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      <titleStmt>
        <title>L'évolution industrielle de la Belgique</title>
        <author>
          <persName>
            <forname>Jan S.</forname>
            <surname>Lewiński</surname>
          </persName>
        </author>
      </titleStmt>
      <publicationStmt />
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        <bibl>
          <msIdentifier>
            <idno>1029903786</idno>
          </msIdentifier>
        </bibl>
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        <pb n="1" />
        EIGENTUM
DES
1  H  S  T  !  T  U  T  S
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WELTW!  RTSCHAFTl
Kl  EL

mmmm
        <pb n="2" />
        —  1911  —

..  V

(ri
L'ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE
DE

LA  BELGIQUE

PAR

Jan  St  LEWINSKI

Les  opinions  qu’on  se  risque  à  «  mettre  sont  comme  les
pions  qu'on  avance  sur  le  damier  ;  ils  peuvent  être  battus,
mais  ils  ont  entamé  une  partie  qui  sera  gagnée.
Gœthe.

MISCH  &amp;amp;  THRON
ÉDITEURS
BRUXELLES  LEIPZIG
126,  Rue  Royale.  35-37,  Kônigstrasse.
Dépôt  exclusif  pour  la  Erar.ce  :
MARCEL  RIVIÈRE
•  31,  Rue  Jacob,  PARIS.
        <pb n="3" />
        INSTITUTS  SOLVAY

INSTITUT  DE  SOCIOLOGIE

Travaux  de  l’Institut  publiés  au  1 er  avril  1910.
I.  —  Notes  et  Mémoires  :
1.  —  Notes  sur  des  formules  d'introduction  ù  l'énergétique  physioet
  pasycho-sociologique,  par  E  Soi,  va  Y,  190G.
2.  -  Esquisse  d'une  sociologie,  par  E  Waxweii.er,  1906.
3.  —  Les  origines  naturelles  de  la  propriété  :  Essai  de  sociologie
comparée,  pir  R.  Pétrucci,  1905
4  —  Sur  quelques  erreurs  de  méthode  dans  l'étude  de  l'homme
primitif  :  Notes  critiques,  par  L  Wonox,  1906.
5.  -  L'Aryen  et  Vanthroposociologie  :  Etude  critique,  par  le  I) r
E.  IIouzÉ,1906.
G  Mesure  des  Capacités  intellectuelle  et  énergétique,  par  Cl).
Henry,  avec  une  remarque  additionnelle  (Sur  l'interprétation ­
  sociologique  de  la  distribution  des  salaires)  par  E.
Waxweii.er,  1906.
7,  —  Origine  polypliylétique,  liomotypie  et  non  comparabilité  des
sociétés  animales,  par  R.  Pétrucci,  1906.
5  -  Der  Giiterverkelir  in  der  (Jrgesellschaft,  von  F.  Somi.ô,  1908.
9.  Recherches  sur  le  travail  humain  dans  l'industrie.  —  Enquête
sur  le  régime  alimentaire  de  1065  ouvriers  belges  par  I) r  A.
Si.osse  et  E.  Waxweii.er.  -  1910.
10.  —  Les  abonnements  d'ouvriers  sur  les  lignes  de  chemins  de  fer
belges  et  leurs  effets  sociaux  par  Ernest  Mahalm.  —  1910.
II.  —  Etudes  sociales  :
1.  —  Les  Syndicats  industriels  en  Belgique,  par  G.  De  Leener,
2 e  édition,  1904.  Épuisé.
2.  —  L'Esprit  du  gouvernement  démocratique  par  A.  Prins,  1906.
3  —  Les  Concessions  et  les  Régies  communales  en  Belgique,  par
E.  Brees,  1906.  Épuisé.
4  -  Impôts  directs  et  indirects  sur  le  revenu.  —  La  contribution
personnelle  en  Belgique,  l’Einkommensteuer  en  Prusse,
l’income  tax  en  Angleterre,  par  ,T.  Ingenbi.eek,  1908.
5.  —  L'Organisation  syndicale  des  chefs  d'industrie.  Etude  sur
les  syndicats  industriels  de  la  Belgique,par  G.  I)e  Leener,
2  vol  1909.
6.  —  La  Politique  régulatrice  des  changes,  par  M.  Ansiaux,  1910.
        <pb n="4" />
        III.  —  Actualités  sociales  :
1.  —  Principes  d’orientation  sociale,  résumé  des  études  de  M.
Ernest  Soevay  sur  le  Productivisme  et  le  Comptabilisme,
2 e  édition,  1904
2  —  Que  faut  il  faire  de  nos  industries  à  domicile  ?  par  M.
Ansiaux,  1904.  Épuisé.
3.  —  Le  charbon  dans  le  Nord  de  Belgique.  Le  point  de  vue  technique ­
  (G.  De  Leener).  Le  point  de  vue  juridique  (L.
Wodon).  Le  point  de  vue  économique  et  social  (E  Waxweieer),
  1904.  Épuisé.
4  —  Le  procès  du  libre-échange  en  Angleterre  parD.  Crick,  1904
5.  —  Entrainement  et  fatigue  au  point  de  vue  militaire,  par  J.
Joteyko,  1905.
6  —  L’augmentation  du  rendement  de  la  machine  humaine,  par  le
D 1  L.  Querton,1905.
7.  —  Assurance  et  assistance  mutuelles  au  point  de  vue  médical,
par  le  même,  1905.
8.  —  Les  sociétés  anonymes  :  abus  et  remèdes,  par  T.  Tiiéate,
1905.  Épuisé.
9.  —  La  lutte  contre  la  dégénérescence  en  Angleterre,  parlesD 18
M  Boueeger  et  X.  Enrch,  19i  5
10.  —  Une  expérience  industrielle  de  réduction  de  la  journée  de
travail,  par  L  G  Fromont  190(5
11.  —  Ce  qui  manque  au  commet  ce  belge  d'exportation,  par  G.  De
Leener,1906
12.  —  Ce  que  Varmée  peut  être  pour  la  nation,  par  A  Fastrez,
1907.
13.  —  La  Personnification  civile  des  associations,  Avant  propos
A.  Prins  L’Allemagne,  Il  Marcq  L'Angleterre,  M.
Vautier.  La  France  et  l’Italie,  P  Errera,  1907.
14.  —  Pourquoi  mangeons-nous  l  Principes  fondamentaux  de  l'alimentation ­
  par  A.  Si.osse,  2"  édition.  1988.
14a.—  Waarom  eten  wij  ?  Grondbeginselen  der  voedingsleer,  door
A  Slosse,  1908
15.  —  La  défense  sociale  et  les  transformations  du  droit  pénal,  par
A.  Prins,  1910

Pour  tous  renseignements,
s’adresser  à  M.  E.  Waxweiler,  Directeur  de  l’Institut,
Parc  Léopold,  Bruxelles.
        <pb n="5" />
        Fable  des  Matières

Pages
Avant-Propos.  .........  1
Introduction.
La  méthode.
La  nécessité  de  la  synthèse  ......  3
L’induction  et  la  déduction  ......  4
L’utilité  de  la  combinaison  de  ces  deux  méthodes  .  .  î&amp;gt;
Le  retour  vers  Adam  Smith  ......  H
Les  prénotions  d’ordre  moral  et  la  science  économique.  10
La  réaction  contre  les  Kathedersozialisten  .  .  .11
La  terminologie  La  systématisation  de  Sombart  et  de
Bûcher  12
Les  questions  examinées  dans  cet  ouvrage  ....  17
PREMIÈRE  PARTIE

Chapitre  I
La  Belgique  industrielle  vers  la  ün  du  XVIII e  siècle

Les  difficultés  de  communications.  .....  21
La  population  des  villes  peu  importantes.  .  .  .24
La  campagne,  centre  de  l'activité  industrielle.  .  23
L’industrie  liuière  ........  2G
La  draperie  .........  27
La  fabrication  des  bas  au  métier  et  de  dentelles  .  .  28
Le  tressage  de  la  paille  29
La  clouterie  .........  30
L’armurerie  .........  31
Les  hauts-fourneaux  et  les  forges  .  .  .  .  .31
L’exploitation  do  la  houille  .33
Les  mines  de  fer  ........  37
        <pb n="6" />
        ÏÈ.  ■  ?:*»*$*  .;■!

TABLE  DES  MATIERES
Les  industries  dans  les  villes
Bruxelles  .
Anvers
Louvain  .
ournai
Bruges
Gain!
La  différence  entre  la  Belgique  industrielle  de  ce  temps  et
celle  d’aujourd’hui  .......
Chapitre  II.
Les  causes  de  la  révolution  industrielle.
Les  théories
Adam  Smith  cherche  les  causes  des  progrès  techniques
dans  des  facteurs  économiques.  ....
L’analyse  profonde  de  Smith  abandonnée  et  remplacée
par  une  théorie  superficielle  de  l’invention
Le  manque  de  fondement  de  cette  théorie
Les  changements  des  conditions  du  marché  comme  causes ­
  de  la  révolution  industrielle  ....
L’accroissement  de  la  population  vers  la  fin  du
XVIII 0  siècle  et  ses  conséquences
Comment  l’augmentation  de  la  population  peut  forcei
l’industrie  à  adopter  des  méthodes  plus  perfec
données  ........
Le  remplacement  de  la  matière  organisée  par  la  ma
Hère  inorganisée  ......
Le  déboisement  des  forêts  et  ses  conséquences
L’introduction  de  la  machine  à  vapeur  dans  les  mines
de  houille  .........
La  nécessité  d’une  transformation  technique  dans  l’industrie ­
  sidérurgique.......
Pourquoi  1  industrie  textile  maintient  encore  les  an
ciennes  formes  de  production  .....
L’extension  du  marché
La  réunion  de  la  Belgique  à  la  France  ouvre  à  l’industrie ­
  belge  un  marché  de  4G  millions  d’habitants.

Pages
38
38
39
40
40
41
41
43

47
48
50
51

58
59
01
62
04
00
08
08
        <pb n="7" />
        TA15LE  DES  MATIÈRES

VII

Pages

L’épanouissement  de  l’industrie  .....  G8
Les  houillères  .........  09
La  sidérurgie  .........  09
L’introduction  du  tissage  mécanique  par  Liévin  Bailwens
  dans  l’industrie  cotonnière  .  .  .  .71
L’industrie  drapière  et  William  Cockerill  ...  74
L’industrie  linière  ........  70
La  crise  provoquée  par  la  séparation  de  la  Belgique  de
la  France  .........  77
La  réunion  à  la  Hollande  et  ses  conséquences  pour
l’industrie  belge  .......  77
L’extension  du  marché  n’était  pas  le  facteur  principal
de  la  révolution  industrielle  .....  79
L’industrie  belge  se  relève  après  1830  de  la  crise  causée
par  la  révolution  .  .  .  .  .  .  .81
Les  conditions  de  la  révolution  industrielle.  Leur  classification. ­
  .........  84

Chapitre  III
La  formation  du  prolétariat.

La  confiscation  des  communaux  ......  87
Le  déboisement  des  forêts  .......  90
La  surpopulation  .  .  .  .  .  .  .  .  .91
Le  paupérisme.  .........  92
La  décadence  des  industries  rurales.  La  crise  linière  .  .  94

Chapitre  IV
La  genèse  du  capital  industriel.
La  genèse  du  capital  industriel  ......  99
L’erreur  de  la  théorie  de  Brooks  Adams  considérant  la  formation ­
  du  capital  comme  cause  de  la  révolution
industrielle  ........  99
Le  manque  des  capitaux  commerciaux  en  Belgique
vers  la  fin  du  XVIII e  siècle.
La  pauvreté  d’Anvers

102
        <pb n="8" />
        VIII  TABLE  DES  MATIERES
Pages
Les  revenus  du  clergé,  de  la  noblesse  et  des  marchands
en  1794  :  à  Bruxelles  ......  105
à  Gand  .......  107
à  Anvers  109
La  richesse  du  pays  entre  les  mains  des  maisons  religieuses ­
  et  de  la  noblesse  109
La  formation  du  capital  industriel.
Des  artisans  deviennent  de  grands  capitalistes  grâce  à
un  travail  lent  et  patient  .  .  .  .  .  .110
11  est  impossible  de  généraliser  ce  genre  de  formation
des  grands  capitaux  .  .  .  .  .  .  .112
Les  subsides  de  Napoléon  et  surtout  du  roi  Guillaume  .  116
Les  capitaux  étrangers  .  .  .  .  .  .  .117
La  spéculation  sur  les  assignats:  Michel-Joseph  Orban.  118
La  vente  des  biens  nationaux  et  les  fortunes  industrielles ­
  .....  120
La  noblesse  et  l’industrie.  .....  124
L’histoire  de  la  Société  Générale  pour  favoriser  l’industrie ­
  nationale  .......  125
Conclusions  .........  128
Chapitre  V
L’esprit  capitaliste.
Les  traits  caractéristiques  .  .  .  .  .  •  .131
Le  manque  de  tout  esprit  d’entreprise  en  Belgique  vers  1800  132
Son  éveil.  .  .  ,  •  •  •  •  •  •  .134
Liéoin  Bauwens  Henri-Joseph  Orban  et  Cockerill  .  .  134
L’esprit  capitaliste  n’est  pas  la  force  motrice  de  l’évolution
du  capitalisme  .  .  .  .  .  •  •  .135
Chapitre  VI
Le  nouvel  ordre  juridique.
L’industrie  capitaliste  se  développe  malgré  l’existence  des
règlements  des  corps  de  métiers  ....

137
        <pb n="9" />
        TABLE  DES  MALÈRES

IX

Pages
Les  défauts  du  régime  corporatif  ......  129
L’ancienne  organisation  critiquée  sévèrement  avant  1789  .  140
La  Révolution  française  ne  donne  qu’un  coup  de  grâce  à  une
institution  expirante.  ......  141
Chapitre  VII

L’élément  population  et  l’évolution  économique.

La  théorie  de  l’imitation  ......  148

La  loi  d  inertie  en  sociologie.

La  loi  d’inertie  s’applique  aux  groupements  sociaux
comme  aux  êtres  et  aux  obje's  de  la  nature  .
11  faut  chercher  dans  des  éléments  de  contrainte  la
cause  de  l’évolution  économique  .  .  .  .
Classification  des  éléments  de  contrainte
L’accroissement  de  la  population  et  l'évolution  économique ­

Le  passage  de  l’état  nomade  à  l’agriculture  .
La  révolution  agricole  au  moyen  âge  .  .  .  .
Opinions  des  économistes  et  sociologues
Critiques  des  théories  de  Coste  et  Durkheim

144

14.")
145

14G
147
147
147
148

SECONDE  PARTIE

Chapitre  VIII
Les  grandes  lignes  de  l’évolution  industrielle  dans
la  seconde  moitié  du  XIX e  siècle.

L’importance  de  l’industrie  en  184G  et  en  1896  .  .  .  155
Le  développement  de  l’industrie  houillère  et  métallurgique.  15G
L’industrie  belge  repose  de  plus  en  plus  sur  les  produits
du  sol  étranger  .  .  .  .  .  .  .  .159
La  petite  et  la  grande  industrie  ......  1G0
La  force  motrice  .........  1G2
Les  sociétés  par  actions.  .......  1G4
        <pb n="10" />
        X

TAULE  UES  MATIÈRES

Pages
Chapitre  IX
Les  causes  de  la  décadence  du  métier.
Les  prédictions  des  économistes  sur  l’avenir  des  métiers  .  167
Nécessité  d’arriver  à  une  •*  clarté  théorique  »...  161)
La  supériorité  de  la  fabrique  dans  la  lutte  avec  le  métier
La  différence  entre  la  fabrique  et  le  métier  consiste  dans
la  différenciation  et  l’intégration  du  travail  .  .  171
Les  avantages  qui  résultent  de  la  différenciation  pour  la
fabrique
La  dé»  omposition  du  travail  .  .  .  .  .  .172
La  différenciatio  i  de  la  fonction  commerciale  .  .  .  177
La  différenciation  des  fonctions  artistiques  et  techniques  182
Les  changements  brusques  et  rapides  de  la  technique  182
La  mode  .  .  .  .  .  .  .  .  .183
La  localisation  des  entreprises  .....  187
Les  avantages  qui  résultent  de  Vintégration  pour  la  fabrique  189
La  loi  de  ••  Massenproduktion  »  de  Bûcher  .  .  .  11  9
L’emploi  de  déchets.  .......  190
La  force  motrice  ........  191
Les  grands  capitaux  .  .  .  .  .  .  .193
Chapitre  X
La  décadencce  du  métier.
Les  sources  ..........  197
La  décadence  du  métier  comme  phénomène  général  198
La  disparition  des  anciennes  industries  rurales  .  .  205
La  décadence  de  la  boissellerie  .  .  .  .  .  2'  8
La  charpenterie  ........  -09
La  tannerie  .  .  .  .  .  •  •  •  .210
La  meunerie  .  .  .  .  .  •  •  .  .  210
L’orlevrerie  .  .  .  .  •  •  •  •  .211
La  chapellerie  .........  213
Pourquoi  la  statistique  ne  rend  pas  exactement  compte
de  la  décadence  du  métier  214
        <pb n="11" />
        TABLE  DES  MATIÈRES  XI
Pages
Exemples  :  La  cordonnerie  ......  218
La  boulangerie.  ........  221
Le  métier  de  tailleur  .......  227
La  confection  de  vêtements  pour  femmes  .  .  .  230
Les  industries  du  bâtiment  ......  232
La  fabrique  n’accapare  pas  dès  le  début  toute  la  production ­
  d’une  industrie  ......  237
Elle  laisse  au  métier  la  réparation.  ...  238
Faut-il  en  conclure  qu’il  en  sera  toujours  ainsi  ?  .  .  238
Les  contre-tendances  arrêtant  la  décadence  du
métier  239
Les  facteurs  psychologiques  ......  240
La  possibilité  de  se  procurer  des  ressources  accessoires.  241
L’exploitation  de  la  force  humaine.  ....  241
Le  mouvement  des  classes  moyennes  ....  243
Critique  des  méthodes  préconisées  pour  sauver  le  métier  245
Le  moteur  électrique  et  le  petit  outillage  .  .  .  245
Le  métier  et  l’art  ........  250
Le  mouvement  syndical  .......  253
Les  mêmes  remèdes  qu’on  propose  aujourd’hui  pour
sauver  le  métier  furent  préconisés  il  y  a  00  ans  par
les  défenseurs  de  l’ancienne  industrie  linière  .  .  259
Chapitre  XI
La  décadence  de  l’industrie  à  domicile.
Considérations  théoriques  201
Le  travail  à  domicile  ne  caractérise  pas  l’industrie  à
domicile  .........  201
Celle-ci  peut  s’exercer  hors  de  la  demeure  de  l’ouvrier
à  domicile  .........  202
L’industrie  à  domicile  se  distingue  du  métier  par  la
différenciation  du  travail  de  production  des  autres
fonctions,  notamment  de  la  fonction  commerciale  .  204
L’industrie  à  domicile  se  distingue  de  la  fabrique  par
le  manque  d’intégration  ......  209
L’infériorité  qui  en  résulte  au  point  de  vue  :  1°  du
rendement  ;  2°  de  la  qualité  .....  273
        <pb n="12" />
        XII

TABLE  DES  MATIERES

Pages.
Vérification  des  conclusions  théoriques.
Le  tissage.  .........  278
L  industrie  armurière  et  clouticre  .....  279
La  coutellerie  .  .  .......  280
Le  tressage  de  la  paille  280
La  corderie  280
La  fabrication  manuelle  de  chaussures  ....  280
La  broderie  sur  linge,  la  lingerie,  etc  ....  281
La  confection  de  la  cravate  ......  281
La  bonneterie  282
La  confection  de  vêtements  pour  hommes  .  .  .  282
La  couture  des  gants  .......  282
Les  causes  de  la  décadence  .  .  ...  .  .  283
Les  contre-tendances  arrêtant  la  décadence  des
industries  à  domicile  284
Le  consommateur  non  soucieux  de  la  qualité..  .  .  285
L'ouvrier  attaché  à  l’industrie  par  tradition  .  .  .  286
La  nécessité  d’nne  occupation  accessoire  .  .  .  287
Le  manque  d’autre  occupation.  .....  290
L’intérêt  qu’a  Ventrepreneur  de  maintenir  l’industrie  à
domicile  .........  290
Les  risques  de  l'entreprise  retombent  sur  l’ouvrier  .  290
Les  bas  salaires  et  les  longues  journées  de  travail.  .  292
Les  frais  et  fournitures  à  charge  de  l’ouvrier  .  .  294
Le  truck-system  .  ‘296
Le  travail  des  enfants  de  moins  de  12  ans  .  .  .  300
L’exploitation  des  apprentis  ......  301
Cette  exploitation  est  rendue  possible  :  1°  Par  le  manque
d’esprit  de  solidarité  chez  les  ouvriers  .  .  .  302
2°  Par  le  fait  que  l’industrie  à  domicile  n’est  considérée
souvent  que  comme  une  occupation  d’appoint.  .  303
Les  moteurs  électriques  dans  les  industries  à,  domicile  305
Chapitre  XII
La  concentration  industrielle.
Considérations  théoriques  307
Les  avantages  de  production  croissent  avec  la  grandeur
des  l’entreprise  309
        <pb n="13" />
        TABLE  DES  MATIERES

XIII

La  décomposition  du  travail  n’a  pas  d’autres  limites  que
celles  dépendant  de  l’étendue  du  marché  .
La  spécialisation  et  ses  avantages  .....
La  combinaison  de  différentes  industries  dans  une  seule
entreprise  .........
Les  avantages  de  la  combinaison  sont  :  1°  Techniques  .
2°  Economiques
Les  frais  d’installation  deviennent  de  plus  en  plus  grands  217
Vérification  des  conclusions  théoriques  .  .  .  318
Dans  presque  toutes  les  grandes  industries,  le  nombre
d’entreprises  a  diminué  alors  (pie  le  nombre  des
ouvriers  a  augmenté.  ......  319
Les  lois  qui  régissent  la  concentration  dans  les
différentes  industries  329

Annexe  :  Les  détenus  de  maisons  de  force,  etc.,  compris
dans  le  Recensement  de  1846  .....  349
Bibliographie  de  l’évolution  industrielle  de  la  Belgique ­
  depuis  1800  .......  355
Index  des  noms  d’auteurs  cités  dans  le  texte.  .  .  442

rages
310
311
311
313
315
        <pb n="14" />
        p.  144,
p.  200,
p.  200,
P-  216,
p.  216,
p.  216,
245,
p.  375,
p.  379,
p.  385,
p,  387,
389,
p.  389,
p.  389,
392,
p.  399,

p.  399,
p.  400,

1.  9,  lisez  Georges.
1,  14,  lisez  Dass.
1.  17,  lisez  Verführerisches.
1.  21,  avant  dass  ouvrez  les  guillemets.
1.  6,  au  lieu  de  renvoi  5  mettez  renvoi  2.
1.  11  ,  ’5  55  55  55  2  55  55  3.
1.  15,  ”  55  5  5  5  5  3  55  5  5  4  .
dernière  ligne  lisez  L.  Guniplowicz.
La  diminution  d’ouvriers  tisserands  a  été  de
15111.
au  lieu  de  renvoi  15  (515 (15 ))  mettez  renvoi  14.
le  nombre  de  maçons  (maîtres;  a  été  en  1896
de  8339.
le  nombre  de  maçons  (ouvriers)  a  été  en  1896
de  17146.
le  nombre  de  sabotiers  (ouvriers)  a  augmenté
de  121,9  °/ 0 .
le  total  de  Blanchisseuses  de  linge  (col.  3)  est  8.
N°  119,  lisez  voies  de  communication.
Il  manque  en  bas  du  titre  N°  146  I.  S.
55  55  55  55  55  55  ÎN°  184  I.  S.
Titre  N°  204  lisez  Volz.
Il  manque  en  bas  des  titres  N°  213  et  214  B.  R.
55  55  55  55  du  titre  216  Ch.  R.
55  55  55  55  55  55  N°  217  I.  S.
55  55  55  55  55  55  N°  237  cité  dans  la  B.N.
55  55  55  55  55  55  N°  292  cité  parWiESE.
N°  294,  p.  29.
Titre  N°  292,  lisez  Montagne.
Il  manque  en  bas  du  titre  N°  303  Off.  Tr.
        <pb n="15" />
        Avant-Propos

Cet  ouvrage  a  été  écrit  pendant  les  années  1907
à  1909  à  l’Institut  de  Sociologie  Solvay.
Je  suis  heureux  de  remercier  tous  ceux  qui  m’ont
aidé  et  qui  ont  facilité  mes  recherches.  Avant  tout,
mes  remercîments  s’adressent  à  M.  Waxweilek,
Directeur  de  l’Institut,  à  MM.  Aksiaux,  De  Leener,
Des  Marez,  Mahaim,  Yarlez,  Warnotte,  et  à  un
grand  nombre  d’autres  personnalités  du  monde
scientifique  et  industriel.
Je  tiens  à  dire  dès  à  présent,  pour  éviter  tout
malentendu,  que  mon  étude  est  consacrée  à  l’évolution ­
  industrielle  qui  s’est  déroulée  au  XIX e  siècle.
Mais  comme  les  faits  économiques  ne  se  laissent
pas  découper  en  périodes  tranchées,  j’ai,  en  différents ­
  endroits,  dû  m’occuper  aussi  de  la  fin  du
XVIII e  siècle.  Malheureusement,  cette  époque  de
l'histoire  belge  a  été  jusqu'à  présent  fort  négligée.
J’ai  ainsi  été  contraint  de  me  contenter  parfois  de
matériaux  dont  je  sens  moi-mème  l’insuffisance.
Je  crois  néanmoins  qu’en  combinant  des  preuves
différentes  dont  chacune  à  elle  seule  me  semblait
        <pb n="16" />
        AYANT-PROPOS

peu  probante,  je  suis  arrivé  à  tracer  à  grandes
lignes  un  tableau  exact  de  la  Belgique  économique ­
  vers  la  fin  du  XVIII e  siècle.
Les  considérations  relatives  aux  causes  de  la
révolution  industrielle  en  Belgique  ont  été  publiées
par  moi  également  dans  un  article  allemand  paru
dans  la  Zeitschrift  fur  die  gesamte  Staatswissenschaft.
  (N°  d’avril  1910).

J.  S.  L.
        <pb n="17" />
        INTRODUCTION.

«  Un  fait  n’est  rien  par  lui-même,  il  ne  vaut  que  par
l’idée  qui  s’y  rattache  ou  par  la  preuve  qu’il  fournit.  Quand
on  qualifie  un  fait  nouveau  de  découverte  ce  n’est  pas  le
fait  lui-même  qui  constitue  la  découverte,  mais  l’idée  nouvelle ­
  qui  en  dérive...  L’observation  et  l’expérience  amassent ­
  chaque  jour  une  multitude  de  faits,  mais  le  rôle  de  la
science  n’est  pas  seulement  de  former  le  répertoire  de  ces
faits  ;  elle  doit  en  saisir  la  portée,  le  lien,  l’harmonie
et  le  but.  La  généralisation  doit  mettre  en  œuvre  les
matériaux  que  lui  fournit  l’esprit  d’observation  et  d’expérimentation ­
  »  (1).
Combien  rares  sont  les  œuvres  d’histoire  économique
imbues  de  ce  principe  fondamental  de  la  méthode
scientifique,  que  Claude  Bernard  a  si  bien  exprimé.
Lisez  les  descriptions  de  l’évolution  économique  d’un
pays  ;  vous  y  trouverez  difficilement  une  idée  directrice, ­
  une  généralisation  quelconque,  une  théorie  nouvelle. ­
  On  se  contente  d'amasser  des  matériaux  et  des

(1)  Claude  Bernard  :  Leçons  sur  les  phénomènes  de  la  vie.  Paris,
1879,  t.  1  [  pp.  45  et  390,  cilé  par  E.  ’Waxwkii.kr.  Esquisse  d’une  sociologie. ­
  1906  p.  116,
        <pb n="18" />
        chiffres  et  on  oublie  que  l’homme  de  recherche,  même
en  concentrant  ses  efforts  sur  un  sujet  limité,  doit
collaborer  à  la  réalisation  d’un  plan  d’ensemble.
Cet  état  de  choses,  assurément  regrettable,  est  dû  à
l’importance  exagérée  qu’on  attribue  aujourd’hui  dans
les  recherches  économiques  à  la  méthode  inductive.
On  amasse  des  matériaux  sans  avoir  acquis  des  notions ­
  théoriques  du  problème  ;  on  se  perd  dans  le
chaos  des  faits  et  l’on  termine  de  gros  ouvrages  avec
cette  conclusion  ou  plus  tôt  ce  manque  de  conclusion  :
«  c’est  cela,  mais  c’est  aussi  le  contraire  ».
La  nécessité  de  donner  à  la  méthode  déductive  la
place  qu’elle  a  perdue  depuis  que  l'école  historique  ou
pour  mieux  dire  l’école  de  Schmoller  (1)  a  triomphé
en  économie  politique,  s’impose  de  plus  en  plus.  Ce
n’est  point  cette  méthode  elle-même,  mais  bien  sa
fausse  application  qui  a  conduit  les  anciens  économistes ­
  à  leurs  erreurs.  «  Ceux  qui  l’emploient,  négligent, ­
  écrivait  Toynbee,  d’examiner  de  près  leurs
propositions,  de  vérifier  par  des  faits  leurs  conclusions  ;
leurs  arguments  sont  basés  sur  des  prémisses  qui  non
seulement  ne  correspondent  pas  à  la  réalité,  mais  qui

(1)  Nous  préferons  employer  le  terme  «  école  de  Schmoller  «,  le  mot
«  école  historique  »  étant  beaucoup  trop  vague.  Il  y  a  en  Allemagne  un
grand  nombre  d’économistes  qui  se  sont  adonnés  aux  éludes  historiques
et  les  ont  encouragées,  mais  qui  se  rattachent  à  l’école  classique  et
autrichienne  (Bûcher,  Brentano,  Knapp).  Il  n’y  a  rien  de  plus  faux  que
de  croire  que  tous  les  économistes  travaillant  dansle  domaine  historique
sont  des  adeptes  de  Schmoller,

;  rf.vii-miu
        <pb n="19" />
        Introduction

5

sont  tout-à-fait  fausses  :  ils  oublient  de  combiner  l’induction ­
  avec  la  déduction  »  (1).
«  Il  ne  s’agit  donc  pas,  écrit  Adolphe  Wagner,
d’abandonner  complètement  la  méthode  déductive  et  de
lui  substituer  entièrement  la  méthode  inductive,  ce  qui
ne  serait  d’ailleurs  pas  possible,  ni  même  désirable.  Il
faut  simplement  perfectionner  la  méthode  déductive,
lui  donner  pour  point  de  départ  une  psychologie  plus
exacte,  l’appliquer  avec  plus  de  prudence,  surtout  dans
les  questions  pratiques,  et  ne  jamais  perdre  de  vue
les  hypothèses  d’où  l’on  est  parti  ;  il  faut  une  intelligence ­
  plus  nette  des  limites  dans  lesquelles  l’emploi
de  cette  méthode  est  possible,  suivant  la  nature  des
problèmes  à  résoudre,  le  but  qu’on  se  propose,  la  combiner ­
  sagement  avec  l’induction  dans  beaucoup  de  cas
—  mais  non  dans  tous,  ce  qui  d’ailleurs  n’est  pas  possible ­
  —  et  parfois  substituer  l’induction  à  la  déduction.
Tel  est  le  p  roblème  à  résoudre  »  (2).
Cette  combinaison  de  la  déduction  avec  l’induction
sera,  au  point  de  vue  méthodologique,  l’idée  maîtresse
de  notre  travail.
Voyons  par  un  exemple  comment  nous  entendons  l’appliquer. ­
  La  question  de  la  décadence  des  métiers  a  fait  l’objet
de  nombreuses  études.  La  plupart  des  auteurs  qui  s’en
occupent  se  contentent  de  réunir  quelques  chiffres,  de
faire  quelques  calculs,  et  ils  en  arrivent  à  cette  con-(d)

  Arnold  Toynbee  :  Lectures  ou  the  industrial  révolution  in  England.
London,  1884,  p.  ‘29.
(2)  Adolphe  Wagner  :  Les  fondements  de  l’économie  potitique.  Paris,
&amp;lt;904,  p.  19.
        <pb n="20" />
        6

INTRODUCTION

clusion,  qu’il  y  a  des  métiers  dans  lesquels  le  nombre
d’artisans  a  diminué,  mais  qu’il  y  en  a  d’autres  dans
lesquels  il  a  augmenté.  Ces  constatation»  sont  aussi
profondes  que  celles  que  ferait  un  physicien  qui,  au
lieu  d’étudier  le  mécanisme  de  la  loi  de  la  gravitation,
se  contenterait  de  compter  sous  un  arbre  les  pommes
qui  tombent  et  celles  qui  ne  tombent  pas  (1).
Avant  de  faire  parler  les  chiffres,  il  faut  acquérir
une  claire  notion  de  ce  qu’est  le  métier  et  de  ce  qu’est
la  fabrique.  Lorsqu’on  a  trouvé  que  la  fabrique  est,  au
point  de  vue  de  la  quantité  et  de  la  qualité  de  production, ­
  supérieure  au  métier,  on  peut  conclure  à  la
décadence  inévitable  de  ce  qu’on  appelle  la  petite
industrie.
Mais  on  s’aperçoit  alors  que  la  statistique  ne  confirme
pas  entièrement  cette  prévision,  qu’à  coté  des  métiers
dans  lesquels  le  nombre  d’artisans  a  diminué,  il  y  en
a  d’autres  où  il  a  augmenté  ;  on  est  ainsi  amené  à
étudier  la  question  de  plus  près,  et  l’on  constate  que
cette  apparente  contradiction  est  due  en  partie  à  des
erreurs  et  à  l’insuffisance  de  la  statistique,  que,  d’autre
part,  il  y  a  des  contre-tendances  qui  modifient  et
arrêtent  la  décadence  des  métiers,  et  dont  il  convient
de  déterminer  la  force  et  l’importance.

(f)  Nous  ne  pouvons  pas  développer  ici  ces  questions  fondamentales
de  la  méthode,  qui  du  reste  ont  été  traités  suffisamment,  notamment
dans  un  ouvrage  de  Heinrich  Dietzel,  Theoretische  Sozialôkonomie,
Leipzig  1896.  Il  me  semble  que  ce  livre  qui  ?e  distingue  par  une  clarté
remarquable  est  beaucoup  trop  peu  connu  en  France  et  en  Belgique

NtttNH!  Ht  '  ■  4:
        <pb n="21" />
        Introduction

*7

Nous  voudrions  exposer  par  un  autre  exemple  bien
frappant  l’utilité  de  cette  combinaison  de  la  déduction
et  de  l’induction.  Il  s’agit  de  la  question  de  la  maind’œuvre
  féminine  dans  l’industrie.  Les  auteurs  qui  ne
recherchent  les  lois  d’évolution  que  dans  la  statistique,
ont  comparé  le  nombre  de  femmes  occupées  en  Belgique ­
  dans  l’industrie  en  1846  et  en  1896  et  ont  trouvé
qu’il  y  avait  en  1896  proportionnellement  au  nombre
total,  moins  d’ouvrières  qu’en  1846.  Pour  notre  part,
avant  d’interroger  les  recensements,  nous  avions  recherché ­
  les  causes  susceptibles  d’influencer  le  phénomène,  et
nous  avions  abouti  à  cette  conclusion  qu’un  régime  capitaliste ­
  comme  le  nôtre  doit  favoriser  le  développement
du  travail  salarié  de  la  femme.  Les  statistiques  étrangères ­
  confirmaient  l’exactitude  de  cette  prévision.  En
présence  de  ces  constatations,  nous  nous  sommes
demandé  s’il  n’existait  peut-être  pas  en  Belgique  des
conditions  spéciales  contrariant  cette  loi  d’évolution.
Il  n’en  était  rien.  La  statistique  seule  devait  donc
être  en  faute,  et  en  effet,  dans  le  recensement  de
1846,  on  avait  compté  20.000  dentellières  d’une  catégorie
omise  en  1896.  Or,  les  chiffres  ainsi  corrigés  vérifiaient ­
  notre  prévision.
Telle  est  la  méthode  que  nous  avons  suivie.  Avant
d’aborder  l’étude  des  faits  relatifs  à  l’évolution  industrielle ­
  de  la  Belgique,  nous  avons  essayé  d’arriver  à
une  clarté  théorique  du  problème.  Et  ce  n’est  qu’après

(l)  Voir  notre  article  «  La  maternité  et  l’évolution  capitaliste.  »  Revue
d’économie  politique  &amp;lt;909.  n°*  7  et  8-9.
        <pb n="22" />
        ce  travail  préliminaire  que  nous  nous  sommes  mis  à
réunir  des  matériaux  et  des  chiffres  pour  voir  si  la
formation  concrète  des  phénomènes  concordait  avec  nos
conclusions.
La  méthode,  dont  nous  nous  servons  notamment
dans  la  seconde  partie  de  l’ouvrage  est  donc  celle  qui
fut  si  brillamment  appliquée  par  le  fondateur  de  l’économie ­
  politique.
Adam  Smith,  combine  en  effet,  comme  le  constate  très
justement  Cliffe  Leslie,  deux  modes  de  recherches  de  la
vérité.  Il  déduit  d’abord  de  certaines  prémisses  une  conception ­
  abstraite  des  sociétés  humaines  ;  en  cela  il  agit
comme  Quesnay,  et  c’est  pourquoi  il  doit  être  compris  dans
les  théoriciens  de  l’ordre  naturel.  Mais  il  ne  s’arrête  pas
là;  cette  conception  abstraite,  il  tente  de  la  vérifier  dans
l’histoire,  à  l’aide  des  procédés  de  son  siècle  ;  en
cela  il  va  bien  au-delà  de  la  pliysiocratie  et  prépare  à
la  science  une  ère  nouvelle  :  celle  de  l’induction.
En  retournant  ainsi  vers  la  méthode  d’ADAM  Smith  nous
croyons  participer  à  un  mouvement  qui  se  propage  de
plus  en  plus.  Il  est  intéressant  de  voir  que  ce  mouve-(1)

  Thomas  Edward  Gi.tffe  Lesuk.  The  political  economy  of  Adam
Smith  dans  Essays  in  political  and  moral  philosophy.  Dublin,  Londou,
1819,  p.  148-166.  Voir  sur  le  même  sujet  :  Hector  Denis.  Histoire  des
systèmes  économiques  et  socialistes,  vol.  I  p.  235.  ss.  Hector  Denis  se
basant  sur  Nicholson,  dit  que  la  place  de  Smith  dans  la  science,  est  anologue
  à  celle  que  Locke  occupe  dans  la  philosophie.  Locke  lui  aussi  a
présenté  la  combinaison  de  Va  priori  et  de  Y  a  postériori  dans  ses  raisonnement. ­
  Les  successeurs  de  Locke,  ne  pouvant  ou  ne  voulant  prolonger
l’association  de  ces  deux  méthodes,  ont  développé  les  écoles  antagoniques ­
  de  la  philosophie  transcendante  et  de  la  psychologie  empirique  et
leur  conciliation  fut  le  grand  problème  que  Kant  se  posa.  (p.  246.)
        <pb n="23" />
        INTRODUCTION

9

ment  gagne  surtout  du  terrain  en  Allemagne,  où  l'école
de  Schmoller  traitait  avec  un  dédain  sans  égal  le  père
de  l'économie  politique.
«  Ce  serait  aller  à  l’encontre  du  progrès,  disait  en
1897  Schmoller  dans  son  discours  rectoral,  que  de
mettre  des  écoles  disparues  et  des  méthodes  surannées
sur  le  même  pied  que  des  écoles  nouvelles  et  des
méthodes  plus  parfaites  :  c’est  ainsi  qu'un  pur  disciple
de  Smith,  tout  comme  un  pur  disciple  de  Marx,  ne
peuvent  prétendre  aujourd’hui  être  traités  sur  le  même
pied  que  d’autres.  Ceux  qui  ne  se  tiennent  plus  sur
le  terrain  de  la  recherche  moderne  et  des  méthodes  savantes ­
  d'aujourd’hui,  ne  peuvent  pas  être  utiles.  »  (1)
C’est  à  August  Oncken,  que  revient  le  mérite  d’avoir
démontré  le  manque  de  fondement  de  ces  allégations.  (2)
Schmoller  lui  même  a  d’ailleurs  modifié  ses  opinions
et  dans  un  article  paru  en  1907,  il  appelle  Smith  une
des  grandes  lumières  de  la  civilisation  (einen  der
grossen  Sterne  der  Aufkliirung)  qui  a  exercé  sur  le
monde  une  influence  plus  considérable  qu’aucun  autre
économiste  après  lui.  (3).
Ce  changement  d’opinion  est  significatif  pour  le
reviremeut  d’idées  qui,  dans  les  dernières  années,  s’est
produit  en  Allemagne.  Les  nouveaux  courants  sont

(1)  Gustav  Schmoller.  Politique  sociale  et  économie  politique.  Paris,
1902.  p.  320.
(2)  August  Oncken.  Das  Adam  Smith-Problem.  Zeitschrift  für  Sozialwissenschaft,
  1898  et  Adam  Smith  und  Adam  Ferguson.  Ib.  1909,  N.  3  et  4.
(3)  Internationale  Wochenschrift  für  Wissenschaft,  Ivunst  undTechnik.
45  Juni.
        <pb n="24" />
        10

INTRODUCTION

encore  peu  visibles  à  la  surface,  mais  on  voit  en
regardant  de  près  que  la  méthode  des  classiques  gagne
du  terrain.  Sombart  appelle  les  économistes  du  XVIII e
siècle  des  «  viel  gesclieitere  Kerle  »  (1)  que  ceux  d’aujourd’liui.
  «  Alors,  écrit-il,  l’homme  statisticien  ou  théoricien ­
  régnait  sur  les  chiffres  ;  aujourd’hui  ce  sont  les
chiffres  qui  dominent  l’homme.  ».  (2)  Dans  les  ouvrages
récents  comme  celui  d’ALFRED  Weber  sur  la  localisation
des  industries  (3)  le  retour  vers  la  déduction  est  clairement ­
  visible.  Dans  une  brochure  d’AüOLF  Weber  les
nouvelles  tendances  se  manifestent  dans  une  forme  très
agressive  dirigée  contre  Schmoller  et  ses  adeptes.  «Dans
le  domaine  scientifique,  dit-il,  l’historisme  non  seulement
n’a  pas  vaincu  les  classiques,  il  n’est  pas  même  entré
en  lutte  avec  eux  »  (4).
Avant  d’abandonner  cette  question  de  la  méthode,
nous  tenons  également  à  signaler  que  notre  but  est  tout
simplement  de  rechercher  et  d’expliquer  les  faits  sociaux
et  non  de  les  juger  à  un  point  de  vue  politique,  religieux ­
  ou  moral  .  La  facilité  avec  laquelle  on  introduit ­
  souvent  aujourd’hui  en  économie  politique  des
opinions  purement  personnelles,  dans  un  exposé  qui
devrait  être  objectif,  est  préjudiciable  à  la  science.

