50 ÉVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA BELGIQUE » Ainsi donc, Adam Smith comprenait déjà, que les pro grès de Vindustrie ne sont possibles que dans un pay's ayant une certaine densité de population. Aussi longtemps que les terres incultes sont faciles à ac quérir, la formation d’une grande industrie est impos sible. Après l’introduction du machinisme dans l’industrie, ce point de vue est totalement abandonné et l’on se contente d’expliquer les progrès de la production par les inventions techniques. Gaskell le premier s’efforce de prouver que les chan gements survenus dans l’organisation industrielle se ramènent en dernière analyse à une transformation de la technique. Il nous dépeint l’industrie domestique du milieu du XVIII e siècle comme une idylle. Tout y est pour le mieux, jusqu’au jour ou l’on commence à se servir des machines ; alors la concentration s’opère, l'ancien régime industriel disparaît et la grande indus trie se développe en bouleversant la paix sociale (1). Engels s’est approprié cette conception, et lui aussi nous décrit les tisserands agriculteurs comme des gens menant une vie tranquille et heureuse, jusqu’au moment où l’invention de la Jenny les força à aban donner leur foyer paisible (2). Marx avait un sens plus profond de l’évolution in dustrielle. Il savait que les maux signalés par Gaskell (1) P. Gaskell : Artisans and Machinery. The moral and physical condition of the manufaeturing population. London, 1836. (2) Friedrich Engels : Die Lage der arbeitenden Klasse in England. Zweite durchgeschene Auflage, Stuttgart, 1892, p. 3.