  l’éleveur,  serait  de  s’établir  aune  distance
relativement  faible  de  la  côte  et  d’un  port,  de  ne  pas  avoir
des  plaines  immenses  et  arides  qui  l’en  séparent,  de  cette
façon,  il  pourrait  emmener  ses  moutons  prêts  pour  l’abatfoir
  sans  qu’ils  perdent  de  leur  poids.  D’après  les  renseignements ­
  qui  nous  ont  été  donnés,  ce  territoire  idéal
d  élevage  pourrait  se  trouver  dans  le  Nord-Ouest  du
Pérou,  non  loin  de  Tumbes.
XIII.  —  Dans  la  Sierra,  avec  les  méthodes  actuelles
d’élevage,  la  mortalité  annuelle,  dans  les  troupeaux  de
bêtes  à  cornes,  est  d’environ  10  pour  100  du  capital,  elle
peut  s’élever  à  20  et  25  pour  100  chez  les  nouveau-nés.
Les  éleveurs  péruviens  et  leurs  pâtres  ne  savent  guère
porter  remède  aux  maladies  du  bétail.  Les  éleveurs  et  les
        <pb n="222" />
        206

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

sociétés  qui  font  de  l’élevage  méthodique  obtiennent  une
mortalité  moins  élevée  en  vaccinant  leurs  animaux.
La  mortalité  des  agneaux  s’élève  jusqu’à  50  pour  100  ;
elle  serait  occasionnée  parles  gelées  et  les  chutes  de  neige,
autant  que  par  les  maladies  qui  attaquent  les  jeunes
moutons.
A  ces  50  pour  100,  l’éleveur  peut  ajouter  25  pour  100
pour  pertes  et  vols  du  fait  des  pasteurs.  Il  reste  donc
25  pour  100  à  l’avantage  de  l’éleveur.  Malgré  ces  coefficients ­
  élevés  de  pertes,  l’élevage  dans  le  département  de
Junin  est  considéré  comme  lucratif.  Dans  les  haciendas
établies  sur  les  deux  rives  durio  Mantaro,  on  table  sur  un
intérêt  de  25  pour  100,  qui,  dans  les  plus  mauvais  cas,
n’est  jamais  inférieur  à  10  pour  100.
On  n’exagère  rien  en  affirmant  que  l’élevage  est,  au
Pérou,  une  industrie  de  grand  avenir.  Il  rapportera  de
solides  fortunes  chaque  fois  qu’il  sera  tenté  d’après  des
méthodes  rationnelles.  Les  meilleurs  résultats  seront,
malgré  tout,  obtenus  dans  la  région  nord-ouest  du  Pérou
où  la  mortalité  n’excéderait  guère  25  pour  100  et  où  les
conditions  de  transport  seraient  plus  facilement  assurées.
En  Huancabamba,  province  du  département  de  Piura,  on
élève  déjà  une  race  spéciale,  à  toison  noire  longue  et
soyeuse.
L’élevage  des  mulets,  chevaux,  ânes,  porcs  et  chèvres
se  fait  dans  de  meilleures  conditions  sur  la  Costa,  où  ces
animaux  s’alimentent  de  baies  de  caroubier,  desalt-bushes,
totoras  et  graminées  qui  poussent  dans  les  dunes.
XIV.  —  Les  dépenses  occasionnées  annuellement  par
l’élevage  des  bêtes  à  cornes  s’élèvent  à  7  fr.  50  par  tête
d’animal;  pour  les  brebis,  cette  dépense  peut  être  ramenée
au  tiers.  Les  pâtres  ouuaqueros  gagnent  un  salaire  infime,
mais  en  compensation,  ils  ont  le  droit  d’élever  des  aui-
        <pb n="223" />
        LE  PÉKOU  ÉCONOMIQUE

207

maux  leur  appartenant,  ces  animaux  proviennent  le  plus
souvent  du  tant  pour  cent  qui  leur  est  alloué  sur  les  naissances ­
  ;  en  outre,  ils  ont  encore  le  michipas,  qui  consiste
dans  le  droit  de  garder  avec  les  leurs  des  troupeaux
d’autrui.  Le  michipas  et  le  tant  pour  cent  ne  sont  généralement ­
  accordés  que  pour  l’élevage  de  la  race  ovine,
h  Indien  quéchua  pasteur,  habitant  une  hacienda,  peut
également  cultiver  sur  le  domaine  du  maître  tout  le  terrain
qu  il  désire  pendant  le  temps  qu’il  ne  doit  pas  au  propriétaire ­
  généralement  une  semaine  par  mois;  il  n’est
Pas  rétribué,  mais  il  touche  sa  ration.
En  résumé,  on  peut  affirmer  que  l’élevage  en  grand,  en
observant  les  procédés  modernes  d’exploitation  et  en  y
a Joutant  celle  d’une  laiterie  moderne,  serait  un  excellent
e mploi  de  capitaux  dans  le  département  de  Junin.  Parmi
l es  difficultés  auxquelles  se  heurtent  parfois  les  éleveurs,
dans  ces  régions,  il  nous  faut  signaler  les  vols  d’animaux
dont  nous  avons  déjà  parlé  sur  la  Costa  et  les  usurpations
de  terrains  par  les  communautés  voisines.  Les  haciendas
s °nt  souvent  en  procès  avec  ces  communautés  pour  des
gestions  de  limites.  Les  vols  de  brebis  sont  plus  fréquents
que  les  vols  de  bêtes  à  cornes.
XV-  •—•  Une  des  bêtes  les  plus  précieuses  du  Pérou  par
® es  utilités  diverses  est  le  Marna  (1),  c’est  par  excellence
uuimal  de  la  Sierra  et  de  la  Puna.  D’un  naturel  crainil
  vit  pendant  l’hiver  en  troupeaux  demi-sauvages,  sur
es  plateaux  de  la  Sierra  ;  l’été  il  remonte  vers  les  solitudes ­
  de  la  Puna,  sous  la  garde  d’un  seul  pâtre.  Le
^uma  est  la  providence  des  habitants  des  régions  déser
 itées  de  la  Sierra,  qui  mangent  sa  chair,  s’habillent
8 u  laine  et  utilisent  ses  déjections  comme  combusl

 1 )  Au  Pérou  on  dit  :  la  llama.
        <pb n="224" />
        208

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

tible  (taquia),  il  sert  en  outre  comme  bête  de  charge.
Le  commerce  des  hauts  plateaux  du  Pérou  a  en  effet
des  allures  toutes  particulières  ;  vu  le  manque  de  voies  de
communication  et  la  longueur  des  trajets  à  parcourir,  les
transports  de  marchandises,  grains,  minéraux,  se  font  à
dos  de  mulet,  d’âne  et  de  llama  ;  ce  dernier  animal  est  le
plus  fréquemment  employé  parce  qu’il  est  très  docile  et
qu’il  trouve  partout  à  s’alimenter  sans  qu’il  en  coûte  rien
à  son  maître.
Les  meilleurs  llamas  peuvent  porter  jusqu’à  50  kilos,
mais  c’est  le  quintal  péruvien  (46  kilos)  qui  paraît  être  sa
charge  normale  ;  nous  en  avons  vu  se  coucher  et  refuser
de  marcher  parce  que  les  ballots  dont  on  les  avait  chargés
paraissaient  dépasser  ce  poids.  Le  llama  marche  lentement, ­
  on  est  surpris  de  voir  avec  quelle  lenteur,  quelle  hautaine ­
  indifférence  cheminent  ces  animaux,  qui  s’arrêtent
souvent  pour  brouter  çà  et  là  l’herbe  pauvre  de  la  montagne, ­
  Vyohu  et  à  son  défaut  la  paja  brava  (mauvaise
herbe)  qui  leur  suffit  quand  d’autres  animaux  périraient
de  faim  à  côté  de  cette  même  nourriture.  Ils  vont  à  raison
de  4  kilomètres  à  peu  près  par  heure,  et  peuvent  faire  sans
s’arrêter  des  étapes  de  20  à  22  kilomètres  par  jour  (1).
Les  mules,  au  contraire,  peuvent  faire  des  étapes  de
40  à  45  kilomètres,  avec  une  charge  par  animal  de  120  à
140  kilogrammes  (2).  Le  pouvoir  de  transport  du  llama
est  donc  six  fois  plus  faible  que  celui  de  la  mule.  Cependant ­
  si  l’on  tient  compte  du  prix  peu  élevé  de  l’animal,  de  la
(1)  Il  y  a  à  ce  sujet  un  dicton  du  pays  qui  dit  :  que  la  llama  marche
4  heures,  fait  4  lieues  (lieues  de  20  au  degré)  par  jour,  et  porte4  arrobas
(11  kgr.  1/2).
(2)  Les  négociants  européens  qui  font  des  affaires  avec  les  villes  des
hauts  plateaux  péruviens,  ne  devraient  pas  oublier  qu’en  vue  du  transport  à
dos  de  mule  ou  de  llama,  les  ballots  et  les  caisses  qu’ils  expédient  ne
doivent  pas  dépasser65  kilos  ou  28  kilos,  chaque  animal,  mule  ou  llama,
portant  deux  de  ces  caisses.
        <pb n="225" />
        14

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

209

facilité  de  son  alimentation,  on  s’aperçoit  que  le  llama  est
un  moyen  de  transport  économique,  le  fret  à  dos  de  llama
ne  dépassant  pas  à  l’heure  actuelle  4  francs  par  100  kilos
et  par  100  kilomètres.  Il  est  vrai  qu’il  ne  faut  pas  être  très
pressé.
Le  prix  d’un  de  ces  animaux  qui  était  autrefois  de  20  soles
est  descendu  aujourd’hui  jusqu’à  5  et  même  4  soles,  depuis
l’ouverture  au  transit  de  la  ligne  de  la  Oroya  au  Cerro  de
Pasco,  et  à  cause  de  la  paralysation  momentanée  de
l’exploitation  minière,  les  grandes  sociétés  s’occupant  actuellement ­
  de  vider  les  mines  qui  sont  envahies  par  les
eaux.
Le  passage  d’une  caravane  de  llamas  est  toujours  intéressant ­
  à  observer.  La  démarche  lente  et  tranquille,  ils
vont  en  troupe  serrée,  la  tête  haute  ;  leurs  grands  yeux
noirs  et  curieux  expriment  une  sorte  d’orgueil  imbécile.
C’est  sans  doute  pour  flatter  cette  vanité  que  les  arrieros ­
  indigènes  leur  ornent  les  oreilles,  préalablement
percées,  de  pompons  de  laine  rouge  ou  bleue.  Un  seul  conducteur ­
  ou  arriero  conduit  généralement  une  piara  de
trente  bêtes;  cesarrieros  sont  des  Indiens  quéchuas  généralement ­
  doux,  patients  et  parfois  serviables,  ce  sont  d’excellents, ­
  pour  ne  pas  dire  d’indispensables  auxiliaires,  à
peu  près  les  seuls  dignes  de  confiance  ;  la  réputation  de  probité ­
  des  arrieros  est  assez  justifiée.  Certains  de  ces  Indiens, ­
  possédant  de  grands  troupeaux  de  llamas,  sont  fort
connus.  Les  arrieros  sont  munis  d’une  sorte  de  connaissement ­
  comme  les  capitaines  de  navires  de  commerce.
Les  arrieros  traitent  leurs  animaux  avec  la  plus  grande
douceur.  Bêtes  et  gens  franchissent  d’un  même  pas  les
pentes  escarpées  et  les  passages  difficiles  des  Cordillères,
en  passant  d’une  chaleur  étouffante,  lorsqu’ils  sont  au
soleil,  à  un  froid  glacial,  lorsqu’ils  sont  à  l’ombre.
        <pb n="226" />
        210

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Dans  ce  pays  de  ravins  et  de  précipices,  les  Hamas  ne
marchent  jamais  la  nuit,  l’étape  doit  toujours  être  achevée
avant  la  fin  du  jour,  car  cet  animal  ne  mange  pas  dans
l’obscurité.  S’il  est  doux  et  docile  avec  son  maître,  le
llama  qui  semble  avoir  ses  défauts  et  ses  qualités,  est
tout  particulièrement  entêté,  il  oppose  dans  ses  mauvais
moments  une  extraordinaire  force  d’inertie,  on  pourrait
alors  le  tuer  qu’il  ne  bougerait  pas.  Il  arrive  parfois  que
le  llama  de  tête  se  trouve  pris  de  la  fantaisie  de  ne  plus
marcher,  ou  du  désir  de  dormir.  Il  se  couche  alors  au  milieu ­
  du  chemin,  sourd  aux  remontrances  et  aux  encouragements ­
  de  son  conducteur  indien  qui  se  garde  bien  de  le
frapper.
Il  nous  est  arrivé  de  voir  tout  un  convoi  de  Hamas,  chargé
de  minerais,  couché  au  milieu  d’un  sentier;  le  favori,  le
llama  de  tête,  s’étant  senti  saisi  d’une  soudaine  paresse,  s’é.
tait  étendu  sur  le  sol,  aussitôt  imité  par  tous  ses  congénères. ­
  L’arriero,  assis  sur  ses  talons  à  quelques  pas  du
mutin,  l’exhortait  d’une  voix  douce,  mais  le  gaillard  faisait
la  sourde  oreille.  Alors,  placidement,  l’Indien  se  leva,
rassembla  un  petit  tas  de  cailloux  et  au  bout  de  quelques
instants  il  en  prit  un  qu’il  lança  adroitement  dans  les
oreilles  de  l’animal  qui  sommeillait  ;  après  un  court  intervalle ­
  il  recommença  son  manège  et  ainsi  de  suite  jusqu’à
ce  que  le  llama,  ennuyé  et  trouvant  sans  doute  dans  sa
cervelle  obtuse  que  la  place  ne  valait  rien  pour  dormir,  se
levât  et  se  remît  en  route.
La  laine  du  llama  surpasse  en  brillant  et  en  solidité  la
laine  du  mouton.  Elle  fait  l’objet  d’un  grand  commerce
avec  l’Angleterre  et  les  Etats-Unis  :  le  prix  de  vente
moyen  d’un  kilogramme  de  laine  de  llama,  non  lavé,  est  de
1  fr.  25.
L’afpaca  est  un  autre  animal  domestique  de  la  Sierra  ;
        <pb n="227" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

211

c’est  en  somme  un  llama  de  petite  taille.  Il  est  uniquement
élevé  pour  sa  laine  qui  est  plus  fine  que  celle  du  llama  ;
elle  se  cote  à  raison  de  3  fr.  25  le  kilogramme.
La  vigogne  (vicuna)  est  également  un  ruminant  sans
cornes,  à  peu  près  semblable  au  llama  par  la  forme,  mais
de  couleur  fauve  généralement,  et  doué  d’une  grande
agilité  ;  la  vigogne  ne  vit  qu’à  l’état  sauvage,  elle  ne  se  rencontre ­
  guère  qu’au  Pérou  et  en  Bolivie  (1)  et  l’on  emploie
pour  la  capturer  des  pièges  spéciaux,  formant  une  enceinte
originale  que  l’on  nomme  klepis.  Sa  laine  est  fine  comme
de  la  soie  et  a  une  valeur  supérieure  à  celle  de  l’alpaca.
Son  prix  moyen  est  de  5  francs  le  kilo,  mais  il  s’est  élevé
dernièrement  jusqu’à  12  francs  (2).
On  parvient  à  domestiquer  certaines  vigognes  capturées
foutes  jeunes  et  on  obtient,  par  le  croisement  avec  l’alpaca,
un  métis  nommé  paco-vienna,  dont  la  toison  fournit  une
laine  plus  grande  et  de  meilleure  qualité  ;  supérieure  à  la
toison  des  chèvres  d’Anatolie,  cette  laine  se  vend  4  à
5  francs.  Il  y  a  dans  l’élevage  de  ces  animaux,  qui  ne  coûtent ­
  aucun  entretien,  une  importante  source  de  profit,  car
ces  laines  sont  fort  demandées.
XVI.  —  La  tonte  annuelle  des  Hamas,  alpacas  et  pacoviennas,
  a  généralement  lieu  le  jour  de  Santiago  (saint
Jacques),  patron  des  llamas.  C’est  dans  toute  la  Sierra
l’occasion  d’une  fête,  où,  comme  toujours*  on  se  livre  à
d  interminables  beuveries.  Le  llama  est  loin  d’être  beau,
lorsqu’il  est  tondu,  aussi  paraît-il  moins  fier;  sur  le  dos,
°n  lui  laisse,  sans  la  tondre,  une  petite  place,  afin  que  le
sac  de  minerai  ou  de  marchandise  dont  il  sera  chargé,

(1)  Un  autre  ruminant  sauvage,  semblable  par  la  forme  et  la  couleur  à
la  vigogne,  mais  à  la  toison  moins  fine,  le  guanaco,  se  rencontre  sur  toute
la  chaîne  des  Andes,  depuis  le  Pérou  jusqu’au  détroit  de  Magellan.
(2)  La  laine  de  brebis  se  cote  à  0  fr.  90  ou  1  franc.
        <pb n="228" />
        212

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

ne  puisse  le  blesser.  Il  arrive  souvent  que  la  tonte  des
alpacas  ne  se  fait  que  tous  les  deux  ans.  Elle  produit  six
livres  d’une  laine  longue  de  20  centimètres.
XVII.  —  La  faune  de  la  Sierra  est  un  peu  mieux
pourvue  que  celle  de  la  Costa  ;  cependant  cette  zone  n’a
pas  non  plus  assez  de  végétation  pour  attirer  les  animaux
sauvages.  Il  y  existe  cependant  quelques  carnassiers,  des
renards,  le  barruco  ou  daim  des  sierras  et  un  certain
nombre  de  petits  animaux,  sans  compter  les  cochons  et
les  cobayes  (1)  dont  on  élève  un  grand  nombre.
Un  certain  nombre  de  cours  d’eau  sillonnent  cette
région  :  les  uns,  les  moins  nombreux,  se  dirigent  vers  le
Pacifique  ;  les  autres,  tous  affluents  de  l’Amazone,  et  l’Amazone ­
  elle-même,  coulent  dans  la  direction  de  l’Atlantique,
en  faisant  des  détours  sans  fin  à  travers  le  dédale  monstrueux ­
  des  montagnes  qui  contrarient  constamment  leurs
cours.  Pendant  leur  parcours  dans  la  Sierra,  ces  cours
d’eau  semblent  ne  faire  vivre  aucun  amphibie  ;  ceux-ci,
lamantins,  loutres  et  une  sorte  de  petits  phoques,  ne  commencent ­
  à  se  montrer  que  dans  la  Montana.  Les  poissons,
sans  être  rares,  ne  se  trouvent  en  abondance  que  dans  la
même  zone  orientale.
On  aperçoit  le  condor,  ce  roi  des  Cordillères,  partout
dans  la  Sierra,  mais  principalement  pendant  l’été  :  malgré
la  force  de  ses  ailes  immenses,  on  le  rencontre  peu  à  une
altitude  dépassant  4.500  à  5.000  mètres,  où  l’air  se  raréfie
de  plus  en  plus.  Quoi  qu’on  en  ait  dit,  ce  géant  ailé  fréquente ­
  fort  peu  les  montagnes  couvertes  de  neige  ;  il  n’aime
pas  les  glaciers  ni  le  froid  excessif,  d’ailleurs  il  n’y  saurait
que  faire  et  n’y  trouverait  aucune  proie.
(1)  Dans  une  grande  partie  de  la  Sierra,  les  oiseaux  de  basse-cour  sont
le  plus  souvent  remplacés  par  des  cochons  d’Inde,  qui  sont  élevés  dans
les  habitations  mêmes.  Il  s’en  fait  une  grande  consommation.
        <pb n="229" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  213
Si  dans  la  Sierra  la  nature  s’est  montrée  avare  de  végétaux, ­
  en  échange,  elle  s’est  montrée  prodigue  de  richesses
métalliques  ;  il  n’existe  pas  de  pays  au  monde  où  se
trouvent  concentrées  un  aussi  grand  nombre  de  mines.
Comme  nous  en  parlerons  plus  loin,  nous  n’indiquerons
que  pour  mémoire  l’or,  l’argent,  le  cuivre,  l’étain,  le  fer,  la
houille,  le  mercure,  etc.,  dont  on  rencontre  partout  des
gisements  dans  la  Sierra.  Il  faut  ajouter  que,  toujours
faute  de  communications,  le  plus  grand  nombre,  pour  ne
pas  dire  la  presque  totalité,  restent  sans  être  exploitées.
        <pb n="230" />
        CHAPITRE  XII

X.  La  Montana.  —  II.  Aspect  et  divisions.  —  III.  Végétation.  —  IV.  Administration. ­
  —  V.  Climat.  —  VI  Moustiques  etzancudos.  —  VII.  Fièvres
tierces  et  intermittentes,  moyen  de  les  prévenir,  traitement.  —
VIII.  Conseils  pratiques  aux  voyageurs.  —  IX.  Les  voies  navigables  de
la  Montana.  —  X.  Maranon.  —  XI.  Huallaga.  —  XII.  Ucayali.  —
XIII.  Pachitea  et  Pichis.  —  XIV.  Apurimac.  —  XV.  Pérené.—  XVI.  Territoire ­
  de  colonisation.  —  XVII.  Encore  les  voies  d’accès  à  l’Orient  et
la  navigation  fluviale.  —  XVIII.  Faune  de  la  Montana.

I.  —  Comme  onle  sait  déjà,  la  Montana  (1)  est  la  partie
du  territoire  péruvien  qui  s’étend  de  l’autre  côté  de  la
Cordillère  orientale  jusqu’aux  frontières  du  Pérou  et  du
Brésil.  Sa  largeur  varie  entre  500  et  1.200  kilomètres,  sa
longueur  est  de  1.000  kilomètres,  approximativement.
Cette  zone  est  formée  par  un  immense  territoire  boisé
d’un  peu  moins  d’un  million  de  kilomètres  carrés,  qui,
composé  d’abord  de  hautes  collines,  contreforts  du  versant
oriental  de  la  Cordillère  des  Andes,  se  continue  ensuite
par  des  vallées  peu  profondes  et  des  plaines  (boisées,
toujours),  jusqu’aux  confins  de  l’Equateur,  de  la  Colombie,

(1)  Nous  le  répétons,  le  mot  «  montana  »  n’a  pas  ici  la  signification
de  montagnes,  mais  de  régions  des  forêts  ;  on  appelle  aussi  cette  zone
YOriente  (Orient),  ou  encore  Itégion  de  los  liosqu.es,  ou  région  des
forêts.
        <pb n="231" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

215

du  Brésil,  et  de  la  Bolivie.  Cette  région  peut  se  diviser
en  deux  parties  aussi  distinctes  que  la  Costa  et  la  Sierra.
II.  —  La  première  est  la  Montana  proprement  dite,  désignée ­
  aussi  sous  le  nom  de  Ceja  de  Montana  (1)  ;  elle
comprend  les  premiers  versants  montagneux  jusqu’à  une
altitude  de  1.800  à  2.000  mètres.  Cette  région  correspond  à
la  Sierra,  mais  tant  par  sa  climatologie  que  par  ses  productions, ­
  elle  constitue  une  contrée  entièrement  distincte.
L’autre  partie  forme  la  région  désignée  sur  les  cartes  sous
le  nom  de  «  région  de  los  bosques  y  mosquitos  »,  région
des  forêts  et  des  moustiques  ;  elle  s’étend  depuis  1.800  mètres ­
  au-dessus  du  niveau  de  la  mer,  jusqu’aux  immenses
teri'itoires  baignés  par  l’Amazone  et  ses  affluents.
La  Montana  proprement  dite,  ou  Ceja  de  Montana,  renferme ­
  un  grand  nombre  de  plateaux  et  de  vallées  extrêmement ­
  riches  et  fertiles  ;  c’est,  de  l’avis  de  tousles  voyageurs,
la  région  la  plus  saine  duPérouetqui  seprêterait  le  mieux
aune  exploitation  intensive,  et  même  à  la  colonisation.
Les  colonies  qui  se  sont  formées  dans  la  vallée  du  Chanchamayo
  sont  très  prospères,  et  il  paraît  évident  que  des
résultats  semblables,  sinon  supérieurs,  pourraient  être
obtenus  dans  l’immense  «  Pampa  del  Sacramento  »,
s ituée  entre  le  Huallagaet  l’Ucayali.
III.  —Le  sol  de  cette  partie  du  Pérou  est  littéralement
couvert  d’une  végétation  admirable,  d’une  exubérance
feîle  qu’elle  échappe  à  toute  description  ;  elle  rend  très  difficile ­
  le  travail  de  défrichement.  Dans  ces  forêts  séculaires
arrosées  par  des  pluies  fréquentes,  des  représentants  de
toutes  les  familles  végétales  connues  se  trouvent  répandus ­
  sur  les  plateaux,  vallées,  plaines,  s’étreignant  et
s  entrelaçant  dans  une  véritable  lutte  pour  la  vie.  Après

(B  Sourcil  de  la  Montana.
        <pb n="232" />
        216

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

avoir  franchi  les  derniers  chaînons  des  Andes,  on  n’aperçoit ­
  plus  qu’une  immense  mer  de  verdure,  qui  se  prolonge
sur  plusieurs  milliers  de  kilomètres  jusqu’aux  rives  de
l’Atlantique.  Ces  forêts  renferment  les  essences  les  plus
riches  et  des  produits  de  grande  valeur  commerciale,
comme  le  quinquina  et  le  caoutchouc.
IV.  —L’énorme  territoire  constitué  par  la  Montana  ne
forme  qu’une  seule  division  administrative,  le  département ­
  de  Loreto,  qui,  s’il  est  le  plus  vaste  et  le  plus  riche
du  Pérou  en  ressources  de  toutes  sortes,  en  est  en  même
temps  le  moins  peuplé.  Les  endroits  cultivés  sont  relativement ­
  rares  sil’on  considère  l’immensité  du  territoire,  ils
sont  occupés  par  des  plantations  de  cannes  àsucre,  de  coca,
de  caféiers,  de  cacaoyers,  de  tabacs.  Les  établissements  les
plus  avancés  s’occupent  en  outre  de  l’exploitation  du
caoutchouc  et  des  plantes  médicinales  qui  sont  la  source
d’importants  bénéfices,  comme  nous  le  verrons  plus  loin.
Cependant,  si  l’on  consulte  une  carte  du  Pérou,  on
s’aperçoit  qu’elle  contient  un  grand  nombre  de  noms,  que
l’on  pourrait  prendre  pour  ceux  de  quelques  villages  ou
localités  de  quelque  importance.  Le  plus  souvent  ce  ne
sont  là  que  des  expressions  géographiques,  le  nom  d’une
exploitation  isolée  et  parfois  abandonnée  ;  dans  d’autres
cas,  c’est  celui  d’un  village  ou  d’un  campement  indien,  qui
par  moments  se  déplace  au  gré  de  la  fantaisie  de  ses  habitants, ­
  de  sorte  que  cette  vaste  région  ne  possède  qu’une
population  approximative  de  130.000  habitants,  en  comptant ­
  les  cahuchero  ou  seringueiros  venus  de  l’Amazonie
brésilienne.
A  la  tête  de  cette  grande  division  territoriale,  le  gouvernement ­
  de  Lima  s’efforce  de  placer  des  fonctionnaires
d’élite  et  des  plus  méritants,  les  plus  aptes  à  diriger  les
affaires  de  la  région  qui  reste  toujours  fort  éloignée  de
        <pb n="233" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

217

l’administration  centrale.  Le  gouverneur,  ou  commissaire
spécial  du  gouvernement  dans  le  département  de  Loreto,
s  des  attributions  beaucoup  plus  étendues  que  celles  dont
jouissent  les  autres  préfets,  de  façon  à  faire  immédiatement ­
  face  à  toutes  les  nécessités  ou  à  toutes  les  difficultés.
Ges  efforts  ne  sont  pas  toujours  couronnés  de  succès.
V.  —  Quoique  entièrement  située  sous  les  Tropiques,  la
région  des  forêts  péruviennes  possède  un  climat  plus  sain
qu’on  ne  le  croit  généralement,  surtout  quand  on  le  compare ­
  à  celui  des  régions  intertropicales  situées  sous  la
même  latitude  ;  l’orientation  des  vallées,  l’abondance  des
eaux  et  l’extension  des  forêts  vierges  qui  la  couvrent,
déterminent  un  climat  chaud  et  humide  dans  les  terres
basses,  et  chaud  et  sec  sur  les  collines  et  en  pays  plat  non
inondé  par  les  crues.  Dans  la  Montana  proprement  dite,
les  saisons  correspondent  avec  celles  de  la  Sierra,  avec
cette  différence  que  la  limite  entre  la  saison  des  pluies  et
la  saison  sèche  est  beaucoup  moins  sensible,  car  dans
cette  partie  de  la  Montana,  la  pluie  tombe  par  intervalles,
même  pendant  cette  dernière  saison.
Cette  zone  est  beaucoup  plus  agréable  à  habiter  que  les
allées  du  bassin  de  l’Amazone,  car  on  peut  y  choisir
1  atmosphère  que  l’on  désire,  suivant  que  l’on  veut  habiter
le  versant  de  telle  ou  telle  montagne  ou  élévation.
La  chaleur  dans  la  journée  évolue  entre  20°  et  32°  ;  celle
des  nuits,  de  15  à  20®  ;  le  thermomètre  dépasse  rarement
ces  extrêmes.  En  général,  le  climat  de  cette  région  est
excellent  ;  le  milieu  du  jour  est  un  peu  plus  chaud.  L'inconvénient ­
  ou  plutôt  le  désagrément  de  cette  contrée,  ce
serait  la  fréquence  et  l’abondance  des  pluies  ;  toutefois,
comme  elles  ne  sont  jamais  froides,  elles  ne  sont  pas  désagréables ­
  pour  tous,  et  on  arrive  à  les  affronter  avec  indifférence, ­
  d’aucuns  ajoutent  avec  plaisir.  Nous  avouerons  ne
        <pb n="234" />
        218

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

pas  partager  du  tout  ce  sentiment.  Ces  pluies  sont  produites ­
  par  la  condensation  dans  ces  altitudes  des  vapeurs
de  l’Océan  Atlantique  apportées  par  les  vents  d’Est  très
fréquents,  qui  sont  arrêtés  par  les  Cordillères.  En  raison
de  ces  pluies,  les  matinées  et  les  soirées  sont  relativement
fraîches.
Dans  les  vallées  delaMontana,  inférieuresà  1.000  mètres,
les  cas  de  fièvres  intermittentes  sont  plus  fréquents  que
dans  la  première  région,  cependant  ils  n’affectent  jamais  une
forme  maligne  ;  et  en  général  cette  région  ne  mérite  pas
la  réputation  d’excessive  insalubrité  qui  lui  a  été  faite.  Il
est  certain  que  la  fièvre  tierce  et  le  paludisme  sévissent
avec  plus  de  force  dans  les  terrains  inondés  et  marécageux;
les  matières  organiques  entrant  en  décomposition  sous  les
effets  d’une  chaleur  humide  sont  un  foyer  de  fièvres  paludéennes ­
  et  de  béri-béri.  C’est  pourquoi  tous  les  villages,
campements,  établissements  d’échange  ou  baracons  sont
établis  à  quelque  distance  du  bord  du  fleuve,  et  autant
quepossible  dans  les  parties  lesplus  élevées  s’il  s’en  trouve.
Tous  ceux  qui  vivent  dans  ces  régions  marécageuses,
particulièrement  les  chercheurs  de  caoutchouc,  prennent
en  peu  de  temps  un  teint  jaune  produit  par  l’affaiblissement ­
  du  sang,  occasionné  non  seulement  par  les
fièvres  dont  tous  ne  sont  pas  atteints,  mais  par  la  nourriture ­
  généralement  trop  peu  substantielle  dont  il  est  fait
usage  et  qui  ne  procure  pas  au  sang  les  éléments  nécessaires ­
  à  sa  reconstitution.  On  évite  cet  état  d’anémie  lorsqu’on ­
  peut  varier  son  alimentation  végétarienne  en  y
ajoutant  fréquemment  de  la  viande  fraîche.  Avec  une  alimentation ­
  réconfortante  et  une  vie  réglée,  on  peut,  dans
la  Montana,  se  maintenir  presque  en  aussi  bonne  santé
que  dans  d’autres  régions  plus  salubres.
Donc  en  général,  sauf  dans  quelques  rares  endroits,  le
        <pb n="235" />
        LE  PÉBOU  ÉCONOMIQUE

219

climat  de  ces  régions  basses  est  difficile  à  supporter.  Cette
contrée  n’est  pas  un  territoire  de  colonisation  mais  d’exploitation, ­
  l’Européen  ne  s’y  acclimate  pas  facilement  ;  il
peut  y  vivre  pendant  un  certain  temps,  quelques  années
même,  au  bout  desquelles  il  est  obligé  d’aller  se  rétablir
en  Europe  ou  dans  la  Sierra.  Aussi  le  commerçant  et  le
seringueiro  occasionnels  n’ont-ils  qu’un  but  :  gagner  de
l’argent  le  plus  vite  possible  pour  s’établir  ailleurs.  Toutefois ­
  ce  climat  est  encore  moins  mauvais  que  sa  réputation, ­
  et  on  peut  se  maintenir  dans  un  état  de  santé  relativement ­
  satisfaisant  en  évitant  l’abus  des  boissons  alcooliques ­
  et  autres  excès.
Par  contre,  si  l’Européen  est  habitué  à  boire  et  s’il  ne
veut  modifier  en  rien  ses  habitudes  dans  ces  régions
chaudes,  il  s’expose  à  contracter  une  maladie  de  foie  et  la
dysenterie,  cependant  peu  fréquente,  et  à  compromettre
ainsi  son  existence.
VI.  —  Mais  la  fièvre  n’est  pas  le  principal  inconvénient ­
  de  ces  régions,  celui-ci  consiste  dans  l’existence  d’innombrables ­
  légions  de  moustiques  de  toute  taille  et  de  toute
espèce,  qui,  principalement  la  nuit,  ne  vous  laissent  pas
nn  moment  de  repos.  Les  zancudos  (littéralement  échassiers) ­
  sont  parmi  les  plus  féroces  de  ces  animalcules  ;  ils
fréquentent  de  préférence  les  rives  de  l’Ucayaliet  de  l’Amaz
 °ne,  mais  on  ne  les  rencontre  guère  à  une  altitude  supérieure ­
  à  1.200  mètres.
Celui  qui  n’a  eu  à  lutter  que  contre  les  ennuyeux  cousms,
  les  familiers  moustiques  d’Europe,  ne  peut  se  faire
nne  idée  juste  de  cette  plaie  que  sont  les  zancudos.  Dès
fine  la  nuit  commence  à  tomber,  c’est  une  véritable  invasion, ­
  il  n’y  a  plus  un  moment  de  tranquillité,  c’est  une
attaque  et  une  défense  continuelles  ;  mais  l’ennemi  est  si
subtil  qu’il  s’introduit  de  tous  côtés,  il  pénètre  par  la  partie
        <pb n="236" />
        1220

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

inférieure  du  pantalon  et  grimpe  le  long  des  jambes  que  les
chaussettes  et  les  caleçons  sont  impuissants  à  protéger
contre  des  milliers  de  piqûres.  Rien  n’est  plus  exaspérant
que  d’être  envahi  par  une  nuée  de  moustiques  ;  quelques
piqûres  énervent  déjà  sensiblement,  mais  un  grand  nombre,
contre  lesquelles  on  ne  peut  se  défendre,  irritent  à  tel  point
le  voyageur,  même  au  caractère  le  mieux  fait,  qu’il  tombe
dans  des  accès  de  fureur  et  de  rage  incroyables  :  c’est  un
ennemi  qui  décourage  les  meilleures  volontés.  Souvent,  à
une  journée  de  fatigue  et  de  privations,  on  n’a  pour  tout
repos  qu’une  nuit  de  supplice.
Ces  minuscules  animaux  sont  certainement  doués  d’un
instinct  étonnant,  on  peut  dire  que  l’odeur  de  l’homme  les
fait  accourir  de  tous  côtés.  Souvent,  on  arrive  à  un  endroit
où  il  n’y  avait  pas  un  seul  zancudo,  quelques  minutes  après
ils  arrivent  de  toutes  parts  par  légions  (1).
Si  la  moustiquaire  employée  a  une  petite  ouverture,  ils
y  pénètrent  en  grand  nombre  et  ne  laissent  plus  au  corps
un  moment  de  repos.  Le  meilleur  moyen  de  s’abriter  contre
les  moustiques,  c’est  de  tendre  sa  moustiquaire  de  bonne
heure,  quand  l’ennemi  n’est  pas  encore  arrivé,  car  si
l’on  attend  la  nuit,  il  sera  impossible  de  ne  pas  en  enfermer
quelques-uns  avec  soi  ;  alors  le  supplice  commence.  La
moustiquaire  doit  être  grande,  de  façon  à  pouvoir  être
glissée  sous  les  quatre  côtés  du  matelas.  Dans  les  baracons
  (2),  le  meilleur  moyen  de  se  préserver  des  moustiques
c’est  de  fermer  toutes  les  portes  avant  la  nuit.  Il  est  vrai
que  dans  les  maisons  ainsi  closes  il  fait  une  chaleur  suffocante, ­
  mais  de  toute  façon  elle  est  plus  supportable  que
les  zancudos.
(1)  On  emploie  avec  succès  contre  les  piqûres  de  moustiques,  de  la
teinture  d’iode  légèrement  diluée  dans  l’eau.
(2)  Sorte  de  factoreries.
        <pb n="237" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

221

Si  l’on  était  pour  vivre  longtemps  dans  la  région,  il
serait  préférable  de  construire  une  habitation  avec  de
grandes  fenêtres,  sur  lesquelles  on  pourrait  adapter  un
châssis  couvert  d’une  gaze,  ou  mieux  d’une  toile  métallique, ­
  de  façon  que  l’air  puisse  entrer  librement,  sans  livrer
passage  aux  maudites  bestioles,  les  ennemis  infatigables
des  habitants  des  régions  basses  de  l’Amazonie  péruvienne,
auprès  desquels  la  fièvre  semble  un  mal  insignifiant.
VII.  —C’est  surtout  pendant  la  saison  des  pluies  (de
novembre  à  mai)  que  la  fièvre  sévit,  mais  plus  particulièrement ­
  au  commencement  et  à  la  fin  de  cette  saison  ;  au
commencement,  en  raison  des  alternatives  de  sécheresse
et  d’inondation,  qui  permettent  aux  miasmes  délétères
de  s’élever  et  de  se  répandre  ;  à  la  fin,  alors  que  les  fleuves
et  les  lacs  débordés  rentrent  dans  leurs  lits,  laissant  à  nu
de  grands  espaces  marécageux  dont  les  rayons  du  soleil
précipitent  la  décomposition.
La  fièvre  est  dite  tierce  (ierciana)  lorsque  les  accès  en
sont  quotidiens  ;  chez  les  personnes  que  ce  malaise  atteint
Pour  la  première  fois,  la  fièvre  présente  trois  stades  bien
marqués  :  1°  tout  d’abord,  des  frissons  plus  ou  moins  longs
nvec  claquements  de  dents  et  crampes  de  jambes;  2°  transpirations ­
  abondantes  ;  3°  sensation  de  chaleur  excessive.
Chez  les  acclimatés  elle  n’offre  que  ces  deux  derniers
symptômes  :  elle  s’annonce  par  un  accablement  général,
des  douleurs  vagues  dans  les  articulations,  et  quelquefois
uussi,  des  maux  de  reins.  Les  accès  ne  sont  pas  intermittents ­
  chez  les  acclimatés,  ils  ne  s’en  ressentent  généralement ­
  qu’après  plusieurs  mois.  Toutefois  un  travail  forcé
uu  soleil,  des  excès  variés  se  paient  le  plus  souvent  par
un  accès  de  fièvre.
Le  traitement  de  la  fièvre  est  facile  et  à  peu  près  part°ut
  le  même;  un  vomitif,  suivi  d’une  purgation  saline
        <pb n="238" />
        222

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

(sulfate  de  soude  ou  magnésie),  suffisent  pour  la  couper
aussitôt  qu’on  en  ressent  les  premiers  prodromes  :  troubles
gastro-intestinaux,  inappétence,  sensibilité  du  creux  épigastrique; ­
  parfois  aussi,  mais  très  rarement  des  vomissements ­
  ou  diarrhées  bilieuses.  Ce  remède  réussit  presque
infailliblement,  si  on  y  ajoute  pendant  quelques  jours  de
faibles  doses  de  quinine  et  mieux  encore,  s’il  est  possible,
l’usage  d’un  peu  de  vin  arsenical  (1).
Si  un  premier  accès  s’est  déclaré,  ou  si  la  fièvre  est  bien
prononcée,  on  la  traitera  de  façon  analogue  :  vomitif,  purgatif, ­
  quinine.  Mais  dans  ce  cas,  les  doses  de  quinine  iront
de  75  centigrammes  à  un  gramme  pendant  quatre  ou  cinq
jours  environ,  trois  heures  avant  les  accès.  Si  l’on  disposait
d’une  potion  d’antipyrine,  de  teinture  de  racine  d’aconit
et  de  sirop  de  morphine,  on  pourrait  l’utiliser  avec  avantage ­
  un  peu  avant  la  quinine.
Malgré  tout,  il  est  bien  plus  important  de  prévenir  la
fièvre  que  d’avoir  à  s’en  débarrasser  ;  on  y  arrive  assez  facilement ­
  par  des  soins  hygiéniques,  puis  par  l’usage  préventif ­
  de  la  quinine  (2).  C’est  là  le  moyen  qui  nous  a  toujours ­
  réussi,  car  pendant  les  divers  séjours  que  nous  avons
faits  dans  des  régions  réputées  insalubres,  nous  ne  fûmes
jamais  atteint  d’accès  intermittents,  quoique  vivant  le  plus
souvent  assez  frugalement,  à  la  manière  indigène,  de  manioc, ­
  de  bananes,  de  camotes  (3),  de  riz,  auxquels  nous
ajoutions  de  temps  à  autre  quelque  gibier,  et  du  poisson
plus  fréquemment  ;  c’est  là  encore,  peut-être,  la  raison  de
cette  immunité  relative.  Cependant,  nous  ne  pûmes
échapper  à  l’anémie  résultant  d’un  climat  chaud  et  humide
(1)  La  terciana,  qui  sévit  à  certain  moment  dans  la  vallée  de  la  Cosla,
ne  résiste  jamais  à  ce  traitement.
(2)  Par  doses  de  25  à  30  centigrammes,  à  prendre  trois  ou  quatre  fois  par
semaine.
(3)  Variété  de  patates.
        <pb n="239" />
        LIS  PÉROU  ÉCONOMIQUE  223
toujours  déprimant,  et  d’une  alimentation  assez  peu  substantielle. ­

En  résumé,  si  l’on  veut  éviter  la  fièvre  et  ses  conséquences ­
  déprimantes,  il  faut  observer  une  grande  hygiène
du  corps,  se  maintenir  en  appétit,  prendre  comme  boisson,
lorsque  cela  est  possible,  du  thé  ou  du  café  très  étendu
(les  boissons  de  fruits  fermentés  sont  loin  d’être  nuisibles) ­
  ;  porter  une  ceinture  de  flanelle  ou  de  laine  contre
les  variations  de  température  ;  éviter  toute  marche  au  soleil ­
  après  une  averse,  ainsi  que  tout  voyage  ou  travail  entrepris ­
  à  jeun.  Les  abus  de  boissons  (1)  et  autres  excès,
doivent  être  tout  particulièrement  évités,  car  c’est  là  le
motif  de  la  plupart  des  accès  de  fièvre.
VIII.  —  A  part  la  fièvre  et  l’anémie,  les  autres  maladies
qui  existent  dans  la  Montana  et  même  dans  tout  le  Pérou,
ue  sont  ni  nombreuses  ni  trop  dangereuses,  ni  plus  ni
moins,  en  tout  cas,  que  les  différentes  affections  qui  meuacent
  ou  empoisonnent  notre  vie  en  Europe.
De  toute  manière,  même  la  considération  de  la  fièvre  ne
doit  sincèrement  arrêter  aucun  voyageur  ou  colon  ;  nous
conseillerons  seulement  à  ceux  qui  viendront  s’établir  dans
tes  régions  inférieures  de  la  Montana,  de  ne  pas  le  faire
a u  commencement  de  la  saison  des  pluies,  mais  au  commencement ­
  de  la  saison  sèche,  c’est-à-dire  de  mai  à  nov
 embre,  afin  qu’ils  puissent  s’acclimater  plus  facilement.
Enfin,  il  est  naturel  d’ajouter  que  tous  les  tempéraments
Q e  sont  pas  faits  pour  les  pays  tropicaux.  Une  personne
déjà
anémiée  ou  dont  le  système  nerveux  est  débilité,  ou
fi ,u  a  une  maladie  de  foie  ou  des  voies  respiratoires,  ne
doit  pas  s’expatrier,  pas  plus  que  les  personnes  d’un  certain ­
  âge,  cinquante  ans  par  exemple,  alors  que  les  forces
(b  Nous  disons  abus,  car  l’usage  modéré  de  certaines  boissons  alcooques
  ne  saurait  être  interdit
        <pb n="240" />
        224

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

commencent  à  baisser  et  sont  moins  propres  à  s’adapter  à
une  nouvelle  vie  et  à  un  nouveau  climat.
Comme  conseils  pratiques,  nous  devons  ajouter  que
l’Européen  qui  veut  voyager  ou  s’installer  dans  les  régions
de  la  Montana,  devra  savoir  faire  beaucoup  de  choses  par
lui-même  :  faire  la  cuisine,  le  charpentier,  chasser  et
pêcher,  savoir  faire  du  commerce  et  très  souvent  faire  le
médecin.  Les  indigènes  et  les  métis  ont  souvent  recours
aux  blancs  pour  adoucir  leurs  maux  ;  pour  ces  pauvres  gens
l’Européen  doit  tout  savoir  et  avoir  réponse  à  tout,  sans
cela  il  perdrait  son  prestige  ;  bien  plus  il  serait  considéré
en  ennemi,  car  son  ignorance  serait  taxée  de  mauvaise  volonté. ­
  C’est  en  se  faisant  les  éducateurs  patients  des
Indiens,  en  les  renseignant  et  en  essayant  de  porter  remède
à  quelques-unes  de  leurs  maladies,  que  certains  colons
se  créent  une  influence  et  certaines  facilités  dans  leurs  établissements. ­

De  même,  pour  voyager  sur  le  versant  oriental  des
Andes  péruviennes  où  le  numéraire  est  peu  apprécié,  il
est  indispensable  de  se  munir  d’une  petite  pacotille  d’articles ­
  variés,  tels  que  :  hachettes,  couteaux,  ciseaux,
aiguilles,  miroirs,  chapelets,  médailles,  mouchoirs  et
foulards  de  couleurs  vives  ;  ceci,  pour  les  échanges  et  les
cadeaux,  car  le  cadeau  est,  auprès  de  l’Indien  des  hauts
plateaux  delà  Cordillère,  comme  aussi  auprès  des  Indiens
m&amp;amp;nsos  (soumis)  et  bravos  (sauvages),  de  la  Montana,
bien  plus  utile  que  l’argent.
Comme  arme,  le  revolver  et  un  fusil  de  chasse  muni
d’un  canon  rayé  ;  les  cartouches  doivent  toujours  être  à
enveloppes  métalliques,  à  cause  de  l’humidité  qui  fait  se
gonfler  les  douilles  en  carton  et  parce  qu’elles  peuvent
être  facilement  rechargées.
Dans  les  forêts  de  la  Montana,  le  fusil  de  chasse  est
        <pb n="241" />
        225

LE  PÉBOU  ÉCONOMIQUE

15

destiné  à  rendre  plus  de  services  que  lacarabine  winchester,
car  la  densité  de  la  végétation  y  est  telle,  que  l’on  tire
rarement  à  de  grandes  distances.  Gomme  boussole,  la  plus
pratique  et  la  plus  maniable  est  la  boussole  dite  d’arpenteur. ­

Gomme  couchage,  il  sera  très  pratique  de  se  munir
d’un  hamac,  ou  bien  d’un  long  sac  en  peau  de  mouton,  de
vigogne  ou  de  guanaco,  la  toison  à  l’intérieur;  une  habitation ­
  est  vite  improvisée  à  l’aide  de  quatre  piquets,  de
quelques  branchages  et  d’une  botte  de  feuilles  de  pallier ­
  ou  de  bananier,  cela  suffira  contre  les  averses
assez  fréquentes.  Mais,  ce  que  le  voyageur  ne  devra  pas
oublier  d’emporter,  c’est  une  moustiquaire  ;  la  gaze  n’offrant ­
  pas  une  assez  grande  résistance,  il  est  préférable
d’employer  dans  ce  but  la  toile  légère,  qui  sera  aussi  un
excellent  objet  d’échange.
Enfin,  dernier  conseil,  les  bagages,  campement,  instruments, ­
  armes,  provisions,  ne  doivent  pas  dépasser  la
charge  de  six  hommes.  Les  provisions  destinées  aux
indigènes  ne  sont  pas  d’un  prix  très  élevé  et  on  peut
généralement  se  les  procurer  dans  les  haciendas  des
frontières.
On  paiera  la  chalona,  ou  un  mouton  sec,  4  francs  la
Pièce;  le  bœuf  se  vend  de  10  à  12fr.  50  l’arroba  (25livres)  ;
le  chuno  ou  fécule  de  pomme  de  terre  gelée,  25  irancs  les
kilos;  la  même  quantité  de  maïs  se  vend  16  francs;
l es  pommes  de  terre  fraîches,  2  fr.  50  les  30  kilos.  La
mélasse  ou  chancaca  vaut  0  fr.  90  le  kilo  ;  le  sel  8  francs
ies  46  kilos.
IX—Onnepeut  parler  de  la  Montana  sans  dire  quelque
chose  des  grands  affluents  de  l’Amazone  qui  sillonnent
cette  région  après  avoir  pris  leur  source  dans  la  Sierra  ;
quoique  la  région  ne  soit  pas  encore  très  connue,  dillé-
        <pb n="242" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

226

rentes  explorations  ont  permis  de  déterminer  le  cours  de
quelques-unes  de  ces  grandes  rivières  qui  permettent  de
se  rendre  des  hauts  plateaux  péruviens  à  Iquitos  sur
l’Amazone.
X.  —  L’Amazone,  sous  le  nom  de  Maranon,  prend  sa
source  dans  le  lac  de  Lauricocha,  dans  le  département  de
Junin  ;  il  n’entre  au  Brésil  qu’après  avoir  parcouru  plus
de  2.000  kilomètres  en  territoire  péruvien,  il  prend  le  nom
de  Solimoes  et  ne  devient  pour  les  Brésiliens  le  véritable ­
  Amazone  qu’à  partir  de  son  confluent  avec  le  rio
Negro.  Depuis  sa  source  jusqu’à  son  embouchure,  ce
fleuve  incomparable  reçoit  plus  de  11.000  affluents  et
arrose  par  lui-même  ou  par  ses  tributaires  3.200  kilomètres
en  latitude  et  2.800  kilomètres  en  longitude,  c’est-à-dire
les  territoires  de  six  États  sud-américains.
Parmi  les  affluents  de  l’Amazone  sur  lesquels  le  gouvernement ­
  péruvien  fonde  les  plus  grandes  espérances
pour  donner  une  issue  sur  l’Atlantique  aux  innombrables
ressources  naturelles  que  renferme  son  territoire  de  la
Montana,  figurent  :  le  Huallaga,  l’Ucayali,  le  Pachitea,
le  Pichis,  l’Apurimac,  l’Urubamba,  l’Ené,  le  Péréné,  etc.
Le  Huallaga  est  une  des  rivières  les  plus  torrentueuses
du  Pérou.  Ce  serait  le  meilleur  moyen  de  communication
avec  l’Amazone,  si  la  navigation  à  vapeur  n’était  malheureusement ­
  arrêtée  par  le  rapide  au  Pongo  cL’Aguirre,  à
167  milles  au  sud  de  son  embouchure.  Le  Huallaga  prend
sa  source  à  Pucallacu  à  peu  de  distance  de  Cerro  de
Pasco,  et  il  se  jette  dans  le  Maranon  après  avoir  reçu  de
nombreux  affluents.  C’est  la  voie  navigable  la  plus  anciennement ­
  connue  de  l’Orient  péruvien  au  port  de  Yurimaguas,
  non  loin  du  Pongo  de  Manseriche.  Elle  est  régulièrement ­
  fréquentée  par  les  vapeurs  venant  d’IquitoS
qui  drainent  par  l’Ucayali  toutes  les  marchandises,  tous
        <pb n="243" />
        =SÉ5

Un

tambo  dans

montana.
        <pb n="244" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

227

les  produits  récoltés  dans  les  établissements  qui  se  sont
fondés  sur  ses  rives.  La  distance  d’Iquitos  à  Yurimaguas
est  de  380  milles,  qui  sont  franchis  en  20  ou  22  heures  en
descendant  et  en  35  heures  en  remontant  le  courant.
XII.  —  L’Ucayali  est  une  artère  immense,  dont  le  volume ­
  d’eau  est  plus  considérable  que  celui  de  trois  de  nos
fleuves  français  ;  c’est  le  plus  beau  des  affluents  péruviens
de  l’Amazone,  il  est  navigable  dans  tout  son  cours  de
700  milles,  un  grand  nombre  de  chaloupes  et  de  bateaux
à  vapeur  le  sillonnent  continuellement.  Sur  les  rives  de
ce  fleuve  qui  a  été  exploré  et  étudié  plusieurs  fois,  on
trouve  un  certain  nombre  de  factoreries  et  d’établissements ­
  commerciaux  dans  lesquels  il  se  fait  un  grand  trafic
de  poissons  fumés  et  surtout  de  caoutchouc.  L’Ucayali,
formé  par  le  Pachitea,  l’Apurimac  et  le  Béni,  se  jette  dans
l’Amazone,  près  deNauta.  La  navigation  à  vapeur  pourrait
s’étendre,  d’après  certains  explorateurs,  entre  autres
Samanez,  jusqu’au  Tambo  à  l’Ené,  et  sur  l’Urubamba,
les  explorations  de  Robledo  ont  confirmé  cette  possibilité.
XIII.  —  Le  Pachitea,  qui  descend  du  plateau  de
Junin,  où  il  a  sa  source  à  l’est  du  Gerro  de  Pasco,
reçoit  aussi  un  certain  nombre  d’affluents,  dont  le  Pozuzo,
le  Huancabamba,  le  Yanachaguas  et  le  Pichis.  Le  Pachitea ­
  a  été  parcouru  à  différentes  reprises  par  des
petits  vapeurs  du  gouvernement  et  par  d’autres  appartenant
  à  des  maisons  d’Iquitos,  jusqu’au  port  du  Mayro,
au  confluent  du  Palcazu,  lequel  peut,  paraît-il,  être  aussi
remonté  en  partie  jusqu’à  son  confluent  avec  le  Chuchurr
 as,  situé  à  quelques  milles  au  sud  du  Mayro;  le  fait  n’a
Pas  été  prouvé  jusqu’ici  par  la  pratique  ;  malgré  tout,  il
existe  de  nombreux  partisans  de  ce  point  comme  aboutissement ­
  de  la  voie  centrale  du  Pérou.  C’est  cependant
Puerto-Bermudez,  sur  le  Pichis,  qui  a  été  choisi;  ce  cours
        <pb n="245" />
        228

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

d’eau  coule  plus  à  l’est  et  parallèlement  au  Palcazu,  mais
il  est  certain  que,  dans  l’avenir,  les  partisans  du  Chuchurras
  obtiendront  la  construction  d’un  embranchement,
car  ce  point  est  le  plus  rapproché  du  chemin  de  fer  de  la
Oroya  et  des  principales  villes  du  Pérou  central.
XIY.  —  L’Apurimac  a  sa  source  dans  la  Cordillère
occidentale  sur  le  plateau  de  Condoroma,  entre  les  départements ­
  de  Cuzco  et  d’Arequipa,  il  reçoit  I’Urubamba,  le
Paciiacaca,  le  Paucartambo,  le  Pampas,  le  Mantaro,  le
Perené,  le  Tambo,  etc.
L’Apurimac  qui,  comme  toutes  les  rivières  citées,  roule
pendant  l’hiver  des  masses  liquides  considérables,  offre
aussi  comme  celles-ci  de  nombreux  rapides  et  des  profondeurs ­
  très  variables  pendant  l’été,  il  serait  donc  exagéré
de  dire  que  la  navigation  à  vapeur  peut  y  être  assurée
toute  l’année,  sans  que  quelques  modifications  soient
apportées  à  son  cours.  On  peut  cependant  arriver  à  la
jonction  du  Tambo  et  de  l’Urubamba  en  descendant  le
cours  de  l’Apurimac  (1),  de  I’Eni  et  du  Tambo,  ces  rivières
n’offrant  aucune  difficulté  sérieuse  à  la  navigation.  Toute
la  région  arrosée  par  ces  rios  est  d’une  richesse  inouïe,
indescriptible  ;  dans  ces  contrées,  s’étendent  des  plaines
immenses  couvertes  d’une  végétation  incomparable.
Ces  cours  d’eau  sont  navigables  toute  l’année  pour  des
radeaux  et  des  canots  ;  l’emploi  de  petits  vapeurs  à  aube,
ne  calant  pas  plus  de  0  m.  70,  serait  des  plus  heureux.
XV.  —  Le  Perené  est  un  affluent  de  l’ouest  du  Tambo
qui  vient  de  la  pampa  de  Chanchamayo,  région  riche  et
fertile  où  il  existe  une  colonie  florissante  et  un  certain
(1)  L’Apurimac,  qui  prend  le  nom  d’Eni  après  sa  jonction  avec  le
Mantaro,  peut  desservir  directement  le  riche  département  d’Ayacucho,
mais  elle  nous  paraît  un  peu  éloignée  pour  servir  utilement  les  intérêts
commerciaux  de  Cuzco,  qui  le  seront  plus  facilement  par  l’Urubamba.
        <pb n="246" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