(1)  Werner  Sombart.  Der  moderne  Kapitalismus  Leipzig.  1902.  t.  II.
p.  201.
(2)  Werner  Sombart.  Die  deutsche  Volkswirtschaft  im  neunzehnten
Jahrhundert.  Berlin  1903.  p.  427.
(3)  Uber  Standort  der  Industrien.  Tübingen.  1909.
(4)  Die  Aufgaben  der  Volkswirtschaftslehre  als  Wissenpchaft.  Tübingen ­
  1909.  p.  30.
        <pb n="25" />
        introduction

11

L’école  anglaise  et  l’école  autrichienne  ont  depuis
longtemps  reconnu  la  nécessité  d’éliminer  do  la  science
économique  toute  considération  d’ordre  moral.  (1)  Seuls
les  Katlieder  —  socialistes  ont  tenté  de  faire  de  l’économie ­
  politique  une  science  «  éthique.  »
«  Tous  les  grands  biens  sociaux  do  l’humanité,  disait
en  1897  Gustav  Schmoller,  le  christianisme,  le  développement ­
  du  droit  depuis  des  milliers  d'années,  les
devoirs  moraux  de  l’Etat  comme  ils  ont  été  surtout  reconnus ­
  en  Allemagne  et  en  Prusse,  nous  conduisent  vers
des  réformes  que  nous  avaient  signalées  les  messages
impériaux  de  1880  à  1890.  La  science  allemande  n’a
pas  fait  autre  chose  que  de  chercher  à  asseoir  sur  de
solides  bases  ces  vieux  impératifs,  éthico-religieux  et
juridico-étatiques.  «  (2).
La  jeune  génération  d’économistes  allemands  élève
aujourd’hui  une  voix  de  protestation  contre  cette  façon
de  subordonner  la  science  à  la  politique  du  jour.
Elle  demande  que  l’économique  devienne  indépendante
de  la  morale  et  que  les  économistes  en  exprimant  leur
opinion  sur  les  mesures  politiques  ne  prétendent  point
parler  au  nom  de  la  science.
«  Ce  serait  un  abus  arrogant  (anmasslicher  Unfug)  écri-(1)

  Voir,  par  exemple,  D r  Cari,  Menger,  Untersuchungen  über  die
Méthode  der  Socialwissenschaften  und  der  Politischen  Oekonomie  1883,
p.  19,-288-291  et  aussi  Die  Irrthümer  des  Historismus  in  der  deutschen
Xationalokonomie  1884,  p.  13,  56  etc.  John  Nevjlle  Keynes,  The  scope
and  method  ef  political  economy.  London  1897,  p.  46  ss.  Marshall,  Principes ­
  d’économie  politique,  p.  144.  von  Phimpfovich,  Ueber  Aufgabe  und
Méthode  der  politischen  Okonomie.  1886,  p.  15,  etc.
(2)  Gustav  Schmoller.  Politique  sociale  et  économie  politique,  p.  323.
        <pb n="26" />
        12

INTRODUCTION

vait  récemment  Max  Weber,  de  la  part  d’un  professeur
d’université  que  d’avoir  le  courage  de  prouver  par  exemple, ­
  le  bien-fondé  (Bereclitigung)  d’une  revendication  sociale ­
  ou  de  vouloir  par  des  moyens  scientifiques  démontrer
le  fondement  de  celle-ci.  L’un  et  l’autre  est  impossible
par  les  moyens  scientifiques  ».  (1)  Le  même  auteur  exprimait ­
  au  nom  de  la  l'Archiu  fiir  Sozialwissenschaft
und  Sozialpolitik  l’opinion  suivante  :  «  Le  mélange
continuel  d’une  analyse  scientifique  des  faits  avec
des  jugements  tout  personnels  (wertende  Raisonnements)
est  une  des  particularités  les  plus  répandues,  et  néammoins
  extrêmement  préjudiciable  à  nos  travaux  ».
Aoolf  Weber  formule  les  mêmes  idées  dans  son  livre.
Nous  voyons  ainsi  qu’en  Allemagne  la  jeune  école
rompt  en  visière  avec  l’ancienne.  «  On  semble  ne  pas
se  faire  une  idée  exacte  de  l’antagonisme  qui  se  manifeste ­
  parmi  les  jeunes  économistes  contre  l’iiistorisrae
et  le  Katlieder  —  socialisme  »,  écrivait  en  1905,
Ludwig  Pohle  (3).
*
*  *
Quelques  mots  d’explications  nous  paraissent  indispensables ­
  pour  préciser  le  sens  exact  que  nous  attachons
à  certains  termes,  comme  métier,  fabrique,  etc.
(1)  Die  Lehrfreiheit  der  Universitalen.  Hochschulnaehrichten,  1909,
p.  91,  cité  par  Adolf  Weber,  1.  c.  p.  3.
(2)  P»'  M.  Weber.  Die  «Objektivitàt»  sozialwissenschafllicher  und
sozialpolitischer  Erkenntnis.  Arch.  f.  Szw.  u.  Szp.  1904,  p.  33.
(3)  Zeitschrift  für  Sozialwissenschaft.  Band  IV.  p.  777.  voir  aussi  son
article  Politih  und  Nationalôkonomie  dans  la  même  revue.  1910  N°  2  ss.
Au  dernier  congrès  du  Verein  fiir  Sozialpolitik  à  Vienne,  une  discussion
entre  les  socialistes  de  la  chaire  et  leurs  antagonistes  a  eu  lieu  relativement ­
  à  cette  question.
        <pb n="27" />
        INTRODUCTION

13

Sombart  a  essayé  de  donner  une  systématisation  nouvelle ­
  des  institutions  économiques  dans  l’introduction
de  son  Moderne  Kapitalismus.  Une  de  ses  idées  mai
tresses  est  de  prendre,  pour  critérium  principal  de
classification,  l'esprit  qui  imprègne  ces  divers  phénomènes ­
  économiques,  (v.  I  p.  55).
Partant  de  ce  point  de  vue,  il  oppose  le  métier
(.Handiverk)à  l’entreprise  capitaliste(Kapitalistische  Unternehmung),
  comme  foimes  économiques  {Wirtschafts/orm).
Voici  la  définition  qu’il  en  donne  :
1°  «  Le  métier  est  la  forme  économique  qui  se  crée
lorsqu’un  travailleur  de  métier  tâche  d’employer  son
habileté,  qui  tient  le  milieu  entre  l’art  et  le  travail
manuel  devenant  habitude,  à  préparer  ou  à  façonner  des
objets  industriels  de  consommation;  de  telle  sorte  qu’il
assure  l’entretien  de  sa  vie  en  échangeant  ses  prestations
ou  ses  produits  contre  des  équivalents  correspondants»:.
(I.  p.  76-77).
2°  «  L'entreprise  capitaliste  est  la  forme  économique
qui  a  pour  but,  par  une  série  de  conclusions  de  contrats ­
  portant  sur  des  prestations  et  contre-prestations
évaluées  en  monnaie,  de  faire  valoir  un  ensemble  de
biens,  c’est-à-dire  de  les  reproduire  au  propriétaire  avec
une  plus-value.  C’est  cette  ensemble  de  biens  qui  s'appelle
capital  »  (I.  p.  195).
Ainsi  chez  Sombart  le  métier  ne  figure  pas  comme
chez  Bûcher  dans  la  même  catégorie  que  la  fabrique. ­
  Celle-ci  est  d’après  Sombart  une  forme  d’exploi-
        <pb n="28" />
        ë&amp;amp;hi  ; ;  i  '  J  .  ;

14  INTRODUCTION
tation  »  (Betriebsform)  tandis  que  le  métier  est  une
«  forme  économique  »  (Wirtschaftsform).
Nous  n’expliquons  pas  ici  tous  ces  termes  ;  nous  supposons ­
  que  le  lecteur  les  connaît.  Celui  qui  n’aurait  pas  lu
l’ouvrage  de  Sombart  en  trouvera  une  analyse  très
claire  dans  la  critique  de  Simiand,  parue  dans  le  vol.
VI  de  l’Année  sociologique,  p.  464-483.
La  systématisation  de  Sombart  soulève  de  sérieuses
critiques.
1°  Il  est  très  périlleux  de  prendre  l'esprit  des  phénomènes ­
  économiques  comme  base  de  leur  classification. ­
  Simiand,  écrit  avec  raison  que  «  cette  pratique
est,  dans  un  système  de  science  positive,  un  vice  de
méthode  radical...  La  définition  des  systèmes  économiques ­
  doit  être  basée  sur  des  caractères  économiques
objectifs,  à  l’exclusion  de  données  arbitraires  et  d’hypothèses ­
  nécessitant  des  recherches  ultérieures  pour
trouver  leur  fondement.  »  (p.  473  et  474)  Dans  le  même
ordre  d’idées,  von  Below  signale  le  danger  qui  résulte
d’une  classification  basée  sur  des  éléments  psychologiques. ­
  (1)  Sombart  lui-même  montre  toute  la  fragilité
de  son  système  en  disant  dans  un  article  récent  que
l’esprit  capitaliste  qui  d’après  lui  distingue  l’entreprise
capitaliste  des  autres,  n’existe  pas  comme  tel,  qu’il  est
uniquement  une  mise  en  oeuvre  spéciale  de  qualités
générales  d’esprit  et  de  caractère.  »  Dans  l’âme  on  ne
peut  trouver  l’esprit  capitaliste  lui-même,  mais  unique-
        <pb n="29" />
        INTRODUCTION.

15

ment  des  dispositions  contribuant  à  son  développement  »
conclut-il  (1  ).  Un  élément  aussi  vague  peut-il  servir  de
base  à  une  classification  sérieuse?
2°  Il  est  non  moins  certain  que  les  définitions  de
Sombart  ne  tiennent  pas  compte  de  la  réalité,  comme
l’a  prouvé  von  Below.
Ainsi,  il  est  faux  de  croire  que  l’artisan  du  moyenâge
  aurait  limité  ses  ambitions  économiques  au  strict
entretien  de  sa  vie.  Les  nombreux  statuts  de  l’époque,
s’opposant  au  développement  des  entreprises  révèlent
au  contraire  chez  lui  un  désir  bien  certain  d’étendre
son  modeste  atelier  et  d’accroître  ses  gains  (2).
3°  Les  termes  employés  par  Sombart  ne  rendent  nullement ­
  son  exposé  plus  clair.  Ainsi,  sa  définition  de
l’entreprise  capitaliste  embrasse  non  seulement  la  fabrique, ­
  mais  aussi  l’industrie  à  domicile,  la  banque,  les
sociétés  d’assurances,  etc.  (3).  Mais  il  lui  arrive  d’employer ­
  le  mot  dans  un  sens  plus  restreint  :  par  exemple,
lorsqu’il  dit  que  l'entreprise  capitaliste  tire  profit  de  la
différenciation  des  travailleurs  (v.  II,  p.  486),  il  ne  vise
que  la  fabrique.  On  ne  sait  jamais  exactement  si  Sombart
emploie  ce  terme  dans  un  sens  plus  ou  moins  restreint.
Aussi  préférons-nous  la  terminologie  de  Bûcher,  qui
considère  l’industrie  domestique  (Hausfleiss)  le  travail
loué  (Lolinwerk)  le  métier  (Handwerk),  l’industrie  à
domicile  (Ilausindustrie)  et  la  fabrique,  (Fabrik)  comme

(1)  W.  Sombart.  Der  kapitalistische  Unternehmer.  Archiv  für  Sozial*
wissenschaft  und  Sozialpolitik  &amp;lt;909.  XXIX  Dand.  3  Heft  p.  751  et  752.
(2)  v.  Below  1  c.  p.  443.
(3)  W.  Sombart,  Der  moderne  Kapitalismus.  1.  c.  v.  I,  p.  199  et  suiv.
        <pb n="30" />
        16

INTRODUCTION.

systèmes  d’exploitation  industrielle  (1).  Nous  partageons
entièrement  l’avis  exprimé  par  von  Below  dans  sa
critique  du  Moderne  Kapitalismus  «  La  primauté,  dit-il,
restera  sans  doute  aux  termes  de  Bûcher  qui  s’adaptent ­
  mieux  à  la  chose  et  se  recommandent  aussi  pour
des  raisons  de  goût.  »  (2).
Nous  employons  le  mot  fabrique  comme  le  fait  Bûcher
dans  un  sens  plus  large,  c’est-à-dire  en  y  comprenant
ce  qu’on  appelle  souvent  la  manufacture.
Celle-ci  est  pour  nous  une  subdivision  de  la  fabrique.
Nous  l’opposons  à  la  machinofacture.
La  différence  entre  ces  deux  formes  du  travail  en
fabrique  ne  consiste  que  dans  un  emploi  plus  ou  moins
grand  de  machines.
Nous  avons  choisi  cette  terminologie,  parce  qu’en
opposant  la  manufacture  à  la  fabrique  comme  le  fait
Sombart,  nous  manquons  d’une  dénomination  d’ensemble ­
  pour  caractériser  une  forme  de  production  qui  diffère
essentiellement  des  autres  (industries  à  domicile,  métier,
etc.).  Le  terme  «  gesellschaftlicher  Betrieb  «  (établissement ­
  social)  que  Sombart  propose  nous  semble  trop
artificiel.
Il  est  inutile  de  dire  que  nous  n’avons  nullement  la
prétention  de  traiter  dans  cet  ouvrage  tous  les  problèmes ­
  relatifs  à  l’évolution  industrielle.  L’ampleur  du
sujet  rendrait  notre  tâche  impossible.  Nous  nous  sommes
•  (1)  Kari,  Bûcher.  Die  Entstehung  der  Volkswirtscliaft.  Chap.  IV.
Die  gewerblichen  Betriebssysteme  iu  ihrer  geschiehtlichen  Entwickelung.
  (Traduction  française,  Eludes  d’histoire  et  d’économie  politique.
-1904,  p.  lia  ss.)
(2)  von  Below,  1.  c.  444.
        <pb n="31" />
        INTRODUCTION

17

contenté  simplement  d’analyser  quelques  problèmes  fondamentaux ­
  pour  lesquels  les  recensements  industriels
et  les  enquêtes  nous  fournissaient  des  matériaux  qui
n’avaient  pas  été  utilisés  jusqu’ici.
Nous  avions  eu  tout  d’abord  l’intention  de  consacrer
un  chapitre  à  la  localisation  des  industries.  Mais,  au
moment  où  nous  nous  mettions  à  l’œuvre,  Alfred
Weber,  professeur  à  l’Université  de  Heidelberg,  publia
le  premier  volume  d’un  ouvrage  consacré  à  cette  question ­
  (1).  Comme  la  méthode  qu’il  y  développe  est  entièrement ­
  nouvelle  nous  préférons,  avant  d’aborder  le  sujet, ­
  attendre  la  publication  de  la  seconde  partie.
Un  dernier  mot  :  le  chapitre  I  n’a  d’autre  but  que
de  fixer  le  point  de  départ  de  notre  étude;  le  chapitre
VIII  sert  uniquement  de  liaison  entre  les  deux  parties
du  travail.  Aussi  avons-nous  cru  pouvoir  nous  y  borner ­
  à  une  simple  description.  Que  le  lecteur  les  parcoure ­
  hâtivement.  Ils  n’apportent  rien  de  neuf  au  point
de  vue  des  idées.

(1)  Ai.frkd  Weber  :  Ueber  den  Standort  der  Industriel!.  Erster  Teil,
Reine  Théorie  des  Standorts,  Tübingen  1909.
        <pb n="32" />
        CHAPITRE  I.

La  Belgique  industrielle  vers  la  fin
du  XVIII e  Siècle.

La  Belgique  de  la  fin  du  XVIII e  siècle  n’était  pas
encore  arrivée  au  stade  d’une  économie  nationale  développée. ­
  Quoique  formant  sous  la  domination  des  Pays-Bas
  Autrichiens  un  seul  territoire  politique,  elle  se
composait  de  différentes  parties,  dont  chacune  avait  sa
vie  économique  propre.
Des  droits  de  douane  étaient  perçus  à  l’entrée  des
provinces  et  des  villes.  «  Le  Brabant  est  pour  la  Flandre
et  le  Hainaut,  écrivait  en  1783  le  Voyageur  dans  les
Pays  Bas  Autrichiens,  une  Province  étrangère,  comme
celles-ci  le  sont  pour  le  Brabant  ;  la  denrée  du  Brabant
doit  donc  payer  à  son  entrée  dans  le  Hainaut  les  droits
qui  y  sont  établis,  de  même  que  la  denrée  du  Hainaut
venant  dans  le  Brabant  paie  ceux  qui  se  perçoivent
dans  le  Brabant.  Le  Souverain  et  les  Villes  perçoivent
aussi  des  droits  qui  sont  différents  de  ceux  qui  sont
perçus  par  les  Etats  de  chaque  Province.  De  là  cette
multitude  de  Bureaux  auxquels  il  faut  que  les  voituriers
        <pb n="33" />
        22  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
s’arrêtent  et  que  la  denrée  soit  visitée  et  les  droits  payés.
Les  denrées  mêmes  ou  marchandises  qui  ne  sont  pas
assujetties  à  aucun  droit,  sont  soumises  à  des  formalités ­
  gênantes,  lorsqu’on  veut  les  faire  transporter  d’une
ville  dans  une  autre  de  la  même  Province  Si  un  ami
de  Louvain  me  prie  de  lui  envoyer  un  livre  qui  paraît
à  Bruxelles,  il  faut  que  je  le  fasse  accompagner  d’un
acquit  si  je  l’envoie  par  une  voiture  publique  «  (1).

On  a  calculé  qu’une  aime

d’eau-de

-vie  entrant  par

Ostende  en  destination  pour

Charleroi  avait

à  payer

les  droits  suivants  (2)  :

fl.

s.

d.

Entrée

8

0

0

Convoi

0

9

2

Tonlieu  de  Bruges

0

0

4

»  de  Flandre

0

6

0

»  de  Termonde

0

3

0

»  de  Tolhuys

0

1

6

de  Ruppelmonde

0

3

0

»  de  Willebroeck

0

3

0

»  de  Hessen

0

3

0

»  de  Terre

0

3

0

9

12

0

(1)  Le  Voyageur  dans  les  Pays-Bas  autrichiens  ou  Lettres  sur
l’état  actuel  de  ce  pays.  Amsterdam,  1782,  v.  II.  p.  110.
(2)  Natalis  briavoinne  :  Mémoire  sur  l’état  de  la  population  des
fabriques,  des  manufactures  et  du  commerce  dans  les  provinces  des
Pays-Bas  depuis  Albert  et  Isabelle,  jusqu’à  la  lin  au  siècle  dernier.
Mémoire  couronné,  Bruxelles,  1840,  p.  95.
        <pb n="34" />
        LA  BELGIQUE  INDUSTRIELLE

23

Des  barrières  à  peine  distantes  d’une  lieue  retardaient ­
  le  transport  de  la  marchandise  et  la  marche  du
voyageur.  Il  y  fallait  chaque  fois  payer  un  droit  plus
ou  moins  élevé  suivant  le  genre  du  véhicule  et  le  nombre
des  chevaux  (1).  «  Il  faut  avoir  le  courage  de  le  dire,
écrivait  le  préfet  du  département  de  l'Ourtlie,  cet  impôt ­
  gênant  qui  arrête  le  voyageur,  le  voiturier,  l’agriculteur ­
  à  chaque  pas,  qui  les  expose  à  des  retards,  à
des  tracasseries  multiples  ;  cet  impôt,  enfin,  qui  coûte
tant  au  peuple  et  rapporte  si  peu  à  l’Etat  est  une  cause
perpétuelle  de  dégradation  des  routes,  et  le  motif  d’une
plainte  générale  »  (2).
Beaucoup  de  villes  importantes  n’avaient  pas  de  communication ­
  entre  elles.  Briavoinne  nous  dit  dans  son
livre,  publié  en  1839,  que  les  habitants  du  pays  peuvent
se  rappeler,  sans  remonter  à  deux  générations,  qu’il
n’y  avait  aucune  route  praticable  pour  les  voitures  en
hiver  entre  Verviers  et  Liège  (3).  Dans  la  portion  du
Brabant  qui  faisait  partie  du  département  de  la  Meuse
inférieure  nous  trouvons  une  situation  semblable  (4).
Il  est  donc  clair  que  la  Belgique  de  la  fin  du  XVIII e
siècle  ne  pouvait  pas  avoir  une  industrie  manufacturière
importante,  produisant  pour  le  marché  national,  et
nécessitant  par  conséquent  des  communications  faciles  et
peu  coûteuses.

(I)  Le  Voyageur  :  1.  c.  v.  II.  p.  \  H.
i)  Desmousseaux  :  Statistique  du  département  de  l’Ourthe  publiée
par  ordre  du  Ministère  de  l’Intérieur.  Paris,  an  X,  p.  31.
(3)  N.  Briavoinne:  De  l'industrie  en  Belgique.  Causes  de  décadence  et
de  prospérité.  Si  situation  actuelle,  v.  II,  p.  201.
(4j  N.  Briavoinne:  Mémoire,  l.c.  p.  103.
        <pb n="35" />
        EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
La  révolution  brabançonne,  les  troubles  intérieurs,
la  guerre  dont  la  Belgique  fut  le  théâtre  de  1792  à  1795
détruisirent  complètement  l’industrie  qui,  sous  l’administration ­
  autrichienne,  avait  commencé  à  se  relever
La  population  des  villes  était  infime.  Sur  une  population ­
  d’environ  deux  millions  cinq  cent  soixante  mille
habitants,  que  comptait  la  Belgique  lors  de  la  réunion
à  la  France  (1),  nous  ne  trouvons  aucune  ville  de
100,000  habitants.
D’après  Briavoinne,  on  évaluait  en  1736  la  population
de  Bruxelles  à  80,000  habtitants  (2),  celle  de  Gand  à  56,000
en  1799  (3),  celle  d’Anvers  à  61  800  (4).  Pour  Louvain,  le
recensement  de  1784  renseigne  20,831  habitants.  Au
comencement  de  la  domination  française  Louvain  ne
figure  que  pour  18,587  individus  (5).  Pour  Mons,  nous
constatons  aussi  une  diminution  de  la  population  (1786  ;
20,131  habitants  ;  1800  :  18,290)  (6).  A  Verviers,  de
13,000  âmes  en  1795,  la  population  était  descendue  à
10,000  en  1799  (7).
Ce  n’est  donc  pas  dans  les  villes,  mais  dans  les  campagnes ­
  que  nous  devons  chercher  les  bases  de  la  vie
économique  du  temps.  L’excédent  considérable  de  l’exportation ­
  sur  l’importation  des  bestiaux,  des  grains,
des  farines,  du  houblon,  du  lin,  des  semences,  etc.
indique  un  état  fort  prospère  de  l’agriculture.  Le  prix

(1)  à  (G)  N.  Briavoinne,  1.  c.  pp.  193  à  498.
(7)  Laurent  Deghesne  :  L’avènement  du  régime  syndical  à  Verviers.
Paris,  1908  p.  47.
        <pb n="36" />
        LA  BELGIQUE  INDUSTRIELLE  25

des  céréales  avait  constamment  haussé.  Quetelet  établit
dans  son  Annuaire  de  l’Observatoire  de  Bruxelles  pour
l’an  1834  »  les  chiffres  suivants  (1)  :

Froment

Seigle

Orge

Avoine

Fl.

s.

Fl.

s.

Fl.

s.

Fl.

s.

1730

2

8

1

15

1

8

19

1740

3

1

1

19

1

15

1

3

1750

2

12

1

17

1

12

1

2

Moyenne  de  3  périodes

2

14

1

17

1

12

1

1

1760

3

2

2

1

1

13

1

4

1770

3

8

2

4

1

19

1

6

1780

3

12

2

10

2

6

1

9

Moyenne  de  3  périodes

3

7

2

5

1

19

1

6

Les  récits  des  voyageurs  constatent  le  bien-être  de  la
population  agricole.  «  Les  villages  que  nous  avons
trouvés,  écrit  un  d’eux,  sur  la  route  (entre  Liège  et
Bruxelles)  sont  assez  agréables.  On  y  remarque  cependant ­
  plusieurs  cabanes  faites  de  torchis  ;  mais  elles  sont
vastes  et  leur  intérieur  est  très  propre.  La  plupart  des
métairies  sont  bâties  entièrement  en  briques  »  (2).
Dans  le  Brabant,  il  n’est  pas  rare,  nous  raconte  un
autre  voyageur,  «  de  voir  un  habitant  des  campagnes
donner  à  ses  filles  eu  mariage  30  à  40  mille  livres  de
France,  en  même  temps  qu’il  fait  élever  un  ou  deux
de  ses  fils  pour  les  arts  ou  pour  les  sciences  ;  il  place

(1)  E.  Perrot  :  De  l’industrie  et  du  commerce  eu  Belgique  et  en
particulier  de  l’industrie  cotonnière.  Bruxelles,  1835,  p.  50.
(2)  G.  Forster  :  Voyage  philosophique  et  pittoresque  sur  les  rives  du
Rhin,  à  Liège,  dans  la  Flandre,  le  Brabant,  la  Hollande,  etc.  fait  en
1790.  Traduit  de  l’allemand.  Paris,  1795,  v.  I.  p.  337.
        <pb n="37" />
        26  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
l’un  dans  l’Eglise,  il  met  l’autre  dans  le  Barreau  ;  si  un
troisième  veut  faire  le  commerce,  il  lui  fournit  les
moyens  de  devenir  commerçant  ;  mais  la  profession  du
cultivateur  est  toujours  préférée,  parce  que  personne  ne
rougit  de  l’être  »  (1).
On  trouvait  chez  les  propriétaires  ruraux  «  non  le
vernis  du  monde,  mais  le  bonhomie  de  l’hospitalité,  une
table  servie  sans  profusion,  de  bons  mets  sans  être
délicats,  d’excellente  bière  et  de  bon  vin  »  (2).
La  campagne  était  le  centre  de  l’activité  industrielle
de  cette  époque  C’est  dans  les  villages,  spécialement
dans  ceux  de  la  Flandre,  que  se  fabriquaient  les  belles
toiles  qui  faisaient  le  renom  du  pays.  Les  tisserands
étaient  des  agriculteurs,  qui,  en  hiver  surtout  et  pendant
les  chômages,  se  consacraient  au  métier.  Il  travaillaient
pour  leur  propre  compte  (3),  apportaient  les  produits
de  leur  travail  aux  marchés  de  Gand,  Courtrai,  Ypres,
etc.  Là,  les  négociants  achetaient  les  toiles  et  les  expédiaient ­
  vers  les  ports  d’Espagne,  la  Hollande,  l’Allemagne, ­
  la  France  et  le  Portugal.  En  1800,  on  avait
recensé  21,821  individus  occupés  dans  le  département
de  l’Escaut  (Flandre  orientale)  à  tisser  les  toiles.  110.033
personnes,  notamment  des  femmes,  s’adonnaient  à  la
filature  du  lin  (4).  Les  fileuses  n’étaient  pas  à  proprement ­
  parler  des  ouvrières  ;  mais  toutes  les  femmes  occupaient ­
  ainsi  leurs  heures  de  liberté,  —  car  une  bonne
(1)  Le  Voyageur  :  1.  c.  p.  v.  I,  p.  11.
(2)  Ib.
(3)  Failpoult  :  Mémoire  statistique  du  département  de  l’Escaut.
Paris,  an  XIII  p-  128.
(4)  Ib-  p.  129.
        <pb n="38" />
        LA  BELGIQUE  INDUSTRIELLE

27

ménagère  à  cette  époque  devait  aussi  bien  savoir  filer
que  faire  la  cuisine.  (1).
Aux  chiffres  cités  ci-dessus,  il  fauf  ajouter  le  nombre
des  enfants,  garçons  ou  filles,  employés  aux  travaux  préparatoires ­
  du  tissage  et  à  la  filature  des  étoupes.  Nous  pouvons ­
  évaluer  ainsi  la  population  s’adonnant  dans  le  département ­
  de  l’Escaut  à  l’industrie  linière  à  200.000  âmes
en  1800  (2).  Dans  le  département  de  la  Lys  (Flandre  occidentale), ­
  on  avait  recensé  en  1800,  23,133  tisserands  (3).
Le  total  des  pièces  fabriquées  dans  la  Flandre  était
de  282,793  et  le  montant  de  l’estimation  s’élevait  à
18.382,059  francs  (4).
Tandis  que  dans  l’industrie  linière,  les  tisserands
n’avaient  pas  encore  perdu  vers  la  fin  du  XVIII e  siècle
leur  indépendance  économique  et  produisaient  pour  leur
propre  compte,  la  draperie  avait  déjà  revêtu  le  caractère
d’une  industrie  à  domicile.  »  Il  y  a  tout  lieu  de  croire,
écrit  Dechesne  que  les  marchands  drapiers  dirigeaient
la  production  et  fournissaient  la  matière  première  successivement ­
  aux  fileurs,  aux  tisserands,  aux  foulons  et
aux  finisseurs  de  draps.  Tous  ces  artisans  travaillaient
pour  le  compte  des  marchands  et  recevaient  simplement
le  prix  de  façon  »  (5).

(1)  Louis  Varlez  :  Les  salaires  dans  l’industrie  gantoise,  vol.  II.
Industrie  de  la  filature  du  lin.  Bruxelles,  1904,  p.  IX.
(2)  Ernest  Dubois  :  L’industrie  du  tissage  du  lin  dans  les  Flandres.
Office  du  Travail.  Les  industries  à  domicile  en  Belgique.  Bruxelles,
■1900,  v.  II,  p.  i4.
(3)  Ib.  p.  16.
(4)  Ministère  de  l’Intérieur  :  Enquête  sur  l’industrie  linière.  Bruxelles,
1  841,  v.  I.  p.  15.
(5)  L.  Dechesne  :  1.  c.  p.  30.
        <pb n="39" />
        28  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
C’est  surtout  dans  le  Limbourg  que  cette  industrie,
après  la  décadence  de  la  draperie  de  la  Flandre  et  du  Brabant ­
  (XVI e  siècle),  s’était  transplantée.  Comme  le  travail
du  lin,  celui  de  la  laine  était  une  occupation  accessoire
des  agriculteurs.  «  Le  grand  loisir  que  le  soin  de  troupeaux ­
  nombreux  laisse  aux  habitants  de  cette  Province,
raconte  un  voyageur  anglais  de  1798,  est  employé  utilement ­
  à  fabriquer  des  étoffes  de  laine  ;  ce  qu’ils  font  non
dans  les  villes  mais  dans  leurs  liabtations,  qui  sont  répandues ­
  à  peu  de  distance  les  unes  des  autres  sur  la
surface  de  cette  Province  qui  est  grande  et  peuplée  »  (1).
Ils  travaillaient  surtout  durant  les  longues  soirées  d’hiver
au  milieu  de  leur  famille,  qui  les  aidait.
Seuls  les  marchands,  les  laveurs  de  laine,  les  teintu
riers,  les  foulons  et  les  finisseurs  de  draps  habitaient
la  ville.  Les  tisserands  et  les  fileurs  étaient  disséminés
dans  52  villages  et  580  petits  hameaux,  dont  Verviers
et  Eupen  étaient  le  centre,  30.000  personues  s’adonnaient ­
  à  ce  travail  (2)
Dans  les  campagnes  du  Hainaut,  les  paysans  faisaient ­
  des  bas  de  fil,  ou  de  laine  et  les  portaient
de  ville  en  ville.  Ils  les  vendaient  aux  marchands  en  gros
et  en  détail,  par  le  canal  desquels  ils  circulaient  dans
les  villes  et  passaient  à  l’étranger.  Il  se  faisait  aussi

(1)  James  Shaw  :  Essai  sur  les  pays-Ras  autrichiens,  traduit  de
l’anglais.  Londres.  Bruxelles  1798  p.  60.
(2)  N.  BriAvoinne  :  Sur  les  inventions  et  perfectionnements  dans
l’industrie  depuis  la  lin  du  XVIII e  siècle  jusquhà  nos  jours.  Mémoire ­
  couronné  le  8  mai  \837.  p.  88.
        <pb n="40" />
        LA  BELGIQUE  INDUSTRIELLE

29

dans  les  villages  du  Hainaut  une  grande  quantité  de
bas  à  l’équille  (1)
La  fabrication  des  dentelles,  avait  pris  pendant  le
XVIII e  siècle,  un  grand  essor.  Ouvriers  de  campagnes
et  de  villes,  couvents  et  béguinages  rivalisaient  d  activité. ­
  Les  besoins  des  cours  étaient  considérables.
Mais  vers  la  fin  du  XVIII e  siècle  la  grande  époque
de  la  dentelle  prit  fin,  et  ce  fut  la  misère  pour  les
ouvrières,  elles  furent  réduites  à  Bruxelles,  nous
dit  un  contemporain,  «  à  la  dure  nécessité  de  faire  trafic ­
  de  leurs  charmes  »  (2).
La  Révolution  en  abolissant  les  privilèges  et  l’ancienne ­
  vie  de  cour,  en  ruinant  la  noblesse  et  l’église  et  en
établissant  un  régime  égalitaire,  porta  un  coup  terrible  à
l’industrie  dentellière.  C’est  seulement  pendant  le  Directoire ­
  qu’elle  commença  à  se  relever  (3).
Citons  ici  encore  une  iudustrie  rurale  typique  :  le
tressage  de  la  paille.  Dans  le  canton  de  Glons  et  aux
environs  (département  de  l’Ourthe),  les  familles  de  cultivateurs ­
  étaient  occupées  pendant  tout  l’hiver  et  aux
époques  de  désœuvrement,  à  la  fabrication  des  chapeaux ­
  de  paille  (4).
Les  industries  des  métaux,  de  même  que  l'industrie
textile,  étaient  disséminées  dans  le  plat  paj’s.

