72 ÉVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA BELGIQUÊ extraire les ouvriers uécessaires pour former ces éta blissements qui manquaient en France, pour donner l’essor à ses filatures continues, lesquelles ne pouvaient établir, mais seulement très difficilement, la chaîne au-delà de N° 26 » (i). La façon dont Bauwens réussit à transporter les mécaniques et les ouvriers d’Angleterre, est des plus intéressante. C’est en bravant la législation anglaise qu’il mena sa tentative à bonne fin, en risquant d’être condamné à mort pour crime de haute trahison, intel ligence avec l’ennemi, conspiration et complot. Un parent de Bauwens, Napoléon de Pauw, a décrit en détail son expédition en Angleterre et son procès à Londres (2). Nous y renvoyons le lecteur. Ce qui nous intéresse ici le plus, ce sont les causes de l’introduc tion de la filature mécanique de coton en Belgique. (1) Ib. p. 7. (2) Napoléon de Pauw. Lievin Bauwens, son expédition en Angleterre et son procès à Londres (1798-1799) Gand, 1903. Voici comment Bauwens décrit lui-même son expédition : « Je m’étais assuré des divers talents de ces ouvriers avant de leur proposer l’émigration en France; ils avaient construit pour moi plusieurs mécaniques d’après celles que j’avais remarquées dans différentes fabriques de Manchester, d’où ellles furent transportées à Londres : mais le chef de ces ouvriers ayant irahi mes intérêts, il était temps d’aller rejoindre la petite colonie dont je m’étais fait précéder à Hambourg, où étant arrivé non -ans difficulté, je fus dénoncé à l’Ambassadeur anglais, Lord Crawford, qui en donna de suite connaissance à son gouvernement et fit, mais inutilement, toutes les démarches possibles pour m’arrêter avec mes ouvriers; nous lui échappâ mes fort heureusement par un départ précipité et j’arrivai â Paris avec eux en 1798, pour organiser à Passy la belle filature qui s’y trouve, et c’est de là, c’est de cette filature-mère, je puis m’exprimer ainsi, que date l’établissement des mule-jennies en France et le développement de ses filatures continues. (Observations sur une lettre de François de Neufchâ- teau, p. 8).