229

nombre  de  riches  haciendas,  mais  ce  cours  d’eau  n’est
navigable  que  près  de  son  embouchure  et  à  peu  de  distance
du  confluent  du  Pangoa.
XVI.  —  Toutes  les  régions  comprises  entre  le  Alto
Ucayali,  le  Pachitea  et  les  autres  affluents  déjà  cités,
sont  situées  dans  la  première  partie  du  versant  oriental  et
par  conséquent  jouissent  d’un  climat  salubre  ;  il  n’est  pas
de  contrée  plus  intéressante  par  la  valeur  de  ses  productions ­
  naturelles  et  par  la  fertilité  fabuleuse  du  sol.  Tous
les  voyageurs  qui  ont  traversé  ces  territoires  sont  unanimes ­
  à  reconnaître  qu’ils  sont  préférables  à  tous  les
autres  pour  des  entreprises  d’exploitation  et  même  de
colonisation.
Entre  l’Ucayali  et  le  Pichis,  on  trouve  un  plateau
immense  appelé  le  Gran  Pajonal.  Cette  région,  autrefois ­
  colonisée  par  les  Jésuites,  est  redevenue  le  domaine
des  Indiens  Campas,  desquels,  avec  de  bons  traitements
et  en  leur  laissant  une  grande  liberté,  on  pourrait  se  faire
d  utiles  auxiliaires.  Le  Pajonal,  comme  son  nom  l’indique,
l'enferme  des  plaines  étendues  couvertes  de  riches  pâturages ­
  où  les  troupeaux  se  sont  propagés  depuis.  A  la
suite  de  la  révolte  de  1747,  les  missions  durent  être
abandonnées.
Sur  la  rive  droite  du  Pichis  s’élève  le  Cerro  de  San
Carlos,  où  l’or  est  très  abondant;  il  en  est  de  même  du
Cerro  de  San  Matias  qui  se  trouve  sur  la  rive  gauche  du
même  fleuve,  à  peu  de  distance  du  Pachitea.
Ee  «  Cerro  de  la  Sal  »  qui,  comme  son  nom  l’indique,
P°ssède  de  riches  gisements  de  sel,  sépare  le  bassin  du
f  ichis  de  celui  du  Perené  et  du  Chanchamayo.  Dans  toute
la  région  désignée  plus  haut,  on  trouve  en  abondance  le
caoutchouc,  la  coca,  le  quinquina  et  tous  les  autres  pro-^aits
  de  ces  contrées  dont  nous  parlons  plus  loin;  le
        <pb n="247" />
        230

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

climat  est  relativement  tempéré  et  des  plus  sains,  particulièrement ­
  sur  le  Pajonal,  que  nous  n’hésitons  pas  à  signaler ­
  comme  une  région  d’avenir.  Il  en  est  de  même  des  territoires ­
  situés  entre  le  Pichis,  le  Palcazu  et  le  Pachitea.
Au  nord  du  Pachitea  se  trouvent  d’immenses  plaines
analogues  à  celles  du  Pajonal  et  paraissant  plus  riches
encore,  ce  sont  les  pampas  dites  Pampas  del  Sacramento.
Nous  ne  dirons  rien  de  ces  plaines  qui  s’étendent  jusqu’au ­
  Maranon,  car  elles  sont  restées  inexplorées  jusqu’à
présent  et  servent  de  refuge  aux  Indiens  Cashibos,  considérés ­
  à  tort  ou  à  raison  comme  des  sauvages  sanguinaires,
anthropophages  même  ;  ces  guerriers  féroces  et  de  si  mauvaise ­
  réputation  nous  paraissent  plutôt  être  les  victimes
des  autres  tribus  qui  les  chassent  et  les  exterminent  pour
s’emparer  des  femmes  et  des  enfants.  Les  territoires  qui
s’étendent  depuis  le  Chanchamayo  jusqu’à  l’Apurimac  et
ceux  compris  entre  l’Eni  et  l’Urubamba,  jusqu’au  11°  3’,
méritent  de  retenir  l’attention  au  même  degré  que  ceux  que
nous  avons  déjà  nommés,  mais  cela,  quand  ils  seront
pourvus  de  communications  praticables.  Il  est  bien  entendu
que  tous  les  établissements  agricoles,  commerciaux  et
autres  devront  toujours  s’établir  là  où  les  communications
par  eau  ou  par  terre  sont  ou  seront  les  plus  rapides.
XVII.  —  Devant  le  développement  croissant  de  certaines ­
  parties  de  la  Montana,  particulièrement  de  la  région
d’Iquitos  et  des  environs  des  confluents  du  Tambo  et  de
l’Urubamba,  le  gouvernement  péruvien  a  compris  qu’il
était  indispensable,  ce  qui  d’ailleurs  a  toujours  été  son
ambition,  de  desservir  ces  fertiles  contrées  en  les  reliant
à  la  côte  du  Pacifique  et  à  l’Atlantique  par  les  grandes
artères  fluviales  de  l’Amazone.  A  cet  effet,  continuant
l’œuvre  patriotique  commencée  il  y  a  plus  de  trente  ans
déjà,  mais  depuis  longtemps  interrompue  par  suite  de
        <pb n="248" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

231

circonstances  malheureuses,  le  gouvernement  actuel  fait
les  plus  louables  efforts  pour  amener,  à  grands  frais,
jusqu’à  un  port  fluvial  de  la  Montana,  les  deux  chemins  de
fer,  Callao,  la  Oroya,  Gerro  de  Pasco  et  Huancayo,  et
celui  de  Mollendo,  Arequipa,  Sicuani,  Guzco.  Le  premier
constitue  la  voie  dite,  Via  centrale  del  Peru,  qui  se  continue ­
  actuellement  par  une  route  dite  carrossable  jusqu’à
Puerto-Bermudez,  sur  le  Pichis  ;  le  deuxième  forme  la  voie
transversale  sud  qui,  de  Guzco,  doit  se  poursuivre  jusqu’à
Bolognesi  ou  tel  autre  port  sur  l’Uurubamba,  ou  à  Sihuaniro.
  Dans  le  chapitre  sur  les  voies  et  communications,
nous  avons  déjà  parlé  de  ces  routes,  nous  nous  bornerons ­
  à  ajouter  quelques  commentaires.
Outre  les  deux  voies  déjà  citées,  le  gouvernement,  sollicité ­
  avec  insistance,  semble  disposé  à  porter  son  effort  sur
une  troisième  ligne,  la  voie  du  nord,  qui  partirait  de
Paita  sur  la  côte  pour  aboutir  à  un  point  navigable  du
Maranon  (1).  Malgré  l’intérêt  réel  que  présente  cette  voie,
nous  estimons  que  le  gouvernement  péruvien  renouvellerait, ­
  en  l’entreprenant,  l’erreur  grave  commise  par  le  zélé  et
patriote  président  Balta  qui,  dans  un  but  louable,  dispersa
les  efforts  de  l’État  en  éparpillant,  sur  plusieurs  points  du
(t)  La  voie  du  nord  part  actuellement  de  Pacasmayo  pour  aboutir  à
Yurimaguas,  port  sur  le  Huallaga.  Pour  se  rendre  de  l’un  à  l’autre  de  ces
deux  points,  on  prend  la  ligne  ferrée  qui  mène  de  Pacasmayo  à  Yonan,  à
35  kilomètres  de  Cajamarca;  de  ce  point  à  Chachapoyas  il  y  a  275  kilo  ■
mètres;  de  ce  centre  jusqu’à  Moyobamba  dans  le  département  de  Loreto,
h  y  a  encore  260  kilomètres  à  franchir  par  des  sentiers  muletiers  ;  de
Moyobamba  à  Balsapuerto,  65  kilomètres  ;  il  reste  alors  à  peine  125  kiloniètres
  en  canot  sur  les  rios  Cachiyaco  et  Paranapura  pour  atteindre
Yuriiqaguas  qui  se  trouve  à  3  kilomètres  de  l'embouchure  du  Paranapura;
Jusqu’au  Maranon,  comme  la  rivière  fait  de  nombreux  circuits,  il  y  a
205  kilomètres.  De  l’embouchure  du  Huallaga  et  du  Maranon  à  Iquitos,  il
y  a  586  kilomètres  ;  d’iquitos  à  Tabatinga,  frontière  du  Brésil,  542  kilomètres ­
  et  enfin  de  Tabatinga  au  Para,  5.434  kilomètres.  Cette  voie  est  surtout ­
  longue  et  pénible  jusqu’au  Huallagua.
        <pb n="249" />
        232

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

territoire,  des  lignes  ferrées  qui,  restées  inachevées,  ne
constituèrent  jusqu’à  aujourd’hui  que  des  amorces,  sans
utilité  pratique.  11  conviendrait  plutôt  de  ne  céder  à  aucune
sollicitation  et  de  consacrer  toutes  les  ressources  disponibles ­
  à  l’achèvement  de  la  voie  du  Pichis  (via  centrale)
qui  paraît  la  plus  avancée.  Il  semble  qu’arrivé  sur  les
rives  de  ce  fleuve,  toutes  les  difficultés  ne  seront  pas  encore
vaincues  et  qu’il  faudra  poursuivre  l’effort  jusqu’à  l’Ucayali
si  l’on  ne  veut  pas  avoir  travaillé  en  pure  perte.
Malgré  la  bonne  volonté  du  gouvernement  et  de  ceux
qui  se  sont  occupés  de  ces  questions  importantes,  il  faut
reconnaître  que  le  problème  de  la  navigation  à  vapeur  sur
les  rios  Huallaga,  Perené,  Palcazu,  Pichis,  Tambo,  etc.,
n’est  rien  moins  que  résolu,  en  ce  sens  que  si  ces  fleuves
sont  navigables  en  canot,  il  ne  s’ensuit  pas  qu’ils  le  soient
toute  l’année  pour  des  vapeurs,  même  calant  fort  peu,  car
ils  présentent,  suivant  les  crues  occasionnées  par  des
pluies  plus  ou  moins  abondantes,  une  grande  instabilité
dans  leur  vitesse  et  leur  profondeur.  Pendant  l’hiver,  les
fleuves  et  rivières  de  la  Montana  roulent  un  volume  d’eau
tellement  considérable  que  dans  certaines  régions  la  crue
dépasse  25  mètres  d’élévation  ;  ces  torrents  entraînent  des
végétaux  et  des  arbres  immenses,  si  bien  que  cette
saison,  qui  devrait  être  favorable  à  la  navigation  puisque
lesrapid.es,  lorsqu’il  en  existe,  sont  couverts  parles  eaux,
est  au  contraire  dangereuse,  surtout  en  remontant  le  courant, ­
  en  raison  de  la  vitesse  de  ce  dernier  et  des  épaves  qu’il
roule  sur  son  parcours.  C’est  pourquoi  les  maisons  d  ’lquitos
qui  ne  possèdent  pas  encore  de  vapeurs  calant  peu,  mais
pourvues  de  machineries  puissantes,  ne  se  soucient  pas  de
risquer  leurs  bateaux  sur  ces  rios  trop  souvent  dangereux  (  1).
(1)  Pour  éviter  ces  difficultés,  un  de  nos  compatriotes,  M.  Olivier  Ordinaire, ­
  ancien  consul  au  Gallao,  qui  avait  été  frappé  des  inconvénients  et
        <pb n="250" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

233

XVIII.  —  Si  la  Costa  et  la  Sierra  ont  une  faune  assez
pauvre,  en  échange  celle  de  la  Montana  est  beaucoup  plus
riche  ;  comme  la  description  des  multiples  espèces  du  règne
animal  de  cette  zone  demanderait  une  étude  longue  et
détaillée,  qui  ne  peut  trouver  place  dans  cet  ouvrage,
nous  ne  citerons  que  quelques  espèces.  Les  principaux
quadrupèdes  sont,  par  ordre  d’importance  :
Diverses  variétés  de  félins,  felis  pardalis,  felis  onza,
felis  concolor,  portant  différents  noms,  tigre,  yagarète,
ou  jaguar  à  la  robe  mouchetée,  animal  souple,  nerveux
et  féroce  ;  les  lions  d’Amérique  ou  pumas,  appelés  aussi
eouguars,  sont  de  deux  espèces  :  l’une  au  pelage  fauve,
l’autre  brun.  Il  existe  en  outre  dans  la  Montana  un
gi'and  nombre  de  petits  félins  variant  de  la  taille  du  renard ­
  à  celle  du  chat,  cette  dernière  espèce  pullule  véritablement. ­

La  férocité  des  félins  de  grande  taille  a  toujours  été
notablement  exagérée  par  la  plupart  des  voyageurs.
Cortès,  la  rencontre  d’un  couple  de  jaguars  ou  de  pumas
n’est  pas  exempte  de  danger,  mais  le  plus  généralement,
oes  animaux  éprouvent  une  certaine  répugnance  à  se  renoontrer
  avec  l’homme  qu’ils  jugent  sans  doute  plus  féroce
e t  sanguinaire  qu’eux-mêmes,  c’est  pourquoi,  le  plus
souvent,  ils  fuient  prudemment  à  son  approche.
^ es  avantages  offerts  par  ces  splendides  régions,  avait,  lui  aussi,  présenté ­
  un  projet  qui  méritait  de  retenir  l’attention,  et  qui  tôt  ou  tard  se
trouvera  réalisé,  car  il  diffère  peu  de  celui  qui  est  en  cours  d’exécution.
Ce  projet  consiste  à  emprunter  aussi  la  ligne  centrale  du  Pérou  à  constmire
  un  chemin  à  travers  le  Gran  Pajonal,  pour  aller  directement  de
, a  va Uée  du  Chanchamayo  à  l’Ucayali  par  le  rio  Unini;  cette  voie  aboutit
a  un  port  plus  lointain  que  celui  proposé  par  le  Perené,  le  Palcazu  et  le
lc his,  mais  à  un  port  où  peuvent  mouiller  en  tous  temps  et  en  toute
saison  des  vapeurs  de  500  tonneaux.  En  outre,  si  l’on  tient  compte  que
es  sources  du  Punis  bifurquent  à  peu  de  distance  des  eaux  de  l’Ucayali,
serait,  dans  l’avenir,  facile  de  rejoindre  ce  fleuve  par  deux  petits
canaux.
        <pb n="251" />
        234

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Il  existe  aussi  plusieurs  espèces  de  fourmiliers  ou  tamanduas
  ;  l’un,  connu  improprement  sous  le  nom  de
oso  hormiguero  (ours  fourmilier),  atteint  très  souvent
une  assez  forte  taille,  et  quoique  d’allure  lente  et  débon_
naire,  il  ne  craint  pas,  lorsqu’il  est  attaqué,  de  se  mesurer
avec  le  jaguar,  auquel  il  fait  de  terribles  blessures  à
l’aide  de  ses  grands  ongles  fouilleurs  ;  cet  animal  vit  surtout ­
  de  fourmis.
Le  tapir  porte  au  Pérou  les  mêmes  noms  qu’au  Brésil
et  au  Paraguay,  il  s’appelle  anta,  vaca  del  monte,  gran
bestia,  M'borebi,  selon  chaque  peuplade  indienne  qui  le
traque  sans  relâche.  C’est  l’animal  le  plus  fort  de  la  faune
sud-américaine  ;  d’un  naturel  très  timide,  il  fuit  au
moindre  bruit,  droit  devant  lui  en  cassant  tout  sur  son
passage.  Il  affectionne  plus  particulièrement  les  endroits
marécageux  et  la  proximité  des  rivières.  Cet  animal  est
susceptible  d’être  apprivoisé  et  on  en  trouve  souvent  dans
les  établissements  ou  les  villages  indiens  de  la  Montana,
errant  en  liberté  dans  les  enclos  ou  autour  des  habitations. ­
  On  a  dit  que  la  chair  de  cet  animal  avait  des  vertus
purgatives,  c’est  là  une  erreur  ou  une  exagération  ;  cette
chair  est  très  comestible  et  a  le  goût  de  celle  du  bœuf,
à  peine  un  peu  plus  coriace.
Il  existe  aussi  des  cerfs,  des  daims,  des  chevreuils  de
diverses  variétés  ;  plusieurs  espèces  de  cochons  sauvages,
dont  le  pécari  qui  vit  en  bande  nombreuse  ;  la  chair  de  ce
petit  sanglier  est  excellente,  mais  la  chasse  en  est  parfois
dangereuse.  On  trouve  aussi  plusieurs  espèces  de  tatous,
animal  bizarre,  recouvert  d’une  sorte  de  cuirasse  en
forme  d’écaille,  il  vit  dans  des  terriers  qu’il  creuse  avec
une  extrême  rapidité.  L’aï  ou  paresseux  ressemble  à  un
singe  muni  de  longues  pattes,  armées  de  griffes  longues
et  recourbées,  ce  qui  l’oblige  à  msrcher  avec  lenteur  ;  ces
        <pb n="252" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

235

griffes  sont  d’une  grande  ténacité,  il  est  impossible  de  lui
faire  lâcher  la  branche  sur  laquelle  il  s’est  réfugié  sans  la
casser  ;  ce  pauvre  animal,  inoffensif,  est  la  victime  de
tous  ceux  qui  le  rencontrent.
La  Montana  renferme  aussi  une  grande  variété  de
singes.  La  première  place  revient  au  singe  hurleur,  singe
rouge,  dont  les  hurlements  s’entendent  de  fort  loin  et  surprennent ­
  désagréablement  ceux  qui  ne  sont  pas  habitués  à
ce  concert  diabolique;  le  sinistre  marimonda  (Atele  niger),
le  frailecito  ou  petit  moine,  le  plus  mignon  des  singes
d’Amérique  (Chrysotrix  phareus),  plusieurs  variétés
de  macaques,  de  ouistitis,  de  coaïtas,  dont  on  fait  une
grande  consommation,  car  la  chair  du  coaïta  et  dumaquisapa,
  pillards  intelligents,  souples  et  nerveux,  que  1  on
rencontre  dans  toutes  ces  régions  en  plus  ou  moins  grand
nombre,  ligure  comme  le  principal  plat  de  résistance  sur
ta  table  des  voyageurs  et  des  traitants.
On  rencontre  souvent  dans  toutes  les  régions  basses  de
l’Amazonie,  une  sorte  de  chauve-souris  dont  le  corps  est
de  la  grosseur  d’un  pigeon  au  maximum,  on  la  nomme
vampire,  ainsi  qu’une  autre  petite  espèce  de  la  taille  de
celles  de  nos  climats.  Cette  chauve-souris  vit  du  sang  de
fous  les  animaux  qu’elle  peut  saigner  pendant  leur
sommeil.  S’il  est  vrai  que  les  animaux  piqués  fréquemment ­
  s’affaiblissent  peu  à  peu  et  deviennent  anémiques,  il
est  faux  que  ces  piqûres  puissent  entraîner  la  mort  d’un
homme  ;  l’imprudent  qui  s’est  endormi  dans  la  forêt  sans
être  entouré  d’une  moustiquaire,  s’il  est  piqué  à  l’orteil,
endroit  préféré  par  le  vampire  sans  doute  parce  qu’il  est
découvert,  s’en  tirera  avec  quelques  jours  de  faiblesse.
C  estégalementune  légende  fausse,  que  ces  chauves-souris
maintiennent  leurs  victimes  endormies  en  leur  procurant
mm  sensation  de  fraîcheur,  en  les  éventant  doucement
        <pb n="253" />
        236

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

pendant  la  succion.  Il  n’en  est  pas  moins  vrai  que  ces
murcielagos,  comme  on  les  nomme  dans  l’Amazonie  péruvienne, ­
  sont  une  plaie  dans  les  vallées  qu’elles  habitent  de
préférence.
Les  oiseaux  sont  en  nombre  tellement  considérable
qu’il  faut  renoncer  à  les  décrire.  C’est  tout  d’abord,  d’après
leur  importance,  le  condor,  roi  des  Cordillères  et  des  oiseaux
de  proie,  qui  atteint  parfois  jusqu  à  cinq  mètres  d’envergure ­
  ;  l’aigle  à  tête  blanche  ;  un  vautour  redoutable,  la
harpia  destructor,  et  une  multitude  de  petits  aigles  et
faucons  de  toute  espèce,  tous  plus  voraces  les  uns  que  les
autres.  Parmi  tous  ces  oiseaux  de  proie,  il  nous  faut
signaler  à  nouveau  le  plus  utile  d’entre  eux,  une  sorte
de  vautour  noir,  l’urubu,  nommé  gallinazo  au  Pérou.
Le  gallinazo,  qui  pullule  dans  presque  toutes  les  villes
du  Pérou  où  on  le  rencontre  aussi  souvent  que  les  pierrots
dans  nos  rues  et  presque  aussi  familier,  rend  les  plus
grands  services  à  la  voirie  en  aidant  activement  les  balayeurs ­
  municipaux  à  débarrasser  les  rues  des  immondices ­
  qui  y  sont  jetées.  Dans  certains  endroits  le  service
est  uniquement  fait  par  les  gallinazos  qui  sont  protégés
par  les  lois.
Les  pauxis  ou  hoccos  sont  de  grands  oiseaux  noirs  à
bec  rouge,  donnant  aux  chasseurs  une  chair  très  appréciée, ­
  il  en  est  de  même  de  plusieurs  espèces  de  dindons
sauvages  ;  on  rencontre  partout  des  faisans  nommés  gallos
del  monte  (coqs  de  la  forêt),  des  perdrix  nombreuses,
des  toucans,  des  tourterelles,  et  toute  une  innombrable
variété  d’oiseaux  chanteurs  et  parleurs.  Parmi  ces  derniers
il  nous  faut  citer  les  cheredes,  sorte  de  perroquets  qui
répètent  en  sifflant  tout  ce  qu’ils  entendent.  Ces  oiseaux
ont  un  grand  talent  d’imitation,  on  leur  fait  dire  ce  que
l’on  veut  ;  les  vrais  perroquets  ou  loros  présentent  une
        <pb n="254" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

237

grande  variété  et  leur  chair,  quoi  qu’on  dise,  est  fort  délicate; ­
  les  perruches  criardes  fourmillent  littéralement,  ainsi
que  les  aras  aux  plumages  admirablement  variés.
On  trouve  sur  toutes  les  rivières  et  fleuves  de  la  Montana ­
  des  tortues  en  grand  nombre  qui  sont  une  grande
ressource  pour  les  indigènes.  Les  reptiles,  qui  sont  plutôt
rares  sur  la  Costa  et  dans  la  Sierra,  sont  par  contre  trop
nombreux  dans  l’Amazonie  péruvienne  ;  parmi  ceux-ci,
figurent  en  première  place  le  boa  constrictor,  et  le  sucuriyuoxi
  boa  aquatique  ;  cedernier,  nommépar  les  indigènes
de  la  Montana  yuca  marnai,  et,  par  les  métis,  marna  de
agua  ou  mère  de  l’eau,  atteint  des  proportions  vraiment
incroyables  :  Emmanuel  Liais  cite  le  cas  d’un  sucuriyu
de  22  mètres.  Nous  avouerons  n’en  avoir  jamais  entrevu
aucun  approchant  de  cette  taille,  même  de  loin.  L’unique
spécimen  que  nous  ayons  pu  mesurer  était  un  sucuriyu
atteignant  un  peu  plus  de  9  mètres,  dont  nous  avions
trouvé  le  cadavre  enfoui  dans  la  vase  ;  en  outre,  nous  avons
Pu  voir,  dans  une  exploitation,  un  très  curieux  fauteuil  fait
avec  les  vertèbres  d’un  boa  de  12  mètres.
Beaucoup  de  voyageurs  ont  fait  au  sucuriyu,  ou  boa
aquatique,  une  réputation  aussi  terrible  qu'imméritée  ;
si  par  son  aspect  cette  couleuvre  géante  est  redoutable  et
inspire  une  légitime  frayeur,  elle  est  généralement  inolFensive
  et  fuit  à  l’approche  des  canots  et  au  moindre  bruit.
Parmi  les  serpents  il  en  existe  maintes  variétés  plus
dangereuses  les  unes  que  les  autres  :  serpent  à  sonnettes, ­
  serpent  corail,  macarana,  plusieurs  espèces  de
bothrops  tout  aussi  redoutables,  la  vibora  sons  a  ou
V1 père  niaise,  etc.,  etc.  Malgré  l’abondance  de  ces  répugnants ­
  reptiles  dans  certaines  régions,  il  ne  faut  pas
eroire  qu’à  chaque  instant  on  aura  maille  à  partir  avec
qnelques-uns  d’entre  eux,  le  plus  souvent  on  ne  fait  que
        <pb n="255" />
        238

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

les  entrevoir,  car  à  moins  d’être  surpris  endormis  ils  se
dissimulent  au  moindre  bruit,  et  il  en  est  de  même  de  tous
les  animaux  réputés  dangereux,  qui  semblent  plutôt  vouloir ­
  s’écarter  de  la  présence  de  l’homme  ;  il  est  vrai  que
celui-ci  est  encore  l’animal  le  plus  redoutable  de  ces
régions,  et  dans  bien  des  cas  plus  encore  le  civilisé  que
l’indigène.
Diverses  espèces  de  caïmans  habitent  les  fleuves  des
régions  basses,  car  on  les  voit  somnoler  sur  la  vase  du
rivage  ou  des  îlots  ;  cet  animal  répulsif  atteint  souvent
5  mètres  de  longueur.  Les  iguanes  sont  une  sorte  de
grands  lézards  inoffensifs  et  comestibles  dont  la  taille
dépasse  fréquemment  plus  d’un  mètre  ;  ils  sont  très  nombreux ­
  dans  les  forêts  du  bord  des  fleuves.  Les  batraciens
présentent  aussi  des  espèces  nombreuses  et  variées.  Nous
avons  gardé  le  plus  désagréable  souvenir  d’un  énorme
crapaud-bœuf,  dont  les  coassements,  semblables  à  de
rauques  aboiements,  sont  des  plus  lugubres  à  entendre
pendant  la  nuit.
Les  rivières  regorgent  de  poissons  de  toutes  tailles  ;  on
peut  dire  sans  exagération  qu’elles  sont  un  véritable
vivier.  Dans  les  principales,  on  trouve  encore  le  lamantin,
appelé  aussi  manati,  c’est  le  peixe  boï  (poisson  bœuf)
des  Brésiliens.  C’est  un  mammifère  inoffensif  qui  atteint
souvent  6  mètres  de  long  et  pèse  plus  de  500  kilogrammes  ;
ces  amphibies  paissent  l’herbe  des  rivières,  les  femelles
ont  des  mamelles  ressemblant  assez  aux  seins  d’une
femme  ;  la  chair  du  manati  ressemble  assez  à  celle  du
bœuf,  aussi  sa  pêche  est-elle  toujours  une  bonne  fortune.
Il  nous  faut  signaler  aussi  le  paiche,  sorte  d’énorme
brochet  pesant  de  100  à  150  kilos.  La  chair  de  ce  poisson
qui  est  séchée,  fumée  ou  salée,  fait  l’objet  d’un  grand
commerce  dans  toute  l’Amazonie  brésilienne,  où  elle  sert
        <pb n="256" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

239

d’aliment  principal  aux  indigènes,  aux  chercheurs  de
caoutchouc  et  à  tous  les  ouvriers  métis  ou  indiens  qui
travaillent  à  bord  des  vapeurs  et  des  établissements
installés  sur  les  bords  des  fleuves.  C’est  un  objet  de  première ­
  nécessité  et  à  ce  titre  il  est  intéressant  d’en  connaître ­
  la  valeur  pour  avoir  une  idée  des  dépenses  occasionnées ­
  sur  une  exploitation  par  les  ouvriers  de  couleur.
Le  païche,  appelé  pirarucu  par  les  Brésiliens,  se  prépare
presque  entièrement  dans  l’Ucayali  où  il  est  très  nombreux  :
c’est  avec  le  caoutchouc  le  principal  fret  des  vapeurs  qui
sillonnent  ce  cours  d’eau;  on  le  vend  à  raison  de  18  à
20  soles  les  cent  morceaux  de  5  à  6  livres  de  poids  ;  ce
prix  varie  généralement  fort  peu.  Il  n’en  est  pas  de  môme
des  charapas,  sorte  de  grosses  tortues  d’eau  douce  très
appréciées,  comme  comestible,  surtout  dans  la  région  d’Iquitos.
  A  l’époque  de  la  baisse  des  eaux  qui  est  celle  où  ces
tortues  se  répandent  sur  la  plage  pour  faire  la  ponte,  elles
valent  moins  d’un  franc  pièce  ;  mais  après  cette  époque  les
prix  augmentent  progressivement.  La  valeur  moyenne  est
généralement  de  un  sol.
On  fait  un  grand  usage  de  la  chair  de  cette  tortue  dans
la  population  moyenne,  en  raison  de  la  cherté  de  la  viande
de  boucherie  qui  n’est  pas  très  abondante  et  se  vend  à
raison  de  0  fr.  50  la  livre  dans  les  morceaux  inférieurs.  A
Iquitos  un  mouton  vaut  de  7  à  8  soles,  un  porc  élevé  par
les  Indiens  vaut  5  soles.  Dans  cette  région,  on  ne  trouve
de  pain  qu’à  Iquitos  et  dans  les  principales  agglomérations  ;
la  farine,  qui  vient  des  États-Unis,  vaut  30  à  35  centimes  la
livie,  le  pain  également  (Iquitos).  Le  biscuit  ou  galleta
sèche  est  d’un  usage  plus  fréquent  que  le  pain  ;  de  provenance ­
  américaine,  il  se  vend  à  raison  de  3  fr.  75  la  boîte
de  12  livres.  Ce  sont  là  les  prix  de  gros  à  Iquitos  ;  ils
varient  considérablement  suivant  les  régions.
        <pb n="257" />
        CHAPITRE  XIII

I.  Richesses  naturelles  de  laMontaaa.  —  II.  Bois  d’ébénisterie.  —  III.  Essences ­
  tinctoriales.  —  IV.  Végétaux  textiles.  —  V.  Plantes  aromatiques.
—  VI.  Plantes  médicinales,  le  copahyba,  la  salsepareille,  l’aloès.  —
VII.  Le  cocatier,  la  coca,  ses  effets,  son  exploitation,  sa  valeur.  —
VIII.  Le  quinquina,  où  on  le  trouve,  comment  on  l'exploite.  —  IX.  L’or
noir.  Régions  gommifères.  —  X.  Les  arbres  à  caoutchouc.  —  XI.  Caucheros
  et  seringueiros.  —  XII.  A  la  recherche  des  Heveas.  —XIII.  Exploitation ­
  des  estradas.  —  XIV.  Comment  on  extrait  le  latex  fine  Para  et
Sernamby.  Production  d’un  Hevea,  valeur  du  caoutchouc  dans  les  rivières.
—  XV.  Falsification.  —  XVI.  Baraconero  Aviamento.  —  XVII.  Les
vivres  d'un  seringueiro,  sa  vie.  —  XVIII.  Prix  des  denrées  dans  les
régions  basses.  Dans  la  Ceja  de  Montana.  —  XIX.  Ce  que  produit  la
campagne  d’un  cauchero.  —  XX.  Ports  d’exportation  du  caoutchouc.
Iquitos.  MoVendo.

I.  —  La  région  des  forêts,  dite  la  «  Montana  »,  est  et  restera ­
  longtemps  encore  pour  le  Pérou  une  réserve  de  ressources ­
  inépuisables.  C’est  vraiment  le  paradis  du  végétal,
et  il  n’est  pas  exagéré  de  dire  qu’il  n’est  pas  de  pays  au
monde  où  la  nature  ait  prodigué  plus  de  splendeurs,  et
concentré  plus  d’essences  utiles,  riches  et  variées,
remarquables  non  seulement  par  leur  beauté,  mais  surtout ­
  par  leurs  qualités  précieuses.  Tous  ceux  qui  ne  connaissent ­
  que  nos  forêts  d’Europe  ne  peuvent  se  faire  une
idée  du  chaos  de  végétation  de  l’Amazonie  péruvienne.
Qu’il  nous  suffise  de  dire  que  sur  la  surface  d’un  hectare,
        <pb n="258" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

241

on  rencontre  fréquemment  de  cinquante  à  soixante  espèces
distinctes  d’arbres,  sans  compter  un  grand  nombre  d’arbustes ­
  et  de  lianes.  Sans  entrer  dans  une  énumération  aride,
è  il  nous  semble  indispensable  de  signaler,  parmi  les  productions ­
  naturelles  de  la  Montana,  celles  dont  l’exploitation ­
  pourrait  être  avantageuse,  ou  celles  dont  il  est  utile  de
connaître  l’existence.  Au  premier  rang  de  ces  produits,  il
faut  placer  le  caoutchouc,  «  l’or  noir  »,  comme  on  le  nomme
aujourd’hui,  le  quinquina  et  la  coca  ;  de  ceux-ci,  nous  en
parlerons  un  peu  plus  loin.
II.  —  Les  bois  d’ébénisterie  sont  tellement  nombreux
qu’il  faudrait  un  volume  pour  les  énumérer  tous.  On
compte  déjà  plus  de  deux  cents  espèces  de  bois  de  fer,  par
exemple  Vitauba,  si  épais  et  si  dur  qu’il  résiste  au  feu  et
qu’il  ne  flotte  pas  sur  l’eau.  Ce  bois,  qui  a  presque  la
résistance  du  fer,  est  surtout  employé  par  les  indigènes
pour  la  construction  de  leurs  canots.
L’acajou,  le  bois  de  rose,  le  palo  santo,  le  cèdre,  le  palissandre ­
  se  rencontrent  partout;  il  existe  une  variété  de
Palissandre  appelé  palo  de  la  cruz,  ou  bois  de  la  croix,
qui  est  fort  recherchée  au  Pérou  et  dans  les  républiques
voisines,  par  suite  d’une  croyance  populaire.  Ce  bois,  des
plus  singuliers,  ale  cœur  noir,  et  le  reste  d’un  blanc  jaune
parsemé  de  taches  noires.  D’après  la  légende,  ces  larmes
seraient  les  propres  larmes  du  Christ  tombées  autrefois
sur  un  des  ancêtres  de  cet  arbre  qui  se  serait  perpétué.
Dans  les  classes  populaires  et  cultivées  même,  on  attribue ­
  au  palo  de  la  cruz  des  vertus  merveilleuses;  celui
qui  possède  une  canne  de  ce  bienheureux  bois  est  assuré
d  une  félicité  éternelle  dans  l’autre  monde.  Aussi,  on  peut
croire  que  ces  cannes  sont  des  plus  recherchées.  Le  pucheri
est  une  essence  aromatique  comme  le  santal  des  Indes  ;  il
possède  la  propriété  d’écarter  les  fourmis,  poux  de  bois,
16
        <pb n="259" />
        242

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

et  tous  les  insectes  nuisibles  des  Tropiques.  Sur  toutes  les
rives  des  fleuves  et  rivières  on  trouve  le  palo  de  canoa,
bois  de  canot,  ayant  quelque  analogie  avec  les  tecks  de
l’Inde  et  de  Birmanie,  si  réputés.  Le  palo  balsa,  bois  à
radeau,  est  le  contraire  del’itauba,  car  ce  bois  est  d’une  légèreté ­
  telle,  qu’il  est  employé  à  la  construction  des  radeaux.
Cet  arbre  atteint  une  assez  forte  taille  et  il  suffit  de  cinq
à  six  troncs  pour  faire  un  radeau  insubmersible.
III.  —  Les  essences  tinctoriales  sont  aussi  fort  nombreuses. ­
  Parmi  les  plus  répandues,  figurent  le  vita  ou  génipa,
  dont  les  fruits  donnent  une  couleur  bleu  foncé  ;  les
Indiens  de  la  Montana  s’en  servent  pour  se  peindre  le
corps  et  le  visage  dans  leurs  fêtes  ou  leurs  expéditions.
Cette  coutume  aurait  pour  objet  de  les  protéger  des  moustiques ­
  et  aussi  d’effrayer  leurs  adversaires.  Les  fruits  du
génipa  auraient  encore,  d’après  les  Indiens,  la  propriété
de  guérir  l’hydropisie.  Il  y  a  aussi  les  allanguas,  l’un
arbre,  l’autre  arbuste,  appartenant  respectivement  aux
espèces  bignonia  et  indigofera,  dont  les  feuilles  fournissent
une  teinture  bleu  d’azur.  Viennent  ensuite  l’indigotier,  le
rocou,  le  tupatupana  dont  les  feuilles  teignent  en  rouge,
une  espèce  d’ipecacuanha  nommée  quilloguya,  qui  donne
une  teinture  jaune.
IV.  —  Parmi  les  végétaux  textiles  susceptibles  d’exploitation, ­
  nous  citerons  la  bombanaza,  dont  la  feuille  est
employée  en  grande  quantité  pour  tisser  les  chapeaux  dits
de  Panama,  dans  les  districts  de  Catacaos  (Costa)  et  de
Moyabamba  (Montana).  Le  huimba,  un  bombax  qui  donne
une  sorte  de  soie  douce  et  brillante,  mais  trop  courte  pour
être  tissée  ;  elle  peut  remplacer  la  laine  dans  la  confection
des  matelas.  Le  chambira  fournit  un  fil  très  résistant
avec  lequel  on  fabrique  des  sacs  et  des  hamacs  aussi  fins
que  solides.  Le  llaiwhana  est  une  écorce  qui,  battue,
        <pb n="260" />
        Ty'pes  d'indiens  Campas.

B9B

mm
        <pb n="261" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

243

forme  une  sorte  de  tissu  dont  plusieurs  tribus  indigènes
se  fabriquent  des  chemises  très  amples  ;  cette  écorce  peut
également  servir  à  d’autres  emplois  suivant  l’épaisseur
à  laquelle  elle  a  été  coupée.
V.  —  Les  plantes  aromatiques  sont  représentées  par  le
copal  dont  la  résine  sert  à  combattre  les  maladies  de  poitrine, ­
  le  vanillier  qui  entoure  les  troncs  des  plus  grands
arbres,  il  en  existe  plusieurs  variétés;  il  y  croît  aussi  plusieurs ­
  espèces  de  tabac  qui  peuvent  rivaliser  avec  ceux  du
Mexique  et  de  la  Havane,  le  camphrier,  le  cannelier,  le
giroflier,  des  piments  de  diverses  espèces,  etc.,  etc.
Diverses  variétés  de  palmiers  à  choux  sont  comestibles,
la  tête  de  ces  palmiers  fournit  un  fruit  dont  le  goût  se  rapproche ­
  de  celui  de  l’artichaut  ;  toutes  les  espèces  de  manioc ­
  poussent  dans  la  Montana,  la  meilleure  est  la  yucca,
brava,,  qui  contient  une  grande  proportion  de  poison,  mais
celui-ci  est  facilement  extrait  par  lavage  à  l’eau  courante,
après  que  le  tubercule  a  été  préalablement  râpé  ;  on  fait
avec  le  manioc  des  galettes  dites  de  cassave,  à  la  Guyane,
de  la  farine  ou  farinha  au  Brésil  et  des  gâteaux  au  Pérou.
Cette  racine,  la  plus  alimentaire,  remplace  le  pain  dans  le
bassin  de  l’Amazone.  Le  café  vient  aussi  admirablement
dans  cette  zone  chaude  et  humide,  les  caféiers,  autrefois
importés  d’Europe,  ont  si  bien  prospéré  sur  ce  sol  fécond
que  leurs  produits  sont  devenus  supérieurs  aux  meilleures
variétés  des  Antilles  et  de  l’Amérique  centrale  ;  comme
ceux  d’Haïti  ils  sont  très  demandés  sur  les  marchés  des
États-Unis.  En  raison  de  leur  qualité,  les  cafés  péruviens ­
  auraient  droit  à  occuper  une  des  premières  places
sur  les  marchés  d’Europe.  Malheureusement  la  culture  du
caféier  ne  se  pratiquant  guère  que  sur  le  versant  oriental
des  Andes,  l’acheminement  du  café  vers  les  ports  d’embarquement ­
  est  excessivement  onéreux  et  en  élève  les
        <pb n="262" />
        244

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

prix  dans  des  conditions  qui  l’empêchent  d’affronter  la
concurrence  déjà  rendue  impossible  par  la  surproduction
des  cafés  brésiliens.
Les  principales  plantations  de  café  se  trouvent  dans  les
régions  de  Garabaya,  Huanuco,  Choquisongo  et  Chanchamayo.

La  préparation  d’un  hectare  de  terrain  pour  planter  du
café  revient  à  160  francs  ;  la  culture  et  la  récolte  à  12  fr.  50
les  46  kilos.  La  récolte  se  fait  d’une  façon  normale  à
partir  de  la  troisième  année  avec  un  rendement  d’une  livre
à  une  livre  et  demie  par  arbuste  ;  comme  en  général  on
sème  de  1.000  à  2.500  plantes  par  hectare,  on  obtient  une
production  de  1.500  à  3.750  litres.
Malgré  la  baisse  du  prix  de  ce  produit  il  s’exporte  plus
de  1.500.000  livres  de  café.
Le  Pérou  peut  donc  être  relégué  au  seizième  rang  parmi
les  vingt  et  quelques  nations  qui  se  livrent  à  l’exportation
du  café  ;  les  envois  qui  sont  faits  au  Chili,  en  Angleterre
et  aux  Etats-Unis  s’élèvent  à  environ  1.200.000  kilos.
VI.  —  C’est  du  Pérou  que  nous  viennent  un  grand
nombre  de  simples  des  plus  efficaces  ;  les  plantes  médicinales ­
  abondent  dans  la  Montana  et  la  plupart  des  Indiens
connaissent  une  grande  quantité  de  plantes  dont  les  vertus ­
  sont  encore  ignorées  de  la  pharmacopée  moderne.  Le
métier  de  chasseur  de  plantes  médicinales  est  très  rémunérateur, ­
  il  est  pratiqué  par  un  certain  nombre  d’habitants ­
  des  frontières  (fronterizos)  blancs,  indiens  et  métis.
Les  plantes  les  plus  recherchées  sont  :
Le  quinua-quinua,  dont  on  extrait  le  fameux  baume
du  Pérou,  utilisé  pour  les  affections  de  poitrine.
Le  copahiba  ou  copayer,  dont  on  extrait  le  copahu,  est
un  arbre  de  taille  gigantesque  dont  le  bois  serait  utilisable
en  ébénisterie  ;  ces  arbres,  rameux  au  sommet,  ont  des
        <pb n="263" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  245

feuilles  grandes  et  pennées,  les  fleurs  sont  blanches  et
dégagent  une  odeur  très  forte.
On  obtient  la  résine  de  copahu  en  incisant  l’arbre
jusqu’au  tissu  médullaire,  près  de  la  base  du  tronc  ;  la
résine  coule  en  abondance  sous  la  forme  de  liquide  clair
et  incolore,  qui  s’épaissit  bientôt  et  prend  une  teinte  jaunâtre. ­
  On  recommence  plusieurs  fois  dans  l’année  l’opération ­
  du  perçage  sur  le  même  arbre,  et  c’est  des  plus
vieux  sujets  que  l’on  tire  la  meilleure  qualité.  Un  travailleur ­
  actif  peut  recueillir  dans  sa  journée  de  10  à
12  kilos  de  copahu  dont  le  prix  moyen  est  de  4  francs
le  kilo.
La  salsepareille  est  très  répandue  dans  la  Montana  et
les  fronterizos  s’adonnent  en  grand  à  sa  récolte  et  à  sa
préparation.  Un  travailleur  peut  ramasser  dans  sa  journée, ­
  laver  et  sécher  8  à  10  kilos  de  racines,  suivant
son  activité,  ce  qui,  au  prix  moyen  de  2  francs  le  kilo,
donne  un  résultat  rémunérateur.  Une  fois  séchées,  les  racines ­
  sont  boucanées  sous  un  feu  lent,  pendant  vingtquatre
  heures,  ensuite  on  en  fait  des  bottes  de  10  à  12  kilos
environ  chacune.  La  sarsaparilla  affectionne  les  lieux
humides,  elle  y  étale  ses  longues  tiges  sarmenteuses
armées  d’aiguilles  comme  celles  de  la  ronce  ;  les  racines
s’étendent  à  une  grande  distance.  La  salsepareille  jouissait ­
  autrefois  et  jouit  encore  d’une  grande  renommée  en
matière  médicale,  on  la  préconisait  comme  un  énergique
sudorifique,  aujourd’hui  on  l’emploie  comme  un  dépuratif
du  sang  ;  il  nous  semble  que  ses  vertus  sont  tant  soit  peu
exagérées.
L’aloès  fait  aussi  l’objet  d’un  certain  trafic,  c’est  une
plante  du  genre  des  liliacées,  elle  est  remarquable  par
l'épaisseur  charnue  de  ses  feuilles  et  par  la  couleur  différemment ­
  nuancée  de  ses  fleurs  qui  se  présentent  en  épi.
        <pb n="264" />
        246

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

On  emploie  divers  procédés  pour  extraire  le  suc  de
l’aloès,  mais  le  plus  souvent,  on  coupe  la  pointe  des
feuilles  de  la  plante,  on  la  suspend  sens  dessus  dessous
et  le  suc  s’égoutte  lentement  dans  des  vases  disposés  pour
le  recevoir.  Ce  suc  est  filtré  et  évaporé  ensuite  à  une
chaleur  douce,  il  devient  tellement  dur  qu’il  est  facile  de
le  réduire  en  poudre.  En  bloc  sa  couleur  est  brun  foncé,
en  poudre  au  contraire,  elle  est  jaune  doré.
Les  vertus  thérapeutiques  de  Paloés  le  font  considérer
comme  tonique,  échauffant,  et  fortifiant  comme  tous  les
amers,  en  outre,  on  lui  reconnaît  une  action  purgative  qui
se  déclare  plusieurs  heures  après  l’absorption  ;  on  lui
attribue  aussi  la  faculté  d’agir  sur  le  foie  et  d’aider  à
l’évacuation  de  la  bile,  on  prétend  encore  qu’il  engorge
les  vaisseaux  abdominaux  et  qu’il  dégage  les  vaisseaux
céphaliques.  L’aloès  est  ordonné  comme  tonique  de  l’estomac ­
  dans  les  cas  de  dyspepsie,  comme  purgatif,  comme
antibiliaire  dans  les  affections  du  foie.  Employé  comme
purgatif,  on  le  prend  à  raison  de  2  à  5  grains,  soit  de  10  à
30  centigrammes  ;  comme  tonique,  un  demi-grain  ou  un
grain  soit  de  2  à  5  centigrammes.
Outre  V  aceite-maria,  le  sang-dragon,  ïe  barbasco  ou
«jaquinia  armillario  »  dont  la  racine  broyée  fait  périr  les  insectes ­
  et  que  les  Indiens  utilisent  pour  enivrer  le  poisson,
fi  existe  encore  des  centaines  de  plantes  médicinales  qui
figurent  dans  toutes  les  pharmacies  et  un  nombre  égal
d’autres,  dont  les  vertus  incontestables  sont  appréciées
dans  la  Montana  lorsqu’on  les  emploie  sur  l’heure  et  sous
l’influence  de  la  chaleur  tropicale.
VII.  —  Le  cocayer  ou  cocatier  est  un  arbuste  de  la  taille
d’un  citronnier  dont  le  fruit  est  rouge,  il  vit  uniquement
sur  les  pentes  orientales  des  Andes  de  Bolivie  et  du  Pérou.
Sa  reproduction  s’obtient  en  enterrant  quelques  graines
        <pb n="265" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

247

encore  sèches,  et  les  feuilles,  qui  doivent  être  cueillies
aussi  minutieusement  que  celles  du  thé  afin  qu'elles  conservent ­
  toutes  leurs  propriétés,  peuvent  être  récoltées  au
bout  d’une  année,  quinze  mois  au  plus  tard.  La  bonne  coca
vaut  de  2  à  6  francs  le  kilo.
Les  Indiens  du  Pérou  de  Bolivie  et  de  Colombie  font  un
usage  immodéré  de  la  coca  qu’ils  mâchent  continuellement ­
  ;  comme  le  goût  de  cette  feuille  est  presque  nul,  ils  lui
donnent  du  piquant  en  ajoutant  àlachique,ou  a,cullico,une
pâte  appelée  llucta,,  qui  est  un  mélange  de  chaux,  de
cendres  de  bois  de  molle  et  de  quinua  ou  de  bouillie  de
pommes  de  terre  gelée.  L’ensemble  forme  une  pâte  que
les  indigènes  divisent  en  boulettes  qu’ils  enveloppent  de
feuilles  de  coca,  ces  chiques  sont  désignées  sous  le  nom
d’acullicos.  L’Indien  quechua  ne  se  sépare  jamais  d’un
sac  contenant  une  certaine  quantité  de  boulettes  et  de
feuilles  de  coca,  la  mastication  de  cette  feuille  facilite  le
bon  fonctionnement  des  organes  respiratoires  et  permet  aux
indigènes  de  supporter  un  certain  temps  la  privation  d’aliments ­
  plus  substantiels.  La  coca  est  indispensable  aux
Indiens  et  aussi  très  utile  aux  Européens  qui  supportent
plus  facilement  le  séjour  des  hautes  altitudes.  Avec  quelques ­
  acullicos  pour  toute  nourriture,  les  Indiens  quecliuas,
excellents  marcheurs,  font  des  étapes  incroyables  à  travers ­
  des  sentiers  impossibles.
Les  indigènes  qui  abusent  des  chiques  de  coca  sont
sujets  à  une  infirmité,  sans  doute  produite  par  la  chaux  ou
la  cendre  qu’ils  absorbent.  Une  de  leurs  joues,  celle  du
côté  où  ils  mâchent,  reste  atteinte  d’une  enflure  chronique
appelée  picclio  ;  ils  sont  aussi  parfois  saisis  d’accès  d’insensibilité ­
  morale,  pendant  lesquels  ils  continuent  à
vaquer  à  leurs  occupations  habituelles,  mais  d’une  façon
machinale  et  tout  à  fait  inconsciente.  On  dit  alors
        <pb n="266" />
        248

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

qu’ils  sont  armados,  c’est-à-dire  armés  ou  cuirassés.
On  a  pu  nier  les  effets  de  la  coca,  mais  il  ne  fait  aucun
doute  que  cette  feuille  exerce  sur  l’économie  générale  une
action  spéciale  qui  a  beaucoup  d’analogie  avec  celle  des
narcotiques;  il  est  permis  de  supposer  qu’à  la  manière  de
l’opium,  ia  coca  endort  les  fonctions  digestives,  car  elle
diminue  la  sensation  de  la  faim  et  de  la  soif,  d’aucuns
soutiennent  qu’elle  agit  comme  excitant,  comme  le  thé  et
le  café.  Les  deux  opinions  sont  exactes,  car  nous  avons
reconnu,  par  expérience  personnelle,  que  la  coca  ne  produit ­
  pas  les  mômes  effets  en  Europe  que  dans  son  pays
d’origine,  sous  l’influence  d’un  climat  et  de  circonstances
différentes.  La  mastication  de  quelques  pincées  de  cocane
nous  produit  ici  qu’une  forte  excitation  nerveuse,  semblable ­
  à  celle  que  nous  produirait  du  café  ou  du  thé  pris
à  forte  dose,  mais  les  fonctions  digestives  n’étaient  pas
troublées,  ou  interrompues  passagèrement,  comme  nous
l’avions  observé  sur  les  hauts  plateaux.  Peut-être  cette
action  différente  est-elle  aussi  occasionnée  par  l’absence
de  chaux  et  de  cendre.
Lorsque  Pizarre  conquit  l’empire  des  Incas,  les  naturels
faisaient  déjà  une  grande  consommation  de  cette  feuille
sur  laquelle  les  conquérants  mirent  un  tribut.
L’usage  des  feuilles  de  coca  est  si  considérable  dans
toute  l’Amérique  du  Sud,  que  la  consommation  annuelle
s’élève  à  près  de  16  millions  de  kilogrammes,  représentant
une  somme  de  45  millions  de  francs.  Ces  feuilles  sont
arrivées  à  être  un  des  produits  péruviens  les  plus  recherchés ­
  depuis  quelque  temps,  dans  une  mesure  telle,  qu’il
existe  actuellement  une  sorte  de  trust  pour  l’achat  de  cette
feuille.  Son  marché  principal  est  Hambourg.
La  valeur  de  la  coca,  rendue  à  la  côte  en  paniers  d’une
vingtaine  de  kilos,  est  de  1.0  à  15  soles.  Les  fronterizos
        <pb n="267" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

249

se  livrent  à  la  culture  de  ce  précieux  arbuste,  et  malgré
leur  indolence  et  leur  peu  de  soin,  ils  obtiennent  un  rapport
moyen,  de  110  kilos  par  hectare.  La  récolte  annuelle  atteint ­
  plus  de  8.000.000  kilos,  chiffre  qui  pourrait  être  considérablement ­
  augmenté.  LesEuropéens  qui  entreprendraient
avec  méthode  l’exploitation  de  la  coca  y  trouveraient  un
grand  profit,  car  cette  culture  demande  peu  de  soins  ;  la
cueillette  seule  doit  être  soignée,  dansl’intérêtdu  rendement.
VIII.  —  C’est  des  forêts  du  Pérou  que  provient  une
grande  partie  des  écorces  de  quinquina  employées  en
Europe.  Grâce  à  ses  qualités  supérieures,  il  se  fait  chaque
année  une  exportation  toujours  plus  importante  du  précieux ­
  fébrifuge,  qui  atteint  une  valeur  considérable.
On  sait  que  les  écorces  de  quinquina  sont  surtout  produites ­
  par  le  Cinchona  oficinalis,  qui  croît  dans  la  Cordillère ­
  des  Andes,  depuis  les  montagnes  de  Santa  Marta,  en
Colombie,  jusqu’à  Ghuquisaca,  en  Bolivie,  c’est-à-dire  sur
une  étendue  de  plus  de  3.000  kilomètres.  Ces  arbres  vivent
à  une  altitude  qui  varie  de  1.200  à  3.000  mètres  et  plus
suivant  les  espèces  ou  leur  éloignement  de  l’équateur.  Ils
échappent  ainsi  aux  variations  extrêmes,  mais  leur  port
varie  dans  ces  divers  milieux  ;  ce  sont  de  grands  et  beaux
arbres  dans  les  zones  chaudes  et  tempérées,  tandis  qu’ils
sont  réduits  à  l’état  d'arbustes  dans  les  parties  élevees.
Quoique  l’arbre  entier,  y  compris  les  feuilles,  contienne
un  principe  fébrifuge,  l’écorce  seule  de  l’arbre  à  quinquina ­
  est  employée  ;  elle  se  découpe  sur  le  tronc  et  sur  les
lu  anches  de  l’arbre  debout  ou  abattu  pour  aller  plus  vite.
La  récolte  du  quinquina  sur  le  versant  oriental  des
Andes  péruviennes  est  fort  pénible.  Les  arbres  une  fois
abattus,  les  cascarilleros  ou  cascadores  (1)  enlèvent
(1)  De  casearilla,  nom  sous  lequel,  au  Pérou,  on  désigne  l'écorce  d’une
variété  de  quinquina.
        <pb n="268" />
        250

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

l’épiderme  du  tronc,  et  séparent  l’écorce  au  couteau,  en  lanières ­
  de  40  à  50  centimètres  de  long  sur  8  ou  10  de  large.
Ces  plaques  s'ont  ensuite  disposées  en  piles  carrées  et
exposées  au  soleil.  L’épiderme  est  laissé  sur  les  branches
qui  sont  également  séchées.  La  récolte  est  soumise  à  un
mayoral  ou  capataz  (contremaître)  qui  dirige  les  travaux,
puis  mise  dans  de  gros  canevas  de  laine  et  expédiée  dans
les  centres  commerciaux.  Là,  elle  est  définitivement  emballée ­
  dans  des  cuirs  frais  qui  forment  les  surones,  et
c’est  ainsi  que  l’écorce  est  embarquée.
Véritable  spécifique  de  la  fièvre  intermittente  et  des
fièvres  pernicieuses,  ce  sont  les  quinquinas  jaunes  et
rouges  qui  contiennent  une  plus  grande  proportion  de
quinine,  le  gris  est  surtout  riche  en  cinchonine.  Les  habitants ­
  du  versant  oriental  de  la  Montana,  créoles  et  métis,
même  les  indigènes,  ont  une  confiance  illimitée  dans  les
vertus  de  l’arbre  à  quinquina  ;  aussi,  prennent-ils  fréquemment ­
  des  infusions  de  feuilles  ou  de  fleurs  de  quinquina, ­
  sous  forme  de  thé  ou  de  café.  C’est  par  le  port  de
Mollendo  que  s’exporte  la  plus  grande  partie  de  la  cascarilla
  du  Pérou.
IX.  —  Il  nous  reste  maintenant  à  parler  du  caoutchouc,
qui,  avant  les  produits  que  nous  venons  de  citer,  et  dont
l’exploitation  laisse  pourtant  des  bénéfices  élevés,  forme
la  richesse  la  plus  importante  du  département  de  Loreto
qui  comprend  toute  la  Montana  péruvienne.  En  raison
des  proportions  incalculables  qu’ont  prises  le  commerce
et  l’industrie  de  l’oi’o  negro  ou  oro  prieto  (or  noir),
comme  le  nomment  les  caucheros  ou  seringueiros  (1)  de
l’Amazonie,  nous  croyons  devoir  donner  quelques  détails