(1)  Le  Voyageur  :  s.  c.  v.  VI,  p.  200.
(2)  Nouvelles  lettres  sur  l’état  présent  tles  Pays-Bas  autrichiens.
Londres,  1788.  p.  149.
(3)  Pierre  Verhaegen  .  La  dentelle  et  la  broderie  sur  tulle  Off.
du  trav.  Les  industries  à  domicile  en  Belgique.  Bruxelles,  4902,  p.  4.7.
(4)  L.  F.  Thomassin  :  Mémoire  statistique  du  département  de  1  Ourtbe.
  Conimf  ncë  dans  Je  courant  de  l’aDnée  1808.  Liège,  1879.  p.  461.
        <pb n="41" />
        30  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

La  fabrication  des  clous  était  spécialement  répandue
dans  les  environs  de  Charleroi,  Fontaine-l’Evêque  et
dans  la  province  de  Liège.  D’après  des  données  officielle ­
  datant  de  l’année  1800,  15000  ouvriers  étaient
occupés,  dans  le  département  de  l’Ourthe  (formé  de
l’ancien  pays  de  Liège),  à  la  fabrication  des  clous.  Les
maçons,  les  couvreurs  et  bon  nombre  d’autres  ouvriers,
que  l’industrie  disperse  en.  été  et  ramène  en  hiver  à
leurs  foyers,  y  trouvaient  un  moyen  d’éviter  le  chômage. ­
  «  La  mère  de  famille,  à  la  tête  de  son  ménage, ­
  donnait  un  bras  au  levier,  quand  l’autre  soutenait
l’enfant  à  la  mamelle;  la  famille  entière  se  chauffait,
s’éclairait  et  subsistait  au  moyen  du  feu  de  la  forge ­
  »  (1).
Dans  le  pays  de  Liège,  des  marchands  de  clous,
constitués  en  association,  achetaient  le  fer  en  barres
dans  le  pays  de  Namur,  le  livraient  aux  fonderies,  où
il  était  converti  en  verges  à  clous;  celles-ci  passaient
ensuite  entre  les  mains  des  maîtres  de  forges  ou  marchotais
  (2).
Dans  le  pays  de  Charleroi,  aux  environs  de  Fontaine ­
  l’Evêque,  chaque  ouvrier  fabriquait  des  clous  dans
sa  demeure,  pour  son  compte  particulier,  avec  du  fer

(1)  Aug.  Meulemans  :  La  Belgique,  ses  ressources  agricoles  et
commerciales.  Bruxelles,  i864.  p.  276.  Le  chiffre  de  I5.00U  comprend ­
  les  ouvriers  qui  ne  s’occupaient  qu’en  hiver  de  la’[clouterie  et
peut-être  aussi  les  membres  de  la  famille.  Car  d’après  Thomassin,
Mémoire,  s.  c.  p.  439,  il  y  avait  dans  l’ancienne  principauté  de
Liège,  3379  cloutiers  «  occupés  pendant  toute  l’année  ».
(2)  J.  Franquoy  :  Des  progrès  de  la  fabrication  du  fer  dans  le
pays  de  Liège.  Mémoire  de  la  Société  libre  d’émulation  de  Liège.
Liège,  1861.  p.  373.
        <pb n="42" />
        LA  BELGIQUE  INDUSTRIELLE

31

qu’il  achetait  lui  même  ;  il  vendait  ensuite  ses  produits
manufacturés  au  marchand  de  son  choix.
La  plupart  des  ouvriers  ne  travaillaient  que  cinq  ou
six  mois  de  l’année,  en  automne  et  en  hiver,  quand  les
travaux  des  champs  leur  en  laissaient  le  loisir  :  quelques-uns ­
  cependant  s’adonnaient  exclusivement  à  cette
industrie  (1).
L'industrie  armurière  avait,  déjà  dans  la  seconde
moitié  du  XVII e  siècle,  perdu  son  caractère  corporatif
et  s'était  disséminée  dans  les  campagnes  avoisinant  la
ville  de  Liège.  Vers  1789,  l’organisation  industrielle
de  l’armurerie  ne  différait  plus  sensiblement  de  ce
qu’elle  est  aujourd’hui.  A  cette  époque,  on  trouve  de
nombreux  ouvriers  dans  le  comté  de  Dalhem  et  notamment ­
  à  Housse  et  Cheratte,  qui  fournissaient  aux  fabricants ­
  et  aux  négociants  de  la  ville  de  Liège  des
platines  pour  les  fusils  et  les  pistolets.  On  constate
aussi  l’existence  d’un  nouvel  intermédiaire  :  le  fabricant ­
  de  canons  de  la  Vesdre  (2).
C’était  dans  les  régions  forestières,  près  des  cours
d’eau  qu’étaient  établis  les  hauts-fourneaux  et  les
forges.  Le  nombre  d’ouvriers  que  l’on  y  employait  à
la  fabrication  proprement  dite  était  très  restreint.
D’après  un  recensement  opéré  en  1764,  nous  constatons
qu’il  s’élevait  rarement,  pour  la  fonte,  a  plus  de  sept

(1)  A.  A.  Demanet  :  Recherches  historiques  sur  la  seigneurerie
de  Fontaine  l’Evêqne.  Mons  1881,  p.  242.
(2)  M.  Ansiaux  :  L’industrie  armuricre  liégeoise.  Otf.  du  trav.  Les  industries ­
  à  domicile  en  Belgique.  Bruxelles,  1891),  p.  17.
        <pb n="43" />
        32  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

ou  huit  ouvriers  (1).  D’après  Thomassin,  les  18  entreprises ­
  du  département  de  l’Ourthe  (fourneaux  et  forges)
occupaient  335  ouvriers  ;  la  plus  grande  100,  les  autres
40,  12,  6,  etc.  (2).  Mais  les  ouvriers  travaillant  à
abattre  le  bois,  à  le  réduire  en  charbon,  etc.  étaient
dix  ou  douze  fois  plus  nombreux.
Pour  une  forge  de  Prêle  et  Sainte-Ode  occupant  44
ouvriers,  par  exemple,  250  ouvriers  travaillaient  dans
les  bois  pour  préparer  la  combustible.  Pour  une  autre,
employant  31  ouvriers  dans  les  établissements,  460  travaillaient ­
  dans  les  forêts  des  alentours  (en  1764)  (3).
«  Les  fabriques  de  fer  occupent  plus  de  8000  ouvriers,
écrit  en  1803  le  préfet  du  département  de  Sambre  et
Meuse  (Namur)  dont  quelques-uns,  tels  que  les  bûcherons ­
  ne  travaillant  pour  cet  objet  que  pendant  la
mauvaise  saison,  peuvent  se  rendre  utiles  à  l’agriculture ­
  »  (4).
Nous  nous  trouvons  ici  en  présence  d’une  économie
industrielle  radicalement  différente  de  celle  qui  existe
aujourd’hui.  La  classe  ouvrière  proprement  dite  n’existe
qu’en’germe;  le  travail  industriel  n’est  qu’une  occupation ­
  accessoire  des  agriculteurs.
A  côté  des  gros  marteaux  utilisés  dans  les  forges,
il  y  avait  le  long  de  la  Vesdre  et  de  l’Ourthe  plu-(4
  )  A.  Julin  :  Les  grandes  fabriques  en  Belgique  vers  le  milieu  du
XVIII e  sièc'e.  1903,  p.  20.
(2)  Thomassin  :  1.  e.  p.  431.  (Les  18  entreprises  se  composaient  de  21
fournerux,  19  forges,  37  affineries.  23  marteaux).
(3)  A.  Julin  :  1.  c.  p,  72,  73.
(4)  Peres  :  Statistique  du  Département  de  Sambre  et  Meuse.  Paris,
1817,  p.  82.  Dans  le  Comté  de  Namur,  il  y  avait  en  1783,  30  hauts-fourneaux ­
  en  activité  et  48  affineries.  Le  Voyageur  dans  les  Pays-Bas  Autrichiens, ­
  v.  VI,  p.  237.
        <pb n="44" />
        LA  BELGIQUE  INDUSTRIELLE

33

sieurs  martinets  servant  à  parachever  le  travail.  Un
martinet  occupait  trois  ouvriers  et  façonnait  125.000
kilogr.  de  fer  par  an  (1).
C’est  aussi  sur  les  bords  de  l’Ourthe  et  de  la  Vesdre
  que  la  nécessité  de  se  rapprocher  des  cours  d’eau,
afin  d’y  puiser  gratuitement  la  force  motrice,  avait
groupé  la  plupart  des  fonderies  du  pays  de  Liège.  Ces
usines  alimentaient  toutes  les  petites  clouteries  de  la
région  (2).  Leur  matériel  était  des  plus  simples  ;  un
marteau  pour  le  dégrossissage  du  fer,  un  feu  de  forge
ou  un  four  dormant  pour  le  réchauffage  des  barres,
composaient,  avec  le  train  de  fonderie  qui  en  était
1  élément  essentiel,  tout  l’outillage  de  l’usine.  Elle  n’occupait ­
  ordinairement  que  5  à  6  ouvriers,  travaillant  à
façon  pour  les  marchands  des  environs  de  Liège  (3).
Voilà  ce  qu’était  l’industrie  sidérurgique  vers  la  fin
du  XVfII e  et  le  commencement  de  XIX e  siècle.
L’exploitation  de  la  houille  ignorait  aussi  les  grandes ­
  entreprises,  occupant  des  milliers  de  salariés.  Elle
était  organisée  par  des  groupes  de  mineurs,  constitués
en  compagnies,  dont  les  associés  s’appelaient  parchonniers,
  maîtres  comparchonniers  ou  parchons  (dans  le
pays  de  Liège).  Chaque  sociétaire  était  tenu  de  verser
sa  mise,  de  «  fournir  à  la  scédule  »  suivant  l’expression ­
  du  temps.
Celle  scédule  était  réglée  par  le  compteur,  élu  de

(!)  Thomassin  1:  .  c.  p.  442.
(2)  Ib.  p.  439.  “  Ces  usines  très  anciennes  dans  ce  département  sont  au
nombre  de  quatre  ».
(3)  J.  Franquoy  :  1.  c.  p.  372.
        <pb n="45" />
        34  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

l’association,  qui  fixait  la  quote-part  de  chaque  membre. ­
  Celui  qui  voulait  se  soustraire  au  paiement  de
cette  cotisation,  était  rayé  de  la  société  avec  privation
de  ses  droits.
A  côté  du  compteur,  il  y  avait  encore  un  wadefosse,
  un  maréchal  et  un  maître-ouvrier.
Ces  différentes  charges  portaient  le  nom  générique
d'offices.  Les  fonctions  du  wade-fosse  et  du  maréchal
s’appelaient  le  wasdage,  ou  comptage  et  le  maréchaudage.
  Ce  dernier  office  comprenait  la  confection  des
ouvrages  en  fer,  comme  les  échelons,  les  échelles
d’épuisement,  que  le  maréchal  devait  visiter  tous  les
huit  jours  anneau  par  anneau.  Le  wade-fosse  outre
son  emploi  de  garde-de-nuit  était  aussi  chargé  de  faire
le  feu  dans  le  buretay  d’aérage.  Il  veillait  à  la  conservation ­
  de  toutes  choses  et  distribuait  l’ouvrage  au
jour  de  jour.  11  logeait  près  de  la  fosse  et  tenait  les
registres  de  vente.  L’usage  lui  avait  accordé  comme
rémunération  le  5 e  panier  (1).
Les  comparchonniers  recrutaient  ensuite  les  différentes ­
  classes  d’ouvriers  mineurs  avec  lesquels  ils
exploitaient  la  houille.  «  Les  chefs  de  ces  entreprises,
écrivait  Jars  vers  1760,  sont  ordinairement  des  gens
qui  de  père  en  fils  ont  fait  ce  métier  et  que  l’on
nomme  communément  Maîtres  Houilleurs,  Maîtres  de
Fosses  :  ils  connaissent  non  seulement  l’exploitation,
mais  encore  le  nombre  de  couches  ou  veines  qui  sont
dans  tel  ou  tel  endroit  ;  à  quelle  profondeur  elles  se
(1)  Renier  Malherbe  :  L’exploitation  de  la  houille  dans  le  Pays  de
Liège.  Liège,  18G3,  p.  78  et  79.
        <pb n="46" />
        LA  BELGIQUE  INDUSTRIELLE

35

trouvent,  leur  qualité,  leur  épaisseur,  les  lieux  où  elles
sont  interrompues  ou  coupées  «  (1).
Cette  organisation  existait  encore  dans  la  plupart
des  fosses  à  la  fin  du  XVIII e  siècle  et  même  au  commencement ­
  du  XIX e .  Ainsi,  vers  cette  époque,  dans  les
houillères  dépendant  du  domaine  et  du  chapitre  de
Sainte-Waudru,  les  maîtres  de  fosses  continuèrent  comme
par  le  passé  à  s’occuper  manuellement  de  l’exploitation
tout  comme  de  simples  ouvriers  ;  ils  recevaient  uniquement ­
  une  gratification  de  deux  ou  trois  patards  en
sus  du  salaire  le  plus  élevé.  De  ce  côté  du  Borinage,
la  situation  ne  s’est  modifiée  que  très  tard  dans  le
XIX e  siècle.
Dans  d'autres  parties  du  Borinage  (à  Wasmes,  à
Dour,  à  Boussu,  à  Elouges),  la  différenciation  entre
les  associés  et  les  ouvriers  était  déjà  plus  marquée  à
cette  époque.  Les  parchonnicrs  ne  s’occupaient  que  de
la  surveillance  des  travaux  du  fond,  du  contrôle  de  la
quantité  de  charbon  extraite  et  des  journées  des  ouvriers
recrutés  aux  alentours  et  travaillant  sous  leurs  ordres  (2).
Sous  l’Empire,  les  plaintes,  dirigées  contre  l’organisation ­
  de  l’industrie  houillère,  furent  nombreuses.
«  L’usage  est  ici,  dit  Thomassin,  qu’un  sociétaire,
quelque  petite  que  soit  sa  part,  jouisse  des  memes
droits,  de  la  même  influence  dans  la  délibération  que

(1)  M.  G.  Jars  :  Voyages  métallurgiques  par  feu  M.  Jars  (le  l'Académie
royale  des  sciences  de  Paris,  etc.  Lyon,  1774,  p.  284.
Gonzai.ks  Pecamrs  :  Mémoire  historique  sur  l’origine  et  les  développements ­
  de  l’industrie  houillière  dans  le  bassin  du  Couchant  de
Mons.  Mons,  1877,  vol.  II,  p.  194.
        <pb n="47" />
        EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
celui  qui  ayant  la  plus  forte  part  a  aussi  plus  d’intérêt ­
  à  ce  que  l’exploitation  soit  bien  dirigée  ;  chacun
expérimenté  ou  non,  peut  se  porter  opposant  à  une
opération  reconnue  nécessaire  par  ses  associés  ;  de  là
le  désordre,  les  accidents,  les  procès  saus  nombre  «  (1  ).
Une  lettre  du  Conseil  de  Seraing  de  l’an  IX  (1802),
nous  donne  une  idée  de  la  situation  des  mines  à  cette
époque.  «  Les  houillères  sont  généralement  divisées  par
portions  entre  un  certain  nombre  de  propriétaires.  11
s’en  trouve  qui  ne  possèdent  qu’une  96 e  ou  une  192 e
partie  ;  d’autres  possèdent  jusqu’à  un  et  deux  tiers  de
l’établissement...  Beaucoup  de  journaliers  manquant
d’emploi  cherchent  des  moyens  de  vie  en  fossoyant  et
exploitant  quelque  charbon  à  leur  profit.  Leurs  ouvra
ges  n’étant  que  misérablement  établis  ne  subsistent
que  quelque  temps.  Le  plus  léger  hasard  paralyse
leurs  travaux  et  en  général  ces  exploitations  ne  durent
que  peu  de  temps  »  (2).
Toutefois  l’entreprise  capitaliste  s’introduisait  petit
à  petit  dans  l’industrie  houillère.  La  profondeur  des
puits  augmentait  et  les  anciennes  machines,  mues  par
des  chevaux,  ne  suffisaient  plus  à  l’exhaure  des  eaux
souterraines.  On  devait  avoir  recours  aux  machines  à
vapeur.  Pour  cela  des  sommes  considérables  étaient
nécessaires,  que  les  pauvres  ouvriers  charbonniers
n’étaient  pas  en  état  de  fournir.  Us  devaient  recourir
à  de  plus  puissants  qu’eux.  Les  capitalistes,  pour  se
payer  de  leurs  avances  exigèrent  un  tantième  dans  le

(1)  ThOmassin  :  1.  c.  p.  418.
(2)  Louis  Picalausa  :  Histoire  de  Seraing,  Seraing,  1904.  p.  48,
        <pb n="48" />
        LA  BELGIQUE  INDUSTRIELLE

37

produit  de  l’extraction  ;  cette  redevance,  nommée  droit
d’exhaure,  s’élevait  parfois  an  onzième  denier  de  tout
le  charbon  extrait.  Elle  était  rarement  inférieure  au
quatorzième  denier.  Il  y  avait  dans  cette  opération
financière  une  source  de  gros  bénéfices.  Elle  fut  avidement ­
  exploitée  par  quelques  personnes  fortunées,  (1)
qui  parvinrent  à  racheter  les  différentes  parts  des  associés ­
  et  à  s’emparer  complètement  des  mines.
En  1811,  il  y  avait  déjà  dans  le  bassin  de  Liège  un
charbonnage  occupant  730  ouvriers  :  c’était  celui  d’Aus.
Mais  les  autres  n’occupaient  pas  plus  de  20,  10,  8,  7  ouvriers. ­
  10  exploitations  étaient  mues  pas  des  machines  à
vapeur  et  des  machines  à  molettes.  7  par  des  machines  à
molettes  seulement;  toutes  les  autres  (42)  étaient  de  petites ­
  exploitations  dans  lesquelles  on  extrayait  la  houille
au  moyen  d’un  treuil  horizontal  à  bras  d’hommes  (2).
Ce  treuil  enroulait  et  déroulait  un  cordage  à  l’extrémité ­
  duquel  était  accroché  un  panier  ou  parfois  un
tonneau  pour  l’enlèvement  des  eaux  du  fond.
L’organisation  du  travail  dans  les  mines  de  fer  était  la
même  que  dans  les  houillères.  «  Les  mines  s’exploitent,
dit  Jars,  par  des  compagnies  de  mineurs  qui  ne  font
d’autres  ouvertures  que  des  puits  circulaires  de  trois  ou
quatre  pieds  de  diamètre,  dont  ils  soutiennent  les  terres
avec  des  cerceaux  de  bois  ».  (3)
Telle  était,  vers  la  fin  du  XVIII e  siècle,  la  situation  des
principales  branches  de  l’industrie  belge,  dispersées  dans

(1)  Gonzai.ès  Decamps  :  1.  c.  p.  22.
(2)  Thomassin  :  1.  c.  p.  416.
(3)  Jars  :  1.  c.  p.  310.
        <pb n="49" />
        $8

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
les  campagnes,  le  long  des  rivières  et  dans  les  régions
forestières  du  pays.
*
*  *
Dans  les  villes  à  côté  des  métiers,  qui  avaient  encore  un
régime  corporatif,  nous  trouvons  quelques  manufactures
de  luxe  et  quelques  autres  germes  d’industrie.
A  Bruxelles,  la  draperie,  et  la  tapisserie  jadis  si
renommées,  étaient  en  décadence  complète.  «  Les  camelots
de  France  et  -d’Angleterre,  »  écrit  en  1790  George
Forster,  »  ont  jeté  une  telle  défaveur  sur  ceux  de
Bruxelles,  jadis  si  célèbres,  qu’il  ne  se  fait  plus  d’entreprises ­
  importantes  dans  ce  genre  de  fabriques.  Les  belles
tapisseries  qu’on  y  travaillait  sont  également  tombées
dans  le  discrédit.  On  en  "Comptait  encore  cinq  fabriques
il  y  a  quelques  années.  Actuellement,  celle  de  M.  Van  der
Borgkt  est  la  seule  en  activité,  et  il  n’y  occupe  que  cinq
ouvriers  ;  encore  se  plaint-on  de  la  quantité  de  matières
fabriquées  qui  reste  dans  le  magasin  »  (1).
Charles  de  Lorraine  avait  fondé  dans  son  parc
de  Tervueren  près  de  Bruxelles  quelques  manufactures,
dont  la  plus  considérable  était  l’imprimerie  de  toiles,  de
coton  et  de  papier  à  meubler.  Il  y  avait  aussi  une  fabrique
de  faience  et  de  porcelaine  (2).  Ces  manufactures,  qui
coûtaient  beaucoup  d’argent  et  qui  au  point  de  vue  uniquement ­
  commercial  auraient  constitué  de  détestables  affaires,
ne  survécurent  pas  à  leur  fondateur.
Il  semble  que  la  seule  industrie  importante  ayant  un
(1)  George  Forster  :  1.  c.  v.  II.  p.  122.
(2)  Georges  Gumont  :  Manufactures  établies  par  Charles  de  Lorraine
et  industries  créées  ou  soutenues  en  Belgique  par  le  gouvernement
autrichien.  Bruxelles,  1898  (Extrait  des  Annales  de  la  Soc.  d’archéologie
de  Bruxelles,  T.  XII)  pp.  3,  4  et  15.

ON

müwH  m
        <pb n="50" />
        LA  BELGIQUE  INDUSTRIELLE

39

grand  renom  à  cette  époque  fût  à  Bruxelles  la  carrosserie
La  manufacture  Simon,  nous  raconte  le  voyageur  dont  il
a  déjà  été  question  «  est  peut-être  la  seule  de  ce  genre  en
Europe.  .  Le  citoyen  Simon,  propriétaire  de  cette  manufacture, ­
  emploie  communément  depuis  cent  jusqu’à  cent
vingt  ouvriers,  qui  travaillent  à  côté  l’un  de  l’autre  dans
des  salles  spacieuses  très  bien  éclairées  par  de  grandes
fenêtres...  Tout  ce  qui  entre  dans  la  composition  d’un
carrosse,  les  ferrements,  le  cuir,  le  bois,  la  laque,  la  dorure
et  la  couleur,  est  rassemblé  dans  cet  atelier  unique  en  son
genre.  Le  temps  de  la  durée  du  travail,  l’heure  à  laquelle
il  doit  commencer  ou  finir  sont  inscrits  sur  de  grands
tableaux...  Pour  un  homme  qui  a  de  longs  voyages  à  faire,
je  ne  connais  rien  de  comparable  à  une  chaise  de  poste,
telles  que  j’en  ai  vues  ici,  et  dans  lesquelles  on  trouve  une
table,  un  lit  avec  tous  leurs  accessoires.  Tous  les  princes
de  l’Europe  lui  commandent  leurs  voitures  de  gala  »  (1).
Citons  aussi  l’industrie  dentellière.  (Voir  p.  27).
A  Anvers,  à  la  fin  du  XVIII e  siècle,  la  fabrication
des  soieries  était  encore  une  industrie  considérable.
D’après  un  rapport  du  magistrat  de  cette  ville  du  11
Septembre  1780,  elle  était  exercée  par  260  maîtres  et
donnait  de  l’emploi  à  1400  tisserands  ;  en  outre,  plus  de
quatre  mille  personnes  étaient  occupées  à  dévider  et  à
apprêter  la  soie  pour  le  tissage  (2b  C’est  de  ces  étoffes  de
de  soie  noire  (pie  les  femmes  faisaient  ce  qu’on  appelle
des  «  têtes  de  failles  «.  Les  teinturiers  d’Anvers  étaient

(t)  G.  Forster  :  1  c.  p.  123-128.
(2j  Edouard  Rombkrg  :  Histoire  de  l'industrie.  Patria  Belgiea.
Bruxelles,  1873.  p.  238.
        <pb n="51" />
        40  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
les  seuls  qui  réussissaient  à  donner  à  la  soie  l’éclat  et  le
brillant  dont  elle  est  susceptible  (1).  Il  y  avait  en  outre
plusieurs  fabriques  de  savon  noir,  d’amidon,  de  poudre  à
canon,  des  raffineries  de  sel,  etc.  (2).
Louvain  était  renommée  pour  sa  bière.  On  y  comptait,
en  1783,  42  brasseries  employant  200  ouvriers.  On  exportait ­
  plus  de  30,000  tonnes  chaque  année  pour  Bruxelles  ;
au  delà  de  20,('00  tonnes  pour  Anvers  ;  70,000  pour  la
Flandre  et  Alost  (3).
A  Tournai,  on  fabriquait  de  belles  porcelaines  et  des
tapisseries.  En  1750  le  fondateur  de  la  manufacture  de
porcelaine,  Peterinck,  vint  s’y  établir.  Il  obtint  presqu’aussitôt
  de  l’impératrice  Marie-Thérèse  un  octroi,  par
lequel  il  lui  était  accordé  de  fabriquer  par  privilège
exclusif,  dans  les  Pays-Bas,  toutes  sortes  d’ouvrages  de
fine  porcelaine  pendant  le  terme  de  trente  années.  Il
était  exempt  des  droits  d’entrée,  de  sortie  et  de  tonlieu,
etc.  (4).
La  fabrication  et  la  vente  prirent  un  très  grand  développement ­
  ;  le  produit  des  ventes  passa  de  vingt-cinq  mille  à
cinquante  mille  florains  par  année,  et  le  nombre  d’ouvriers,
qui  n’était  que  de  40  en  1756,  s’éleva  de  1757  à  1761  à  80  et
100  (5).  Peterinck  ne  s’adonna  pas  seulement  à  la
fabrication  de  la  porcelaine,  mais  aussi  à  celle  de  la
faïence  (6).
(1)  Le  Voyageur  dans  les  P.  B.  A.:  1.  c.  v.  III.  p.  246.
(2)  lb.
(3)  Ib.  v.  II.  p.  289.
(4)  E.  Son.  :  Recherches  sur  les  anciennes  porcelaines  de  Tournai.
Paris,  4883  p.  48  et  4  9.
(5)  Ib.  p.  36.
        <pb n="52" />
        ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE  41

La  Manufacture  royale  de  tapis  de  Tournai  eut  pour
origine  une  petite  fabrique  (le  camelots.  C'est  Piat
Lefebvre  qui  en  développa,  dans  des  proportions  merveilleuses, ­
  la  production.  800  ouvriers  travaillaient  dans  ses
ateliers  en  1783  à  laver,  peigner,  filer  la  laine  et  le  lin,  à
retordre,  tondre,  tisser  et  apprêter  les  étoffes.  Il  avait  54
métiers  en  activité.  Ses  tapis  de  pied  furent  en  peu
de  temps  connus  sur  tous  les  marchés  d’Europe  et  admis
dans  les  mobiliers  des  palais  (1).  En  1808,  la  manufacture
occupait  quatre  mille  cinq  cents  individus,  savoir  :  neuf
cents  dans  l’intérieur  des  ateliers  et  le  reste  au  dehors
pour  la  filature  des  fils  et  des  laines  et  des  articles  accessoires ­
  nécessaires  à  la  fabrication  (2).
A  Bruges  en  1804,  un  sixième  de  la  population  s’adonnait ­
  à  la  fabrication  des  dentelles  (3).  La  toile  se  tissait
sur  1150  métiers  environ,  qui  occupaient  au-delà  de  9000
individus  de  tout  âge  et  des  deux  sexes,  tant  pour  dévider,
blanchir  et  teindre  que  pour  tisser  (4).
Gand  était  au  point  de  vue  industriel  tout  à  fait  insignifiant. ­
  Après  la  guerre  de  l’an  III  (1795)  il  n’y  avait
au  travail  que  81  fileurs  et  tisserands  et  178  imprimeurs

(1)  E.  Soil  :  Les  tapisseries  de  Tournai.  Les  tapissiers  et  les  hautelisseurs
  de  cette  ville.  Tournai  :  Lille,  1892,  p.  82.
(2)  Ib.  p.  81.
(3)  Viry  :  Mémoire  statistique  du  département  de  la  Lys.  Paris  an
XII,  p.  145.
(4)  Ib.  p.  150.
        <pb n="53" />
        42  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
de  coton  (1).  Il  n’y  avait  plus  aucune  grande  industrie
dans  cette  ville.  Quelques  petites  fabriques  de  sayettes,
quelques-unes  de  tabac,  une  faïencerie,  9  savonneries,
9  raffineries  de  sel,  quelques  brasseries  et  quelques
autres  petites  entreprises,  rien  de  plus  (2).
Meme  au  XIX e  siècle  on  ne  prévoyait  pas  encore  le
rôle  que  Gand  devait  jouer  plus  tard  dans  la  vie  industrielle ­
  de  la  Belgique.  Comment  lutter  avec  quelque
espoir  de  succès,  écrivait  en  1805  le  préfet  du  département ­
  de  l’Escaut  à  propos  des  manufactures  de  coton,
contre  les  fabriques  de  Bengale,  du  Malabar  et  de  Coromondal
  qui  ont  la  matière  première  sur  les  lieux  et
la  main  d’œuvre  à  un  sou  de  France  la  journée  de
tisserands  ?  «  (3).
Telle  était  l’opinion  d’un  homme  compétent  sur  l’a-(1)

  L.  Vari.ez  :  1.  c.  v.  II,  p.  2i.  L’histoire  de  la  fondation  de  l’impression ­
  de  coton  de  Gand  est  intimement  liée  à  la  famille  Voortmann
qui  joue  encore  aujourd’hui  un  rôle  important  dans  cette  ville.  Au
XVIII e  siècle  M  Voortmann,  Hollandais  d’origine,  avait  émigré  en
Angleteire  où  il  imprimait  des  cotons  pour  la  Compagnie  des  Indes
orientales.  Un  de  ses  employés  épousa  une  demoiselle  Story  de  Carliste ­
  ('’)  dont  le  père  mourut  en  1766  laissant  deux  fils.  Ces  jeunes
gens  suivirent  leur  beau-frère  et  Voortmann  qui  retourna  en  Hollande ­
  et  apprirent  le  métier  d’imprimeur  à  l’usine  de  Voortmann.
En  1788,  l’un  des  frères  Story  fut  invité  par  Joseph  II  à  venir  à  Gand
en  même  temps  qu’un  capitaliste  Clemcns,  pour  y  ériger  une  imprimerie
àAkkergem.  Voortmann  continua  son  métier  en  Hollande.  Voyant  le
succès  que  remportait  son  ami  Story  établi  en  Belgique,  son  fils  vint  à
son  tour  fonder  à  Gand  une  imprimerie  de  coton  au  quai  de  Ramage.
A  cette  imprimerie  fut  jointe  sous  l’Empire  une  filature  de  coton  (actuellement ­
  la  Société  anonyme  «  Le  Texas  »).  Je  dois  ces  détails  â  une
lettre  de  M  Story,  se  trouvant  à  la  Bibliothèque  de  l’Université  de  Gand
dans  le  dossier  Coton.
(2)  Le  Voyageur  dans  les  P.  B.  A.  1.  c.  v.,  p.  5.
(3)  Faiepout  :  1.  c.  p.  133.
        <pb n="54" />
        LA  BELGIQUE  INDUSTRIELLE

43

venir  d’une  industrie  qui  aujourd’hui  occupe  plus  de
13.000  ouvriers  en  Belgique.
Parmi  les  grandes  fabriques  qui  existaient  vers  la
fin  du  XVIII e  et  le  commencement  du  XIX e  siècle,
citons  encore  la  cristallerie  de  Vonêclie,  établie  en  1778
dans  les  environs  de  Xamur  et  qui  donna  plus  tard
naissance  au  Val-St-Lambert.  Enfin,  mentionnons  quelques ­
  petites  fabriques  de  tabac,  quelques  verreries,
quelques  papeteries,  etc.,  qui  d’ordinaire  n’occupaient
pas  plus  de  50  ouvriers.
Telle  était  la  situation  générale  de  l'industrie  belge
vers  la  fin  du  XVIII e  siècle.
Que  de  différences  avec  l’organisation  actuelle  !
La  Belgique  de  ce  temps  était  encore  un  pays  tout
agricole,  son  industrie  même  avait  un  caractère  rural.
Les  tisserands  et  les  fileuses  ;  les  cloutiers  et  les  armuriers ­
  ;  les  martinets  et  les  fenderies  ;  les  liautsfournaux
  et  les  forges  étaient  dispersés,  dans  les
campagnes  et  dans  les  hameaux,  le  long  des  cours
d’eau  et  dans  des  régions  forestières.
Aujourd’hui,  c'est  dans  des  grandes  agglomérations
que  s’exerce  le  travail  industriel.
Sur  les  13.306  ouvriers  occupés  dans  les  filatures
mécaniques  de  lin,  en  1896,  on  en  trouve  à  Gand  8463,
soit  63,3  °/ 0  (1).  Verviers,  où  ne  travaillaient  jadis  que  les
fouleurs,  les  finisseurs,  etc.  est  aujourd’hui  le  centre
principal  de  la  filature  mécanique  de  la  laine  (1050  ou-(1)

  Recensement  industriel  1896.  v.  VII,  p.  164.
        <pb n="55" />
        44  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUÈ
vriers  sur  4949  pour  les  filatures  de  laine  cardée  ;
1592  sur  4481  pour  la  laine  peignée  (I).
Pour  l’industrie  du  tissage,  Verviers,  Dison  et  Renaix
occupent  près  de  la  moitié  des  ouvriers  (3639  sur  7999).
Toute  la  production  sidérurgique,  échelonnée  jadis
le  long  des  cours  d’eau,  se  rencontre  aujourd’hui  dans
quelques  localités  des  environs  de  Liège  et  de  Charleroi.
La  plus  grande  partie  des  cloutiers  habitant  les  campagnes ­
  ont  disparu  et  77,7  °/ 0  des  ouvriers  (518  sur  699)
travaillent  aujourd’hui  à  Fontaine  l’Evêque  (2).
A  la  fin  du  XVIII e  siècle,  la  force  de  l’homme
était  le  principal  moteur  de  l’industrie.  C’est  lui  qui
mettait  le  métier  à  tisser  en  mouvement  ;  c’est  lui  qui
au  moyen  d’un  treuil,  amenait  le  charbon  du  fond  des
puits  ;  c’étaient  les  «  doigts  de  fée  des  fileuses  flamandes ­
  ))  qui  produisaient  le  fil.  Exceptionnellement  on  se
servait  de  l’eau  comme  force  motrice  dans  la  fabrication ­
  du  fer,  et  des  chevaux  pour  l’épuisement  des
eaux  souterraines  dans  les  mines  de  houille.
En  1896,  1  130  000  personnes  étaient  occupées  dans
l’industrie  privée  (3)  et  les  moteurs  à  vapeur,  à  gaz  et  à
pétrole  fournissaient  une  force  de  630.000  chevaux  (en
tenant  compte  de  l’industrie  du  transport).  Comme  on
estime  généralement  que  le  cheval  vapeur  équivaut  à
dix  hommes,  on  peut  dire  que  la  force  des  moteurs
remplaçait  le  travail  de  6.300.000  ouvriers.
La  Belgique  industrielle  du  XVIII e  siècle  ignorait

(1)  Ib.p.  167.
(2)  Ib.  p.  02.
(3)  Ib.  v.  XVIII.  p.  136.
        <pb n="56" />
        LA  BELGIQUE  INDUSTRIELLE

45

les  deux  grandes  classes  qui  se  trouvent  aujourd  liui
en  présence  dans  l’œuvre  de  la  production  :  les  capitalistes ­
  et  les  salariés.  Les  producteurs  d’alors  étaient
propriétaires  de  leurs  outils.  C’étaient,  pour  la  plupart, ­
  des  agriculteurs,  qui  ne  s’adonnaient  au  travail
industriel  que  pendant  la  morte  saison.
Mais  bientôt  cet  état  de  choses  se  transforme.  Les
moyens  de  production  sont  fournis  par  des  personnes
qui  ne  se  livrent  plus  elles-mêmes  au  travail.  C’est  la
naissance  du  capitalisme.  Dès  la  fin  du  XVIII e  siècle,
on  peut  en  surprendre  les  premiers  symptômes.
Des  marchands  de  houille,  font  des  avances  aux
parchonniers,  et  se  rendent  lentement  propriétaires  des
mines.  Des  fabricants  font  travailler  à  domicile,  et
amassent  des  capitaux  qui  leur  permettront  bientôt
d’ériger,  à  Verviers  notamment,  de  grandes  fabriques,
donnant  du  travail  à  des  centaines  d’ouvriers.
L’évolution  s’est  poursuivie,  et  aujourd’hui  (en  1896)  une
armée  de  842,000  ouvriers  travaille  dans  les  entreprises
dont  les  propriétaires  lui  sont  généralement  inconnus.
(40  %  sont  occupés  dans  les  sociétés  par  actions).  (1)
«  Ainsi,  dit  Waxweiler,  le  centre  de  gravité  de
l'entreprise  industrielle  est  absolument  dévié  du  côté
des  entreprises  appartenant  «  à  des  gens  »  pour  reprendre ­
  la  rude  expression  de  Germinal  »  (2).
Le  divorce  entre  1’employeur  de  main-d’œuvre,  qui
fournit  les  capitaux  et  l’ouvrier,  qui  apporte  la  colla-(4)

  Recensement  industriel.  1S96,  1.  c.  p.  137.
(2)  Waxweii.er  :  Quelques  pages  de  notre  évolution  industrielle.  Extrait ­
  de  la  «  Patrie  Belge  »,  p.  7.
        <pb n="57" />
        46  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
boration  de  son  travail  journalier,  est  complet.
En  1896  la  grande  et  la  très  grande  industrie,  exploitations ­
  de  50  ouvriers  et  plus,  occupaient  60  °/°
des  688.000  ouvriers  de  l’industrie  proprement  dite
(nous  exceptons  l’industrie  à  domicile  et  en  ateliers
publics).  Près  du  quart  de  l'ensemble  des  ouvriers
appartenant  à  la  très  grande  industrie  (exploitations
de  500  ouvriers  et  plus)  (1).
Cette  concentration  est  particulièrement  sensible  dans
les  industries  textiles  et  sidérurgiques,  dans  les  verreries, ­
  les  mines  de  bouille,  etc.  où  la  très  grande
industrie  domine  ;  et  il  n’est  pas  rare  de  voir  plus  de
la  moitié  de  la  population  ouvrière  d’une  industrie
concentrée  dans  deux  ou  trois  entreprises.  (2)  (Pour  les
détails,  voir  Cliap.  XII).
Tels  sont  les  effets  de  ce  grand  bouleversement
qu’on  nomme  la  Révolution  industrielle.
Il  convient  à  présent  d’en  rechercher  les  causes.

(1)  Recensement  industriel,  1896  :  1.  c.  p.  167.
(2)  Ib.
        <pb n="58" />
        CHAPITRE  II.

Les  causes  de  la  Révolution
Industrielle.

Genius  is  more  the  effect  of  division  of  labour
than  the  latter  is  of  it.

If  ton  people  only  want  a  certain  commodity,
  the  manufacture  of  it  will  never  be  sc
divided  as  if  thousand  wanted  it.
Adam  Smith.  Lectures  on  justice,  police,
revenue  and  arms  Oxford,  1906.  p.  170  et
171.
Die  hoheren  Wirtschaftssysteme  haben  dadureh,
  dis  sie  künstlicher  complizirter  sind
und  zugleich  hôhere  Einsichten  und  Kenntnisse
  erfordern  für  das  Auge  etwas  Blendendes
und  Uerfuhrerisches.
Da  nun  diese  hoheren  Wirtschaflsarten  an
den  Orten,  wo  sie  landüblich  sind,  unleugbar
einen  grôsseren  Ertrag  geben  und  den  Boden
hôherbenutzen,  so  ist  der  Irrtum,  dass  man  nur
die  nothigen  Konntnisse  zu  besitzen  brauche,
um  ein  hôhercs  W  iitsehaflssystem  in  ein  weniger
  kultivirte  Gegend  einzuführen  »  leichtzu
entschuldigen,  aber  auch  um  se  gefahrlicher.
J.  H.  v.  Thünen  Der  isolirte  Staat.  3 te  Autl.
v.  I.  p.  263.

La  généralisation  de  l’emploi  des  machines  dans  1  industrie ­
  a  paralysé,  un  siècle  durant,  l’analyse  approfondie ­
  des  phénomènes  de  l’évolution  industrielle.  Si
        <pb n="59" />
        48  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
nous  comparons  les  idées  d’AnAM  Smith  sur  les  causes
  des  progrès  industriels  avec  des  écrits  ultérieurs
sur  le  même  sujet,  nous  constatons  qu’un  grand  recul
s’est  produit.  Aussi  longtemps  que  la  production  n’était
pas  sortie  de  la  période  manufacturière,  on  s’efforçait
de  découvrir  les  causes  économiques  des  changements
survenus  à  la  production.  C’est  ainsi  ([ü’Adam  Smith
constate  que  le  transport  par  eau  est  meilleur  marché
que  le  transport  par  terre  et  il  en  tire  la  conclusion
suivante  :  «  Puisque  le  transport  par  eau  offre  de  si
grands  avantages,  il  est  naturel  que  les  premiers  progrès ­
  de  l’art  et  de  l’industrie  se  soient  montrés  partout ­
  où  cette  facilité  ouvre  le  monde  entier  pour  marché ­
  au  produit  de  chaque  espèce  de  travail,  et  qu’ils
soient  beaucoup  plus  tardifs  à  s’étendre  dans  les  parties ­
  intérieures  du  pays  »  (1).
Le  père  de  l’économie  politique  constate  ainsi  que
a  la  division  du  travail  est  limitée  par  l'étendue  du
marché  »  et  il  consacre  au  développement  de  cette
idée  tout  un  chapitre.  (Cliap.  III  du  Livre  I).
Dans  le  troisième  livre  de  ses  Recherches,  Adam
Smith  analyse  les  causes  de  l’existence  des  manufactures ­
  en  Angleterre  et  de  leur  absence  en  Amérique.
«  Dans  nos  colonies  de  l’Amérique  septentrionale,
écrit-il,  où  on  peut  encore  trouver  à  se  procurer
des  terres  à  cultiver  à  des  conditions  faciles,  il  ne
s’est  encore  établi,  dans  aucune  de  leurs  villes,  de
manufacture  pour  la  vente  au  loin.  Dans  ce  pays,
(I)  Adam  Smith  :  Recherches  sur  la  nature  et  les  causes  de  la
richesse  des  nations.  Seconde  Edition,  Paris,  1822,  t.  I.  p.  41.
        <pb n="60" />
        CAUSES  DE  LA  RÉVOLUTION  INDUSTRIELLE

49

(ï)  Adam  Smith  :  1.  c.  vol.  Il,  p.  409  et  410.

quand  un  artisan  a  amassé  un  peu  plus  de  fonds
qu’il  ne  lui  en  faut  pour  faire  aller  son  commerce
il  ne  cherche  pas  à  monter  avec  ce  capital  une  fabrique
pour  étendre  sa  vente  au  loin,  mais  il  l’emploie  à  acheter  de
la  terre  inculte  et  à  la  mettre  en  valeur  D’artisan,  il  devient
planteur  ;  ni  le  haut  prix  des  salaires,  ni  les  moyens
que  le  pays  offre  aux  artisans  de  se  procurer  de  l’aisance, ­
  ne  peuvent  le  décider  à  travailler  pour  autrui
plutôt  que  pour  lui-même.  Il  sent  qu’un  artisan  est  le
serviteur  des  pratiques  qui  le  font  vivre  ;  mais  qu’un
colon  qui  cultive  sa  propre  terre,  et  qui  trouve  dans
le  travail  de  sa  famille  de  quoi  satisfaire  aux  premiers
besoins  de  la  vie,  est  vraiment  son  maître  et  vit  indépendamment ­
  du  monde  entier  ».
«  Au  contraire,  continue-t-il,  dans  les  pays  où  il
n’y  a  pas  de  terres  incultes,  ou  du  moins  qu’on
puisse  se  procurer  à  des  conditions  faciles,  tout  artisan ­
  qui  a  amassé  plus  de  fonds  qu’il  ne  saurait  en
employer  dans  les  affaires  qui  peuvent  se  présenter
aux  environs,  cherche  à  s'arranger  pour  préparer  de
l’ouvrage  propre  à  être  vendu  plus  au  loin.  Le  forgeron ­
  élève  une  fabrique  de  fer  ;  le  tisserand  se  fait
maître  manufacturier  en  toiles  ou  en  laineries.  Avec
le  temps,  ces  différentes  manufactures  viennent  à  se
subdiviser  par  degrés,  et  par  ce  moyen  elles  se  perfectionnent ­
  et  se  raffinent  de  mille  manières  dont  on
peut  aisément  se  faire  idée,  et  qu’il  est  conséquemment ­
  inutile  d’expliquer  davantage  »  (1).
        <pb n="61" />
        50  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

»

Ainsi  donc,  Adam  Smith  comprenait  déjà,  que  les  progrès ­
  de  Vindustrie  ne  sont  possibles  que  dans  un
pay's  ayant  une  certaine  densité  de  population.  Aussi
longtemps  que  les  terres  incultes  sont  faciles  à  acquérir, ­
  la  formation  d’une  grande  industrie  est  impossible. ­

Après  l’introduction  du  machinisme  dans  l’industrie,
ce  point  de  vue  est  totalement  abandonné  et  l’on  se
contente  d’expliquer  les  progrès  de  la  production  par
les  inventions  techniques.
Gaskell  le  premier  s’efforce  de  prouver  que  les  changements ­
  survenus  dans  l’organisation  industrielle  se
ramènent  en  dernière  analyse  à  une  transformation  de
la  technique.  Il  nous  dépeint  l’industrie  domestique  du
milieu  du  XVIII e  siècle  comme  une  idylle.  Tout  y  est
pour  le  mieux,  jusqu’au  jour  ou  l’on  commence  à  se
servir  des  machines  ;  alors  la  concentration  s’opère,
l'ancien  régime  industriel  disparaît  et  la  grande  industrie ­
  se  développe  en  bouleversant  la  paix  sociale  (1).
Engels  s’est  approprié  cette  conception,  et  lui  aussi
nous  décrit  les  tisserands  agriculteurs  comme  des
gens  menant  une  vie  tranquille  et  heureuse,  jusqu’au
moment  où  l’invention  de  la  Jenny  les  força  à  abandonner ­
  leur  foyer  paisible  (2).
Marx  avait  un  sens  plus  profond  de  l’évolution  industrielle. ­
  Il  savait  que  les  maux  signalés  par  Gaskell
(1)  P.  Gaskell  :  Artisans  and  Machinery.  The  moral  and  physical
condition  of  the  manufaeturing  population.  London,  1836.
(2)  Friedrich  Engels  :  Die  Lage  der  arbeitenden  Klasse  in  England.
Zweite  durchgeschene  Auflage,  Stuttgart,  1892,  p.  3.
        <pb n="62" />
        CAUSES  DE  LA  RÉVOLUTION  INDUSTRIELLE

5i

et  Engels,  comme  conséquence  des  inventions,  préexistaient ­
  au  système  de  fabrique  (i).
Mais  de  même  que  l’opinion  de  Smith,  celle  de
Marx  fut  oubliée  et  négligée  et  presque  tous  les  économistes ­
  qui  traitèrent  ce  sujet  n’ont  pas  manqué  de
glorifier  l’invention  des  machines  comme  cause  de
toute  notre  richesse  ou  de  la  condamner  en  raison
des  malheurs  qu'elle  a  provoqués,  von  Thünen  fait  ici
une  exception,  mais  sa  théorie  de  la  relativité  des
systèmes  économiques  démolissant  la  conception  banale
d’après  laquelle  c’est  le  génie  de  l’homme  qui  dirige ­
  l’évolution  économique,  ne  s’applique  qu’à  l’agriculture.
Ce  n’est  que  dans  ces  vingt  dernières  années  que
quelques  voix  se  sont  élevées  contre  cette  façou  superficielle ­
  d’envisager  les  choses.  En  1880,  Brentano
attira  le  premier  l’attention  sur  ce  fait  que  ce  ne  sont
nullement  des  savants,  mais  au  contraire  des  hommes
appartenant  aux  carrières  les  plus  différentes  et
surtout  vivant  de  la  vie  industrielle  qui  ont  fait  les
inventions  répondant  aux  besoins  du  jour.  Brentano
cherche  les  causes  de  la  révolution  industrielle  dans
les  facteurs  économiques  et  il  dit  à  ce  sujet  :  «  La
transformation  technique  et  le  changement  du  droit
industriel  ne  sont  que  des  conséquences  d.;s  changements ­
  économiques  antérieurs;  la  cause  économique
doit  être  cherchée  dans  la  politique  commerciale,  dans
la  formation  d’une  économie  mondiale  et  dans  l’entrée
des  différentes  branches  d’industrie  dans  la  lutte  pour
la  première  place  dans  cette  économie  mondiale.  Quand

(1)  Voir  le  Capital,  Chapitre  24.
        <pb n="63" />
        52  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

on  écrira  un  jour  l’histoire  de  la  genèse  du  marché
mondial  on  aura  à  démontrer  comment  dans  chaque
branche  d’industrie  les  changements  techniques  survinrent ­
  en  raison  de  leurs  relations  mondiales  »  (1).  Si
cette  conception,  comme  nous  tâcherons  de  le  démontrer ­
  plus  loin,  manque  à  certains  égards  de  justesse,
elle  a  en  tout  cas  le  grand  mérite  d’être,  depuis  Adam
Smith,  le  premier  essai  d’expliquer  la  transformation
de  la  technique  par  des  facteurs  économiques.
Parmi  les  économistes  qui  ont  émis  des  théories
semblables,  citons  John  a  IIobson  et  Schulze-Gavernitz.
  Le  premier  démontre  que  «  l’histoire  des  inventions ­
  textiles  contribue  beaucoup  à  détruire  la  «  théorie ­
  héroïque  »  de  l’invention,  qui  prétend  qu’une  idée
jaillit  subitement  du  cerveau  d’un  génie  produit  une
révolution  rapide  dans  une  industrie  ».  Il  prouve  que
pas  une  des  grandes  inventions  comme  la  jenny,  la  mule,
le  power-loon  n’est  due  à  l’effort  et  à  l’habilité  d’un
seul  homme.  Les  machines  de  la  filature  étaient,  d’après ­
  une  déclaration  faite  en  1857  par  un  ingénieur
civil  devant  un  Comité  de  la  Chambre  des  Lords,  une
combinaison  de  800  inventions  et  les  machines  de  cardage
  une  combinaison  de  60  brevets.
C’est  la  nécessité  qui  est  la  mère  de  l’invention.  «  Des
hommes  comme  Kay,  Hargraves,  Cartwright,  dit  Hobson,
  ont  déployé  leur  intelligence  et  leur  labeur  pour
vaincre  quelques  difficultés,  qui  se  sont  présentées.  Presque ­
  tous  les  inventeurs  de  machines  textiles  étaient  des

(1)  L.  Brentàno.  Uberdie  Ursuchen  der  heutigen  sozialen  Not.  Leip
zig.  1883,  p.  7.
        <pb n="64" />
        CAUSES  DE  LA  REVOLUTION  INDUSTRIELLE  53
praticiens,  la  plupart  meme  des  ouvriers,  connaissant  les
détails  de  leur  métier  et  qui  furent  directement  inspirés ­
  par  la  difficulté  à  vaincre,  par  l’économie  à  réaliser ­
  »  (1).
Il  est  intéressant  de  voir  que  cette  idée  en  opposition ­
  avec  les  conceptions  courantes,  se  trouve  déjà
chez  Adam  Smith.  Dans  son  premier  chapitre  sur  la
division  du  travail,  il  nous  dit  en  effet  «  qu’une  grande ­
  partie  des  machines  employées  dans  ces  manufactures ­
  où  le  travail  est  le  plus  subdivisé  ont  été  originairement ­
  inventées  par  de  simples  ouvriers,  qui
naturellement  appliquaient  toutes  leurs  pensées  à  trouver ­
  les  moyens  les  plus  courts  et  les  plus  aisés  de
remplir  la  tâche  particulière  qui  faisait  leur  seule  occupation. ­
  Il  n’y  a  personne,  accoutumé  à  visiter  les
manufactures,  à  qui  on  n’ait  fait  voir  une  machine
ingénieuse,  imaginée  par  quelques  pauvre  ouvrier  pour
abréger  et  faciliter  sa  besogne  particulière.  Dans  les
prem.ères  machines  à  feu,  il  y  avait  un  petit  garçon
continuellement  occupé  à  ouvrir  et  à  fermer  alternativement ­
  la  communication  entre  la  chaudière  et  le
cylindre,  suivant  que  le  piston  montait  ou  descendait.
L’un  de  ces  petits  garçons,  qui  avait  envie  de  jouer
avec  ses  camarades,  observa  qu’en  mettant  un  cordon
au  manche  de  la  pièce  qui  ouvrait  cette  communication, ­
  et  en  attachant  ce  cordon  a  une  autre  partie
de  la  machine,  cette  pièce  s’ouvrirait  et  se  fermerait
sans  lui  et  qu’il  aurait  la  liberté  de  jouer  tout  à  son
(i)  John  A.  IIobson  :  Modem  capitalism.  New  and  revised  édition.
London,  190ü,  p.  79.
        <pb n="65" />
        54  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
aise  Ainsi  une  des  découvertes,  qui  a  le  plus  contribué ­
  à  perfectionner  ces  sortes  de  machines  depuis  leur
invention,  est  due  cà  un  enfant  qui  ne  cherchait  qu’à
s’épargner  de  la  peine  »  (1).
On  a  attiré  égalemen  tl’attention  sur  ce  fait  que  des  machines ­
  que  nous  trouvons  à  la  fin  du  XVIII e  siècle  dans
les  fabriques  étaient  connues  depuis  longtemps  sans  produire ­
  le  moindre  changement  économique.  L’application
de  la  vapeur  à  l’élévation  des  fardeaux  est  vieille  de  plusieurs ­
  siècles.  Pierre  le  Grand  a  employé  pour  l’irrigation ­
  de  ses  jardins  une  machine  à  vapeur  d’après
un  modèle  hollandais.  Le  mécanisme  réunissant  une
certaine  quantité  de  broches  et  de  bobines  sur  un  même
châssis  et  permettant  de  faire  tourner  mécaniquement
les  bobines  comme  les  broches,  fut  introduit  dans  le
Derby  par  Thomas  Lombe  comme  disposition  de  la
filature  de  soie  italienne,  avant  qu’il  fût  question  de
machines  dans  l’industrie  de  coton,  Jean  Beckman  raconte,
dans  le  premier  volume  de  ses  recherches  sur  l'histoire
des  inventions  et  Marx  dans  son  Capital  est  d’accord
avec  lui,  sauf  pour  la  date,  que  vers  1579  le  tissage
mécanique  avait  été  découvert  à  Dantzig  (2).
«  Ce  no  sont  donc  pas  des  raisons  techniques,  conclut
Schulze-Gavernitz,  qui  produisirent  l’évolution  économique ­
  vers  la  fin  du  siècle  dernier  ;  ce  fut  bien  plutôt  le
concours  d’une  série  de  circonstances  économiques  qui

(1)  Adam  Smith  :  s.  c.  v.  I.  p.  22.  Ce  n'est  que  seulement  “  quelquesunes
  »  des  inventions  qui  sont  dues  «  à  l’habitude  de  ceux  qu’on  nomme
savants  ou  théoriciens  ».  Ib.  p.  23.
(2)  Schulzk-Güvern.tz  :  La  grande  industrie.  Paris,  1896,  p.  33.
        <pb n="66" />
        CAUSES  DE  LA  RÉVOLUTION  INDUSTRIELLE

55

conduisit  aux  progrès  techniques  ;  des  inventions  faites
depuis  longtemps  ou  du  moins  à  moitié  réalisées,  mais
jusqu’alors  sans  effet  au  point  de  vue  économique,  furent
appliquées  seulement  alors  à  l’industrie  moderne.  Ce  n’est
point  ici  le  lieu  de  développer  cette  base  économique  de
l’évolution  industrielle,  parce  que  cette  tâche  réclamerait
des  recherches  spéciales  »  (1).
Ainsi  la  question  de  savoir  quelles  ont  été  les  causes
économiques  de  la  révolution  industrielle,  reste  ouverte.
Nous  tâcherons  de  lui  donner  une  solution  en  vérifiant
nos  déductions  et  en  les  développant  avec  les  matériaux ­
  empruntés  à  l'histoire  économique  de  la  Belgique.
*
*  *
Dans  notre  analyse  des  causes  de  la  révolution  industrielle, ­
  nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de  reprendre ­
  l’idée  d’Adam  Smith,  selon  laquelle  les  progrès  do
la  technique  dépendent  de  l’étendue  du  marché  accessible ­
  à  ses  produits.  Xous  en  pouvons  conclure  que
des  changements  dans  les  conditions  du  marché  ont
précédé  la  révolution  industrielle.  Il  importe  de  les
connaître  avant  tout,  et  dans  cet  ordre  d’idées  nous
avons  à  rechercher  quelle  était,  à  la  fin  du  XVIII e
et  au  commencement  du  XIX e  siècle,  la  structure  du
marché  intérieur  et  extérieur  de  la  Belgique.
Commençons  par  le  marché  intérieur.  Ce  qui  nous
frappe  avant  tout,c’est  l’accroissement  rapide  de  la  population ­
  vers  la  fin  du  XVIII e  siècle.  Les  statistiques  exactes

(1)  Ibid.  p.  31.
        <pb n="67" />
        56  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

font  défaut.  Mais  voici  ce  que  dit  à  ce  sujet  le  préfet  du
département  de  la  Lys,  eu  1804  ;  «  Il  n’existe  d’autre
travail  sur  la  population  des  ci-devant  Pays-Bas  autrichiens ­
  que  celui  qui  fut  fait  en  1784  ;  mais  ce  travail,
extrait  du  dépôt  des  anciennes  archives  du  conseil
privé  à  Bruxelles,  annonce  par  son  titre  même  (Précis ­
  de  la  population  des  Pays-Bas  par  approximation)
combien  peu  d’exactitude  il  renferme  »  (1).  Malgré
cela,  nous  pouvons  tirer  de  ces  approximations  des
conclusions  générales.
Quetelet  a  essayé  de  le  faire  et  il  est  arrivé  au
résultat  suivant  .  Le  nombre  des  habitants  de  la
Flandre,  correspondant  aux  deux  Flandres  actuelles,
était  évalué  à  801.001  en  1784.  D’après  un  recensement ­
  officiel,  fait  en  1801,  la  population  totale  des
deux  provinces  s’élevait  en  cette  année  à  1.019.710
habitants.  L’accroissement  a  donc  été,  dans  l’espace
de  15  ans,  de  218.718  habitants  ou  de  27  °/,.  Pendant
la  période  de  1801-1816,  il  a  été  de  10  °/ c  pour  la
Flandre  orientale  et  de  13  °/ 0  pour  la  Flandre  occidentale ­
  ;  pendant  celle  de  1816-1826,  on  a  constaté  un
accroissement  de  19  °/ 0  dans  la  Flandre  orientale  et
de  16  %  dans  la  Flandre  occidentale  ;  enfin,  pendant
la  période  de  1829-1844,  la  population  de  la  première
de  ces  provinces  a  subi  une  augmentation  de  9  %  et
celle  de  la  seconde  de  10  %  (2).  Comme  nous  le  voy-(1)

  C.  Viry  :  Mémoire  statistique  du  département  de  la  Lys,  adressée ­
  au  Ministre  de  l’Intérieur,  d’après  ses  instructions,  an  XII,  p.  25.
(2  Queteeet  ;  Mémoire  sur  les  anciens  recensements  (Bulletin
de  la  Commission  de  statistique,  t.  III,  p.  24).
        <pb n="68" />
        CAUSES  DE  LA  RÉVOLUTION  INDUSTRIELLE

57

ons,  le  plus  grand  accroissement  de  la  population  a
eu  lieu  vers  la  fin  du  XVIII e  siècle  (1784-1  SOI).
Le  préfet  Viry  nous  relate  que  le  fort  accroissement
de  la  population  entraîna  une  augmentation  du  prix
des  vivres  (1).
Nous  extrayons  de  son  rapport  les  données  suivantes

  (2)  :
en  1789

en  1803

fr.

fr.

Un  bœuf  gras  coûtait  dans  le
département  de  la  Lys

220

240

Une  vache  grasse

130

160

Une  genisse  grasse

130

150

Un  cochon  gras

80

90

Un  veau  gras

48

50

Un  mouton

24

30

Le  pain

0,09

0,12

Le  sel

0,10

0.15

Van  der  Meersch  constate

aussi  un

accroissement  du

prix  des  céréales  (3).
Prix  moyen  d’un  hectolitre  de  froment  et  de  seigle  :

Froment

Seigle

fr.

fr.

1762-1775  à  Bruxelles

12.38

8,08

1785-1793  en  Belgique

13.80

—

1800-1813  en  Flandre  orientale

19.55

11.81

(1)  Viry  :  1.  c.  p.  29.
(2)  Ib.  p.  103.
(3)  P.  Ch.  Van  der  Meersch  :  De  l’état  de  la  mendicité  et  de  la
bienfaisance  de  la  Flandre  orientale  depuis  le  règne  de  Marie-Thérèse
  jusqu’à  nos  jours.  (Bulletin  de  la  Commission  centrale  de
statistique,  t.  V,  p.  243).
        <pb n="69" />
        58

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

Pour  le  XIX e  siècle  nous  avons  déjà  des  données
exactes  relatives  à  l’accroissement  de  la  population.
D’après  Quetelet  la  population  de  1844  dans  chaque
province  surpasse  de  plus  d’un  tiers  la  population  de
1801.  Dans  le  Brabant,  la  population  a  presque  triplé ­
  (1).
Il  s’agit  maintenant  de  voir,  si  l’accroissement  de  la
population  en  augmentant  la  demande  peut  forcer  l’industrie ­
  à  adopter  des  procédés  plus  rationnels  (application ­
  de  la  vapeur,  division  du  travail,  etc.).  Il  semble ­
  à  première  vue  que  non,  car  à  l’augmentation  de
la  demande  correspond  une  augmentation  de  bras.
Si  dans  une  population  de  1  million  d’habitants,
200.000  tisserands  fournissent  la  toile  nécessaire,  il
semble  que  la  demande  de  2  millions  d’habitants  pourra
être  satisfaite  par  400.000  tisserands  (2).  Nous  supposons
naturellement  que  la  demande  croît  proportionnellement
à  la  population.  Dans  ce  cas,  nul  changement  technique ­
  n’est  nécessaire,  puisqu’il  y  a  équilibre  entre  la
demande  et  les  bras  disponibles.  Pendant  des  siècles
les  besoins  d’une  population  croissante  ont  été  satis-(I)

  Quetelet  :  1.  c.  p.  20.  L’accroissement  dans  les  différentes

vinces  était  le  suivant  :

1801-16

1516-29

1829-44

°/o

%

%

Anvers

19

21

10

Brabant

29

26

69

Flandre  occidentale

13

16

10

»  orientale

10

19

9

Hainaut

18

25

13

Liège

—

16

17

Luxembourg

—

—

13

(2)  Nous  parlons  uniquement  des  tisserands  pour  simplifier  l’exemple.
Nous  pourrions  aussi  bien  prendre  l’ensemble  des  différentes  professions.
        <pb n="70" />
        CAUSÉS  DE  LA  RÉVOLUTION  INDUSTRIELLE

59

faits  par  l’augmentation  du  nombre  d’artisans  dans  les
différentes  professions.  Mais  il  peut  arriver  qu’à  un
moment  donné  une  transformation  technique  devienne
nécessaire.  Aussi  longtemps  que  la  population  est  peu
dense,  la  nature  fournit  à  l’homme  des  matières  premières ­
  toutes  prêtes  à  être  transformées  en  objets  finis.
Mais  leur  quantité  étant  limitée,  il  arrive  un  moment
où  elles  ne  suffisent  plus  et  l’homme  doit  alors  avoir
recours  à  des  richesses  plus  ingrates,  nécessitant  un
travail  préalable  pour  être  utilisées  à  la  fabrication.
C’est  le  remplacement  de  la  matière  organisée  par  la
matière  inorganisée.
Ainsi,  par  exemple,  l’homme  devra,  au  lieu  de  se  servir
du  bois  qu’il  n’avait  qu’à  couper  dans  la  forêt,  extraire  le
minerai  des  profondeurs  de  la  mine,  le  travailler  dans  les
hauts-fourneaux,  laminoirs,  etc.
Il  doit  fournir  pour  cela  un  effort  considérable.  Bôhm-Bawerk,
  l’a  très  bien  compris,  et  l’exemple  qu’il  cite
dans  son  Capital  und  Capitalzins  nous  en  donne  une
excellente  illustration.  «  On  peut,  dit-il,  obtenir  du  bois
de  chauffage  directement  en  se  bornant  à  ramasser
des  branchages  secs  ou  en  brisant  des  branches  faibles
Un  premier  détour  de  production  (Produktionsumwcg)
conduit  à  la  confection  et  à  l’emploi  d'une  hache  en
pierre.  Un  détour  plus  long  conduit  à  l’extraction  du
minerai  de  fer  de  la  terre,  à  l’acquisition  des  combustibles ­
  et  outils  necessaires  pour  la  transformation  du
minerai  de  fer  en  fonte.  En  continuant  le  traitement
on  obtient  de  l’acier  et,  de  l’acier,  une  hache  bien
tranchante.  On  peut  remonter  plus  loin  (noch  weiter
        <pb n="71" />
        60  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

ausliolend)  et  construire  des  installations  mécaniques
pour  l’exploitation  du  minerai,  des  hauts-fournaux  pour
la  préparation  de  la  fonte,  des  machines  pour  la  production ­
  et  l’aiguisage  des  haches,  etc.  »  (1)
Chacun  de  ces  détours  augmente  le  rendement  de  la
hache  mais  dans  une  proportion  toujours  décroissante.
L’effet  utile  d’une  hache  en  acier  sera  peut-être  dix
ou  vingt  fois  aussi  grand  que  celui  d’un  outil  en  pierre,
pendant  que  l’effort  nécesaire  aura  augmenté  (construc
tion  d’usines,  exploitation  des  mines,  etc.)  dans  une
proportion  mille  fois  aussi  grande.  C’est  une  loi  générale ­
  de  la  production  développée  déjà  par  Thünen  (2)
qu’on  peut  formuler  ainsi  :  Au  delà  d’un  certain  point
tout  accroissement  de  rendement  exige  un  accroissement
supérieur  de  force  (3).
Le  remplacement  de  la  matière  organisée  par  la  matière
inorganisée  nécessite  donc  de  la  part  de  l’homme  des  efforts
considérables  qui  doivent  se  diriger  vers  les  «  détours
de  production  ».  Tout  cela  entraine  un  bouleversement
complet  dans  la  structure  de  la  société.  Un  nombre
toujours  croissant  de  bras  doit  s’adonner  nécessairement
à  l’extraction  de  la  houille,  à  la  production  du  fer,  de
l’acier,  etc.
Le  paysan  sort  du  stade  d’économie  domestique  pour
devenir  mineur,  ouvrier  de  fabrique,  etc.  Or,  comme  ce
(1)  E.von  Bôhm-Bawerk..  Capital  ur.d  Gapitalzins.  Zweitc  Auflage.  t.IT.
p.  89.
(2)  J.  H.  von  Thünen.  Der  isolirte  Staat  in  Beziehung  auf  Landwirtschaft
  und  Nationalëkonomie.  Dritte  Auflage.  Zweiü'r  Tell.  p.  97  ss.
Tableau,  p.  l(Jf,  p.  199  etc.
(3)  Gide.  Cours  d’économie  politique.  Paris,  1909,  p.  89.
        <pb n="72" />
        CAUSES  DE  LA  RÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  Gi
travail  industriel  réclame  de  grands  efforts,  l’ouvrier
doit  y  consacrer  tout  son  temps.  Il  ne  peut  plus  comme
auparavant,  tisser  sa  propre  toile,  il  doit  racheter.
Ainsi,  pendant  que  le  nombre  de  bras  s’adonnant  an
tissage  diminue  par  suite  de  l’exode  vers  les  fabriques
et  les  mines,  la  demande  de  toiles  augmente  sur  le
marché.
Un  nombre  moindre  de  tisserands  doit  donc  satisfaire ­
  à  un  nombre  plus  considérable  de  demandes  et  par
suite  l’application  de  procédés  plus  perfectionnés  devient
nécessaire.
La  première  conséquence  de  l’accroissement  de  la
population  fut  le  déboisement  des  forêts.  On  employait ­
  plus  de  bois,  tant  pour  l’usage  domestique  que  pour
l’usage  industriel.  Déjà  un  décret  de  1723  constate,  pour
le  Hainaut,  que  les  forges  et  verreries  brûlent  trop  de
bois  destiné  au  chauffage  public  ;  et  il  est  décidé  que
de  pareils  établissemonts  ne  doivent  exister  que  là
où  les  bois  ne  sont  pas  à  portée  de  îivières  navigables ­
  ;  par  suite  défense  est  faite  d’établir  à  l'avenir
des  fourneaux,  forges,  verreries,  etc.,  sans  en  avoir
obtenu  lettres  patentes,  sous-peine  de  3000  livres  d’amende, ­
  de  démolition  des  fourneaux,  forges,  etc.,  et
de  confiscation  des  bois,  charbons,  mines,  ustensiles,
etc.  (1)
Avec  le  déboisement  des  forêts  croît  la  demande  du
charbon.  Les  couches  supérieures  sont  vite  épuisées
(1)  Hknri  Cafkiaux  :  Essai  sur  le  régime  économique  financier  et
industriel  du  Hainaut  après  son  incorporation  à  la  France.  Valenciennes, ­
  1873,  p.  293.
        <pb n="73" />
        62

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

(déjà  vers  la  fin  du  XVII e  siècle)  et  il  faut  alors
approfondir  les  fosses,  augmenter  la  puissance  des
moyens  d’exhaure,  car  les  eaux,  malgré  un  travail
continu,  ne  cessent  d'augmenter  et  d'envahir  peu  a
peu  les  profondeurs  de  la  terre.  Les  conduites,  construites ­
  à  grands  frais,  deviennent  inutiles  ou  servent
à  peine  à  démerger  quelques  parties  des  veines  abandonnées ­
  :  les  masses  d’eau,  auxquelles  elles  servent  de
véhicules,  les  obstruent  de  plus  en  plus.  Un  instant,
le  houilleur,  à  l'aide  de  ces  énormes  engins  à  pompes
manœuvrés  par  des  quantités  de  chevaux,  a  pu  croire
qu’il  parviendrait  à  éloigner  pour  longtemps  le  danger. ­
  Cet  espoir  est  déçu  au  bout  de  quelques  années.
«  Après  quatre  siècles  d'efforts,  écrit  Gonzales  Decamps,
  la  question  vitale  de  l'industrie  houillère  se  pose
tout  entière  et  plus  menaçante  que  jamais»  (1).
Les  doléances  des  charbonniers  retentissaient  dans
les  prétoires,  devant  les  Etats  du  Hainaut  et  les  conseils ­
  du  Gouvernement.  Le  conseil  souverain  favorisa
de  toutes  manières  les  entrepreneurs  d’exhaure.  De  leur
côté,  les  Etats  patronnaient  l'étude  des  moyens  les  plus
puisssants  pour  assécher  les  houillères.  Vers  1728,
des  ingénieurs  leur  proposèrent  de  faire  creuser  deux
grandes  conduites  commençant  à  la  Haine  et  se  dirigeant ­
  sur  les  fosses  de  Jemappes  et  de  Wasmes.  L’arpenteur ­
  J.  Q  Plon,  commissionné  par  M.  Cuvelier,
audiencier  de  l’Empereur  pour  chercher  les  moyens
(1)  Gonzales  Decamps  :  Mémoire  historique  sur  l’origine  et  les
développements  de  l’industrie  houillère  dans  le  bassin  du  couchant
de  Mons,  t.  II,  suite,  p.  7  et  8.
        <pb n="74" />
        CAUSES  DE  LA  RÉVOLUTION  INDUSTRIELLE

63

de  faire  évacuer  les  eaux  des  charbonnages  du  couchant ­
  de  Mons,  présenta  en  avril  1732  un  projet  de
conduit  combiné  avec  tout  un  système  d’aménagement
des  eaux,  pouvant  servir  à  l’alimentation  d’un  canal
du  Borinage  vers  les  Flandres  il)-Les
  entrepreneurs  de  fosses  envisageaient  l’avenir
avec  inquiétude  et  prévoyaient  que  le  moment  était
proche  où  ils  ue  pourraient  plus  tenir  tête  à  l'inondation, ­
  faute  de  puissance  mécanique.  Tendant  que
l’industrie  houillère  était  ainsi  dans  l'alternative  de
trouver  un  moyen  d'exhaure  des  eaux  ou  de  périr,
la  nouvelle  arriva  d'Angleterre  que  le  problème  avait
reçu  une  solution.
Deux  artisans  anglais  Thomas  Newcomen,  serrurier
à  Darmouth,  dans  le  Devonsliire,  et  John  Cowley,  plombier ­
  dans  la  même  ville,  avaient  inventé  la  machine  à
vapeur,  appelée  machine  de  Newcomen  ou  pompe  à  feu,
servant  à  épuiser  l’eau  des  houillères.
C’est  seulement  alors  que  cette  invention,  dont  l’idée
première  remonte  à  Ileron  d’Alexandrie,  120  ans  avant
Jésus  Christ,  et  qui  fut  reprise  ensuite  par  tant
d’autres  (Leonardo  da  Vinci,  Papin,  etc.)  (2)  trouva
une  application  pratique,  répondant  à  un  besoin  créé
par  les  conditions  économiques.
En  1705,  la  Newcomen  fut  inventé  et  on  s’en  servait
déjà  depuis  longtemps  en  Angleterre  quand  on  se

(1)  Ib.  Voir  au«si  Jlles  Monnoyer  :  Mémoire  sur  l’origine  et  le
développement  de  l'industrie  houillère  dans  le  bassin  du  llainaut
Mons,  1873,  p.  68.
(2)  Voir  Gonzales  Decamps  :  l.c  .  p.  10.
        <pb n="75" />
        64  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

décida  à  l’employer  sur  le  continent.  La  première  fut
installée  dans  une  houillère  des  environs  de  Liège  en
1717  (1).  Dans  le  Hainaut,  la  première  machine  à  vapeur ­
  fut  montée  à  Lodelinsart,  par  des  Liégeois  (2).
Dans  le  Borinage,  les  grandes  pluies  de  1748  à  1750
inondèrent  quantité  de  fosses  et  rendirent  les  conduites
et  les  manèges  insuffisants  pour  l’exhaure  ;  on  voulut
prévenir  le  retour  de  ces  calamités  en  installant  plusieurs ­
  pompes  à  feu.  Leur  nombre  augmenta  rapidement ­
  (3).  en  1766,  on  trouvait  dans  le  Couchant  de
Mons  12  machines  de  Newcomen  en  activité.  Dix  ans
plus  tard,  il  y  en  avait  19  ;  d’autres  étaient  en  voie
d’établissement.  En  1790,  on  avait  élevé,  39  machines
à  feu  dont  20  subsistaient  (4).  Dans  le  bassiu  de  Liège
il  y  avait  en  1773  douze  Newcomen  (5).
De  même  que  l’introduction  de  la  machine  à  vapeur
dans  les  houillères  a  été  déterminée  par  une  plus  grande
demande  de  charbon,  qui  en  dernière  analyse  se  ramène
à  l’accroissement  de  la  population,  les  transformations
techniques  dans  la  sidérurgie  ont  une  origine  semblable.
«  Quand  le  travail  du  fer,  écrit  Franquoy,  eut  acquis
de  plus  larges  proportions,  quand  la  forêt  déjà  éclaircie
dut  céder  la  terre  à  l'agriculture,  la  métallurgie  se  vit
tout  à  coup  comprimée  dans  son  développement,  et

(1)  Ferd.  Henaux  :  La  houillère  du  pays  de  Liège  sous  le  rapport  historique, ­
  industriel  et  juridique.  Nouv  Edition.  Liège,  1860,  p.  67.
(2)  A.  F.  A.  Foili.iez  ;  Mémoire  sur  l’introduction  et  l’établissement
des  machines  à  vapeur  dans  le  Hainaut.  Mons,  1836,  p.  52.
(3)  Gonzales  Decamps  :  1.  c.  p.  21.
(4)  Ib.  p.  25.
(5)  F.  Hf-naux  :  1.  c.  p.  67.
        <pb n="76" />
        CAUSES  DE  LA  RÉVOLUTION  INDUSTRIELLE

65

bientôt  après  menacée  même  dans  sou  existence.  Les
appréhensions  les  plus  graves,  les  inquiétudes  les  mieux
justifiées  surgirent  dans  tous  les  esprits...  La  source
de  la  richesse  publique  semblait  tarie,  et  l’industrie
nationale  destinée  à  disparaître  avec  l’un  de  ses  éléments ­
  les  plus  indispensables  »  (1).
On  commence  alors  à  chercher  un  procédé  permettant
de  se  passer  du  bois  dans  la  préparation  de  la  fonte.
En  1760-1770.  le  docteur  Limbourg  faisait  les  premiers
essais,  à  Justenville-lez-Theux  pour  convertir  le  minerai ­
  de  fer  au  moyen  du  coke.  Vers  1778,  des  expériences ­
  de  substitution  de  ce  combustible  au  bois
étaient  faites  par  l’abbé  Needham,  membre  de  l’Académie ­
  de  Bruxelles,  qui  les  a  consignées  dans  un
rapport  (2).
Tous  ces  essais,  poursuivis  avec  ardeur  et  méthode,
allaient  peut-être  fournir  enfin  des  résultats  si  longtemps ­
  et  si  impatiemment  attendus  quand  tout  à  coup,
ils  furent  interrompus,  ainsi  que  tous  les  travaux  paisibles, ­
  par  une  violente  commotion  sociale  La  Révolution ­
  française  venait  d'éclater  (3)
Les  débuts  d’une  transformation  technique  de  la  production ­
  n’ont  donc  pas  eu  pour  cause,  comme  le  croit
Brkntano,  l’entrée  des  différentes  branches  d’industrie
dans  la  lutte  pour  la  prédominance  sur  le  marché  mondial ­
  (4).  Comme  nous  pouvons  l’observer  clairement,  c’est
(1)  4.  Franquoy  :  Des  progrès  de  la  fabrication  du  fer  dans  le  pays  de
Liégj.  (Mémoire  de  la  Société  libre  d’émulation  de  I.iége,  1861,  p.  339).
(2)  Gonzalks  Descamps  :  1.  c.  p.  185.
(3)  J.  Franquoy  :  1.  c.  p.  185.
(4)  Brkntano  :  1.  c.  p.  16,
        <pb n="77" />
        66

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  RELGIQUE

l'augmentation  de  la  population,  qui  a  rendu  la  révolution
industrielle  nécessaire.  Une  demande  plus  grande  de  la
houille  a  forcé  l’homme  à  descendre  dans  les  couches
plus  profondes  de  la  mine  et  à  employer  des  machines
à  vapeur  pour  l’exhaure  des  puits.  Pour  la  même  raison, ­
  la  sidérurgie  devait  chercher  de  nouveaux  procédés
pour  convertir  le  minérai  de  fer  en  fonte.  Cette  évolution ­
  fut  accélérée  par  cette  circonstance  qu’à  l’augmentation ­
  de  la  population  correspondait  le  déboisement
des  forêts.
Tandis  que  l’industrie  houillère  et  l’industrie  sidérurgique ­
  étaient  déjà  dans  la  seconde  moitié  du  XVIII e
siècle  sur  la  voie  d’une  transformation  technique,  l’industrie ­
  textile  conserva  encore  bien  longtemps  les  anciennes ­
  formes  de  production.  A  quelles  causes  faut-il
attribuer  ce  phénomène  ?  L’explication  nous  en  parait
assez  simple.
C’est  le  plat  pays  qui  avait  notamment  bénéficié  de
l’accroissement  de  la  population.  Les  grandes  villes
s’étaient  très  peu  développées.  Bruxelles  comptait,  en
1786,  80.000  habitants  (1).  Garni,  en  1799,  56,000  (2).
Anvers,  qui  en  1600  était  une  commune  de  90.000  habitants ­
  n’en  avait  plus,  vers  1755,  que  37.300,  et  ce  chiffre
ne  s’accrut  que  dans  la  seconde  moitié  du  XVIII e  siècle.
En  1799,  il  était  de  61.800  habitants  (3).  A  Verviers,  la

(1)  Briavoinne,  Mémoire  cité  p.  194.
(2)  Ib.  p.  196.
(3)  Ib.  p.  196.
        <pb n="78" />
        CAUSES  DE  LA  RÉVOLUTION  INDUSTRIELLE