(i)  Caucheros  et  seringueiros,  noms  donnés  aux  chercheurs  de  caoutchouc. ­
        <pb n="269" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  251

sur  l’exploitation  de  ce  produit  dont  la  consommation
égale  et  dépasse  souvent  la  production.
X.  —  On  trouve  des  arbres  à  caoutchouc  appartenant
à  diverses  espèces  dans  l’immense  région  comprise  entre
les  rios  Maranon,  (nom  du  Haut  -  Amazone)  Ucayali,
lluallaga,  Pachitea,  Urubarnba,  Yurua,  Purus.  Madré
de  Dios,  Béni  (c’est-à-dire  du  2 e  au  14 e  degré  de  latitude
sud  et  du  68 e  au  78 e  degré  de  longitude  ouest  du  méridien
de  Paris).  Ces  arbres  y  sont  tellement  nombreux  que
cette  région  est  capable,  à  elle  seule,  d’alimenter  tous  les
marchés  du  monde  pendant  un  grand  nombre  d’années.
Rien  que  les  régions  du  Madré  de  Dios  et  ses  nombreux
affluents,  celles  du  Purus  et  du  Yurua  péruviens  (1),  toutes
trois  comprises  entre  le  7 e  et  14 e  degré,  ont  une  superficie ­
  d’environ  50  millions  d’hectares  renfermant  un  grand
nombre  d’arbres  produisant  le  caoutchouc,  dont  le  rendement ­
  est  supérieur  à  ceux  du  Brésil.
Dans  les  régions  mentionnées  plus  haut,  les  uniques
familles  d’arbres  à  caoutchouc  qui  sont  exploitées  appartiennent ­
  à  la  série  des  euphorbes.  La  famille  des  Euphorbiacées
  possède  deux  genres  principaux  dans  le  bassin
Amazonique,  savoir  :
1°  L'Hevea  Guyanensis,  qui  a  un  tronc  de  15  à
20  mètres  de  hauteur,  et  60  à  80  centimètres  de  diamètre,
et  forme  une  colonne  cylindrique  couronnée  par  ses
branches;  son  écorce  est  de  couleur  grise.
2°  L'Hevea  Brasilensis,  de  18  à  20  mètres  de  hauteur,
tronc  également  presque  cylindrique  et  gris  clair,  couvert
de  protubérances.
3°  L  Hevea  Andenense,  espèce  de  caractères  égaux  à
ceuxdel  Hevea  Brasilensis,  mais  qui  se  distingue  decelui-(1)
  Il  est  bon  de  tenir  compte  qu’une  partie  de  cette  région  est  en
litige.
        <pb n="270" />
        252

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

ci,  au  rapport  de  la  quantité  et  qualité  de  latex  produit,
qui  diffère  comme  de  3  à  5.  On  lui  donne  la  dénomination
d’andenense,  parce  qu’on  le  rencontre  remontant  les  Andes
jusqu’à  plus  de  1.600  mètres  au-dessus  du  niveau  de  la  mer  ;
on  le  nomme  aussi  orco-shiringa  et  le  produit  s’appelle
weak  fine  (1).  L’aspect  de  cet  Hevea  est  le  même  que
celui  du  Brasilensis.
4°  L’Hevea  lutea,  tronc  de  18  à  20  mètres  de  hauteur,
forme  cylindrique  de  70  à  80  centimètres  de  diamètre.
Le  latex  de  cet  arbre  a  la  propriété  d’occasionner  des
taches  noires.
5°  Les  Micrandias,  famille  qui  comprend  quatre  classes
d’arbres  distincts,  originaire  du  bassin  de  l’Amazone,
comme  la  Manisoba  qui  forme  la  sixième  catégorie.
Toutes  ces  espèces  croissent  particulièrement  dans  les
terres  d’alluvion,  au  bord  et  à  l’embouchure  des  rivières;
elles  produisent  le  caoutchouc  le  plus  estimé,  connu  en
Europe  sans  le  nom  de  «  fine-para  »,  qualité  qui  occupe
la  meilleure  place  et  atteint  les  plus  hauts  cours  sur  les
marchés.  Viennent  ensuite  les  castilloas,  au  tronc  de
15  mètres  de  hauteur,  de  60  à  90  centimètres  de  diamètre, ­
  aux  feuilles  grandes  mais  assez  rares,  l’écorce  de
couleur  semblable  à  celle  des  Heveas.  Le  Castilloa,  dont
on  pratique  la  culture  rationnelle  au  Mexique,  peut  être
exploité  dès  l’âge  de  cinq  ans,  tandis  que  l’Hevea  ne  commence ­
  à  produire  d’une  façon  rémunératrice  qu’à  quinze  à
dix-huit  ans.  En  revanche,  l’Hevea  n’atteint  la  caducité
qu’après  plus  d’un  siècle,  tandis  que  la  longévité  du  Castilloa ­
  ne  dépasse  guère  vingt-cinq  à  trente  ans.
Il  existe  encore  des  ficus  de  l’ordre  des  (Jlmacées,
arbres  et  arbustes  qui  présentent  une  variété  de  plus  do

(1)  D’après  J.  M.  Von  Hassel.
        <pb n="271" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

253

600  plantes  différentes;  des  Cecropias  offrant  aussi  de
nombreuses  variétés,  possédant,  comme  marque  caractéristique, ­
  des  branches  ondoyantes  et  fistuleuses  dans  les
entre-nœuds  :  des  Urceolas,  des  Hancornias  et  des
Manihot;  les  premiers  produisent  la  cinquième  année,
les  seconds  à  dix.  On  trouve  encore  des  Landolphias  de
plusieurs  variétés,  et  d’autres  plantes  à  caoutchouc  qui,
quoique  produisant  du  latex,  n’entrent  pas  en  compte  comme
plantes  de  l’industrie  gommifère,  soit  par  la  pauvreté
de  leur  sève,  soit  parce  qu’on  ne  connaît  pas  encore  la
méthode  d’élaboration  convenant  à  leur  latex.  Malgré
l’apparente  uniformité  de  la  forêt,  celle-ci  se  trouverait
divisée,  suivant.  J.  von  Hassel,  en  véritables  sections  par
des  lignes  subtiles,  divisions  dans  lesquelles  se  trouvent
compris  les  arbres  à  caoutchouc  ;  dans  la  grande  plaine
du  bassin  de  l’Amazone,  se  croisent  les  lignes  polaires
qui  divisent  le  monde  végétal.  Ces  lignes  divisionnaires
sont  constituées  par  la  formation  du  terrain,  sans  qu’à
première  vue  on  puisse  noterla  différence  qu’elles  établissent, ­
  parce  que  les  groupes  d’arbres  à  caoutchouc  séparés
Par  ces  lignes,  sont  en  apparence  de  la  même  classe  et  de
la  même  famille,  quand  en  réalité  leur  produit  diffère  en
qualité  et  en  quantité.  Un  groupe  de  la  zone  inférieure,
par  exemple,  produit  le  double  en  quantité  et  d’une  qualité ­
  supérieure  à  un  autre  groupe  en  tout  semblable,
existant  à  peu  de  distance  de  la  partie  extérieure  de  la
ligne.
Le  défaut  de  connaissance  parfaite  en  matière  de  caoutchouc ­
  a  été  souvent  la  cause  de  pertes  considérables  subies
par  des  sociétés  insuffisamment  renseignées,  car  aucun
ouvrage  de  botanique  ne  détermine  avec  exactitude  cette
théorie.  Les  auteurs  s’occupent  seulement  de  la  définition ­
  des  diverses  familles  d’arbres  à  caoutchouc,  sans
        <pb n="272" />
        254

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

se  préoccuper  de  déterminer  dans  quelle  mesure  tel
arbre  de  la  même  famille  et  espèce  varie  dans  sa  production, ­
  quant  à  la  qualité  et  la  quantité,  suivant  le  lieu
de  la  zone  extérieure  de  la  ligne  qui  lui  correspond  et
dans  laquelle  il  est  situé.
L’étude  de  ces  divisions  est  d’un  grand  intérêt  pour  le
développement  de  l’industrie  caoutchouquifère,  car  on  a
pu  observer  que  plusieurs  entreprises  échouaient  parce
que  la  production  n’arrivait  pas  à  couvrir  les  dépenses
d’exploitation,  sans  que  l’on  puisse  incriminer  l’administration, ­
  pendant  que  d’autres  entreprises  négligemment
administrées  donnaient  des  bénéfices  importants.
XI.  —  Les  chercheurs  de  caoutchouc,  caucheros  où
seringueiros  de  l’Amazonie  péruvienne  se  recrutent  principalement ­
  parmi  les  loretanos  ou  habitants  du  district ­
  de  Loretos,  tous  nés  dans  la  région  fluviale,  ensuite
entre  les  immigrants  de  la  région  de  Moyobamba,  Chachapoyas,
  Lomas,  Tarapoto  etc.,  en  troisième  lieu,  entre
les  Indiens  soumis  sinon  civilisés,  des  mêmes  régions,  et
enfin  des  étrangers  de  toutes  nationalités,  brésiliens  en
majorité.  Ces  derniers  sont  particulièrement  recherchés,
car  la  recherche  du  caoutchouc  constitue  pour  eux  une
véritable  spécialité.
Ces  seringueiros  de  métier  sont  habitués  depuis  longtemps ­
  à  une  vie  à  peu  près  solitaire  au  milieu  des  immenses ­
  forêts,  où  ils  supportent  souvent  des  souffrances
cruelles.  Le  chercheur  de  caoutchouc  doit  être  bon  chasseur ­
  et  bon  pêcheur,  car  son  habileté  lui  sera  d’un  grand
secours  lorsqu’il  se  trouvera  loin  de  tout  centre  habité,
pour  varier  son  alimentation  et  se  défendre  contre  les
dangers  qui  pourraient  surgir.
Son  centre  de  réunion  et  de  repos,  ou  pour  mieux  dire,
sa  base  d’opération,  est  Iquitos  :  c’est  là  qu’il  vient  se
        <pb n="273" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

255

reposer  et  s’amuser,  faire  son  contrat  de  provision  et  d’où
il  part  dispos  pour  les  contrées  éloignées.  Une  lancha  (1)
le  mène  le  plus  loin  possible  dans  la  rivière  qu’il  a  choisie,
là  il  descend  du  petit  vapeur  avec  sa  femme  et  ses  fils  s’il
est  marié,  toutes  ses  richesses  consistant,  principalement
dans  une  carabine,  un  fusil  de  chasse,  des  lignes  et
hameçons,  sa  machine  à  coudre,  son  accordéon,  sans
oublier  le  vase  intime  qui  le  suit  partout,  nous  ne  savons
trop  pourquoi.  Ainsi  équipé,  il  remonte  en  canot  les
rivières  et  pénètre  jusque  dans  les  parties  les  plus  éloignées ­
  de  l’immense  plaine  amazonique.
Le  cauchero  qui  s’est  adonné  plus  particulièrement  à
l’exploitation  des  lianes  et  arbustes  à  caoutchouc,  reste  parfois ­
  absent  deux  ou  trois  ans,  au  bout  desquels  il  revient  à
Iquitos  ramenant  sa  récolte,  qui  peut  s’élever  jusqu’à  plus
de  10.000  kilos,  dans  des  conditions  à  peu  près  favorables ­
  ;  il  se  repose  et  s’amuse  quelque  temps,  puis  repart
pour  recommencer  la  même  vie  ;  c’est  un  nomade.
Le  seringueiro,  au  contraire,  exploite  son  seringal,  ou
estrada  (2)  comme  un  agriculteur,  et  à  chaque  saison  il
se  dirige  vers  Iquitos  ou,quelque  point  de  l’Ucayali  ou  de
quelque  autre  rivière  sur  le  bord  de  laquelle  il  aura
défriché  une  chacara.  Les  exploitations  sont  impossibles
pendant  l’époque  des  pluies  ;  ce  n’est  que  de  juin  à  fin
novembre  que  les  chercheurs  de  caoutchouc  organisent
leurs  expéditions.
XII.  —  u ne  f 0 i s  arrivé  à  un  endroit,  vierge  d’exploitations ­
  antérieures,  le  cauchcro  installe  sa  demeure  au  bord
de  la  rivière  même,  sur  une  élévation  s’il  le  peut,  puis  il
entreprend  plusieurs  excursions  dans  la  forêt  en  établis-(1)

  Vcipeur  de  rivière.
(2)  Une  estrada  ou  seringal  est  un  groupe  de  100  à  200  arbres  à  caoutchouc, ­
  réunis  sur  un  espace  plus  ou  moins  étendu.
        <pb n="274" />
        256

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

sant  chaque  jour  un  campement  provisoire  qui  lui  sert
de  centre  pour  exploiter  les  environs,  marquant  au  passage, ­
  à  l’aide  de  son  machète,  les  arbres  qu’il  rencontre,  et
ces  marques  sont  un  signe  de  possession  religieusement
respecté  par  les  autres  caucheros.
Une  vue  exercée  reconnaît  les  différentes  catégories
d’arbres  par  leur  aspect  particulier  ;  c’est  ainsi  que  les
arbres  à  caoutchouc  (heveas)  se  reconnaissent  de  loin,
pendant  quelques  mois  de  l’année,  par  leur  feuillage  jaunâtre ­
  d’un  aspect  particulier,  bien  connu  des  seringueiros.

Une  fois  que  la  forêt  a  été  suffisamment  explorée  et  qu’il
a  marqué  un  nombre  suffisant  d’arbres,  le  cauchero
commence  son  exploitation.  Il  commence  par  nettoyer  les
alentours  de  l’arbre,  puis  saigne  le  tronc  ou  les  racines;
si  son  but  est  d’extraire  du  sernamby  (1),  il  laisse  exposé
pour  qu’il  se  coagule,  sous  l’influence  de  l’air,  le  latex  que
produisent  les  saignées,  et  qui  s’écoule  par  de  petits
canaux  artificiellement  préparés  dans  le  sol,  la  sève  se
transforme  ainsi  en  rubans  que  l’on  enroule  ensuite.  Ce
produit  est  connu  sur  le  marché  sous  le  nom  de  sernamby
de  caoutchouc  (caucho).  Si,  au  contraire,  le  cauchero
veut  obtenir  du  caoutchouc  en  plaque,  il  recueille  dans
des  seaux  la  sève  des  arbres  préalablement  abattus  et
la  transporte  dans  une  excavation  ayant  une  forme  presque
carrée  et  30  à  40  centimètres  de  profondeur,  il  y  mélange
ensuite  du  savon  ordinaire  ou  une  infusion  d’une  sorte
de  liane,  pour  provoquer  la  coagulation  (2).  Telle  est  la
récolte  du  caoutchouc  en  plaque.
XIII.  —L’exploitation  des  heveas  et  des  orco-shiringa
(1)  Caoutchouc  de  deuxième  qualité.
(2)  Le  suc  de  deux  sortes  de  lianes,  le  sachacamole  et  le  cumalliuascar,
servent  à  cet  effet.
        <pb n="275" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

257

s’opère  d’une  façon  plus  régulière  et  plus  rationnelle.  Le
seringueiros  explore  le  terrain  en  partant  du  bord  du
fleuve  ou  d’une  rivière  quelconque,  chaque  arbre  rencontré
est  relié  au  précédent  par  une  trocha  ou  piste  tracée  à
coups  de  machète.  Une  fois  qu’il  a  trouvé  un  nombre
d’arbres  suffisant,  il  les  réunit  par  un  sentier  définitif  qui
facilitera  son  exploitation.  C’est  là  ce  qui  constitue  l’unité
d’exploitation  d’arbres  à  caoutchouc  appelé  estrada..  Si  les
arbres  sont  réunis  dans  un  espace  relativement  réduit,
l’estrada  se  compose  de  120  à  150  arbres,  parfois  même
de  200  en  terrains  riches.
Si  au  contraire,  les  arbres  sont  espacés,  l’estrada  sera
réduite  à  80  ou  100  arbres  au  plus.  Le  but  poursuivi  par
cette  division,  est  qu’un  homme  doit  pouvoir  travailler
une  estrada  par  jour.  Un  homme  actif  peut  s’occuper  de
deux  estrada  de  100  à  120  arbres,  et  il  nous  paraît  impossible ­
  de  faire  plus  malgré  des  affirmations  contraires.  Si
on  admet  entre  chaque  arbre  un  écartement  de  40  pas
pour  les  régions  riches,  et  de  50  à  60  pas  pour  les  régions
moyennes,  on  obtient  des  estradas  de  4  à  6  kilomètres  de
tour  suivant  le  nombre  des  arbres  :  l’exploitation  sur  une
distance  plus  grande  ne  serait  pas  très  rémunératrice.
Toutes  les  estradas  ont  la  forme  ovale  et  sont  tracées  en
zigzag,de  façon  à  ce  que  l’entrée  et  la  sortie  partent  d’un
même  point,  qui  est  toujours  la  case  du  seringueiro  et  le
«défumador.  »
La  construction  d’une  case  est  une  mince  besogne.
Quelques  coups  de  hache  ou  de  machète  donnent  du  bois
pour  former  les  montants,  des  lianes  souples  comme  des
ficelles  servent  à  attacher  les  traverses  et  maîtresses
poutres.  On  fend  ensuite  les  côtés  d’un  palmier  quelconque, ­
  et  on  assemble  ces  divisions  en  lei\r  laissant  un
certain  écartement,  puis  on  pose  en  travers  de  la  toiture
17
        <pb n="276" />
        258  LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
des  feuilles  de  bananier  et  voilà  une  case  de  terminée
Par  le  même  procédé  on  fabrique  un  parquet  et  des  cloisons. ­
  Le  seringueiro  qui  exploite  continuellement  la  même
estrada  peut  se  construire  une  habitation  plus  confortable.
Le  défumador,  l’endroit  où  l’on  fume  le  caoutchouc,  qui
n’est  formé  que  d’une  toiture  élevée  sur  quatre  poutres
verticales,  est  d’une  construction  plus  rapide.
XIY.  —  Le  seringueiro  chargé  d’une  estrada  saute  de
son  hamac  le  matin  de  bonne  heure,  prend  son  fusil  et  part
faire  sa  tournée  ;  il  s’arrête  au  pied  de  chaque  arbre  auprès ­
  duquel  il  a  laissé  un  certain  nombre  de  vases  en  fer
blanc  nommés  tejelinas  (tigelhina  au  Brésil);  comme  outil  il
porte  une  machadinha  (1),  petite  hachette  d’un  tranchant
de  trois  centimètres  au  plus  ;  à  l’aide  de  cet  instrument,  il
donne  le  plus  haut  possible  sur  l’hevea  un  coup  sec,
oblique,  sans  entamer  l’aubier,  des  gouttes  de  latex  perlent
aussitôt  sur  le  fond  rose  rouge  de  l’écorce,  ces  gouttes  se
réunissent  et  coulent  en  grosses  larmes  suivant  la  vigueur
de  l’arbre  qui,  selon  sa  grosseur,  peut  recevoir  de
quatre  à  dix  incisions,  pas  plus,  si  l’on  ne  veut  pas  abîmer
l’arbre.
Au  dessous  de  ces  incisions  qui  sont  espacées  de  quinze
centimètres  environ,  le  seringueiro  place  le  godet  en  fer
blanc  dont  un  bord  tranchant  s’enfonce  dans  l’incision  et
y  reste  fixé.
Dans  les  endroits  où  l’on  ne  possède  pas  de  tejelinas,
particulièrement  chez  les  Indiens,  on  fait  des  godets  en  ipa,
sorte  de  bambou  dont  on  coupe  les  tubes  au-dessous  des
nœuds  et  qu’on  adapte  à  l’incision  avec  de  l’argile.  Le  seringueiro ­
  parcourt  son  estrada,  ne  perdant  pas  plus  d’une
minute  et  demie  à  chaque  arbre,  et  revient  à  son  point  de
(1)  Ces  hachettes  doivent  être  en  fer  doux,  car  i’expérience  a  démontré
que  l’acier  endommage  l’arbre.
        <pb n="277" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

259

départ  après  avoir  placé  toutes  ses  tejelinas.  Mais,  il  n’eu
est  encore  qu’au  tiers  de  sa  tâche,  il  ressort  aussitôt  de  sa
case  muni  d’un  seau  en  fer  blanc  nommé  «  balde  »  ;  refaisant ­
  le  chemin  parcouru,  il  va  d’arbre  en  arbre  pour  ramasser ­
  le  contenu  des  tejelinELS  posées,  qui  est  versé  dans
le  «  balde.  »  Une  estrada  peut  fournir  de  huit  à  dix  litres  de
latex  par  jour,  fournissant  4  à  5  kilos  de  caoutchouc  pur
et  sec  ;  il  y  a  des  estradas  qui  donnent  de  quinze  à  dixhuit
  litres  de  sève.
Toutes  les  tejelinas  ayant  été  relevées,  le  seringueiro,
une  fois  de  retour,  pénètre  sous  le  défumador  et  verse
dans  une  bassine  le  contenu  de  son  seau.  Le  latex  est
d’abord  nettoyé  en  le  faisant  chauffer  à  une  température
de  35  à  45°  afin  de  permettre  l’agglutinement  des  impuretés,
tels  les  débris  végétaux  de  toute  sorte  qui  ont  pu  tomber
dans  le  balde.  Ceci  fait  il  allume  un  foyer  alimenté  par  des
racines  d’un  palmier  c/iapapa  ou  d’autres  semblables,
mêlés  à  du  bois  résineux,  puis,  lorsque  le  brasier  donne
une  fumée  épaisse,  il  place  dessus  une  cheminée  en  fer,
sorte  de  diable,  nommée  boulbao,  par  l’orifice  duquel  la
fumée  s’échappe  en  flocons  opaques  ;  le  seringueiro  place
alors  au-dessous  de  la  cheminée  une  sorte  de  pelle,  longue
comme  celle  d’un  boulanger  et  soutenue  sur  les  genoux  ou
par  une  fourche  en  bois  fixée  en  terre  sur  laquelle  il  verse
le  latex  recueilli  à  l’aide  d’une  moitié  de  calebasse,  en  le
faisant  tourner  en  même  temps  au-dessus  de  la  fumée,
mouvement  qui  détermine  la  forme  que  prend  le  caoutchouc ­
  et  qui  est  celle  d’une  boule.  Immédiatement,  l'action ­
  de  la  chaleur  forme  de  l’enduit  liquide  une  mince
pellicule  solide  ;  le  seringueiro  continue  d’arroser  sa  pelle
jusqu’à  épuisement  du  latex  dans  la  bassine.  Après  plusieurs ­
  jours  de  travail,  il  aura  un  pain  déformé  ovoïde  dont
le  poids  peut  varier,  suivant  les  endroits,  entre  8  et
        <pb n="278" />
        260

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

50  kilos.  Cette  boule  est  formée  de  ce  que  l’on  appelle  la
borracha  fina  (1)  plus  connue  sous  le  nom  de  fine  para  ;
chaque  boule  est  nécessairement  marquée  au  feu  de  l'initiale ­
  ou  de  la  marque  du  propriétaire.  Telle  est  la  tâche
journalière  du  seringueiro  durant  la  safra  ou  récolte  ;  la
durée  de  la  safra  est  limitée  par  les  inondations  qui
succèdent  aux  crues  de  la  saison  des  pluies  et  les  heveas
croissent  de  préférence  dans  les  terrains  inondés  ou  marécageux ­
  qui  occasionnent  alors  les  fièvres  tierces  et  paludéennes. ­

La  orco-shiringa  peut  se  travailler  toute  l’année
ainsi  que  les  lianes  et  arbustes  qui  y  vivent  généralement,
mais  il  faut  toujours  tenir  compte  que  l’arbre  s’épuise  si
l’on  veut  augmenter  sa  production.
Les  propriétaires  d’estradas,  qui  connaissent  la  valeur
des  arbres,  recouvrent  l’incision  de  terre  glaise  l’extraction ­
  une  fois  terminée,  mais  ces  seringueiros  soigneux  sont
peu  nombreux.  II  est  très  important  de  savoir  calculer  le
nombre  d’incisions  à  faire  à  un  arbre,  car  si  on  dépasse
ce  nombre,  l’arbre  meurt  ou  reste  longtemps  sans  produire. ­

Il  convient  de  faire  remarquer  que  l’exploitation  barbare ­
  qui  consiste  à  abattre  les  arbres  pour  en  extraire  tout
le  suc  gommeux  a  été  trop  souvent  pratiquée  au  Pérou.  Il
en  est  résulté  que  les  plantes  produisant  le  précieux  suc
sont  devenues  assez  rares  dans  le  voisinage  des  côtes  et
des  lieux  habités  et  que  les  collecteurs  de  caoutchouc  sont
obligés  aujourd’hui  d’aller  le  chercher  beaucoup  plus  loin.
C’est  pour  cela  que,  dans  les  nouvelles  concessions  de
terrains  à  caoutchouc,  le  gouvernement  impose  l’obliga-(I)
  lous  les  débris  de  latex  coagulés  sur  les  arbres,  sur  les  tejelinas,
balde  et  bassine  sont  soigneusement  recueillis  par  les  seringueiros,  car
ils  constituent  une  qualité  inférieure  de  caoutchouc  nommée  sernamby.
        <pb n="279" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

261

tion  stricte  de  ne  pas  abattre  les  arbres  et  de  n’user  que
de  la  saignée,  comme  cela  se  pratique  dans  les  exploitations ­
  bien  comprises  et  bien  dirigées.
Les  propriétaires  de  grandes  estradas,  les  sociétés  concessionnaires ­
  de  grandes  exploitations,  ont  des  employés
spéciaux  charger  d’inspecter  périodiquement  les  estradas
et  de  contrôler  le  nombre  de  tejelinas  qui  sont  placées  sur
les  arbres,  et  l’état  de  ceux-ci.
On  calcule  la  production  moyenne  d’un  hevea  à  5  kilos
de  caoutchouc  fin  par  semestre.  Celle  de  la  orco-shiringa
à  3  kilos.  Enfin,  celle  des  autres  arbres  :  manihot,
landolphia,  hancornia,  jusqu’à  45  kilos  d’une  seule  fois,
puisqu’ils  sont  abattus  par  les  caucheros.  La  récolte  d’un
seringueiro  exploitant  l’hevea  andeneuse  peut  s’élever  à
600  ou  700  kilos  en  7  mois  de  travail.
Dans  tout  le  bassin  de  l’Amazone,  on  emploie  comme
unité  de  mesure,  dans  le  commerce,  Varroba  portugaise
qui  est  de  15  kilos;  les  prix  sont  sujet  à  de  grandes  fluctuations, ­
  mais  d’une  façon  générale  ils  ne  sont  guère  inférieurs ­
  aux  chiffres  suivants  qui  étaient  dernièrement  ceux
des  marchés  de  New-York  :
Gaucho  (1)  Iquitos  4  fr.  70  à  5  fr.  »  la  livre.
Caucho  du  Madré  de  Bios.  .  3  fr.  65  —
Jebe  fino  ou  fine  para  ....  6  fr.  20  à  6  fr.  50  —
fie  Weak  fine,  produit  du  orco
shiringa  6  fr.  »  —
Le  Sernambv  4  fr.  85  —
Prise  dans  les  rivières,  la  gomme  se  paie  généralement
de  2  fr.  50  à  3  francs  de  moins  par  kilogramme.
Le  seringueiro  parti  à  cinq  ou  six  heures  du  matin  a  gé-(1)

  Dans  la  classification  des  gommes  on  nomme  jebe  fin  ou  para  fino
le  caoutchouc  extrait  des  heveas  et  caucho  ou  cahucho  celui  extrait  do
tous  les  autres  arbres,  sauf  l’orco-shiringa  qui  a  nom  weak  fine.
        <pb n="280" />
        262

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

néralement  terminé  sa  tournée  à  midi,  il  lui  suffit  de  deux
heures  pour  fumer  ou  coaguler  sa  récolte.  Règle  générale,
un  seringueiro  actif  ne  travaille  pas  plus  de  huit  heures
par  jour,  pendant  lesquelles,  en  comptant  le  caoutchouc  à
6  francs  le  kilogramme,  il  aura  gagné  25  ou  30  francs,  si
nous  prenons  pour  base  une  production  de  4  à  5  kilos  par
estrada.  (Une  estrada  riche  peut  donner  8  et  10  kilogrammes.) ­

XY.  —  Les  falsifications  industrielles  ne  se  rencontrent
pas  seulement  dans  les  centres  civilisés,  mais  aussi  dans
les  coins  les  plus  reculés  de  l’Amazonie  péruvienne  ou
brésilienne.  Poussés  par  le  désir  de  corriger  leur  mauvaise ­
  chance,  certains  seringueiros  peu  scrupuleux  introduisent ­
  parfois  des  pierres,  de  la  terre  ou  des  brins  de
bois  dans  le  latex  qu’ils  laissent  coaguler,  augmentant
ainsi  son  poids  frauduleusement  ;  d’autres  y  mélangent
le  lait  de  l’arbre  appelé  caoutchouc  faux,  ou  le  latex  du
«  tapuru  »,  de  difficile  coagulation  et  qui  absorbent  beaucoup ­
  d’eau,  ce  qui  cause  aussi  une  augmentation  de  poids.
On  mélange  aussi  le  latex  du  ficus  elastica  (caucho)  avec
celui  de  l’arbre  appelé  caucho-maska  (cousin  du  caoutchouc) ­
  par  les  quechuas  ;  le  latex  de  la  shiringa  ou  hevea
brasilensis  est  mélangé  avec  la  leche-caspi,  produit
par  l’arbre  appelé  loro  viicuna,  qui  une  fois  fumé  devient ­
  noir  et  acquiert  la  consistance  de  la  poix,  car  ce
latex  n’est  qu’une  résine.  L’opération  qui  consiste  à  mouiller ­
  le  caoutchouc  avant  de  le  livrer,  est  aussi  très  usitée.
Les  acheteurs  se  défendent  contre  ces  fraudes  en  coupant
les  boules  pour  examiner  à  l’intérieur  et  établir  une  défalcation ­
  sur  les  gommes  humides.
XYI.  —  Le  seringueiro  travaille  rarement  pour  son
propre  compte  ;  il  a  le  plus  souvent  un  patron,  qui  est  un
commerçant  (baraconero)  ou  un  seringueiro  propriétaire
        <pb n="281" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

263

d’un  certain  nombre  d’estradas  qui  travaille  sur  une
grande  échelle  avec  un  personnel  nombreux.  Celui-ci
avance  au  seringueiro  :  les  marchandises,  le  matériel,  les
vivres  et  l’argent  nécessaires  à  une  expédition,  très  souvent ­
  sans  contrat  ni  document  d’autre  sorte  que  la  bonne
foi  du  contractant.  Ainsi  pourvu,  le  seringueiro  part  et
revient  quelque  temps  après,  ramenant  le  produit  de  sa
récolte  pour  régler  son  compte  ;  il  se  repose  quelque
temps,  puis  retourne  dans  la  forêt.
Les  grands  patrons  seringueiros  ont  parfois  jusqu’à
200  hommes  à  leur  compte  ;  ceux-ci  sont  pourvus  par  eux
de  tout  ce  qui  peut  leur  être  nécessaire,  et  de  temps  en
temps  ils  vont  recueillir  la  récolte  au  moyen  de  petits  vapeurs ­
  de  leur  propriété.  La  récolte  des  estradas  confiées
uux  seringueiros  est  remise  suivant  les  conditions  stipulées ­
  à  l’avance.
XVII.  —  Il  faut  au  cauchero  ou  au  seringueiro  qui  part
pour  une  saison  dans  les  régions  basses,  la  quantité  de
vivres  suivante  :

Morue  sèche  ou  bacalao.  .  20  kilos.
Conserves  40  boîtes.
Café  20  kilos.
Sucre  50
Farine  de  manioc  170
Eau-de-vie  de  canne.  ...  50  litres.
Riz  50  kilos.
Haricots  (feijao  du  Brésil)  .  50  kilos.
Vin,  suivant  possibilité  .  .  60  bouteilles  ou  plus.
Savon  30  kilos.
Tabac  12  —
Pétrole  30  litres.
Allumettes  144  boîtes.
        <pb n="282" />
        264

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Il  faut  aussi  comprendre  dans  ces  avances  environ  huit
cents  tejelinas,  une  bassia,  un  seau,  de  la  poudre  et  du
plomb,  des  cartouches,  des  liqueurs,  des  parfums!  des
médicaments,  des  bijoux  faux,  des  étoffes  (pour  les  Brésiliens), ­
  le  tout  pour  une  valeur  de  1.500  à  1.800  francs.
Il  arrive  parfois  qu’un  seringueiro  peu  sérieux,  qui  a
dormi,  bu,  fumé  et  joué  plus  souvent  qu’il  ne  l’aurait  dû,
ou  tout  simplement  malchanceux,  ne  rapporte  du  caoutchouc ­
  que  pour  une  somme  inférieure  à  ses  avances,  il  se
trouve  donc  encore  lié  à  son  patron  pour  l’année  suivante  ;
dans  ce  cas,  s’il  est  honnête,  il  attendra  la  saison  en  cultivant ­
  du  manioc,  ou  au  contraire,  ce  qui  arrive  souvent
chez  les  Brésiliens,  il  brûlera  son  compte  et,  la  saison
venue,  il  se  fera  faire  des  avances  par  un  patron  concurrent. ­

En  général,  les  seringueiros  de  métier  sont  des  êtres
aux  appétits  grossiers,  chez  lesquels  l’alcoolisme  fait  de
grands  ravages  ;  il  est  la  cause  de  la  mortalité  élevée  qui
règne  dans  les  forêts.  Le  jeu  sous  toutes  ses  formes  et  la
boisson  sont  leur  passe-temps  favori.  Aussi,  lorsqu’un
seringueiro  trouve  qu’il  y  a  longtemps  qu’il  n’a  pas  fait  la
fête,  il  monte  dans  son  canot  et  se  met  en  quête  de  compagnons ­
  et  d’un  baracon,  où  pendant  quelques  jours  il
videra  un  certain  nombre  de  bouteilles.
Quelquefois,  encore,  lorsque  la  distance  n’est  pas  trop
grande,  il  charge  sa  récolte  et  remonte  ou  descend  le  fleuve
jusqu’à  la  case  du  patron  auquel  il  remet  sa  gomme  en
compte,  tout  en  absorbant  les  liquides  les  plus  variés.
Aussi,  sachant  qu’une  fois  ivre  le  malheureux  prendra
envie  de  tout,  et  se  livrera  à  des  achats  fantastiques,  le
patron  encourage-t-il  ces  excès  pour  élever  le  compte  à
plaisir.  Tout  l’argent  péniblement  gagné  par  le  seringueiro ­
  est  gaspillé  en  babioles  qu’il  se  figure  indispen ­
        <pb n="283" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

265

sables.  Les  baraconeros  (1)  et  les  patrons  tirent  d’énormes
bénéfices  des  spécialités  pharmaceutiques  qui  sont  très
demandées,  on  ne  sait  trop  pourquoi,  des  armes,  de  la
parfumerie  et  de  la  bijouterie  en  toc.
XVIII.  —  Cependant,  atout  prendre,  si  l’on  considère
que  le  patron  seringueiro  court  grand  risque  de  perdre
ses  avances,  soit  parla  malhonnêteté,  soit  par  la  mort  du
seringueiro,  on  finit  par  admettre  qu’un  bénéfice  de  100  à
120  pour  100,  et  plus  même,  ne  paraît  pas  très  illicite.
Ainsi,  la  morue,  qui  coûte  Ofr.  30,  est  revendue  2  francs
le  kilo  ;  le  sucre,  acheté  0  fr.  60,  est  revendu  2  francs  le  kilo  ;
le  tabac,  acheté  7  fr.  50,  se  vend  20  et  30  francs  ;  la  farine
de  manioc,  qui  est  achetée  3  francs  les  25  kilos,  se  vend
jusqu’à  100  francs  ;  l’eau-de-vie  de  canne  à  sucre,  coûtant
0  fr.  90,  se  revend  2  fr.  50  et  3  francs,  et  souvent  plus  ;  le
riz  et  les  haricots,  achetés  0  fr.  40  le  kilo,  sont  revendus
1  fr.  50  et  2  francs  ;  les  15  kilos  de  paiche  ou  pirarucu
valent  80  francs,  quand  ils  coûtent  20  francs  ;  1  kilo  de
viande  sèche,  coûtant  1  fr.  80,  est  revendu  3  fr.  50;  la
hotte  de  conserve  dite  de  «  carne  fresca  »  coûte  1  fr.  50,
e t  se  revend  4  francs  ;  une  bouteille  de  cognac  est  revendue ­
  12  à  15  francs  la  bouteille,  lorsqu’elle  coûte  2  fr.  50
ù  3  francs  ;  une  chemise  de  coton,  coûtant  3  fr.  50,  est  revendue ­
  8  et  9  francs,  etc.,  etc.
Ces  prix  sont  ceux  des  régions  basses  de  l’Amazonie
péruvienne,  ils  augmentent  beaucoup  suivant  que  les  régions ­
  sont  plus  ou  moins  éloignées,  et  plus  ou  moins  bien
desservies  par  les  vapeurs  fluviaux.  Dans  les  régions  arrosées ­
  par  l’Urubamba,  le  Tambo,  l’Inambari,  etc.,  dans
(1)  Ces  baraconeros  ou  les  patrons  sont  à  leur  tour  approvisionnés  par  des
aviadores,  gros  traitants  qui  leur  font  à  eux-mêmes  des  avances  de  plusieurs ­
  centaines  de  mille  francs,  dont  le  paiement  est  fait  en  caoutchouc
en  fin  de  saison,  qui  commence  en  juin  et  se  termine  en  février.
        <pb n="284" />
        266

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

les  parties  les  plus  saines  de  la  Montana,  mais  où  les  communications
  ne  sont  pas  encore  très  commodes,  les  prix
sont  différents.  Les  voici  à  titre  de  renseignement  :

„  fr.  c.
Carabine  Winchester  200  »
Cartouches,  le  mille  75  »
Fusil  à  un  coup  125  »
Poudre,  la  livre  10  »
Plomb,  le  kilo  2  50
Chocolat  en  boîte  d’une  demi-livre.  .  .  3  25
Cognac,  la  bouteille  15  »
Bière  d’Allemagne,  la  bouteille  10  »
Biscuit  ou  galleta,  les  5  livres  12  50
Yin  en  carafons,  caisse  de  15  kilos.  .  .  45  »
Saindoux,  les  11  kilos  25  »
Eau-de-vie,  —  25  »
Tabac,  le  kilo  12  50
Paiche  (poisson  séché),  les  3  kilos.  .  .  5  »
Haricots,  les  11  kilos  10  »
Café,  le  kilo  2  50
Sucre  2  50
Riz,  les  50  kilos  50  »
Farine  de  manioc,  les  40  kilos.  .  .  t  .  50  »
Une  hache  ou  un  machète  12  50

Les  hamacs  et  les  étoffes  sont  dans  les  régions  citées
d’un  prix  exorbitant.  Comme  dans  les  régions  basses,  les
sociétés,  patrons  seringueiros  et  aviadores,  font  à  leurs
employés  une  avance  en  armes,  outillages,  marchandises
et  vivres  d’une  valeur  de  1.000  à  1.500  francs.  Comme
plus  de  la  moitié  du  prix  du  caoutchouc  récolté  est  payé
en  marchandises,  le  kilo,  payé  en  moyenne  6  francs  au  seringueiro,
  revient  en  réalité  à  moitié  prix  au  patron,  dont
        <pb n="285" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

267

le  bénéfice  sur  chaque  seringueiro  employé  peut  être  évalué
à  1.500  francs  au  bas  mot.
XIX.  —  Dans  la  partie  de  la  Montana  proche  du  département ­
  de  Cuzco,  zone  où  abondent  les  arbres  à  caoutchouc, ­
  que  les  caucheros  saignent  à  fond  en  les  abattant,
la  récolte  peut  s’élever  à  1.000  ou  1.200  kilos  par  homme
s’il  est  actif.  Quelques  sociétés  établies  sur  l’Inambari  et
1  Urubamba  engagent  des  travailleurs  de  Huanuco  qui,
habitués  à  un  salaire  de  2  fr.  50  par  jour  avec  la  nourriture, ­
  deviennent  d’excellents  caucheros  lorsqu’ils  s’aperçoivent ­
  qu’après  leur  campagne  de  six  mois,  il  leur  reste
un  bénéfice  dépassant  souvent  2.000  francs,  leurs  avances
une  fois  réglées.  Mais  comme  pour  leurs  collègues  des
régions  basses,  cette  somme  est  rapidement  gaspillée  en
pétards,  boisson  et  folies  de  toutes  sortes.
XX.  —  L’exportation  de  la  majeure  partie  du  caoutchouc
du  Pérou  se  fait  par  le  port  d’Iquitos  sur  l’Amazone,  où
un  grand  nombre  de  maisons  européennes  s’occupent
presque  exclusivement  de  ce  commerce.  Ce  port  est  d’ailleurs ­
  très  avantagé,  car  les  droits  d’exportation  ne  sont
que  de  0  fr.  50  et  0  fr.  70  par  kilo  de  caoutchouc  fin  ou  de
Sernamby,  quand  au  Brésil  ces  droits  sont  de  24  p.  100
ad  valorem  soit  0  fr.  85  par  kilo  de  fine  Para  ou  de
Sernamby  et  en  Bolivie  0  fr.  40  et  0  fr.  50.  Il  s’exporte  à
1  heure  actuelle,  par  le  port  d’Iquitos,  2.200.000  kilos  de
caoutchouc  de  différentes  qualités  par  an.
Une  partie  du  caoutchouc  provenant  de  l’Urubamba  et
du  haut  Madré  de  Dios,  ainsi  que  du  Tambopata,  est
dirigée  chaque  année  sur  le  port  de  Mollendo,  où  le
mouvement  d’exportation  des  gommes  ne  dépasse  guère
60.000  kilos,  car  jusqu’à  présent  la  presque  totalité  du
caoutchouc  produit  par  ces  régions  a  été  exportée,  par
la  voie  du  Béni  et  du  Madeira,  à  travers  une  route  des
        <pb n="286" />
        268

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

plus  accidentées  et  en  franchissant  les  nombreuses  cataractes ­
  du  rio  Madeira  dont  certaines  ont  plus  de  8  mètres
de  hauteur  avec  des  pentes  de  4  pour  100.
Il  s’ensuit  que  les  expéditions  par  cette  voie  occasionnent
des  frais  considérables  et  courent  les  plus  grands  risques.
C’est  pourquoi,  le  mouvement  des  expéditions  par  le  port
de  Mollendo  est  appelé  à  augmenter  considérablement
quand  seront  terminées  les  routes  destinées  à  compléter
les  voies  de  communication  entre  la  région  Tambopata-Inambari
  et  la  ligne  de  chemin  de  fer  Mollendo-Sicuani.
Ces  routes  font  l’objet  de  concessions  spéciales  du  gouvernement ­
  péruvien  à  MM.  Forga  é  hijos,  d’Aréquipa,  et  à
la  Société  Pacifique-Amazone,  qui  a  son  siège  à  Paris.
Cette  Société,  formée  en  partie  avec  des  capitaux
belges,  s’est  engagée  à  construire  une  route  muletière  qui
ira  aboutir  à  un  point  navigable  de  l’Inambari,  affluent  du
Madré  de  Dios.
Le  point  de  départ  de  cette  route  sera  le  village  de
Marcapata,  à  200  kilomètres  de  Sicuani,  son  étendue  sera
d’environ  150  kilomètres  et  sa  construction  demandera
encore  une  année.  Mollendo  sera  ainsi  relié  au  bassin  du
Madré  de  Dios  par  une  voie  de  communication  d’un
millier  de  kilomètres  dont  700  de  chemin  de  fer  déjà
construit  et  le  reste  de  route  muletière.  Il  est  certain
qu’alors  les  «  caucheros  »  de  cette  région  et  même  ceux
du  Béni  (Bolivie)  préféreront  cette  nouvelle  voie  qui  sera
plus  courte,  moins  coûteuse  et  n’offrira  pas  les  mêmes
risques  que  celle  du  Madeira.
Depuis  trois  ans,  de  nombreuses  concessions  ont  été
accordées  par  le  gouvernement  pour  l’exploitation  du
caoutchouc  dans  la  zone  du  Madré  de  Dios,  Inambari  et
Tambopata
Les  principales  société  s  titulaires  de  ces  concessions
        <pb n="287" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

269

sont  :  La  Compania  Gomera  de  Tambopata,  Forga  é
hijos,  la  Société  Pacifique-Amazone,  la  Peruvian  corporation, ­
  etc.  (1).
En  résumé,  la  Montana  recèle  des  produits  de  grande
valeur,  susceptibles,  comme  nous  venons  de  le  voir  pour
le  caoutchouc,  de  donner  de  beaux  bénéfices  aux  entreprises ­
  qui  se  constitueraient  pour  les  exploiter.  Mais
seules  des  sociétés  bien  organisées,  et  surtout  bien
dirigées  et  administrées,  sont  capables  d’atteindre  des  résultats ­
  brillants.
Quoique  la  campagne  d’un  cauchero  ou  d’un  seringueiro
  soit  rémunératrice,  nous  ne  conseillerons  pas  à  nos
compatriotes  d’user  leur  énergie  à  récolter  de  la  gomme
dans  les  forêts.  Ou  bien,  ce  sera  exceptionnellement,
comme  pis  aller,  pour  se  procurer  la  mise  de  fonds
nécessaire  pour  trafiquer  avec  les  seringueiros  dans  la
Montana  ou  pour  s’établir  dans  une  ville.  Nous  devons
imiter  les  Américains,  les  Allemands,  les  Anglais,  dont  on
rencontre  partout  les  établissements  naissants  et  les  baracons,
  sur  les  rives  de  plusieurs  rivières  de  la  Montana.
Tout  autant  qu’eux  nous  sommes  capables  d’avoir  des
relations  avec  les  gens  de  l’intérieur,  de  tenir  un  comptoir,
de  savoir  faire  des  marchés  et  d’en  expédier  les  produits ­
  en  Europe.

(1)  En  1912  le  gouvernement  péruvien  a  passé  un  contrat  avec  M.  Victor ­
  E.  Gragnani  pour  le  dragage  de  la  rivière  Tambopata  entre  Astilleros
et  Baltimore,  creusant  un  canal  qui  donnera  toute  1  annee  un  minimum  de
deux  pieds  d’eau.  Ce  canal,  de  5  mètres  de  large  en  moyenne,  devra  avoir
10  mètres  en  plusieurs  parties  de  son  cours.  Les  travaux  ont  commencé
à  la  fin  de  l’année.  Une  fois  achevés,  le  concessionnaire,  qui  doit  également
  établir  un  service  régulier  de  bateaux  automobiles,  recevra
300.000  hectares  de  terrain  dans  le  bassin  du  Madré  de  Dios.
        <pb n="288" />
        CHAPITRE  XIV

I.  Colonisation  et  exploitation  de  la  Montana.  —  II.  Concessions.  —
III.  Comment  on  obtient  des  terrains  de  Montana.  —  IV.  Colonies  allemandes ­
  du  Pozuzo,  de  Oxapampa  et  de  Chanchamayo.  —V.  Encore  la
Ceja  de  Montana  et  les  régions  basses.  —  VI.  Conditions  favorables  et
défavorables  de  la  colonisation.  —VII.  Comment  on  débrousse  la  forêt.
Chacra.  —  VIII.  Les  meilleures  régions.  —  IX.  La  main-d’œuvre.  —
X.  Comment  on  se  procure  des  travailleurs.  —  XI.  Ethnographie  de  la
Montana.  Indiens  mansos  et  bravos.  —  XII.  Caractère  et  coutumes  des
Indiens  Campas.  —  XIII.  Les  indigènes  du  Putumayo.  —  XIV.  Piros.  —
XV.  Conibos  et  Sipibos.  —  XVI.  Ce  qu'est  une  correria  ;  les  Amahuacas.
—  XVII.  Les  Amueshes.  —  XVIII.  Main-d’œuvre  indigène.

I.  —  Coloniser  la  Montana  a  été  de  tous  temps  l’ambition ­
  primordiale  de  tous  les  gouvernements  péruviens,
qui  se  succédèrent  au  pouvoir.  Dans  ce  but,  cet  immense
territoire  a  été  converti  en  département  afin  que  les  efforts
puissent  y  être  centralisés  avec  plus  de  chances  de  succès  ;
puis  après  avoir  installé  quelques  colonies,  ces  gouvernements ­
  édictèrent  des  lois  de  colonisation  et  d’immigration
larges  et  généreuses,  conviant  nationaux  et  étrangers  à
venir  s’installer  sur  le  premier  versant  des  Andes  orientales. ­

Faute  de  bonnes  voies  de  communication,  ces  tentatives
échouèrent  en  tout  ou  partie,  si  bien  que  pendant  quelques
        <pb n="289" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

271

années  les  efforts  des  derniers  gouvernements  se  ralentirent
quelque  peu  et  se  portèrent  sur  la  construction  du  chemin
du  Pichis  qui,  suivant  quelques-uns,  devait  servir  de  voie
d'écoulement  aux  productions  de  la  région  traversée  par
cette  route.  Jusqu’à  nouvel  ordre,  ces  espérances  ne  se
sont  pas  non  plus  réalisées;  il  est  vrai  que  sur  la  dernière
partie  de  son  parcours,  ce  chemin  a  été  construit  avec
tant  de  hâte  et  d’une  façon  si  provisoire  que  la  végétation
en  reprend  bien  vite  possession  et  que  le  plus  souvent  ce
n’est  plus  qu’un  sentier  défoncé  par  les  pluies  et  obstrué
par  les  troncs  d’arbres  écroulés.
II.  —Considérant  qu’il  est  indispensable  de  veiller  à  la
conservation  de  cette  route,  et  de  développer  son  trafic
en  favorisant  la  colonisation  de  cette  contrée,  le  gouvernement ­
  distribue  gratuitement  des  concessions  à  tous
ceux,  nationaux  ou  étrangers,  qui  en  font  la  demande,
aux  seules  conditions  suivantes  :
Les  concessionnaires  s’engagent  à  se  fixer  avec  leurs
familles  et  à  établir  leurs  fermes  en  formant  de  petites
colonies  reliées  entre  elles,  sur  la  partie  construite  ou  à
construire  de  la  route  allant  au  Pichis;  chacun  d’eux
pourra  prendre  un  lot  de  20  hectares,  en  se  soumettant
au  tracé  qui  sera  fait  par  ordre  de  la  direction  des  Travaux ­
  publics.  Les  concessionnaires  s’engagent  en  outre
a  conserver  en  tout  temps  la  route  en  bon  état  pour  le
passage  des  bêtes,  sur  un  parcours  déterminé  ;  à  établir
f°us  les  40  kilomètres  un  tambo  (auberge)  où  les  voyageurs ­
  pourront  trouver  à  juste  prix  un  logement  pour
eux  et  du  fourrage  pour  leurs  bêtes,  tout  en  disposant
librement  des  pâturages  de  cet  endroit.
En  compensation  de  ces  obligations,  le  gouvernement
cède  en  toute  propriété  à  chaque  famille  le  lot  de  20  hectares ­
  déjà  mentionné,  il  fournit  au  colon  des  moyens  de
        <pb n="290" />
        272

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

transport  et  des  instruments  de  défrichement,  et  leur
paiera,  aussitôt  leur  établissement  dans  l’endroit  désigné,
un  salaire  de  40  centavos  par  jour  et  par  famille  durant
une  période  de  six  mois  au  moins,  afin  de  leur  donner
le  temps  nécessaire  de  faire  leurs  premières  récoltes.  Le
tenancier  du  tambo  recevra,  à  titre  de  subvention,  une
allocation  journalière  de  50  centavos.
La  «  Peruvian  Corporation  »,  chargée  de  la  construction ­
  de  la  route,  obtint  sur  le  côté  droit  du  chemin,  depuis
la  ville  de  San  Luis  de  Shuaro  jusqu’au  Palcazu;  une  première ­
  concession  de  50.000  hectares,  puis,  successivement, ­
  d’autres  concessions  de  30,  50,  60,  110,  120,
200.000  hectares.  Ces  concessions  furent  remplacées  par
une  autre  de  500.000  hectares,  sur  les  deux  rives  du  Péréné
  et  sur  celles  de  l’Ené.  D’autres  groupes  d’une  importance ­
  aussi  considérable  furent  par  la  suite  encore
accordés  à  la  «  Peruvian  Corporation  »,  pour  y  établir
des  colonies  :  mais  cette  puissante  Compagnie  s’occupe
surtout  de  faire  exploiter  les  richesses  naturelles  de  ses
concessions,  principalement  celle  des  arbres  à  caoutchouc. ­

III.  —  Toujours  dans  le  but  de  fomenter  l’exode  des
colons  et  la  formation  de  sociétés  d’exploitation,  le  gouvernement ­
  péruvien  édicta  à  la  fin  de  1898  une  loi  dite  «  loi
de  terrains  de  Montana  »  dont  nous  croyons  utile  de  citer
les  principaux  articles.  L’article  premier  déclare  propriété ­
  de  l’État  toutes  les  terres  de  cette  région  qui  n’ont
pas  été  acquises  conformément  au  code  civil.
Il  y  a  quatre  façons  d’acquérir  les  terrains  de  Montana;
par  achat,  par  concession,  par  contrat  de  colonisation  et
par  adjudication  gratuite.  Par  achat,  en  payant  5  soles
minimum  par  hectare;  par  contrai  de  colonisation,  en
exécutant  les  conditions  stipulées  dans  chaque  cas;  par
        <pb n="291" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
concession  en  payant  un  canon  (1)  annuel  conformément
à  la  loi;  par  adjudication  gratuite,  tant  que  cette  adjudication ­
  ne  dépasse  pas  deux  hectares.  Cette  adjudication ­
  pourra  être  accordée  autant  de  fois  que  le  bénéficiaire ­
  en  fera  la  demande,  mais  seulement  chaque  fois
que  le  lot  précédent  aura  été  défriché  et  cultivé.
Le  paiement  de  5  soles  minimum  par  hectare  donne
la  propriété  perpétuelle  et  absolue  des  terres  acquises
par  ce  moyen.
Le  paiement  du  droit  de  concession  se  fait  par  avances,
à  raison  de  1  sole  par  hectare  pendant  les  trois  premières
années,  la  même  somme  pendant  les  années  suivantes
pour  la  partie  cultivée,  et  deux  soles  pour  chaque  hectare
non  cultivé.
Le  gouvernement  a  décidé  par  cette  même  loi  que  les
fonds  provenant  des  achats  de  terrains  seraient  uniquement ­
  employés  au  profit  de  ceux-ci  pour  la  construction
de  chemins  devant  améliorer  les  communications  ;  une
partie  de  ces  fonds  pourront  encore  être  invertis  pour  délimiter ­
  les  terres,  pour  la  formation  d’un  cadastre,  et
autres  travaux  indispensables  pour  faciliter  l’adjudication
du  lot  et  connaître  les  nécessités  de  chaque  région.
Malgré  les  privilèges  et  les  facilités  accordés,  les
colons  ne  prennent  qu’en  petit  nombre  le  chemin  de  la
Montana  ;  en  échange  les  demandes  de  concessions  de
terrains  par  des  sociétés  d’exploitation  (2)  deviennent  de
plus  en  plus  fréquentes.  En  1910  on  a  enregistré  la  formation ­
  de  25  sociétés  dont  le  capital  varie  de  3.000  à
300.000  livres  péruviennes  (25  fr.).  Citons  :
(1)  Canon,  droit  que  paie  une  terre,  annuellement  et  pendant  un  temps
fixé,  suivant  convention  ou  acte  public.
(2)  Les  concessions  de  moins  de  1,500  hectares  peuvent  être  accordées
parles  autorités  départementales;  au-dessus  de  ce  chiffre  elles  doivent
être  octroyées  par  le  Congrès.
18
        <pb n="292" />
        274

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Aporama  Goldfield  Ltd,  au  capital  de  300,000  livres;
Ferrobamba  Limilada,  avec  120.000  livres  ;  Compania
Salinera  del  Peru,  avec  100.000  livres  ;  Credito  Ilipotecario
  del  Perd,  avec  50.000  livres  ;  Pacific  Sulphur
Trading  Cy,  avec50.000  livres;  Sociedad  Ganadera  del
Centro,  avec  50.000  livres;  Maranon  Land  Gesellschaft,
avec  50.000  livres  ;  Rio  Tambo  Rubber  Cy,  avec
30.000  livres  ;  Compania  Maranga  Lda,  avec  10.000  livres ­
  ;  Compania  Nitral  Lda,  avec  10.000  livres  ;  Sociedad ­
  Nacional  de  Pesqueria  Lda,  avec  7.000  livres.
Une  autre  société,  la  The  Paucartambo  Rubber  Company ­
  Limited  vient  de  se  constituer  au  capital  de
50.000  livres,  dont  la  moitié  seulement  a  été  demandée.
Le  but  de  cette  dernière  compagnie  est  d’établir  des  factoreries ­
  dans  les  vallées  du  Paucartambo  et  le  bassin  du
Madré  de  Dios,  acheter  de  la  gomme,  exploiter  les  arbres
à  caoutchouc  et  faire  des  plantations  de  ces  arbres  précieux. ­

IV.  -  Il  existe  cependant  quelques  colonies  assez
florissantes  malgré  l’état  précaire  de  leurs  débouchés  ;  il
faut  citer  principalement  les  colonies  du  Pozuzo,  de
Oxapampa  et  de  Chanchamayo.  Cette  dernière  est  formée
de  colons  de  diverses  nationalités,  parmi  lesquels  de
nombreux  Français  ;  les  deux  autres  sont  des  colonies
allemandes.
La  colonie  du  Pozuzo  fut  fondée  en  1868,  époque  où
300  colons  allemands  furent  dirigés  sur  ce  point.  Aujourd’hui, ­
  la  colonie  du  Pozuzo,  qui  présentait  une  augmentation ­
  annuelle  de  20  pour  100,  compte  environ  700  membres,
le  plus  grand  nombre  nés  dans  la  colonie  ou  arrivés  à  un
âge  très  tendre.
Malheureusement,  on  note  une  sorte  de  dégénérés-
        <pb n="293" />
        Ph.  Garreaud  Viaje  de  Estado  Mayor
Indien  Amueshe.
        <pb n="294" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

275

cenee  dans  la  descendance  de  cespremières  colonies,  car,
quoique  relativement  sain,  le  climat  du  Pozuzo  est  chaud
et  débilitant  ;  surtout  avec  les  privations  et  les  fatigues
du  début,  l’anémie  fait  son  œuvre  lente.  Sous  ^ces  influences ­
  qui  auraient  dû  être  combattues  par  une  alimentation ­
  plus  nutritive  et  moins  végétale,  et  par  des  coutumes ­
  moins  sédentaires,  le  lymphatisme  naturel  à  la  race
s’est  exagéré.  En  outre  le  cercle  étroit  du  mariage  en  un
nombre  réduit  de  familles  originaires  des  mêmes  lieux,
est  venu  ajouter  l’effet  de  la  consanguinité  à  ces  influences ­
  débilitantes,  que  seul,  le  croisement  avec  les
races  locales  acclimatées  permettrait  de  combattre  efficacement. ­
  Aujourd’hui  que  cette  colonie  est  des  plus  florissantes, ­
  il  serait  regrettable  de  conseiller  à  ces  braves
gens  de  se  transporter  dans  un  lieu  plus  tempéré.
Ces  colons  se  déclarent  heureux  à  présent,  car  ils  sont
moins  isolés  qu’avant  grâce  aux  routes  qui  ont  pris  un
développement  relatif.  Toutefois,  les  communications  avec
Panao  qui  est  le  centre  habité  un  peu  important  le  plus
rapproché  (122  kilomètres)  et  de  là  à  Huanuco  (165  kilomètres) ­
  sont  encore  longues  et  difficiles  ;  à  l’heure  présente, ­
  le  chemin  de  Cumbre  Punza  à  Cuashi  rapproche
cette  distance  de  39  kilomètres.
Ces  communications  sont,  on  en  conviendra,  véritablement ­
  insuffisantes  pour  transporter  facilement  et  rapidement ­
  les  produits  des  cultures,  entre  lesquelles  la  coca
a  une  place  particulière  ;  il  est  regrettable  que  l’impôt  qui
grève  le  tabac  soit  venu  priver  cette  colonie  d’une  source
de  revenus  importante.  L’issue  naturelle  des  produits  du
Pozuzo,  serait  le  Cerro  de  Pasco,  aujourd’hui  relié  à  la
côte  par  un  chemin  de  fer  qui  se  trouve  à  une  distance
de  170  kilomètres;  mais  pour  l’instant  les  communications
sont  détestables.
        <pb n="295" />
        276

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

La  grande  majorité  des  colons  ont  leurs  habitations
disséminées  dans  le  centre  même  de  leurs  cultures  ;  ces
habitations  sont  spacieuses,  bien  construites,  en  bois,
surélevées  sur  pilotis,  avec  un  escalier  d’accès  qui  rappellerait ­
  les  chalets  suisses,  sans  la  végétation  exubérante ­
  et  les  magnifiques  orangers  qui  les  protègent
contre  les  ardeurs  d’un  soleil  tropical.  A  l’intérieur,
règne  une  scrupuleuse  propreté  ;  dehors,  attachées  à  une
mangeoire  construite  à  l’européenne,  des  vaches  donnent
le  lait  qui,  avec  la  yucca,  (manioc)  et  les  bananes,  forme
l’alimentation  trop  végétale  des  colons.  La  colonie  possède ­
  une  gentille  église,  un  presbytère  et  une  école  en
pierres  taillées  ;  les  colons  ont  conservé,  avec  la  langue,
les  coutumes  patriarcales  et  les  vertus  domestiques  qui
sont  une  des  qualités  de  la  race  allemande.
La  colonie  de  Oxapampa  est  une  branche  de  la  colonie
du  Pozuzo.  En  1891,  un  certain  nombre  de  colons  abandonnèrent ­
  leurs  chacras  en  pleine  production  pour  aller
s’établir  à  Oxapampa  (1)  où  ils  réussirent  très  bien.  Ce
point  offrait  un  terrain  fertile  et  riant,  et  un  climat  beaucoup ­
  plus  sain  et  agréable  que  celui  du  Pozuzo  ;  les  colons
supportèrent  courageusement  les  difficultés  et  les  peines
des  premiers  mois  et,  aujourd’hui,  lé  succès  a  couronné
leurs  efforts.  Ces  colons  sont  robustes  et  laborieux,  à
l’esprit  entreprenant  et  persévérant,  simples  et  francs  ;  on
pourrait  cependant  leur  reprocher  de  n’avoir  pas  entre
eux  l’harmonie  et  l’union  qui  permet  la  réussite  de  grandes
entreprises  ;  on  peut  en  dire  autant  des  colons  de  Chanchamayo.
  Il  faut  aussi  signaler  une  antipathie  ou  plutôt
une  certaine  animosité  existant  entre  les  fils  du  pays
blancs  ou  métis,  et  les  colons;  les  Péruviens  ignorants  de
(1)  Cette  colonie  s’est  formée,  sans  l’appui  du  gouvernement,  avec  ses
propres  ressources.
        <pb n="296" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

277

ces  régions  sont  surtout  jaloux  de  la  réussite  des  étrangers, ­
  de  leur  initiative  et  de  leur  activité.  Un  certain
nombre  de  colons  de  diverses  nationalités  se  sont  établis
sur  les  rives  des  rivières  navigables  ou  susceptibles  d’être
desservies  par  un  service  de  navigation  fluviale,  quelques-uns ­
  ont  réussi  à  se  faire  d’utiles  auxiliaires  des
Indiens  sauvages  de  cette  région,  généralement  portés,
non  sans  raison,  avoir  des  ennemis  dans  tout  homme  de
race  blanche,  qu’il  soit  étranger  ou  Péruvien.
Ainsi,  non  loin  de  Puerto  Chuchurras,  un  colon  allemand, ­
  Guillermo  Frantzen,  réside  au  milieu  d’une  importante ­
  agglomération  d’indiens  qu’il  a  su  attirer,  et  qui
mieux  est,  retenir,  ce  qui  était  plus  difficile.  Ces  Indiens
sont  disséminés  dans  un  cercle  de  plusieurs  kilomètres,
car  comme  ils  vivent  principalement  de  chasse,  ils  ne
Peuvent  rester  concentrés,  mais  ils  restent  en  constante  relation ­
  avec  l’établissement  et  le  propriétaire  pour  lequel  ils
ont  une  véritable  vénération,  a  réussi  à  obtenir  d’eux,
sans  grands  frais,  un  travail  utile  dans  ses  plantations  et
Pas  mal  de  caoutchouc  qu’il  envoie  à  Iquitos  de  temps
à  autre.  Cet  endroit  serait  très  favorable  à  l’élevage
du  bétail.
V.  —  La  colonisation  de  la  Ceja  Montana  est  une
chose  possible,  mais  elle  ne  pourra  se  faire  avec  chances  *
de  succès  que  lorsque  les  voies  de  communication  se
seront  multipliées.  Les  résultats  obtenus,  quelque  alléchants ­
  qu’ils  puissent  être,  ne  sont  pas  assez  concluants
e t  ne  sont  que  des  cas  isolés,  sur  lesquels  on  ne  peut  se
baser  d’une  façon  générale.  Malgré  ses  ressources,  ses
séductions  et  ses  richesses  de  toutes  sortes,  il  nous
semble,  malgré  les  opinions  contraires,  que  c’est  une
erreur  de  vouloir,  quant  à  présent,  coloniser  sans  chemin
de  1er  des  régions  si  lointaines,  même  avec  le  chemin  du
        <pb n="297" />
        278

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Pichis  et  ses  différents  embranchements,  car  il  n’y  a
aucun  produit  agricole  qui  puisse  résister  au  fret  de
500  kilomètres  de  route.,  A  part  quelques  exceptions  et
jusqu’à  l’arrivée  de  la  locomotive  sur  les  rives  de
l’Ucayali  et  l’établissement  d’un  service  régulier  de  navigation ­
  fluviale,  la  Montana  ne  peut  être  qu’un  pays  d’exploitations, ­
  ouvert  aux  seules  grandes  entreprises  capables
d’assurer  le  transport  des  produits  exploités,  par  un
service  de  batelage  leur  appartenant  en  propre.
Quant  aux  régions  basses  de  la  Montafia  proprement
dite,  à  partir  de  l’Ucayali,  il  ne  peut,  en  aucun  cas,  être
question  de  les  coloniser  jamais  ;  les  fièvres  et  surtout  les
moustiques  ont  bien  vite  fait  d’écarter  toute  idée  d’établissement ­
  stable.  Tous  les  blancs  attirés  dans  cet  immense
pays  par  la  chasse,  la  pêche,  la  récolte  du  caoutchouc  et
des  plantes  médicinales,  ainsi  que  la  culture  lucrative  à
l’excès,  s’empressent  de  quitter  cette  région  aussitôt  qu’ils
ont  amassé  le  pécule  qu’ils  se  sont  fixé.  Les  Jésuites  et
les  Franciscains,  cependant  si  experts  dans  la  façon
de  coloniser,  ont  échoué  dans  cette  contrée  plate  et
inondée  ;  c’est  en  vain  que  trois  siècles  d’efforts  consécutifs ­
  réunirent  autour  d’eux  des  tribus  entières  d’indiens
dont  aujourd’hui  il  ne  reste  pas  plus  de  traces  que  des
colonies  elles-mêmes.
VI.  —  La  colonisation  et  l’exploitation  des  régions  plus
hautes  et  plus  salubres  de  la  première  partie  de  la  Montana ­
  se  présentent  elles-mêmes  sous  divers  aspects,  les
uns  favorables,  les  autres  défavorables.
Parmi  les  conditions  favorables  il  faut  signaler  :  1°  des
terrains  en  quantité  illimitée  et  d’une  fertilité  prodigieuse,
des  indigènes  d’une  race  très  inférieure,  appelée  à  disparaître ­
  très  rapidement  et  qui  n’opposerait  qu’une  résistance ­
  facile  à  vaincre  ;  quelques  tribus  irréductibles  reçu-
        <pb n="298" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

279

leront  devant  la  civilisation,  pendant  que  d’autres  au  contraire ­
  viendront  d’elles-mêmes  se  mettre  sous  la  protection
des  blancs,  qui,trop  souvent  déjà,leur  a  fait  défaut;  2°  un
climat  relativement  sain.
Parmi  les  conditions  défavorables  figurent  :  1°  le  caractère ­
  tropical,  la  chaleur  humide  qui  règne  dans  la  Montana
pendant  la  saison  des  pluies  ;  2°  des  terrains  couverts
d’une  végétation  extrêmement  dense,  formant  une  forêt
ininterrompue  ;  3°  des  communications  longues,  difficiles
et  insuffisantes  dans  leur  ensemble,  une  main-d’œuvre  rare
et  chère,  peu  d’indigènes  dans  certaines  régions  et  encore
ne  travaillent-ils  que  peu  ou  pas,  sans  doute  parce  qu’on
a  voulu  les  considérer  comme  des  esclaves.
VII.  —  Ces  conditions  favorables  et  défavorables  sont
intimement  liées  les  unes  aux  autres.  En  premier  lieu  se
présente  le  problème  du  défrichement.  Le  défrichement,
dans  un  terrain  couvert  d’une  épaisse  végétation,  est  loin
d’être  une  opération  facile  ;  en  zone  tropicale,  ce  travail
exige  une  grande  vigueur  physique  et  une  grande  dépense
de  force.  Débrousser,  brûler  et  nettoyer  sont  les  phases
de  ce  travail.
On  commence  par  couper  les  arbres  à  la  scie,  à  la  hache
e t  au  machète  :  les  mois  les  plus  favorables  sont  avril,  mai
e t  juin,  commencement  de  la  saison  sache.  On  laisse
sécher  sur  place,  puis  après  huit  ou  quinze  jours,  on  met
le  feu  à  l’amas  de  troncs  et  de  branchages,  ensuite,  on
recueille  le  surplus  et  on  y  met  le  feu  à  nouveau,  jusqu’à
°e  qu’il  ne  reste  plus  que  des  cendres,  que  l’on  répand
ensuite,  restituant  ainsi  au  sol  les  éléments  minéraux  que
la  végétation  lui  avait  pris.
Gomme  il  ne  manque  pas  d’arbres  d’un  gros  diamètre,
les  branches  seules  sont  brûlées  ;  on  les  laisse  pourrir  sur
place,  c’est  une  affaire  de  deux  ans  au  plus,  les  insectes,
        <pb n="299" />
        280  LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
les  fourmis  et  l’humidité  en  viendront  facilement  à  bout.
Pour  détruire  rapidement  les  troncs  d’arbre,  le  meilleur
procédé  est  le  suivant  :  on  fait  à  l’aide  d’une  gouge  ou
d’un  foret  un  trou  d’un  pouce  de  diamètre  et  de  50  centimètres ­
  de  profondeur.  Ceci  fait,  on  y  introduit  30  grammes
de  salitre  (salpêtre,  nitrate  de  soude),  puis  on  remplit  avec
de  l’eau  et  l’on  bouche  soigneusement  avec  un  bouchon
de  bois.  Ceci  doit  être  fait  en  automne,  et  quand  arrive  le
printemps,  on  sort  le  bouchon  et  on  met  dans  le  trou
120  grammes  de  pétrole;  le  feu  mis,  l’arbre  brûle  jusqu’à
la  racine.
Il  faut  estimer  à  cent  jours  de  travail  normal,  pour  un
ouvrier  muni  d’instruments  ordinaires  (scie,  hache  et  machète),
  le  temps  nécessaire  pour  débrousser  complètement,
préparer  et  ensemencer  un  hectare  de  forêt  vierge.
Ces  cent  jours  de  travail  momentanément  improductifs
représentent  un  capital  que  l’on  peut  évaluer  à  250  francs
au  minimum,  qui  vient  s’ajouter  aux  12  fr.  50  exigés  par
l’Etat  péruvien  pour  la  concession  de  2  hectares  de  terrain
de  Montana.  Cela,  pour  dans  certains  cas,  le  plus  souvent
même  à  l’heure  présente,  ne  pas  avoir  la  sortie  facile  des
produits  cultivés,  et  rester  en  communication  difficile  avec
les  centres  civilisés.  Il  faut  aussi  tenir  compte  que  le  déboisement ­
  est  une  opération  malsaine  par  excellence.  Les
fièvres  plus  ou  moins  pernicieuses,  l’anémie  palustre  sont
les  conséquences  plus  ou  moins  immédiates  d’un  déboisement ­
  effectué  sans  précautions  suffisantes,  sous  une  température ­
  chaude  et  humide  comme  l’est  celle  de  ces  régions. ­
  Il  ne  faut  donc  pas,  en  général,  compter  sur  l’élément ­
  européen  pour  les  cultures  tropicales  qui  paraissent
avoir  dans  ces  pays  une  attraction  spéciale.  La  preuve  en
est  dans  le  fait  suivant.
Dans  toutes  les  bourgades  situées  sur  les  premiers  ver ­
        <pb n="300" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

281

sants  des  Cordillères  (fronterizos),  chaque  habitant,  qu’il
soit  blanc  ou  métis,  étranger  ou  Péruvien,  possède,  en
plus  de  son  habitation  dans  le  village,  un  défrichement
qu’il  nomme  sa  chacra  (chacara),  pseudo-maison  de  campagne, ­
  d’où  il  tire  tout  ce  qui  est  nécessaire  à  son  existence. ­
  Dans  ce  défrichement  qu’il  augmente  sans  cesse  s’il
est  actif,  le  fronterizo  cultive  le  bananier,  l’arbuste  à
coca,  le  caféier,  etc.  Sur  l’espace  gagné  peu  à  peu  sur  la
forêt,  il  plante  à  la  houe  ou  avec  un  bout  de  bois  des
fruits  ou  des  légumes  qui  viennent  à  maturité  en  trois
mois,  la  canne  à  sucre  en  neuf  ou  dix  mois,  deux  fois  plus
vite  que  sur  la  Costa,  le  bananier  en  dix  mois,  qui,  ainsi  que
la  patate,  repousse  de  lui-même  sans  nécessiter  d’autres
soins  que  de  le  débarrasser  de  temps-en  temps  des  herbes
ou  plantes  parasites  ;  presque  tous  les  autres  produits
donnent  deux  et  trois  récoltes  par  an.  Cette  fertilité  prodigieuse ­
  du  sol  est  la  raison  de  l’attraction  qu’opère  cette
région  sur  les  habitants  de  la  Sierra  et  sur  ceux  des  frontières; ­
  malgré  les  communications  difficiles,  là  ils  sont
assurés  d’avoir  toujours,  sans  grand  travail,  la  vie  large
et  facile.
De  ce  fait,  que  nous  signalons  toutes  les  difficultés
avec  lesquelles  aura  à  lutter  le  colon  dans  la  Montana,  il
ue  s’ensuit  pas  que  nous  déconseillions  de  tenter  l’exploitation ­
  de  ces  régions,  bien  au  contraire,  car  nous  estimons
&amp;lt;fue  la  voie  ferrée,  qui  peu  à  peu  s’avance  de  la  côte,
atteindra  tôt  ou  tard  ces  riches  contrées,  et  qu’en  outre  le
problème  de  la  navigation  fluviale  sera  prochainement
résolu  d’une  façon  siitisfaisante.  Il  est  donc  du  plus  grand
intérêt  pour  tous  les  capitalistes  ou  sociétés  que  séduiraient
les  ressources  innombrables  de  la  Montana,  de  s’assurer
d  ores  et  déjà  des  concessions,  dans  les  territoires  situés  à
proximité  de  la  «  voie  centrale  »  ou  sur  les  fleuves  navi ­
        <pb n="301" />
        282

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

gables  affluents  de  l’Ucayali  et  de  l’Amazone.  Des  concessions ­
  de  plusieurs  centaines  de  milliers  d’hectares  sont
chaque  jour  sollicitées  par  de  puissantes  sociétés  anglaises
et  américaines;  nous  avons  même  eu  la  satisfaction  de
voir  les  noms  de  sociétés  françaises.
VIII.  —  C’est  l’opinion  de  tous  ceux  qui  ont  visité  cette
partie  du  Pérou,  que  les  seules  terres  de  colonisation  et  de
peuplement  de  la  Montana  se  trouvent  dans  ce  qu’il  est
convenu  de  nommer  la  «  Ceja  de  Montana  »,  qui  ne  descend ­
  pas  au-dessous  de  1.300  mètres  d’altitude,  et  parmi
les  meilleures  sont  celles  qui  se  trouvent  dans  la  «  zone
moyenne  des  quinquinas  »  (1),  c’est-à-dire  entre  1.500  ou
2.000  mètres  d’altitude.
Dans  cette  zone  une  exploitation  des  richesses  végétales
naturelles  (2)  entreprise  par  des  sociétés  sérieuses  sur
une  échelle  suffisante,  dans  laquelle  le  travail  d’exploitation ­
  et  de  culture  serait  fait  par  des  indigènes  et  dirigé
par  des  Européens,  pourrait  être  tentée  avec  beaucoup  de
probabilités,  presque  une  certitude  de  succès.
IX.  —  Là,  il  est  vrai,  se  présente  la  difficulté  signalée,
de  la  rareté  de  la  main-d’œuvre  dans  ces  régions.  Sur  la
«  Costa  »,  la  largeur  des  vallées  qui  forment  en  certains
endroits  de  véritables  plateaux  de  moyenne  étendue  permet ­
  l’usage  de  machines  agricoles  qui  viennent  avantageusement ­
  remplacer  la  main-d’œuvre.  Au  surplus,  l’immigration ­
  japonaise  introduite  depuis  six  ou  sept  ans,  et
qui  s’élève  à  peine  aujourd’hui  à  deux  mille  cinq  cents  in-(1)
  On  sait  déjà  que  la  zone  des  quinquinas  est  une  très  étroite  bande
qui  s’étend  entre  1.000  et  3.000  mètres  sur  les  versants  de  la  chaîne
orientale  des  Andes.
(2)  Précédant  une  exploitation  agricole,  qui  se  développerait  aussitôt  que
les  communications  deviendraient  plus  faciles.  Au  début  les  cultures  devraient ­
  se  limiter  au  nécessaire  pour  l’alimentation  bon  marché  des  travailleurs. ­
        <pb n="302" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

283

dividus,  a  permis  d’utiliser  dans  un  bon  nombre  de  plantations ­
  l’activité  de  cel  élément  asiatique  qui,  malgré  les
difficultés  de  la  première  heure,  occasionnées  par  l’acclimatation ­
  et  par  l’hostilité  des  travailleurs  indigènes,  est
venu  très  avantageusement  suppléer  ces  derniers.
Le  remède  n’est  pas  si  facile  à  trouver  dans  la  «  Montana ­
  »,  sauf  pour  les  fortes  sociétés  disposant  de  grands
capitauxet  de  moyensd’actionconsidérables.  Là  les  simples
haciendas  sont  le  plus  souvent  établies  à  flanc  de  coteaux
et  l’emploi  des  machines  est  pour  le  moment  impossible,
leur  transport  en  serait  d’abord  difficile  et  fort  onéreux.
L’immigration  japonaise  n’y  pénètre  pas  encore,  car,
comme  nous  venons  de  le  dire,  elle  n’est  encore  qu’à  ses
débuts,  et  à  peine  débarqués,  les  individus  qui  la  composent ­
  sont  aussitôt  distribués  dans  les  centres  agricoles
les  plus  rapprochés  de  la  côte.  Quant  à  introduire  une
main-d’œuvre  européenne  sur  le  versant  de  l’Amazone,  il
est  inutile  d’y  songer,  les  Européens  doivent  être  employés
comme  contremaîtres,  non  comme  ouvriers  ;  cette  maind’œuvre
  coûterait  aussi  très  cher.  En  outre,  les  essais
tentés  par  les  Français  et  les  Italiens  au  Chanchamayo  et
par  les  Allemands  au  Pozuzo  et  à  Oxapampa  prouvent,
comme  nous  l’avons  indiqué,  que  malgré  une  réussite
apparente,  les  Européens  n’étaient  pas  faits  pour  supporter
indéfiniment,  sans  dégénérescence,  les  rudes  travaux  des
terres  incultes,  le  défrichement  d’épaisses  forêts,  dans  lesquelles ­
  s’accumulent  depuis  des  siècles  d’épaisses  couches
d’humus,  sous  un  climat  où  un  effort  prolongé  conduit  à
1  anémie  si  l’on  n’ajoute  pas  à  l’alimentation  végétale,  la
plus  usitée  parce  qu’elle  s’offre  d’elle-même,  une  nourriture ­
  plus  substantielle  que  dans  une  exploitation  bien
comprise  on  peut  tout  aussi  facilement  se  procurer.  Le
contraire  semblerait  étonnant,  lorsqu’on  sait  que  les  ri ­
        <pb n="303" />
        284

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

vières  regorgent  de  poissons,  et  qu’avec  une  seule  cartouche ­
  de  dynamite  on  peut  recueillir  de  quoi  ravitailler
un  village.
X.  —  C’est  donc  à  l’élément  indigène  qu’il  faut  avoir
recours  et  de  ce  côté  on  rencontre  encore  pas  mal  de  difficultés ­
  qu’il  n’est  pas  donné  atout  le  monde  de  pouvoir
soulever.  Les  centres  populeux  de  la  frontière  sont  généralement ­
  fort  éloignés  les  uns  des  autres,  de  40,  50,  80  et
même  100  kilomètres.  Pour  recruter  des  ouvriers,  les
propriétaires  paient  à  des  embaucheurs  «  enganchadores  »
une  certaine  somme  par  homme  qu’ils  leur  envoient.  Ceuxci,
  à  leur  tour,  se  mettent  en  quête  d’indigènes  ayant
besoin  d’argent,  soit  pour  subvenir  à  l’entretien  de  leur
famille,  soit  pour  payer  quelques  dettes,  ou  pour  enterrer
l’un  des  leurs.  Ils  leur  font  souscrire  un  engagement  de
travailler  dans  telle  ou  telle  «  hacienda  »  pour  un  temps
qui  varie  généralement  de  deux  à  six  mois  et,  ceci  fait,  ils
leur  paient  le  plus  souvent  la  moitié  de  la  somme  convenue
en  espèces  et  l’autre  en  marchandises.  L’ouvrier  est  alors
mis  en  demeure  de  se  rendre  au  plus  tôt  sur  le  lieu  du
travail;  c’est  là  que,  pour  un  modeste  salaire  de  60  à  80  centavos
  (1  fr.  50  à  2  francs,  plus  la  ration),  il  est  occupé  aux
travaux  des  champs,  dix  heures  durant,  exposé  aux  rayons
brûlants  du  soleil  ou  aux  pluies  torrentielles  fréquentes
dans  la  région;  logé  sous  de  vastes  abris  ouverts  à  tous
les  vents,  il  doit  acheter  les  objets  dont  il  a  besoin,  et
surtout  l’alcool  pour  lequel  il  a  un  penchant  prononcé,  au
magasin  de  l’hacienda  qui  se  charge  toujours  de  lui  en
donner  en  abondance  et  lui  fait  facilement  dépasser  le
montant  de  son  salaire;  c’est  ainsi  qu’arrivé  au  terme  de
son  contrat  d’engagement,  le  malheureux  indigène  reste
devoir  au  propriétaire  de  la  plantation  un  mois  et  parfois
plus  de  travail.  On  arrive  ainsi  à  garder  certains  ouvriers
        <pb n="304" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

285

et  ordinairement  les  meilleurs,  pendant  de  longs  mois,
quelquefois  même  pendant  plusieurs  années.  Rendu  à  son
foyer  après  une  longue  absence,  souvent  en  proie  à  des
fièvres  intermittentes,  on  comprend  facilement  la  répulsion
qu’éprouve  le  malheureux  ouvrier  à  retourner  travailler
dans  les  plantations.
Cette  répulsion  est  en  partie  justifiée  par  les  procédés
autoritaires  des  propriétaires  péruviens  qui  ont  conservé
l’habitude  de  traiter  les  indigènes  comme  des  serfs  ou  des
esclaves,  et  parfois  avec  plus  ou  moins  de  justice  ou  d’humanité. ­
  Nous  sommes  absolument  convaincu  que  traités
avec  fermeté,  mais  surtout  avec  douceur  et  équité,  on  peut
obtenir  des  Indiens  Quechuas  de  la  Sierra  ou  des  frontières
un  travail  efficace,  pourvu  aussi  qu’on  les  laisse  célébrer
à  leur  façon,  c’est-à-dire  par  des  libations  prolongées,  les
nombreuses  fêtes  du  calendrier  chrétien  jointes  à  celles  du
calendrier  indigène.  Vivant  chichement  et  éprouvant  peu
de  besoins,  ils  ne  travaillent  que  pour  satisfaire  leur  passion ­
  pour  les  fêtes,  les  pétards  et  l’alcool.
Cependant,  il  est  à  remarquer  que  l’Indien  des  hauts
plateaux  éprouve  toujours  une  certaine  répugnance  à
descendre  très  loin  sur  le  versant  oriental  des  Cordillères; ­
  habitué  aux  solitudes  désertiques  des  punas,
les  immenses  forêts  de  la  Montana  font  sur  son  esprit
une  pénible  impression  ;  seul  l’appât  d’un  gain  élevé,
lorsqu’il  est  endetté,  le  décidera  à  y  faire  de  courts
séjours.
XI.  —  Il  nous  faut  aussi  dire  quelques  mots  sur  les  tribus
d’indiens  qui  vivent  encore  à  l’état  sauvage,  éparses  dans
l’immense  territoire  qui  compose  le  département  de  Loreto.
Si  on  jette  les  yeux  sur  une  carte  du  Pérou,  on  est  surpris
de  voir  figurer  sur  les  blancs  qui  désignent  des  territoires ­
  encore  peu  connus  de  la  Montana  un  grand  nombre
        <pb n="305" />
        286

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

de  noms  de  tribus  indiennes  qui,  suivant  les  géographes,
habiteraient  ces  régions.
Rien  n’est  moins  exact  ;  parmi  ces  tribus,  dont  l’existence ­
  avait  été  autrefois  révélée  par  quelque  missionnaire
ou  par  quelque  aventurier  ayant  pénétré  sur  leur  territoire,
:un  grand  nombre  n’existent  plus  aujourd’hui,  d’autres
n’ont  jamais  existé,  et  d’autres  encore  se  sont  vues  appliquer ­
  deux  ou  trois  noms  chacunes.  En  réalité,  c’est  un
fait  que  la  Montana  n’est  pas  aussi  peuplée  d’indiens  qu’on
le  croit  généralement  ;  il  est  difficile  de  donner  un  chiffre
exact  pour  une  région  encore  si  peu  explorée  et  d’une  si
grande  étendue,  mais  il  est  permis  de  croire  qu’il  n’existe
pas  plus  de  deux  cent  mille  Indiens  dans  toute  la  Montana
péruvienne,  et  dans  des  régions  entières,  les  autochtones
sont  destinés  à  disparaître  rapidement.  Il  est  vrai  que  ce
résultat  est  obtenu  par  les  luttes  entre  tribus  hostiles,  par
une  forte  mortalité  infantile,  et  aussi  par  les  razzias  sanglantes ­
  et  les  exactions  de  tous  genres  (correrias)  (1)  de
beaucoup  d’individus,  plus  ou  moins  blancs,  qui  s’intitulent ­
  civilisés  et  qui  le  sont  moins  que  leurs  victimes,
bandits  cosmopolites  qui  exploitent  la  Montana  à  leur
manière.
Les  Indiens  de  la  Montana  habitent  le  plus  souvent  les
bords  des  rivières  qui  sillonnent  cette  zone  ;  généralement
nomades,  ces  Indiens  sont  dit  mansos  (soumis)  lorsqu’ils
ont  des  rapports  plus  ou  moins  suivis  avec  les  blancs  ouïes
Quechuas  ;  ils  sont  dits  :  bravos  (féroces,  méchants)  lors-(1)
  Il  est  malheureusement  trop  certain  que  des  groupes  d’individus,
blancs  et  métis,  abusant  de  l’impuissanoe  des  autorités  trop  faibles  ou
trop  éloignées,  se  livrent  à  de  véritables  chasses  à  l’homme,  dans  le  but
de  capturer  des  femmes  et  surtout  de  jeunes  enfants,  pour  les  revendre
dans  les  haciendas  ou  les  exploitations,  où  ils  sont  soi-disant  adoptés  par
les  propriétaires,  mais  où  en  réalité  ils  ne  sont  le  plus  souvent  considérés ­
  que  comme  des  esclaves,  sous  le  nom  de  «  mucbachos  ».
        <pb n="306" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

287

qu’ils  sont  rebelles  à  toute  civilisation.  Les  Quechuas  et
les  métis  des  frontières  donnent  le  nom  de  chunchos  à
toutes  les  tribus  sauvages;  ce  nom,  qui  signifie  homme  des
forêts  ou  homme  sauvage,  ne  saurait  être  appliqué  spécialement ­
  à  aucun  groupe  ;  c’est  surtout  dans  le  bassin  du
Santa  Ana  et  la  province  de  Carabaya  que  ce  vocable  est
usité.
Les  peuplades  d’indiens  sont  nombreuses  dans  le  département ­
  de  Loreto,  mais  ils  vivent  en  fractions  peuimportantes
  ;  plusieurs  d’entre  elles  servent  d’intermédiaires  pour
le  commerce  entre  le  Pérou  et  le  Brésil.  Parmi  les  tribus
habitant  sur  les  bords  du  Maranon,  du  Huallaga  et  leurs
affluents  figurent  les  Cocamas,  les  Cholones,  les  Yurimaguas,
  les  Omaguas,  les  Pebos,  les  Iquitos,  les  Orejones
  ainsi  nommés  en  raison  de  leurs  oreilles  qu’ils
allongent  démesurément,  les  Mayorunas,  les  Tiamas,  etc.
D’après  Raimondi,  les  tribus  du  bassin  de  l’Ucayali
sont  les  Campas  ou  Antis,  les  Piros,  les  Amahuacas  et
Amueshes,  proches  parents  des  Campas,  les  Remos,  les
Conibos,  les  Setebos,  les  Shibibos,  les  Chontaquiros,  les
Cashibos  et  les  Panos,  qui  parlent  tous  un  idiome  de  la
même  famille.  Les  Iquichanos  vivent  absolument  indépendants, ­
  dans  les  forêts  orientales  du  département  d’Ayacucho.

Sur  les  fleuves  Sepa  et  Sepahua,  on  trouve  les  Amahuacas ­
  dont  des  fractions  remontent  jusqu’au  Pérénéet  les
rivières  avoisinantes;  plus  à  l’est  les  Impetinellis;  sur  le
Tambo,  les  Uninis.  Sur  le  Pachitea  et  ses  affluents  on
rencontre  de  nombreux  groupes  de  Cashibos  (1).
(1)  Ces  Indiens  et  beaucoup  d’autres  sont  considérés  comme  anthropophages; ­
  cette  opinion,  qui  nous  paraît  inexacte,  aurait  son  origine
ans  la  coutume  gu'ont  presque  toutes  les  tribus  du  bassin  de  l’Amazone,
e  découper  en  petits  morceaux  le  corps  des  ennemis  tués  à  la  guerre,
bacun  des  guerriers  recevait  un  de  ces  morceaux  et  le  mangeait,  non
        <pb n="307" />
        288

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

XII.  —  Sauf  les  Campas  qui  sont  d’une  taille  au-dessous
de  la  moyenne,  tous  ces  Indiens  sont  bien  découplés  et
présentent  une  assez  forte  musculature.  Les  Campas  se
rencontrent  sur  le  Paucartambo,  l’Apurimac,  le  Tambo,  et
nombre  d’autres  rivières,  ces  Indiens  sont  plus  sédentaires
que  tous  les  autres,  ils  se  divisent  en  deux  grandes  sections: ­
  les  Catongos,et  les  Catongosâtes,  chacune  de  ces
sections  parle  un  dialecte  distinct  dérivé  de  la  langue
mère.
Ces  sauvages  sont  assez  travailleurs  et  commerçants  ;
ils  s’occupent,  dans  la  région  de  Acon  par  exemple,  de  recueillir ­
  de  la  vanille  et  du  cacao  de  leurs  forêts  et  viennent
les  échanger  avec  des  commerçants  ou  hacendados  de
cette  région.  Une  grande  partie  du  maïs  et  du  manioc  qu’ils
récoltent  est  employée  par  eux  à  faire  de  la  chicha.  (boisson
fermentée).  Ils  font  aussi  un  grand  usage  de  coca  qu’ils
mâchent  continuellement.  Ils  ont  une  grande  prédilection
pour  lâchasse  et  pour  la  pêche,  ils  sont  très  adroits  dans
la  confection  de  pièges  de  toutes  sortes  et  dans  le  tir  à
l’arc  ;  ils  pêchent  généralement  en  empoisonnant  l’eau  des
rivières  à  l’aide  de  la  racine  d’une  plante  vénéneuse  nommée ­
  cubi,  qu’ils  cultivent  à  cet  effet.
Ces  Indiens,  dont  quelques-uns  sont  catéchisés,  croient
confusément  à  une  divinité  qu’ils  nomment  Genoquenire
et  à  un  esprit  du  mal  qu’ils  craignent  davantage,  appelé
Camagari  ;  ils  sont  surtout  très  superstitieux  et  ont  une
foi  aveuge  en  la  sorcellerie.
Les  Campas  sont  polygames,  mais  il  est  rare  de  voir  un
jeune  homme  posséder  plusieurs  épouses  ;  les  hommes  faits

pour  satisfaire  son  appétit,  mais  pour  se  donner  une  partie  du  courage
qui,  pendant  sa  vie,  avait  animé  le  guerrier  tué.  On  retrouve  les  mêmes
usages,  ainsi  que  celui  de  momifier  les  têtes  des  ennemis  tués,  chez  les
nations  tupies  qui  peuplaient  autrefois  le  Brésil.
        <pb n="308" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

289

en  ont  au  contraire  plusieurs,  dont  ils  augmentent  le
nombre  à  mesure  qu’ils  vieillissent  ;  ils  traitent  les  malheureuses ­
  avec  le  plus  grand  despotisme,  ils  les  renvoient
ou  bien  ils  en  font  cadeau  à  leurs  amis  lorsqu’ils  en  sont
fatigués.  Ils  prennent  indistinctement  pour  femmes  leurs
parentes  les  plus  proches.  En  échange,  ils  aiment  beaucoup ­
  leurs  enfants  et  les  élèvent  dans  la  plus  grande
liberté.  Chez  ces  Indiens,  il  n’y  a  pas  de  cérémonie  fixée
pour  le  mariage,  non  plus  que  pour  les  funérailles.
Ils  sont  d’adroits  pagayeurs  et  manœuvrent  également
les  petits  radeaux  et  canots  qu’ils  emploient  dans  les  rivières. ­
  Ils  varient  beaucoup  dans  la  construction  de  leurs
habitations;  les  unes  sont  grandes  et  spacieuses,  les
autres  étroites  et  incommodes,  ce  n’est  le  plus  souvent
qu’un  toit  suspendu  par  des  piliers,  pourvu  d’un  clayonnage
en  guise  de  parois.
Leur  lit  est  une  natte  de  palmier  étendue  sur  le  sol  autour ­
  d’un  foyer  qu’ils  ont  toujours  soin  de  tenir  allumé
toute  la  nuit  et  auprès  duquel  ils  se  rôtissent  la  plante  des
pieds,  car  ils  ne  dorment  sous  leurs  cases  que  lorsqu’il
pleut.  Quand  un  Indien  Campa  meurt,  il  est  enterré  dans
sa  case  même,  ou  bien  le  cadavre  est  jeté  à  l’eau.
Les  Campas  sont  généralement  d’une  méfiance  exagérée,
e t  quoique  cette  méfiance  les  pousse  parfois  jusqu’à  la
trahison,  ces  indigènes  ne  sont  pas  les  Indiens  féroces
9 u e  l’on  représente  volontiers,  il  suffit  de  les  bien  traiter
pour  être  bien  reçu  par  eux  et  en  obtenir  tous  les  services
dont  ils  sont  capables.  Les  crimes  dont  parfois  ils  se  sont
rendus  coupables  leur  sont  le  plus  souvent  suggérés  par
des  civilisés  des  villages  frontières.  Ces  indigènes  ont  une
grande  déférence  pour  les  blancs  ainsi  que  pour  les  civilisés; ­
  plus  laborieux  que  tous  les  autres  Indiens,  ils  pourraient ­
  rendre  des  services  aux  colons  et  dans  les  entreprises

IV
        <pb n="309" />
        290

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

forestières,  si  on  les  traitait  avec  bienveillance,  mais  en
leur  laissant  toutefois  une  certaine  liberté.
La  réputation  de  férocité  de  la  plupart  des  Indiens  de  la
Montana  est  très  surfaite,  le  plus  souvent  cette  humeur
farouche  a  été  occasionnée  par  les  exactions  et  les  cruautés ­
  dont  ces  Indiens  ont  été  les  victimes  dans  le  présent  ou
dans  le  passé,  cruautés  dont  ils  gardent  le  souvenir  et  dont
ils  attribuent  la  responsabilité  à  tous  les  civilisés  sans
distinction.
XIII.  —  C’est  ainsi  que  sur  la  rive  gauche  du  Putumayo
  (1)  vivent  diverses  tribus  sauvages  représentant
40.000  individus  environ,  qualifiés  comme  de  juste  d’anthropophages, ­
  qui  sont  en  réalité  les  Indiens  les  plus
paisibles  et  les  plus  dociles  que  l’on  puisse  voir  ;  ils
recherchent  la  société  des  civilisés.  Sans  doute,  vu  l’éloignement, ­
  n’ont-ils  pas  encore  eu  affaire  à  un  trop  grand
nombre  de  blancs,  ce  qui  aurait  pu  changer  leur  caractère.
Les  cruautés  révoltantes,  que  nous  signalions  déjà
en  1908,  dont  les  indigènes  de  Putumaya  étaient  l’objet
de  la  part  des  agents  de  certaines  compagnies,  ont  soulevé ­
  en  mai  1912  de  violentes  protestations.  Cependant
la  société  Larranaga,  Arana  et  C ie  a  par  de  bons  traitements ­
  conquis  l’amitié  de  cinq  tribus  importantes,  subdivisées ­
  en  170  groupements  parlant  différents  dialectes;  ce
sont  les  tribus  des  Huitoto,  des  Borax,  des  Momamos,
des  Andoques  et  des  Névajes.  Les  groupements  soumis
par  la  Compagnie  Larranaga  sont  au  nombre  de  18,  ayant
à  leur  tête  chacun  un  chef  nommé  capitan  ;  ces  capitaines
sont  dirigés  par  trois  ou  quatre  jeunes  gens,  employés  de
la  société  commerciale,  qui  surveillent  le  travail  de  leurs
sections  occupées  à  l’extraction  du  caoutchouc.  Chaque
(1)  Territoire  contesté  entre  le  Pérou  et  la  Colombie,  litige  actuellement
soumis  à  l’arbitrage.
        <pb n="310" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

291

groupement  comprend  près  de  300  Indiens  de  travail  ;  le
fait  que  trois  ou  quatre  commis  sont  suffisants  pour  diriger
et  gouverner  de  600  à  1000  hommes  prouve  en  faveur  de
la  docilité  et  du  caractère  soumis  de  ces  Indiens.
L’entreprise  Larranaga  et  C ie  s’est  efforcée  d’obliger  les
Indiens  à  se  vêtir  et  leur  a  appris  à  extraire  le  caoutchouc
dans  la  Montana,  elle  s’efforce  surtout  de  créer  à  ces  primitifs ­
  des  nécessités,  afin  qu’ils  prennent  envie  de  différentes ­
  choses,  de  façon  à  ce  qu’ils  apprennent  à  travailler
pour  les  obtenir.  D’après  les  livres  de  cette  entreprise,
celle-ci  a  environ  8.000  Indiens  à  son  service,  ne  donnant
il  est  vrai  qu’un  travail  intermittent,  mais  entraînant  peu
de  frais.  Chaque  Indien  ne  demande  comme  avance
{SLviamento)  que  divers  objets  d’une  valeur  insignifiante,
quelques-uns  demandent  des  fusils,  de  la  poudre,  des
munitions,  des  capsules,  des  haches,  des  machetes,  mais
surtout  des  perles  de  couleurs,  ornements  très  appréciés
par  les  Indiennes  de  cette  région.
Tous  ces  Indiens  sont  bons  chasseurs  et  habilespêcheurs.
Pour  se  défendre  de  leurs  ennemis,  ils  construisent,  dans
les  sentiers  et  pistes  conduisant  à  leurs  habitations,  des
pièges,  particulièrement  des  fosses  recouvertes  de  branchages ­
  et  de  terre,  au  fond  desquelles  ils  ont  disposé  des
lances  empoisonnées.
La  zone  habitée  par  ces  sauvages  est  très  saine  et
composée  de  terres  fertiles,  riches  en  heveas.
XIV.  —  Les  Piros  sont  les  Indiens  les  mieux  faits  et
les  plus  alertes  de  l’Ucayali,  ils  sont  en  général  gais  et
communicatifs,  et  très  commerçants.  Ils  font  preuve,  lorsqu’ils ­
  le  veulent,  d’une  grande  habileté  pour  tous  les  trav
 aux,  surtout  en  ce  qui  concerne  la  navigation.
Les  Piros  aiment  leur  liberté  par-dessus  tout,  et  ne
peuvent  supporter  une  servitude  prolongée,  ce  à  quoi
        <pb n="311" />
        292

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
s’habituent  pourtant  les  autres  Indiens.  Ils  sont  en  général ­
  braves  et  ne  craignent  pas  de  s’attaquer  à  des
groupes  plus  nombreux  que  les  leurs.  Dans  leurs  correrias,
  ou  expéditions  contre  les  autres  tribus,  ils  s’emparent
des  femmes  et  des  enfants  pour  les  vendre  ou  s’en  servir
comme  d’esclaves.  Ils  traitent  ces  derniers  avec  douceur,
de  façon  que  leurs  prisonniers  ne  cherchent  pas  à
les  quitter  après  quelque  temps  de  servage.  Ces
Indiens  qui  font  du  commerce  avec  les  traitants  de
l’Ucayali,  s’habillent  de  pantalons  et  de  chemises  qu’ils
échangent,  ainsi  que  des  haches  et  couteaux,  contre  du
caoutchouc;  ils  échangent  à  leur  tour  l’excédent  de  leurs
marchandises  avec  d’autres  Indiens.  La  coutume  de  se
peindre  le  visage,  les  mains  et  les  jambes  est  généralement ­
  observée  ;  ils  font,  sur  ces  membres,  des  dessins
symétriques  du  meilleur  goût,  à  l’aide  du  fruit  du  huito
qui  donne  une  couleur  noir  bleuté.  En  cas  de  guerre,
ils  se  peignent  en  rouge  avec  de  Va.ch.iote.
Les  femmes  piros  ne  portent  pas  d’autres  vêtements
que  la  pampanilla,  sorte  de  pagne  qui  les  couvre  de  la
ceinture  aux  genoux;  elles  joignent  à  ce  vêtement  très
simple  une  ceinture  composée  d’un  grand  nombre  de
perles  de  couleur  blanche,  et  des  colliers  de  différentes
couleurs  combinées  avec  goût.  Ce  sont  les  femmes  qui
sont  naturellement  chargées  des  plus  durs  travaux,  elles
servent  de  rameurs,  abattent  du  bois,  défrichent,  sèment,
tissent,  et  peignent  les  hommes  et  elles-mêmes.  Elles
aident  en  outre  leurs  maris  à  extraire  le  caoutchouc.
Les  Piros  sont  polygames  comme  tous  les  Indiens,
possédant  autant  de  femmes  qu’ils  peuvent  en  acheter  et
entretenir;  ces  femmes  vivent  dans  la  meilleure  harmonie,
et  se  traitent  de  la  manière  la  plus  cordiale.
Quand  un  Piro  meurt,  on  l’enterre  dans  sa  case  comme
        <pb n="312" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

293

pour  les  Campas,  et  sur  sa  tombe  on  brûle  tous  ses  vêtements ­
  et  objets  combustibles,  ou  jette  ses  armes  et  ses
outils  à  la  rivière  et  on  tue  ses  animaux  préférés.  Rien  de
ce  qui  appartenait  au  défunt  ne  doit  subsister.  Comme  les
Campas  ces  Indiens  sont  des  plus  superstitieux,  ils  ont
en  outre,  parmi  les  autres  tribus,  la  réputation  d’être
sorciers,  aussi  sont-ils  craints  de  toutes  parts,  et  partout
on  les  comble  de  cadeaux  et  d’attentions.  Leurs  sorciers
se  nomment  cajonchis  et  ils  n’arrivent  à  cet  emploi  recherché ­
  qu’après  s’être  soumis  à  un  certain  nombre
d’épreuves  pénibles,  consistant  le  plus  souvent  en  une
retraite  plus  ou  moins  prolongée  dans  les  parties  les  plus
sombres  de  la  forêt,  livrés  aux  jeûnes  et  évoquant  le  terrible ­
  Saminchi,  le  dieu  du  mal  ;  Huaycali,  le  dieu  du  bien,
û’a  pas  besoin  d’être  prié  puisqu’on  ne  le  craint  pas.
Après  leurs  épreuves,  les  cajonchis  sortent  de  la  forêt,
réduits  à  l’état  de  squelette,  ils  reçoivent  les  hommages
de  tous  et  peuvent  s’adonner  à  la  médecine  qui  consiste
pour  eux  à  se  livrer  à  d’extravagantes  cérémonies.  Ces
sorciers  n’oublient  pas  de  se  faire  bien  payer.
Si  les  Piros  ont  quelques  qualités,  celles-ci  sont  contrebalancées ­
  par  trois  graves  défauts  :  ils  sont  tout  d’abord
très  paresseux  ;  extrêmement  inconstants  et  versatiles,  ne
Se  fixant  nulle  part  d’une  manière  stable,  c’est  pourquoi
leurs  défrichements  et  leurs  cases  sont  faits  très  à  la
légère  ;  enfin,  sauf  quelques  exceptions,  ils  ne  se  montrent
Pas  très  sérieux  en  affaires,  d’assez  mauvaise  foi  et  aimant
tricher  et  frauder  toutes  les  fois  qu’il  leur  est  possible.
Oa  observe  chez  ces  Indiens  une  affection  curieuse  de  la
P e au,  le  «  overo  »  qui  se  manifeste  par  des  taches  verdâtres ­
  et  blanches  sur  tout  le  corps  ;  ils  emploient  les
décoctions  de  tabac  comme  moyen  curatif.
XV.  —  On  trouve  des  groupes  d’indiens  Sipibos  et
        <pb n="313" />
        294

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Conibos  depuis  l’embouchure  du  Maranon  jusqu’à  l’Urubamba
  et  sur  plusieurs  affluents  de  l’Ucayali.  Ces  deux
tribus  ont  des  coutumes  et  un  idiome  identiques,  si  bien
qu’on  les  considère  comme  formant  une  seule  nation
indienne.  Ces  Indiens  sont  de  taille  moyenne,  généralement ­
  robustes  et  de  teint  plus  foncé  que  les  Piros.
Hommes  et  femmes  sont  ordinairement  laids,  laideur  encore ­
  augmentée  par  la  coutume  barbare  d’aplatir  la  tête
des  nouveau-nés  entre  deux  planchettes  :  l’une  placée  sur
le  front  et  l’autre  derrière.  Suivant  eux,  cette  coutume
aurait  pour  but  de  leur  durcir  la  boîte  crânienne  de  façon  à
résister  aux  terribles  coups  de  mâcana,  sorte  de  massue
ou  matraque  en  bois  de  chonta  dont  ils  se  servent  dans
leurs  querelles  ou  leurs  combats.
Conibos  et  Sipibos  sont  de  caractère  circonspect,  très
attachés  à  leurs  usages  traditionnels  ;  ils  sont  surtout
vains  et  orgueilleux,  se  croyant  les  plus  industrieux  et  les
plus  vaillants  des  habitants  de  l’Ucayali.  Leurs  plantations ­
  sont  en  réalité  bien  cultivées  et  ils  possèdent  toujours ­
  plus  que  le  nécessaire  à  leur  subsistance.  Leurs
cases  sont  grandes  avec  des  toits  très  élevés  et  d’une
grande  solidité,  quelques-unes  ont  jusqu’à  25  mètres  de
long  sur  15  de  large,  ces  habitations  sont  très  propres  et
donnent  asile  à  trois  ou  quatre  familles  chacune.  Ces
grandes  cases  sont  toujours  isolées,  il  est  très  rare  de  les
rencontrer  en  groupe.  Auprès  de  chaque  habitation,  il  y  a
de  petites  huttes  destinées  à  recevoir  toute  la  batterie  de
cuisine,  vases  et  plats  en  terre  cuite,  de  la  fabrication
exclusive  des  femmes.
Les  armes  des  Sipibos  et  des  Conibos  sont  les  mêmes
que  celles  de  tous  les  Indiens  de  l’Amazonie,  arcs  et
flèches,  macana,  mais  celle  qu’ils  préfèrent  et  emploient
le  plus  fréquemment,  est  la  sarbacane  ou  pucuna,,  arme
        <pb n="314" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

295

très  efficace  dans  les  forêts,  pour  la  chasse  des  oiseaux
et  des  singes.  Quoique  bons  rameurs,  ces  indigènes  ne
valent  pas  les  Piros  pour  la  conduite  des  embarcations,
ils  n’ont  pas  la  même  hardiesse  que  ces  derniers  dans  les
mauvais  passages.
Le  vêtement  des  Gonibos  et  Sipibos  est  le  même  que
celui  de  tous  les  Indiens  du  Pérou  amazonien,  ils  sont
uniformément  recouverts  de  la  cushma,  large  chemise
sans  manches,  de  toile  grossière,  de  la  fabrication  de
leurs  femmes,  teinte  en  rouge  sombre,  parfois  presque
noire,  qui  leur  arrive  jusqu’aux  mollets,  cette  chemise  possède ­
  une  ouverture  de  la  poitrine  à  l’épaule  pour  laisser
passer  la  tête  ;  ceux  qui  ont  quelques  relations  avec  les  civilisés, ­
  portent  avec  orgueil  quelques  mauvais  pantalons,
chemises  ou  chapeaux.  Les  femmes  portent  la  pampanilla
ou  pagne  couvrant  les  reins  et  les  cuisses,  avec  en  plus
une  sorte  de  caraco  couvrant  la  partie  supérieure  du
corps  que  le  plus  souvent  elles  préfèrent  laisser  à  découvert. ­
  Le  corps  de  ces  Indiens  est  si  maltraité  par  les
moustiques  (Ucayali),  que  la  peau  en  est  devenue  rugueuse,
ressemblant  plus  à  l’écorce  d’un  arbre  qu’à  une  peau
humaine.
Lorsque  les  Indiens  abandonnent  leur  vêtement  national
pour  se  parer  des  vieilles  défroques  des  civilisés,  ils
prennent  un  aspect  souvent  comique.
Les  missions  franciscaines,  qui  furent  autrefois  très
actives  dans  ces  régions,  et  qui  continuent  aujourd’hui  sur
une  petite  échelle  leur  œuvre  de  propagande,  n’ont  pas  eu
grand  succès  auprès  des  Sipibos.  Cependant  leur  contact
n’a  pas  été  sans  influer  un  peu  sur  le  caractère  de  quelques
familles,  qui  peuvent  être  considérées  sinon  comme  tout  à
fait  soumises,  du  moins  comme  mansas,  c’est-à-dire  non
hostiles  (littéralement  :  douces).
        <pb n="315" />
        296

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Des  Sipibos  ont  gardé  certaines  pratiques  chrétiennes,
auxquelles  d’ailleurs  ils  n’attachent  pas  grande  signification, ­
  et  une  connaissance  tout  aussi  rudimentaire  de  la
langue  espagnole.  Ces  Sipibos  sont  connus  des  colons,  et
ils  portent  des  prénoms  de  civilisés  :  Santiago  (Jacques),
Genaro  (Janvier),  Catalina  (Catherine),  etc.  Dans  tous
les  autres  cas,  Sipibos  et  Conibos  donnent  à  leurs  fils,
dans  leur  dialecte,  le  nom  d’un  animal  quelconque.
Ces  Indiens  ne  célèbrent  que  très  peu  de  cérémonies.
L’enterrement  d’un  Sipibo  décédé  après  maladie  a  lieu
sans  appareil  spécial.  Cependant  une  cérémonie  se  déroule
sous  forme  de  banquets  de  funérailles,  à  chaque  retour
d’une  expédition,  lorsqu’il  y  a  eu  des  morts  tués  à  l’ennemi. ­
  Ce  banquet  est  destiné  a  apaiser  les  âmes  des
morts,  qui  sans  cela  viendraient  harceler  les  vivants.
Pour  procéder  à  cette  cérémonie  à  laquelle  ils  s’efforcent
de  donner  une  solennité  extraordinaire,  on  commence  une
semaine  à  l’avance  à  préparer  avec  du  manioc  une  grande
quantité  de  masato  (1).  Les  hommes  se  dispersent  afin
de  réunir  le  plus  de  gibier  et  de  poisson  possible.  Les
invités  une  fois  réunis,  commence  une  série  de  beuveries
et  de  repas  orgiaques  qui  ne  prennent  fin  qu’avec  les  provisions. ­

Pendant  les  beuveries,  des  querelles  s’élèvent  parmi  les
hommes,  des  combats  singuliers  à  coups  de  macana  s’ensuivent ­
  ;  c’est  l’occasion  d’éprouver  la  résistance  des
crânes  aplatis.  Lorsque  les  vivres  et  le  masato  sont
épuisés,  tout  le  monde  se  disperse.
XVI.  —  Pendant  les  mois  de  juillet,  août  et  septembre,
les  Conibos  et  les  Sipibos  partent  en  expédition  ou  corre-(1)
  Boisson  fermentée,  sorte  de  chicha,  faite  avec  du  maïs  ou  du  manioc ­
  pilé.
        <pb n="316" />
        LE  PEROU  ECONOMIQUE
rias  ;  personne  ne  reste  dans  les  cases,  tout  le  monde
s’embarque  dans  les  canots,  non  seulement  les  membres
d’une  même  famille,  mais  aussi  les  chiens  et  les  autres
animaux  domestiques  s’il  y  en  a.  Ils  se  dirigent  généralement ­
  vers  le  Haut-Ucayali  et  ensuite  vers  l’Urubamba  et
le  Tambo,  remontant  les  rivières  navigables  qu’ils  rencontrent. ­
  Partout  sur  leur  passage,  ils  se  livrent  à  une
revue  sérieuse  de  tous  les  groupes  de  cases  habitées.  Ils
s’emparent  de  tous  les  vivres  et  du  caoutchouc  qui  peuvent ­
  s'y  trouver,  et  surtout  ils  enlèvent  les  femmes  et  les
enfants.  Gomme  le  plus  souvent  ils  sont  en  grand  nombre,
*ls  rencontrent  peu  de  résistance  ;  mais  parfois  aussi,  il
s  engage  des  combats  acharnés  d’où  ils  sortent  quelquefois ­
  vaincus.  Ce  sont  les  Indiens  Amahuacas  qui  ont  le
plus  souvent  à  souffrir  de  ces  correrias  qui,  il  faut  le  dire,
s ont  souvent  conseillées  et  organisées  par  des  industriels
peu  scrupuleux  qui,  contre  quelques  menus  objets,  prennent ­
  livraison  du  caoutchouc  razzié  s’il  y  en  a.  De  retour
aux  habitations,  les  Conibos  vendent  leurs  prisonniers,  à
nmins  qu’ils  ne  préfèrent  les  garder  pour  leur  propre  serv
 lce.  Plus  de  cent  canots  conibos  partent  chaque  année
pour  se  livrer  à  ces  correrias.
Une  autre  coutume  barbare,  l’infanticide,  décime  les
Uûbus.  Quand  ces  Indiens,  pour  une  raison  quelconque,
°nt  mis  à  mort  un  de  leurs  nouveau-nés,  tous  les  autres
e nfants  qui  par  la  suite  naissent  de  la  même  femme,  sont
nussi  sacrifiés.  Si  la  victime  est  le  premier-né,  tous  mourr
 °nt,  mais  si  c’est  le  deuxième  ou  troisième  les  premiers
s °nt  épargnés.  Le  procédé  employé  pour  les  nouveau-nés
oonsiste  à  les  enterrer  vivants.  Malgré  ces  coutumes  barbures,
  les  Sipibos  et  les  Conibos  sont  bien  vus  des  traifonts
  et  considérés  comme  très  sérieux  et  honnêtes  en
nflaxres.
        <pb n="317" />
        298