67

population  s’abaissa  par  suite  de  l’émigration  pendant
la  Révolution  française  de  13.000  habitants  en  1780,  à
0.000  en  1795  (1).  Nous  observons  le  même  phénomène
à  Louvain  (20.831  habitants  en  1784;  au  commencement
de  la  domination  française  18.587)  et  Mons  (1786,  20.131
habitants,  1900,  18.290  \5).  Dans  d’autres  villes  la  population ­
  a  également  diminué.  C'est  ainsi  que  le  préfet
Viry  nous  dit  en  1804  que  l’accroissement  du  nombre
des  habitants  du  plat  pays  n’est  ]&amp;gt;as  dû  uniquement  à
l'abandon  des  villes  mais  aussi  à  une  aisance  plus
grande  des  agriculteurs  (2).
Cette  population  rurale  se  trouvait  encore,  comme
nous  le  savons,  au  stade  d'économie  domestique.
Dans  les  Flandres,  en  1765,  200.000  personnes  filaient
et  tissaient  le  lin  (3),  elles  ne  travaillaient  au  métier
et  au  fuseau  que  pendant  une  partie  de  l'année,  produisant ­
  elles-mêmes  la  toile  nécessaire  pour  leurs  habillements, ­
  et  vendant  le  surplus  aux  marchés  de  Gand,
Courtrai,  Bruges,  Alost,  Renaix,  etc.  Il  semble  que
dans  les  petites  villes  aussi,  le  fuseau  était  demeuré
le  symbole  de  la  ménagère.
Dans  un  rapport  de  1765,  nous  lisons,  par  exemple,
(pi  ou  estimait  à  environ  200.000  le  nombre  de  pièces
(pii  arrivaient  aux  marchés  sans  compter  «  ce  que  toute
(1)  Laurent  Dkchesne.  L'avènement  du  régime  syndical  à  Verviers.
Paris,  1908,  p.  27.
(2)  N.  Briavoinne.  Mémoire,  1.  c.  p.  190.
(3)  Vjry.  1.  c.  p.  27.
(4)  Ernest  Dubois.  L'industrie  du  tissage  de  lin  dans  les  Flandres
(Ortice  du  Travail.  Les  industrie  s  à  domicile  en  Belgique,  Bruxelles,
1900,  t.  Il;  p.  13.
        <pb n="79" />
        68

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
la  campagne  travaille  en  Flandre  pour  son  propre  usage
et  consommation  et  ce  que  plusieurs  familles  travaillent
également  dans  les  villes  »  (1).
Disons  aussi  qu’une  grande  partie  de  la  population  se
composait,  notamment  dans  les  villes,  de  gens  tout-à-fait
pauvres,  (voir  sur  le  paupérisme,  chap.  III),  qui  étaient
dans  l’impossibilité  d’aclieter  les  produits  de  l’industrie
textile.
Si  nous  tenons  compte  de  ces  faits,  nous  comprenons
que  malgré  l’accroissement  très  considérable  de  la  population, ­
  la  demande  des  produits  de  l’industrie  textile
n’ait  pas  été  bien  grande  sur  le  marché.
L’industrie  textile  aurait  gardé  encore  pendant  longtemps ­
  son  ancien  caractère,  si  un  évènement  d’ordre
politique  n’en  avait  accéléré  l’évolution.  Par  la  réunion
de  la  Belgique  à  la  France,  un  marché  de  46  millions
d'habitants,  protégé  contre  la  concurrence  étrangère,
notamment  anglaise,  par  le  blocus  continental,  fut  ouvert
aux  produits  de  l’industrie  belge.  Les  conséquences  s’en
firent  bientôt  sentir.  «  En  effet,  lisons-nous  dans  un
rapport  sur  la  situation  commerciale  et  industrielle  du
Luxembourg,  pendant  la  réunion  au  vaste  empire  français, ­
  l’aisance  et  l’activité  se  faisaient  remarquer  dans
les  lieux  où  régnent  maintenant  la  gêne  et  l’inertie.
Les  nombreux  troupeaux  d’Ardenne,  seule  richesse  de
nos  cultivateurs,  trouvaient  une  foule  d’acheteurs  et
n’avaient  qu’à  paraître  sur  les  marchés  pour  être  aussitôt
enlevés  ;  les  laines,  les  draps,  servant  à  l'habillement  des

(8)Ib.  p.  12.
        <pb n="80" />
        CAUSES  DE  LA  REVOLUTION  INDUSTRIELLE  69
armées,  ne  pouvaient  suffire  à  la  demande  ;  la  forgerie
montait  à  l'état  le  plus  florissant,  malgré  l’élévation  du
prix  du  charbon  ;  des  tanneries  s’établissaient  de  tous
côtés  et  faisaient  en  peu  de  temps  la  fortune  de  leur
propriétaire  ;  enfin,  il  est  à  croire  que  si  le  même  état
de  choses  avait  continué  jusqu’à  présent,  la  province
du  Luxembourg,  au  lieu  de  présenter  l’aspect  que  nous
avons  décrit  plus  haut,  serait  des  plus  prospères  »  (1).
Dans  l’industrie  nous  observons  pendant  cette  période
de  plus  grandes  transformations  encore  que  dans  la  précédente. ­
  Ce  fut  de  1803  à  1805  que  les  houillères  belges,
notamment  celles  du  Couchant  de  Mous  et  du  Borinage,  se
développèrent  avec  le  plus  d’activité,  alors  que  le  séjour  des
armées  françaises  sur  les  côtes  du  nord  donnait  une  plus
grande  impulsion  à  la  production  (2).  Les  manèges  à  chevaux ­
  ou  baritels,  employés  jusqu’alors  pour  extraire  la
houille,  n’étaient  plus  en  rapport  avec  la  profondeur  des
puits.  On  devait  recourir  aux  machines  à  vapeur.  La  première ­
  machine  d’extraction  fut  installée  en  Belgique  au  charbonnage ­
  du  Bois-du-Luc  (Hainaut)  en  1807  et  la  première
du  pays  de  Liège  en  1811,  à  la  houillière  de  la  Plomterie,
grâce  à  l’heureuse  initiative  de  l’industriel  Orban  (3).
Dans  l’industrie  sidérurgique,  les  essais  de  traitement
du  minerai  de  fer  au  coke,  arrêtés  par  les  troubles  de

(1)  Rapport  sur  la  situation  commerciale  et  industrielle  du  Luxembourg
1836,  p.  9.
(2)  F.  Faber.  Résultat  de  l'exploitation  de  la  houille  1830-1874  (Annales
des  Travaux  publics,  t.  36,  p  483).
(3)  Renier  Mai.herbe.  L'exploitation  de  la  houille  dans  le  pays  de  1  iége,
Mémoire  couronné  par  la  Société  libre  d’émulation  de  Liège.  Liège  1863.
p.  107.
        <pb n="81" />
        70  EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  RELGIQIJÈ

la  révolution  française,  furent  repris.  Les  arsenaux  et
les  chantiers  maritimes  de  la  France  réclamaient  les
fers  et  les  fontes  belges.  Quoique  la  plupart  des  établissements ­
  sidérurgiques  eussent  été  détruits  ou  fermés
pendant  la  guerre,  même  ceux  qui  subsistaient  ne  trouvaient ­
  qu’avec  peine  à  s’alimenter  de  charbon  de  bois.
Le  gouvernement  français  faisait  les  plus  louables  efforts
pour  vaincre  ces  difficultés,  mais  en  vain  (I).
Le  déboisement  continuait  et  les  forêts  ne  suffisaient
plus  à  la  consommation  des  usines.  «  La  crise  depuis
si  longtemps  prévue,  nous  dit  Franquoy,  s’était  enfin
manifestée  ;  la  sidérurgie  allait  disparaître  du  pays  de
Liège  si  le  problème  complexe  de  l'emploi  de  la  houille
dans  les  hauts-fourneaux  ne  recevait  pas  immédiatement ­
  une  solution  complète  »  (2).
Et  nous  voyons  que  sous  cette  menace,  de  même
qu’avant  l’introduction  delà  Newcomen  dans  les  houillères,
tous  les  efforts  s’unissent  pour  sauver  l’industrie.
Le  gouvernement  français  préconisa  les  méthodes  nouvelles ­
  ;  il  ne  permit  la  création  d’usines  métallurgiques
qu’en  imposant  aux  maîtres  de  forges  la  condition  expresse ­
  de  faire  au  moins  l’essai  de  ces  méthodes  dans  leurs
établissements.  Les  industriels  de  leur  côté  ne  restèrent ­
  pas  inactifs.  A  Clabecq  près  de  Tubize,  et  à
Boreignes,  leurs  essais  furent  même  couronnés  de  quelque ­
  succès.  La  Société  d’Emulation  de  Liège  no  faillit
pas  en  cette  occasion  à  la  mission  qu’elle  s’était  assignée.

(1)  Franquoy.  1.  c.  p.  359.
(2)  Ib.
        <pb n="82" />
        CAUSES  DE  LA  REVOLUTION  INDUSTRIELLE

71

Elle  s’efforça  de  doter  son  pays  d’une  invention  qui,
depuis  cinquante  ans,  était  répandue  en  Angleterre.
Dans  sa  séance  du  29  mai  1811,  elle  proposa  un  prix
à  celui  qui  le  premier  ferait  usage  des  nouvelles  méthodes ­
  dans  le  département  de  l’Ourthe.
Tous  ces  efforts  n’aboutirent  à  un  résultat  pratique
qu’en  1823.  C’est  seulement  cette  année  que  fut  établi
le  premier  liaut-fourneau  alimenté  par  le  coke  (1).
L’industrie  textile  subit  aussi,  pendant  l’ère  napoléenne,
  une  transformation  profonde.  En  1801,  l'industrie ­
  cotonnière  de  Gand  était  en  pleine  décadence.  11
n’y  avait  que  quelques  tisserands  dans  cette  ville.  Tous
les  produits  de  coton  venaient  de  l’Angleterre.  Leur
prix  avait  sensiblement  augmenté,  grâce  aux  deman
des  considérables  des  armées  françaises.
«  Ou  peut  meme  dire,  dit  Lievin  Bauwens,  qui  a  eu
le  mérite  d’implanter  la  filature  mécanique  de  coton  en
Belgique,  que  jamais  les  marchandises  anglaises  ne  furent
plus  chèrement  payées  que  dans  le  temps  du  Directoire  ;
le  bazin  se  vendait  de  4.10  à  5  fr.  l’aune  «  (2).  «  Ce  fut
vers  cette  époque,  continue-t-il,  que  malgré  toutes  ces
précautions  et  toutes  ces  menaces  (de  la  part  de  l’Angleterre), ­
  je  me  résolus  à  ériger  la  Filature  à  mule-jennies
en  France;  je  résolus  d’en  arracher  les  premiers  éléments
au  sein  même  de  l'Angleterre,  de  les  transclimater  dans
ma  Patrie  et  de  les  y  naturaliser  à  tout  prix.  Ce  ne  fut
qu’après  32  voyages  en  ce  pays  que  je  parvins  à  en
(1)  Ib.  p.  361.  Briavoinnb,  dans  son  livre  «  Sur  les  inventions,  etc.  «.
donne  comme  date  1824.
(2)  Observations  sur  une  lettre  de  François  de  Neufchâteau,  1808,  p.  5.
        <pb n="83" />
        72

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUÊ

extraire  les  ouvriers  uécessaires  pour  former  ces  établissements ­
  qui  manquaient  en  France,  pour  donner
l’essor  à  ses  filatures  continues,  lesquelles  ne  pouvaient
établir,  mais  seulement  très  difficilement,  la  chaîne
au-delà  de  N°  26  »  (i).
La  façon  dont  Bauwens  réussit  à  transporter  les
mécaniques  et  les  ouvriers  d’Angleterre,  est  des  plus
intéressante.  C’est  en  bravant  la  législation  anglaise
qu’il  mena  sa  tentative  à  bonne  fin,  en  risquant  d’être
condamné  à  mort  pour  crime  de  haute  trahison,  intelligence ­
  avec  l’ennemi,  conspiration  et  complot.
Un  parent  de  Bauwens,  Napoléon  de  Pauw,  a  décrit
en  détail  son  expédition  en  Angleterre  et  son  procès
à  Londres  (2).  Nous  y  renvoyons  le  lecteur.  Ce  qui  nous
intéresse  ici  le  plus,  ce  sont  les  causes  de  l’introduction ­
  de  la  filature  mécanique  de  coton  en  Belgique.

(1)  Ib.  p.  7.
(2)  Napoléon  de  Pauw.  Lievin  Bauwens,  son  expédition  en  Angleterre
et  son  procès  à  Londres  (1798-1799)  Gand,  1903.  Voici  comment  Bauwens
décrit  lui-même  son  expédition  :  «  Je  m’étais  assuré  des  divers  talents
de  ces  ouvriers  avant  de  leur  proposer  l’émigration  en  France;  ils  avaient
construit  pour  moi  plusieurs  mécaniques  d’après  celles  que  j’avais
remarquées  dans  différentes  fabriques  de  Manchester,  d’où  ellles  furent
transportées  à  Londres  :  mais  le  chef  de  ces  ouvriers  ayant  irahi  mes
intérêts,  il  était  temps  d’aller  rejoindre  la  petite  colonie  dont  je  m’étais
fait  précéder  à  Hambourg,  où  étant  arrivé  non  -ans  difficulté,  je  fus
dénoncé  à  l’Ambassadeur  anglais,  Lord  Crawford,  qui  en  donna  de  suite
connaissance  à  son  gouvernement  et  fit,  mais  inutilement,  toutes  les
démarches  possibles  pour  m’arrêter  avec  mes  ouvriers;  nous  lui  échappâmes ­
  fort  heureusement  par  un  départ  précipité  et  j’arrivai  â  Paris  avec
eux  en  1798,  pour  organiser  à  Passy  la  belle  filature  qui  s’y  trouve,  et
c’est  de  là,  c’est  de  cette  filature-mère,  je  puis  m’exprimer  ainsi,  que  date
l’établissement  des  mule-jennies  en  France  et  le  développement  de  ses
filatures  continues.  (Observations  sur  une  lettre  de  François  de  Neufchâteau,
  p.  8).
        <pb n="84" />
        CAUSES  DE  LA  REVOLUTION  INDUSTRIELLE

T3

L’augmentation  de  la  demande  des  tissus  anglais  avait
tait  hausser  les  prix  ;  des  profits  énormes  étaient  à
acquérir  pour  celui  qui  transplanterait  le  procédé  anglais
sur  le  continent.  C’est  ce  qui  a  poussé  Bauwens  à
arracher  les  secrets  de  la  filature  mécanique  d’Angleterre. ­
  ne  reculant  devant  aucun  effort,  risquant  même
sa  vie.
C’est  donc  grâce  à  sa  réunion  à  la  France,  c’est-àdire
  à  l’e\tension  de  son  marché,  que  la  Belgique  a
vu,  au  commencement  du  XIX e  siècle,  l’industrie  cotonnière ­
  se  développer.  La  France,  la  Belgique,  la  Hollande,
l’Italie,  l’Espagne,  la  majeure  partie  de  l'Allemagne
formaient  le  débouché  des  produits  gantois  et  ce  marché ­
  était  défendu  par  une  protection  dont  ou  n’a  plus
idée  aujourd’hui.
Bauwens  qui  avait  installé  d’abord  ses  mécaniques
à  Passy  près  Paris,  fonda  en  1801  la  première  filature
à  a  mule  jenny  »  à  G  and.  Bientôt  les  beaux-frères  de
Liévin,  ses  parents,  s’adonnèrent  à  la  même  fabrication.
D’autres  suivirent  (1).
Gand,  la  ville  morte,  était  transformée  ;  de  tous
côtés  des  fabriques  s’élevaient;  l’activité  la  plus  grande
régnait  partout  et  la  prospérité  était  inouïe.
En  1802,  il  n’y  avait  encore  à  Gand  que  les  220
ouvriers  de  la  filature  de  Liévin  Bauwens  ;  quelques
rares  fileurs  au  continu  et  quelques  tisserands  travail-(1)

  Louis  Vari.ez  :  Les  salaires  dans  l'industrie  gantoise,  t.  I,  Industrie ­
  cotonnière.  Bruxelles  (Orfice  du  Travail)  1901,  p.  28.
        <pb n="85" />
        EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
lant  plus  de  lin  que  de  coton.  En  1810,  il  y  avait
près  de  10.000  ouvriers  cotonniers  au  travail.
Jamais  peut-être  on  ne  vit  développement  industriel
aussi  rapide,  aussi  imprévu.  Des  établissements  groupant ­
  un  millier  d’ouvriers  s’érigeaient  et  prospéraient
dans  une  ville  où,  jusque  là,  la  réunion  de  quelques
dizaines  d’ouvriers  constituait  une  entreprise  notable.
Durant  cette  période  fiévreuse,  ce  n’étaient  pas  les
industriels  qui  devaient  avoir  des  voyageurs  pour  placer ­
  leurs  produits,  mais  bien  les  consommateurs  et  les
acheteurs  qui  entretenaient,  à  grands  frais,  des  agents
pour  arracher  à  prix  d’or  un  peu  de  la  production  des
fabriques  gantoises  (1).
C’est  aussi  vers  ce  temps  que  les  premiers  métiers
de  tissage  (en  1805)  furent  employés  par  la  maison  F.
S.  et  H.  Lousbergs  (2).
De  même  que  l’introduction  de  la  mule-jenny  dans
l’industrie  cotonnière,  la  transformation  technique  de
l'industrie  drapière  fut  la  conséquence  de  la  réunion
de  la  Belgique  à  la  France.
Dès  l'occupation  définitive  de  la  Belgique  par  les
armées  françaises,  les  commandes  commencèrent  à  affluer ­
  à  Verviers  et  les  comptes  de  1799  nous  disent
que  les  fabriques  ne  pouvaient  plus  suffire  aux  demandes ­
  :  elles  achetaient  en  Allemagne  et  dans  le  Luxembourg ­
  les  draps  qu’elles  ne  pouvaient  travailler  elles-(1)

  lb.  p.  27.
(2)  N.  Briavoinne  :  Sur  les  inventions  et  perfectionnements  dans
l’industrie  depuis  la  fin  du  18 e  siècle  jusqu’à  nos  jours.  Mémoire
couronné  le  8  mai  1837,  p.  79.
        <pb n="86" />
        CAUSES  DE  LA  REVOLUTION  INDUSTRIELLE

70

mêmes  (1).  Dans  les  seules  communes  de  Witz  et  d’Esclisur-la-Sûre
  plus  de  trois  mille  personnes  étaient  occupées ­
  à  cette  fabrication  (2).
Les  fabricants  qui,  pendant  les  troubles  révolutionnaires, ­
  avaient  quitté  Verviers  y  retournèrent  et  dès
lors  deux  établissements  primèrent  :  ceux  de  Simonis-Franquinet
  et  Biolley-Simonis.
Xe  pouvant  plus  suffire  à  la  demande  avec  leurs
anciens  moyens  de  production,  ils  songèrent  à  utiliser ­
  les  procédés  mécaniques,  dont  l'Angleterre  était
encore  seule  à  se  servir  (3).
En  1798,  un  employé  de  la  maison  Simonis,  chargé
des  achats  de  laine,  rencontra  à  Hambourg  un  ouvrier
mécanicien  anglais  ou  irlandais,  William  Cockerill.  Ce
dernier  s’était  expatrié  en  1797  pour  aller  construire
des  moulins  à  filer  la  laine  en  Suède.  Il  n’y  réussit
pas  et  alla  à  Hambourg,  où  sans  plus  de  succès  il
faisait  le  commerce  de  bois.
L’employé  de  la  maison  Simonis  l’engagea  et  Cockerill ­
  vint  à  Verviers  où  il  s’engagea  contractuellement
envers  la  maison  Simonis  et  Biolley  à  ne  travailler
que  pour  elle  (4;.
I^es  machines  terminées  à  la  fin  de  l'année  1800
eurent  un  succès  considérable.  A  l’aide  de  trois  per-(1)

  J.  S.  Renier  :  Histoire  de  l’industrie  drapière  au  pays  de  Liège.
Mémoire  de  la  Soc.  d’Emulation,  1881,  p.  165.
(2)  Rapport....  du  Luxembourg,  1.  c.  p.  74.
(3)  J.  S.  Renier  :  1.  c.  p.  165.
(4)  Ernest  Mahaim  :  Les  débuts  de  l’établissement  John  Cockerill
à  Seraing.  (Vierteljahrschrift  für  Social-  und  Wirtschaftsgeschiehte,
III  bd.  1905  p.  728).
        <pb n="87" />
        sonnes,  un  moulin  devait  pouvoir  filer  par  jour  400
éclieveaux,  c’est-à-dire  remplacer  deux  cents  bras  (1).
Tous  les  fabricants,  concurrents  des  Simonis,  voulurent ­
  en  avoir  de  pareils.  Mais  Cockerill  était  tenu  par
son  contrat.
Bientôt  un  autre  constructeur,  James  Hodson,  apparut. ­
  Les  nouvelles  machines  se  répandirent  non  seulement ­
  à  Verviers,  mais  aussi  dans  les  localités  voisines ­
  de  l’ancien  Limbourg  et  de  l’ancienne  principauté
de  Stavelot.  Aix-la-Chapelle  compta  également  beaucoup ­
  des  premiers  clients  de  Hodson  (2).
Pendant  la  domination  française,  l'industrie  linière
était  aussi  florissante.  «  C’était  alors,  nous  dit  Varlez,
une  période  d’abondance,  une  des  rares  pendant  lesquelles ­
  les  tisserands  et  les  fileuses  de  lin  purent  secouer
un  peu  leur  misère  traditionnelle  et  manger  à  leur
faim  »  (3).
Quelques  essais  de  filatures  mécaniques  furent  tentés ­
  par  Liéuin  Hauwens  en  1794  et  plus  tard  par  son
employé  Kruckx.  Un  décret  de  Napoléon  (7  mai  1810)
assurait  même  une  récompense  d’un  million  de  francs
à  l’inventeur  de  la  meilleure  mécanique  propre  à  filer
le  lin  quelle  que  fut  sa  nationalité  (4).
Mais  l’heure  d’une  transformation  n’était  pas  encore
venue  pour  l’industrie  linière.  Les  tissus  de  coton
satisfaisaient  à  la  plus  grande  partie  de  la  demande
(1)  Ib.  p.  637.
(2)  Ib.
(3)  L.  Varlez  :  1.  c.  t.  II.  Industrie  de  la  filature  du  lin,  1904.
p.  XXVI.
(4)  lb.  p.  XXXII.
        <pb n="88" />
        CAUSES  DE  LA  RÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  '7

qui,  pour  les  tissus  de  lin,  n'était  pas  assez  puissante
pour  pousser  à  des  efforts  énergiques.  Aussi  les  salaires ­
  des  fileuses  restèrent-ils  si  bas  qu’aucun  procédé
mécanique  ne  pouvait  leur  faire  la  concurrence  il).
*
*  *
La  fin  du  régime  français  et  l’union  de  la  Belgique
à  la  Hollande  furent  d’abord  funestes  à  l’industrie
belge.  Des  droits  de  douane  peu  élevés  remplacèrent
le  système  prohibitif  de  Napoléon.  L’industrie  cotonnière ­
  en  subit  le  contre-coup  (2).  Beaucoup  d’ouvriers
cotonniers  gantois  quittèrent  alors  la  ville  et  allèrent
s’établir  dans  le  Nord  de  la  France,  où  1  industrie
était  devenue  très  prospère  et  où  l’on  mettait  tout  en
œuvre  pour  les  attirer.  Le  Havre,  Tourcoing  et  Roubaix ­
  surtout  prirent  un  grand  développement  industriel ­
  (3).
Mais  bientôt,  l’industrie  belge  commença  à  se  relever.
Une  forte  protection  lui  fut  assurée  dans  les  colonies

(1)  Voici  ce  qu’écrivait  à  ce  sujet  Liévin  Bauwens  en  1808;  «  Pour
la  filature  du  lin,  il  reste  encore  bien  des  problèmes  à  résoudre.
11  y  a  quelques  années  que  je  faisais  marcher  plusieurs  mécaniques
dans  ce  genre  de  filature  tant  à  fil  mouillé  qu'à  fil  sec.  dont  la
chaîne  était  parfaite.  J’en  ai  fourni  au  commerce  pour  des  sommes
considérables.  Mais  les  résultats  m’ont  prouvé  qu’aucune  filature  de
cette  espèce,  la  mieux  combinée  et  la  plus  économique,  ne  peut
aller  en  concurrence  avec  le  bas  prix  auquel  les  habitants  de  la
campagne  peuvent  filer  à  la  main  dans  tous  les  pays  où  ce  végétal
est  cultivé  «  (observations  sur  une  lettre  de  François  de  Neufchâteau,
  s.  c.)
(2)  Fr.  Basse  :  Opinion  émise  sur  la  situation  de  l’industrie  cotonnière ­
  en  Belgique,  1841,  p.  3-(3)
  L.  Varlez  ;  s,  c.  v.  I,  p.  36.
        <pb n="89" />
        78  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
hollandaises  et  après  1822,  les  patrons  cotonniers  gantois ­
  parvinrent  à  conquérir  le  marché  des  Indes  néerlandaises ­
  et  à  y  envoyer  à  un  prix  avantageux  d’énormes ­
  quantités  de  calicots.  La  création  d’nne  société
de  commerce  pour  l’exploitation  de  ces  îles  vint  augmenter ­
  encore  la  prospérité  et  assurer  aux  fabricants
gantois  un  débouché  important  et  régulier  (1).
D’autres  industries  se  relevèrent  aussi.  Il  ne  faut
pas  attribuer  ce  fait  exclusivement  au  marché  des  colonies, ­
  mais  aussi  au  marché  intérieur  qui  avait  augmenté ­
  considérablement.  En  1811,  le  nombre  d’habitants
du  Royaume  des  Pays-Bas  était  de  5.424.502,  10  ans
plus  tard  de  6.013.474.
«  La  première  observation  que  ces  tableaux  font
naître,  écrit  un  contemporain  en  analysant  les  chiffres,
et  qui  doit  frapper,  c'est  l’accroissement  rapide  de  la
population,  accroissement  tel  qu'il  pourrait  rappeler  les
craintes  manifestées  par  le  savant  Maltlius....  Ainsi
pour  dix  années,  la  population  s^est  accrue  d’un  peu
plus  du  dixième  »  (2).
A  l’augmentation  de  la  demande  correspond  une
transformation  technique  dans  toutes  les  branches  d’industrie. ­
  Des  machines  à  vapeur  Watt  remplacent  dans
les  houillères  les  Newcomen,  pour  l’extraction  de  la
houille.  La  première  de  ces  machines  fut  installée  en

(1)  Ib.  p.  38.
(2)  E.  Smits  :  Développement  des  trente-un  tableaux  publiés  par  la
Commission  de  Statistique  relatifs  aux  mouvements  de  la  population
dans  les  Pays-Bas,  etc.  1827,  p.  i-i.
        <pb n="90" />
        CAUSES  DE  LA  RÉVOLUTION  INDUSTRIELLE

79

1819  dans  le  charbonnage  de  Cockerill  (1)  ;  la  seconde
en  1827,  dans  celui  de  Hornu  et  Wasines.  (2).
Dans  l’induslrie  sidérurgique,  Huart  et  Cockerill
réussirent  en  1824  a  obtenir  de  la  fonte  traitée  par  le
coke  (3).
Ce  fut  le  signal  d’une  nouvelle  période  de  prospérité
pour  la  région  de  Charleroi.
La  fabrication  des  bouteiiles  prit  un  grand  essor,
grâce  à  l’exportation  du  genièvre  qui  se  faisait  au  port
d’Anvers  (4).
L'industrie  linière,  malgré  la  concurrence  des  fils
auglais  faits  à  la  mécanique,  était  assez  prospère.  Les
toiles  flamandes  se  vendaient  très  facilement  dans  les
Indes  néerlandaises  (5).
On  voit  clairement  que  l’incorporation  de  la  Belgique ­
  à  la  France  et  plus  tard  à  la  Hollande,  en  d’autres ­
  termes  Vextension  du  marché,  eut  une  grande  importance ­
  sur  l’évolution  industrielle  de  ce  pays.  Dans
presque  toutes  les  industries,  nous  remarquons  sous
l’influence  de  la  demande  du  marché  extérieur,  une
transformation  technique  se  produire.  Mais  il  serait  faux
de  voir  dans  ce  fait  le  fadeur  principal  de  la  révolution ­
  industrielle.
S’il  en  avait  été  ainsi,  l’industrie  belge  aurait  rapidement ­
  décliné  après  la  révolution  de  1830.  Et  il  sem-(1)

  N.  Briavoinne  :  Sur  les  inventions,  s.  c.  p.  11S.
(2)  1b.  p.  117.
(3)  Ib.  p.  126,
(4)  Rapport  de  la  Chambre  de  Commerce  de  Charleroi  pour  18*0,  p.  22.
(5)  L.  Varlez  :  s.  c.  v.  II,  p.  XXVIII  et  XXXIII.
        <pb n="91" />
        80  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

bla  en  effet,  au  premier  moment,  que  cet  événement
historique  l’avait  mortellement  atteinte.  Une  panique
traversa  tout  le  pays.
«  Avant  1830,  écrit  encore  10  ans  après  la  Révolu
tion  un  contemporain,  la  Belgique  unie  à  la  Hollande
marchait  d’un  pas  ferme  et  assuré  vers  une  prospérité
certaine.  Depuis  la  séparation,  le  commerce  a  dépéri,
l'industrie  s’éteint  et  toutes  les  sources  de  bien-être
tarissent  »  (1).
Des  documents  officiels  prouvent  que  ces  paroles,  un
peu  exagérées,  contenaient  un  fond  de  vérité.
«  Les  événements  de  1830,  dit  le  Rapport  de  la  Chambre ­
  de  Commerce  de  Mons  pour  les  années  1829-30,
privèrent  subitement  les  houillères  de  notre  arrondissement ­
  d'un  débouché  fort  important,  en  leur  fermant
la  frontière  de  la  Hollande.  Les  distilleries  de  Schiedam,
  de  Rotterdam,  des  raffineries  du  sucre  de  Dordrecht ­
  cessèrent  aussitôt  de  s’approvisionner  en  Belgique ­
  «  (2).
Sous  le  coup  des  événements  de  1830,  Seraing  se
dépeuple.  Il  ne  restait,  en  1831  et  1832,  dans  les  usines ­
  que  quelques  groupes  d’ouvriers,  se  demanlant  chaque ­
  matin  si  les  portes  leurs  seraient  ouvertes  (3).  La
période  de  1830  à  1833  fut  pour  l’industrie  charbonnière
du  bassin  de  Liège,  de  même  que  pour  celui  de  Mons,
une  époque  de  grande  détresse  (4).

(1)  A.  Peeters  :  Mémoire  sur  l’enquête  provoquée  par  la  proposition
de  l'honorable  M.  Defoere.  Anvers,  1840,  p.  15.
(2)  Manuscrit.
(3)  P.  Jacquemin  :  Notice  sur  l’établissement  Cocteiill,  1878  p.  13.
(4)  Franquoy  :  s.  c.  p.  407.
        <pb n="92" />
        CAUSES  DE  LA  RÉVOLUTION  INDUSTRIELLE

81

A  Gand  le  nombre  de  broches  en  activité  dans  les
filatures  de  coton  baissait  d’une  façon  inquiétante.  Il  y
avait  en  (1)  :
1831  300.000  broches  en  activité
1833  225.000
1835  205.000
La  fabrication  des  bouteilles,  si  florissante  sous  le
régime  hollandais,  périclitait  (2).
Le  marché  extérieur  resta  pendant  longtemps  fermé
aux  produits  de  l’industrie  belge.  Voici  ce  que  disait
à  ce  sujet,  en  1844,  De  Foere,  dans  son  rapport  sur
les  droits  différentiels  :  «  Le  commerce  extérieur  du
pays  est  dans  un  état  de  souffrance.  Les  deux  causes
assignées  se  résument  en  ces  termes  :  les  Etats  de
l’Europe  s'opposent  à  l’accroissement  de  nos  exportations ­
  soit  par  des  droits  prohibitifs,  soit  par  des  droits  trop
élevés.  Il  a  été  jusqu’ici  impossible  d’établir  dans  la
position  du  pays  des  relations  régulières  et  suivies  avec
les  entrées  lointaines  »  (3).
Si  donc  la  Belgique  put  sc  relever  bientôt  de  la  crise
causée  par  la  Révolution  de  1830,  c’est  grâce  à  son
marché  intérieur.
La  densité  de  la  population  rendait  nécessaire  une
communication  meilleure  et  plus  rapide  entre  les  villes
du  pays  et  le  1 er  Mai  1833,  une  loi  décrétant  l’éta-(1)

  Rapport  de  la  Chambre  de  Commerce  et  des  fabriques  pour  l’an
1835  (Manuscrit).
(2)  Rapport  de  la  Chambre  de  Commerce  de  Charleroi  pour  1849,  p.  22.
(3)  Discussion  de  la  loi  sur  les  droits  différentiels,  du  21  juillet  1844.
Lruxelles,  1841,  p.  43.
        <pb n="93" />
        82

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

blissement  d’un  réseau  de  chemins  de  fer  en  Belgique
fut  votée.
Un  grand  nombre  de  projets  de  voies  ferrées  virent
le  jour  et  de  nombreuses  concessions  (d’après  de  Laveleye,
  32  en  2  ans)  furent  demandées  par  des  compagnies ­
  et  des  particuliers.  Un  nouvel  et  vaste  horizon
s’ouvrait  à  l’emploi  du  fer  ;  le  nouveau  système  de
voies  allait  exiger  non  seulement  des  rails,  mais  des
machines,  du  matériel,  des  appareils,  etc.  11  ne  faut
donc  pas  s’étonner  de  l’élan  imprimé  à  la  métallurgie
à  partir  de  1834  (1).
Le  nombre  des  hauts  fourneaux  au  coke  augmenta
rapidement.  En  1829,  on  n’en  comptait  qu’un  seul  ;
dans  la  province  de  Liège,  en  1838,  il  y  en  a  8  (2j.
L'industrie  houillère  se  releva  aussi  et  partagea
le  sort  de  la  sidérurgie.  (3)
L’industrie  cotonnière  traversait,  comme  nous  l’avons
vu,  après  la  révolution,  une  crise  aiguë.
Les  annales  législatives  de  1830  à  1842  sont  pleines
de  doléances  à  son  sujet.  Tantôt  ce  sont  des  milliers
d’ouvriers  qui  réclament  du  travail  :  tantôt  se  sont  les
fabricants  qui  sollicitent  une  protection  douanière  (4).
Mais  elle  aussi  put,  grâce  à  une  demande  plus  grande ­
  du  pays,  trouver  à  l’intérieur  un  marché  suffisant
et  atteindre,  surpasser  même  sou  ancienne  prospérité.

(1)  E.  Stainier  :  Histoire  commerciale  de  la  métallurgie  dans  le  district ­
  de  Ghaileroi  1826-1807.  Charleroi,  1867,  p.  8.
(2)  Warzf.e  :  s.  c.  p.  18.
(3)  Franquoy  :  s.  c.  p.  407.
(4)  L.  S.  Heymans  :  La  Belgique  contemporaine.  Mons.  1880,  p.  238.
        <pb n="94" />
        CAUSES  DE  LA  RÉVOLUTION  INDUSTRIELLE

83

Aujourd’hui,  la  filature  de  coton  en  Belgique,  comme
dans  tous  les  pays  du  continent  européen,  ne  s'adresse
(ju'au  marché  intérieur.  La  surproduction  seule  est  exportée ­
  généralement  vers  les  marchés  libres  (1).
Toute  notre  analyse  nous  démontre  que  le  facteur
essentiel  de  la  révolution  industrielle  est  l'augmentation ­
  de  la  densité  du  marché  intérieur.  C’est  elle  qui
a  donné  la  première  impulsion  à  une  transformation
technique  de  l’industrie  houillère  et  sidérurgique.
Au  début,  cette  demande  provenant  de  l’intérieur
n’était  pas  assez  forte  pour  faire  s’épanouir  la  révolution
industrielle  dans  toutes  les  branches  de  l’industrie.  Ce
fut  l’incorporation  de  la  Belgique  à  la  France  qui,  par
l’extension  du  marché,  a  entraîné  des  tranformations
techniques,  notamment  dans  les  industries  textiles.  Mais
ces  événements  politiques  n’ont  fait  qu’aceé/crer  la  révolution ­
  industrielle.  Après  la  séparation  d’avec  l’Empire ­
  français  et  la  perte  du  marché  néerlandais,  l’industrie
  belge  trouva  à  l’intérieur  une  demande  suffisante ­
  pour  pouvoir  continuer  sa  marche  en  avant.
Nous  observons  ici  la  tendance  qui  a  été  constatée
pour  l’Allemagne  d’après  les  statistiques  par  Sombart  (2)
et  plus  tard  par  Alfred  Jacobsohn  (3),  à  savoir  :  la

(1)  Royaume  de  Belgique.  Ministère  de  l’rndustrie  et  du  Travail.  Monographies ­
  industrielles.  VIII.  Filature  mécanique  du  coton,  du  lin,  du
chanvre  et  du  jute.  Bruxelles,  11)02,  p.  67.
(2)  Werner  Sombar;  :  Die  deutsehe  Volkswirtschaft  im  l9Jahrhundert.
  Berlin,  1903,  Kap.  XIV.  p  427-151.
(3)  Alfred  Jacobsohn  :  Zur  Entwicklung  des  Verhaltnisses  zwischen
der  deutschen  Volkswirtschaft  und  dem  Weltmarkt  (Zeitschrift  f.  diegef.
  Staats  wissehenschat.  1008,  p.  248-292).
        <pb n="95" />
        84  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
diminution  du  rôle  des  industries  d’exportation.  L'industrie ­
  produit  de  plus  en  plus  pour  le  marché  intérieur. ­

Les  inventions  ne  sont  donc  rien  autre  que  des
adaptations  à  des  conditions  nouvelles  du  marché  ;
elles  ne  sont  pas  les  produits  spontanés  du  génie,
mais  les  résultats  des  efforts  longs  et  patients  de  plusieurs ­
  générations.  Vierkandt,  qui  a  traité  cette  question ­
  au  point  de  vue  sociologique,  en  conclut  avec  raison ­
  que  dans  toutes  les  inventions  il  s’agit  «  um  oft
wiederholtes  Finden,  nicht  um  eigentliclies  Erfinden  »  (1)
(des  recherches  continues  et  non  des  découvertes).
Après  avoir  examiné  les  causes  de  la  transformation
technique,  au  début  du  XIX e  siècle,  voyons  quelles
sont  les  conditions  indispensables  à  la  formation  de
la  grande  industrie.
A.  —  Conditions  originaires.
I.  —  CONDITIONS  NATURELLES.
a)  Le  milieu.  Certaines  conditions  d’atmosphère,  de
richesse  en  matière  première  sont  indispensables.  Ces
questions  étant  exposées  dans  tous  les  manuels  d’économie ­
  politique,  nous  nous  contentons  de  les  signaler.
b)  L'homme.  Il  lui  faut  avoir  une  certaine  maturité
d’esprit  et  des  qualités  intellectuelles  suffisantes  pour
pouvoir  s’adapter  aux  besoins  nouveaux.  Il  doit  être  à

(1)  Alfred  Vierkandt  :  Die  Stetigkeit  im  Kullurwandel.  Eine  soziologische
  Studie.  Leipzig,  1908,  p.  16,
        <pb n="96" />
        CAUSES  DE  LA  RÉVOLUTION  INDUSTRIELLE

85

même  de  faire  les  inventions  techniques  nécessaires,  de
savoir  organiser  la  vie  économique  sur  des  bases  nouvelles, ­
  etc.
Les  Belges  surent  s’approprier  beaucoup  d’inventions
faites  en  Angleterre  et  trouver  eux-mêmes  des  voies
nouvelles.  Il  suffit  pour  s’en  convaincre  de  parcourir
les  listes  des  brevets  d’inventions.  Pendant  la  période
française  de  1795  à  1814,  on  ne  trouve  que  trois  noms
d’inventeurs  qui  appartenaient  à  la  portion  du  territoire ­
  dont  se  compose  aujourd’hui  la  Belgique.  Mais
en  1831  il  y  a  déjà  15  brevets  belges,  30  en  1832,  42
en  1833,  48  en  1834,  02  en  1835,  75  en  1830,  132  eu
1837,  280  en  1838.  (1)
II.  —  CONDITIONS  SOCIALES
a)  Travail.  Il  doit  y  avoir  dans  la  population  un
nombre  suffisant  d’individus  qui  ne  peuvent  pas  devenir ­
  des  producteurs  indépendants  et  doivent  gagner
leur  vie  comme  salariés  au  service  d’un  entrepreneur
capitaliste.  Nous  étudierons  cette  question  dans  le
chapitre  III.  (Formation  du  prolétariat.)
b)  Capital.  Une  certaine  accumulation  de  la  richesse
est  nécessaire.  Le  chapitre  IV.  (La  genèse  du  capital
industriel)  est  consacré  à  ce  problème.
B.  —  Conditions  dérivées.
Toutes  les  conditions  non  mentionnées  ci-dessus  naissent ­
  du  concours  des  causes  et  des  conditions  origi-(!)