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Les  Amahuacas  ou  Hipetineris  sont  une  autre  tribu
voisine  des  précédentes  ;  ils  occupent  une  grande  étendue
de  territoire  inclus  dans  sa  longueur,  entre  les  rios  Pacria,
  tributaire  de  l’Urubamba,  et  le  Tamaya,  qui  se  jette
dans  le  bas  Ucayali;  et  dans  sa  largeur  depuis  la  vallée
de  l’Ucayali  jusqu’aux  fleuves  Purus  et  Yurua.  Ils  habitent
les  deux  versants  d’une  longue  chaîne  de  collines  qui  sépare ­
  les  deux  bassins  et  de  préférence  les  rives  des  rivières ­
  latérales.  Les  Indiens  de  cette  tribu,  qui  vivent
encore  à  l’état  sauvage  pour  une  grande  partie,  sont  considérés ­
  comme  dociles  et  faciles  à  accoutumer  au  travail.
Les  Amahuacas,  qui  habitent  près  de  l’Ucayali,  se
prêtent  sans  difficulté  à  servir  de  rameurs  aux  voyageurs
de  cette  région,  ainsi  qu’à  l’exploitation  du  caoutchouc,
contre  lequel  ils  obtiennent  des  vêtements  qu’ils  ne  tissent
pas  eux-mêmes  ;  ceux  qui  habitent  les  régions  éloignées
vont  complètement  nus.  Cette  tribu,  qui  par  son  caractère ­
  soumis  pourrait  rendre  des  services  dans  les  exploitations ­
  et  qui  par  le  nombre  est  presque  égale  à  celle  des
Campas,  est  malheureusement  la  victime  désignée  pour
les  correrias  des  Piros,  Cashibos,  Sipibos,  Conibos  et
d’autres  encore  qui  causent  chez  elle  de  grands  ravages.
XVII.  —  Les  Indiens  Amueshes  habitent  la  région  du
Palcazu,  de  l’Ené  et  du  Pérené,  etc.  Ils  sont  de  petite
taille,  de  sorte  qu’un  grand  nombre  paraissent  être  des
enfants  avec  des  visages  de  vieillards  ;  ils  vieillissent  vite
et  ne  vivent  pas  vieux,  les  hommes  de  cinquante  ans  sont
rares  parmi  eux.  Il  se  trouve  toutefois  parmi  eux  de  forts
beaux  types  à  la  physionomie  expressive,  particulièrement
chez  les  jeunes  gens.  Ils  ont,  comme  la  race  mongole,  quelque ­
  chose  d’oblique  dans  la  ligne  des  yeux  assez  petits,
les  pommettes  proéminentes  et  le  nez  camus.  Leur  teint  est
à  peine  bronzé,  la  chevelure  noire  et  longue  ;  généralement
        <pb n="318" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

299

ils  ont  la  mandibule  inférieure  très  développée,  ce  qui
donne  à  leur  physionomie  une  apparence  bestiale.  Les
enfants  sont  très  intelligents  et  précoces,  mais  leur  développement ­
  intellectuel  s’arrête  vers  quatorze  ou  quinze
ans.  Leur  vêtement  se  compose  de  la  cushma  que  nous
avons  déjà  décrite.  Ils  portent  aussi  aux  poignets  des
bracelets  d’un  tissu  de  fil  ;  leur  ornement  préféré  est  une
bande  formée  de  rangées  de  graines  généralement  blanches
et  noires,  rarement  rouges,  formant  un  dessin  régulier
alternant  avec  les  couleurs,  auxquelles  ils  ajoutent  des
ailes  d’oiseaux,  des  queues  de  singes,  des  têtes  d’oiseaux
desséchées,  des  petits  oiseaux,  etc.,  etc.  Leur  ornement
caractéristique  est  le  nadzeri,  couronne  de  fibres  de  palmier ­
  formant  une  monture  blanche  de  cinq  à  six  centimètres ­
  de  hauteur.  Dans  la  partie  occipitale,  trois  plumes
de  couleur  voyante  sont  disposées  symétriquement  :  celle
du  centre,  la  plus  grande,  reste  droite,  les  deux  autres,
placées  obliquement,  forment  comme  une  fleur  de  lys.
Les  armes  des  Amueshes  sont  les  mêmes  que  celles  des
autres  Indiens  déjà  décrits  ;  cependant,  il  ne  semble  pas
que  leurs  flèches  soient  empoisonnées.  Ces  indigènes  ont
un  amour  effréné  pour  les  armes  à  feu,  quoiqu’ils  les
accusent,  non  sans  raison,  d’effrayer  le  gibier  par  leur
bruit.  Beaucoup  possèdent  un  fusil.  Pour  en  obtenir  un  de
u’importe  quel  modèle  pour  primitif  qu’il  soit,  de  la  poudre
et  des  munitions,  ils  sont  capables  de  tout,  même  de  faire
un  travail  continu.  Comme  tous  les  indigènes  de  la  Montana, ­
  les  Amueshes  vivent  de  chasse  et  de  pêche;  ils  pêchent
le  poisson  et  l’empoisonnent  aussi  avec  le  «  barbasco  »,
racine  qu’ils  pilent  et  jettent  à  l’eau.  Leur  façon  de  chasser
consiste  à  suivre  les  traces  de  l’animal  et  à  tirer  de  très
près  lorsqu’ils  s’en  sont  approchés  sans  le  moindre  bruit,  et
en  imitant  ses  cris.  Leur  habileté  à  l’arc  est  grande.
        <pb n="319" />
        300

Le  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Les  femmes  paraissent  précocement  vieilles,  elles  sont
d’excellentes  mères.  Leur  cushma.,  semblable  à  celle  des
hommes,  est  ouverte  d’une  épaule  à  l’autre  pour  pouvoir
donner  le  sein  à  leurs  enfants.  Elles  portent  aussi  une
bande  en  fibres  de  palmier,  des  bracelets  de  coton
tissés  sur  le  bras  même,  des  colliers  de  graines  et  de
dents  de  singe.  Les  plumes  et  oiseaux  de  couleur
voyante  jouent  un  grand  rôle  dans  leur  toilette.  Elles
laissent  leurs  cheveux  flotter  au  vent  comme  les  hommes,
devant  ils  sont  coupés  sur  le  front.  Elles  se  tracent  des
lignes  noires,  depuis  le  menton  jusqu’à  la  racine  du  nez
et  arrivant  jusqu’aux  oreilles  ;  ces  raies  sont  coupées
par  d’autres  verticales  formant  comme  des  moustaches  de
chat  ou  d’autres  figures  symétriques.
Les  Amueshes  sont  tout  aussi  superstitieux  que  leurs
frères  de  la  Montana.  Quand  la  maladie  atteint  une  famille,
  ils  l’attribuent  aux  maléfices  d’une  jeune  fille  du  voisinage ­
  qui,  après  une  épreuve  semblable  à  celle  du  marc
de  café  ou  du  poison,  est  étranglée  sans  pitié  avec  une
liane.  Les  parents  de  la  victime,  convaincus  de  la  culpabilité ­
  de  leur  progéniture,  ne  font  rien  pour  la  défendre  ou
la  venger.  L’arrivée  d’un  voyageur  coïncidant  avec  une
maladie  plus  ou  moins  subite  ou  la  mort  d’un  des  leurs,
peut  mettre  l’étranger  isolé  dans  une  situation  délicate.
Ces  indigènes,  comme  aussi  d’autres  tribus  primitives,
semblent  avoir  pris  des  Incas  le  culte  du  soleil  en  l’honneur ­
  duquel  ils  semblent  célébrer  chaque  année  une  fête
dans  le  Gran  Pajonal.  Ils  croient  aussi  dans  un  esprit  du
mal,  Camagari,  avec  lequel,  suivant  eux,  les  femmes  auraient ­
  des  facilités  spéciales  de  communication.  Ils  sont
de  caractère  relativement  soumis,  hospitalier  même.  En
échange  des  objets  qu’excite  leur  envie  on  peut  beaucoup
obtenir  de  ces  êtres  primitifs,  jusqu’à  un  travail  prolongé,
        <pb n="320" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

301

cependant  contraire  à  leur  nature  indolente.  En  revanche
iis  sont  peut-être,  non  sans  raison,  réfractaires  à  la  civilisation. ­
  On  ne  peut  en  aucun  cas  les  considérer  comme  définitivement ­
  acquis  à  une  bonne  influence  ;  ils  vivent  au
contact  des  colons  sans  prendre  rien  de  leurs  coutumes  et
sur  un  pied  d’hostilité  déguisée  et  latente.
Il  existe  encore  diverses  autres  tribus,  mais  il  ne  paraît
pas  utile  d’en  faire  une  plus  longue  description,  car  il  ne
fait  aucun  doute  que  malgré  des  noms  différents,  tous  ces
groupements  n'ont  pas  de  caractères  spéciaux.  Leurs  guerres
ayant  surtout  pour  but  de  se  procurer  des  femmes,  toutes
ces  tribus  se  mélangent  entre  elles,  et  on  retrouve  partout ­
  presque  les  mêmes  mœurs  et  les  mêmes  usages...
XVIII.  —  Malgré  les  difficultés  que  nous  avons
signalées  et  les  communications  encore  difficiles,  des  établissements ­
  et  des  exploitations  d’importance  diverse  se
fondent  chaque  jour  un  peu  partout  dans  la  Montana,
chacun  cherchant  à  prendre  position  en  prévision  sans
doute  d’accaparements  futurs.  Peut-être  des  capitalistes
français  voudraient-ils  suivre  cet  exemple  !...  C’est  dans
cette  espérance  que  nous  avons  cru  bien  faire  en  parlant
un  peu  longuement  de  quelques  tribus  indiennes,  que  leur
caractère  et  leurs  aptitudes  rendent  susceptibles  d’être
utilement  employées  sous  certaines  conditions.
Quelques-uns  l’ont  tenté  avec  succès  !  Pourquoi  d’autres
mieux  armés  encore  ne  pourraient-ils  pas  les  imiter  ?  En
réalité,  un  grand  nombre  d’indiens  ne  sont  hostiles  à  la
civilisation,  que  parce  que  dans  le  passé  où  le  présent,  ils
furent  plus  ou  moins  les  victimes  d’abus  et  d’exactions  de
fa  part  de  soi-disant  civilisés.
Nous  avons  la  conviction  absolue  que  partout  où  il
existe  des  groupements  importants,  les  Indiens  pourraient
rendre  de  grands  services  dans  les  exploitations  si  toute ­
        <pb n="321" />
        302

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

fois  ils  étaient  équitablement  et  convenablement  traités.
Certes,  il  faudra  laisser  à  ces  amoureux  de  liberté  une  certaine ­
  latitude  et  ne  pas  trop  exiger,  mais  tels  qu’ils  sont,
ces  primitifs,  avec  leurs  qualités  et  leurs  défauts,  peuvent
fournir  sous  une  direction  habile  une  main-d’œuvre  utile  et
bon  marché,  quoique  intermittente»
        <pb n="322" />
        CHAPITRE  XV
I.  Les  mines  du  Pérou.  —  II.  Arrêt  dans  la  production,  légère  recru-_
  descence  d’activité.  —III.  Sociétés  nouvelles.  —  IV.  Mines  enregistrées.
—  V.  Gisements  d’argent.  —  VI.  Les  mines  du  Cerro  de  Pasco.  —
VII.  Amalgamation  primitive.  —  VIII.  Minerais  de  cuivre.  La  «  Cerro  de
Pasco  Mining  Comp.  »  —  IX.  Production  moyenne  du  métal  argent.  —
X.  Région  cuprifère,  districts  producteurs.  —  XI.  L’or  au  Pérou.  —
XII.  Gisements  quartzeux  et  alluvionnaires.  —XIII.  Pépites  invraisemblables. ­
  —  XIV.  Les  lavaderos.  —  XV.  Lavage  à  la  bâtée,  au  sluice.  —
XVI.  Laveurs  d’or.  —  XVII.  Mines  de  mercure.  —  XVIII.  Mines  de
bouille,  production,  prix,  consommation.  —  XIX.  Dépôts  salins.  —
XX.  Pétrole,  borax,  guano,  etc.  —  XXI.  Comment  on  obtient  une  concession ­
  minière.

I.  —  Le  mot  de  Pérou  a  de  tout  temps  évoqué  dans  l’esprit
de  la  masse  une  idée  de  richesse  fabuleuse,  la  vision  d’un
Paysage  splendide  et  de  villes  couvertes  d’or  ;  de  là  le
vieil  adage  :  «  Riche  comme  le  Pérou.  »  Si  la  dernière  est
une  illusion  qu’on  ne  peut  conserver  à  l’aspect  des  territoires ­
  desséchés  de  la  Costa  et  des  paysages  sauvages
empreints  d’une  morne  désolation  de  la  Sierra,  le  Pérou
est  bien  quand  même  le  pays  du  monde  où  le  sol  recèle  les
mines  les  plus  nombreuses,  les  plus  riches  et  les  plus
variées  de  métaux  précieux,  or,  argent,  mercure,  cuivre,
étain,  fer,  plomb,  aluminium,  antimoine,  manganèse,  magnésium, ­
  etc.,  toutes  sortes  de  métaux  et  métalloïdes;  le
        <pb n="323" />
        304

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

platine  y  aurait  été  découvert  récemment  (1).  Cependant,
des  milliers  de  ces  mines  restent  inconnues,  inexploitées
ou  abandonnées,  faute  de  ressources  suffisantes  et  de
moyens  de  transport  et  de  communication,  si  bien  que
toute  cette  richesse  minière  contribue  pour  bien  peu  à  alimenter ­
  le  budget  de  l’Etat  et  que  le  Pérou  ne  joue  qu’un
rôle  insignifiant  parmi  les  nations  productrices  de  minéraux. ­

II.  —  Lorsqu’on  sait  que  pendant  l’époque  de  domination
espagnole  jusqu’à  1803,  plus  de  dix  milliards  de  francs  de
minerais  d’or  et  d’argent  furent  extraits  du  sol  péruvien  et
qu’à  cette  époque  près  de  deux  cents  mines  de  ces  métaux
fonctionnaient  encore,  on  a  de  la  peine  à  s’expliquer  la
décadence  ou  plutôt  l’état  de  stagnation  actuel  de  l’industrie ­
  minière  au  Pérou.
Cet  arrêt  dans  la  production  est  surtout  dû,  en  outre
des  motifs  déjà  énoncés,  au  défaut  de  connaissances  géologiques ­
  du  territoire,  à  l’empirisme  qui  préside  aux  exploitations ­
  et  aux  procédés  routiniers  employés  dans  la  fonte
et  l’amalgamation  des  métaux.  Sauf  quelques  mines
appartenant  à  de  fortes  sociétés,  toutes  les  autres  ne  sont
exploitées  qu’à  la  surface  et  suivant  la  richesse  métallique
des  minerais.  Le  travail  s’opère  sans  méthode,  sans  plan
ni  étude  préparatoire  des  filons  ou  couches  ;  aussitôt  que  les
galeries  commencent  à  être  inondées  et  que  l’eau  ne  peut
être  épuisée  à  l’aide  de  seaux,  l’usage  de  la  pompe  étant
peu  répandu,  la  mine  est  abandonnée.  L’arrêt  des  travaux
dans  d’autres  exploitations  telles  que  celles  de  Cerro  de
(1)  Sans  être  aussi  nombreuses  qu'en  Colombie,  on  rencontre  aussi  au
Pérou  des  mines  d’émeraudes,  surtout  dans  le  département  d’Arequipa,
où  elles  sont  l’objet  d’un  commerce  important.  On  trouve  aussi,  dans
diverses  provinces,  une  pierre  assez  curieuse  nommée  piedra  de  gallinazo
  ou  pierre  de  vautour  (urubu).  C’est  une  sorte  de  vitrification  volcaniqué
  qui  sert  comme  parure  de  deuil.
        <pb n="324" />
        LE  PÉBOU  ÉCONOMIQUE

305

20

Pasco,  de  Huancavelica,  etc.,  occasionna  aussi  l’envahissement ­
  des  galeries  par  les  eaux,  et  il  faut  aujourd’hui  des
capitaux  considérables  pour  les  dessécher.
Le  nombre  de  mines  abandonnées  par  suite  d’inondation ­
  et  manque  de  moyens  de  transport,  est  incalculable.
Les  habitants  de  certaines  régions  minières  exploitent  çà
et  là  des  affleurements  dont  le  minerai  est  extrêmement
riche,  ils  les  dédaignent  aussitôt  qu’il  faut  creuser  une
galerie.
Les  méthodes  d’extraction  sont  des  plus  primitives,
absolument  identiques  à  celles  usitées  il  y  a  des  siècles  ;
on  travaille  presque  sans  machines,  et  dans  la  généralité
des  cas  on  ignore  ou  on  n’emploie  pas  les  procédés
d’amalgames  plus  ou  moins  nouveaux  inventés  par  la
chimie  moderne.  Pour  faire  fondre  les  minerais,  les  habitants ­
  emploient  des  creusets  primitifs,  et  telle  est  la  richesse ­
  de  ces  minerais  qu’ils  n’emploient  comme  combustible ­
  que  la  yareta,  plante  résineuse  croissant  dans  les
lieux  élevés,  la  ccapo,  une  sorte  de  ronce,  un  arbuste
résineux,  le  tala,  la  taquia  dont  nous  avons  déjà  parlé,  et
le  champa,  mélange  de  terre,  de  taquia  et  de  brindilles  de
bois.
Qu’elles  soient  abandonnées  par  l’envahissement  des
eaux,  ou  par  suite  du  déplacement  des  populations,  toutes
ces  mines  sont  des  richesses  qui  dorment  en  attendant  le
jour  où  sera  achevé  le  réseau  des  chemins  de  fer  qui  transformera ­
  l’industrie  minière.  Déjà,  d’après  les  dernières
statistiques,  on  note  une  certaine  activité  dans  les  centres
miniers  dont  l’exploitation  s’était  ralentie  ces  dernières
années  parce  que  l’appauvrissement  des  couches  supérieures ­
  exigeait  que  l’on  creusât  des  galeries  plus  profondes. ­
  L’achèvement  du  chemin  de  fer  au  Cerro  de  Pasco
et  la  continuation  des  travaux  d’autres  embranchements
        <pb n="325" />
        306

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

destinés  à  desservir  des  régions  riches  en  gisements  de
toute  nature,  a  occasionné,  à  l’heure  où  nous  écrivons,
une  certaine  fièvre  minière  qui  se  révèle  par  différentes
combinaisons  financières  opérées  par  nombre  de  capitalistes ­
  américains  et  anglais,  et  la  formation  de  diverses
compagnies  qui  se  sont  constituées  avec  un  capital  total
de  1.252.000  livres,  dans  le  but  d’exploiter  des  gisements
miniers.
III.  —  On  cite  la  The  Peruvian  mining,  Smelting
and  refining  Cy,  fondée  au  capital  de  1  million  de  livres.
Le  The  exploration  syndicate,  fondé  au  capital  de
120.000  livres.  La  The  Humbolds  Golds  placers  Cy,
avec  20.000  livres.  La  The  American  Vanadium  Cy,
avec  12.000  livres,  et  la  société  française  dite  Société  des
minesde  TucoCheyna,  formée  au  capital  de  100.000  livres.
Nos  capitalistes  se  montreraient-ils  aussi  entreprenants
que  les  Américains,  les  Anglais  et  les  Allemands  ?  (1)
IV.  —  D’après  un  tableau  officiel,  il  y  aurait  au  Pérou,
enregistrées  légalement  :  1.300  mines  d’or;  2.400  mines
d’argent  ;  1.022  mines  de  cuivre  argentifère  ;  355  mines  de
plomb  cuprifère  ;  360  mines  de  cuivre  ;  85  mines  de  cinabre; ­
  45  mines  de  fer;  12  mines  d’antimoine  ;  200  mines
de  soufre  ;  700  mines  de  houille  ;  350  puits  de  pétrole  ;
45  mines  de  sel,  etc.,  etc.  Enfin,  au  commencement  de  1907,
le  total  des  gisements  miniers  dénoncés  s’élevait  à  9.500.
Nous  n’avons  pas  encore  les  chiffres  pour  1907,  mais  il  est
certain  que  ce  total  a  considérablement  augmenté.  Il  ne
faut  pas  perdre  de  vue  que  ce  ne  sont  là  que  des  chiffres  et
que,  même  exacts,  ce  qui  n’a  rien  d’extraordinaire,  il  y  a
à  peine  le  tiers  de  ces  gisements  qui  soient  exploités  et
qui  paient  à  l’État  l’impôt  semestriel  de  15  soles,  faute
(1)  D’autres  compagnies,  dont  nous  n’avons  pas  encore  les  noms,
viennent  de  se  constituer  tout  récemment.
        <pb n="326" />
        lé  ï&amp;gt;éhou  économique  307
duquel  on  perd  tout  droit  de  propriété  sur  les  mines  qu’on
a  découvertes.
Il  faut  aussi  ajouter  un  détail  qui  a  sa  valeur,  c’est  que
nombre  de  mines  sont  connues,  mais  qu’on  ne  les  fait  pas
enregistrer  pour  n’avoir  pas  à  payer  d’impôt  quand  on  ne
veut  pas  les  exploiter  faute  de  capitaux.  En  outre,  un
grand  nombre  d’habitants  exploitent  des  gisements  et
tirent  parti  des  minerais,  sans  faire  de  déclaration  et  sans
prendre  légalement  possession  des  mines;  ils  extraient
des  métaux  où  ils  veulent  et  comme  ils  peuvent,  sans  que
personne  cherche  à  les  empêcher.  C’est  ainsi  que  dans  la
riche  région  de  Pluaillay,  district  de  la  province  de
Cerro  de  Pasco,  cette  situation  commence  à  se  modifier,
car  devant  l’importance  prise  par  la  région,  nombre
d’étrangers  ont  dénoncé  des  mines  et  commencent  à  les
exploiter;  les  Péruviens  de  cette  contrée  devront  les
imiter  s’ils  ne  veulent  pas  perdre  le  bénéfice  de  leurs
découvertes.
V.  —  De  tous  les  métaux,  c’est  l’argent  qui  semble  distribué ­
  avec  une  véritable  profusion  au  Pérou.  On  le  trouve
dans  la  Costa,  associé  au  plomb,  à  l’antimoine,  au  cuivre  ;
dans  la  Sierra,  où  les  gisements  sont  tellement  riches
fiu’on  le  trouve  presque  à  l’état  natif,  dans  les  importants
centres  miniers  de  Hualgayoc,  Recuay,  Cajatambo,
Yauli,  Castrovirreyna,  Huancavelic'a,  Puno,  Caylloma
et  l’étonnant  autant  que  merveilleux  Cerro  de  Pasco,  qui
présente  une  véritable  masse  métallique  d’une  richesse
prodigieuse.  En  outre  du  Cerro  de  Pasco  proprement  dit,
toute  la  région,  jusqu’à  10  kilomètres  à  l’entour  de  sa  base,
recèle  des  mines  de  cuivre,  d’argent,  de  charbon,  d’or
même,  qui  fait  de  ce  centre  la  région  la  plus  colossalement
riche  du  globe.
VI.  —  Depuis  1630,  année  où  fut  découvert  le  Cerro
        <pb n="327" />
        308

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

de  Pasco,  jusqu’en  1803,  époque  où  l’exploitation  commença ­
  à  péricliter,  on  a  extrait  de  cette  montagne  l’énorme
quantité  de  50.000  tonnes  d’argent,  et  les  filons  sont  a
peine  entamés.  Pour  donner  une  idée  de  la  richesse  prodigieuse ­
  de  ces  gisements,  nous  citerons  les  exemples
suivants  :  en  1758,  au  Gerro  de  Pasco,  on  trouva  un  morceau ­
  d’argent  natif  de  160  kilos,  aussi  pur  que  s’il  avait
été  fondu.  Pendant  le  même  siècle,  on  trouvait  dans  une
mine  de  la  même  région  une  masse  métallique  d’un  seul
bloc,  pesant  368  kilos.  Une  mine  de  la  province  de  Carabaya
  donnait,  dans  les  premiers  temps  de  son  exploitation, ­
  1.125  kilosd’argent  par  chaque2.500kilos  déminerai
brut.  Il  n’y  a  là  aucune  exagération  et  on  pourrait  citer  des
exemples  à  l’infini.
A  l’heure  actuelle,  on  cite  comme  le  filon  le  plus  riche
du  monde  celui  de  Carahuacra,  dans  le  centre  minier  de
Yauli  de  la  province  de  Tarma:  ce  filon,  reconnu  superficiellement ­
  sur  une  étendue  de  5  kilomètres,  atteindrait
une  épaisseur  de  30  mètres.
Depuis  plus  d’un  demi-siècle,  les  mines  de  Cerro  de
Pasco  ne  sont  exploitées  que  superficiellement,  en  raison
de  l’énorme  quantité  d’eau  qui  envahit  les  galeries.  Pour
faciliter  l’écoulement  de  ces  eaux,  on  a  eu  l’idée  de  construire ­
  un  desaguadero,  sorte  de  canal  par  où  pourrait  se
déverser  l’eau  qui  s’accumule  dans  les  galeries  des  principales ­
  mines.  Ces  travaux  sont  aujourd’hui  facilités  parle
chemin  de  fer  qui  apporte  tout  le  matériel  nécessaire  à  peu
de  distance  des  mines.
VII.  —  Deux  mille  puits  s’ouvrent  pour  ainsi  dire  dans
la  ville  même  de  Cerro  de  Pasco,  et  malgré  ses  galeries
inondées  on  extrait  encore,  des  minerais  autrefois  dédaignés ­
  comme  pas  assez  riches,  35.000  kilos  d’argent  par
an,  et  ces  minerais  ne  produisent  pas  la  vingtième  partie
        <pb n="328" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

309

de  ce  qu’ils  devraient  produire,  en  raison  de  la  manière
dont  on  les  prépare  pour  l’amalgamation.  La  méthode
presque  uniquement  employée  est  celle  du  patio.
Aussitôt  après  son  extraction,  le  minerai  est  amené  dans
des  moulins  où  il  est  broyé  par  des  meules  mues  par  des
roues  hydrauliques.  Une  fois  broyé,  le  minerai  est  transporté ­
  dans  une  sorte  de  cour  pavée  nommée  patio  ou
buitron,  où  il  est  essayé  pour  en  apprécier  le  rendement.
Ceci  fait,  il  est  étendu  sur  le  sol  et  on  y  ajoute  une  certaine ­
  quantité  de  sel,  suivant  sa  richesse,  de  la  terre  et  du
mercure  ;  après  cela  commence  l’opération  dite  del  hormigueiro
  (fourmillement).  L’opération  consiste  à  lancer  un
certain  nombre  de  chevaux  qui  pétrissent  le  minerai  avec
leurs  sabots  ;  après  on  ajoute  du  mercure  s’il  est  nécessaire, ­
  et  l’amalgame  se  fait  de  la  même  manière  en  le
mélangeant  avec  de  la  chaux,  de  la  boue,  etc.,  pour  modifier
son  état.
Ce  travail  d’amalgame  est  des  plus  pénibles  pour  les
pauvres  chevaux  (1)  ;  il  dure  trois  ou  quatre  jours,  après
lesquels  le  mélange  étant  complet,  on  le  laisse  reposer
pendant  deux  mois.  Au  bout  de  ce  temps,  on  met  cette  pâte
dans  une  sorte  d’entonnoir,  dont  le  fond  est  formé  par  des
tamis  de  crin.  L’eau  terreuse  s’égoutte  peu  à  peu,  la
Pella,,  c’est  ainsi  que  l’on  nomme  l’amalgame,  reste  à  sec
sur  les  crins,  d’où  il  est  transporté  dans  des  creusets
d  argile  munis  d’un  tube  de  fer  ou  d’un  simple  canon  de
lusil  dont  le  bout  plonge  dans  un  vase  plein  d’eau.  On
ahaufïe,  le  mercure  s’évapore  par  le  canon,  et  l’argent  pur
reste  au  fond  des  creusets.
(!)  La  nourriture  d’un  âne,  d’un  cheval  ou  d’un  mulet  revient  encore
aujourd’hui  à  1  fr.  50  par  jour.  Le  salaire  d’un  ouvrier  indien  est  de
francs  par  jour.  Après  dix  à  douze  jours  de  travail,  les  chevaux  sont
e  lement  épuisés  qu’il  leur  faut  deux  mois  de  repos  pour  se  remettre  de
leurs  fatigues.
        <pb n="329" />
        310

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Malgré  la  main-d’œuvre  importante  et  la  déperdition
excessive  de  mercure,  des  fortunes  considérables  s’édifièrent ­
  rien  qu’en  traitant  le  minerai  par  ces  procédés  primitifs. ­
  L’exploitation  des  résidus  et  des  minerais  abandonnés ­
  cessa  d’être  productive  vers  1897,  époque  à
laquelle  le  gouvernement  péruvien  ferma  la  «  Monnaie  »
de  Lima.  La  frappe  de  monnaie  qui  donnait  à  l’argent  une
valeur  factice  ayant  été  interdite,  le  métal  blanc  dut  être
vendu  comme  marchandise  ;  mais  les  prix  étaient  si  bas
qu’ils  ne  suffisaient  pas  à  couvrir  les  frais  d’exploitation;
les  haciendas  de  beneficios  durent  interrompre  leurs
travaux.
VIII.  —  C’est  à  ce  moment,  critique  pour  l’industrie
minière  du  Cerro  de  Pasco,  que  l’on  se  rendit  compte  de
l’importance  des  dépôts  de  minerai  de  cuivre  contenus  dans
la  plupart  des  mines  d’argent.  Des  fonderies  furent
installées,  et  grâce  à  la  découverte  de  gisements  de
houille,  le  prix  du  combustible,  dont  le  taux  élevé  avait
toujours  été  la  pierre  d’achoppement  pour  les  extractions
de  minerai,  baissa  d’une  façon  sensible,  et  bientôt  tous
les  mineurs  se  jetèrent  sur  ce  nouveau  champ  d’exploitation. ­
  Des  sociétés  à  gros  capitaux  se  constituèrent  en
peu  de  temps.  Parmi  celles-ci  on  cite  les  mines  de  la
Esperanza,  del  Carmen,  El  Triunfo,  la  Victoria,
la  Reductora,  Santa  Inez  et  Morococha;  ces  deux  dernières ­
  mines  viennent  d’être  cédées  à  la  Cerro  de  Pasco
Mining  Company  qui  lésa  payées  trois  millions  comptants.
Cette  opération  indique  quel  pourrait  être  l’essor  économique ­
  de  cette  région,  si  elle  était  exploitée  d’une  façon
méthodique,  avec  toutes  les  facilités  que  procurent  les
progrès  de  la  mécanique  moderne.
La  majeure  partie  des  mines  ayant  été  achetée  par  l a
Cerro  de  Pasco  Mining  Company,  l’exploitation  du  fameux
        <pb n="330" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

311

centre  minier  par  les  particuliers  diminua  considérablement. ­
  Les  mines  Etna,  et  Vesubio  sont  aujourd’hui  paralysées ­
  ;  par  contre,  El  Rayo,  San  Jacinto,  SanMiguel
fonctionnent  toujours  avec  une  grande  activité,  quoique
n’employant  en  aucune  façon  la  force  mécanique.  Les  procédés ­
  routiniers  sont  toujours  en  vigueur,  et  on  ne  tient
aucun  compte  de  la  composition  du  minerai  ni  de  la
richesse  de  celui-ci  en  cuivre.
Les  métaux  dont  la  teneur  dépassait  30  pour  100  de
cuivre  étaient  expédiés  en  Europe  ou  dans  les  ateliers  de
fonderie  de  Yauli  et  de  Gasapalca  ;  ceux  qui,  possédant
une  teneur  moindre,  ne  pouvaient  supporter  la  dépense  d’un
fret  élevé,  étaient  laissés  en  chantier.  L’arrivée  du
chemin  de  fer  favorisa  l’édification  d’ateliers  de  fonderie
munis  de  fours  à  réverbères.  Ces  fours  fonctionnent  actuellement ­
  et  peuvent  traiter  des  minerais  dont  la  teneur  n’est
que  de  25  pour  100  ou  20  pour  100  et  même  de  15  pour  100.
Nous  arrêterons  là  ces  détails,  car  il  faudrait  un  volume
spécial  rien  que  pour  énumérer  toutes  les  mines  du  Cerro
de  Pasco.
IX.  —  La  production  moyenne  du  Pérou,  en  métal
argent,  s’est  élevée  pendant  lesannées  1909,  1910et  1911  à
180.000  kilos  par  an  en  chiffres  ronds.  Les  districts  producteurs ­
  se  répartissent  comme  suit  :  département  d’Anc
 ash  (Huari,  Huaylas,  Pallasca  et  Recuay),  16.000  kilos  ;
département  d’Arequipa  (Caylloma),  13.000  kilos  ;  département ­
  de  Cajamarca  (Cajabamba  et  Hualgayoc),
12.000  kilos;  département  de  Huancavelica  (Angaraes,
Castrovirreyna,  Huancavelica),  4.000  kilos  ;  département
de  Huanuco  (Huallanca),  5.000  kilos  ;  département  de
Junin  (Cerro  de  Pasco,  Yauli),  72.000  kilos;  département
de  Lima  (Huarochiri),  38.000  kilos.  Depuis  1910,  on  note
une  augmentation  constante  dans  les  exportations  de  mi ­
        <pb n="331" />
        312

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

néraux  sous  forme  de  mattes,  lingots,  minerais  et  sulfures, ­
  expédiés  en  Angleterre  et  en  Allemagne.
X.  —  La  région  cuprifère  du  Pérou  est  tout  aussi
étendue  que  celle  de  l’argent  ;  elle  part  de  la  côte  pour
s’interner  peu  à  peu  dans  l’intérieur  jusque  dans  la  région
des  forêts.  On  trouve  le  cuivre  parfois  à  l’état  natif,
d’autres  fois  combiné  avec  des  sulfures  complexes,  comme
il  arrive  dans  les  gisements  d’une  importance  extraordinaire ­
  du  Cerro  de  Pasco  et  du  district  de  Yauli,  dont  la
teneur  est  de  10  à  40  pour  100  de  cuivre  pur.
Ce  sont  les  Américains  qui  se  sont  assuré  l’exploitation
de  ces  fameuses  mines  de  cuivre  de  Cerro  de  Pasco  que
les  ingénieurs  les  plus  compétents  estiment  renfermer
plus  de  25  millions  détonnes  de  minerai  de  cuivre,  outre
une  quantité  considérable  d’argent.  Cette  entreprenante
compagnie  américaine,  qui  est  aussi  connue  sous  le  nom  de
syndicat  Haginson-Vanderbilt,  a  payé  17  millions  de
francs  ces  mines  qu’elle  a  achetées  comptant.
C’est  à  cette  société  que  le  Pérou  doit  de  voir  le  Cerro
de  Pasco  relié  à  la  Oroya  par  un  chemin  de  fer  de
130  kilomètres;  la  gare  a  été  édifiée  au  milieu  de  la  Pampa
de  laEsperanza,  au  centre  de  plusieurs  ateliers  de  fonderie
et  à  proximité  des  puits  d’extraction.  Ces  installations
devront  pouvoir  traiter  1.000  tonnes  déminerai  par  jour.
Les  dépenses  s’élèvent  déjà  à  une  cinquantaine  de  millions.
Toutes  les  mines  de  la  société  américaine  se  trouvent
situées  à  une  altitude  de  plus  de  4.000  mètres  ;  pour
l’instant  la  production  s’élève  à  40  tonnes  de  cuivre  pur
par  jour.
Tout  près  d’ica  il  existe  des  gisements  de  cuivre  d’une
grande  richesse,  desquels  on  a  déjà  extrait  7.000  tonnes
de  cuivre  fin,  avec  un  minerai  qui  rendrait  25  pour  100  de
métal.  L’exploitation  de  ces  mines  était  beaucoup  ralentie
        <pb n="332" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

313

à  la  suite  de  la  baisse  du  prix  du  cuivre  ;  à  l’heure  actuelle,
en  raison  de  la  hausse  de  ce  métal,  plusieurs  mines  se
sont  ouvertes  à  nouveau,  mais  le  travail  n’y  a  pas  encore ­
  repris  l’activité  antérieure,  et  laproduction  est  encore
insignifiante.
Les  principaux  districts  producteurs  de  cuivre  sont  :
dans  le  département  d’Ancash  :  Huaylas,  minerai  de  cuivre
argentifère  d’une  teneur  de  26,10  pour  100  de  cuivre;
Recuay,  minerai  de  cuivre  argentifère  d’une  teneur  de
11,32  pour  100  de  cuivre  et  sulfure  d’argent  cuprifère
d’une  teneur  de  26,79  pour  100  de  cuivre.  Dans  le  département ­
  du  Junin  :  Cerro  de  Pasco,  mattes  argentifères
d’une  teneur  en  cuivre  de  51,33  pour  100  ;  minerai  de  cuivre
argentifère  d’une  teneur  en  cuivre  de  27,09  pour  100  ;
minerai  de  cuivre  d'une  teneur  de  15,96  pour  100  ;  Yauli:
mattes  argentifères  d’une  teneur  en  cuivre  de  25  pour  100!
minerai  de  cuivre  argentifère  d’une  teneur  en  cuivre
de  18,31  pour  100.  Dans  le  département  de  Lima  :  Huarochiri,
  mattes  argentifères  d’une  teneur  en  cuivre  de
40,97  pour  100  ;  sulfure  d’argent  cuprifère  d’une  teneur
en  cuivre  de  3,52  pour  100  ;  minerai  d’argent  cuprifère
d’une  teneur  en  cuivre  de  3,17  pour  100.  On  rencontre
également  des  exploitations  de  cuivre  dans  les  départements ­
  d’Arequipa,  de  Cajamarca,  de  Huanuco,  de  Huan-©avelica.

La  valeur  des  exportations  de  métaux  péruviens  a  passé
de  1.663.424  livres  sterling  en  1909,  à  19.922.550  livres
eu  1910.  La  «  Cerro  de  Pasco  Mining  Cy  »  est  la  compagnie ­
  qui  exporte  le  plus  de  minerais  sur  New-York.
XI.  —  Quoique  les  mines  d’argent  y  semblent  plus
abondantes,  le  Pérou  est  la  terre  classique  de  l’or.  Au
temps  des  Incas,  le  précieux  métal  était  consacré  à  orner
les  temples  ;  leurs  statues  ainsi  que  les  trônes  de  certains
        <pb n="333" />
        314  LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Incas  étaient  d’or  massif.  L’or  existait  en  telle  abondance
que  Atahualpa,  fait  prisonnier  par  Pizarre,  payait  en
quelques  heures  une  rançon  que  l’on  a  évaluée  à  plus  de
30  millions  ;  les  écrits  du  temps  affirment  que  nombre  de
ses  envoyés,  qui  revenaient  avec  une  quantité  d’or  que  l’on
dit  supérieure,  auraient  jeté  ce  trésor  dans  les  rivières  à
l’annonce  de  l’exécution  de  leurlnca  par  le  féroce  conquistador. ­
  En  outre  un  grand  nombre  de  huacas,  ou  tombes
indigènes,  renfermaient  des  objets  d’or  en  plus  ou  moins
grand  nombre,  et  dans  certains  tombeaux,  même,  on  a
découvert  des  trésors  immenses.
C’est  un  fait  que  l’or  existe  un  peu  partout  au  Pérou  ;
mais  de  même  que  l’argent  domine  dans  la  chaîne  occidentale ­
  des  Andes,  l’or  se  rencontre  en  gisements  d’une  grande
richesse  dans  la  chaîne  orientale  ;  ce  qui  fait  que  ces  deux
«  Cordillères»,  qui  occupent  la  plus  grande  partie  du  territoire ­
  péruvien,  peuvent  être  considérées  comme  des  réserves
inépuisables  de  métaux  précieux.  On  trouve  des  quartz
aurifères  dans  toute  cette  partie  de  département  située
dans  la  chaîne  orientale  où  prennent  leur  source  nombre
d’affluents  de  l’Amazone  ;  c’est  pourquoi  la  plupart  des
rivières  de  la  Montana  charrient  des  paillettes  d’or.
Cependant,  si  les  mines  d’or  sont  nombreuses,  elles  sont
par  contre  bien  peu  exploitées  encore,  car  le  plus  grand
nombre  se  trouvent  situées  dans  les  régions  les  plus
froides  et  les  plus  inhospitalières  des  Andes.  Un  certain
nombre  de  mines  sont  connues  pour  avoir  été  exploitées
du  temps  des  Incas,  mais  d’un  plus  grand  nombre  encore  on
a  perdu  le  souvenir  ;  qu’importe  d’ailleurs,  puisque  celles
que  l’on  a  découvertes  et  que  l’on  découvre  chaque  jour
restent  inexploitées,  faute  de  communications,  malgré  la
recrudescence  que  l’on  note  depuis  quelque  temps  dans
l’industrie  minière.
        <pb n="334" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

315

XII.  —  La  région  aurifère  embrasserait  une  extension
de  61.000  kilomètres  carrés,  sillonnée  par  des  cours
d’eau  grands  et  petits,  riches  en  alluvions  aurifères,  démontrant ­
  l’existence  de  puissantes  veines  de  quartz  d’or.
Les  gisements  quartzeux  se  trouvent  principalement
dans  la  province  de  Huamalies,  dans  le  district  de
Poto  de  la  province  d’Azangaro,  les  filons  de  la  colline
de  Camanti  dans  les  monts  Marcapata  de  la  province
de  Guzco,  dans  les  districts  de  Catabambas,  La  Union,
Chumbivilcas,  Paruro,  Quispicanchi,  Convention,
Pataz,  etc.  Cette  dernière,  qui  fait  partie  du  département
de  Libertad,  est  une  des  provinces  les  plus  ignorées  et
les  plus  abruptes  du  Pérou;  les  gisements  aurifères  y  sont
très  abondants,  tous  les  ruisseaux,  tous  les  torrents  sont
riches  en  alluvions  aurifères,  mais  en  raison  de  la  situation
de  cette  région  éloignée  de  toute  voie  de  communication
commode,  tout  doit  y  être  apporté  à  dos  de  mule  ou  à
dos  d’homme  même,  ce  qui  fait  que  toutes  ces  richesses
restent  pour  le  moment  improductives.  Dans  le  département ­
  de  Cajarmarca  on  trouve  aussi  de  nombreuses  veines
aurifères.  On  parle  beaucoup  actuellement  des  gîtes  miniers ­
  de  la  région  de  Colloadar  qui  pourraient  être  facilement ­
  exploités,  car  ils  se  trouvent  situés  à  courte  distance
de  la  Vina,  où  viendra  aboutir  d’ici  peu  le  chemin  de  fer
de  Pacasmayo  à  Cajamarca,  et  à  8  kilomètres  de  l’embranchement ­
  de  Magdalena.  Les  riches  mines  de  Huayllura,
  dans  le  département  d’Arequipa,  sont  exploitées  par
plusieurs  compagnies  anglo-péruviennes.
Malgré  la  richesse  de  tous  les  gisements  cités  plus  haut,
aucune  région  aurifère  ne  peut  être  comparée  à  celles  de
Sandia  et  de  Carabaya  dans  le  département  de  Puno;
cette  contrée,  justement  appelée  San  Juan  del  Oro
(Saint-Jean-de-l’Or),  a  produit  du  temps  de  la  colonisation
        <pb n="335" />
        316

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

espagnole  des  quantités  prodigieuses  d’or.  Depuis,  malgré
le  peu  d’activité  des  mines  dû  au  défaut  de  routes  et  aussi
de  bras  et  de  capitaux,  la  région  a  toujours  produit  une
notable  quantité  du  précieux  métal.
XIII.  —  L’histoire  minière  de  cette  région  et  de  celle
voisine  de  Cuzco,  enregistre  des  faits  de  richesse  minérale ­
  inouïe,  presque  invraisemblable.  Au  commencement
du  xvii”  siècle  un  cerro  (mont)  qui  s’écroule  à  la  suite
d’un  tremblement  de  terre  met  à  jour  des  «  paniers
d’oranges  »  (1)  dont  quelques  «  nuggets  »  (morceaux,  pépites) ­
  pèsent  plus  de  20  kilos.  Le  sol  est  si  riche,  que
vers  1787  les  intempéries  mettaient  à  découvert  des  pépites ­
  de  60  à  70’  grammes.  Le  rendement  de  la  mine  de
Carabaya,  pendant  la  domination  espagnole,  peut  être
estimé  à  2  milliards  800  millions  de  francs  (2).
Les  archives  de  Lima  font  encore  mention  de  pépites
d’un  poids  et  d’une  grosseur  extraordinaires,  incroyables
même  ;  l’une,  qui  fut  envoyée  à  Gharles-Quint,  pesait
50  kilos,  elle  avait  la  forme  d’une  tête  de  cheval  et  fut  découverte ­
  dans  la  province  de  Cuzco.  Plus  tard  on  expédia
à  Philippe  II  un  morceau  d’or  natif  d’un  poids  à  peu  près
égal,  et  qui  affectait  la  forme  d’une  tête  humaine,  mais  ce
bloc  ne  parvint  pas  à  son  destinataire,  le  vaisseau  qui  le
portait  ayant  fait  naufrage.
Indépendamment  des  mines,  on  trouve  des  alluvions
très  riches  dans  plusieurs  rivières  du  nord  de  Tumbes  et
dans  le  département  d’Amazonas,  sur  les  rives  de  la
plupart  des  affluents  et  sous-affluents  de  l’Amazone  qui
sillonnent  la  Montana  péruvienne,  par  exemple,  sur
(1)  Gîtes  ou  poches  où  on  trouve  des  pépites  d’or  pur,  plus  ou  moins
grosses  et  plus  ou  moins  nombreuses.
(2)  Cette  mine,  nommée  Sanlo  Domingo,  est  aujourd’hui  exploitée  par
une  compagnie  nord-américaine.
        <pb n="336" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

317

divers  points  du  Tambo,  de  l’Urubamba,  sur  le  Tigré,  le
Pastaza,  le  Napo,  le  Chinchipe  ;  mais  les  centres  les  plus
connus  pour  la  richesse  de  leurs  alluvions  aurifères  sont  les
rivières  et  ruisseaux  des  régions  vierges  de  Garabaya  et
de  Sandia,  de  Pataz,  de  San  Antonio  ;  sur  le  Haut  Maranon,
  près  du  Pongo  de  Manseriche  ;  sur  le  Paucartambo
dans  la  province  de  Guzco,  etc.
XIV.  —  Le  lavage  de  l’or  forme  la  principale  industrie
de  certaines  localités  des  frontières  ;  pendant  la  saison
sèche,  la  richesse  des  alluvions  laissées  à  découvert  par
la  baisse  des  eaux  est  parfois  si  grande,  que  souvent  le
précieux  métal  y  apparaît  sous  forme  depaillettesbrillantes.
Les  Indiens  et  les  métis  fronterizos  récoltent  ces  paillettes
en  construisant  des  barrages  permanents  contre  lesquels
viennent  se  déposer  les  parcelles  d’or  charriées  par  l’eau
à  l’époque  des  crues.
Nous  avons  lavé  avec  un  succès  relatif  les  sables  intermittents ­
  des  plages  des  canaux  fuégiens,  particulièrement
à  Slogett  et  à  Barrilito,  dans  les  îles  Lennox,  Hoste  et
Picton,  puis  plus  tard  au  Pérou  les  alluvions  d’un  petit
affluent  du  Tumbes  ;  eh  bien  !  les  lavages  opérés  cependant
dans  des  conditions  défectueuses  sur  ce  dernier  point
nous  donnèrent  en  deux  mois  des  résultats  identiques  à
ceux  obtenus  à  la  Terre  de  Feu  dans  un  laps  de  temps
double.  C’est  dire  que  le  sable  était  beaucoup  plus  riche.
Sur  certains  endroits  nous  avons  vu  des  travailleurs  actifs
récolter  de  25  à  35  grammes  d’or  par  jour.  Nous  citerons
encore  l’entreprise  d’un  Allemand,  Guillermo  Wolf,  qui,
avec  32  hommes,  récolta  en  20  jours  29  kilos  d’or  pur;
il  est  vrai  que  le  lavage  se  faisait  au  «  sluice  »,  mais  nous
devons  ajouter  que  ces  exemples  ne  sont  pas  fréquents.
On  trouve  l’or  dans  les  sables  ou  alluvions,  soit  à  fleur
du  sol,  soit  à  une  certaine  profondeur,  et  en  plus  ou  moins
        <pb n="337" />
        318

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

grande  quantité,  un  peu  partout,  sur  les  rives  et  dans  les
lits  des  rivières.  Le  sable  qui  renferme  les  précieuses
particules  est  le  plus  souvent  noirâtre,  il  est  quelquefois
pur,  mais  on  y  trouve  des  petits  cailloux  de  couleur  jaune
brun  clair.  Tantôt  ce  sable  est  à  ciel  ouvert,  tantôt  on  le
trouve  entre  deux  couches  d’argile.  Généralement  on
trouve  encore  des  alluvions  très  riches  jusqu’à  trois
mètres  de  profondeur.
XV.  —  Le  lavage  de  l’or  s’opère  de  différentes  façons
le  moyen  primitif  de  la  bâtée  ou  plat  est  celui  qui  est  le
plus  usité  sur  toutes  les  rivières  du  Pérou  ;  après  il  y  a  le
système  du  «  sluice  »  ou  rigole.  On  construit  une  sorte
de  grande  boîte  ou  couloir  en  bois  de  faibles  dimensions  en
largeur  et  en  profondeur,  30  à  40  centimètres.  Il  est  quelque ­
  peu  incliné,  formé  de  pièces  ajoutées  bout  à  bout,  et
l’eau  coule  sur  toute  la  longueur  qui  est  variable.  A  la
tête  delà  rigole  on  place  une  sorte  de  double  tamis,  dont
la  partie  supérieure  est  formée  de  mailles  assez  larges  et
la  partie  inférieure  de  mailles  plus  serrées  ;  on  y  jette  à
la  pelle  les  terres  à  laver  ;  celles-ci  sont  entraînées  par
l’eau,  et  la  majeure  partie  de  l’or  est  retenue  par  des
tringles  de  bois  disposées  de  distance  en  distance  ou  par
des  rainures  au  fond  desquelles  on  a  déposé  du  mercure.  Le
travail  du  sluice  se  fait  par  groupe  d’une  dizaine  d’orpailleurs ­
  environ.
La  bâtée  ou  bafea  est  un  vaste  plat  ou  cuvette  en  bois
en  forme  de  tronc  de  cône,  très  évasée,  elle  est  de  plusieurs
grandeurs,  30  à  35  centimètres  de  diamètre  au  fond,  et
35  à  40  à  la  partie  supérieure  avec  une  profondeur
moyenne  de  10  centimètres.  Il  en  est  de  50  à  60  centimètres
de  diamètre  avec  une  profondeur  de  12  centimètres.
Les  métis  péruviens  remplacent  très  souvent  la  bâtée
par  des  couis  ou  des  moitiés  de  calebasses.
        <pb n="338" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

319

Quel  que  soit  l’appareil,  ou  le  remplit  à  moitié  de  sable
à  laver  ou  à  essayer,  et  on  le  plonge  ensuite  dans  l’eau.
Alors,  on  doit  exécuter  rapidement,  en  tenant  la  bâtée  des
deux  mains,  une  série  de  mouvements  oscillatoires,  à
droite  et  à  gauche,  en  avant  et  en  arrière,  et  quelquefois
faire  tourner  la  bâtée  dans  l’eau  sur  elle-même,  autour  de
son  axe  vertical,  tout  en  inclinant  l’appareil  à  chaque
tour.  L’eau  entraîne  peu  à  peu  toutes  les  matières  légères,
puis  celles  un  peu  plus  lourdes,  petits  cailloux,  grains  de
quartz,  etc.  Toutes  les  matières  inutiles  ne  tardent  pas
à  occuper  seules  la  partie  supérieure  au  fond  de  la  bâtée.
En  inclinant  doucement  celle-ci,  elles  s’échappent  avec
l’eau,  il  ne  reste  bientôt  plus  que  les  matières  les  plus
lourdes,  cailloux,  grains  de  quartz,  pyrites  de  fer,  etc.,
et  au  fond  les  paillettes  ou  la  poudre  d’or,  parfois,  mais
plus  rarement,  des  pépites.
Quand  au  fond  de  la  bâtée  il  n’y  a  qu’une  petite  quantité ­
  de  paillettes,  d’aiguilles  et  de  poudre  d’or,  on  dit  que
la  terre  est  colorada,  qu’elle  montre  la  couleur  ;  si  la  quantité ­
  est  appréciable,  on  dit  que  l’alluvion  papa,  paye  bien.
Ce  procédé  des  plus  rudimentaires  laisse  échapper  une
grande  partie  de  l’or,  car  celui-ci  est  parfois  si  ténu,  si  fin
qu’il  surnage  pendant  l’opération  du  lavage,  ou  bien  il  est
ù  l’état  si  microscopique  qu’il  est  entraîné  avec  les  sables;
Pour  obvier  à  cet  inconvénient  un  orpailleur  à  peu  près
équipé  met  du  mercure  au  fond  de  son  plat,  le  mercure
dissout  l’or  partout  où  il  le  rencontre  et  le  restitue  ensuite
Parla  distillation.  Malgré  cet  avantage  la  majorité  des  laveurs ­
  d’or  ne  font  pas  usage  de  mercure.
Le  lavage  à  la  bâtée  est  très  fatigant  par  suite  de  la
position  accroupie  que  doit  occuper  le  laveur,  et  le  jeu
répété  des  muscles  du  bras.  Il  paraît  qu’un  bon  laveur  d’or
de  métier,  pratiquant  depuis  longtemps,  peut  laver  jus ­
        <pb n="339" />
        320

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

qu’à  125  bâtées  ;  quant  à  nous,  malgré  tous  nos  efforts,
nous  n’avons  jamais  lavé  plus  de  75  bâtées  ;  d’aucuns  de
nos  associés,  plus  expérimentés,  sont  parvenus  à  90  et
100,  mais  c’est  là,  il  nous  semble,  un  effort  qui  ne  peut  se
répéter  longtemps  sur  les  bords  des  rivières  de  la  Montana
péruvienne  où  la  température  est  chaude  et  humide.
XYI.  —  Si  nous  avons  parlé  de  l’or,  ce  n’est  pas  pour
conseiller  à  tout  le  monde  de  partir  à  sa  recherche,  la  fortune ­
  n’est  que  peu  souvent  la  récompense  de  ceux  qui
abandonnent  leur  patrie  pour  courir  les  hasards  de  la  vie
des  placers.  Le  métier  d’orpailleur  ou  de  laveur  d’or,  quelque
rémunérateur  qu’il  puisse  être  en  apparence,  ne  mène
guère  à  la  fortune  dans  la  pratique  ;  nous  en  parlons  par
expérience.  Tout  d’abord  les  crues  et  les  inondations  des
rivières  obligent  les  laveurs  d’or  à  ne  faire  que  des  saisons
de  quelques  mois.  En  outre,  comme  il  ne  prend  que  rarement ­
  le  temps  de  chasser  et  de  pêcher,  le  laveur  d’or  vit
de  bananes,  de  manioc  et  de  diverses  sortes  de  patates  ou
camotes;  cette  nourriture  étant  peu  réconfortante,  il  finit
par  s’étioler  sous  l’action  d’un  climat  devenu  plus  déprimant ­
  par  un  travail  prolongé;  l’orpailleur  est  alors  une
proie  facile  pour  la  maladie.
En  dépit  de  ces  difficultés  et  des  privations,  la  réputation ­
  de  richesse  de  certaines  rivières  est  si  grande,  surfaite ­
  ou  non,  qu’elle  attire  sans  cesse  un  certain  nombre
d’aventuriers.  Ils  arrivent  par  petites  bandes  de  temps  à
autre  ;  il  y  a  même  des  isolés  qui,  à  peine  débarqués,  courent ­
  à  la  rivière  la  plus  en  renom  pour  le  moment,  séjournent ­
  quelques  mois  sur  ses  rives,  puis,  anémiés,  fatigués,
malades,  reviennent  à  la  côte  avec  une  récolte  plus  ou
moins  abondante,  suivant  la  chance  et  l’activité  de  chaque
laveur.
Les  prospecteurs,  les  laveurs  d’or  de  métier  sont
        <pb n="340" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

321

généralement  prodigues  et  imprévoyants  ;  lorsqu’ils  ont  en
leur  possession  un  petit  trésor,  ils  s’empressent  de  venir
gaspiller  à  la  côte  ou  dans  la  ville  la  plus  proche,  généralement ­
  au  jeu,  en  futilités  et  en  débauches,  l’or  qui  bien
souvent  leur  a  coûté  beaucoup  de  peine  à  recueillir.  Les
poches  vides  ils  rentrent  dans  la  Montana  ou  vont  tenter
la  fortune  ailleurs,  pour  recommencer  la  même  vie  de
débauche  si  la  réussite  leur  sourit;  jusqu’à  ce  qu’un  jour,
anémiés  et  rongés  par  les  fièvres  qu’ils  auront  contractées
par  leur  mauvaise  hygiène,  ils  laissent  leurs  os  au  bord
de  quelque  rivière  ou  de  quelque  torrent.  Tous  les
Européens  et  même  les  Péruviens  que  nous  avons  connus,
comme  prospecteurs  plus  ou  moins  occasionnels,  renoncèrent ­
  à  ce  travail  après  une  ou  deux  campagnes.  Pour
être  avantageux,  le  lavage  des  alluvions  doit  être  fait  sur
une  certaine  échelle,  avec  un  matériel  perfectionné  et  un
personnel  nombreux.
Nous  ne  conseillerons  une  tentative  de  ce  genre  qu’à
ceux  qui,  possédant  pour  tout  avoir,  en  plus  d’une  bonne
constitution,  une  certaine  force  morale  et  une  grande
énergie,  voudraient  se  procurer  par  ce  moyen  le  pécule
uécessaire  pour  essayer  ensuite  de  l’agriculture,  de  l’élevage, ­
  ou  se  livrer  au  commerce  ou  à  l’industrie  dans  quelques ­
  villes  de  la  côte  ou  de  l’intérieur.  Il  faut  surtout  éviter
de  se  laisser  prendre  à  la  séduction  de  la  vie  des  placers,
lu  vie  de  la  forêt,  à  laquelle  on  se  laisse  prendre  trop  souvent. ­
  Certes!  c’est  une  existence  pénible  que  l’on  mène
tout  d’abord,  mais  qui  a  un  charme  étrange,  puisqu’au
milieu  des  commodités  de  la  vie  des  grandes  villes  on  se
Prend  parfois  à  regretter  cette  existence  rude  et  pénible
toujours,  mais  libre  et  sans  entraves.
Cependant,  mieux  vaut  encore  être  débitant,  traitant  ou
n égociant  et  ravitailler  les  placers,  comme  nous  ne  regret-21
        <pb n="341" />
        322

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

tons  pas  de  l’avoir  faitpendant  notre  second  séjour  dans  les
canaux  fuégiens,  que  prospecteur  ou  laveur  d’or,  car  ce
dernier  paiera  toujours  fort  cher  les  vêtements  et  les
vivres  nécessaires  à  la  vie  ;  l’avantage  demeure  donc  à
celui  qui  ne  va  dans  les  placers  que  pour  vendre.
Nous  le  répétons,  une  saison  de  lavage  d’alluvions
comme  celle  d’un  chercheur  de  caoutchouc,  est  chose
pénible  et  ne  doit  être  entreprise  que  par  ceux  qui  se  sentent ­
  l’énergie  et  la  volonté  nécessaires  et  qui  savent  bien
ce  qu’ils  veulent  et  où  ils  vont  ;  il  serait  dangereux  de  se
lancer  dans  une  expédition  de  ce  genre  sans  s’être  au
préalable  rendu  compte  des  ressources  que  l’on  pourra  se
procurer  sur  les  lieux  où  on  se  propose  d’aller  et  de  l’appui
sur  lequel  on  pourra  compter..»
XVII.  —  Les  mines  de  mercure,  cinabre  ou  vif  argent
sont  très  nombreuses  dans  les  régions  de  Huancavelica,
Chonta  et  Puno  ;  mais  quoique  le  mercure  soit  d’un  usage
courant  au  Pérou  ou  ce  produit  est  très  demandé,  la  plupart ­
  des  gisements  ne  sont  que  peu  ou  pas  exploités.
La  plus  célèbre  des  mines  de  mercure  est  celle  de
Santa-Barbara,  située  dans  la  province  de  Huancavelica.
Cette  mine,  découverte  au  seizième  siècle,  a  fourni  jusque
vers  1866  plus  d’un  million  de  quintaux  de  mercure  ;  elle
s’enfonce  sous  terre  jusqu’à  une  profondeur  de  près  de
500  mètres,  à  travers  des  grès  imprégnés  de  cinabre;  il
y  a  des  galeries  de  800  mètres  de  longueur  sur  5  de  large
et  4  de  hauteur.
Cette  mine,  exploitée  d’une  façon  par  trop  primitive,
se  vit  peu  à  peu  envahie  par  les  eaux,  si  bien  que  l’exploitation ­
  en  devint  à  peu  près  impossible.
En  1890,  cette  mine,  qui  était  propriété  de  l’État,  fut
cédée  à  une  société  anglo-péruvienne  fondée  au  capital
de  200.000  livres.  Cette  société  a  entrepris  aussitôt  les
        <pb n="342" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

323

travaux  d’épuisement  nécessaires  pour  mettre  la  mine  en
état  d’être  exploitée  à  nouveau  ;  elle  n’a  pas  encore  réussi
complètement,  car  le  travail  fut  souvent  interrompu  ;  mais
l’exploitation,  qui  se  fait  déjà  sur  une  certaine  échelle,
donne  de  bons  bénéfices,  car  la  compagnie  trouve  un
débouché  assuré  dans  la  vente  du  mercure  aux  nombreux
établissements  miniers,  où  ce  produit  est  absolument
nécessaire  pour  le  traitement  des  minerais  d’or  et  d’argent.
Toutefois  nous  n’avons  pas  encore  vu  figurer  le  mercure
comme  produit  d’exportation,  malgré  l’importance  des
gisements  signalés  un  peu  partout,  et  la  facilité  relative
de  son  exploitation.
XVIII.  —  Une  des  principales  entraves  apportées  à  l’industrie ­
  est,  avec  le  manque  de  communications,  le  défaut
de  combustible  dans  les  principaux  centres  miniers;  cependant ­
  les  gisements  de  charbon  de  terre  sont  extrêmement ­
  nombreux  au  Pérou,  et  un  certain  nombre  ont  été
reconnus  comme  de  qualité  excellente,  même  dans  la  majorité ­
  des  cas  supérieurs  aux  charbons  du  Chili.  Depuis  longtemps, ­
  il  est  vrai,  des  gisements  houillers  sont  exploités
dans  différentes  parties  du  territoire  péruvien,  mais  faute
de  moyens  de  transport  économiques,  il  revenait  à  70  francs
par  tonne  à  la  côte,  alors  que  le  bon  charbon  anglais  ou
australien  ne  s’y  vend  guère  que  35  à  40  lrancs  la  tonne.
Les  couches  carbonifères  embrassent  une  étendue  considérable ­
  de  territoire;  on  rencontre  chaque  jour  de  nouveaux
gisements  sur  les  deux  versants  de  la  Cordillère  occidentale, ­
  dans  presque  tous  les  départements  de  cette  zone.
Les  anthracites  et  lignites  de  Huamachaco,  Bambamarca,
Trujillo,  Salpo,  etc.,  dans  le  département  de  la  Libertad,
sont  considérés  comme  de  qualité  supérieure.  Dans  le
département  de  Junin,  plusieurs  mines  de  houille  situées
au  Cerro  de  Pasco  et  à  Yauli,  sont  en  pleine  production,
        <pb n="343" />
        324

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

et  c’est  là  un  des  motifs  de  la  recrudescence  d’activité
dans  ces  centres  miniers.  Le  département  de  Cajamarca
recèle  aussi  des  gisements  très  importants,  partout  la
production  du  combustible  serait  abondante  et  rémunératrice; ­
  les  capitaux  nécessaires  se  trouveraient  rapidement,
mais  ce  qu’il  faut  avant  tout,  ce  sont  des  moyens  de  transport. ­

Parmi  les  départements  les  plus  favorisés  par  le  nombre
et  la  qualité  (1)  de  leurs  mines  figure  en  premier  lieu  celui
de  Ancachs  ;  les  districts  de  Cajatambo,  Huari,  Pallasca,
Recuay,  Huaylas,  etc.,  reposent  sur  d’énormes  masses  de
charbon.
C’est  dans  le  but  de  faciliter  l’exploitation  et  l’exportation ­
  de  cette  richesse  naturelle  que  le  gouvernement
péruvien  active  de  tout  son  pouvoir  l’achèvement  du  chemin
de  fer  de  Chimbote  à  Suchiman  et  Huaraz.  Le  principal
avantage  de  cette  ligne  est  qu’à  100  kilomètres  du  port
de  Chimbote,  à  une  altitude  d’environ  700  mètres  audessus
  du  niveau  de  la  mer,  elle  pénètre  dans  la  région
carbonifère  de  la  vallée  du  Santa.  Les  meilleurs  experts
du  Lancashire  ont  prospecté  ces  gisements  qui  s’étendent
sur  une  longueur  de  65  kilomètres  des  deux  cotés  du  rio
Santo,  et  les  considèrent  comme  inépuisables.