  BiuAYoiNNE,  De  l’industrie  en  Belgique.  Bruxelles,  1839.  t.  II.  p.  i85.
        <pb n="97" />
        86  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
naires.  Ainsi,  quand  le  marché  s’accroît,  à  condition
que  la  maturité  mentale  existe  l'esprit  capitaliste
se  développe.  De  meme,  l'ordre  juridique  n’est  qu’une
adaptation  aux  conditions  générales.  Les  chapitres
V  et  VI  sont  consacrés  à  ces  problèmes.
        <pb n="98" />
        CHAPITRE  III.

La  formation  du  prolétariat.

L’accroissement  (le  la  population,  dont  on  a  déjà
vu  l’influence  sur  le  développement  de  l’industrie,  a
contribué  aussi  à  la  formation  du  prolétariat.
Il  a  provoqué  le  défrichement  des  biens  communaux
et  s’il  est  vrai  que  la  confiscation  de  ces  terres  en
Belgique  ne  s’est  pas  opérée  aussi  brutalement  qu’en
Angleterre,  on  constate  cependant  de  bonne  heure  la
diminution  de  leur  superficie.
Dans  l’ouest  de  la  Belgique,  où  l’industrie  et  le  commerce ­
  avaient  fait  surgir  de  populeuses  cités,  l’agriculture ­
  se  perfectionna  et  la  plupart  des  communaux
disparurent  dès  le  moyen  âge.  Dans  la  région  sablonneuse ­
  de  la  Campine  et  au-delà  de  la  Meuse,  dans  la
région  ardennaise,  le  défaut  de  communications  et  l’absence ­
  de  grandes  villes  ont  eu  pour  résultat  la  conservation ­
  de  l’ancien  système  de  culture.  En  1816,
l’étendue  de  ces  biens  communaux  non  boisés  comprenait ­
  encore  162.896  hectares,  dont  80  000  pour  la  région ­
  campinoise  et  80.864  pour  la  région  ardenaise  (1  ).
(1)  E.  dk  Lavkleye.  De  la  propriété  et  &amp;lt;le  ses  formes  primitives.  Paris,
4900.  p.  231  et  ss.
        <pb n="99" />
        (1)  Emile  Vanderveldè.  La  propriété  foncière  en  Belgique.  Paris,
1900,  p.  137.

8S  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
Déjà  sous  la  domination  espagnole,  le  gouvernement
provoqua  des  défrichements  par  la  concession  de  terres ­
  vagues  (1572-1G86).  L’ordonnance  de  Marie-Tliérèse
du  23  juin  1772  décidait  que  les  terres  vagues  des
communes  et  des  corporations  devaient  être  immédiatement ­
  vendues.  Enfin,  une  loi  du  25  mars  1847  autorisa ­
  le  gouvernement  à  faire  vendre  les  biens  communaux ­
  qui  n’étaient  pas  mis  en  valeur,  quand  la  concession ­
  en  était  demandée  par  les  particuliers.  Cette
loi  amena  la  vente  de  33.000  hectares  de  1847  à  1860
et  depuis  lors  les  aliénations  se  sont  poursuivies.
La  disparition  de  ces  restes  de  la  propriété  primitive ­
  est  intimement  liée  à  la  formation  du  prolétariat.
Quand  en  1847  la  loi  qui  devait  entraîner  la  destruction ­
  d’une  grande  partie  du  domaine  communal  fut  discutée, ­
  les  députés  du  Luxembourg  la  combattirent  énergiquement. ­
  Ils  firent  valoir  —  et  leur  raisonnement  s’appliquait ­
  également  à  la  Campine  —  que  les  «  bruyères
communales  sont  les  ressources  les  plus  assurées  des
habitants  pauvres.  Elles  leur  permettent  de  tenir  quelques ­
  têtes  de  bétail  sur  le  pâturage  commun  :  leur
fournissent  la  litière  de  ce  bétail  et  la  couverture
de  leur  chaumière  et  en  outre  dans  certains  lieux,
une  portion  d’essarts  qui  leur  procurent  en  partie  le
pain  nécessaire  à  la  subsistance  de  leurs  familles  (1).
On  fit  valoir  que  dans  le  Luxembourg  le  nombre  de
        <pb n="100" />
        FORMATION  DU  PROLETARIAT

80

mendiants  était,  toutes  proportions  gardées,  dix-huit
fois  moins  graud  que  dans  la  Flandre.  Défricher  trop
promptement  l’Ardenue  ou  la  Campine,  faire  arriver
le  sol  à  cet  état  de  fertilité  que  l’on  admire  dans  les
Flandres,  c’était  provoquer  le  pau]  érisme  qui  désole
ces  contrées  et  l’engorgement  de  population  qui  à  certains ­
  moments  peut  menacer  la  tranquillité  de  l’Etat  (1).
Ducpétiaux,  en  1850,  démontre  aussi  que  dans  le
Luxembourg  l’existence  de  terrains  communaux,  dont
la  jouissance  est  assurée  à  tous  les  habitants,  est  pour
un  grand  nombre  de  ceux-ci  un  véritable  secours,  qui
équivaut  aux  aumônes  distribuées  ailleurs  par  les  bureaux ­
  de  bienfaisance.  «  De  là  sans  doute  en  grande
partie  le  nombre  restreint  d’indigents  inscrit  dans  cette
province  »  (2).  En  1828,  par  exemple,  il  y  avait  en
Belgique  un  habitant  secouru  sur  0.93  habitants  ;  dans
le  Luxembourg  il  n’y  en  avait  qu’un  sur  130.79  (3).
Aujourd’hui  encore,  dans  l’arrondissement  de  Neufchâteau,
  ou  la  population  est  très  clairsemée,  et  où  la
propriété  communale  existe,  nous  ne  trouvons  pas  d’indigents. ­

«  Ce  pays  vaut  mieux  pour  l’ouvrier,  dit  à  Vandekvelde
  un  bûcheron,  que  le  pays  bas.  .T’ai  pu  m’en
convaincre  du  temps  que  j’étais  soldat.  Dans  les  villes,
les  riches  sont  très  riches,  mais  les  pauvres  sont  très
pauvres.  Ici,  toutes  les  familles  ont  au  moins  une  va-(1)

  Ib.  p.  138.
(2)  Ed.  Ducpétiaux.  Mémoire  sur  le  paupérisme  dans  les  Flandres.
Bruxelles,  1850,  p.  18.
(3)  Ib.  p.  17.
        <pb n="101" />
        00  EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

(I)  E.  Vandervelde  L’exode  rural  et  le  retour  aux  champs.  Paris,
1903,  p.  58.

che  et  tout  le  monde  fait  un  peu  de  culture,  plante
du  grain  et  des  pommes  de  terre...  »  (1).
L’aliénation  et  l’usurpation  des  biens  communaux
eurent  pour  effet  de  ruiner  l’un  des  fondements  de  la
propriété  paysaune  et  de  contribuer  par  conséquent  à
faire  naître  dans  les  campagnes  un  prolétariat  disposé
à  l’exode.
Le  déboisement  des  forêts  qui,  comme  nous  l’avons
vu  plus  haut,  est  également  la  conséquence  de  l’accroissement ­
  de  la  population  contribua  aussi  à  la  formation ­
  du  prolétariat  industriel.  Un  recensement  fait  sous
la  domination  autrichienne  en  1764  et  publié  par  Julin
nous  montre  combien  grand  était  le  nombre  d’ouvriers
trouvant  de  l’emploi  dans  les  bois.  L'industrie  sidérurgique ­
  notamment  était  une  industrie  forestière  comme
le  démontrent  les  données  du  recensement  suivant  :

Industries

Nombre  Ouvriers  travaillant
T  ....  d  ouvriers  .  ,  -,
Localités  en  fabrique  dans  les  DOIS

Forges

Prêle  et  Sainte

44

250  ouvriers  travailOde ­



lant  dans  les  bois  pour
préparer  le  combustible. ­


Fourneau,  for31 ­



460  ouvriers  travailges, ­

  platinerie  et

lant  dans  les  forêts

fonderie

Orval

d’alentour.

Fourneau,  for14 ­



200  ouvriers  travailge ­

  et  platinerie

La  Soye

lant  dans  les  forêts

Fonderie  de  fer

30

50  ouvriers  travailetgrosses ­

  forges

Dommeldange

lant  dans  les  forêts.

Fourneau  et  for14 ­



108  ouvriers  travailges ­



Differdange

lant  dans  les  forêts.
        <pb n="102" />
        (1  )  E.  Vandervelde.  La  propriété.  1.  c.  p.  162.

FORMATION  DU  PROLETARIAT

91

Nous  voyous  donc  combien  le  nombre  des  ouvriers
occupés  dans  les  forêts,  à  charrier,  à  couper  le  bois,
à  préparer  le  combustible,  etc.,  dépassait  celui  des  ouvriers ­
  travaillant  dans  les  établissements  fermés.
Dans  la  foret  de  Soignes,  le  Gouvernement  occupait
au  XVIII e  siècle  pendant  cinq  mois  d’hiver  800  à  1000
ouvriers  à  élaguer  et  à  repeupler  la  forêt.  Les  habitants ­
  des  localités  voisines  avaient  le  droit  d’y  ramasser ­
  le  bois  mort  ;  un  grand  nombre  de  fermes  y  envoyaient ­
  pâturer  leurs  bestiaux,  moyennant  une  redevance ­
  en  avoine.  Enfin,  elle  fournissait  au  domaine
rural  d’énormes  quantités  de  bois  et  de  charbon.
Mais  la  forêt  fut  négligée,  ravagée  et  plus  tard,  par
ordre  de  Napoléon,  livrée  à  des  coupes  dévastatrices.
22.000  chênes  furent  abattus  pour  la  construction  de
la  flotille  de  Boulogne.
Sous  le  régime  hollandais  ce  fut  pis  encore  ;  la  forêt
de  Soignes  tout  entière  et  presque  toutes  les  forêts  du
royaume  passèrent  dans  le  domaine  privé  (1).
Ainsi,  le  changement  des  conditions  économiques
priva  un  grand  nombre  d’individus  des  moyens  d’existence ­
  que  leur  fournissaient  jusqu’alors  les  forêts  et
les  biens  communaux.
A  cette  armée  de  prolétaires  formée  de  ces  travailleurs ­
  dépossédés  s’ajouta  l'exédent  de  population.  En
1782  déjà,  le  Voyageur  dans  les  Pays-Bas  cité  plus
haut  écrivait  que  les  campagnes  avaient  le  nom ­
        <pb n="103" />
        92  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

bre  do  bras  que  pouvait  employer  leur  culture  (1)  et
c’est  à  cette  époque  précisément  que  s’accentue  le  plus
rapidement  l’accroissement  de  la  population.
Si  nous  prenons  en  considération  qu’à  cet  accroissement ­
  correspondait  une  hausse  du  prix  de  toutes  les
choses  nécessaires  à  la  vie  (voir  p.  1,  chap.  Il)  (2),  nous
comprendrons  pourquoi  le  paupérisme  s’était  développé
dans  des  proportions  inconnues  jusqu’alors.
Dans  h»  seconde  moitié  du  XVIII e  siècle,  le  mal
avait  atteint  son  parox3' r sme.  La  Flandre,  sur  une  population ­
  de  700.00J  âmes,  ne  comptait  pas  moins  de
100.000  indigents,  soit  près  de  15  °/ 0  de  la  population
totale.  Le  nombre  de  pauvres  du  plat  pays  était  évalué
officiellement  à  64.681  ;  la  ville  de  Bruges,  d’après  un
rapport  officiel,  avait  plus  de  14.000  pauvres,  c’est-àdire
  près  de  la  moitié  de  sa  population  (2).
Le  Brabant  comptait  plus  de  30.000  mendiants  ;  le
pays  de  Liège  n’était  pas  moins  généreusement  doté  ;
la  ville  de  Liège  à  elle  seule  en  possédait  de  8  à
10.000  (3).
A  Anvers,  le  nombre  de  personnes  secourues  atteignait ­
  12.000  (4).
«  Il  reste  donc  démontré  écrit  Ducpétiaux,  que
parmi  les  causes  de  la  misère  dans  les  Flandres  il  faut
ranger  en  première  ligne  non  seulement  l’exubérance
de  la  population  en  général,  mais  encore  l’insuffisance

(1)  Le  Voyageur  1.  c.  v.  I.
(2)  Van  der  Meersch.  1.  c.  p.  50.
(3j  Ib.
(4)  Le  voyageur.  1.  c.  v.  III.  p.  30.
        <pb n="104" />
        FORMATION  DU  PROLÉTARIAT

93

du  travail  agricole  et  l’excès  du  nombre  des  cultivateurs, ­
  lorsqu’on  le  compare  à  la  superficie  cultivable
de  ces  provinces  »  (1).
Cet  excès  de  population  entraina  une  hausse  inouïe
du  fermage.  Les  fermiers  ne  consentaient  à  sous-louer
qu’à  des  prix  tellement  élevés  que  le  sous-locataire  n'y
pouvait  trouver  la  rémunération  de  ses  travaux.  «  Les
ouvriers  se  résignent  en  conséquence,  dit  en  1857  Henxau
à  prendre  à  loyer  des  terres  détachées,  exposées  en
hausse  publique  par  les  institutions  de  bienfaisance,
les  fabriques  d’église  et  les  propriétaires,  dont  un  grand
nombre  afferment  leurs  terres  en  détail.  La  concurrence, ­
  la  jalousie,  la  nécessité  font  alors  monter  des
parcelles  à  des  taux  exorbitants.  On  ne  s’inquiète  guère
sous  le  feu  croisé  si  l’on  pourra  payer  ou  non  «  (2).
Des  ruines  nombreuses  et  une  prolétarisation  de  la
classe  des  petits  fermiers  en  furent  la  conséquence.
De  1818  à  1847,  le  nombre  de  cultivateurs  portés
sur  les  listes  des  bureaux  de  bienfaisance  avait  augmenté ­
  de  21.607  à  35,990  f3).
C’est  parmi  ces  éléments,  auxquels  l’agriculture  ne
pouvait  plus  fournir  les  moyens  d’existence  et  qui
étaient  devenus  des  mendiants  et  des  vagabonds,  que
l’industrie  recrutait  ses  ouvriers.  ^  Si  on  considère,
écrivait  Bai  m  ens  vers  1820,  que  ces  21,910  personnes

(1)  Ducpétiaux.  Le  paupérisme,  1.  c.  p.  57.
(2)  Hknnau  Recherches  sur  1rs  causes  de  la  criminalité  à  Liège  (Bulletin ­
  de  la  Commission  centrale  de  statistique,  1847.  v.  III.  p.  193)  Pour  le
développement  ultérieur  de  la  crise  agricole  et  son  influence  sur
l’exode  rural,  voir  Vandervei.de.  L’exode  rural,  1.  c.  p.  94  ss.
(3)  Ducpétiaux.  Le  paupérisme,  1.  c.  p.  57-
        <pb n="105" />
        94  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

(ouvriers  de  l'industrie  cotonnière)  sont  prises  pour  les
()/io es  dans  la  classe  indigente,  si  l’on  considère  que  ces
établissements  fournissent  des  moyens  d’accoutumer  au
travail  des  orphelins  et  pauvres  enfants,  et  donne  à
chaque  instant  une  occupation  temporaire  aux  ouvriers
mômes  étrangers  à  cette  espèce  de  fabrication,  on  verra
facilement  de  quelle  influence  peuvent  être  ces  établissements ­
  sur  l’ordre  et  la  sûreté  publique  »  (1).
A  ces  causes  de  prolétarisation  s’en  ajouta  plus  tard
une  autre  :  la  décadence  des  industries  rurales  et  notamment ­
  la  crise  linière.
Vers  1825,  d’après  des  chiffres  qu’on  déclarait  réunis
avec  le  plus  grand  soin  et  qui  n’ont,  parait-il,  jamais
été  contestés,  il  y  avait  encore  dans  la  Flandre  orientale ­
  seule  31.597  métiers  de  tisserand  avec  31,668  tisserands. ­
  Chaque  métier  devait  avoir  pour  son  alimentation ­
  5  fileuses,  soit  en  tout  158,340  ouvriers  (2).
Dans  toute  la  Belgique  il  y  avait,  d’après  un  recensement ­
  de  1830,  280.396  fileuses  (3).  Dans  la  Flandre
orientale,  49  862  femmes  étaient  occupées  à  la  fabrication ­
  du  fil  tors  (4).
L’ancien  mode  de  travail  à  la.  maiu  ne  pouvait  pas
résister  à  la  concurrence  des  procédés  mécaniques  qui
venaient  de  naître.  Les  machines  devaient  se  substituer ­
  aux  doigts  des  fileuses  flamandes  et  une  eau
préparée  artificiellement  devait  remplacer  leur  salive.

(1)  L.  Bauwens.  à  sa  Majesté  le  Roi  des  Pays-Bas,  Prince  d’Orange  et
C.  p.  5.
(2)  L.  Varlez.  1.  c.  v.  II  p.  XX\  II.
(3)  Ib.  p.  XXIX
(4)  Ib.  p  XXVIII.
        <pb n="106" />
        FORMATION  DU  PROLÉTARIAT

95

Le  fil  anglais,  fait  à  la  mécanique,  était  numéroté
et  classifié,  tandis  que  la  finesse  ou  la  grosseur  du  fil
belge  n’était  jugée  que  par  les  yeux.  ••  Cette  circonstance ­
  seule,  écrivait  en  1839  Briavoinne,  suffit  quelquefois ­
  pour  assurer  la  préférence  au  fil  anglais  et  au
fil  allemand»  (1).
I)e  grandes  filatures  mécaniques  surgirent  à  Gand  et
parmi  la  population  rurale  de  la  Flandre  une  crise  terrible, ­
  une  des  plus  tristes  de  l’évolution  industrielle,
éclata.
Les  salaires  de  l’industrie  domestique,  petit  à  petit,
tombés  à  des  taux  dérisoires,  n’étaient  plus  suffisants
pour  nourrir  les  travailleurs  et  la  crise  s’abattit  sur
les  Flandres,  d’autant  plus  épouvantable  et  inexorable
qu’on  était  parvenu  à  l’enrayer  plus  longtemps.  On  eut
alors  de  sombres  années  de  misère  et  de  famine  dans
les  Flandres.  Vainement  les  Chambres  votèrent  des
millions  de  subsides;  on  dut  abolir  les  droits  protecteurs, ­
  exempter  des  droits  de  port  les  navires  amenant
les  céréales,  interdire  de  distiller  les  pommes  de  terre
nécessaires  à  la  subsistance  du  peuple,  entreprendre  de
vastes  travaux  publics  de  dessèchement  et  d’irrigation
et  «  coloniser  »  la  Campine.
Les  Flandres  ne  connurent  pas  de  jours  plus  tristes
que  ceux-là.  La  Belgique  indépendante  ne  vit  jamais
diminuer  autant  sa  population.  Pour  comble  de  malheurs,
la  récolte  manqua  dans  ce  pays  si  appauvri.  La  population ­
  des  campagnes,  réduite  à  la  mendicité,  dut,  parait-(1)

  Briavoinne.  De  l'industrie,  1.  e.  v.  II.  p.  3o3,
        <pb n="107" />
        96  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

il,  se  nourrir  d’herbes  et  de  charognes,  que  l’on  se
disputait  avec  l’acharnement  de  la  faim  ;  les  cultivateurs ­
  devaient  monter  la  garde,  le  fusil  à  l’épaule,  devant
leurs  récoltes  encore  vertes  ;  des  bandes  d’affamés,  au
teint  livide,  aux  cheveux  hérissés,  aux  haillons  déchirés ­
  et  sordides,  assiégeaient  les  portes  des  villes  qui
se  fermaient  impitoyablement  devant  elles.  La  moitié
de  la  population  des  campagnes  devait  être  secourue
par  l'autre  moitié  et  celle-ci  n’avait  que  le  strict  nécessaire. ­
  Les  fermes  étaient  assaillies  de  mendiants.  Les
indigents,  en  majorité  dans  bien  des  régions,  disputaient ­
  la  nourrituie  au  bétail  et  allaient  jusqu’à  déterrer ­
  les  plantes  de  pommes  de  terre  pour  les  manger.
Le  chiffre  de  la  population  baissait  rapidement.  En  1846
l’arrondissement  de  Roulers-Thielt  eut  à  enregistrer
4.580  décès  pour  2.800  naissances  et  l’émigration  faisait ­
  perdre  plus  d’habitants  encore.  Le  3t  décembre  1846,
la  Flandre  orientale  à  elle  seule  comptait  215.166  assistés
de  la  charité  publique  (1);  42,552  fileuses  étaient  inscrites ­
  aux  bureaux  de  bienfaisance  (2).
La  décadence  de  la  filature  à  la  main  se  poursuivait
et  en  1896,  de  300,000  fileuses  à  la  main  que  l’on  pouvait ­
  compter  au  début  du  XIX°  siècle  en  Belgique,  il

(1)  J’emprunte  cette  description  à  l’excellent  ouvrage  de  L.  Varlez,  que
j’ai  cité  déjà  si  souvent  :  Les  salaires  dans  l’industrie  gantoise,  v.  II.  p.
XI/V.
(2)  L.  Wolowski.  Etudes  d’économie  politique  et  de  statistique.  Paris,
1848
        <pb n="108" />
        FORMATION  DU  PROLÉTARIAT

07

n’en  restait  plus  que  153  (i).  Tristes  vestiges  d’un  glorieux
passé  !
Le  tissage  à  la  main  se  maintenait  mieux  à  la  campagne, ­
  mais  là  aussi  il  avait  du  partiellement  battre
en  retraite  devant  le  tissage  mécanique.  Cette  lutte  se
poursuit  encore  aujourd’hui.  Nous  en  parlerons  dans  le
chapitre  consacré  à  la  décadence  des  industries  à  domicile. ­

Une  partie  des  tisserands  et  fileuses  dépossédés  émigra;
l’autre  trouva  un  emploi  dans  la  nouvelle  industrie  de
fabrique.
Les  causes  de  la  formation  du  prolétariat  en  Belgique, ­
  dans  la  première  moitié  du  XIX e  siècle  (2)  sont
donc  la  disparition  des  communaux,  le  défrichement
des  forêts,  l'excès  de  la  population  (toutes  ces  causes
sont  la  conséquence  directe  de  l’accroissement  de  la
population)  et  la  décadence  des  industries  rurales.

(1)  Royaume  de  Belgique.  Recensement  général  des  industries  et  des
métiers  (31  octobre  18'.'6)  v.  IV.  p.  184.  Il  y  avait  aussi  4  6  îileurs.  Tous,
hommes  et  femmes,  travaillaient  à  domicile  pour  le  compte  des  fabricants.
(2)  Nous  ne  parlons  ici  que  de  la  prolétarisation  en  général.  Pour  les
causes  de  la  formation  du  prolétariat  féminin  voir  plus  loin.
        <pb n="109" />
        CHAPITRE  IV.

La  genèse  du  capital  industriel.
Un  sociologue  américain,  Brooks  Adams,  a  attribué
un  rôle  excessif  au  capital  comme  facteur  de  la  révolution ­
  industrielle  en  disant  que  l’afflux  des  trésors  des
Indes  a  été  la  cause  de  la  transformation  technique  de
l’industrie  en  Angleterre.
«  Très  peu  de  temps  après  la  bataille  de  Plassey,
écrit-il,  les  dépouilles  du  Bengale  commencèrent  à  arriver ­
  à  Londres.  L’effet  semble  avoir  été  instantané.  Toutes ­
  les  autorités  sont  d’accord  pour  dire  que  la  «révolution
industrielle  ••  l’événement  qui  distingue  le  XIX e  siècle
de  toutes  les  époques  antérieures,  date  de  1760.  Avant
cette  année,  suivant  Baines,  le  métier  à  filer  le  coton,
dans  le  Laneashire,  était  presque  aussi  simple  que  dans
l'Inde  ;  tandis  que  vers  1750,  l’industrie  du  fer  anglaise
était  en  plein  déclin,  par  suite  de  la  destruction  des
forets  pour  le  chauffage.  A  cette  époque,  les  quatre
cinquièmes  du  fer  employé  dans  le  royaume  venaient
de  Suède  •&amp;gt;  (1).
«  lia  bataille  de  Plassey,  continue  l’auteur,  eut  lieu
en  1757  ;  il  est  probable  que  rien  n'a  jamais  égalé  la

(1)  Brcoks  Adams  :  La  loi  de  la  civilisation  et  de  la  décadence.  Essai
historique,  Paris,  1899,  p.  75.
        <pb n="110" />
        ICO

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

rapidité  du  changement  qui  suivit.  En  1760,  la  navette
volante  apparut,  et  le  charbon  remplaça  peu  à  peu  le
bois  dans  la  fonte  du  minerai.  En  1764,  Hargreaves
inventa  le  métier  à  filer  en  fin,  ou  mule-jenny  ;  en
1785,  Cartwright  prit  un  brevet  pour  le  métier  mécanique, ­
  et  le  maître  de  tous,  James  Watt,  perfectionna
en  1768,  la  machine  à  vapeur,  le  débouché  par  excellence, ­
  après  l’argent,  de  l’énergie-  se  résorbant  en  centralisation. ­
  »
Cette  explication  de  la  révolution  industrielle  par
l'afflux  des  trésors  indous  est  certainement  fausse.  Le
fait  que  beaucoup  d’inventions  ont  été  faites  après  la
bataille  de  Plassey  est  une  simple  coïncidence.  Post
hoc  non  propter  hoc.  L’invention  de  la  Xewcomen,
qui  était  au  moins  aussi  importante  que  celle  des  autres
machines,  lui  est  bien  antérieure.
De  grandes  accumulations  de  richesse  ont  existé  de
tous  temps,  sans  produire  les  moindres  changements
techniques.  L’argent  était  simplement  thésaurisé.
Si,  à  la  fin  du  XVIII 1  siècle,  les  capitaux  se  dirigèrent
vers  l’industrie,  c’est  parce  qu’ils  y  trouvèrent  un  placement ­
  lucratif.  Et  il  en  fut  ainsi  parce  (pie  l’augmentation ­
  de  la  demande  avait  fait  hausser  les  prix  de
tous  les  produits.
Ce  sont  donc  les  changements  dans  les  conditions
des  débouchés,  que  nous  avons  analysés  ci-dessus,  qui
ont  été  les  causes  de  la  révolution  industrielle.  L’existence ­
  de  grands  capitaux  accumulés  n’était  qu'une  des
        <pb n="111" />
        GENÈSE  DU  CAPITAL  INDUSTRIEL

101

conditions  requises  pour  la  formation  de  la  grande  industrie. ­
  Voyons  comment,  en  Belgique,  ce  capital  s’est  formé.
L’origine  des  capitaux  du  moyen  âge  a  été  discutée
dans  plusieurs  ouvrages  spéciaux,  sous  l’impulsion  de
SOMBART.
Disons  en  passant  que  la  théorie  de  Sombart  prétendant ­
  que  le  capital  du  moyen-âge  s’est  formé  non
pas  par  le  commerce,  mais  par  l’accumulation  de  la
rente  foncière,  quoique  développé  avec  beaucoup  d’originalité ­
  par  lui,  n’est  pas  si  neuve.  Xous  la  trouvons  déjà
mentionnée  par  W.  Arnold  (1)  en  1854,  et  en  1886  Karl
Bûcher  dans  son  ouvrage  Die  Bevôlkerung  von  Frankfurt ­
  am  Main  im  XV  Jahrhundert,  nous  démontre  que
le  nombre  des  maisons  s’adonnant  dans  cette  ville  au
commerce  de  marchandises  (Warenliandel)  en  gros  ne
dépassait  pas  douze  au  XV e  siècle  (2).  La  richesse  des
patriciens  consistait  en  biens-fonds  et  en  rentes  (3).
Sur  la  formation  du  capital  industriel  moderne,  nous
savons  beaucoup  moins  que  sur  son  origine  au  moyen  âge.
nous  possédons  quelques  monographies  sur  l’origine

(1)  Verfassungsgeschichtc  der  deutschen  Freistiidte  im  Anschluss  an
die  Verfassunusgeschichte  der  Stadt  Worras,  Hamburg  und  Gotha  1854.
Voici  ce  qu’il  écrit  :  «  Ursprünglich  waren  die  Patricier  Grundbesitzer  :
diese  Eigenschaft  haben  sie  bebalten  und  mit  dem  niedern  Adel  geteilt.
Daneben  trieben  sie  Handel  und  selbst  manche  Gewerbe  :  und  dadurch
wurden  sie  in  das  sladtische  Interesse  verflochten.  Ailes  was  der  Handel
abwarf  wurde  weder  in  Grundstücken  oder  Landrentenangelegl,  so
dass  das  Grundvermogen  tien  eigenlichen  Rcichtum  ausrnachte.  »  V.  11.
p.  193.
(2)  p.  246.
(3)  p.  248.
        <pb n="112" />
        102  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
des  grandes  fortunes  de  Rothschild,  Krupp,  etc.,  mais
une  analyse  économique  d’ensemble  fait  défaut.
La  première  question  que  nous  nous  posons  dans
l’étude  de  ce  problème,  est  celle  de  savoir  si  le  capital
industriel  de  la  Belgique  provient,  comme  Marx  le
suppose  pour  l’Angleterre,  des  capitaux  accumulés  par
l’usure  et  le  commerce  pendant  les  siècles  précédents  (1).
Pour  la  Belgique,  une  telle  supposition  ne  se  justifie
pas.  Des  grandes  richesses  accumulées,  pendant  l’âge
d’or  de  la  Flandre  et  d’Anvers,  il  ne  restait  rien  à  la
fin  du  XVIII e ,  au  moins  sous  forme  de  capital  commercial. ­
  Bruges  au  XV e  siècle  (2),  Ypres,  Courtrai  et
Gand  au  XVI e  siècle,  étaient  déjà  en  pleine  décadence  (3).
Anvers  avait  perdu  toute  son  importance  commerciale. ­
  «  Le  nom  d’Anvers,  écrit  en  1802  le  préfet  du
Département  des  Deux  Nèthes,  rappelle  l’idée  du  commerce ­
  ;  mais  c’est  moins  par  son  existence  actuelle  que
par  ce  qu’elle  fut,  et  ce  qu’elle  peut  être,  que  cette
ville  doit  tenir  au  rang  dans  les  fastes  du  monde
commerçant.  Avant  que  la  France  eût  brisé  les  chaînes
de  l’Escaut,  les  Anversois,  privés  de  naviguer  sur
leur  fleuve,  étaient  réduits  à  faire  un  chétif  négoce
de  commission  pour  ceux  qui  voulaient  leur  consigner
des  marchandises  »  (4).
«  Le  port,  continue-t-il,  n’a  pas  jusqu’à  présent  un

(1)  Karl  Marx  :  Das  Kapital,  5 e  Aufl.  Band.  5.  S  715.
(2)  H.  Pirenne  :  Histoire  de  Belgique.  Bruxelles,  1907,  T.  III,  p.  21S  as.
(3)  Ib.  p.  225  ss.
(4)  d’HERBOUviLLE  :  Statistique  du  Département  des  Deux  Nèthes.  Paris, ­
  An  X.  p.  59.
        <pb n="113" />
        GENÈSE  DU  CAPITAL  INDUSTRIEL

103

seul  vaisseau  qui  lui  appartienne,  ni  un  seul  capitaine
en  état  de  conduire  un  bâtiment  à  la  mer.  Tout  est  à
créer  :  port,  bassins,  chantiers,  pilotes,  matelots.  Anvers
n'a  pour  elle  que  sa  position,  sou  fleuve,  et  la  bienveillance ­
  d'un  gouvernement  fort  et  réparateur  ;  c’est
sur  ces  trois  appuis  qu’elle  fonde  l’espoir  de  sa  prochaine ­
  prospérité  »  (1).
Le  préfet  ne  peut  pas  croire  qu’Anvers  ait  été  une
ville  puissante.  «  Le  chancelier  de  l’hôpital,  dit-il,  en
1500,  en  parle  comme  de  la  ville  la  plus  riche  de
l’Europe.  L’autorité  d’un  tel  garant  est  irrécusable,  et
cependant  l’esprit  reste  encore  en  suspens,  lorsque  l’on
considère  combien  il  reste  peu  de  vestiges  de  cette
ancienne  opulence.  La  Bourse  et  la  maison  des  Osterlings
  sont  les  seuls  édifices  qui  puissent  faire  croire
que  jadis  il  se  soit  fait  du  commerce  dans  Anvers  »  (2).
La  défense  de  naviguer  sur  l’Escaut  avait  été  la  ruine ­
  d’Anvers.  En  1801  deux  navires  seulement  étaient
entrés  dans  ce  port  !  (3)
A  l’exception  des  deux  maisons  de  Banque  de  Cogels
et  de  C.  J.  M.  de  Wolf  (4),  la  plupart  des  commerçants
étaient  des  simples  bourgeois.  La  haute  société  n’était
composée  que  de  la  noblesse,  de  la  magistrature  et  de
quelques  descendants  d’anciennes  familles  patriciennes ­
  (5).
(1)  lb.  p.  60.
(2)  Ib.
(3)  Ib.  Tableau  6.
(4)  Genard.  Anvers  à  travers  les  âges  p.  542.
(5)  G.  Beetemé.  Anvers  métropole  de  commerce  et  des  arts.  Louvain,
1888,  t.  II.
        <pb n="114" />
        104  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
Pendant  une  courte  période,  le  commerce  et  l’industrie ­
  de  la  Belgique,  notamment  sous  le  règne  autrichien, ­
  commencèrent  à  se  relever,  mais  les  troubles  de
la  fin  du  XVIII e  siècle  détruisirent  tout.  Les  débouchés ­
  extérieurs  furent  perdus  ;  la  consommation  intérieure ­
  s’arrêta  ;  les  capitaux  disparurent  ;  les  ateliers
se  fermèrent.  Les  réquisitions  militaires  épuisèrent  les
épargnes  ;  les  campagnes  foulées  aux  pieds  cessèrent
de  produire  ;  la  disette  de  l’année  1794  et  enfin  l’invasion ­
  des  assignats  achevèrent  la  ruine  du  pays  (1).
La  diminution  rapide  des  fortunes  pendant  cette  époque ­
  est  bien  caractérisée  par  un  commerçant  bruxellois, ­
  Romberg.  En  1785,  un  contemporain  raconte
des  merveilles  de  sa  fortune.  «  M.  Romberg  a  eu  en
mer,  lui  appartenant,  raconte  le  Voyageur  dans  les
Pays-Bas,  cent  vaisseaux  dont  il  dirigeait  seul  la  marche ­
  en  même  temps  que  sa  maison  d’Ostende  et  celle
qu’il  avait  aussi  établie  à  Gand  en  avaient  encore  un
grand  nombre  qu’elles  employaient  à  leurs  opérations  ;
dans  l’année  1780,  il  a  armé  dans  nos  ports  du  Havre,
de  la  Rochelle  plusieurs  navires  pour  la  traite  des  nègres... ­
  En  1782,  M.  Romberg  a  encore  armé  dix  autres ­
  navires  négriers  de  port  de  5000  nègres...  Il  n’y  a  pas
un  pays,  pas  même  une  ville  avec  laquelle  il  ne  soit
en  liaison  d’affaires  »  (2).
Briavoinne  nous  dit  aussi  que  la  maison  Romberg
pouvait  à  elle  seule  mettre  en  mer  94  navires  (3).

(1)  N.  Briavoinne  Sur  les  inventions,  1.  c.  p.  19.
(2)  Le  Voyageur  dans  les  Pays-Bas  Autrichiens,  1.  c.  v.  IV,  p.  40J.
(3)  N.  Briavoinne.  De  l’industrie,  1.  c.  v.  I.  p  83.
        <pb n="115" />
        GENESE  DU  CAPITAL  INDUSTRIEL

105

Une  statistique  des  revenus,  faite  dix  ans  plus  tard,
en  1794,  par  ordre  de  la  République  française,  nous
renseigne  sur  la  fortune  de  Romberg.  En  cette  année,
la  Belgique  dut  payer  une  contribution  de  80  millions,
et  dans  ce  but,  on  taxa  les  revenus  des  habitants  de
Bruxelles.  Si  ces  taxations  ne  sont  pas  tout  à  fait  exactes, ­
  elles  nous  donnent  cependant  une  idée  de  la  répartition ­
  des  revenus  à  cette  époque.
Dans  ces  listes,  Romberg  figure  avec  30.000  fr.  de
revenus,  comme  un  des  plus  riches  habitants  de  la
ville.  En  comparaison  des  100  navires  dont  on  a  parlé
plus  haut,  ce  revenu  de  30.000  fr.  prouve  les  pertes
qu'il  avait  essuyées.  Tlus  tard,  nous  n’entendons  plus
parler  de  Romberg.  11  n’y  avait  que  trois  commerçants
bruxellois  dont  les  revenus  étaient  supérieurs  à  ceux
de  Romberg.  C’étaient  J.  B.  B.  De  Cock,  Danoot  et
Plavet  et  Walravens,  qui  gagnaient  chacun  40.000  frs
par  an  (1).
Ces  revenus  n’étaient  pas  énormes,  même  pour  l’époque. ­
  Il  suffit  pour  s’en  convaincre  de  les  comparer
avec  ceux  du  clergé  et  de  la  noblesse.  Ceux-ci  figurent ­
  dans  les  livres  de  caisse  de  la  «  contribution  de  5

(1)  Le  livre  auquel  j’emprunte  tous  ces  chiffres  se  trouve  dans
les  archives  de  la  ville  de  Bruxelles,  parmi  les  documents  relatifs  à
la  “  Contribution  de  5  millions  ».  Les  autres  commerçants  riches
de  Bruxelles  étaient  :  J.  B.  De  Bie  (Revenu  20  000)  De  Bay  (10.000
Van  den  Borght  (20/00)  Van  den  Bogaert  (20  000)  Van  den  Clooster
  (30.000)  Cl  arlier  et  sœurs  (30.000)  André  Van  Gaever  (20.000;  de
Koersmacher  (20.000)  Mathieu  (20.000)  Mosselman  frères  (IG.000)  Overman
  frères  (20  000)  Pierson  (30.000)  Van  Schelle  (ils  (30.000),  etc.
        <pb n="116" />
        106  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

millions  »  en  florins  ;  je  les  ai  convertis  en  francs  au
cours  de  1,83  (1).
Abbayes  et  Couvents.
Revenus  frs.