(1)  Analyse  pratiquée  par  le  géologue  américain,  M.  Clreath,  de  l’anthra

eite  de  :
Bambamarca.

Eau  1.450
Matières  volatiles  .  .  .  5.633
Charbon  fixe  83.620
Soufre  •  •  .  0.55i
Cendres  8.743
100.000
Gravité  spécifique  „  .  .  1,62

Lignite  de  Huamachaco.

Eau  «...  1.596
Matières  volatiles  ....  3.030
Charbon  «...  90.906
Sulfures  .........  0.652
Cendres  3.816
100.000
Gravité  spécifique  ....  1,67

L’analyse  du  charbon  de  Pensylvanie  de  la  vallée  de  Wyoming  donne  :
Eau  3.227,  matières  volatiles  4.317,  charbon  83.294,  soufre  0.600,  cendres ­
  8.514.  Gravité  spécifique,  1.59.
        <pb n="344" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  325

L’extraction  du  charbon  dans  les  districts  charbonniers  du
Cerro  de  Pasco,  dont  les  principaux  centres  connus  sont
ceux  de  Yanacachi,  Millpu,  Cuchis,  Gollairisquisca,
Tusi,  Pilao,  Jaru,  Vilcabamba,  Vinchuscancha,  etc.,
produit  pour  l’instant  un  peu  plus  de  55.000  tonnes
annuellement.  Lamine  de  Vinchuscancha,  la  principale
de  toutes,  a  produit  à  elle  seule  21.000  tonnes.  La  production ­
  des  mines  de  Yauli  a  été  de  2.000  tonnes,  de
Oyon  1.000  tonnes,  des  départements  d’Ancachs,  de  Cajamarca,
  de  Libertad,  5.000  tonnes,  soit  une  production
totale  de  63.000  tonnes.  L’importation  de  charbon  ayant
été  de  105.000  tonnes,  d’une  valeur  de  214.000  livres,
la  consommation  a  été  de  159.000  tonnes.
Toute  la  production  du  Cerro  de  Pasco  est  consommée
sur  place.  Les  prix  sont  très  variables  :  le  charbon  de
Corax,  dans  le  département  d’Ancachs,  se  paie  8  soles  la
tonne,  celui  du  Cerro  de  Pasco  10  soles,  celui  de  Yauli
18  soles,  celui  de  Quisuarcancha  20  soles,  etc.  On  voit
par  ces  prix  que  l’extraction  du  charbon  est  une  industrie
rémunératrice;  malheureusement,  dans  la  généralité  des
cas,  il  ne  faut  pas  chercher  à  le  transporter  à  la  côte,  ce  qui
fait  que  l’exploitation  se  trouve  forcément  restreinte.
D’après  des  nouvelles  récentes,  il  paraîtrait  que  des
mines  de  houille  très  importantes  ont  été  découvertes
dernièrement  au  Pérou,  sur  la  côte  même,  à  un  jour  de
navigation  du  Callao,  en  un  point  nommé  Paracaz,  Comme
dans  l’état  actuel  de  ses  communications,  le  Pérou  ne  peut
songer  à  faire  descendre  à  la  côte  son  charbon  de  l’intérieur, ­
  la  découverte  de  Paracaz  serait  un  événement  qui
changerait  la  situation,  car  la  mine  se  trouve  dans  une
péninsule  de  chaque  côté  de  laquelle  existe  une  baie  où
peuvent  entrer  des  navires  de  fort  tonnage.  Une  société
ïu  capital  de  3.250.000  francs,  dont  la  moitié  est  versée,
        <pb n="345" />
        326

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

aurait  été  constituée  pour  exploiter  ce  gisement.  La  concession ­
  est  de  plus  de  40  kilomètres  carrés,  et  trois  couches ­
  de  plus  d’un  mètre  de  puissance  auraient  été  reconnues ­
  ;  le  prix  de  revient  de  la  houille  ne  dépasserait
pas  10  francs  la  tonne.
Si  l’on  considère  que  la  consommation  annuelle  du  charbon, ­
  sur  la  côte  occidentale  sud  du  Pacifique,  est  de  plus
de  500.000  tonnes,  que  presque  tout  ce  charbon  vient
d’Angleterre  ou  d’Australie,  et  que  la  houille  de  Paracaz
serait  de  qualité  égale,  cette  découverte  pourrait  avoir
pour  le  Pérou  des  conséquences  heureuses  au  point  de  vue
économique.
XIX.  —  Sel.  —  Il  existe  au  Pérou  de  nombreux  dépôts
de  sel  marin  et  de  sel  gemme  ;  les  premiers  se  trouvent
répandus  sur  le  littoral,  les  seconds  dans  la  Sierra  et  la
Montana.
Les  plus  importants  parmi  ces  dépôts  sont  les  suivants  :
Zarumilla,  Quebrada  Seca,  Nuco,  Negrito,  Colon,  tous
situés  au  nord  de  Païta,  dans  le  département  de  Piura;
Morrope,  dans  le  département  de  Lambayeque  ;  Guanape,
Guadalupito,  Puerto-Perdido,  la  Virgen,  Pozo-Blanco,
Boca  del  Rio,  etc.,  dans  le  département  de  la  Libertad.
Les  départements  de  Junin,  Huanuco,  Ica,  Ayacucho,
Apurimac,  Moquegua,  Arequipa,  Puno,  Cuzco  ;  les  considérables ­
  dépôts  de  Mavas,  dans  ce  dernier  département,
sont  particulièrement  renommés.
Il  existe  près  de  Huacho,  département  de  Lima,  à
50  milles  du  Callao,  à  l’endroit  nommé  Sechura,  un  dépôt
de  sel  qui  suffirait  à  lui  seul  à  approvisionner  de  cette
substance  tout  le  continent  américain  ;  il  occupe  une  partie
de  la  Pampa  de  Salinas,  et  s’étend  sur  une  superficie  de
204  kilomètres  carrés.
Ce  dépôt,  où  le  sel  s’est  aggloméré  en  quantités  inépui ­
        <pb n="346" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

m

sables,  est  dû  à  une  infiltration  particulière  des  eaux  de
mer  à  travers  la  roche  poreuse  qui  forme  le  sol.  On  peut
dire  avec  raison  que  la  nature  a  établi  là  une  fabrique  de
sel  qui  travaille  jour  et  nuit,  et  à  laquelle  l’Océan  fournit
constamment,  gratis,  la  matière  première.  Les  salines  de
Puite  (Moquegua)  contiennent  des  sels  chimiquement  purs,
celles  de  San-Blas,  dans  la  province  deCerrodePasco,  donnent ­
  97  p.  100  de  chlorure  de  sodium.
Dans  le  département  de  Amazonas,  il  y  a  des  dépôts
salins  à  proximité  du  Rio  Uramarca  et  sur  divers  autres
points.  Dans  celui  de  Loreto,  il  y  a  plusieurs  dépôts  importants ­
  près  de  Tacach  et  de  Pelluana;  sur  les  bords  du
torrentueux  Huallaga  et  de  quelques-uns  de  ses  affluents,
on  trouve  des  collines  (cerros)  de  sel  qui  attendent  patiemment ­
  que  des  embarcations  viennent  les  recueillir.
Le  sel  est,  au  Pérou,  monopole  d’État.  Dans  le  but  de
racheter  au  plus  tôt  les  provinces  de  Tacna  et  d’Arica,
détenues  en  gage  par  le  Chili,  le  gouvernement  péruvien
édicta  en  1896  une  loi  par  laquelle  le  sel  destiné  à  l’alimentation ­
  domestique  était  imposé  de  cinq  centavos  par
kilo,  celui  destiné  à  l’industrie  subissant  aussi  un  impôt
de  un  centavo;  par  la  même  loi,  le  gouvernement,  se  réservant ­
  à  lui  seul  l’exploitation  du  sel,  a  passé  la  main  à
une  compagnie  nationale  de  perception  du  sel.
La  consommation  moyenne  de  cette  substance  est  de
5.500.000  kilospourusage  domestique,  et  de  3.500.000kilos
pour  usage  industriel.  La  plus-value  laissée  par  ce  monopole ­
  s’élève  entre  35  et  40.000  soles,  et  sert  de  garantie
à  un  emprunt  de  600.000  livres  contracté  a  Berlin.
XX.  —  On  ignore  généralement  qu’il  existe  au  Pérou
de  grandes  raffineries  de  pétrole,  et  que  ce  produit  y  est
meilleur  marché  et  de  meilleure  qualité  que  celui  qui  s’importe ­
  des  États-Unis.  Depuis  longtemps,  on  connaît  au
        <pb n="347" />
        328

LK  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Pérou  l’existence  de  l’asphalte  et  du  bitume  solide  et  liquide. ­
  La  matière  solide  se  trouve  à  la  surface,  et  l’on  retirait ­
  le  liquide  de  longues  fosses  profondes  de  7  à  8  mètres
environ,  que  le  pétrole  remplissait  par  son  suintement
lent  et  continu.  Cette  substance  épaisse,  cette  sorte  de
goudron  liquide,  répand  une  forte  odeur  de  poix,  s’enflamme ­
  facilement,  ne  laissant  aucun  résidu  après  la  combustion. ­

Les  habitants  indigènes  ou  métis  s’en  servent  comme
combustible.  Sur  toute  la  superficie  des  gisements,  le  sol
est  en  grande  partie  composé  de  sables  et  de  grès  poreux.
Partout,  à  la  surface,  le  pétrole  manifeste  sa  présence  ;
quand  les  vagues  arrachent  des  rochers  de  la  plage,  la
place  qu’ils  occupaient  se  remplit  de  pétrole,  l’huile  suinte
entre  les  galets  du  rivage  et  se  répand  sur  la  mer.
La  région  pétrolifère  reconnue  jusqu’à  ce  jour  s’étend
au  bord  du  Pacifique  sur  un  rayon  de  3.200  kilomètres
carrés.  Cette  zone  est  comprise  entre  la  région  de  Tumbes,
P&amp;amp;itcL  et  Piura.  ;  les  puits  offrent  une  grande  facilité
d’exploitation  par  le  peu  de  profondeur  à  laquelle  se  trouve
la  nappe.  On  trouve  aussi  du  pétrole  dans  d’autres  endroits
de  la  Costa,  il  en  existe  aussi  de  très  riches  gisements
dans  le  département  de  Puno,  tout  près  du  lac  Titicaca;
mais  quoique  ces  sources  soient  connues  de  tout  le  monde,
elles  restent  inexploitées,  faute  de  communications  et  de
capitaux.  Les  plus  anciens  gisements  exploités  sont  ceux
de  Nigritos  et  de  Zorritos.  Cependant  à  Lobitos,  à  vingt
milles  au  nord  de  Nigritos,  et  sur  la  côte,  on  vient  de  découvrir ­
  un  nouveau  gisement  récemment  exploré  par  la
«  Peruvian  Corporation  ».  Actuellement  19  puits  sont
forés,  dont  10  fournissent  de  l’huile.  Les  installations  comprennent ­
  des  tanks  d’une  contenance  de  1.000  tonnes.
On  a  extrait  en  1906  des  districts  pétrolifères  d’Amo-
        <pb n="348" />
        le  Pérou  économique

329

tape  et  de  Tumbes  (1),  où  se  trouvent  les  exploitations
de  la  «  London  and  Pacific  Petroleum  G 0  »  et  de  l’établissement ­
  industriel  de  Zorritos  (2),  38.000  tonnes  de  pétrole
brut,  dont  32.000  ont  été  employées  par  les  chemins  de  fer,
le  restant  a  donné  après  raffinage  :  2.700  mètres  cubes
d’huile  de  pétrole,  110  mètres  cubes  de  gazoline  et  60  mètres ­
  cubes  de  benzine.
Le  baril  de  pétrole  contient  42  gallons  (3).
La  production  du  pétrole  et  l’exportation  du  pétrole
lourd,  tout  spécialement,  augmentent  chaque  année;  de
7.843  tonnes  en  1905,  l’exportation  atteignait  :  en  1906,
16.689  tonnes;  en  1907,  32.388  tonnes;  en  1908,
48.839  tonnes;  en  1909,  99.930  tonnes.  Les  chiffres  incomplets ­
  de  1910  et  1911  donnent  une  progression  supérieure.
Comme  le  bois  fait  défaut  dans  toute  la  région  pétrolifère
et  que  le  charbon  revient  à  un  prix  fort  élevé,  les  raffineurs
ont  appliqué  à  toutes  leurs  machines,  le  chauffage  au  moyen
du  pétrole  brut,  des  sucreries  ont  imité  ce  procédé  et
réalisent  une  économie  énorme.  Des  essais  sont  tentés  à
l’heure  actuelle,  dans  le  but  de  savoir  si,  comme  l’ont  fait
les  Russes  pour  leur  chemin  de  fer  de  l’Asie  centrale,  le
pétrole  peut  avantageusement  remplacer  le  charbon  pour
chauffer  les  locomotives.  Nous  ignorons  encore  le  résultat
de  ces  essais,  mais  il  ne  fait  aucun  doute  que  l’industrie
du  pétrole  prendra  plus  tard,  au  moment  de  l’ouverture
du  canal  de  Panama,  une  extension  considérable.

(1)  Les  districts  d’Amotapo  et  de  Tumbes  se  trouvent  dans  le  département ­
  de  Piura.
(2)  Il  existe  encore  «  The  Lobitos  Oilfields  Ltd  »  ;  la  «  The  South  American ­
  Petroleum  Syndicate  »,  et  la  «  Compagnie  de  Pétrole  »  (française)  ;
ies  deux  dernières  travaillent  irrégulièrement.  En  raison  de  l’accroissement ­
  de  l’exportation  on  vient  de  construire  à  Pa'ita  un  dépôt  d’emmagasinage ­
  du  pétrole.
(3)  Le  gallon  a  une  contenance  de  3  litres  environ.
        <pb n="349" />
        330

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Voici,  à  titre  de  renseignement,  la  composition  chimique

du  pétrole  brut  péruvien  comparée

avec  celle  des

pétroles

russe  et  yankee  :

Pérou

États-Unis

Russie

Charbon

84,9

49,8

87,4

Hydrogène.......

13,7

6,3

15,2

Oxygène

1,4

44,6

0,1

Le  borax  est  un  produit  qui  existe  en  couches  épaisses
dans  le  sud  du  Pérou  et  dont  l’exploitation  prend  de  jour
en  jour  plus  d’importance.  Arequipa  trouve  dans  l’industrie ­
  du  borax  des  bénéfices  très  importants.  A  75  kilomètres ­
  de  cette  ville,  entre  les  ramifications  des  volcans
Misti  et  Ubinas,  il  y  a  une  étroite  vallée  de  16  kilomètres
de  longueur  sur  8  de  large,  où  les  eaux  qui  descendent
des  volcans  deviennent  stagnantes  et  laissent  par  évaporation ­
  des  dépôts  de  borate  de  chaux  de  40  à  50  centimètres
d’épaisseur,  de  la  matière  brute  desquels  on  extrait  40  à
50  pour  100  d’acide  borique.
Des  soufrières  existent  sur  la  Costa  et  dans  la  Sierra,
mais  elles  se  rencontrent  en  plus  grand  nombre  dans  la
chaîne  volcanique  du  sud  où  on  les  trouve  en  dépôts  chimiquement ­
  purs  et  d’une  grande  importance.
Les  principales  carrières  de  marbre,  d’albâtre,  etc.,  se
trouvent  dans  les  départements  de  Puno  et  d’Ayacucho.
On  trouve  le  cobalt  et  le  nickel  dans  la  province  de
Iiuanta.
Les  gisements  de  plomb,  de  fer,  d’aluminium,  de  chaux,
de  magnésie,  de  sulfate  de  soude,  sont  nombreux  dans  les
départements  d’Arequipa,  Ancachs,  Piura,  Huancavelica,
Cajamarca.  La  production  du  plomb,  tant  en  lingots  qu’en
minerais,  donne  en  moyenne  9.000  tonnes,  avec  une  teneur
en  plomb  de  2.000  tonnes.
La  valeur  de  cette  production  en  plomb  a  été  de
        <pb n="350" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

331

8.500  livres.  Le  plomb  en  lingots  pour  usages  industriels
se  vend  à  Lima  à  raison  de  13  livres  40  centavos  la  tonne
métrique.  Les  districts  producteurs  de  plomb  sont  dans
les  départements  de  Ancachs,  Huancavelica,  Junin  et
Lima.
On  croit  généralement  que  les  gisements  de  guano  qui
contribuèrent  à  entretenir  le  budget  péruvien  jusqu’en  1880
sont  aujourd’hui  complètement  épuisés;  il  n’en  estrien,  et
il  reste  encore  dans  les  îles  de  la  côte  des  amas  de  guano
qui  peuvent  être  évalués  à  8  ou  9  millions  de  tonnes.  Les
îles  les  plus  riches  en  guano  étaient  les  îles  Chincha  à
18  kilomètres  de  la  côte  ;  aujourd’hui,  comme  il  ne  reste
plus  sur  ces  îles  qu’une  centaine  de  mille  tonnes  de  guano,
le  gouvernement  péruvien  décida  que  le  précieux  engrais
serait  réservé  pour  l’agriculture  du  pays.  C’est  avec  parcimonie ­
  qu’il  accorde  les  permis  d’extraction  dans  les  îles
situées  au  sud  du  Callao;  dans  celles  situées  au  nord,  le
guano  existe  encore  en  grande  quantité,  mais  il  est  d’une
qualité  un  peu  inférieure  parce  que  plus  humide  ;  il  s’en
fait  cependant  une  exportation  de  350.000  tonnes  par
an.
Les  principaux  gisements  sont  :
Los  Islotes,  Chipana,  Punia  de  Huanillo,  PuntaBlanca,
Pabellon  de  Pica,  Isla  de  las  Yiejas,  Iles  de  Chincha,
Supé,  Guanape,  Macabi,  Lobos  de  Afuera,  Lobos  de
Tierra,  Iles  Hormigas  de  Tierra,  Pescadores,  et  sur  une
centaine  d’autres  îles  et  îlots  situés  à  une  plus  ou  moins
grande  distance  de  la  côte,  mais  jamais  supérieure  à
25  kilomètres.
XXI.  —En  terminant  ce  chapitre,  il  n’est  peut-être  pas
inutile  de  donner  quelques  indications  sur  la  façon  de
procéder  pour  acquérir  une  ou  plusieurs  concessions  minières ­
  au  Pérou.
        <pb n="351" />
        332

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

i

Toutes  les  mines  sont  propriété  de  l’État,  mais  de
même  que  dans  les  autres  républiques  sud-américaines,  le
gouvernement  péruvien  accorde  volontiers  des  concessions
de  mines  à  quiconque  les  sollicite,  sous  la  seule  condition ­
  de  payer  une  contribution  semestrielle  de  15  soles  par
pertenencia.  La  pertenencia  est  l’unité  de  mesure  établie
au  Pérou  par  la  loi  de  1901,  concernant  les  adjudications
de  mines.  Cette  unité  a  la  forme  d’un  rectangle  de  2  hectares ­
  d’étendue,  ayant  200  mètres  sur  un  côté  et  100  de
l’autre  sur  une  profondeur  indéfinie.  Pour  les  gisements
de  charbon,  de  pétrole,  sur  les  placers  et  gisements
analogues  d’or,  de  platine,  d’étain,  etc.,  les  pertenencias
  auront  comme  base  un  carré  de  200  mètres  de
côté  (1).
Les  pertenencias,  qui  dans  leur  ensemble  forment  une
seule  concession,  doivent  être  groupées  sans  solution  de
continuité,  formant  un  rectangle  dont  les  côtés  seront  en
relation  sans  qu’ils  excèdent  la  proportion  de  dix  à  cent.
Le  rectangle  que  forme  une  pertenencia  ou  un  ensemble  de
pertenencias,  devra  être  situé  dans  la  direction  que  désigne
le  demandeur,  il  pourra  se  composer  du  nombre  de  pertenencias ­
  sollicitées  de  façon  à  ce  que  celles-ci  ne  dépassent
pas  60  dans  chaque  concession;  on  devra  mentionner  aussi
les  points  culminants  de  la  concession  mensurée  en  se
conformant  aux  points  fixés  par  les  bornes  des  concessions ­
  voisines,  s’il  en  existe.
La  première  chose  que  doit  faire  une  personne  étrangère ­
  ou  non,  qui  veut  acquérir  une  mine,  c’est  de  s’informer ­
  de  la  situation  des  principaux  centres  miniers,  de
la  qualité  des  mines  et  des  conditions  plus  ou  moins  favorables ­
  du  terrain.  Une  fois  que  l’on  aura  porté  son  choix  sur
(1)  Soit  20  ou  40.000  mètres  carrés.
        <pb n="352" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

333

un  district  quelconque,  on  devra  regarder  sur  le  journal
officiel  le  dernier  tableau  publié,  afin  de  savoir  quelles  sont
les  mines  de  l’endroit  possédant  déjà  un  propriétaire.
Connaissant  les  pertenencias  possédées  légalement,  il  lui
sera  facile  de  choisir  celles  qui  restent  libres,  après  quoi  il
fera  sa  demande.  Celle-ci,  appelée  aussi  denuncia,  dénonciation, ­
  est  publiée  et  si  personne  ne  revendique  la  propriété, ­
  la  concession  est  accordée,  après  qu’on  aura  fait
un  commencement  d’exploitation  (creuser  un  trou  d’essai).
L’ingénieur  chargé  de  ce  service  passe  avec  un  écrivain
public  pour  mesurer  la  pertenencia,  en  lever  le  plan,  fixer
les  bornes  et  donner  possession.
Ceci  fait,  et  toutes  ces  formalités  ayant  été  enregistrées, ­
  une  copie  de  l’acte  légalisée  est  adressée  à  la  section
des  mines  du  ministère  des  Travaux  publics,  aux  frais  de
l’intéressé  à  qui  on  remet  l’expédition  originale  comme
titre  de  propriété.
Pour  conserver  la  jouissance  absolue  de  sa  mine,  il  suffit ­
  au  concessionnaire  de  payer  ponctuellement  la  contribution ­
  semestrielle  de  15  soles.  Le  défaut  de  paiement  de  cette
contribution  pendant  trois  semestres  consécutifs  est  suffisant ­
  pour  entraîner  la  perte  de  lamine,  qui,  dans  ce  cas,
peut  être  dénoncée  par  quiconque  voudrait  se  substituer
aux  droits  de  l’ancien  propriétaire.
Pour  les  contrées  où  il  n’existerait  pas  de  cadastre,  il
suffit  au  demandeur  de  délimiter  le  plus  exactement  possible ­
  la  concession  qu’il  désire,  d’en  faire  ce  qu’on  appelle
la  dénonciation  qui  est  en  même  temps  la  demande,  celleci
  paraît  à  l'Officiel,  et  si  personne  n’en  revendique  la  possession, ­
  la  concession  est  accordée  après  les  mêmes  formalités ­
  que  pour  les  autres  mines.  Contrairement  à  ce  qui  se
passe  en  France,  l’obtention  d’une  concession  n’entraîne
pas  une  série  interminable  de  formalités  et  de  démarches
        <pb n="353" />
        334

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

longues  et  ennuyeuses,  capables  de  décourager  les  meilleures ­
  volontés  (1).
Au  point  de  vue  minier  il  y  a  au  Pérou  beaucoup  d’affaires ­
  actuellement  négligées  ou  travaillées  sur  une  petite
échelle,  faute  du  capital  nécessaire  à  leur  développement.
Le  champ  est  vaste  pour  la  création  de  nombreuses  entreprises ­
  et  l’investissement  de  capitaux  rencontrerait  des
conditions  très  avantageuses.
Les  minerais  de  cuivre,  d’argent,  etc.,  à  faible  teneur,
sont  très  abondants  spécialement  dans  le  district  de  Puno,
et  la  création  de  fours  de  fusion  serait  rémunératrice.  Par
suite  des  frais  de  transports  élevés  que  ces  minerais  ont
à  payer,  ils  ne  sont  pas  exploités  et  il  n’y  a  que  ceux
d’une  teneur  moyenne  de  20  pour  100  qui  sont  embarqués. ­
  A  Santa  Lucia,  un  Anglais  a  entrepris  la  fusion
récemment,  mais  sur  une  petite  échelle.  Sur  toute  son
étendue  le  département  de  Puno  constitue  un  excellent
district  minier,  de  bonnes  propriétés  minières  peuvent  y
être  acquises.  Les  taxes  ne  sont  pas  élevées  ;  le  gouvernement ­
  encourage  les  exploitations  et  accorde  des  facilités; ­
  le  matériel  pour  mines  et  autres  établissements  est
introduit  en  franchise.
Le  taux  des  salaires  pour  ouvriers  mineurs  indigènes
varie  de  1  à  2  soles  (2  fr.  50  à  5  francs)  par  jour,  suivant
la  nature  du  travail.
(1)  L’administration  supérieure  des  mines  s’exerce  par  le  gouvernement
assisté  d’un  conseil  supérieur,  à  Lima,  et  de  Députations  ou  délégations
dans  les  centres  miniers.  Conformément  à  l’article  39du  Code  des  mines,
les  étrangers  peuvent  être  membres  de  ces  députations.
        <pb n="354" />
        I

CHAPITRE  XVI

I.  Développement  industriel  et  commercial  du  Pérou.  —  II.  Données  statistiques. ­
  —  III  Importations,  exportations.  —  IV.  Rendement  des
impôts.  —  V.  Marchandises  transportées.  —  VI.  Exportation  du  sucre.
—  VII.  Situation  financière.  —  VIII.  La  Péruvian  corporation  et  la  dette
péruvienne.  Crédit  extérieur.  —  IX.  Nouveaux  emprunts.  —  X.  C‘*  de
navigation  péruvienne.  —  XI.  O*  de  navigation  étrangères.  —
XII.  Absence  du  pavillon  français  sur  la  côte  du  Pacifique.

I.  —  Six  années  de  paix  et  de  stabilité  politique  ont
produit  au  Pérou,  si  longtemps  désolé  par  des  luttes
intestines,  des  résultats  très  remarquables  dans  le  commerce ­
  et  l’indnstrie.  Des  efforts  appréciables  ont  été
tentés  pour  y  développer  la  production  agricole  et  minière;
il  faut  reconnaître  que  des  résultats  très  notables  ont  déjà
été  obtenus.  L’administration  publique  a  reçu  d’importantes ­
  améliorations,  et  quelques  entreprises  bien  conçues
rétablirent  la  confiance  dans  les  affaires.
Les  capitaux  étrangers  commencent  à  prendre  le  chemin
du  Pérou,  et  les  capitaux  péruviens,  naguère  si  méfiants,
se  montrent  de  plus  en  plus  et  s’associent  avec  les  premiers, ­
  surtout  pour  les  entreprises  agricoles.
Dans  le  cours  de  l’année  1905  il  avait  été  souscrit
f0  millions  de  soles  pour  le  développement  et  l’exploitation
        <pb n="355" />
        336

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

de  différentes  mines,  plantations,  chemin  de  fer  électrique, ­
  etc.  Pendant  les  années  1910  et  1911  la  progression ­
  des  capitaux  fut  beaucoup  plus  considérable.
Cependant  le  record  sous  ce  rapport  appartient  à  l’année ­
  1907,  au  cours  de  laquelle  on  a  fondé  plus  de  quatrevingts
  entreprises  minières,  agricoles  et  industrielles,  dont
l’ensemble  représente  un  capital  de  85  millions  de  soles.
Parmi  ces  sociétés,  la  Inca  Rubber  Trading  Cy  et  la
Peruvian  Mining,  Smelting  andRefining  Cy,  que  nous
avons  déjà  citées,  se  sont  constituées  aux  Etats-Unis  avec
chacune  un  capital  de  dix  millions  de  soles  ;  les  compagnies ­
  électriques  associées  qui  viennent  de  fusionner  disposent ­
  d’un  capital  de  près  de  18  millions  de  soles.  Les
différentes  sociétés  chargées  de  la  construction  de  divers
travaux  de  routes  et  de  voies  ferrées,  travail  auquel  elles
ajoutent  l’exploitation  d’importantes  concessions  territoriales, ­
  disposent  aussi  de  capitaux  considérables.
Pendant  ces  deux  dernières  années,  l’industrie  péruvienne, ­
  quoique  encore  dans  l’enfance,  s’est  développée
d’une  façon  assez  satisfaisante;  le  nombre  des  moulins  et
des  fabriques  a  augmenté  de  7  à  8  pour  100  (1).  Le  Pérou
possède  actuellement  soixante-douze  moulins  à  sucre
(ingenios)  pourvus  en  général  d’un  matériel  moderne  et
d’alambics  pour  la  distillation  de  l’alcool,  qui  sont  dispersés
un  peu  partout  sur  le  territoire  péruvien;  cependant,  les
plus  importants  se  trouvent  sur  la  Costa.
Trois  fabriques  de  chaussures  à  Lima.
(1)  L’installation  de  fabriques  centrales,  bien  outillées,  pour  broyer  la
canne  et  extraire  le  sucre  rendrait  de  réels  services  aux  planteurs  et
serait  une  bonne  affaire,  car  la  réussite  est  absolument  assurée.  Ces
moulins  occupent  dans  les  campagnes  un  espace  très  réduit.  Ils  broient,
raffinent,  distillent  l’alcool  et  prélèvent  pour  ces  différentes  opérations
30  à  35  pour  cent  sur  le  produit  brut  ;  ces  ingenios  ou  moulins  achètent
aussi  la  canne  au  poids  et  travaillent  pour  leur  compte.
        <pb n="356" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  337

Quatorze  de  bougies  et  de  savon  :  à  Lambayeque,
deux;  Trujillo,  deux;  Lima,  huit;  Cuzco,  deux.
Il  existe  six  fabriques  de  cocaïne  à  Cuzco,  Huanuco  et
au  Callao.
Deux  fabriques  de  chapeaux  à  Lima  et  au  Callao;  dans
ces  centres  existent  aussi  deux  fabriques  d’allumettes.
Une  fabrique  de  filés  de  coton  à  Lima.
Treize  fabriques  de  tissus  de  laine  et  coton  :  à  Lima,
six;  Cuzco,  trois;  Arequipa,  trois;  Ica,  une  (1).
Neuf  fabriques  d’huile  à  Lima,  Chincha,  Pisca,  Huacho
et  Sullana.
Six  fabriques  de  liqueurs  (2),  à  Lima  et  au  Callao;  dans
ces  deux  villes  ainsi  qu’à  Arequipa  et  au  Cuzco,  il  y  a
aussi  deux  grandes  brasseries.  Lima  possède  en  plus  plusieurs ­
  grandes  minoteries  ;  douze  tanneries  fonctionnent
à  Lima  et  sept  autres  à  Cuzco,  Lambayeque  et  Piura.
Le  Cuzco  et  Lima  ont  cinq  fabriques  de  poteries;  quatre
fabriques  d’amidon  existent  à  Lima,  Lambayeque  et  Trujillo ­
  ;  il  y  a  aussi  plusieurs  scieries  à  Lima  et  au  Callao,
A  ces  industries,  il  faut  ajouter  des  verreries  à  Ica  et
Pisco,  des  établissements  typographiques,  lithographiques, ­
  de  gravure  et  de  fonderie  de  caractères,  et  deux
fabriques  de  papiers  pour  journaux,  à  Lima.  On  fabrique
les  chapeaux  de  paille  dits  de  «  Panama  »  à  Catacaos  et

(1)  Ces  fabriques  ne  fournissent,  comme  rendement,  que  le  2  pour  100
de  la  demande  ;  l’installation  de  nouvelles  fabriques  s’impose  donc.  En
outre,  une  compagnie  qui  se  formerait  pour  généraliser  sur  la  Costa
l’usage  des  charrues  à  vapeur,  pourrait  passer  avec  les  planteurs  des
contrats  avantageux,  pour  labourer  et  préparer  les  terres,  ces  machines
watoires  n'étant  pas  encore  très  nombreuses  dans  la  région.
(2)  En  raison  de  l’augmentation  constante  des  impôts  sur  les  liqueurs,
eaux-de-vie  et  vins  étrangers,  la  distillation  du  vin  et  la  culture  de  la
vigne  assureraient  une  fortune  rapide  à  ceux  qui  se  décideraient  à  cette
branche  de  culture  ou  d’industrie.  L’alcool  étant  toujours  le  produit  qui
trouve  le  plus  d’amateurs  dans  ces  pays.

22
        <pb n="357" />
        338

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Moyobamba,  ainsi  qu’à  Trujillo,  Eten  et  même  à  Lima,
mais  en  petite  quantité  dans  ces  derniers  centres.
Il  existe  en  outre  soixante  ateliers  métallurgiques  particuliers, ­
  cinq  fonderies  centrales  où  l’on  traite  le  minerai
et  cinq  raffineries  de  pétrole  à  Tumbes  et  Païta.
Dans  la  zone  sud  et  sud-ouest  on  importe  en  grande
quantité  des  bouteilles,  de  la  poterie  et  des  produits  de  la
verrerie,  aucune  fabrique  d’un  peu  d’importance  n’existant ­
  dans  la  région  bien  que  la  terre  appropriée  et  le  sable
fin  se  rencontrent  en  abondance  tout  le  long  de  la  ligne
vers  Arequipa.  Il  est  plutôt  étrange  que,  la  matière  première ­
  pour  la  fabrication  de  ces  produits  se  trouvant  sous
la  main,  personne  n’ait  encore  tenté  d’entreprendre  cette
affaire.
Tels  sont,  à  peu  près,  tous  les  éléments  de  production
du  Pérou.  Il  y  a  bien  encore  quelques  petites  usines,
quelques  fabriques,  mais  aucun  de  ces  établissements  n’a
grande  importance  et  leurs  produits  entrent  pour  peu  de
chose  dans  la  consommation  du  pays  qui  achète  au  dehors
tous  ses  outils,  machines,  étoffes,  meubles  et  en  général
tous  les  objets  manufacturés.
II.  —  Les  données  statistiques  ne  sont  pas  très  en  honneur ­
  au  Pérou,  et  les  chiffres  de  l’office  du  Callao  sont
parfois  contradictoires,  cependant  dans  leur  ensemble  on
observe  que  le  commerce  du  Pérou  s’est  développé  d’une
façon  très  notable  pendant  ces  dernières  années.
III.  —  Les  importations  se  signalent  par  des  variations
assez  marquées.  En  1908,  elles  atteignirent  5.311.972  livres ­
  ;  en  1909,  elles  descendirent  à  4.298.627  livres;
en  1910,  il  y  eut  une  reprise,  les  importations  remontèrent ­
  à  4.980.697  livres.  Cette  reprise  s’est  accentuée
en  1911  et  1912  si  l’on  en  juge  par  les  recettes  des  douanes
maritimes  qui,  d’après  les  statistiques  récemment  publiées,
        <pb n="358" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

339

donnèrent  1.211.080  livres  en  1911,  pour  tous  les  ports
de  la  république,  soit  une  augmentation  de  231.268  livres
sur  1910.
Les  exportations  du  port  fluvial  d’Iquitos  se  ressentent
des  fluctuations  de  valeur  subies  par  ses  principaux  produits ­
  tels  que  le  caoutchouc  ou  l’ivoire  végétal,  tombant
par  exemple  de  818.000  livres  à  557.000  livres.  Il  en  est
de  même  des  importations  qui  passent  de  371.275  livres
en  1908,  au  chiffre  sans  précédent  de  903.207  livres
en  1910.
Les  recettes  des  douanes  maritimes  pendant  le  premier
trimestre  de  1912,  s’élevèrent  à  307.773  livres,  contre
292.409  livres  en  1911.  D’autre  part,  les  recettes  de  la
douane  d’Iquitos  donnèrent  60.070  livres  pendant  la  même
période.
Les  exportations  pour  l’ensemble  du  pays  suivent  une
progression  toujours  ascendante  :  en  1908,  5.478.941  livres ­
  ;  en  1909,  6.492.670  livres  ;  en  1910,  elles  s’élevèrent
à  la  somme  de  7.074.176  livres.  Le  Pérou  importe  en
grandes  quantités  les  farines  américaines  de  Californie,
transportées  en  majeure  partie  par  les  vapeurs  allemands
de  la  «  Kosmos  Linie  ».  La  farine  paie  un  droit  de  0,04  centavos
  par  kilo,  plus  un  droit  additionnel  de  8  pour  100.
En  général,  la  moyenne  de  l’impôt  sur  les  importations
taxées  est  de  33  pour  100  y  compris  les  8  pour  100  additionnels. ­
  Les  droits  sur  les  exportations  s’élèvent  à  4
Pour  100  de  leur  valeur.
En  résumé,  il  résulte  des  renseignements  les  plus
récents  que  le  commerce  total  du  Pérou  continue  à  se
développer  :  de  10.671.387  livres  en  1908,  il  passe  à
10.791.297  en  1909,  à  12.054.873  en  1910  pour  atteindre
13.793.416  en  1911,  malgré  les  difficultés  politiques  et
extérieures  de  ces  dernières  années.
        <pb n="359" />
        340

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

IV.  —  Outre  le  rendement  des  douanes,  les  revenus  du
pays  sont  formés  par  l’impôt  sur  les  alcools  qui  produit
environ  400.000  livres;  l’impôt  sur  le  tabac,  donnant
180.000  livres  ;  l’impôt  sur  le  sucre  produisant  100.000  livres ­
  ;  l’impôt  sur  le  sel,  95.000  livres,  etc.
Les  revenus  s’accroissent  également,  de  2.861.299  livres ­
  en  1908  à  3.227.417  livres  en  1911,  et  à  3.457.463  livres ­
  en  1912.  Le  budget  de  1913  est  basé  sur  des  recettes
évaluées  à  3.635.570  livres.
V.  —  Les  marchandises  transportées  par  les  chemins
de  fer  ont  été  en  1911  de  110.000  tonnes  supérieures  à
celles  de  1910,  avec  un  ensemble  de  697.000  tonnes.
La  situation  des  sept  principaux  établissements  financiers ­
  du  Pérou,  y  compris  la  Caisse  d’Epargne  et  la  Caisse
des  Dépôts  et  Consignations,  est  des  plus  satisfaisantes.
—  Le  capital  et  les  réserves  qui  en  1906  étaient  de
1.137.000  livres,  atteignaient  1.722.823  livres  en  1911.
La  Banco  del  Perd  y  Londres  figure  dans  cette  balance
pour  775.000  livres  (le  total  de  l’actif  et  du  passif  de  cette
banque  est  de  4.100.000  livres);  le  Banco  Italiano,  pour
291.030  livres,  etc.
VI.  —  L’exportation  du  sucre  péruvien  fut  en  1909  de
125.351  tonnes,  d’une  valeur  de  1.159.898  tonnes,  et  en
1910,  d’une  valeur  de  1.285.868  livres  (1);  celle  du  coton,
de  24.000  tonnes  en  1906,  passe  à  42.000  tonnes  en  1909,
d’une  valeur  de  1.663.414  livres  ;  en  1910,  il  y  eut  recul
car  on  n’exporta  que  pour  1.013.820  livres  de  coton.
Nous  savons  que  la  valeur  des  minerais  exportés  s’éleva  à
1.922,559  livres  en  1910.
VII.  —  Au  point  de  vue  financier  la  situation  du  Pérou
est  aujourd’hui  devenue  plus  satisfaisante.
(1)  Après  avoir  subi  quelques  armées  de  crise,  l’industrie  sucrière  prend
graduellement  une  nouvelle  prospérité.
        <pb n="360" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

341

En  1889,  la  dette  externe  s’élevait  à  60.000.000,  chiffre
considérable  pour  un  pays  qui  se  relevait  difficilement
d’une  guerre  désastreuse.  Dans  le  but  d’annuler  cette
dette,  le  gouvernement  péruvien  signa  en  1890  avec  les
détenteurs  de  ses  bons,  représentés  par  la  Peruvian
Corporation,  un  contrat  par  lequel  il  cédait  à  ceux-ci,
pendant  soixante-dix  ans,  l’usufruit  des  chemins  de  fer
nationaux,  3.000.000  de  tonnes  de  guano,  et  plusieurs
autres  concessions  en  échange  de  la  complète  et  irrévocable ­
  extinction  de  la  responsabilité  du  Pérou  pour  les
emprunts  souscrits  en  1869,  1870  et  1872  et  toutes  les  réclamations ­
  que  pourraient  faire  contre  le  gouvernement
les  constructeurs  des  dits  chemins  de  fer.  La  Peruvian
Corporation  prenait  aussi  l’engagement  d’achever  divers
tronçons  de  voies  ferrées.
Les  titres  de  la  dette  consolidée  en  1899  s’élèvent  à  la
valeur  nominale  de  2.660.645  livres  or;  le  paiement  des
intérêts  de  cette  dette  est  à  jour.
VIII.  —  Les  relations  du  gouvernement  péruvien  avec
la  Peruvian  Corporation  ne  furent  pas  toujours  très  faciles ­
  ;  le  manque  de  sagacité  et  la  mauvaise  administration ­
  de  cette  société  au  Pérou  étant,  paraît-il,  la  cause  de
continuels  désaccords.  Aussi,  en  novembre  1904,  le  gouvernement ­
  fut  autorisé,  par  une  loi,  à  faire  avec  ladite
corporation  un  règlement  général  de  comptes  au  sujet  des
obligations  réciproques  nées  de  l’inexécution  du  contrat
de  1890;  le  représentant  de  la  compagnie  au  Pérou  a  présenté ­
  au  gouvernement  péruvien  une  proposition  d’arrangement ­
  dont  les  clauses  principales  sont  :  suppression  de
1  annuité  de  80.000  livres  à  laquelle  le  gouvernement
s  était  engagé  pour  trente  ans  ;  annulation  de  l’obligation
pour  la  compagnie  de  construire  les  160  kilomètres  de  voies
aouvelles  en  prolongement  des  voies  existantes  de  1890  ;
        <pb n="361" />
        342

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

propriété  à  perpétuité  des  chemins  de  fer  cédés  pour
soixante-dix  ans  par  contrat  de  1890,  ainsi  que  tous  ceux
qui,  ultérieurement,  seraient  construits  avec  le  capital  de
la  compagnie  ;  obligation,  pour  la  Peruvian,  de  construire ­
  les  chemins  de  fer  suivants  :  de  la  Oroya  à  Huancayo
  ;  de  Sicuani  au  Cuzco  ;  de  Ilo  à  Moquegua  ;  de
Yonan  à  la  Vina;  obligation,  à  charge  du  gouvernement
de  verser  pendant  vingt  ans,  à  la  compagnie,  une  annuité
de  60.000  livres  à  prélever  sur  le  produit  du  monopole  du
tabac,  dont  la  perception  serait  confiée  à  la  Peruvian  Corporation ­
  Company;  remise  à  la  compagnie  de  l’exploitation ­
  des  quais  exploités  par  le  gouvernement,  moyennant
un  engagement  de  cette  dernière  de  verser  à  l’État
40  pour  100  des  recettes  brutes  pendant  vingt  ans  et
50  pour  100  dans  la  suite  ;  cession  de  la  propriété  absolue
des  500.000  hectares  du  Pérunè  et  droit  reconnu  à
1.500.000  hectares  supplémentaires  lorsque  serait  terminé
le  chemin  de  fer  à  l’Orient.
Ce  projet  d’arrangement  n’ayant  pas  été  approuvé  par
la  direction  de  la  Peruvian  Corporation  à  Londres,  le  représentant ­
  de  la  compagnie  au  Pérou  a  donné  sa  démission, ­
  et  la  situation  de  la  Peruvian  vis-à-vis  du  gouvernement ­
  resta  dans  le  statu  quo,  avec  une  plus  forte  tension ­
  dans  les  relations  jusqu’en  mars  1907,  époque  de
l’arrivée  au  Pérou  de  M.  Guillaume  Eyre,  membre  directeur ­
  de  la  Peruvian.
Le  gouvernement  fut  autorisé  à  traiter  ferme  avec  la
compagnie  et  à  arranger  les  questions  pendantes  dérivant
de  l’annulation  de  la  dette  extérieure.  De  son  côté  M.  Eyre
était  muni  de  tout  pouvoir  pour  signer  une  transaction.
Celle-ci  mit  fin  à  tous  ces  litiges.
En  1905  les  recettes  du  budget  péruvien  avaient  été
estimées  à  2.223.488  livres,  mais  elles  se  sont  élevées  à
        <pb n="362" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE  343

2.471.354  livres,  soit  une  augmentation  de  147.866  livres
sur  la  somme  estimée.
Les  débours  effectués  avec  des  crédits  supplémentaires
pendant  cette  même  année  pour  faire  place  aux  dépenses
imprévues  de  l’administration  s’élevèrent  à  la  somme  de
91.514  livres,  ce  qui  laissa  un  excédent  de  56.352  livres.
Ce  résultat,  qui  prouve  la  prospérité  économique  du  pays,
fit  une  excellente  impression  en  pays  étranger  et  contribua
pour  beaucoup  à  la  conclusion  de  contrats  avantageux.
XI.  —  C’est  donc  de  l’année  1905  que  date  le  véritable
relèvement  financier  du  Pérou,  dont  les  troubles  intérieurs
et  l’instabilité  gouvernementale  avaient,  jusqu’après  1900,
profondément  ébranlé  le  crédit  extérieur.  A  la  fin  de  cette
année,  en  effet,  le  gouvernement  péruvien  négocia  à  Berlin
un  emprunt  de  600.000  livres  péruviennes,  soit  15  millions
de  francs,  au  taux  d’émission  de  90  pour  100,  avec
6  pour  100  d’intérêt  et  2  pour  100  d’amortissement.
Cette  mesure  financière  réhabilita  le  crédit  péruvien
sur  le  marché  européen,  car  en  1906,  un  emprunt  de
75  millions  de  francs  put  être  également  opéré  en  Allemagne, ­
  au  taux  d’émission  de  92  pour  100  et  6  pour  100
d’intérêt.  A  la  fin  de  1912,  la  Dette  Externe  du  Pérou
comprenait  en  outre  ;  1°  un  emprunt  de  1.200.000  livres
contracté  avec  la  Société  Générale  et  la  Banque  de  Paris
et  des  Pays-Bas,  à  l’intérêt  annuel  de  5  et  demi  pour  100.
Un  amortissement  de  18.120  livres  avait  été  lait  sur  cet
emprunt  à  la  date  du  30  juin  1911.  2°  Un  emprunt  de
340.000  livres  consenti  par  les  mêmes  établissements
financiers,  le  5  avril  1910.
X.  •—  Le  gouvernement  péruvien  s’efforce  aussi  d’augmenter ­
  ses  moyens  de  transport  par  mer.  C’est  ainsi  qu’il
a  favorisé  la  constitution  d’une  Compagnie  péruvienne  de
navigation  à  vapeur.  Cette  société  qui  suivant  les  termes
        <pb n="363" />
        344

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

de  la  loi  votée  en  1906,  devait  se  former  avec  un  capital  de
1.500.000  livres  dont  la  moitié  devait  être  immédiatement
déposée,  se  constitua  très  rapidement,  car  l’intérêt  principal ­
  du  projet  réside  dans  la  subvention  accordée
par  le  gouvernement  et  qui  s’élève  à  la  somme  de
750.000  livres  assurée  pendant  une  période  de  quinze
années.  Cette  somme  est  garantie  par  le  droit  imposé  sur
la  consommation  des  allumettes.
Le  service  est  assuré  de  la  manière  suivante  :
1°  Un  service  rapide  entre  le  Callao  et  Panama,  au
moyen  de  deux  navires  à  deux  hélices,  d’une  vitesse  de
vingt  nœuds,  qui  font  deux  voyages  aller  et  retour  par
mois,  en  correspondance  avec  les  navires  venant  de  New-York
  et  d’Europe  par  Colon.  Cette  ligne  est  desservie  par
trois  autres  vapeurs  à  deux  hélices,  de  4.000  tonnes,  possédant ­
  des  cabines  de  première  et  seconde  classe,  ainsi
que  des  cabines  de  luxe  ;  ils  sont  munis  de  la  télégraphie
sans  fil.
Cette  compagnie  a  également  établi  un  service  entre
Guayaquil  et  Yalparaiso  avec  escales  aux  ports  intermédiaires ­
  du  Pérou,  et  une  ligne  de  cabotage  entre  les  ports
péruviens  situés  entre  Huacho  et  Pisco.  Ce  service  de
cabotage  est  fait  par  quatre  vapeurs  d’un  tonnage  total
de  7.598  tonnes.
Le  port  de  Mollendo  a  été  considérablement  amélioré
parla  construction  d’un  brise-lames  achevé  à  la  fin  de  191-2;
malgré  cela,  en  temps  de  grosse  mer  il  est  encore  impossible ­
  de  travailler.  La  «  Peruvian  Corporation  »  dispose
d’engins  qui  facilitent  le  déchargement  rapide  des  navires
sur  le  quai.  Les  mois  de  l’année  où  les  tempêtes  se  font
sentir  dans  le  port  sont  juin,  juillet  et  août.  Les  compagnies ­
  de  chalands  et  les  autorités  de  la  douane  prennent
beaucoup  de  soins  pour  éviter  les  avaries.  Le  quai  pour
        <pb n="364" />
        345

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

passagers  a  également  été  transformé,  mais  par  mauvais
temps  on  doit  utiliser,  comme  par  le  passé,  le  fauteuil  hissé
à  quai  par  la  grue.
XI.  —  On  remarque  aussi  que  plusieurs  puissances,  en
prévision  de  la  recrudescence  d’affaires  qu’occasionnera
l’ouverture  maintenant  prochaine  du  canal  de  Panama,
cherchent  à  prendre  à  l’avance  de  solides  positions.  Dans
ce  but  plusieurs  compagnies  de  navigation  se  sont  constituées ­
  pour  faire  concurrence  aux  deux  compagnies,  l’une
allemande,  la  Kosmos,  l’autre  anglaise,  la  S.  P.  N.  C.
qui,  avec  la  Sud-Americana,  semblaient  jusqu’à  ce  jour
posséder  le  monopole  du  trafic  sur  la  côte  du  Pacifique.
Ce  sont  :
La  Merchants  Line  North  Pacific,  faisant  un  service
bi-mensuel  entre  San-Francisco  et  le  Callao.
A  Brême,  on  organisa  une  société  au  capital  de  8  millions ­
  de  marks,  la  Roland  Linie,  pour  établir  des  communications ­
  directes  avec  le  Pérou.  Cette  compagnie  dispose ­
  d’une  flotte  de  six  vapeurs  de  9.000  tonnes  chacun  et
expédie  régulièrement  chaque  mois  un  navire  à  destination
de  la  côte  du  Pacifique.
Une  compagnie  japonaise,  la  Toyo-Kisen-Khaisha
Company,  a  établi  un  service  bi-mensuel  aller  et  retour
entre  Yokohama,  Hong-Kong,  le  Callao  et  Iquique  ;  ce
service  fonctionne  depuis  deux  années.
La  Compagnie  allemande  Kosmos  construit  actuellement ­
  trois  navires  de  8.000  tonnes  chacun,  et  deux  autres
d’égal  tonnage  pour  les  passagers;  ces  navires  seront  du
modèle  du  Setos  qui  fit,  il  y  a  peu,  son  premier  voyage
sur  la  côte  du  Pacifique.
La  Compagnie  anglaise  Pacific  Steam  N.  C.  a  fait
construire  3  vapeurs  de  9.000  tonnes,  qui  ont  été  mis
eü  service  vers  la  fin  de  1910.  La  même  compagnie  a
        <pb n="365" />
        346

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

fait  aussi  construire  cinq  cargo-boats  de  6.000  tonnes,  car
ceux  que  cette  compagnie  a  en  service  ne  sont  plus  suffisants ­
  pour  faire  face  aux  nécessités  du  commerce.
La  Compagnie  chilienne  Compania  Sud-Américana,
de  Yapores,  fait  aussi  construire  trois  navires  de  3.800
tonnes  pour  le  cabotage.
La  Compagnie  anglaise  de  navigation  fluviale  The
Red  Cross  Line  Iquitos  entretient  un  service  permanent ­
  entre  Liverpool  et  Iquitos,  ayant  ses  vapeurs  mensuels ­
  qui  font  escale  seulement  au  Para  et  à  Manaos,  sans
y  effectuer  aucune  opération  commerciale.  Les  autorités
douanières  brésiliennes  se  bornent  à  envoyer  un  garde
qui,  rétribué  par  la  compagnie,  se  rend  à  bord  pour  surveiller ­
  le  transit  opéré  par  les  navires  dans  les  eaux  du
Brésil.
Ladite  compagnie  a  établi  une  autre  ligne  de  navigation ­
  entre  New-York  et  Manaos,  qui  fait  aussi  un  voyage
mensuel  en  combinaison  avec  la  ligne  de  Liverpool.  Les
marchandises  qu’apportent,  d’Amérique  du  Nord,  les  navires ­
  de  cette  ligne,  sont  transbordées  sur  des  chalands
appartenant  à  la  même  compagnie  qui  les  remorque
jusqu’à  Iquitos.
XII.  —Comme  on  le  voit,  aucune  compagnie  française
ne  figure  dans  cette  énumération;  il  nous  est  permis  de  le
déplorer  vivement.  La  marine  marchande  française  est
totalement  inconnue  sur  la  côte  du  Pacifique  ;  notre  pavillon ­
  n’y  flotte  à  de  rares  intervalles  que  sur  quelques  voiliers ­
  venant  charger  du  guano  aux  Chinchas,  ou  à  l’arrivée
d’un  modeste  bâtiment  de  l’escadre  du  Pacifique  qui  de
loin  en  loin  fait  son  apparition  sur  ces  côtes.  Avec  un
peu  de  bonne  volonté  et  d’initiative  nous  aurions  pu  y  faire
d’importantes  affaires.
En  1909,  aucun  navire  français,  vapeur  ou  voilier,  ne
        <pb n="366" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

347

figurait  dans  les  entrées  du  port  du  Gallao  ;  en  1911,  il  y
eut  4  voiliers.  Cependant  on  ne  devrait  guère  s’étonner
de  cet  état  de  choses,  quand  on  a  vu  une  de  nos  principales ­
  compagnies  maritimes,  sur  le  point  d’abandonner
la  ligne  de  l’Atlantique  Brésil-Plata,  qu’elle  ne  trouvait
plus  assez  rémunératrice,  alors  que  les  vapeurs  d’une  douzaine ­
  de  compagnies  de  navigation  étrangères,  anglaises,
allemandes,  italiennes,  espagnoles,  etc.,  emportent
du  fret  jusqu’à  leur  ligne  de  flottaison.  Peut-être  que  les
primes  à  la  navigation  et  les  subventions  ne  suffisent  pas,
comme  chez  nous  aux  actionnaires  de  ces  compagnies!
C’est  là  sans  doute  la  raison  de  leur  activité.
        <pb n="367" />
        CHAPITRE  XYII

I.  Infériorité  du  commerce  français  sur  la  côte  du  Pacifique.  —  II.  Une
clientèle  sympathique.  —  III.  Causes  de  notre  effacement.  —  IV.  Doléances ­
  des  commerçants  français.  —  V.  Voyageurs  de  commerce.
Méthode  à  suivre.  —  VI.  Agence  commerciale.  —  VII.  Exposition  de
produits  français.  —  VIII.  Lecture  des  rapports  consulaires.  —  IX.  Le
goût  du  consommateur.  —  X.  Crédit.  Usages  commerciaux  de  la  place
de  Lima.  —  XI.  Négociants  importateurs  et  exportateurs  péruviens.  —
XII.  Défaut  de  banque  française.  —  XIII.  Banque  allemande  Transatlantique. ­
  —  XIV.  Banquiers  péruviens.  Tarifs  d’intérêts.  —  XV.  Ce  que
nous  pouvons  vendre  au  Pérou.