Abbaye  Afflegliem

292.000

(fl.

160.000)

Couvent  Auderghem

82.350

(fl.

45.000)

Abbaye  Grand-Bigard

82.350

(fl.

45.000)

Abbaye  La  Cambre

109.800

(fl.

60.000)

Couvent  Chartreux

73.200

(fl.

40.000)

Abbaye  Forêt

128.100

(fl.

70.000)

Abbaye  Grimberglie

146.400

(fl.

80.000)

les  autres  ont  54.000,  14.000  fl.

de  revenus

etc.

Noblesse.

Duc  d’Arenberg

732.000

(fl.

400.000)

Duc  de  Beaufort

146.400

(fl.

180.000)

Douairière  De  Celles

91.500

(fl.

50.000)

Comte  Dielfe

54.900

(fl.

30.000)

Comtes  Duras  et  Sœurs

91.500

(fl.

50.000)

Comte  Lannoy

73.200

(fl.

40.000)

Prince  La  Tour  et  Taxis

91.500

(fl.

50.000)

Comtesse  La  Tour  et  Taxis

36.600

(fl.

20.000)

Comte  Maldeghem

73.200

(fl.

40.000)

Comte  Mérode

183.000

(fl.

100.000)

Comte  Meren

73.200

(fl.

40.000)

Van  der  Noot

69,540

(fl.

38,000)

Van  Overstraeten

146,400

(fl.

80.000)

Comte  Veltliem

91.500

(fl.

50.000)

(1)  D’après  le  livre  de  caisse  de  la  «  Contribution  de  5  millions  »,
2.018.161  L  (livres  tournoises  ou  francs)  sont  1.098.776  fl.  donc  1  fl.
1.83  fr.
        <pb n="117" />
        GÈNESE  du  capital  industriel

107

Walckiers  de  Tronchienne  et  Veuve ­
  Nettine  et  fils  etc.  14(3,000  (fl.  80.000)
Les  trois  classes  de  la  société  avaient  un  revenu
total  en  florins  :

Le  Clergé

de

960.000

La

Noblesse

de

3.887.500

Les

Marchands

de

1.098.796

Total

5.946.276

Cette  comparaison  nous  montre  que  le  clergé  et  la
noblesse  avaient  à  Bruxelles  5  fois  autant  de  revenus
que  les  commerçants.  Les  7  plus  grandes  abbayes  et
couvents,  le  duc  d’Arenberg,  le  Comte  de  Mérode  et
le  duc  de  Beaufort  disposaient  d’une  fortune  égale  à
celle  de  tous  les  commerçants  de  la  métropole.
Dans  les  autres  grandes  villes  commerciales  de  la
Belgique,  Gand  et  Anvers,  nous  observons  une  situation ­
  analogue.  Malheureusement  ici,  les  listes  de  la  contribution ­
  ne  nous  indiquent  pas  les  revenus  des  contribuables. ­
  Elles  nous  donnent  uniquement  les  sommes
qu'ils  (lurent  payer.  A  Gand,  la  contribution  de  7
millions  était  répartie  comme  suit  :  (1).
Livres  tournois  (2)
(en  chiffres  ronds)
Couvents  et  clergé  4.410.000
Noblesse  2.360.000
Capitalistes  230.000
7.000.000
(1)  Les  listes  contenant  les  comptes  détaillés  se  rapportant  à  la  contribution ­
  de  7  millions  ne  se  trouvent  pas  dans  les  archives  de  la  ville  de
Gand.  Au  catalogue,  à  côté  du  titre  de  cet  ouvrage,  se  trouve  la  note
«  peut  être  détruit  ».  Heureusement,  un  brouillon,  qui  aussi  d’après
l’ordre  de  l’ancien  archiviste,  était  condamné  à  disparaître,  a  été  conservé. ­
  C’est  d’après  ce  document  que  j’ai  établi  la  répartition  des  revenus.
(2)  Livre  tournois  égale  au  franc.
        <pb n="118" />
        108  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DÉ  LA  BELGIQUE
Nous  ne  devons  utiliser  ces  chiffres  qu’avec  précaution ­
  pour  arriver  à  l’établissement  des  revenus  des
trois  classes  de  la  société.  Les  documents  de  la  contribution ­
  de  la  ville  de  Bruxelles  nous  renseignent  que
les  couvents  devaient  payer  332  3/20  °/ 0  ;  la  noblesse  et
les  personnes  réputées  riches,  24  18/100  de  leur  revenu  (1).
Même  en  tenant  compte  de  ces  proportions,  nous  voyons
que  les  revenus  des  couvents  étaient  une  fois  et  demie,
et  ceux  do  la  noblesse  îo  fois  aussi  considérables  que
ceux  des  capitalistes  de  la  bourgeoisie  (2).
Les  quatre  plus  grandes  abbayes  ont  été  taxées  de  la
façon  suivante  :

Abbaye  St  Pierre

L.  1.000.000

»  Bandeloo

800.000

n  Drungen

500.000

»  Bavon

600.000

2.900.000

En  supposant  que  la  taxation  des  abbayes  fût  13
fois  aussi  lourde  que  celles  des  commerçants  nous  pouvons ­
  en  conclure  que  les  revenus  des  quatre  corporations
religieuses  étaient  égaux  à  ceux  de  tous  les  bourgeois
aisés  de  la  ville.  De  même,  pour  les  quatre  nobles  les

(1)  Livre  de  caisse  de  la  contribution  de  10  millions,  p.  215.
(2)  Ce  sont  seulement  les  riches  bourgeois  qui  furent  taxés,  car  nous
lisons  dans  un  document  officiel  «  Arrêté  que  la  ville  de  Gand  et  son
arrondissemeut  payera  à  la  République  française  une  contribution  de
sept  millions,  en  numéraire,  laquelle  sera  répartie  par  le  magistrat  ou
mayeursur  les  nobles,  les  prêtres,  les  maisons  religieuses,  les  privilégiés,
les  gros  propriétaires  et  les  capitalistes  et  non  sur  les  petits  cultivateurs,
ouvriers,  artisans  et  autres  citoyens  peu  aisés  ».  Arrêté  imprimé  se
trouvant  dans  les  archives  de  la  ville  de  Gand.  (L.  4.  9).
        <pb n="119" />
        GENÈSE  DU  CAPITAL  INDUSTRIEL

109

plus  riches  :  le  Baron  Drarck  (taxé  a  bO.OOO  L),  le
Baron  Clemmen  Peteghem  (50.000),  le  Joncker  Dekoninck
Mariakerke  (50.000)  et  le  Joncker  Du  Bois  &amp;lt;  40.000).
Dans  la  ville  d'Anvers,  qui  fut  taxée  à  10  millions,
232  nobles  payaient  1.032.313  florins  (1)  tandis  que  832
commerçants  n’en  payaient  que  5  10.988  (2).  Les  couvents
payaient  1.310.753  florins.
Les  plus  riches  commerçants  ne  payaient  pas  plus  do
7.000  florins  (3),  tandis  que  les  nobles  en  payaient  jusqu'à
28.000,  comme  Estborn  et  30.000  comme  la  demoiselle
Moretus.  La  fortune  de  Moretus,  chose  rare,  remontait
aux  temps  de  l'ancienne  splendeur  d’Anvers.
Des  récits  de  contemporains  nous  prouvent  que  ces
chiffres,  même  s’ils  ne  sont  pas  tout  a  fait  exacts
dans  leurs  détails,  donnent  une  idée  juste  de  la  répartition ­
  de  la  fortune  à  la  fin  du  XVIII e  siècle.
Le  Voyageur  dans  les  Pays  Bas  Autrichiens,  par
exemple,  nous  dit  que  le  clergé  avait  en  terres  plus
de  biens  que  le  reste  des  habitants  (4).
(1)  Quelques  nobles,  comme  par  exemple  Gogels  à  Anvers,  Nettine
à  Bruxelles,  sont  &amp;lt;les  commerçants,  mais  il  est  certain  que  ce  fait
arrivait  rarement.  “  Un  noble  s’y  croit,  écrit  le  Voyageur  dans  les  Pays
Bas  Autrichiens,  d’une  nature  différente  de  celle  du  roturier  :  la  profession ­
  du  commerçant  est  suivant  lui,  une  profession  roturière  qu  il  rougirait ­
  d’exercer.  Il  aime  mieux  rester  pauvre  que  de  devenir  riche  par  le
commerce  ;  il  ne  souffrira  pas  que  son  fils  que  la  nature  aurait  destiné  à
être  un  habile  commerçant  le  devienne  »  (v.  I.  p.  33).
(2)  Contribution  de  10  millions  imposée  à  la  ville  d’Anvers  en  1  an  II
de  la  République  française.  Ces  documents  se  trouvent  dans  les  archives
de  la  ville  d’Anvers.
(3)  Les  plus  riches  bourgeois  étaient  Janssens  (Médecin  :  a  payé
7.000  fl.)  A.  Geerts  (7.000)  Joanna  Van  l.aer  (G.000)  J.  J.  Bceckmans  (6.000)
J.  J.  Yanhal  (3.100)  F.  Dierpsens  (3.0C0)  etc.
(4)  Le  Voyageur,  1.  c.  vol.  I  p.  46  et  49.
        <pb n="120" />
        110

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

D’après  un  voyageur  anglais,  deux  tiers  des  biens
fonds  étaient  entre  les  mains  des  maisons  religieuses  (1).
A  Bruxelles,  les  plus  belles  maisons  entourant  le  Parc
appartenaient  aux  abbayes  (2).  D’après  Henne  et  Wauters
les  immenses  propriétés  que  les  corporations  avaient
acquises  dans  le  Brabant  formaient  le  tiers  du  territoire ­
  (3).
En  examinant  cette  répartition  des  revenus,  nous  nous
demandons  si  le  capital  industriel  n’a  pas  pour  origine
la  rente  foncière  accumulée  entre  les  mains  du  clergé
et  de  la  noblesse.
Mais  avant  d’aborder  ce  problème  il  convient  d’examiner ­
  quelles  étaient  les  antres  sources  du  capital
industriel.
Il  est  certain  que  beaucoup  de  petits  artisans  et  même
d’ouvriers  se  sont  transformés  en  petits  capitalistes  et
plus  tard  en  capitalistes  «sans  phrase»,  comme  les  appelle
Marx.
Des  industriels  comme  les  Peltzer  (4),  les  Simonis  (5)

(1)  C.  Este.  A  journey  in  the  year  1793  through  Flanders,  Brabant  and
Germany  to  Switzerland.  London,  1795.
(2)  Le  Voyageur,  1.  c.  v.  I,  p.  176.
(3)  Vandervex.de.  La  propriété  foncière,  1  c.  p.  156.
(4)  La  maison  Pei.tzer  fut  fondée  en  1790  par  Jean  Henri  Peltzer  qui
vint  de  Stolberg  établir  à  Hodimont  une  teinturerie  sur  cuves,  puis  se  fit
fabricant  drapier.  Son  fils  Edmond  Henri  Peltzer,  né  en  1797,  lui  succéda
et  fournit  une  longue  et  brillante  carrière.  Il  eut  pour  collaborateur
son  associé  Henri  Lieutenant.  Henri  Peltzer,  complètement  accaparé  par
l’industrie  lainière,  fit  réaliser  à  celle-ci  de  sérieux  progrès.  C’est  ainsi
qu’il  introduisit  à  Verviers  la  fabrication  de  nouveautés.  Ilfutle  premier
à  installer  dans  ses  usines  des  selfactors,  etc.  (Annuaire  de  l’industrie
textile,  p.  55).
(5)  La  maison  Iwan  Simonis  fut  fondée  en  1680  par  Henri  Simonis  qui
eut  son  fils  Jacques  pour  successeur.  C’est  à  Nijni-Nowgorod  que  le  chef
de  la  maison  Simonis  allait  vendre  ses  draperies.  (Annuaire  de  l’industrie
textile,  p.  51)  Les  manufacturiers  de  Verviers  voyageaient  au  début  à
pied,  avec  leurs  provisions  sur  le  dos.  C’est  seulement  en  1720  que,  grâce
au  maintien  de  la  paix,  leur  fortune  augmenta  et  qu’ils  “  eurent  des  chevaux ­
  et  voitures  pour  voyager»  (Renier.  1.  c.  p.  49).
        <pb n="121" />
        GENÈSE  DU  CAPITAL  INDUSTRIEL

iil

les  Godin  (1),  différents  maîtres  de  forges  et  de  verreries,
des  armuriers  et  des  tanneurs  ont  réussi  à  acquérir  une
importante  situation  après  des  débuts  modestes.  Pendant ­
  la  domination  française  notamment,  grâce  à  une
hausse  considérable  des  prix,  beaucoup  de  petites  entreprises ­
  se  transformèrent  en  grands  établissements.
Ainsi  Liéuin  Bauwens,  né  à  Gand,  le  14  juin  1769,
était  issu  d’une  ancienne  famille  industrielle,  qui  depuis
le  XIV e  siècle  était  inscrite  dans  la  corporation  des
tanneurs.  Tandis  qu’une  branche  de  cette  famille  figure
dans  leur  livre  «  comme  ne  faisant  pas  le  métier  »  et
que  l’un  de  ses  membres,  Conseiller  au  Conseil  de  Flandre
fut  annobli  en  1731,  le  père  de  Liévin  avait  continué
avec  succès  l’industrie  familiale  et  y  avait  apporté  de
tels  perfectionnements  que  ses  produits  luttaient  victorieusement ­
  sur  les  marchés  anglais  avec  ceux  des  meilleurs
fabricants  du  royaume.  Dès  l’âge  de  17  ans,  son  fils  avait
été  envoyé  en  Angleterre  pour  se  perfectionner  et  à  28  ans,
il  y  avait  déjà  fait  jusqu’à  trente  séjours.  Mais  son  père
était  mort  en  1789,  et  ses  nombreux  établissements
avaient  passé  à  sa  veuve  et  à  ses  treize  enfants  dont
cinq  fils  et  huit  filles.  Ces  établissements  étaient  con-(I

  )  La  papeterie  Godin,  fondée  en  1613,  employait  trois  cuves  à  la  tin
du  XVIII e  siècle.  D’autres  élablissemente  se  trouvaient  sur  les  rives  du
Hoyoux,  d’une  importance  plus  ou  moins  grande;  ici,  s’étaient  des  ateliers
occupant  une  équipe  de  plusieurs  ouvriers,  là,  c’était  une  famille  traitant
pour  son  propre  compte  la  paille  et  les  chiffons.  Telle  était  la  situation
vers  la  tin  du  XVIII»  siècle;  mais  peu  à  peu,  les  relations  de  la  firme
Godin  s’accrurent  ;  son  importance  devint  de  plus  en  plus  considérable
et  son  usine  de  Chinet  absorba  toutes  ces  petites  fabriques.  En  1899,  l’ensemble ­
  des  établissements  Godin  occupait  2000  ouvriers.  (G.  Drèze.  La
papeterie  Godin.  Liège-Exposition,  janvier  1899,  p.  22).
        <pb n="122" />
        112  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

sidérables  :  outre  deux  grandes  tanneries  à  Gand,  il  y
en  avait  une  très  importante  à  Passy  près  Paris,  dans
l’ancien  couvent  des  Bonshommes.  La  maison  Bauwens
était  également  chargée  des  grandes  livraisons  de  cuirs
pour  les  armées  françaises,  notamment  pour  celle  de
Sambre  et  Meuse  commandée  par  le  général  Hoche  en
1795  ;  elle  était  aussi  cessionuaire  des  fermages  et  revenus ­
  des  domaines  nationaux  de  toute  nature  dans  les
neufs  départements  réunis  en  1796.  (1)
Grâce  à  l’introduction  de  la  mule-jenny  dans  l’industrie ­
  cotonnière,  Bauwens  acquit  une  fortune  immense.
Sa  famille  avait  à  Paris  sept  palais,  parmi  lesquels
celui  de  Richelieu  entretenu  à  grands  frais.  (2)
Toute  cette  fortune  s’évanouit,  comme  elle  s’était  \  constituée, ­
  avec  l’aigle  impérial  (2).
Les  biens  de  Liévin  Bauwens  furent  exposés  en  vente
en  1814,  à  la  requête  d’un  chambellan  de  l’empereur.
Quelques  jours  plus  tard,  poursuivi  par  trois  huissiers
qui  avaient  mission  de  le  conduire  en  prison,  il  s’enfuit ­
  à  Paris.  Les  fondateurs  du  tissage  mécanique,  les
frères  Lousbergs,  furent  aussi  déclarés  en  faillite  (3).
Les  industriels  de  Gand  succombèrent  à  une  crise
politique.  D’autres  échouèrent  dès  les  débuts,  à  cause
de  leur  peu  de  ressources.
L’histoire  des  grandes  entreprises  belges  nous  enseigne ­
  qu’elles  végétèrent,  aussi  longtemps  qu’elles  se  trouvèrent ­
  entre  les  mains  de  gens  ne  possédant  -  que  de
(1)  N.  De  Pauw.  Liévin  Bauwens,  1.  c.  p.  10.
(2)  L.  Varlez,  1.  c.  v.  I.  p.  280.
(3)  Ib.  p.  36.
        <pb n="123" />
        GENÈSE  DU  CAPITAL  INDUSTRIEL

113

petits  capitaux.  Leur  développement  ne  commença  qu’à
partir  du  moment  où  elles  furent  acquises  par  de  puissants ­
  capitalistes.
Ainsi,  le  chimiste  Dony  parvint,  en  1808,  à  obtenir
le  zinc  à  l’état  de  métal  parfait  et  à  un  prix  avantageux. ­
  Pour  prix  de  son  invention,  le  Gouvernement
Impérial,  par  décret  du  19  janvier  1810,  lui  octroya
un  brevet  d’une  durée  de  quinze  années  pour  la  première ­
  fonderie,  qui  n’a  «pas  et  ne  peut  avoir  de  rivale
en  grand  dans  l’Empire  français  non  plus  (pie  dans
l’étranger».  En  1800,  le  Gouvernemeut  avait  accordé
à  Dony  la  concession  de  la  mine  de  la  Vieille  Montagne, ­
  moyennant  une  imposition  annuelle  de  40.500  frs.
et  une  redevance  sur  les  produits  exploités.
En  1810,  Dony  installa  à  Liège,  entre  les  faubourgs
de  Saint-Léonard  et  de  Vignies,  une  nouvelle  usine
comprenant  huit  fourneaux  à  réverbère,  à  40  creusets.
Mais  il  ne  suffisait  pas  d'avoir  inventé  une  méthode
de  réduction  du  zinc  ;  il  fallait  trouver  en  outre  la
manière  de  se  servir  du  métal  ;  il  fallait  amener  le
public  à  en  étendre  l'usage,  après  en  avoir  découvert
de  nouvelles  applications.
Produit  nouveau,  le  zinc  ne  pouvait  pas  s’assurer
d’emblée  des  débouchés  fixes  et  de  nature  à  permettre
l'écoulement  d’une  production  importante.
Dette  situation  s’aggrava  d’une  crise  commerciale
intense  qui  dura  fort  longtemps.  Dony  vit  toutes  ses
ressources  financières  s’épuiser  et,  malgré  la  collaboration ­
  de  deux  praticiens  de  grande  valeur,  Joseph  et
Nicolas  Poncelet,  malgré  le  secours  pécuniaire  que  lui
        <pb n="124" />
        114

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

apporta  le  sieur  Cliaulet,  sous  la  forme  d’un  prêt  de
300.000  francs,  il  ne  put  mener  son  œuvre  à  bonne
fin.
Les  droits  de  propriété  du  malheureux  inventeur
passèrent  entre  les  mains  de  Dominique  Mosselmann.
Grâce  à  la  puissance  de  ses  capitaux  et  à  son  énergie,
Mosselmann  assura  à  la  mine  de  la  Vieille  Montagne
une  exploitation  régulière,  mit  en  valeur  l'usine  de
Saint-Léonard  et  consacra  sa  vie  à  perfectionner  la
fabrication  du  nouveau  métal  et  à  lui  chercher  des
applications  et  des  débouchés  (1).  Plus  loin,  nous  étudierons ­
  l’origine  des  capitaux  de  Mosselmann.
La  Verrerie  de  Vonèche,  depuis  sa  fondation  (1778)
végétait  entre  les  mains  de  petits  capitalistes,  C’est
seulement  depuis  1802,  quand  elle  fut  acquise  par  un
riche  industriel  de  Paris,  Aimé  Gabriel  d'Ariigues
que  la  fabrique  qui,  depuis  la  mort  de  son  premier
directeur,  n’avait  fait  (pie  péricliter,  «devint  l’une  des
plus  importantes  de  l’Empire  français  et  que  sa  réputation ­
  se  répandit  au  loin»  (2).  C’est  cet  établissement
qui  fournit  les  premiers  éléments  des  Verreries  du  Val
Saint-Lambert.
Quand  dans  les  charbonnages,  des  sommes  considérables ­
  devinrent  nécessaires  pour  introduire  les  machines ­
  à  feu,  les  pauvres  ouvriers  charbonniers  n’étant
pas  en  état  de  fournir  les  fonds,  durent  recourir  à  de

(1)  1837-1905.  Société  de  la  Vieille  Montagne.  Exposition  universelle  de
Liège,  1905,  p.  18-22.
(2)  Florent  Pholien.  La  verrerie  et  ses  artistes  au  pays  de  Liège.  Liège
1900,  p.  135  ss.
        <pb n="125" />
        GENÈSE  DU  CAPITAL  INDUSTRIEL

115

plus  puissants  qui,  pour  se  payer  de  leurs  avances,
exigèrent  un  tantième  dans  les  produits  de  l’exploitation ­
  ;  cette  redevance,  nommée  droit  d’exhauie,  s’élevait ­
  quelquefois  au  onzième  et  était  rarement  inférieure
au  quatorzième  denier  de  tout  le  charbon  extrait.  Il  y
avait  dans  cette  opération  financière  une  source  de
gros  bénéfices,  qui  fut  avidement  exploitée  par  quelques
personnes  riches  (1).  C’est  entre  les  mains  de  celles-ci
que  passèrent  les  charbonnages.
Ainsi,  par  exemple,  les  Charbonnages  de  Bois  du
Luc  avaient  appartenu,  en  1680,  à  trois  simples  ouvriers. ­
  Quand,  plus  tard,  l’exécution  d'une  deuxième  galerie ­
  d’écoulement  exigea  une  dépense  de  20.000  florins,
le  seigneur  de  Houdeng  convertit  ses  droits  de  cens
et  d’entrecens  en  une  part  de  trois  dixièmes  dans  l’avoir
social  (2).
Le  Gouffre,  un  des  plus  anciens  charbonnages  du  bassin ­
  de  Charleroi,  était  en  1778,  affermé  et  exploité
séparément  par  des  porteurs  de  permission  ou  de  coDgé
De  nombreux  procès  surgirent  et  pour  y  mettre  fin,
le  duc  d'Arenberg,  seigneur  de  Châtelineau,  forma  une
société  pour  l’exploitation  de  la  veine  du  Gouffre.  Ce
fut  l’origine  de  la  Société  de  Couillet  (3).
Ce  phénomène  n'est-il  pas  naturel  ?  Les  petites  entre-(1)

  Gonzm.ks  Decamps.  Mémoire,  1.  c.  p.  22.
(2)  Jules  Moxnoykr.  Mémoire  sur  l’origine  et  le  développement  de
1  industrie  houillère  dans  le  bassin  du  Centre  Mons  1873,  p.  42.  Une  somme ­
  considérable  lut  prêtée  aussi  aux  charbonnages  par  trois  capitalistes, ­
  issus  d’une  noble  farni  le  irlandaise.
(3)  Exposition  Nationale,  1880,  Société  anonyme  de  Marcinelle  et
Couillet,  p,  H.
        <pb n="126" />
        Ü6

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

prises  ne  savent  pas  résister  aux  orages  des  temps  ;
elles  échouent  facilement  devant  le  moindre  obstacle.
Une  crise  politique  ou  économique  suffit  pour  les  faire
disparaître.
Pour  avoir  une  certaine  force  de  résistance,  l’industrie ­
  a  besoin  de  capitaux  dès  le  début.
Uu  temps  de  l’Empire,  c'était  Napoléon  qui  subsidiait
  l’industrie.  Le  fondateur  de  la  fonderie  de  canons
à  Liège,  Périer,  par  exemple,  a  obtenu  de  lui  des
avances  successives  qui  se  montèrent  à  1.700.000  frs  (1).
Pendant  la  domination  hollandaise,  le  Roi  Guillaume
et  le  Gouvernement  mirent  à  la  disposition  de  l’industrie ­
  de  grands  capitaux,  qui  permirent  à  beaucoup  de
grandes  entreprises  de  se  constituer,  telles  les  usines
de  Cockerill  et  du  Phénix  à  Gand.
Cockerill  obtint  du  Roi  non  seulement  le  Château
de  Seraing,  pour  une  somme  inférieure  au  dixième  de
sa  valeur  (c’est  là  qu’il  installa  son  usine),  mais  aussi
des  prêts  d’argent  jusqu’à  concurrence  d'une  somme
de  300.000  florins  “  à  titre  d’encouragement  et  pour  le
perfectionnement  de  son  industrie  ».
Eu  1825,  pour  régler  le  compte  des  avances  qu’il
avait  reçues  et  fortifier  sa  situation  et  ses  ressources
financières,  John  Cockerill  vendit  au  Gouvernement
des  Pays-Bas,  la  moitié  de  son  usine  de  Seraing  pour
un  million  de  florins.  «  C’était  alors,  écrit  le  biographe
du  grand  industriel,  la  seule  opération  qu’il  pût  faire
et  par  la  protection  éclairée  du  roi,  pour  se  procurer

(4)  Franquoy.  1.  c.  p.  382,
        <pb n="127" />
        GENÈSE  DU  CAPITAL  INDUSTRIEL

117

cet  argent,  car  s’il  avait  dû  le  tirer  des  organismes
financiers  marchant  de  pair  avec  les  créations  industrielles, ­
  il  aurait  pu  attendre  trois  quarts  de  siècle  et
passer  notre  frontière  de  l’Est,  la  Belgique  n’étant  pas
encore,  à  l’heure  présente,  outillée  pour  ces  services ­
  »  (1).
L’industrie  cotonnière  recevait  aussi  de  larges  subsides ­
  du  roi,  qui  désirait  rendre  tout  son  lustre  à
l’industrie  gantoise  (2).
Le  12  juillet  1821,  une  loi  fut  votée,  décidant  qu’une
somme  de  1.300.000  florins  serait  prélevée  annuellement ­
  sur  le  produit  des  douanes,  pour  être  affectée  à
l'encouragement  des  industries  languissantes  ou  nouvelles ­
  (3).
En  dehors  de  ces  fonds  gouvernementaux  et  royaux,
des  capitaux  privés  de  la  Hollande  jouèrent  un  certain ­
  rôle  dans  l’histoire  de  l’industrie  belge.  Ainsi,
Failpoult  nous  dit  dans  son  Mémoire  Statistique  de
1805,  qu’une  circonstance  qui  a  souvent  favorisé  la
formation  des  nouvelles  industries  dans  le  Département
de  1  Escaut,  c’est  la  facilité  qu’éprouvaient  les  maisons
de  Gand  à  trouver  en  Hollande  des  fonds  à  intérêt
modique  (4).
Plus  tard,  pendant  la  réunion  de  la  Belgique  aux
Pays-Bas,  la  situation  semble  s’être  modifiée.  «  Tous
les  capitalistes  hollandais,  écrit  un  contemporain  bien
(1)  Pierre  Jacquemin.  John  Cockerill.  Sa  \ie  industrielle,  p.  &amp;lt;2.
(2)  L.  Varlez  1.  c.  v.  I.  p.  39.
(3)  I  ranquoy.  1.  c.  p.  39.
(4)  Failpoult.  1.  c.  p.  152.
        <pb n="128" />
        118  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

informé,  s’effrayaient  des  mots  :  Encourager  l’industrie
nationale  »  (1).  Ils  préféraient  les  chances  du  jeu  et  de
l’agiotage,  et  des  millions  furent  perdus  dans  des  emprunts ­
  contractés  par  l’Espagne,  les  Etats  de  l’Amérique ­
  du  Sud,  etc.
En  dehors  de  ces  capitaux  étrangers,  il  y  en  eut  en
Belgique  qui  eurent  leur  origine  dans  la  spéculation  ;  telle
la  fortune  de  la  famille  Orban,  qui  provient  de  la
spéculation  sur  les  assignats.
Michel-Joseph  Orban  était  originaire  du  Luxembourg  ;
il  appartenait  à  une  famille  de  cultivateurs  de  Heyd,
où  il  naquit  le  12  septembre  1752.  Fils  unique  et  orphelin,
il  réalisa  son  modeste  patrimoine  et  vint,  peu  avant
la  révolution  de  1789,  s’établir  à  Liège,  emportant  pour
toute  fortune  onze  louis  (2).
Il  y  ouvrit  eu  premier  lieu  (dans  la  maison  du  Peigne
rouge,  rue  du  Pont  d’Tle)  un  commerce  d’achat  et  de
vente  de  lin  ;  en  1787,  il  y  ajouta  le  trafic  du  café,
enfin,  peu  après  l’explosion  de  la  Révolution  française,
il  commença  le  débit  de  ce  qu’on  qualifiait  alors  articles ­
  de  Paris,  parfumerie,  coiffure,  bimbeloterie,  etc.  Il
tenait  aussi  un  dépôt  de  lampes  d’un  nouveau  système,
appelé  quinquet.
L’ingénieux  Orban  sut  tirer,  à  l’époque  de  la  Révolution, ­
  un  double  profit  de  l’exploitation  de  ces  divers
produits  parisiens.  Par  leur  nouveauté,  par  leur  origi-(1)

  Th.  Wilson.  De  l’influence  des  capitaux  anglais  sur  l’industrie
européenne  depuis  la  révolution  de  1688  jusqu’en  1817.  Nouvelle  Edition
Bruxelles,  1869,  p.  111.
(2)  F.  Capitaine.  Essai  biographique  sur  Henri  Joseph  Orban,  1858,  p.7.
        <pb n="129" />
        GENÈSE  DU  CAPITAL  INDUSTRIEL

119

nalité,  par  le  choix  qui  eu  avait  été  fait,  les  marchandises ­
  de  Paris  attiraient  la  bonne  clientèle  et  jouissaient ­
  d’une  grande  vogue,  taudis  qu’elles  portaient  au
loin  la  renommée  du  vendeur.
Durant  cette  période,  celui-ci,  par  un  calcul  qui  fait
connaître  l’homme,  n’était  point  resté  à  Liège.  Aussitôt ­
  que  les  assignats  eurent  été  émis,  Michel  Orban,
persuadé  que  ces  papiers-monnaies  obligatoires,  mais
promptement  dépréciés,  conserveraient  plus  longtemps
leur  valeur  à  Paris  qu’en  province,  s’était  rendu  dans  la
capitale  de  la  France.  Là,  il  achetait,  en  payant  avec
des  assignats,  de  graudes  quantités  d'articles  de  Paris,
qu’il  expédiait  ensuite  à  sa  femme  demeurée  à  Liège.
Celle-ci  les  revendait  en  recevant  en  payement  les
assignats,  dont  tout  le  monde,  dans  les  départements
surtout,  cherchait  à  se  défaire  à  n’importe  quel  taux
pour  ainsi  dire,  et  elle  s’empressait  de  les  envoyer  à  son
mari  à  Paris  (1).
Mais  ce  n’était  qu’un  modeste  début.  Avec  une  partie ­
  des  bénéfices  réalisés,  Orban  commença  à  acheter
des  immeubles.  Le  moment  paraissait  très  favorable  pour
des  spéculations  de  ce  genre.  On  assistait  aux  dernières
convulsions  de  l’Empire.  L’instabilité  des  pouvoirs  et
des  régimes  gouvernementaux,  les  craintes  d’un  avenir
menaçant,  le  manque  général  d’argent,  résultat  des
années  de  perturbation  et  de  misère  que  provoqua  la
Révolution  à  la  fin  du  siècle  passé,  résultat  aussi  du

(2)  Théodore  Gobert.  Les  rues  de  Liège  anciennes  et  modernes,  v.  11.
p.  624.
        <pb n="130" />
        120  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
drainage  financier  opéré  par  les  guerres  de  la  République ­
  et  de  Napoléon  I,  avaient  avili  le  prix  des  propriétés ­
  foncières.  Escomptant  un  relèvement  plus  ou
moins  prochain  et  des  transformations  à  l’intérieur
de  la  cité,  J.  Orban  et  ses  fils  voulurent  placer  une
partie  de  leurs  gains  dans  des  achats  de  terrains.
Le  31  janvier  1815,  ils  acquirent,  au  prix  incroyable
de  quinze  mille  francs,  en  plein  centre  "de  Liège,  le
moulin  dit  Winant,  avec  des  terrains  et  des  îles  considérables, ­
  qui  avait  appartenu  pendant  les  siècles
passés  en  partie  aux  Chartreux,  en  partie  aux  Dominicains. ­
  C’est  cet  ensemble  d’îles  qui  fut  bientôt  appelé
par  le  peuple  île  Orban.
En  attendant  la  revente  à  hauts  prix,  les  Orban,  dès
1817,  reliaient  les  îles  à  la  terre  ferme  en  comblant
certaines  parties  et  ils  arrondissaient  leurs  biens  par
des  achats  successifs  d’immeubles  voisins  (1).
En  mourant,  Orban  laissa  à  ses  enfants  autant  de
millions  de  francs  qu’il  avait  de  louis  en  arrivant  à
Liège.  Son  fils  Henri-Joseph  joua  plus  tard  un  rôle
très  important  dans  l’histoire  de  l’industrie  belge.
D’autres  réalisèrent  également  de  grandes  fortunes
en  achetant  des  biens  ecclésiastiques,  qui  furent  vendus ­
  pendant  la  révolution  française  à  des  prix  dérisoires. ­

En  1789,  on  nationalisa  les  biens  ecclésiastiques  et
en  1790,  la  vente  en  fut  ordonnée.  Les  adjudications
donnèrent  lieu  aux  plus  grands  abus.  La  plupart  des

(1)  Ib.  p.  625.
        <pb n="131" />
        GÉNÈSE  DU  CAPITAL  INDUSTRIEL

121

fonctionnaires,  chargés  de  présider  les  ventes,  se  portaient ­
  connue  enchérisseurs  et  intimidaient  les  autres
concurrents  pour  acquérir  les  biens  à  vil  prix  (1).
A  Huy,  par  exemple,  l’Administration  communale
procéda  plusieurs  fois,  sans  la  moindre  publicité,  aux
ventes  des  biens  nationaux,  des  of’iciers  municipaux
et  des  employés  de  la  Ville  ayant  trouvé  ce  moyen
très  simple  pour  les  acquérir  à  vil  prix  (2).
La  loi  du  11  mai  1790  favorisa  les  spéculations.
Elle  exigeait  le  versement  de  12 0 / o  du  prix  dans  la
quinzaine  de  la  vente  et  accordait  douze  ans  pour  payer
le  reste  du  compte  par  annuités.  L’acquéreur  tavait
toujours  le  droit  d’anticiper  le  paiement  de  tout  ou
partie  de  sa  dette.  (3)  Comme  les  paiements  pouvaient
être  faits  en  assignats,  et  que  ceux-ci  perdirent  en
quelques  années  plus  de  90  %  de  leur  valeur,  on  peut
s’imaginer  à  quel  prix  infime  les  biens  nationaux  passèrent ­
  entre  les  mains  des  particuliers.
«  Mettre  en  vente  en  1791,  écrit  Lecarpentier,  des
étendues,  de  grosses  métairies,  de  grands  domaines  ;
accorder  aux  acquéreurs  douze  ans  pour  payer  ;  accepter ­
  les  assignats  en  paiement  de  ces  biens  pour  leur
valeur  nominale  et  déprécier  ce  papier-monnaie  par  des
émissions  fantastiques,  qu’était-ce  donc  véritablement

(1)  L.  DeLauzacde  Laborie.  La  domination  française  en  Belgique,  v.  II
p.  174  et  175.
l 2)  J.  Demarteau.  La  Révolution  française  à  Liège  et  les  classes  populaires. ­
  Conférences  de  la  Société  d'art  et  d’histoire  du  diocèse  de  Liège,
1888,  p.205.
(3)  G.  Lecarpentier.  La  vente  des  biens  ecclésiastiques  pendant  la  Révolution ­
  française.  Paris,  1908,  p.  70,
        <pb n="132" />
        122  EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
sinon,  suivant  le  mot  de  Mirabeau,  donner  les  biens
ecclésiastiques  ?»  (1)
Des  églises  étaient  vendues  pour  quelques  centaines
de  francs.  Celle  de  Saint-Pierre  à  Saint-Trond  ne  coûta
que  375  francs  ;  celle  de  Sainte-Catherine,  280  francs.
A  Liège,  le  mobilier  de  Saint-Paul  fut  adjugé  505  francs;
celui  de  Saint-Jacques,  181  francs  ;  celui  de  Saint-Denis
05  francs  ;  celui  de  Saint-Bartliélémy,  17.
Dans  le  Limbourg,  les  acquéreurs  de  biens  nationaux
étaient  à  ce  point  traités  en  voleurs  par  la  population,
qu’un  arreté  spécial  dût  être  pris  pour  leur  accorder  la
faculté  de  porter  des  armes  (2).
Malheureusement,  nous  savons  en  somme-  très  peu  de
chose  sur  la  vente  des  biens  nationaux  en  Belgique.  Les
historiens  locaux  nous  ont  très  peu  renseignés  sur  les
acquéreurs  de  ces  biens.  «  Leurs  descendants,  me  disait
un  archiviste,  font  beaucoup  de  bien  et  on  n’aime  pas
de  dévoiler  l’origine  de  leur  fortune  ».
Aussi  ne  puis-je  citer  que  quelques  noms  de  personnes ­
  qui  se  sont  enrichies  par  l’achat  des  biens
nationaux  et  qui  plus  tard  placèrent  leurs  capitaux
dans  l’industrie.  Un  certain  citojmn  Lecoulteux  Canteleu,
  par  exemple,  qui  plus  tard  devint  président  du
Sénat  en  France  avec  la  sénatorerie  de  Lyon,  acheta,
le  2  brumaire  an  VI  le  couvent  des  Chartreux  à  Liège  (3).
Prévoyant  sans  doute  un  changement  gouvernemental,
il  vendit  l’ancienne  propriété  et  acquit  avec  le  produit