I.  —  En  ce  qui  concerne  le  commerce  français,  de
même  que  pour  la  marine  marchande,  nous  ne  pouvons
malheureusement  que  constater  la  situation  inférieure  qui
lui  est  faite  sur  toute  cette  partie  de  la  côte  du  Pacifique.
Nous  allons  essayer  d’en  indiquer  les  causes,  et  les  moyens
sinon  d’y  remédier  tout  à  fait,  du  moins  d’en  atténuer
beaucoup  les  effets.
Parler  de  notre  infériorité  commerciale,  c’est  répéter
après  tant  d’autres,  et  des  plus  éminents,  tout  ce  qui  a
été  dit  à  ce  sujet;  cependant  toutes  les  occasions  étant
bonnes  pour  essayer  de  secouer  l’indolence  de  nos  industriels, ­
  à  qui  incombe  en  grande  partie  la  responsabilité  de
cette  infériorité,  il  est  bon,  dût-on  n’en  tenir  aucun  compte,
de  sonner  une  fois  de  plus  la  cloche  d’alarme.
        <pb n="368" />
        LE  PEROU  ECONOMIQUE

349

C’est  un  fait  indéniable  pour  tous  que  la  France
n’occupe  plus,  dans  les  républiques  de  l’Amérique  du  Sud,
le  rang  qu’un  moment  elle  avait  réussi  à  atteindre  par
son  génie  propre,  ses  innovations  artistiques,  commerciales
et  industrielles.
Au  Brésil,  dans  la  République  Argentine,  au  Chili,  au
Pérou,  dans  ces  pays  où  nous  jouissons  cependant  de
l’estime  et  de  la  sympathie  générales  par  la  douceur  et  la
noblesse  de  notre  caractère,  notre  esprit  vivace  et  le  goût
indiscutable  de  nos  produits,  nous  nous  sommes  laissé
distancer  par  l’Angleterre  d’abord,  puis  l’Allemagne,  les
États-Unis  et  quelquefois  la  Belgique.  L’heure  est  donc
difficile  au  point  de  vue  économique.
Durant  ces  vingt  dernières  années,  la  progression  de
nos  exportations  dans  les  pays  déjà  nommés  n’a  été  que
de  11  pour  100,  tandis  que  celle  des  exportations  allemandes ­
  atteignait  72  pour  100  contre  46  pour  100  à  l’Angleterre, ­
  35  pour  100  aux  États-Unis,  et  32  pour  100  la
Belgique.
Il  est  superflu  de  dire  que  cette  infériorité  est  surtout
imputable  à  notre  main-d’œuvre  qui  est  plus  chère  que
dans  les  pays  voisins,  ce  qui  augmente  la  valeur  des
objets  de  20  à  25  pour  100,  ensuite  à  l’inertie,  à  la  mauvaise ­
  volonté  même  de  nos  producteurs  qui  se  confinent
dans  des  procédés  routiniers.
Tout  change,  tout  progresse.  C’était  déjà  la  vérité
autrefois,  et  il  deviendra  désormais  de  plus  en  plus  évident ­
  qu’il  faut  aller  chercher  au  loin  la  clientèle,  qui,
sollicitée  de  toutes  parts,  a  perdu  l’habitude  de  venir  à
nous.
L’heure  est  favorable  pour  essayer  de  remonter  le  courant ­
  et  rattraper  si  possible  nos  concurrents.  Les  travaux
préliminaires  exécutés  par  les  Américains  dans  l’isthme
        <pb n="369" />
        350

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

de  Panama  tirent  à  leur  fin,  la  reprise  des  travaux  d’achèvement ­
  du  canal  est  imminente;  cette  entreprise  sera  cette
fois  poursuivie  avec  activité,  et  il  est  certain  que  l’ouverture ­
  plus  ou  moins  prochaine  de  cette  voie  maritime  si
longtemps  attendue,  est  appelée  à  déterminer  un  courant
commercial  énorme  entre  l’Europe  et  les  riches  pays  de
la  côte  du  Pacifique,  principalement  au  Pérou,  qui,  nous
le  répétons  encore,  est  le  pays  qui  doit  le  plus  bénéficier
de  l’ouverture  du  canal.
II.  —  C’est  dans  les  républiques  de  l’Amérique  du  Sud
que  les  négociants  français  ont  toujours  trouvé  l’accueil  le
plus  sympathique  en  même  temps  que  le  terrain  commercial ­
  le  plus  riche  et  le  plus  varié.
Il  n’y  a  là  rien  d’étonnant,  du  reste,  lorsque  l’on  songe
que  c’est  surtout  de  France  qu’elles  ont  tiré  la  substance
de  leur  éducation  et  de  leur  instruction.  Nos  méthodes
classiques,  nos  codes,  nos  livres  de  médecine  ont
servi  de  base  à  leur  enseignement  supérieur,  et  leurs
enfants,  en  grand  nombre,  sont  venus  en  France  achever
leurs  études,  suivre  les  cours  de  nos  Facultés  et  acquérir
brillamment  nos  diplômes  universitaires.  Être,  par
exemple,  docteur  en  médecine  de  la  Faculté  de  Paris,
constitue  pour  un  Latin  d’Amérique  un  titre  sérieux  à  la
considération  de  ses  compatriotes  et  lui  vaudra,  à  son
retour  au  pays  natal,  une  position  exceptionnelle  et  une
clientèle  choisie.
D’un  autre  côté,  notre  littérature  est  suivie  dans  l’Amérique ­
  latine  avec  une  extrême  attention,  nos  auteurs  sont
lus,  commentés,  critiqués,  nos  pièces  de  théâtre  sont  universellement ­
  appréciées  et  l’on  est  souvent  confondu,  en
causant  avec  certaines  personnalités,  de  leur  connaissance
profonde  de  ce  qui  passe,  de  ce  qui  se  dit  et  de  ce  qui
s’écrit  dans  les  milieux  français.
        <pb n="370" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

351

L’admiration  qu’ils  ont  pour  nous  n’est  nullement
feinte.  Nous  leur  avons  souvent  entendu  dire  et  répéter
hautement,  que  pour  eux  la  France  représentait  la  «  Gabeza
del  Mundo  »  (1),  que  Paris  en  constituait  «  El  Cerebro  (2)»
et  que  notre  pays,  enfin,  était  leur  «  Secunda  Patria.  »
Au  point  de  vue  des  intérêts  matériels  ils  ont  également
droit,  de  notre  part,  à  une  attention  toute  particulière.
Combien  nombreux  sont  les  richissimes  propriétaires
d’haciendas,  qui  viennent  se  fixer  en  France  et  y  dépenser
largement  des  revenus  considérables.  La  société  parisienne ­
  les  connaît  et  leurs  femmes,  qui  en  font  l’ornement
gracieux,  savent  porter  avec  distinction  tout  ce  que  le  luxe
et  le  bon  goût  parisien  peut  inventer  pour  faire  ressortir
leur  beauté  et  leur  élégance.
Le  commerce  de  Paris  ne  peut  que  désirer  conserver
une  si  précieuse  clientèle.
L’importance  économique  des  Etats  de  la  côte  du  Pacifique ­
  Sud  n’ayant  fait  qu’augmenter  ces  dernières  années,
il  suffirait  à  nos  exportateurs  d’un  peu  d’activité  et  de
ténacité  pour  faire  reprendre  une  forte  impulsion  à  notre
expansion  commerciale  dans  ces  pays.  Tant  pis  pour  ceux
qui  ne  voudront  pas  profiter  de  la  situation  actuelle  pour
prendre  ou  consolider  leurs  positions,  en  prévision  d’une
recrudescence  du  mouvement  des  échanges  que  fera  naître
pour  quelques  parties  de  l’Amérique  méridionale  l’achèvement ­
  du  canal  interocéanique.
III.  —Les  causes  de  l’effacement  actuel  de  la  France
dans  ces  pays  cependant  si  bien  disposés  pour  nous,  sont
les  mêmes  qui,  sur  tous  les  marchés  du  monde,  amènent
le  recul  des  produits  français  devant  les  marchandises
allemandes,  anglaises  et  américaines  :  l’ignorance  des
(1)  La  tête  du  monde.
(2)  Le  cerveau.
        <pb n="371" />
        352

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

marchés  étrangers,  les  procédés  routiniers  et  l’insuffisance
de  notre  éducation  commerciale.
A  l’heure  où  les  grandes  nations  se  disputent  le  marché
du  monde,  où  la  situation  se  modifie  chaque  jour  au  détriment ­
  delà  France,  et,  contre  toute  prévision,  de  l’Angleterre ­
  même,  au  profit  de  l’Allemagne  ;  les  mêmes  reproches ­
  qui  ont  été  faits  si  souvent  sont  encore  applicables
aux  négociants  français.
Ignorance  à  peu  près  complète  de  la  géographie  et  des
langues  vivantes.  Méconnaissance  des  goûts  et  des  besoins
des  consommateurs.  Pour  réussir,  il  faut  fournir  à  l’acheteur
la  marchandise  qu’il  demande.  Vouloir  lui  en  imposer  une
autre  est  une  pure  utopie.
Il  faut  souvent  si  peu  de  chose  pour  qu’un  article  plaise
ou  ne  plaise  pas.
Fabrication  de  marchandises  d’un  prix  trop  élevé  pour
la  majorité  des  populations.
Emploi  onéreux  d’intermédiaires.
Intransigeance  trop  grande  dans  les  conditions  de
paiement.
Le  défaut  de  banques  françaises.
Le  tarif  élevé  du  fret.
En  général  les  négociants  français  ne  connaissent  pas
les  consommateurs  lointains  de  leurs  produits.  Parfois
même,  ils  ne  connaissent  pas  le  nom  du  pays  auquel  ces
produits  sont  destinés.  C’est  l’intermédiaire  qui  la  plupart
du  temps  se  charge  d’étiqueter  la  marchandise  à  sa  guise
et  de  l’expédier.  Il  en  résulte  deux  conséquences  graves  :
nous  continuons  à  rester  inconnus  pour  les  pays  consommateurs ­
  et  nous  n’arrivons  jamais  à  bien  connaître  les
préférences  de  l’acheteur  de  chaque  contrée  ;  ces  connaissances ­
  restent  acquises  aux  intermédiaires  dont  elles  font
la  force.  De  ce  fait  beaucoup  d’importateurs  ignorent  la
        <pb n="372" />
        LE  PÉKOU  ÉCONOMIQUE

353

provenance  réelle  des  produits  qu’ils  mettent  en  vente  et
confondent  le  pays  de  leur  fournisseur  avec  celui  d’origine.
Dans  ces  conditions  il  est  souvent  difficile  de  se  rendre
compte  si  l’écoulement  des  produits  français  est  en  recul
ou  en  progrès  dans  certains  pays.
IV.  —  Les  commerçants  français  établis  au  Pérou  et,
avec  eux,  ceux  de  la  République  Argentine,  du  Chili  et
du  Brésil  font  à  ce  sujet  entendre  des  doléances  très  vives.
Ils  reprochent  surtout  à  nos  industriels  de  ne  vouloir
traiter  d’affaires  que  par  intermédiaires  à  qui  ils  laissent
de  fortes  remises.  Par  une  anomalie  qui  ne  s’explique
pas,  car  le  nombre  des  Français  résidant  dans  ces  centres
est  relativement  élevé,  presque  tous  les  représentants  de
notre  industrie  au  dehors  sont  des  étrangers,  principalement ­
  des  Allemands,  qui  représentent  souvent  d’autres
articles  et  ont  une  tendance  à  favoriser  ceux  pour  lesquels ­
  ils  ont  une  plus  forte  remise,  et  souvent  s’empressent ­
  de  grever  les  autres  produits,  généralement  les  produits ­
  français,  d’une  augmentation  de  15  à  20  pour  100.
Le  fabricant,  tout  à  son  industrie,  ne  peut  que  difficilement ­
  s’entendre  avec  l’acheteur  d’outre-mer  ;  il  ne  connaît
pas  les  goûts,  les  habitudes,  les  particularités  et  les  règlements ­
  de  chaque  nation.  Il  est  donc  exposé,  dans  ses
expéditions,  malgré  tous  ses  soins  et  sa  bonne  volonté,  à
de  nombreuses  erreurs  dont  le  résultat  le  plus  immédiat
est  de  mécontenter  le  nouveau  client.  Il  se  borne  souvent
à  s’adresser  à  des  agents  d’expédition  qui  s’occupent  des
formalités  douanières  et  des  conditions  de  transport,  ce
qui  ne  suffit  pas.  Il  faut  des  qualités  de  méthode  et  de
persévérance  qui  ne  s’acquièrent  que  par  la  pratique.
V.  —  Pour  étendre  nos  relations  directes  au  loin,  nous
possédons  peut-être  pas  l’outillage  commercial  nécessaire ­
  ;  nous  manquons  du  trait  d’union  indispensable,  —
23
        <pb n="373" />
        354

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

le  voyageur  de  commerce.  —  Il  est  indiscutable  que  la
principale  difficulté  réside  dans  ce  que  nous  n’envoyons
pas  sur  les  marchés  sud-américains  assez  de  commisvoyageurs
  connaissant  bien  la  langue  et  les  coutumes  des
pays  qu’ils  sont  appelés  à  visiter.  Lorsqu’on  peut  discuter
des  conditions  d’un  achat  avec  l’acheteur  lui-même  et
dans  sa  propre  langue,  celui-ci  se  laisse  plus  facilement
séduire,  et  l’affaire  est  plus  rapidement  traitée.
Les  voyageurs,  par  les  connaissances  qu’ils  acquièrent
dans  les  pays  qu’ils  parcourent,  contribuent  fortement  à
la  création  de  comptoirs  commerciaux,  où  ils  sont  de  précieux ­
  auxiliaires.
Dans  la  plupart  des  républiques  sud-américaines,  les
voyageurs  de  commerce  sont  obligés  d’acquitter  une
patente  et  des  droits  sur  les  échantillons.  Au  Pérou,  ces
droits  sont  bien  moins  élevés  que  dans  les  autres  Etats,
et  encore  ne  sont-ils  pas  exigés  partout.  En  outre,  on  a
tort  de  croire  que  tous  les  commis-voyageurs  doivent
traîner  avec  eux  d’innombrables  colis  d’échantillons  ;  s’il
en  est  qui  voyagent  avec  de  véritables  cargaisons,  la  plupart ­
  n’ont  que  très  peu  de  bagages.  Ces  derniers  sont
surtout  ceux  qui  ont  pour  mission  de  rechercher  des  relations ­
  nouvelles,  de  solliciter  des  consignations,  de  faire
des  achats  et  d’ouvrir  des  crédits  pour  tous  les  ordres  qui
leur  seraient  remis.
Ces  voyageurs,  il  est  vrai,  entraînent  à  des  frais
devant  lesquels  presque  tous  les  industriels  reculent.
Pourquoi  ne  suivraient-ils  pas  l’exemple  des  industriels
allemands  qui,  considérant  que  les  frais  d’un  voyageur
seraient  trop  considérables  pour  une  seule  maison,  se
réunissent  plusieurs,  fabriquant  des  objets  différents  pour
envoyer  à  frais  communs  un  représentant  visiter  telle  ou
telle  contrée?  Il  y  aurait  grand  avantage  pour  nos  com-
        <pb n="374" />
        Lavage  d'alluvions  aurifères  au  sluice.

Lavage  d’alluvions  aurifères  à  la  bâtée.
        <pb n="375" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

355

merçants  à  employer  ce  procédé  ;  sacrifier  certaine  catégorie ­
  de  commissionnaires  serait  œuvre  pie,  car  nous
avons  pu  nous  rendre  compte,  à  diverses  reprises,  qu’il
en  est  parmi  eux  qui  n’apportent  souvent  qu’un  zèle  relatif
à  transmettre  les  commandes  qui  leur  sont  faites.  Il  est
arrivé  fréquemment  que  ces  commandes  ont  été  transmises
avec  un  retard  de  quelques  mois,  ou  inexactes,  ou  incomplètes; ­
  ces  procédés  regrettables  ont  contribué  à  discréditer ­
  nombre  de  commerçants  français,  les  faisant  accuser
à  tort  de  négligence,  quand  cette  négligence  était  le  fait
d’un  intermédiaire  ou  commissionnaire  mal  choisi.
Encore  une  fois,  ce  qu’il  nous  faut,  c’est  le  représentant
énergique  et  actif  connaissant  plusieurs  langues  :  c’est
avec  son  armée  de  commis-voyageurs  que  l’Allemagne
a  réussi  à  devancer  les  Anglais,  même  où  ces  derniers
paraissaient  le  plus  solidement  installés.  Il  est  absolument
lamentable  de  constater  que  malgré  ces  exemples  et
malgré  les  cris  d’alarme  de  nos  consuls  et  des  voyageurs
les  plus  compétents  en  cette  matière,  le  commerce  français ­
  s’entête  dans  son  système  de  vente  par  intermédiaire
et  ne  veut  pas  de  commis-voyageur  qui  peut  assurer
une  vente  directe  et  rémunératrice.
Deux  méthodes  sont  à  suivre  par  les  voyageurs  qui
visitent  l’Amérique  du  Sud.  La  première  consiste  à  ne
s’occuper  que  d’un  seul  genre  d’articles.  Avec  la  seconde
on  s’occupe  de  vendre  un  plus  grand  nombre  de  produits
en  visitant  moins  de  pays.  Il  est  difficile  de  se  prononcer
sur  la  préférence  à  accorder  à  l’uu  ou  l’autre  système.
Tous  les  deux  peuvent  donner  d’excellents  résultats.
D’une  part,  ceux  qui  limitent  leur  champ  d’action  à  un
petit  nombre  de  pays,  y  reviennent  plus  souvent.  Y  séjournant ­
  plus  longtemps,  ils  finissent  par  les  bien  connaître.
D’une  part,  bon  nombre  de  commissionnaires  de  New-
        <pb n="376" />
        356

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

York,  de  Hambourg,  de  Londres  et  aussi  de  Paris  ont
pour  principe  de  ne  travailler  qu’avec  un  seul  pays  et
leurs  affaires  n’en  sont  pas  moins  prospères.  Mais  il  n’en
peut  être  tout  à  fait  de  même  pour  les  industriels  qui
doivent  surtout  rechercher  des  débouchés  plus  nombreux.
VI.  —  Déjà,  grâce  à  l’esprit  d’association  et  de  solidarité ­
  qui  tend  à  se  répandre  de  plus  en  plus  en  France
depuis  quelques  années,  des  progrès  sensibles  ont  été
réalisés,  mais  ils  sont  loin  d’être  suffisants.  Pour  améliorer
encore  cet  état  de  choses,  un  de  nos  représentants  les  plus
actifs  dans  l’Amérique  latine,  M.  Frandin,  conseillerait
de  constituer,  dans  les  pays  avec  lesquels  nous  entretenons
des  relations  suivies,  des  agences  commerciales,  différant ­
  un  peu  de  celles  qu’il  a  été  question  d’établir  auprès
de  chaque  consul.
Ces  agences  pourraient  être  placées  sous  la  direction
d’un  comité  représentant  l’association  de  la  majeure  partie
des  négociants,  fabricants,  industriels  et  financiers  français ­
  si  possible.
Le  comité  nommerait  dans  chacun  de  ces  pays  des
agents  choisis  et  expérimentés,  chargés  des  intérêts  de
l’Association.
Chaque  agence  pourrait  comporter  une  exposition  permanente ­
  des  produits  intéressant  les  membres  de  l’Association ­
  (1).
(1)  VII.  —  A  Lima,  dans  le  palais  de  l’Exposition,  il  existe  une  salle
appelée  salon  des  machines,  établie  par  décret  en  1891  ;  c’est  une  exposition ­
  permanente  de  toutes  catégcries  de  machines,  instruments,  outillage, ­
  etc.,  qui  pourraient  être  utilisées  dans  l’industrie  nationale.
Plus  tard,  l’admission  d’objets  manufacturés  fut  autorisée.
Dans  des  cas  déterminés  et  lorsqu'il  se  trouve  des  espaces  disponibles,
on  admet  aussi  des  appareils  d’invention  moderne  ou  ustensiles  d’usage
courant  qui  se  recommandent  par  leur  nouveauté.
Les  articles  importés  pour  être  exhibés  sont  introduits,  libres  de  droits,
à  condition  toutefois  de  déposer  à  la  douane  une  garantie  suffisante  pour
        <pb n="377" />
        Le  personnel  de  chaque  agence  pourrait  être  composé
d’un  agent  financier,  d’un  agent  industriel  et  d’un  agent
commercial.
Ces  agents  pourraient  être  chargés  de  faire  toutes  les
opérations  financières,  industrielles  et  commerciales  des
maisons  faisant  partie  de  l’association  et  en  même  temps
de  leur  fournir  les  renseignements  dont  elles  pourraient
avoir  besoin.
Ce  qu’il  faut  à  notre  commerce  à  l’étranger,  c’est,  avant
tout,  une  représentation  ayant  des  attaches  solides  avec
la  métropole.  C’est  ce  qui  distingue  le  commerce  allemand
et  c’est  ce  qui  le  rend  si  redoutable  dans  la  lutte  qu’il  soutient ­
  contre  le  commerce  du  monde.  Nos  agences  combleraient ­
  justement  cette  lacune  et  seraient  susceptibles  de
donner  à  notre  commerce  la  force  et  la  stabilité  qui  lui
manquent.
VIII.  —  Pour  l’instant,  devant  la  perte  de  débouchés
répondre  de  la  valeur  des  droits  que  ces  articles  représentent,  au  cas  où
ceux-ci  ne  seraient  pas  rembarques  dans  un  délai  de  six  mois,  car  l’exposition ­
  d’un  même  article  ne  peut  durer  plus  longtemps,  sauf  permission
spéciale  du  gouvernement.
Dans  cette  exposition  est  un  compartiment  spécial  destiné  à  recevoir
les  dessins,  gravures,  catalogues  et  explications  de  machines  ou  objets
qui  n’ont  pas  pu  être  expédiés.
La  surveillance  de  l’exposition  permanente  est  exercée  par  la  Société
nationale  d’industrie,  et  l’administration  de  cette  société  est  obligée  de
donner  aux  personnes  qui  les  demandent  tous  les  renseignements  nécessaires
  sur  les  objets  exposés.
Le  local  de  l’exposition  n’est  pas  un  lieu  de  transaction  commerciale,
ily  est  seulement  permis  l’exposition  des  articles  et  de  les  faire  connaître
au  public  par  tous  les  moyens  appropriés.
L’exposition  est  ouverte  tous  les  jours  de  neuf  heures  à  onze  heures  du
matin  et  de  une  heure  à  cinq  heures  du  soir,  et  les  jours  fériés  de  trois
heures  à  cinq  heures  du  soir.
Des  maisons  américaines  et  allemandes  arrivent  à  un  gros  chiffre  d’affaires ­
  par  l’exposition  préalable,  dans  des  magasins  à  eux,  de  machines,
appareils  ou  objets  manufacturés  d’inventions  plus  ou  moins  récentes
afin  de  les  faire  connaître  du  public  qui  est  suscept  ible  d’en  faire  l’acquisition. ­
        <pb n="378" />
        358

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

qu’ils  considéraient  comme  intangibles,  mais  qu’ils
n’avaient  rien  fait  pour  conserver,  en  n’envoyant  personne
pour  prendre  contact  et  engager  aux  achats,  bon  nombre
d’industriels  jettent  les  hauts  cris  et  accusent  fréquemment
nos  consuls  de  se  confiner  dans  les  affaires  politiques  ou
diplomatiques,  et  de  placer  au  dernier  plan  les  préoccupations ­
  d’ordre  économique.  Ces  reproches  sont  en  grande
majorité  sans  fondement,  car  nombreux  sont  les  rapports
consulaires  les  plus  documentés,  qui  sont  mis  à  la  disposition ­
  de  nos  négociants,  mais  que  personne  ne  lit,  sans
doute,  parce  qu’il  y  aurait  beaucoup  à  apprendre.
Si  nos  commerçants  voulaient  se  donner  la  peine  de  lire
de  temps  à  autre  le  Moniteur  universel  du  Commerce
et  les  «  Rapports  commerciaux  des  agents  consulaires  et
diplomatiques  »,  ils  y  trouveraient  grand  profit  et  se  rendraient ­
  compte  que  ces  rapports  consulaires  dénotent,  de
la  part  de  leurs  auteurs,  une  parfaite  connaissance  des
questions  commerciales  et  une  grande  largeur  de  vues.
En  réalité,  cette  réputation  faite  à  nos  consuls  est  le  plus
souvent  imméritée,  car  ils  sont  de  bons  conseils  et  avertissent ­
  à  temps  des  difficultés  que  rencontre  l’écoulement
de  certains  produits.  La  faute  incombe  uniquement  aux
principaux  intéressés  qui  ne  veulent  pas  les  écouter.
Ces  rapports  très  étudiés  passent  chez  nous  inaperçus.
Il  n’en  est  pas  de  même  chez  nos  rivaux  qui  s’en  inspirent
souvent.
IX.  —  Les  industriels  français  semblent  ne  vouloir  rechercher ­
  que  les  bénéfices  qui  leur  sont  garantis  par  nos
tarifs  protectionnistes  et  négligent  de  se  renseigner  sur
les  goûts  et  les  ressources  du  consommateur,  connaissances ­
  qui  sont  la  base  nécessaire  pour  introduire  n’importe ­
  quel  article  en  pays  étranger.  Malgré  des  avertissements ­
  réitérés  les  producteurs  ne  veulent  pour  la  plupart
        <pb n="379" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

359

tenir  aucun  compte  des  goûts  du  client,  que  le  plus  souvent ­
  ils  ignorent.
Il  est  indiscutable  que  notre  industrie  ne  peut  que  péricliter ­
  davantage  si  elle  ne  veut  pas  tenir  compte  du  goût
du  consommateur.  Or,  le  goût  des  clients  ordinaires,  qui
sont  la  grande  majorité,  est  qu’il  ne  faut  pas  d’articles
trop  chers,  fussent-ils  des  meilleurs  et  d’un  grand  usage.
Il  est  certain  que  beaucoup  de  populations,  incapables
de  distinguer  entre  les  produits  qu’on  leur  offre,  s’obstinent
à  des  habitudes  traditionnelles  auxquelles  il  faut  savoir  se
plier;  jamais  l’indigène  ne  consentira  à  payer  plus  cher
pour  être  mieux  servi.  Comme  fiche  de  consolation,  nous
avons  coutume  de  dire  que  les  Allemands  ne  fabriquent
que  des  objets  de  catégorie  inférieure  —  qu’importe  s’ils
les  vendent  en  retirant  de  gros  bénéfices  ?  —  Il  pst  préférable ­
  de  fabriquer  des  produits  secondaires  qui  trouveront
toujours  acquéreur,  que  des  produits  de  premier  ordre  qui
seront  servilement  copiés  pour  servir  de  modèle  à  de  grossières ­
  contrefaçons  qui  trouveront  de  nombreux  preneurs.
Les  temps  sont  passés  où  une  partie  de  nos  clients
sud-américains  achetaient  de  confiance  les  yeux  fermés;
une  grande  évolution  s’est  produite.  La  population  est
devenue  plus  dense,  plus  instruite,  et  les  besoins  de  la
population  moyenne  ont  augmenté  ;  mais  il  faut  tenir
compte  de  la  modicité  des  ressources.  La  clientèle  de  ces
pays  est  plus  que  jamais  pour  l’article  bon  marché,  pour
l’article  de  qualité  moyenne  qu’on  peut  renouveler  deux
fois  la  même  année.  Les  gens  riches  et  de  goût  étant  partout ­
  la  minorité,  cette  clientèle  peut  toujours  être  satisfaite. ­
  Nous  négligeons  pour  ceux-là  la  masse  des  consommateurs ­
  du  Pérou  et  du  Chili  dont  les  besoins  augmentent
journellement  et  avec  laquelle  on  peut  faire  un  grand
chiffre  d’affaires,  mais  il  ne  faut  pas  chercher  à  leu»
        <pb n="380" />
        360

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

donner  autre  chose  que  ce  qu’ils  veulent,  c’est-à-dire
l’article  à  bon  marché.
Il  ne  s’agit  pas,  bien  entendu,  de  sacrifier  la  réputation
des  marques  françaises,  et  nous  pouvons  lutter  contre
la  concurrence  étrangère  en  continuant  à  faire  prévaloir
ces  qualités  essentielles  de  bon  goût  et  de  probité  industrielle, ­
  qui  nqus  fait  bien  venir  partout,  et  fait  souvent
préférer  tout  ce  qui  est  français,  quand  il  n’y  a  qu’une
légère  majoration.  Mais  il  s’agit  avant  tout  de  faire  des
affaires  en  donnant  satisfaction  aux  goûts  et  aux  besoins
que  les  clients  manifestent.  On  commence  à  s’en  rendre
compte  dans  certaines  industries,  mais  les  essais  se  font
encore  d’une  façon  bien  timide.  Le  résultat  est  que,  dans
les  républiques  de  l’Amérique  Latine,  les  Allemands,  qui
sont  uniquement  préoccupés  de  satisfaire  leur  clientèle,
ont  réussi  à  amener  à  eux  les  six  dixièmes  des  acheteurs.
Où  notre  infériorité  est  le  plus  sensible,  c’est  dans  les
articles  de  qualité  courante,  jouets  bon  marché,  quincaillerie, ­
  ainsi  que  dans  les  articles  de  chapellerie,  cordonnerie, ­
  ganterie,  maroquinerie,  qui  demandent  une  certaine ­
  main-d’œuvre.  Celle-ci  étant  20  pour  100  moins
chère  en  Allemagne  qu’en  France,  ces  articles  y  sont  forcément ­
  d’un  prix  inférieur.
Notre  infériorité  disparaît  seulement  pour  les  articles
de  luxe,  où  il  est  besoin  d’une  plus  grande  habileté  ;  mais
ces  articles  sont  malheureusement  d’une  exportation  plus
restreinte.
X.  —  Le  principal  écueil  que  rencontre  notre  commerce
d’exportation,  réside  surtout  dans  la  timidité,  dans  l’obstination ­
  plutôt  de  nos  producteurs,  qui  refusent  d’accorder
de  longs  crédits,  et  qui  ne  savent  pas  employer  la  publicité
comme  il  conviendrait,  non  pas  la  publicité  bruyante  qui
rapporte  peu,  mais  la  publicité  longuement  suivie  qui  com-
        <pb n="381" />
        ■

LE  PÉROU  ECONOMIQUE

361

mence  les  réputations  ;  c’est  la  publicité  raisonnée,  à
échéance  longue,  qui  pénètre  peu  à  peu  dans  l’esprit  du
public.
Le  fabricant  français  se  plaît  à  dire  qu’il  n’est  pas  banquier ­
  et  qu’il  ne  peut  accorder  de  longs  crédits  à  ses
acheteurs.  Le  plus  souvent  même  il  ne  leur  en  accorde
aucun,  il  exige  le  paiement  au  comptant,  contre  documents ­
  d’expédition;  cette  condition,  appelée  au  Pérou  et
au  Chili  «  contado  rabioso  »,  comptant  enragé,  détourne
la  plus  grande  partie  de  la  clientèle  hispano-américaine.
Les  industriels  s’en  rendent  compte  et  la  plupart  se  contentent ­
  de  la  clientèle  des  commissionnaires  des  grands
centres  commerciaux.
Les  négociants  allemands  se  sont  inspirés  d’un  esprit
plus  large,  et  accordent  fréquemment  des  crédits  de
6  mois,  9  mois  et  quelquefois  d’une  année.
Pour  ne  pas  souffrir  des  longs  crédits  qu’ils  accordent,
les  Allemands  se  sont  ingéniés  à  créer  des  agences,  des
comptoirs,  des  banques,  qui  facilitent  les  transactions  et
diminuent  considérablement  les  risques.
Il  faut  aussi  savoir  tenir  compte  des  usages  commerciaux. ­
  Les  conditions  habituelles  de  la  place  de  Lima  sont
les  suivantes  :  l’expéditeur  étranger  fait,  par  l’intermédiaire ­
  d’un  banquier  quelconque  à  qui  il  remet  tous  les
documents  d’expédition,  connaissement  et  facture  consulaire, ­
  traite  à  30,  60  ou  90  jours  de  vue  sur  l’acheteur
péruvien;  celui-ci  reçoit  les  documents  nécessaires  au
retrait  de  la  marchandise  de  la  douane  du  Callao,  immédiatement ­
  après  avoir  apposé  son  acceptation  sur  la
traite.  Il  est  toujours  prudent  de  charger  une  banque
d’effectuer  les  recouvrements  (1).
(1)  L  exportateur  péruvien  fait  généralement  traite  sur  le  consignataire,
à  90  jours  et  pour  75  pour  100  de  la  valeur  de  la  marchandise,  contre

là
        <pb n="382" />
        362

LE  PÉROU  ÉCONOMIQTE

Certains  trouvent  dangereux  ce  mode  de  recouvrement
et  conseillent  de  ne  l’employer  que  pour  des  maisons  d’une
honnêteté  universellement  reconnue.  C’est  cependant  le
mode  présentant  le  plus  de  sécurité.
Nous  devons  aussi  nous  bien  pénétrer  d’une  chose,  c’est
que  nos  vendeurs  ne  courent  pas  plus  de  risques  à  l’étranger
qu’en  France,  s’ils  connaissent  le  marché  qu’ils  exploitent,
s’ils  savent  être  prudents  et  s’ils  savent  tirer  parti  des
moyens  légaux  que  tous  les  pays  civilisés  mettent  au  service ­
  des  négociants  pour  garantir  leurs  transactions  commerciales. ­

Si  l’on  peut  tirer  des  Péruviens  des  prix  exceptionnels,
pourvu  qu’on  leur  laisse  du  temps,  il  est  bon  naturellement ­
  d’étudier  chaque  cas,  car  s’il  y  a  au  Pérou  un  grand
nombre  de  maisons  qui  méritent  du  crédit,  il  peut  s’en
trouver  quelques-unes  qui  en  soient  indignes.  Il  ne  faut
donc  pas  confondre  les  unes  avec  les  autres  (1).

paiement  de  la  dite  traite;  le  consignataire  est  mis  en  possession  des  documents ­
  qui  l’accompagnent.
Les  achats  en  gros  se  font  généralement  en  donnant  en  paiement  une
traite  à  30,  60  ou  90  jours  de  vue.
(1)  XI.  —  Comme  un  guide  commercial  de  Limafaitcomplètementdéfaut:
voici,  à  titre  d'indication,  les  noms  et  adresses  d’un  certain  nombre
d’importateurs  et  d’exportateurs  de  marchandises  diverses,  honorablement
connus  sur  la  place,  sur  lesquels,  s’il  est  nécessaire,  on  pourra  prendre
facilement  les  renseignements  commerciaux  d’usage  :
Importateurs.
Minerais  et  métaux.  —A  Lima  :  Banque  du  Pérou  et  de  Londres;  Backus
  and  Johnston;  J.  Gildemeister  ;  Cazorla  Hermanos  ;  C.  Weiss  and  C°;
Cerro  de  Pasco  Mining  C°  ;  Graham  Rowe  and  C°  ;  Piaggio  ;  Duncan,  Fox
and  C».  A  Arequipa  :  E.  Braillard  and  0°;  Stafford  and  C°;  M.  Forga  é
Hijos;  E.  W.  Gibson;  Iriberry  and  C"  (or).
Cocaïne.  —  A.  Lima  :  Pehovas  Hermanos  y  C**,  A  Arequipa  :  E.  Braillard
and  C°;  M.  Forga  é  Hijos;  E.  W.  Gibson.
Coca.  —  A  Lima  :  Tealdo  and  G-  ;  Duncan,  Fox  and  C°  ;  W.  R.  Grâce
and  C°;  A.  Durand.  A  Arequipa  :  E.  Braillard  and  C°;  Forga  é  Hijos;
E.  W.  Gibson;  Emmel  Hermanos.
        <pb n="383" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

363

XII.  —  La  création  d’une  banque  française  à  Lima
simplifierait  beaucoup  les  choses  en  fournissant  les  ren-Coton.

  —  A  Lima  :  Duncan,  Fox  and  C»;  Ayulo  and  C”  ;  Graham,  Rowe
and  C°;  W.  Grâce  and  C»;  H.  Beausire  and  C».
Sucre.  —  A  Lima  :  Canevaro  é  Hijos;  Aspillaga  Hermanos;  E.  Ayulo
and  C»;  Beausire  and  C»;  E.  W.  Start;  Duncan,  Fox  and  C°;  W.  R.  Grâce
and  C°;  Peruvian  Sugar  G»;  British  Sugar  G»;  Bright  Stockes  and  C°;
Graham  Rowe  and  G».
Café.  —  A  Lima  :  Harten  and  C°;  N.  B.  Tealdo  and  C°;  J-  A.  Cuneo,
Duncan,  Fox  and  C°;  A  Arequipa  :  E.  Braillard  and  G”;  Emmel  Hermanos, ­

Cuirs  et  Peaux.  —  A  Lima  :  Gottuzzo  Hermanos.  A  Arequipa:  E.  Braillard ­
  et  C";  Stattford  et  G*';  Forga  é  Hijos;  E.  W.  Gibson;  Emmel  Hermanos; ­
  Iriberry  et  C ie .
Importateurs.
Tissus  pour  hommes.  —  A  Lima  :  Sanudo  ;  G.  Loredo  :  Blum  y  Feraldo  ;
Accame  Hermanos;  A.  Buffet;  A.  Campos;  A.  Ekstein;  Guida  y  C 1 *;
Estremadoyo  Hermanos,  Th.  Barth;  Ivwauer  et  C 1 ”;  Mazzini  et  C io ;  A.
Arequipa:  Stattford  et  C ie ;  Braillard  Hermanos  et  G ie ;  E.  W.  Gibson;
Forga  é  Hijos;  Emmel  Hermanos,  Iriberry  et  G is ,  etc.
Verres  à  vitres.  —  A  Lima  :  P.  Boggero;  Genetelli  et  C ia ;  J.  Ferrand;
J.  Scolari;  Marano;  Parodi  Hermanos;  Georges  Magot  et  C‘«.
Tapis  et  papiers  de  tentures,  etc.  —  Trcfogli  y  Talleri  y  C ia ,  calle
Ucalayi;  Hok  y  Cappler;  Montori,  calle  de  Callao.
Tissus  et  articles  pour  dames.  —  Mazzini  et  G 1 *,  calle  Union;  Pelerano
y  Pilotto,  calle  Union;  A.  Buffet,  calle  Union;  A  Gaillour,  calle  Union;
Estremadoyro,  calle  Union.
Tuyaux  en  fer,  plomb,  etc.  —  Jaime  Garreta,  calle  Plateros  de  San
Agustin;  P.  Herouard;  Simpson  ;  Menchaca  et  G*%  calledel  Correo;Humphrey;
  E.  Crocker,  calle  Mineria.
Souliers  et  chaussures  diverses.  —-  Lima  :  J.  Bonino,  calle  de  la  Union;
Falcone,  calle  de  la  Union;  Ganepa,  calle  Huallaga;  N.  Malsoborg,  calle
Union;  I.  Meiss,  calle  Union;  Colin,  calle  Union.
Articles  de  parfumerie.  —  Harth  et  G 1 ",  Plateros  de  San  Pedro;  Guillon
etC‘“,  calle  de  Mercaderes;  J.  Gimena  et  G 1 *,  Portai  de  Botoneros;  Faget
et  C io ,  calle  de  Judios;  Harth  et  Fort,  calle  de  Judios.
Mercerie,  passementerie  et  marchandises  diverses.  —  Lima  :  Harth  et  C‘%
Plateros  de  San  Pedro;  Ottenheim  Hermanos,  calle  Ucayali;  J.  H.Smith,
calle  Ucayali  ;  Harten  y  C ia ,  calle  Carabaya;  Gimeno  y  C"*,  Portai  de  Botoneros; ­
  Truel  y  G**,  calle  de  la  Coca;  Duncan,  Fox  et  C‘“  (vêtements  de
dessous  en  coton).
Matériel  de  chemin  de  fer.  —  Lima  :  Graham,  Rowe  y  C ia ,  Koppel;
Ayulo  y  C ia .
Meubles.  —  Lima  :  Malherbe  et  C ia ;  Hochoppler  et  G",  calle  Plumeros;
Magot  et  G*',  calle  Général  La  Fuonte.
        <pb n="384" />
        364

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

seignements  commerciaux  à  nos  exportateurs  et  réaliserait
(l’importants  bénéfices.  A  Lima,  malgré  un  peu  plus  de
confiance  dans  les  affaires,  les  emprunts  sont  encore  dif-Lingerie,
  rideaux,  en  fil  et  en  coton.  —  Lima  :  Accame  Hermanos,
Portai  de  la  Union  ;  Ramon  Segui  ;  Sociedad  Italiana  de  Exportacion,
(Enrieo  dell’  Acqua);  A.  F.  Ferraro  y  C'*;  Duncan,  Fox  et  G",  toiles,  coton,
mouchoirs,  etc.
Articles  de  ferronnerie  et  outils.  —  P.  Herouard,  calle  Ucayali;  G.  Menchaca
  y  G ia ,  calle  del  Gorreo  ;  A.  Boursot,  calle  Union;  E.  Humphreys
and  C°,  calle  Garabaya  ;  G.  M.  Morales  and  C°,  calle  Carabaya  ;  Hart  and  Fort;
Hart  and  G”,  Nosiglia  Hermanos.
Fil  à  coudre.  —  Duncan,  Fox  and  C°  (marques  Goats,  Brooks,  Glarkes);
tous  les  autres  grands  importateurs  de  Lima.
Fers  et  aciers  en  barres,  tôles  ondulées,  poutrelles,  etc.  —  P.  Herouard  ;
Menchaca  and  G»;  Humphreys  and  G»;  H.  Beausire  and  G”  ;  C.  Morales;
F.  L.  Crosby.
Glaces.  —  P.  Roggero,  calle  de  Lampa;  G.  Magot  y  G ia .
Huiles  de  graissage.  —  F.  G.  Piaggio,  calle  del  Arsenal;  Beausire
and  C°;  Accame  Hermanos;  Menchacca  and  C°;  Shute  and  C«;  Duncan,
Fox,  and  C".
Instruments  d’optique.  —  Schwalb  Hermanos,  calle  de  Espaderos  ;
N.  Espirac,  calle  Huancavelica
Instruments  de  musique.  —  G.  Brandes,  calle  Union;  Custin  and  G*,
calle  Union;  E.  Sobrer,  calle  Union.
Liqueurs.  —Molinié  and  G";  Bayly  and  C°,  calle  Union;  G.  Berckemeyer,
calle  Villaba;  Broggi  and  G°,  calle  Union;  Klein,  calle  Union;  P.  Nove;
Lockett,  calle  Union;  Nosiglia.Hermanos;  Rampini;  Falcone  Hermanos;
Gotuzzo;  Shute  and  G»;  Lorenzo  Delaude;  S.  Maggioloy  Hijos.
Librairies  et  papeteries.  —  E.  Rosay,  calle  liuallaga;  Colville  etG i, )
calle  Ucayali;  I.  Newton,  calle  Union;  I.  Escoubès,  calle  Ucayali;  M.  D.
Arruz,  calle  Garabaya;  R.  Moreno;  Théodore  Harth;  Hart  et  Fort.
Bijouterie,  etc.  —  Lima  :  Welsch  et  C'«,  calle  Union  261;  Jacoby  y  C'*,
calle  Union;  Rosemberg  et  Wallach;  Boggiano  y  Pigatti,  calle  Union;
Ringgold,  calle  Huallaga.
Appareils  photographiques.  -  Lima  :  Moral,  calle  de  la  Union  ;  Schwalb
Hermanos,  calle  de  Espaderos;  N.  Espirac,  calle  de  Huancavelica.
Articles  en  fonte,  cuisinières,  etc.  —  Lima  :  Herouard,  calle  Ucayali;
Menchaca  et  C”,  calle  del  Gorreo;  Humphreys  et  C ie ,  calle  de  la  Coca;
Beausire  et  G*”,  calle  Melchormalo;Harth  et  Fort,  calle  Indios;  Ottenheim
Hermanos,  calle  Plateros  de  SanPedro;  J.  H.  Schmidt,  calle  Plateros  de
San  Pedro.
Ceintures  en  peau  fine  pour  Dames,  guêtres,  etc.  —  Guillon  and  G»  (parfumeurs), ­
  calle  Mercaderes;  La  Ville  de  Paris.
Cristaux  et  Porcelaines.  —  M.  Gründel,  calle  Garabaya,  121;  Marzano,
calle  Yunin,  75.
        <pb n="385" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

365

ficiles,  ce  qui  fait  que  le  capital  reçoit  un  intérêt  très  élevé,
même  avec  les  meilleures  garanties.  Nous  ne  croyons  pas
qu’il  existe  beaucoup  de  pays  où  le  capital  reçoive  comme
au  Pérou  un  intérêt  de  8,12  et,  parfois  encore,  14  pour  100
avec  des  garanties  de  premier  ordre.
Si  lesbanques  en  France  ont  atteint  un  grand  développement, ­
  il  faut  regretter  que  dans  l’Amérique  du  Sud  les

Céramique  (tubes,  etc.).  —  Jaime  Garreta,  Plateros  de  San  Augustin;
Minchaca  and  C»,  calle  del  Correo.
Couleurs  d'aniline.  —  Tejidos  de  Monserrat  (Société  anonyme),  à  Lima;
Tintoreria  d  La  Concepcion  »  (Madame  Condy)  à  Lima;  E,  Braillard  and  C",
à  Arequipa.
Confiserie  et  articles  pour  traiteurs.  —  A.  Field,  calle  Union  (Capital
40.000  livres);  Klein  (successeur  de  A.  Baudrot),  calle  Union;  Broggi
Hermanos,  calle  Union;  Nore,  Plateros  de  San  Pedro.
Couleurs,  vernis,  etc.  —  Trefogli  et  Talleri  et  C»,  Esquina  de  la  Coca;
P.  Herouard,  calle  Ucayali;  Jaime  Garreta,  Plateros  de  San  Augustin;
Juan  Monteverde,  calle  de  Silipinas.
Couleurs  d'outremer.  —  Duncan,  Fox  and  C»  (principal  importateur  de
cet  article);  H.  Beausire  and  C";  G.  Berckmeyer,  calle  Villalta  ;  Lopez
Guerra,  calle  de  las  Mantas.
Denrées  coloniales.  —  Lorenzo  Delaude,  calle  San  José,  119;  Nosiglia
Hermanos;  Tealdo  and  C°,  Maggiolo  eHijo;  Sbarbaro.
Drogueries  et  produits  chimiques.  —  E.  Grec,  calle  Huallaga;  Gallese,
calle  Arzobispo;  J.  B.  Serra  y  Ci»  (Antigua  Drogueria  Italiana);  Meyer
and  C»,  calle  de  la  Union;  F.  Remy.
Conserves  alimentaires.  —  J.  Molinié;  Delaude  L.,  calle  san  José;  Gottuzo,
  calle  Vaüadolid;  N.  B.  Tealdo  and  C»,  calle  Huallaga,  163;  S.  Maggiolo ­
  é  Hijos,  calle  de  la  Vireyna;  Broggi  Hermanos;  Klein,  calle  de  la
Union;  Nosiglia  Hermanos;  Rampini,  calle  de  la  Union;  Thomas  Bresciani,
  calle  Huallaga;  Falcone  Hermanos,  calle  de  las  Monjas.
Coffres-forts.  —  T.  Marsano  y  C 1 *,  calle  San  José  (petits  coffres-forts)  ;
Graham,  Rowe  y  C ia  (spécialité  de  grands  coffres-forts)  ;  Beausire  and  G»!
Ciments.  —  Duncan,  Fox  and  G”  (ciment);  W  .B.  Grâce  and  C°  ciment
Altas)  ;  C'*  Nacional  «  La  Ceramica  »  ;  P.  Rosello,  calle  de  la  Merced  -  La
Colmena  (Société  de  construction),  Directeur  :  Pierola;  Muelle  Daisina
(gérant  :  comte  de  Saint-Senne);  Jules  Normand  (importateur  de  ciment
allemand);  Milne  and  G»  (Whites  «  Best-Best»  ciment  anglais)  ;  Menchaca
and  G»  (ciments  belges  et  allemands).
Couvertures  de  laine,  de  coton.  —  Duncan,  Fox  and  C”-  Ilarth  and  C°
(fabrique  de  couvertures  laine  et  coton);  Hart  et  Fort;  Luis  Gotuzzo-G.
  Pellarano;  German  Loredo.
        <pb n="386" />
        366

LE  PEKOU  ECONOMIQUE

banques  françaises,  qui  seraient  d’un  si  utile  concours,
fassent  absolument  défaut  ;  les  opérations  d’escomptes  et
d’avances  sont  effectuées  par  des  banques  étrangères,  entre
autres  la  Banque  Allemande  Transatlantique  qui  a  établi
des  succursales  dans  presque  tous  les  Etats  sud-américains.
XIII.  —  Dans  l’Argentine  et  au  Chili  cette  banque  fait  des
affaires  d’or.  Au  Pérou  une  succursale  de  création  récente ­
  a  pris  rapidement  une  place  prépondérante.  C’est
avec  la  Banque  allemande  transatlantique  de  Lima  qu’ont
été  conclus  les  récents  emprunts  péruviens.  Cette  banque
agissait  d’ailleurs  comme  mandataire  de  la  Deutsche
Uberseische  Bank  de  Berlin,  qui  est  la  maison  mère.
En  général,  on  est  peu  souvent  prévenu  en  France  des
affaires  industrielles,  ou  de  travaux  publics  qui  se  présentent ­
  ;  aussi  les  grandes  banques  anglaises  et  allemandes ­
  ont-elles  des  représentants  connaissant  bien  le
pays,  dans  les  capitales  sud-américaines,  afin  de  les  tenir
au  courant,  pouvant  ainsi  faire  des  propositions  en  temps
utile;  les  banques  sont,  en  outre,  toujours  exactement
renseignées  sur  les  conditions  du  marché  et  capables  de
profiter  des  bonnes  occasions.
XIY.  —  Les  banques  suivantes  ont  leur  siège  à  Lima  :
Le  Banco  Internacional  del  Peru,  fondé  au  capital
de  200.000  livres  dont  la  moitié  a  été  versée.  Le  banquier
à  Paris  de  cet  établissement  est  le  «  Comptoir  National
d’Escompte  ».  Son  tarif  d’intérêtest  le  suivant  :  Elle  paie:

En  compte  courant.  .  .  .
Dépôt  à  vue
—  à  3  mois  ......
—  à  6  mois

—  àSmois,  intérêts  paya-—
  blés  chaque  3  mois.
—  à  d2  mois  ,,,,,,

2  pour  100  annuel.
2  —  —
4  —  —
8  —  —

3  1/2  —
0  —

•  t  t  *  t
        <pb n="387" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

367

Les  escomptes  se  font  à  raison  de  8  pour  100  annuels;
les  avances  en  compte  courant  10  pour  100,  et  les  prêts
sur  hypothèques  à  raison  de  8  pour  100.
Le  Banco  del  Peru  y  Londres,  fondé  au  capital
complètement  versé  de  2  millions  de  soles,  a  aussi  comme
banquier  à  Paris  le  Comptoir  National  d’Escompte.  Elle
touche  et  paie  les  mêmes  intérêts  que  le  précédent,  sauf
pour  le  dépôt  en  compte  courant  pour  lequel  elle  paie
1  pour  100  annuel.
Le  Banco  Italiano,  au  capital  de  2  millions  de  soles
dont  la  moitié  a  été  versée,  touche  et  paie  les  mêmes
intérêts.
Le  Banco  Aleman  Transatlantico  paie  et  touche
les  mêmes  intérêts  que  le  Banco  del  Peru  y  Londres;
les  avances  en  compte  courant  se  font  a  un  taux  conventionnel. ­

Le  Banco  Popular  del  Peru  possède  un  capital  nominalde
  100.OOOJivres,  dont  72.000  de  versées.  La  Banque
des  Pauvres  est  la  moins  importante  ;  son  capital  est  de
300.000  soles,  dont  100.000  versés.  Le  tarif  des  prêts  hypothécaires ­
  y  est  conventionnel,  et  partout  un  peu  plus
élevé  en  général  que  celui  des  autres  banques.  La  situation
de  toutes  ces  banques  est  très  prospère.
XV.  —  Nous  pouvons  exporter  avec  succès,  au  Pérou,
les  vêtements  confectionnés,  les  cuirs  ouvragés,  l’orfèvrerie
et  la  bijouterie,  la  bimbeloterie,  les  meubles,  articles  de
marine,  chaussures,  le  chanvre,  carton,  articles  de  corderie,
  droguerie,  bonbons,  la  gélatine,  denrées  alimentaires,
outils  de  fer  et  articles  de  ferronnerie,  fil,  jouets,  machines,
substances  minérales,  métaux  et  leurs  composés,  papiers,
articles  de  parfumerie,  chapeaux,  tissus  de  coton,  de
laine,  de  fil,  de  soie,  les  vins  et  liqueurs,  les  toiles  et  papiers ­
  à  tentures,  les  verres  et  cristaux.
        <pb n="388" />
        368

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

Les  armes  sont  très  demandées;  les  plus  appréciées
sont  les  fusils  carabines  à  trois  coups.  Dans  la  Sierra  et
dans  la  Montana,  les  armes,  surtout  si  elles  sont  bon
marché,  trouvent  de  nombreux  acquéreurs  parmi  les  populations ­
  indigènes,  car  cette  catégorie  d’acheteurs  se
préoccupe  peu  de  la  qualité  si  l’objet  a  bonne  apparence.
Les  fusils  les  plus  recherchés  sont  ceux  à  piston  à  un  ou
deux  coups.  Le  fusil  à  percussion  est  moins  demandé  et
seulement  dans  les  qualités  bon  marché  ;  les  Belges  ont
trouvé  là  un  excellent  débouché.
Les  chaussures  légères,  en  toile  blanche,  pourraient  faire
dès  maintenant,  et  pendant  toute  l’année,  l’objet  de  grandes
transactions.
Il  n’existe  pas  au  Pérou  de  fabriques  de  conserves,  il
s’en  fait  cependant  une  grande  consommation.  Elles  sont
en  général  expédiées  en  boîtes  de  fer  blanc,  soudées  et
faciles  à  ouvrir  à  l’aide  de  clefs.
L’emballage  se  fait  ordinairement  en  caisses  de  100  ou
50  boîtes,  suivant  qu’il  s’agit  des  modèles  désignés  en
Europe  sous  les  dominations  de  demi-boîtes  ou  de  boîtes
entières.  Pour  éviter  que  les  boîtes  s’écrasent,  les  caisses
doivent  toujours  être  remplies  de  sciure  de  bois.  Pour  les
conserves  envoyées  en  flacons,  chaque  unité  doit  venir
dans  un  pavillon  épais,  afin  d’éviter  la  casse,  le  commerce
se  plaignant  beaucoup  du  peu  de  soin  avec  lequel  les  colis
sont  débarqués  dans  la  plupart  des  ports  du  Pacifique.
Le  prix  des  conserves  sur  place  varie  évidemment  en
raison  de  leur  valeur  au  pays  d’exportation.  Il  est  à  noter
que  l’article  courant,  de  prix  moyen,  trouve  plus  d’acheteurs ­
  en  raison  de  son  bon  marché.
Les  machines-outils  pour  le  travail  du  fer  et  du  bois  sont
fournies  actuellement  par  les  Américains  ;  mais  nous  pouvons ­
  nous  présenter  sans  crainte  sur  le  marché.  Peu  im ­
        <pb n="389" />
        porte  d’arriver  en  retard,  car  il  y  a  encore  place  pour
nous  ;  le  principal,  c’est  d’arriver.
Les  difficultés  présentes  de  nos  exportations  sont  en
grande  partie  dues  à  nos  industriels  ;  la  situation  comporte ­
  donc  des  remèdes  d’une  application  facile,  à  condition
que  les  intéressés  se  rendant  à  l’évidence,  ne  continuent
pas  à  s’effacer  (car  la  réussite  nous  sourit  quand  nous
voulons  bien  faire  preuve  d’initiative  et  de  persévérance),
et  mettent  en  œuvre  les  moyens  que  tous  les  rapports  consulaires ­
  conseillent  d’employer,  procédés  qui  sont  la  raison
des  succès  remportés  par  nos  concurrents.  Avec  un  peu
plus  d’esprit  d’initiative  et  surtout  un  peu  plus  de  sens
pratique,  nous  arriverons,  nous  en  sommes  convaincus,  à
regagner  une  place  honorable  dans  les  entreprises  commerciales ­
  et  industrielles  qui  s’offrent  de  toute  part  au
Pérou.
Notre  intelligence  en  effet,  égale  l’intelligence  des
autres  nations,  et  sûrement  notre  génie  créateur  est  dans
une  large  mesure  supérieur  à  celui  d’autres  peuples  ;
nous  avons,  en  plus,  lr.  masse  compacte  de  nos  petits  et
gros  capitaux  qui  nous  permet  d’envisager  la  lutte  avec
une  certaine  confiance  (1).

(1)  Par  décret  du  17  février  1911,  un  bureau  de  renseignements  et  de
propagande  a  été  créé  à  Paris  par  le  gouvernement  péruvien  ;  ce  bureau
est  chargé  de  donner  des  renseignements  verbaux  et  écrits  sur  le  Pérou,
de  fournir  aux  intéressés  des  échantillons  de  produits  nationaux,  de  s’occuper ­
  de  l’enregistrement  des  marques  de  fabrique  à  déposer  et  des
patentes  à  prendre  au  Pérou,  ainsi  que  de  la  surveillance  des  pensionnaires ­
  du  gouvernement  en  Europe  et  de  la  représentation  de  celui-ci  aux
expositions  et  aux  congrès  industriels.
La  direction  de  ce  bureau  est  confiée  à  M.  Carlos  Larrabure,  fils  du
premier  vice-président  de  la  République  pendant  la  dernière  présidence  ;
intelligent,  énergique  et  consciencieux,  M.  Larrabure  est  très  qualifié
pour  remplir  ce  poste  qui  demande  beaucoup  de  travail  et  de  multiples
connaissances.

LIS  PÉROU  ÉCONOMIQUE
        <pb n="390" />
        CHAPITRE  XVIII

I.  —  Colonisation  et  immigration.  —  II.  Transports  gratuits  aux  artisans.
—  III.  Conditions.  —  IV.  Constitution  de  sociétés  pratiques.  —  V.  Conseils ­
  aux  émigrants.  —  VI.  Ce  qu’il  faut  emporter.  —  VII.  Agriculteur
et  éleveurs.  —  VIII.  Les  artisans.  —  IX.  Professions  libérales  —  X.  Colons ­
  de  Montana.  —  XI.  Intellectuels  et  sans  profession.  —  XII.  Conclusion. ­


I.  —  Les  avantages  obtenus  par  les  États  de  l’Amérique
qui  réussirent  à  attirer  vers  eux  un  fort  courant  d’émigrations ­
  sont  incalculables  ;  il  suffit  de  citer  comme
exemple  le  splendide  développement  commercial  et  agricole ­
  du  Mexique,  de  la  République  Argentine  et  du  Brésil
qui,  dans  l’espace  de  vingt-cinq  ans,  virent  leur  richesse
publique  s’accroître  dans  les  mêmes  proportions  que  s’opérait ­
  l’augmentation  de  la  population.
Le  gouvernement  péruvien  essaya  à  diverses  reprises
d’attirer  vers  ses  immenses  territoires  vierges  l’émigration ­
  européenne  ;  mais  en  raison  de  l’instabilité  gouvernementale ­
  occasionnée  par  des  troubles  trop  fréquents,
ces  tentatives,  opérées  sans  esprit  de  suite,  n’aboutirent  à
aucun  résultat  pratique.
IL  —-  Aujourd’hui  que  la  tranquillité  règne  au  Pérou,  et
        <pb n="391" />
        que  la  stabilité  du  pouvoir  semble  définitivement  établie,  le
gouvernement  s’efforce  à  nouveau  d’attirer  dans  le  pays
des  travailleurs  et  des  colons.  C’est  dans  ce  but  que  le
Président  de  la  République  promulgua,  à  la  fin  de  1906,  un
décret  accordant  certaines  facilités  de  voyage  aux  étrangers ­
  désireux  de  venir  s’installer  au  Pérou.
III.  —  Par  ce  décret,  l’État  facilite  le  voyage  en  troisième
classe  aux  artisans  et  agriculteurs  yankees,  aux  Européens ­
  qui  seraient  nécessaires  aux  entreprises  industrielles ­
  ou  à  des  particuliers;  ces  émigrants  devront
réunir  les  conditions  suivantes  :
1°  Avoir  de  10  à  50  ans  pour  les  hommes  et  10  à  40  pour
les  femmes,  offrir  les  garanties  de  moralité  et  de  santé
prescrites.
2°  S’engager  à  travailler  dans  les  entreprises  agricoles,
minières,  industrielles  ou  commerciales,  ou  pour  le  compte
d’entreprises  de  colonisation,  d’immigration  ou  d’irrigation. ­

3°  Le  paiement  des  passages  s’effectuera  par  les  consuls
péruviens  dans  les  ports  d’embarquement,  d’après  des
ordres  cablographiques  expédiés  par  le  ministre  de
Fomento  ;  les  personnes  intéressées  devront  se  présenter,
demandant  les  dits  passages,  et  indiquer  l’exploitation
agricole  ou  l’établissement  industriel  auxquels  ils  sont
destinés.  Les  demandeurs  devront  aussi  se  déclarer  prêts
à  procurer  des  logements,  l’alimentation  et  les  secours  mé-&amp;gt;
dicaux  au  personnel  demandé,  depuis  le  port  d’arrivée
jusqu’à  l’établissement  de  leur  destination.
Les  consuls  péruviens,  au  reçu  de  l’ordre  cablographique
  du  ministre  de  Fomento,  devront  payer  aux  compagnies ­
  de  navigation  le  montant  des  passages  ;  ils  se
seront  au  préalable  rendu  compte  que  les  immigrants
remplissent  les  conditions  désignées.  Chaque  immûrant

;&amp;amp;,l
        <pb n="392" />
        372

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

recevra,  avant  son  départ,  un  certificat  qu’il  devra  donner
à  son  arrivée  à  l’autorité  maritime  du  port  de  débarquement, ­
  pour  être  remis  au  ministre  de  Foinento.
Ces  facilités  auront  pour  résultat  de  procurer  une  maind’œuvre
  plus  choisie  aux  établissements  agricoles,  industriels ­
  et  miniers.
A  notre  avis,  le  Pérou  ne  doit  pas  compter,  pour  l’instant, ­
  sur  un  fort  courant  d’immigration  qu’il  n’est  pas  en
mesure  de  recevoir  ;  mais  sur  une  émigration  spontanée ­
  et  permanente,  la  seule  favorable  et  avantageuse ­
  au  pays.  Devant  l’esprit  d’association  qui  se  développe ­
  de  plus  en  plus  au  Pérou,  les  demandes  de  bras  se
font  chaque  jour  plus  nombreuses,  particulièrement  dans
les  grandes  entreprises  d’irrigation  de  territoire  dans  la
Costa,  et  celles  de  constructions  de  chemins  de  fer.  Les
travailleurs  japonais  qui  commencent  à  affluer  dans  le
pays  sont  la  seule  main-d’œuvre  sur  laquelle  on  puisse
compter,  avec  les  quelques  éléments  nationaux  ;  mais  ils
sont  encore  en  nombre  insuffisant.
Ce  n’est  qu’après  l’ouverture  du  canal  de  Panama,  que
le  Pérou  verra  couler  vers  lui  un  certain  courant  d’immigrants ­
  ;  c’est  dans  cette  prévision,  que  le  gouvernement
doit  se  préparer  à  offrir  aux  émigrants  des  terres  peu
éloignées  et  dans  des  conditions  acceptables.  C’est  dans
ce  but  que  seront  irrigués  des  terrains  immenses  dans  les
régions  traversées  par  les  rios  Chira  et  Santa,  les  plus
importants  cours  d’eau  de  la  côte  péruvienne.  La  construction ­
  du  chemin  de  fer  oriental  facilitera  l’accès  de
vastes  zones  que  se  disputera  plus  tard  l’émigration
européenne.  A  ce  moment  même,  malgré  les  promesses  et
les  avantages  accordés,  nous  ne  conseillons  pas  aux  colons
qui  seraient  immanquablement  séduits  par  l’attrait  de  la
Montana,  de  s’établir  ailleurs  que  dans  la  zone  nommée
        <pb n="393" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

373

Ceja  de  Montana,  où  le  climat  et  la  nature  leur  seront
également  favorables  ;  les  parties  basses  doivent  être  abandonnées ­
  aux  hommes  de  couleur,  qui,  mieux  que  les
blancs,  peuvent  résister  aux  fièvres,  sinon  aux  moustiques. ­

IV.  —  Pour  nous  résumer,  nous  devons  dire  que  dans
l’état  actuel,  c’est  surtout  aux  capitalistes,  aux  négociants
et  aux  industriels  que  le  Pérou  offre  un  immense  champ
d’action,  car  c’est  assurément  un  des  pays  les  mieux  doués
en  diversité  et  abondance  de  ressources,  et  les  grandes
entreprises  ont  le  choix  entre  l’industrie  minière,  l’industrie ­
  pastorale,  l’industrie  agricole,  —cette  dernière  sur
la  Costa,  dans  des  terrains  irrigués  qui  produiront  ce  qu’on
voudra,  —  et  enfin  l’exploitation  des  multiples  etabondantes
richesses  naturelles  accumulées  dans  les  merveilleuses
forêts  de  la  Montana.
La  réussite  est  assurée,  là-bas,  aux  sociétés  qui,  rompant ­
  avec  toute  routine,  voudront  s’organiser  sur  des  bases
solides,  s’éviter  tout  d’abord  les  frais  d’un  haut  personnel
européen,  qui,  souvent  incapable,  et  ignorant  tout  du
pays  où  il  est  envoyé,  part  avec  l’illusion  de  faire  sans
peine  une  fortune  rapide.  Découragés  avant  d’être
quelque  peu  accoutumés  aux  usages  et  à  la  langue  du
pays,  avant  de  s’être  acclimatés,  ils  rentrent  le  plus  souvent ­
  en  Europe  avant  d’avoir  fait  œuvre  utile.
Dans  cet  ordre  d’idées,  les  meilleurs  résultats  ont  toujours ­
  été  obtenus  par  les  sociétés  fondées  entre  un  petit
nombre  de  capitalistes,  qui  dirigent  et  surveillent  euxmêmes
  leurs  affaires  sans  l’intervention  des  banques
d’émission  qui  ne  s’intéressent  aux  meilleures  conceptions
financières  et  commerciales  en  pays  lointain,  que  jusqu’à
l’heure  où  elles  ont  pu  faire  coter  leurs  valeurs,  et  s’en
débarrassent  après  avoir  touché  d’importantes  commis ­
        <pb n="394" />
        374

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

sions.  Cette  raison,  avec  le  mauvais  recrutement  du  personnel, ­
  avec  les  frais  occasionnés  par  de  nombreux  administrateurs ­
  et  directeurs  touchant  des  émoluments  princiers, ­
  et  l’aménagement  à  grands  frais  de  locaux  somptueux
comme  siège  social,  explique  la  déconfiture  de  nombre  de
sociétés  qui  mieux  comprises  et  mieux  administrées  auraient
pu  donner  de  copieux  bénéfices.
Y.  —  Nous  ajouterons  enfin  quelques  conseils  pour
ceux  qui,  séduits  par  le  caractère  franc,  loyal  et  généreux
du  Péruvien,  par  la  douceur  du  climat  et  la  sérénité  du
ciel,  par  les  ressources  sans  nombre  d’une  terre  fertile,
voudraient  tenter  de  conquérir  au  Pérou  l’aisance  et  l’indépendance. ­
  Mais  hâtons-nous  de  dire  que  les  débuts  ne
sont  pas  exempts  de  fatigues  et  de  difficultés,  plus  ou  moins
faciles  à  vaincre.
Tout  émigrant  doit  éviter  d’emporter  avec  lui  des  choses
inutiles,  et  dès  qu’il  doute  s’il  doit  faire  un  achat  ou  non
en  vue  de  son  expatriation,  il  fera  mieux  de  conserver
son  argent  pour  acheter  sur  place  et  souvent  dans  de
meilleures  conditions  des  objets  plus  appropriés  aux  besoins ­
  et  aux  conditions  de  la  vie  locale.  Cependant  nous
conseillons  les  objets  suivants  :
VI.  —  Literie  complète,  emballée  en  sac,  toutefois
sans  excès,  car  ce  n’est  que  dans  les  régions  froides  de
la  Sierra,  qu’une  literie  chaude  est  indispensable,  sur  la
Costa  et  dans  la  Montana  ce  n’est  qu’occasionnellement
que  l’on  dort  dans  des  lits,  généralement  on  n’emploie
que  des  couvertures;  linge  de  corps  et  de  table;  vêtements ­
  légers  en  coton  et  en  toile,  y  ajouter  le  molleton
pour  la  Montana  et  les  hautes  bottes  et  souliers  à  lacets;
chemises;  les  ustensiles  de  ménage  et  de  cuisine,  batterie
de  cuisine,  vaisselle,  couteaux,  cuillers,  fourchettes,  etc.,
mais  sans  excès  ;  il  ne  faut  pas  oublier  les  outils  qui
        <pb n="395" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

375

sont  nécessaires  au  métier.  Pour  les  ustensiles  d’agriculture, ­
  il  ne  sera  nécessaire,  pendant  les  premiers  temps,
dans  la  forêt  vierge  (lorsqu’il  s’agit  de  la  Montana),  que
déposséder  des  haches,  des  pics,  des  bêches,  des  serpes,
des  sabres  d’abatis  (machété),  qu’il  vaut  mieux  acheter
surplace  d’après  les  modèles  en  usage;  un  fusil  de  chasse
avec  un  canon  à  plomb  et  un  canon  à  balles  est  très
recommandable  dans  la  Montana,  une  carabine  genre
winchester  n’est  pas  à  dédaigner  pour  les  colons  isolés.
Le  colon  pourra  déposer  son  argent  dans  une  banque
d’Europe  et  demandera  des  lettres  de  crédit  sur  Lima;
l’argent  monnayé  qu’il  emportera  sera  de  préférence  en
livres  anglaises  ou  en  or  français.
Le  passeport  n’est  pas  nécessaire  pour  l’Amérique,
mais  il  est  bon  de  se  munir  de  papiers  d’état  civil  ;  il  y  a
toujours  lieu,  pour  les  hommes  ayant  accompli  leur  service, ­
  de  se  mettre  en  règle  avec  l’autorité  militaire  (une
simple  déclaration).
VII.  —  Nous  l’avons  dit  plus  haut,  dans  beaucoup  de
districts  du  Pérou,  la  main-d’œuvre  pour  les  travaux
agricoles  ou  industriels  est  assez  difficile  à  trouver  et,
pour  ce  motif,  il  est  prudent  de  ne  placer  un  grand  capital
dans  l’agriculture  qu’après  avoir  étudié  les  conditions
sur  place.  Par  contre  l’élevage  du  bétail  offre  un  avenir
plein  de  promesses,  dans  les  départements  de  Piura,
Libertad,  Lima  et  Junin,  à  l’émigrant  travailleur  et  persévérant ­
  qui  possède  un  capital  même  minime,  il  va  sans
dire  qu’il  s’agit  d’élevage  sur  une  petite  échelle.
Toutefois,  nous  ne  saurions  assez  mettre  en  garde  les
personnes  disposées  à  émigrer  contre  l’idée  de  partir  sans
ressources  suffisantes,  pour  essayer  de  se  créer  un  foyer
à  1  étranger.  Après  qu  il  a  obtenu  des  terrains,  qu’il  a
commencé  le  travail,  l’émigrant  a  encore  à  faire  face  à  des
        <pb n="396" />
        376

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

dépenses  imprévues,  de  sorte  qu’il  se  voit  forcé,  s’il  ne
possède  rien,  à  contracter  des  dettes  et  à  végéter  plus
longtemps.
Il  est  difficile  de  dire,  sinon  au  point  de  vue  général,
quels  sont  les  émigrants  qui  réussiront  le  mieux  au  Pérou
et  de  quels  moyens  ils  doivent  disposer,  car  tout  dépend
des  capacités,  de  la  profession  et  des  exigences  de  chacun.
Les  agriculteurs,  les  éleveurs  de  bestiaux  et  les  artisans
sont  les  plus  recherchés.  Pour  l’élevage  du  bétail  un  capital ­
  de  vingt  à  trente  mille  francs  est  nécessaire  pour
acheter  des  pâturages,  des  bestiaux  et  parvenir  dans
un  temps  donné,  par  une  activité  constante,  au  bienêtre.

Pour  faire  l’élevage  sur  une  grande  échelle,  il  faut  un
capital  six  ou  huit  fois  plus  élevé  et  parfois  davantage.  Les
candidats  feront  bien  de  ne  se  risquer  qu’après  une  période ­
  d’apprentissage  dans  le  pays  même  et  après  avoir
mûri  leur  décision  par  leur  expérience  et  leurs  observations ­
  personnelles.  L’occasion  de  s’instruire  sous  ce  rapport ­
  se  trouvera  toujours  auprès  d’éleveurs  étrangers  et
indigènes,  établis  dans  les  nombreuses  haciendas  de  la
Costa  ou  de  la  Sierra.
Les  agriculteurs  feraient  montre  de  sens  pratique  en
travaillant  pendant  quelques  semaines  dans  une  hacienda
de  la  côté  ou  dans  une  colonie  existante,  afin  d’étudier  les
procédés  de  cultures  locales,  d’apprendre,  avec  quelques
notions  de  la  langue,  la  meilleure  manière  de  traiter  et  de
diriger  les  travailleurs  indigènes  pour  en  obtenir  un  travail
utile.  En  un  mot,  faire  une  période  d’apprentissage  afin  de
ne  pas  gaspiller  plus  tard  son  avoir  et  son  temps  dans  des
essais  infructueux.
Aucune  famille  de  colon  ne  devrait  émigrer  sans  disposer ­
  d’au  moins  5.000  francs.  La  moitié  suffit  pour  un
        <pb n="397" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

377

célibataire.  —  En  aucun  cas,  à  moins  de  sortir  d’un  institut ­
  agricole,  on  ne  doit,  en  dehors  des  temps  d’apprentissage, ­
  espérer  gagner  sa  vie  comme  journalier,  car  les
cultivateurs  européens  ne  sauraient  rivaliser  avec  les
ouvriers  indigènes  dont  les  besoins  sont  beaucoup
moindres.  Après  qu’il  aura  acquis  quelques  connaissances
générales  sur  l’agriculture  des  pays,  le  colon  devra  devenir ­
  le  maître  de  son  propre  terrain.
Certains  Etats  sud-américains,  désireux  d’attirer  un
grand  nombre  d’agriculteurs,  accordent  ou  ont  accordé
des  concessions  gratuites  de  terres,  des  bestiaux,  des  outils,
ainsi  que  des  secours  pécuniaires  ;  les  résultats  ne  furent
pas  le  plus  souvent  ce  que  l’on  aurait  cru,  et  peu  à  peu  on
abandonna  ces  modes  de  concessions  qui  ne  sont  plus
accordées  que  dans  des  conditions  déterminées.
L’expérience  a  démontré  que  plus  certaines  catégories
de  colons  sont  aidés  personnellement,  plus  difficilement  il
leur  vient  à  l’idée  qu’il  leur  faudra  finalement  ne  compter
que  sur  leurtravail  ;  leurs  prétentions  ne  font  qu’augmenter,
et  ils  tardent  plus  longtemps  à  se  procurer  une  situation
satisfaisante.
Sauf  quelques  exceptions  observées  au  Brésil,  ces  vérités
subsistent  pour  la  généralité  des  colonies  ;  elles  ne  sauraient ­
  être  trop  souvent  répétées  aux  émigrants,  et  seuls,
devraient  émigrer,  comme  colons,  les  gens  qui  sont  doués
de  la  force  de  caractère  nécessaire  pour  lutter,  afin  d’acquérir ­
  bien-être  et  indépendance,  qui  disposent  des  moyens
pécuniaires  indispensables,  et  surtout  qui  possèdent  une
certaine  énergie  morale,  des  aptitudes  au  travail  et,  il  va
sans  dire,  un  bon  tempérament  et  la  force  physique
nécessaire.
VIII.  —  Tous  les  artisans  des  divers  corps  de  métiers
intelligents  et  appliqués,  gagneront,  en  général,  facilement
        <pb n="398" />
        378

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

et  largement  leur  existence  (1)  ;  toutefois,  nous  insistons
encore  sur  la  nécessité  de  posséder  quelques  petites  ressources, ­
  sur  lesquelles  on  puisse  compter  en  cas  de
maladie,  ou  pour  s’assurer  des  moyens  de  retour,  au  cas
où  la  nostalgie,  qui  est  l’écueil  des  volontés  flottantes,  ne
leur  fasse  abandonner  leur  nouvelle  condition,  avant
d’avoir  pris  le  temps  de  s’acclimater.
IX.  —  En  ce  qui  concerne  les  personnes  exerçant  des
professions  libérales  :  médecins,  professeurs,  architectes,
pharmaciens,  ils  sont  nécessaires,  mais  en  petit  nombre,  et
et  il  est  prudent  de  ne  partir  qu’avec  un  engagement
préalable.
Enfin,  au  point  de  vue  général  pour  les  commençants,
les  recommandations  suivantes  peuvent  ne  pas  être  superflues ­
  :
1°  Eviter  toutes  les  sortes  de  jeux  ;  les  hispano-américains ­
  sont  joueurs  comme  les  cartes...  dans  ces  pays,
comme  partout  d’ailleurs,  le  jeu  est  toujours  une  chose
scabreuse  et  un  sentier  fort  glissant.
Au  point  de  vue  commercial  ne  pas  trop  se  découvrir.
Eviter  les  procès,  car  si  les  procès  sont  partout  longs  et
coûteux,  ils  le  sont,  si  possible,  davantage  au  Pérou.
Enfin,  éviter  de  faire  une  trop  grande  concurrence  aux
autorités  locales  de  l’intérieur,  fonctionnaires  métis  ou
indiens  qui  seraient  eux-mêmes  commerçants.
X.  —  Quiconque  veut  devenir  colon  dans  la  Montana
du  Pérou,  doit  avoir  une  grande  force  de  volonté,  de  la
persévérance  dans  l’apprentissage  des  travaux  nécessaires
et  de  l’endurance  dans  les  difficultés  inévitables  ;  pour
cela,  il  faut  non  seulement  une  constitution  saine  et  vigou-(1)
  Les  établissements  de  la  côte  occupent  et  ont  besoin  de  bons  contremaîtres ­
  ou  employés  pour  diriger  les  travaux  des  champs,  de  mécaniciens, ­
  raffineurs,  distillateurs,  charpentiers,  forgerons,  viticulteurs,  etc.
        <pb n="399" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

37»

reuse,  mais  un  moral  énergique.  Ceux  qui  croient  arriver
à  l’indépendance  et  à  la  fortune  avec  peu  de  peine  feront
mieux  de  ne  pas  s’expatrier.  On  ne  doit  pas  émigrer  pour
changer  de  position,  mais  seulement  avec  la  ferme  intention ­
  de  l’améliorer.
Tout  colon  doit  compter,  au  commencement,  sur  une
vie  relativement  précaire,  tant  qu’il  n’aura  pas  installé
son  exploitation  et  ne  se  sera  pas  habitué  aux  conditions
climatériques  et  autres.  C’est  un  grand  avantage  d’être
marié.
Dans  la  Montana,  le  colon  ne  devra  pas  oublier  qu’en
s’installant,  il  ne  rencontrera  que  la  forêt  à  perte  de  vue,
que  son  premier  travail  sera  de  défricher,  de  déboiser
plutôt,  pour  pouvoir  semer.
C’est  donc  en  s’installant  aux  côtés  de  ceux  qui  l’auront
précédé,  sur  un  bon  chemin  qui  lui  offrira  toutes  facilités,
que  le  colon  trouvera  l’appui  et  les  ressources  qui  lui
assureront  un  établissement  dans  de  bonnes  conditions  ;
en  déployant  toute  son  énergie,  il  pourra  de  cette  façon
entreprendre  sa  tâche  avec  toute  confiance  dans  l’avenir.
Il  est  donc  préférable,  pour  le  moment,  de  ne  pas  dépasser
le  Palcazu,  déjà  jalonné  par  plusieurs  installations  aux  environ ­
  de  Puerto-Mairo  etde  Puerto-Chuchurras.Le  Pichis,
le  Chanchamayo,  seraient  excellents,  la  Pampa  deISacramento
  et  le  grand  Pajonal  meilleurs  encore,  mais  ces  dernières ­
  régions  ne  paraissent  pas,  pour  l’instant  du  moins,
présenter  une  sécurité  suffisante  pour  les  colons  isolés,  en
raison  des  incursions  des  Indiens  Campos,  réfractaires  à
la  civilisation.  Pour  notre  part,  nous  ne  considérons  pas,
nous  l’avons  déjà  dit,  la  présence  des  Indiens  comme  un
danger,  mais  plutôt  comme  un  bienfait  dans  la  plupart  des
cas.  Il  suffit  de  se  les  rendre  favorables  par  de  bons  traitements. ­
        <pb n="400" />
        380

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

XI.  —  Les  pays  transatlantiques  ne  sont  pas  un  dé
bouché  pour  les  commerçants  sans  position  :  pour  eux,  il
n’y  a  qu’un  seul  moyen  d’occuper  leur  activité  à  l’étranger,
c’est  d’entrer  dans  une  maison  d’exportation  européenne,
et  d’attendre  l’occasion  de  se  faire  recommander  par  elle
à  des  correspondants  d’outre-mer,  éventuellement  placés
chez  eux.
Pour  l’armée  toujours  croissante  des  prolétaires  de
l’instruction,  la  place  manque  plus  encore.  Pour  cette
classe  si  à  plaindre  de  la  société  et  de  la  civilisation  moderne, ­
  il  n’y  a  de  place  ni  au  Pérou  ni  ailleurs  dans  les
républiques  hispano-américaines.  S’il  est  des  cas  où  certaines ­
  de  ces  personnes  instruites,  tombées  du  haut  de
leur  grandeur  dans  les  rangs  de  la  plèbe,  ont  pu  se  relever
en  Amérique,  par  leur  force  de  caractère,  leur  volonté  de
parvenir  et  leurs  aptitudes,  en  se  soumettant  tout  d’abord
à  une  vie  de  labeurs  et  parfois  de  privations,  ce  n’est  là
que  l’exception;  la  majorité  des  prolétaires  instruits,  de
tous  les  genres,  fera  beaucoup  mieux  dans  son  propre
intérêt  de  ne  pas  aller  grossir  le  nombre  des  déclassés,
déjà  nombreux  dans  les  grandes  capitales  américaines.
Toutefois,  on  peut  dire  du  Pérou  que  c’est  un  pays  où  ne
sont  misérables  que  les  gens  qui  ne  savent  pas  travailler
ou  qui  ne  le  veulent  pas.  Le  Pérou  produit  des  matières
alimentaires  en  abondance,  ce  qui  fait  que  chacun,  par  son
travail,  peut  gagner  assez  pour  sa  subsistance.  L'émigrant ­
  qui  est  prudent  dans  le  choix  de  l’endroit  où  il  se
fixe,  et  qui  possède  un  avoir  suffisant  pour  essayer  de  se
rendre  indépendant,  peut  arriver  à  ce  résultat  avec  des
ressources  plus  modestes  que  dans  beaucoup  de  pays  d’Europe. ­

XII.  —  Malgré  la  grande  sympathie  que  nous  avons
pour  ce  pays,  il  serait  exagéré  de  représenter  le  Pérou
        <pb n="401" />
        LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
comme  un  Eldorado  fantastique  ;  mais  c’est  un  pays  neuf,
en  grand  progrès  depuis  qu’il  jouit  de  la  tranquillité  politique, ­
  qui,  il  faut  l’espérer,  ne  sera  plus  troublée,  il
ne  manque  que  des  bras  et  des  capitaux  pour  donner  une
plus  grande  valeur  à  ses  richesses  minières  et  pastorales.
C’est  certainement  un  des  pays  les  plus  riches  et  les  plus
fertiles  du  monde,  un  de  ceux  où  celui  qui  veut  travailler
et  être  économe,  peut  arriver  rapidement  à  l’aisance  sans
efforts  exorbitants  ni  privations.
Mais  nous  le  répétons,  là,  moins  que  partout  ailleurs
il  n’y  a  place  pour  l’inactif  et  l’inutile,  mais  pour  les  travailleurs ­
  industrieux  et  persévérants,  qui  ont  la  ferme
volonté  de  parvenir,  en  se  livrant  au  commerce,  à  l’industrie ­
  ou  à  l’agriculture,  pour  leur  profit  et  pour  celui  du
pays  qui  leur  a  donné  l’hospitalité.
Tout  en  signalant  quelques  difficultés  de  détail,  nous
ne  voudrions  décourager  personne  d’aller  s’établir  au
Pérou,  nous  avons  une  foi  trop  profonde  dans  l’avenir
économique  de  ce  pays  pour  que  cette  pensée  puisse  nous
être  attribuée.  Mais,  précisément,  parce  que  nous  souhaitons ­
  au  Pérou  une  prospérité  sans  bornes,  prospérité
qui  peut  nous  être  profitable,  nous  voudrions  lui  éviter
les  éléments  sans  valeur  qui,  en  même  temps  qu’ils  discréditent ­
  le  pays,  déconsidèrent  celui  auquel  ils  appartiennent ­
  ;  en  tout  cas  nous  avons  considéré  comme  un  devoir ­
  de  conscience  de  dire  les  choses  telles  qu’elles  sont
Nous  ne  saurions  au  contraire  trop  inviter  nos  compatriotes ­
  qui  ont  des  capitaux,  à  en  placer  une  partie  dans
les  grandes  et  moyennes  entreprises  sérieusement  conçues
et  honnêtement  dirigées,  tant  au  point  de  vue  commercial  ou
agricole  que  dans  les  exploitations  minières  et  forestières.
Dans  quelques  mois,  au  moment  de  l’ouverture  do  la
grande  voie  interocéanique  de  Panama,  toutes  les  nations
        <pb n="402" />
        382  LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE
commerciales  d’Europe,  plus  les  Etats-Unis,  auront  les
yeux  fixés  sur  le  Pérou,  dont  les  produits  et  le  crédit  sont
appelés  à  prendre  sur  les  marchés  européens  un  rang  privilégié. ­
  Si  nous  voulons  regagner,  dans  ce  pays  qui  nous
est  ouvert,  la  situation  prépondérante  qui  nous  est  due,  il
est  indispensable  que  nous  y  prenions  dès  maintenant  de
bonnes  et  solides  positions.
        <pb n="403" />
        TABLE  DES  MATIERES

Préface  de  M.  PAUL  LABBÉ
Avant-propos  ,

CHAPITRE  PREMIER.  —  I.  Aperçu  historique  et  géographique.  —
IX.  pizarre  et  Almagro.  —  III.  L’indépendance.  —  IV.  Territoire  perdu.
—  V.  Situation.  Superficie  actuelle.  —  VI.  Configuration  du  sol.  —
VII.  Divisions  physiques.  —  VIII.  Climat  1
CHAPITRE  II.  —  I.  État  politique  et  social  du  Pérou.  —II.  Constitution.
Mode  d’élection.  —  III.  Justice.  —  IV.  Religion.  —  V.  Décadence  des
monastères.  —  VI.  Influence  du  clergé.  —  VII.  Conditions  légales  des
étrangers.  —  VIII.  Expéditions  de  documents.  —  IX.  Divisions  politiques ­
  et  administratives.  —  X.  Fonctionnaires.  —  XI.  Importance  de
quelques  ports.  14
CHAPITRE  III.  —  I.  Comment  on  se  rend  au  Pérou.  —  II.  Voie  de  Panama. ­
  —  III.  Voie  de  Magellan.  —  IV.  Voie  de  Buenos-Ayres  et  CordiUères.
  —  V.  Prix  des  passages.  —  VI.  De  Panama  au  Callao.  —
VII.  Installation  des  passagers.  —  VIII.  Aspect  de  la  côte.  —  IX.  Le
Callao,  la  baie,  le  débarquement,  le  Muelle  y  Darsena.  —  X.  La  ville.
Hôtels  et  tarifs.  —  XI.  Un  phénomène  29
CHAPITRE  IV.  —  I.  Du  Callao  à  Lima.  —  II.  Constructions,  promenades,
églises,  monuments.  —  III.  Climat  et  hygiène.  —  IV.  Temblores.  —
V.  La  vie  matérielle.  —  VI.  Prix  de  quelques  denrées.  —  VII.  Monts-de-
        <pb n="404" />
        384

TABLE  DES  MATIERES

Piété.  —  VIII.  Domestiques.  —  IX.  Bains.  —X.Cochers.  —  XI.  Hôtels.
—  XII.  Loyers.  —  XIII.  Tramway.  —  XIV.  Les  environs  de  Lima.  —
XV.  Miraflores.  —  XVI.  Barranco.  —  XVII.  Chorrillos.  —  XVIII.  Ancon.
—  XIX.  Les  Huacas  43

CHAPITRE  V.  —  I.  La  population,  comment  elle  est  répartie.  —  IL  Mosaïque ­
  ethnographique.  —  III.  Caractère  des  Péruviens.  —  IV.  Qualités
et  défauts.  —  V.  Abus  du  régime  du  bon  plaisir.  —  VI.  Le  padre  et
l'impôt  sur  le  revenu.  —VII.  Courses  de  taureaux.  —VIII.  Batailles  de
coqs.  —  IX.  La  Liméenne  et  sa  réputation.  —  X.  La  «  dudosa  ».  —
XI.  Un  mot  de  la  Chilienne.  —  XII.  Les  Chinois  au  Pérou.  —XIII.  Maind’œuvre
  appréciée.—  XIV.  La  race  typique  péruvienne,  les  Quechuas
—  XV.  Usages,  mœurs,  coutumes.  —XVI.  Le  Quechua  est-il  un  sage?
—  XVII.  Population  étrangère  58

CHAPITRE  VI.  —  I.  Principales  villes  du  Pérou.  —  II.  Arequipa.  Ses
habitants.  —  lit.  Trujillo.  —  IV.  Ica.  —  V.  Moquegua.  —  VI.  Chiclayo.
—  VII.  Chachapoyas.  —  VIII.  Cajamarca.  —  IX.  Huaraz.  —  X.  Huanuco.
—  XI.  La  ville  la  plus  haute  du  globe,  le  Cerro  de  Pasco,  sa  population, ­
  son  climat.  —  XII.  Tarma.  —  XIII.  Jauja.  —  XIV.  Huancavelica.
■—  XV.  Ayacucho.  —  XVI.  Abançay.  —XVII.  Puno.  —  XVIII.  Le  Cuzco.
Comment  on  va  au  Cuzco.  La  ville,  les  ruines  incaïques.  Son  avenir.
—  XIX.  Moyobamba.  —  XX.  Iquitos,  etc.,  etc  80

CHAPITRE  VIL  —  I.  Les  routes  et  voies  ferrées  au  Pérou.  —  II.  Chemin
de  fer  central.  —  III.  De  Lima  à  la  Oroya.  —  IV.  Ligne  de  Mollendo-Arequipa-Puno
  et  Arequipa-Sicuani-Cuzco.  —  V.  Prolongation  de  voies
ferrées.  —  VI.  Frais  d’exploitation.  —  VII.  Lignes  en  exploitation.  —•
VIII.  Voies  de  communication  à  la  Montana  et  à  l’Amazone.  —  IX.  Voie
du  Huallaga  par  Pacasmayo,  Moyobamba,  Balsapuerto  et  Turimaguas.
—  X.  Voie  d’Ayacucho.  —  XL  Voie  du  Sud.  —  XII.  Voie  Centrale  ou  du
Pichis.  —  XIII.  Itinéraire,  distances  et  temps  employé.  —  XIV.  Description ­
  territoriale.  —  XV.  De  Tarma  à  Puerto  Bermudez.  —  XVI.  Prix
des  transports.  —  XVII.  Difficultés.  —  XVIII.  De  Puerto  Bermudez  à
Iquitos,  navigation  fluviale.  —  XIX.  Canots  et  lanchas.  —  XX.  Prix
approximatifs  101

CHAPITRE  VIII.  —  I.  Services  publics.  —  II.  Postes  et  télégraphes.  —•
III.  Tarif  postal.  —  IV.  Mandats-poste.  —  V.  Colis  postaux.  —  VI.  Télégrammes ­
  et  câblogrammes.  —  VIL  Système  monétaire.  —  VIII.  Poids
et  mesures.  —  IX.  Douanes,  fixation  des  droits.  —  X.  Instruction  publique. ­
  —  XI.  Sociétés  scientifiques.  —  XII.  Presse.  —  XIII.  Travaux  publics ­
  —  XIV.  Police.  —  XV.  Armée.  —  XVI.  Ecoles  militaires.  ■—
XVII.  Mission  militaire  française  133
        <pb n="405" />
        TABLE  DES  MATIÈRES

385

26

CHAPITRE  IX.  —  I.  La  Costa.  —  II.  Aspect.  —  III.  Les  Lomas.  —  IV.  Végétation ­
  et  productions.  —  V.  Propriétés  rurales.  —  VI.  L’agriculture
péruvienne.  —  VII.  Haciendas.  —  VIII.  Les  grandes  propriétés.  —
IX.  Irrigation  de  la  Costa.  —  X.  Les  canaux  de  Chicama.  —  XI.  Brûler
la  pierre.  —XII.  Lois  d'irrigation.  —  XIII.  Une  région  intéressante.  La
province  de  Tumbes.  —  XIV.  Essences  forestières.  —  XV.  Fertilité  du
sol.  —  XVI.  Récoltes.  —  XVII.  Les  palmiers.  —  XVIII.  Une  exploitation ­
  avantageuse.  Le  bananier.  —  XIX.  Ressources  minières.  —  XX.  Le
climat  de  Tumbes
CHAPITRE  X.  La  Costa  (suite).  —  I.  Piura,  climat,  productions.  —
II.  Culture  du  coton,  espèces,  qualités,  prix,  rendement.  —  III-  Travaux
d’irrigation.  —  IV.  Problème  de  la  main-d’œuvre.  —  V.  Cultures  nouvelles. ­
  —  VI.  La  paja  toquilla,  et  les  chapeaux  de  Catacaos.  —  VIII.  L’abigateo.
  —  IX.  Lambayeque.  —  X.  Libertad.  —XI.  Culture  de  la  canne
à  sucre,  ses  sous-produits.  —  XII.  Vallée  de  Chicama.  —  XIII.  Ancachs.
  —XIV.  Ressources  agricoles  du  département  de  Lima,  province
de  Chançay.  —  XV.  Conditions  des  ouvriers  agricoles,  valeur  des  bêtes
de  trait,  du  terrain.  —  XVI.  Ica,  sa  canne  à  sucre.  —  XVII.  Arequipa &amp;gt;
ses  vallées.  —  XVIII.  Le  Huacan.  —  XIX.  Gamana.  —  XX.  Moquegua
  112
CHAPITRE  XI.  —  I.  La  Sierra.  —  II.  Aspect.  —  III.  Température.  —
IV.  Solitude  delaPuna.  —  V.  Végétation.  —VI.  Productions.  —  VII.  Elevage ­
  des  ânes  et  mulets  de  Sechura.  —  VII.  L’agriculture  sur  les  Hauts
Plateaux  péruviens.  —  VIII.  Plantes  fourragères,  pomme  de  terre,  blé,
orge,  maïs,  etc.,  frais  et  rendement  par  hectare.  —  IX.  Difficulté  d’écouler ­
  les  récoltes.  —  X.  Une  culture  intéressante,  le  maguey  et  le  zapupe.
  —  XI.  L’élevage,  bœufs,  vaches,  moutons.  —  XII.  Question  des
transports.  —  XIII.  Mortalité  des  animaux.  —  XIV.  Le  Michipas.  —
XV.  Le  llama,  l’alpaca,  la  vigogne,  le  pacovienne.  —  XVI  Tonte,
rendement,  prix  de  la  laine.  —  XVII.  Les  animaux  de  la  Sierra  193
CHAPITRE  XII.  —  I.  La  Montana.  —  II.  Aspect  et  divisions.  —  III.  Végétation. ­
  —  IV.  Administration.  —  V.  Climat.  —  VI.  Moustiques  et
zancudos.  —  VII.  Fièvres  tierces  et  intermittentes,  moyen  de  les  prévenir, ­
  traitement.  —  VIII.  Conseils  pratiques  aux  voyageurs.  —  IX.  Les
voies  navigables  de  la  Montana.  —X.  Marafion.  —  XI.  Huallagai—
XII.  Ucayali.  —  XIII.  Pachitea.  —  XIV.  Piches.  —  XV.  Urubamba.  —
XVI.  Apurimac.  —  XVII.  Péréné,  etc.  —  XVIII.  Territoire  de  colonisation. ­
  —  XIX.  Encore  les  voies  d’accès  à  l’Orient  et  la  navigation
fluviale.  —  XX.  Faune  de  la  Montana  °  214
CHAPITRE  XIII.  —  I.  Richesses  naturelles  de  la  Montana.  II.  Végétation. ­
  —  III.  Bois  d’ébénisterie.  —  IV.  Essences  tinctoriales.  —  V.  Vé-
        <pb n="406" />
        TABLE  DES  MATIÈRES

386

gétaux  textiles.  —  VI.  Plantes  aromatiques,  plantes  médicinales.  —
VII.  Le  copahyba.  —  VIII.  La  salsepareille.  —  IX.  L’aloès.  —  X.  Le
cocatier.  —  XI.  La  coca,  ses  effets,  sa  culture,  sa  valeur.  —  XII.  Le
quinquina,  où  on  le  trouve  ;  comment  on  l’exploite  —  XIII.  «  L’or
noir  »  —  XIV.  Régions  gommifères.  —  XV.  Les  arbres  à  caoutchouc.
—  XVI.  Caucheros  et  seringueiros.  —  XVII.  A  la  recherche  des  Eeveas.

—  XVIII.  Exploitation  des  estradas.  Fine  Para  et  Semamby.  Production ­
  d’un  hevea.  Valeur  du  caoutchouc.  Fabrification.  Baraconero.
Aviamento.  Les  vivres  d’un  seringueiro.  Sa  vie.  Prix  des  denrées  dans
les  régions  basses.  Dans  la  Geja  de  Montana.  Ce  que  produit  la  campagne ­
  d’un  cauchero.  Ports  d’exportation  du  caoutchouc.  Iquitos.
Mollendo  •  240

CHAPITRE  XIV.  —  I.  Colonisation  et  exploitation  de  la  Montana.  —

II  Concessions.  —  III.  Comment  on  obtient  des  terrains  dans  cette
zone.  —  IV.  Colonies  allemandes  du  Pozuzo,  de  Oxapampa  et  Chanchamayo.
  —  V.  Encore  la  Ceja  de  Montana  et  les  régions  basses.  —
VI.  Comment  on  déboise  la  forêt.  —  VII.  La  main-d’œuvre.  —
VIII.  Comment  on  se  procure  des  travailleurs.  —  IX.  Ethnographie  de
la  Montana.  —  X.  Indiens  mansos  et  bravos.  —  XI.  Caractère  et  coutumes ­
  des  Indiens  Campas.  —  XII.  Les  indigènes  du  Putumayo.  —
XIII.  Piros,  Conibos,  Sipibos.  —  XIV.  Ce  qu’est  une  correria.  —  XV.  Les
Amahuacas.  —  XVI.  Les  Amueshes.  —  XVII.  Main-d’œuvre  indigène. ­
  270

CHAPITRE  XV.  —  I.  Les  mines  du  Pérou.  —  II.  Arrêt  dans  la  production.
—  III.  Légère  recrudescence  d’activité.  —  IV.  Mines  enregistrées.  —
V.  Méthodes  d'extraction.  —  VI.  Gisements  d’argent.  —  VII.  Les  mines
du  Cerro  de  Pasco.  —  VIII.  Amalgamation  primitive.  Minerais  de
cuivre.  La  Cerro  de  Pascos  Mining  Company.  Production  moyenne  du
métal  argent  —  IX.  Région  cuprifère.  —  X.  Districts  producteurs.  L’or
au  Pérou  —XI.  Gisements  quartzeux  et  alluvionnaires.  —  XII  Pépites
invraisemblables.  Les  lavaderos.  Lavage  à  la  bâtée,  au  sluice.  —
XIII.  Laveur  d’or.  —  XIV.  Mines  de  mercure.  —  XV.  Mine  de  houille.
—  XVI.  Production,  prix,  consommation.  —  XVII.  Dépôts  salins.  Pétrole, ­
  borax,  etc.  Guano.  —  XVIII.  Comment  on  obtient  une  conces-303



sion  minière

CHAPITRE  XVI.—  I.  Développement  industriel  et  commercial  du  Pérou.
—  II.  Données  statistiques  Importations,  exportations.  —  III.  Rendement ­
  des  impôts.  —  IV.  Marchandises  transportées.  —  V  Exportation
du  sucre.  —  VI.  Situation  financière.  —  VII.  La  «  Peruvian  Corporation ­
  »  et  la  dette  péruvienne.  —  VIII.  Crédit  extérieur.  —  IX.  Nouveaux
emprunts.  Compagnie  de  navigation  péruvienne.  —  X.  Compagnies  de
navigation  étrangères.  —  XI.  Absence  du  pavillon  français  sur  la  côte

du  Pacifique

335
        <pb n="407" />
        TABLE  DES  MATIERES

387

CHAPITRE  XVII.  —  I.  Infériorité  du  commerce  français  sur  la  côte  du
Pacifique.  Une  clientèle  sympathique.  Causes  de  notre  effacement.  Doléances ­
  des  commerçants  français.  Voyageurs  de  commerce.  Méthodes
à  suivre.  —  II.  Agence  commerciale.  —  III.  Exposition  de  produits
français.  —  IV.  Lecture  des  rapports  consulaires.  Le  goût  du  consommateur. ­
  Crédit.  —  V.  Usages  commerciaux  de  la  place  de  Lima.  —
VI.  Négociants  importateurs  et  exportateurs  péruviens.  —  VII.  Défaut
de  banque  française.  —  VIII.  Banque  Allemande  Transatlantique.  —
IX.  Banques  péruviennes,  leurs  tarifs  d’intérêt.  —  X.  Ce  que  nous  pouvons ­
  vendre  au  Pérou  348
CHAPITRE  XVIII.  —  I.  Colonisation  et  immigration.  Transports  gratuits
aux  artisans.  Conditions.  —  II.  Constitution  de  sociétés  pratiques.
Conseils  aux  émigrants.  Ce  qu’il  faut  emporter.  Artisans.  Professions
libérales.  —  III.  Colon  de  Montana.  —  IV.  Intellectuels  et  sans  professions. ­
  —  V.  Conclusion  .  370
        <pb n="408" />
        BIBLIOGRAPHIE

Pérou  et  Bolivie,  par  Charles  Wiener.
Des  Andes  au  Para,  par  Marcel  Monnier.
Du  Pacifique  à  l'Atlantique  par  les  Andes  péruviennes,  par  01.  Ordinaire. ­

Le  Pérou,  par  A.  Plane.
A  travers  l'Amérique  du  Sud,  par  Delebecque.
Peru  en  Europa,  par  C.-B.  Cisneros.
Guia  de  Lima,  etc.,  par  C.-B.  Cisneros.
Peru  en  1889,  par  A.  de  Idiaquez.
Los  rios  Peruanos,  Apurimac,  Eni,  Tambo,  Ucayali,  Urubamba,  par
Samanez  y  Ocampo.
Derrotero  de  la  Costa  del  Peru.
Monthly  Bulletin.
Boletin  de  Sociedad  geografica  de  Lima.
Boletin  del  ministerio  de  Fomento.
Boletin  del  Cuerpo  de  mineria.
El  Agricultor  Peruano.
Recueil  consulaire  belge.
Viaje  de  Estado  ilayor,  par  les  commandants  Clément  et  Bailly-Maistre


T.  fiREVIN  —  IMPRIMERIE  DE  T.AOWT
        <pb n="409" />
        Oressée  par  V.  dUOT

CARTE  ECONOMIQUE  DU  PEï\OU

Equateur^

Latacu

Ambato

Riobamba

laPunèill;

Cuenca

■etticià

CabaJZo  co  cha

jf-SAZWE
?^(PParma, c
Pari  naSpfrffoiE

T(/n  CA  NA/EA  sbfA
r  IU  R  A  Æ

COTÔf

AMAZONÀ!

COTON.

Y /QUE/  &amp;lt;  $)
fnôm/eqàe,^
yerrenatey^
ARGENT(

/NE  À  SJ

for  roi

Imenfëi

.Pqdro.cieLVqc

xAscape.  :  \  ""  \
L»  BERKrAD  '
VCANNE  (ÿi.
?St  Sankiaqo  dô'
Canne
COTON

IOCO

•  HOUILLE

ClHVRci.  ""'Trju/oS
HOUILLEh  Jfariay
,Huaraz  \  H  U  k  N

AHGEN\

CA  Ni  ■£  À  Si
ETC.
\gas

!/  L^PBèfrwX
HOUILLE
irro  de  Pasc&amp;lt;
Cuivre  —_r
J  U  N  JP
\.,ARG.  /g~&amp;gt;

Ckandless

arm;

==•  Chemxrv  de  fer  pan-américain/
Lignes  de.  TzccoÎEfcctÙTrc  Tnariiimo
t-  JParts  flxeniocujc
Les  capitales  d'JSiaLscmts/rulzc/nées
deux  -fois,  les  chefs-7ieucc  de  département? ­
  taie  fois.
Echelle  l  :  9,000.000

Z&amp;amp;  °NSl
i  -^wPâmpas
1  /  me  fou  reA  °cn
(duaÿaveljca.  ^Huanka
■A-,  A*e ENT  ^  I  Avacucl
^  CUIVRE  Æi-O
■HUANCAYÆtlCA;-'

J.  S.  Lorer/'.o  &amp;lt;V
ChoriHoj

JPmré

jfrpMaîdanado

v ?JMarià

VlGNE

ISCO

jlhcwci

JCU/VRE

Ica\y/6NE\

Cor^.co|

Canaries’

-^çu/vkc
arSTnt-'

'coton-Chala.
 /  Chi

Achxxrcu'Ai

.coton

//ERS

/CANNE  A  Sa

OQUEGUA ;

tPorocono

!\tcasica.

Légende  (suite)
■■■Limite,  de  7/v  navigaüxm.  fluvialerégulière
  à-  vapeur  et  Limite
entre  la,,  Montana  al  ta  "  etle
„Llano  Amazômco"  (Ceja  de
la  Montana).
■  Limite  occidentale  de  la,  région,
productrice  delà  Hevea  Brasilensis
(Para  fl  no).
uLimite  occde.  ta*  région,produo
frice  de/  Æ'Hancornia  speciosa
(Caucho)«îY&amp;amp;&amp;amp;Z'OrcoShiringa.

Oruro

Valdiâ

tisagiux.y
Menllpa^
de?  lorre

vaca-
        <pb n="410" />
        Doh.  3archoLD
Biichbinderei
Hamburg 1 .
        <pb n="411" />
        PEROU  ÉCONOMIQUE

339

fs  |è

pour  10|
En
récents  I
dévelopj
10.791.
13.793.
extérieu|

j|0  livres  en  1911,  pour  tous  les  ports
"fit  une  augmentation  de  231.268  livres
du  port  fluvial  d’Iquitos  se  ressentent
râleur  subies  par  ses  principaux  promtchouc
  ou  l’ivoire  végétal,  tombant
i~"000  livres  à  557.000  livres.  Il  en  est
tâtions  qui  passent  de  371.275  livres
e  sans  précédent  de  903.207  livres
louanes  maritimes  pendant  le  premier
j-„  s’élevèrent  à  307.773  livres,  contre
911.  D’autre  part,  les  recettes  de  la
mèrent  60.070  livres  pendant  la  même
oour  l’ensemble  du  pays  suivent  une
s  ascendante  :  en  1908,  5.478.941  li-1.670
  livres  ;  en  1910,  elles  s’élevèrent
74.176  livres.  Le  Pérou  importe  en
s  farines  américaines  de  Californie,
ure  partie  par  les  vapeurs  allemands
».  La  farine  paie  un  droit  de  0,04  cenun
  droit  additionnel  de  8  pour  100.
enne  de  l’impôt  sur  les  importations
■  100  y  compris  les  8  pour  100  addisur
  les  exportations  s’élèvent  à  4
sur.
jésuite  des  renseignements  les  plus
lerce  total  du  Pérou  continue  à  se
571.387  livres  en  1908,  il  passe  à
à  12.054.873  en  1910  pour  atteindre
malgré  les  difficultés  politiques  et
.rnières  années.
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        ﻿
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        ﻿
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        ﻿
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        ﻿
      </div>
    </body>
  </text>
</TEI>