(1)  Ib.  p.  9.
(2)  Demarteau.  1.  c.  p.  205.
(3|  Gobert.  1.  c.  p.  245.
        <pb n="133" />
        GENESE  DÛ  CAPITAL  INDUSTRIEL  •  123

de  la  vente  le  charbonnage  dit  de  la  Chartreuse  qu’il
conserva  jusqu’en  1837.
La  famille  Braconnier'  s’enrichit  aussi  par  l’achat  des
biens  ecclésiastiques.  A.  J.  Braconnier,  juge  au  Tribunal ­
  civil,  fondateur  de  la  famille,  acquit  le  12  brumaire
au  VI  les  terrains  du  couvent  de  Saint-Laurent,  où  il
commença  à  exploiter  la  houille  (1).
Mosselmann,  qui  fournit  des  capitaux  à  la  Vieille
Montagne,  avait  considérablement  augmenté  une  petite
fortune  acquise  dans  le  commerce  des  grains,  en  achetant ­
  les  biens  ecclésiastiques  dans  le  voisinage  de
Villers-la-Ville  (2).
Le  fabricant  d’armes  Gosuin,  qui  plus  tard  participa
activement  à  la  fondation  de  beaucoup  d’établissements
industriels  de  Liège,  s’enrichit  par  l’achat  des  biens
noirs.  L’archiviste  liégeois  Gobert  m’a  raconté  que  lors
de  l’adjudication,  il  avait  placé  devant  l'hôtel  de  ville
ses  hommes  qui  empêchèrent  l’ent v ée  de  tout  concurrent. ­
  Il  put  ainsi  obtenir  les  biens  exposés  à  la  vente
pour  un  prix  minime.
La  rente  foncière,  accumulée  par  les  couvents  et
abbayes,  passa  ainsi  entre  les  mains  bourgeoises  et
féconda  l’industrie  naissante.
Je  suis  convaincu  que  si  l’on  écrit  un  jour  l’histoire
de  la  vente  des  biens  nationaux  en  Belgique,  on  trouvera ­
  bien  d’autres  fortunes  ayant  cette  origine.  L’in-(1)

  Ib.  v.  II.  p.  149-(2)
  Je  dois  ce  renseignement  à  M.  Warnotte,  Chef  du  Service  de  la
Documentation  à  l’Institut  de  Sociologie.
        <pb n="134" />
        124  évolution  Industrielle  de  la  Belgique
dustrie,  pleine  de  promesses  sous  l’Empire,  devait  attirer ­
  ces  capitaux  si  facilement  gagnés
Mais  la  rente  foncière  accumulée  contribua  aussi
d’une  autre  façon  à  la  création  du  capital  industriel.
Nous  avons  déjà  cité  les  noms  de  deux  grands  propriétaires ­
  fonciers  qui  prirent  part  à  la  fondation  des
charbonnages  de  Bois  du  Luc  et  de  Couillet.  Ce  ne  sont
pas  les  seuls.
Parmi  les  personnes  demandant  des  concessions  de
mines  de  bouille  dans  le  bassin  de  Liège  sous  le  régime ­
  hollandais,  nous  trouvons  à  côté  des  Orban,  Cockerill,
  de  Lamine,  etc.,  les  plus  grands  seigneurs  du  pays.
Pour  n’en  citer  que  quelques-uns  :  Mercy  d'Argenteau,
de  Clerx  d'Aigremont,  le  comte  d'Oultremont,  le  prince
d'Arenberg,  la  douairière  de  Mean,  le  comte,  de  Theux,
le  comte  de  Montmorency,  le  comte  H  anal,  le  comte
de  Borchgrave,  le  baron  de  Potesta,  de  Liedekerke-Beaufort,
  de  Berlaymont,  etc.  (1).
Le  rôle  de  ces  capitaux  de  la  noblesse  était  très  important ­
  à  cette  époque.  Nous  pouvons  nous  en  convaincre ­
  en  lisant  le  livre  déjà  cité  de  Wilson,  qui  a  pris
une  part  active  dans  les  affaires  commerciales  pendant
la  réunion  de  la  Belgique  aux  Pays-Bas.  Il  nous  dit
qu’après  l’entrée  des  Français  en  Belgique,  un  grand
nombre  de  vieilles  familles  attachées  à  la  maison
d’Autriche  quittèrent  le  pays  ;  elles  vendirent  leurs

(I)  Je  dois  ces  données  à  M.  Gobert,  archiviste  de  la  provincé  de  Liège, ­
  qui  me  les  a  fournis  d’après  «  les  dossiers  concernant  les  demandes
en  concession  de  mines  de  houille  »  et  se  trouvant  dans  les  archives
provinciales.
        <pb n="135" />
        GENÈSE  DU  CAPITAL  INDUSTRIEL

125

biens-fonds  et  en  dépensèrent  le  produit  en  pays  étranger. ­
  «  Ce  fut  pour  cette  raison  que  les  capitaux  disponibles ­
  en  Belgique  pour  les  transactions  commerciales ­
  étaient  fort  peu  considérables..  A  la  mort  de  ces
propriétaires,  les  héritiers  revenus  eu  Belgique  trouvèrent ­
  la  valeur  des  capitaux  tellement  augmentée
qu’en  un  fort  court  espace  de  temps  une  somme  considérable ­
  était  passée  entre  les  mains  des  propriétaires
belges.  «  On  estime  à  150  millions  de  francs  la  valeur
des  propriétés  revenues  ainsi  en  possession  des  propriétaires ­
  nationaux  à  l’époque  dont  nous  parlons  (1).  Le
retour  des  émigrés,  qui  dépensèrent  leurs  revenus  dans
le  pays,  fut  très  avantageux  pour  la  prospérité  de  la
Belgique  (2).
Quelques  chiffres  permettront  d’apprécier  l’accroissement ­
  rapide  des  fortunes  immobilières.  De  17G7  à  1830,
la  valeur  d’un  hectare  de  terre  dans  l'arrondissement
d’Audenarde  augmenta  de  1087,75  fr.  soit  137°/ 0 ;de  176&amp;lt;
à  1835  la  hausse  fut  de  1G8  °/ 0  ;  de  1767  à  1840,  elle  fut
de  205  °/ 0  (3).
La  fortune  des  Warocqué  est  aussi  d'origine  foncière. ­
  «En  1811,  écrit  Vandervelde,  le  fondateur  de
la  dynastie  des  Warocqué  était  médaillé  par  le  Gouvernement ­
  napoléonien  comme  le  principal  planteur  des
betteraves  à  sucre  de  l’arrondissement  de  Charleroi.-»
L’histoire  de  la  Société  générale  pour  favoriser  l'industrie ­
  nationale,  montre  bien  l’insignifiance  du  rôle

(t)  Wilson.  De  l’influence  des  capitaux  anglais,  Le.  p.  H0.
(2)  Ib.
(3)  Van  der  Meersch.  1.  c.  p.  223
        <pb n="136" />
        126  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
joué  eu  Belgique  dans  la  première  partie  du  XIX me
siècle  par  le  capital  commercial.
Par  son  arrêté  du  28  août  1822  et  par  l’article  7  des
Statuts  de  la  Société  générale,  le  Roi  transféra  à  cette
Société  comme  premier  fonds  et  gage,  ses  immeubles
évalués  à  20  millions  de  florins.  Comme  intérêt  du
prix  des  immeubles,  la  Société  devait  de  1823  à  1849
payer  annuellement  500.000  florins  au  Roi,  plus,  à  partir ­
  de  1825,  une  annuité  croissant  chaque  année  de
50.000  florins,  jusqu’à  ce  qu’elle  atteignît  500.000  florins ­
  (1).
Une  dotation  immobilière  était  un  élément  de  crédit
et  de  succès.  Mais  malgré  cette  dotation,  malgré  la
garantie  de  5  °/ 0  d’intérêt  donnée  par  le  Roi,  le  public
des  deux  parties  du  Royaume  ne  souscrivit  que  5426  1/2
d’actions  en  six  mois,  durée  assignée  à  la  souscription
ouverte  pour  60.000  titres.
Le  roi  Guillaume  prit  plus  tard  encore  25.800  actions
de  telle  façon  que  31.226  1/2  actions,  représentant  un
capital  de  15.613.250  florins  furent  souscrites  (2).
.Jusqu’en  1830,  la  Société  Générale  administre  ses
domaines  comme  un  bon  père  de  famille  qui  a  l’intention ­
  de  les  conserver.  Plus  d’une  fois,  elle  déclare
à  ses  actionnaires  que  «  les  ressources  de  l’avenir  sont
ménagées  avec  autant  de  soins  et  de  prudence  que
peut  le  faire  le  propriétaire  le  plus  prévoyant  ;  que

(1)  J.  Malou.  Notice  historique  sur  la  Société  générale  pour  favoriser
l’industrie  nationale,  établie  à  Bruxelles  (d823-1802)  Bruxelles,  4  8(53,
p.  H.
(2)  Ib.  p.  1.
        <pb n="137" />
        GENÈSE  DU  CAPITAL  INDUSTRIEL

127

les  réserves  sont  nombreuses,  qu'elle  assure  la  reproduction, ­
  etc.  En  1831,  au  système  de  bon  ménagement
et  de  conservation  des  immeubles  succède  le  système
d’aliénation  «  (1).
“  Il  est  difficile  à  fixer  dès  à  présent,  dit  le  rapport
de  la  Direction  de  1843,  le  chiffre  des  bénéfices  que
la  vente  des  propriétés  de  la  Société  lui  a  procurés  ;
mais  chacun  de  vous,  Messieurs  (les  actionnaires),  peut
comprendre  que  ce  bénéfice  est  important  et  qu’employé ­
  avec  ménagement  et  prudence,  il  assure  un  avenir ­
  favorable  aux  actionnaires  de  la  Société  «  (2).
D’après  un  rapport  présenté  au  Congrès  national  en
1831  par  M.  de  Stappers,  inspecteur  de  l’administration
forestière,  les  domaines  de  la  Société  avaient  en  9  ans
presque  doublé  de  valeur.  (En  1822,  ils  valaient  20  millions ­
  de  florins  ;  en  1831,  38  millions  de  florins)  (3).
Jusqu’en  1840,  la  Société  générale  avait  vendu  des
biens  pour  35.139.317  francs  (4).  C’est  vers  ce  temps
que  son  activité  industrielle  commença  à  se  manifester. ­
  L’intérêt  total  engagé  dans  des  entreprises  charbonnières, ­
  métallurgiques,  etc.  monta  de  3.705.000  florins, ­
  en  1835,  à  38  006.000,  en  1810.  Le  capital  des  sociétés ­
  alors  reconnues,  qui  étaient  sous  le  patronnage
médiat  ou  immédiat  de  la  Société  générale  était  de
60.530.000  francs  (5).

(t)  Ib.  p.  14.
(2)  Ib.  p.  15.
(3)  Vandervei.de.  La  propriété  foncière.  1.  c.  p.  165,
(4)  J.  Mai.ou.  1.  c.  p.  14.
(5)  Ib.  p.  50  et  51.
        <pb n="138" />
        128  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
Ce  fut  donc  en  grande  partie  avec  les  bénéfices  réalisés ­
  par  la  vente  de  ses  domaines  que  la  Société
générale  favorisa  l’épanouissement  de  l’industrie  belge.
Dans  la  formation  du  capital  industriel  en  Belgique,
la  rente  foncière  semble  en  conséquence  avoir  joué
dans  les  débuts  un  rôle  fort  important.
Nous  ne  prétendons  pas  que  ce  fut  la  seule  voie  de
tormation  du  capital.  Nous  avons  montré  que  des  capitaux ­
  se  sont  aussi  formés  grâce  au  travail  patient  des
générations  (l’industrie  drapière  à  Verviers)  ;  grâce
aux  subsides  gouvernementaux,  (Cockerill,  elc.)  Plus
tard  ces  divers  courants  se  réunirent  et  favorisèrent
l’évolution  de  l’industrie  belge.
Ainsi  entre  1830  et  1810,  des  marchands,  des  négociants ­
  qui  jadis  s'approvisionnaient  aux  marchés  de
toile,  assumèrent  le  rôle  de  patrons  de  l’industrie  à
domicile.  Ils  connaissaient  l’état  du  marché  et  possédaient ­
  les  capitaux  nécessaires  pour  diriger  la  fabrication. ­
  Plus  tard,  avec  l’unification  de  l’industrie,  ils
devinrent  propriétaires  des  ateliers  mécaniques  (1).  Le
commerce  se  développa,  des  banques  surgirent  et  mirent ­
  leurs  fonds  à  la  disposition  de  l’industrie.
Mais  en  tenant  compte  de  tous  ces  faits,  nous  ne
pouvons  pas  diminuer  le  rôle  que  la  rente  foncière  a  joué
dans  la  formation  du  capital  industriel  en  Belgique.
Ce  ne  sont  pas  les  richesses  commerciales  des  siècles
passés  qui,  comme  on  le  croit  souvent,  ont  alimenté
l’industrie  moderne.  Le  capitalisme  du  XIX e  siècle  en

(1)  Industries  à  domicile.  V  II,  p.  70.
        <pb n="139" />
        GENÈSE  DU  CAPITAL  INDUSTRIEL

129

Belgique  n’est  nullement  relié  au  capitalisme  du  XV e
et  du  XVI e  siècle.  L’àge  d’or  de  la  Flandre,  de
Bruxelles  et  d’Anvers  est  séparé  des  temps  modernes
par  une  période  de  dépression.
La  seule  richesse  qui  avait  résisté  aux  épreuves  du
temps,  c’était  la  propriété  foncière.  Jointe  aux  subsides ­
  venant  de  l’étranger,  elle  a,  dans  ce  paj T s,  servi
de  noyau  au  capitalisme  industriel.
        <pb n="140" />
        N

CHAPITRE  V.
L'esprit  capitaliste.

Une  accumulation  de  la  richesse  n’est  pas  encore  une
condition  suffisante  pour  créer  une  entreprise  capitaliste. ­
  Il  faut  que  les  détenteurs  de  cette  richesse  puissent ­
  la  transformer  en  capital,  qu’ils  soient  imbus  de
l’esprit  capitaliste.
Il  importe  de  ne  pas  confondre  cet  esprit  avec  le
simple  désir  du  lucre.  L’avidité  du  mandarin  chinois,
du  vieil  aristocrate  romain,  de  l’agrarien  moderne,
1  ’auri  sacra  famés  du  cocher  napolitain  n’ont  rien  de
capitaliste.  Ce  qui  distingue  tous  ces  sentiments  de
l’esprit  capitaliste  ce  n’est  pas  seulement  leur  traditionalisme ­
  (1),  mais  aussi  le  fait  que  la  richesse  n’est
pour  eux  qu’un  moyen  de  consommation  ou  de  thésaurisation. ­
  Pour  l’esprit  capitaliste  au  contraire,  l’argent
est  un  instrument  de  production  de  l’argent  nouveau,
de  sa  reproduction  aussi  rapide  que  possible  (2).
(1)  Max  Weber  appelle  ainsi  leur  attachement  à  la  tradition  dans  son
article  “  Die  protestantische  Ethik  und  der  Geist  des  Kapitalismus  (Archiv
  für  Sozialwissenschaft  und  Sozialpolicik,  1905,  20.  Bd.  p.  20).  —  Le
sentiment  opposé  caractérisant  l’esprit  capitaliste  est,  comme  Sombart
l’appelle,  le  rationalisme  économique.  Voir  Archiv  für  Sozialwissenschaft
und  Sozialpolitik  1909.  XXIX  p.  714-717.
(2)  Voir  à  ce  sujet  deux  chapitres  très  intéressants  dans  le  «  Moderner
Kapitalismus»  de  Sombart,  V.I.  p.  378-397.  Depuis  lors,  Sombart  a  modifié
sensiblement  ses  idées.  Voir  son  article  «  Der  kapitalistische  Unternehmer
  »  publié  récemment  dans  l’Archiv  für  Sozialwissenschaft  und  Sozialpolitik. ­
  1909.  vol.  XXIX  p.  749-738.
        <pb n="141" />
        132  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
A  la  fin  du  XVIII e  siècle,  nous  observons  une  absence ­
  complète  de  tout  esprit  d’entreprise  en  Belgique
«  Ici  le  fils  croit,  écrit  le  Voyageur  dans  les  Pays  Bas
Autrichiens,  en  parlant  d’Anvers,  qu’il  ne  doit  faire
ce  que  son  père  a  fait  et  ne  s’imagine  pas  qu’il  lui
puisse  être  profitable  de  faire  autrement  »  (1).
Ceux  qui  possédaient  des  capitaux  les  enfermaient
dans  les  caisses  ou  les  prêtaient  sur  hypothèque.  «  Il
n’y  a  peut-être  pas  en  Europe,  dit  le  même  Voyageur,  de
pays  qui  possède  relativement  à  son  étendue,  plus  de  numéraire ­
  que  les  Pays-Bas  Autrichiens  ;  mais  cette
grande  abondance  de  numéraire  n'y  produit  pas  l’effet
qu’elle  y  produirait  si  ce  numéraire  était  en  circulation. ­
  Les  capitalistes  de  ce  pays  sont  de  deux  espèces ­
  ;  les  uns  sont  ceux  qui  jouissent  d’un  revenu  qui
excède  considérablement  leurs  dépenses  ;  les  autres  sont
les  Abbayes  et  les  maisons  religieuses  riches,  qui  ne
pouvant  vendre  ni  acquérir  de  nouveaux  biens  fonds,
renferment  tous  les  ans  dans  leurs  coffres  une  partie
considérable  de  leur  revenu.  Les  premiers  capitalistes
renferment  leur  superflu  jusqu’au  moment  où  ils  trouvent ­
  l’occasion  de  maisons  ou  de  terres,  qui  leur
donnent  deux  à  deux  et  demi  pour  cent  d’intérêt,
ou  de  le  placer  en  hypothèques  à  trois  ou  quatre
pour  cent.  Il  suffit  d’être  commerçant  ou  banquier
pour  être  aux  yeux  d’un  capitaliste  de  Bruxelles  ou  de
Gand,  un  homme  d'une  fortune  fort  équivoque.  On  ne
peut  avoir  son  argent  qu’en  lui  donnant  une  bonne

(3)  Le  Voyageur,  1,  c.  V.  III,  p.  243.
        <pb n="142" />
        ËSPRIT  CAPITALISTE

133

hypothèque  sur  une  maison  ou  en  lui  vendant  cette
maison  ou  terre.  Il  est  heureux...  que  les  capitalistes
d’Anvers  et  de  Bruges  aient  des  idées  moins  défavorables ­
  du  commerce  et  des  commerçants.  Les  maisons
religieuses  et  les  abbayes  qui,  comme  vous  le  savez,
sont  en  grand  nombre  dans  les  Pays-Bas  Autrichiens,
sont  très  riches.  On  m’a  assuré  qu’elles  avaient  en
coffre  des  sommes  d’argent  très  considérables  qui,  en
augmentant  chaque  année,  diminuent  aussi  chaque  année ­
  la  masse  du  numéraire  qui  est  en  circulation  »  (1).
Les  grands  capitaux  restaient  donc  inactifs  pour  le
commerce  et  l’industrie.  Pour  leur  donner  de  la  vie,
dit  justement  le  Voyageur  dans  les  Pay's  Bas  Autrichiens, ­
  «  il  faudrait  changer  un  peu  les  mœurs  de  la
nation  »  (2).
La  Révolution  française  y  contribua  beaucoup.  Les
grandes  richesses  passèrent  alors  des  mains  des  couvents
et  des  capitalistes  prudents  dans  celles  des  «  nouveaux
riches  »,  qui,  n’ayant  pas  de  tradition,  étaient  plus
accessibles  à  une  éthique  nouvelle.
Les  changements  économiques,  que  nous  avons  analysés ­
  dans  le  chapitre  sur  les  causes  de  la  révolution
industrielle,  ouvrirent  à  l’esprit  capitaliste  un  champ
d’action  nouveau.  Des  perspectives  de  gains  énormes
apparurent  à  l’horizon  industriel.
Ce  fut  alors  Liéoin  Bauwens,  formé  à  la  discipline
anglaise  (3),  qui  comprit  le  premier  la  situation  et  bou-(1)
  Ib.  v.Ip.  46
t'2)  Ib.  v.  IX,  p.  31a.
(3)  Napoi.kon  Dk  Pauw.  Liévin  Rauwens,  ].  c.  p.  10
        <pb n="143" />
        134  EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
leversa  les  anciennes  idées.  Les  commerçants  gantois,
caractérisés  par  le  préfet  Failpoult,  en  1805,  «  comme
des  gens  qui  aiment  de  prendre  leur  père  comme  exemple ­
  »,  furent  entièrement  transformés.  L’activité  et  le
succès  de  Liévin  Bauwens,  écrit  Varlez,  avaient  modifié ­
  le  caractère  lent  et  timoré  de  ses  concitoyens.  Tous
voulaient  avoir  des  cotonnières  (1).
A  Liège,  Henri  Joseph  Orban,  le  fils  de  Michel  et
l’Anglais  John  Cockerill  rompirent  avec  l’ancien  traditionnalisme. ­
  «  Désormais,  la  carrière  est  ouverte,
l’élan  est  donné,  l’impulsion  féconde  se  propage  comme
par  un  courant  électrique.  Aux  timides,  aux  hésitantes
conceptions,  aux  traditions  de  la  routine  succèdent  l'esprit ­
  d'entreprise  et  l'amour  du  progrès.  Cockerill  et
Orban  secondent  tous  les  nouveaux  efforts  ;  tout  procède ­
  de  leur  influence,  tout  s’émeut  et  s’agite  et  en
quelques  années,  les  vallons  de  la  Meuse  et  de  l’Ourthe
se  couvrent  de  hauts-fourneaux,  de  houillères,  d’ateliers,
de  forges  où  le  bruit  de  l’enclume  et  la  voix  retentissante ­
  de  la  vapeur  proclament  l’avènement  de  l’industrie ­
  liégeoise  »  (2).
Cette  expansion  subite  de  «  l’esprit  capitaliste  »  peut
aisément  s’expliquer.  Ce  n’est  pas  eu  effet  un  phénomène ­
  psychologique  nouveau,  mais  uniquement  «  une
mise  en  œuvre  spéciale  de  qualités  générales  d’esprit
et  de  caractère  »  (3).  Quand  un  changement  de  condi

(1)  L.  Vari.ez.  1.  c.  v.  I,  p.  27.
(2)  F.  Capitaine.  1.  c.  p,  H.
(3)  W.  Sombart.  Der  kapitalistische  Unternehmer.  Archiv  für  Sozialwissenschaft
  und  Sozialpolitik.  t.  29.  1909,  p.  751.
        <pb n="144" />
        ESPRIT  CAPITALISTE  135
tions  économiques  nécessite  un  abandon  du  traditionalisme, ­
  cet  abandon  se  produit  naturellement.
C’est  ce  que  nous  voyons  en  Belgique  au  moment  de
la  révolution  industrielle.
L’extension  du  marché,  entraînant  une  hausse  des
prix,  réveille  l’esprit  capitaliste  endormi  depuis  des
siècles  et  pousse  les  fabricants  dans  les  voies  nouvelles.
Ceux  qui  ne  savent  pas  s’adapter  au  changement  de  conditions, ­
  cqux  qui  ne  substituent  pas  au  traditionalisme
le  rationalisme  économique,  disparaissent  fatalement.
Aussi  nous  est-il  impossible  d’admettre,  avec  Max
W  eber,  qu’en  recherchant  les  causes  de  l’évolution  du
capitalisme,  il  faut  se  demander,  non  pas  quelle  est
l’origine  des  richesses  pouvant  devenii  du  capital,  mais
bien  comment  s’est  développé  l’esprit  capitaliste  (1).
Il  y  a  certes  une  part  de  vérité  dans  l’opinion  de
Weber.  Nous  avons  tâché  de  démontrer  plus  haut  que
l’accumulation  du  capital  n’est  pas  la  cause  de  la  révolution ­
  industrielle,  mais  nous  estimons  que  l’esprit
capitaliste  est  également  insuffisant  pour  expliquer  l’origine ­
  de  notre  régime  capitaliste.

(t)  Max  Weber.  Protestantische  Ethik  und  Geist  des  Kapitalismus.
Arehiv  fur  Sozialwissenschaft  und  Sozialpolitik.  XX.  (1905).  p.  29.  Voiaussi:
  A  ntikritisches  zum  Geist  des  Kapitalismus  Ibd.  vol.  30.  (1910).  \
Heft.,  réponse  à  la  critique  de  Félix  Rachfahl  «  Kalvinismus  und  Kapilalismusn
  (Internationale  Wochenschrift  fiir  Wissenschaft,  Kunst  und
Technik.  1909.  N.  39-43).  Nous  devons  faire  remarquer  ici  que  Webkr  n'a
nullement  l’intention  de  donner  une  explication  psychologique  unilatéralede
  l’évolution  capitaliste.  Il  veut  montrer  uniquement  que  l’esprit  religieux ­
  peut  influencer  la  vie  économique.  Il  avait  à  l’origine  l’intention
d’examiner  dans  une  suite  d’articles  la  relation  contraire  c’est-à-dire  l’influence ­
  des  conditions  économiques  sur  la  religion.  (Arehiv.  1910.  p.  201).
        <pb n="145" />
        136  Évolution  industrielle  de  la  Belgique
Eii  Belgique  cet  esprit  si  développé  disparaît  avec
la  décadence  du  commerce  et  réapparaît  quelques  siècles
plus  tard,  quand  une  transformation  des  anciens  procédés ­
  s’impose.  De  même  que  «  l’esprit  d’invention  »,
il  n’est  qu’une  adaptation  aux  conditions  générales  du
milieu.
        <pb n="146" />
        CHAPITRE  VI

Le  nouvel  ordre  juridique.

L’ordre  juridique  est  comme  nous  l'avons  dit  plus
haut  un  facteur  secondaire  de  l’évolution  industrielle.
Partout  où  il  ne  correspond  pas  aux  conditions  économiques, ­
  il  disparaît  ou  perd  toute  influence.  «  Tout  le
monde  sait,  dit  Sombart,  que  l’évolution  historique  du
capitalisme  a  eu  lieu  très  souvent  dans  les  cadres  d’un
ordre  juridique  qui  excluait  tout  engagement  juridique
indispensable  à  son  existence  »  (1).
L’histoire  économique  de  la  Belgique  nous  en  fournit ­
  de  nombreux  exemples.  Quoique  les  règlements  des
corps  de  métiers,  qui  interdisaient  le  développement
d’une  entreprise  capitaliste,  fussent  en  vigueur  jusqu’en ­
  1780,  des  manufactures  et  des  fabriques  furent
fondées  avant  cette  date.  «  Les  progrès  de  Vindiisirie,
les  variations  du  goût,  le  développement  du  commerce
ont  provoqué  l'extinction  de  plusieurs  d'entre  elles  «  (2),
dit  Crutzen,  en  parlant  des  corporations  en  Belgique
à  la  fin  du  XVIII e  siècle.
La  draperie  rurale  prit  déjà  à  la  fin  du  premier
(1)  Sombart.  Der  moderne  Kapitalismus,  l.  c.  v.  I,  p.  209.
(2)  G.  Crutzen.  Principaux  défauts  du  régime  corporatif  dans  les
Pays-Bas  Autrichiens  à  la  fin  du  XVIII e  siècle,  Gand  1888,  p.  H.
        <pb n="147" />
        138  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

tiers  dn  XVI e  siècle  ua  essor  inoui,  et  fit  surgir  à
côté  de  l’antique  organisation  corporative  de  l’industrie
une  organisation  différente,  présentant  certains  caractères ­
  de  la  manufacture  moderne  (1).
Vers  la  fin  du  XV e  siècle,  l’industrie  de  la  tapisserie ­
  fit  craquer  les  cadres  étroits  du  métier.  Elle  se
transforma  en  industrie  capitaliste,  groupant  sous  la
direction  de  marchands  en  gros  un  nombre  de  plus
en  plus  considérable  de  travailleurs  libres.  Elle  aussi
s’installa  dans  la  campagne  où  les  lois  corporatives  ne
pouvaient  pas  l’atteindre  (2).
L’industrie  armurière  devint  vers  le  milieu  du  XVII e
siècle  une  industrie  à  domicile,  à  tendances  capitalistes ­
  (3).  Vers  la  même  époque,  l’industrie  drapière
quitta  Liège  et  se  développa  dans  les  environs  de  Verviers
  comme  industrie  à  domicile  (4).
Malgré  les  règlements  des  corporations,  des  entreprises ­
  capitalistes  s’étaient  donc  formées.  Le  recensement ­
  de  1764  nous  signale  des  liauts-fourneaux  et  des
forges  produisant  pour  plus  de  1.000.000  de  livres  annuellement ­
  et  quelques  manufactures  occupant  un  nombre ­
  assez  considérable  d’ouvriers  (5).

(1)  H.  Pirennr.  Histoire  de  Belgique,  1.  c.  v.  III,  p.  288.
(2)  Ib.  v.  III,  p.  242  ss.
(3)  Maurice  Anshux.  L’industrie  armurière  liégeoise.  Office  de  travail.
Les  industries  à  domicile  en  Belgique,  v.  I,  p.  16.
(4)  Albert  Thonnar.  L’industrie  du  tissage  de  la  laine  dans  le  pays  de
Verviers  et  dans  le  Brabant  wallon.  Ib.  v.  VI,  p.  5t.
(5)  Une  manufacture  de  laine  occupait,  par  exemple,  434  ouvriers  (175
en  fabrique,  259  à  domicile).  Une  manufacture  de  porcelaine  à  Tournai
200  ouvriers  ;  une  manufacture  de  laine  environ  800  (277  en  fabrique,  environ ­
  535  au  dehors)  A.  Julin  1.  c.  p.  72  ss.
        <pb n="148" />
        NOUVEL  ORDRE  ,Tt T RIDIQUE

139

Les  corps  de  métiers  ne  pouvaient  donc  pas  arrêter
l'évolution  de  la  grande  industrie  ;  mais  ils  entravaient
considérablement  son  développement.  Ainsi,  par  exemple, ­
  les  bateaux  passant  par  Gand  devaient  se  servir
d’un  certain  nombre  de  bateliers  (membres  de  la  corporation) ­
  qui  faisaient  payer  très  cher  leurs  services  (1)
A  Mons,  les  statuts  des  menuisiers  défendaient  aux
charpentiers  d’appliquer  à  leurs  ouvrages  aucune  pièce
de  menuiserie  et  aux  charrons  de  façonner  aucune
caisse  de  voiture  sous  peine  de  confiscation  du  corps
du  délit  et  de  douze  livres  d’amende  (2).
De  nombreux  procès  en  résultèrent.
Mais  le  régime  corporatif  avait  encore  d’autres  défauts. ­

Les  droits  d’entrée  de  la  corporation  pour  les  nouveaux ­
  maîtres  étaient  devenus  presque  prohibitifs.  A
Tournai,  ils  se  montaient  à  192  fl.  pour  les  boulangers,-à
  200  fl.  pour  les  vitriers  ;  à  220  pour  les  plombiers,
etc.  Et  ces  chiffres  étaient  encore  peu  de  chose  en
comparaison  de  ce  qu’on  exigeait  à  Bruxelles  dans  divers ­
  métiers.  Ce  fut  une  réduction  importante  que  prescrivit ­
  le  magistrat  de  cette  ville,  quand  il  fixa  les
droits  d’admission  au  corps  de  plombiers  à  300  fl.  Les
brasseurs  payaient  400  fl.  ;  les  étrangers  ayant  fait
les  apprentissages  requis  durent  payer  pour  obtenir  la
maîtrisse  1000  fl.  et  tous  les  autres  2000  florins  (3).
Il  est  donc  naturel  que  l’ancienne  organisation  des

(1)  Briavoinne.  Mémoire  etc.  1.  c.  p.  il2.
(2)  Crutzen.  1.  c.  p.  18.
(3)  Ib.  p.  38.
        <pb n="149" />
        140  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

corps  de  métiers  ait  eu  à  subir  des  attaques  et  des
critiques  sévères.  «  Depuis  les  dernières  années  du
XVII e  siècle,  écrivent  les  auteurs  de  l’Histoire  de
Bruxelles,  l'organisation  des  métiers  était  en  butte  à
de  violentes  attaques  dans  les  rapports  de  quelques
agents  du  gouvernement,  et  l’esprit  de  corps  qui  entravait ­
  les  progrès  de  l’industrie  leur  avait  suscité  beaucoup ­
  d’antagonistes.  On  demandait  la  suppression  des
corporations  parce  qu’elles  gênaient  le  commerce,  tout
en  faisant  entrevoir  la  nécessité  de  les  tolérer  pour  ne
pas  renverser  l’ancienne  organisation  des  cités  »•  (1).
Pour  s'éclairer  exactement  sur  la  situation,  Marie  et
Albert  de  Saxe-Tesclien  avaient,  en  1784,  chargé  les
magistrats  de  la  plupart  des  villes  de  leur  faire  connaître ­
  à  bref  délai  l’étendue  des  privilèges  des  corporations, ­
  leur  situation,  etc.
Beaucoup  de  réponses  obtenues  condamnent  sévèrement ­
  les  corporations.  Le  magistrat  de  Virton  terminait ­
  son  rapport  par  cette  conclusion  :  «  De  toutes  ces
observations  nous  croyons  pouvoir  conclure  que  tous
les  corps  de  métier  étant,  comme  ils  le  sont  réellement, ­
  un  obstacle  au  commerce,  aux  arts  et  à  l’industrie, ­
  l’intérêt  public  demanderait  qu’ils  soient  absolument ­
  supprimés  ».  Le  magistrat  de  Limbourg,  consulté
en  même  temps,  répondit  qu’heureusement  il  n’y  avait
dans  leur  ville  aucun  .corps  de  métier  (2).
C’est  ainsi  qu’une  grande  partie  du  public  et  non  la

(1)  Alexandre  Henne  et  Alphonse  Waüters.  Histoire  de  la  Ville  de
Bruxelles.  Bruxelles,  4845,  v.  II,  p.  290.
(2)  Crutzen.  1.  c.  p.  7.
        <pb n="150" />
        NOUVEL  ORDRE  JURIDIQUE

1  4i

moins  éclairée,  demandait,  à  la  fin  du  X\  III e  siècle
aux  Pays-Bas  comme  en  France,  l’abolition  des  communautés ­
  d'artisans.
Il  est  donc  inexact,  comme  le  prétend\  andeuyelde,que
«  ni  l'opinion  populaire,  ni  les  nécessités  de  l'évolution
industrielle,  ni  le  mouvement  des  idées  scientifiques
ue  réclamaient  la  suppression  des  corporations  »  et  que
&amp;lt;c  c'est  sur  ce  sol  ingrat  que  passèrent  les  héroïques
semeurs  d'idées  qui  s’en  allaient  à  travers  le  vieux
monde  et  le  réveillaient  en  chantant  la  Marseillaise  »  (i).
Ce  tableau  ne  répond  pas  à  la  réalité.  La  Révolution ­
  française,  comme  le  dit  justement  Crutzen,  «  n  a
fait  que  donner  le  coup  de  grâce  à  une  institution  expirante. ­
  Les  métiers  portaient  en  eux-mêmes  les  germes ­
  des  maux  auxquels  ils  devaient  tôt  ou  tard  succomber ­
  »  (2).  Le  droit  nouveau  en  proclamant  la  liberté
du  travail  enleva  les  obstacles  juridiques  qui  jusqu'alors ­
  entravaient  l’évolution  de  l’entreprise  capitaliste. ­
  Rien  ne  s’opposait  plus  à  son  développement.

(1  )  Emile  Vanderveide.  Institutions  patronales.  Rapport  à  l’Exposition
universelle  de  Paris  1889.  Bruxelles,  1889,  p.  9.
(2)  Crutzen.  s.  c.  p.  H.
        <pb n="151" />
        CHAPITRE  VII.

Lélément  «population»  et  1  évolution
économique.

Notre  analyse  prouve  clairement  que  la  révolution
industrielle  est  la  conséquence  de  causes  économiques
et  qu’elle  est  conditionnée  par  des  facteurs  économiques  ;
c’est  pour  cela  qu’elle  n’a  pu  se  réaliser  que  dans  les
pays  où  ces  conditions  se  trouvaient  réunies.
Depuis  deux  mille  ans.  l’humanité  connaissait  les
principes  de  la  machine  à  vapeur  ;  depuis  des  siècles
le  tissage  mécaniqne  était  inventé  sans  produire  les
moindres  changements  dans  la  stucture  sociale.  Aujourd’hui ­
  encore,  la  civilisation  des  peuples  primitifs  n  est
pas  influencée  par  nos  inventions  modernes.  Les  «  sauvages ­
  »  comme  dit  Bûcher,  après  des  relations  de
centaines  d'années  avec  les  Européens,  n’ont  pas  modifié ­
  leur  technique,  celle-ci  11e  pouvant  en  rien  augmenter ­
  leur  bonheur  (1).
Cette  constatation  nous  montre  combien  est  fausse

(1)  Karl  Bûcher.  Arbeit  und  Rhytmus.  3  Aufl.  Leipzig,  1902,  p.  6.
        <pb n="152" />
        144  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

la  théorie  sociologique  qui  veut  expliquer  l’évolution
sociale  par  /’imitation,  par  des  «  ondes  imitatives  ».  Certainement, ­
  les  hommes  s’imitent  réciproquement  ;  mais
si  nous  voulons  savoir  pourquoi  ce  sont  tantôt  les
ancêtres,  tantôt  les  révolutionnaires,  tantôt  les  nationaux,
tantôt  les  étrangers  dont  l’exemple  est  suivi,  nous
devons  en  rechercher  les  causes  dans  le  milieu  social,
et  non,  comme  Tarde  le  voudrait,  dans  les  imitations
individuelles  (1).  Ce  ne  sont  pas  des  causes  psychologiques,
mais  des  changements  du  milieu  qui  forcent  l’humanité
à  chercher  de  nouvelles  voies  d’adaptation.  La  technique
n’est  rien  autre  qu’un  mode  d’adaptation.
Si  nous  voulons  trouver  les  forcés  motrices  de  l’évolution ­
  économique,  nous  ne  devrons  pas  comme  on  le
fait  généralement,  les  chercher  dans  des  époques  où  un
nouveau  système  est  déjà  en  plein  développement.  Car
alors  les  différents  éléments  sont  si  embrouillés,  qu’il
est  impossible  de  distinguer  l’essentiel  de  l’accessoire.
Nous  devons  pour  arriver  à  un  résultat  observer  la
société  lors  de  son  passage  d’un  stade  à  l’autre.  Et
ici  la  première  observation  que  nous  faisons  est  celle
que  la  loi  d’inertie,  —  comme  l’a  déjà  constaté  Gumplowicz
  (2)  —  s’applique  aux  groupements  sociaux  comme
aux  êtres  et  aux  objets  de  la  nature.
Il  n’y  rien  de  plus  faux  que  de  croire  qu’il  y  a  dans
l'homme  un  instinct  inné  qui  le  pousse  continuellement
à  des  progrès.  C’est  justement  le  contraire  que  l’histoire

(1)  G.  Tarde.  Les  lois  de  Limitation.  Paris,  p.  50.
(2)  P.  Gumplowicz.  Précis  de  sociologie.  Paris  1896  p.  134  ss.
        <pb n="153" />
        ÉLÉMENT  POPULATION

145

nous  démontre.  Le  nomade  considère  l’agriculture  comme ­
  un  métier  indigne  de  lui  :  il  ne  s’adonne  à  cette
occupation  que  dans  le  cas  où  il  ne  peut  plus  trouver
d’autre  emploi.  C’est  pour  lui  un  malheur  qu’il  ne  supporte ­
  que  parce  qu’il  est  inévitable  (1).
Au  début  de  l’ère  capitaliste  nous  constatons  la  même
psychologie.  «  Un  noble  s’y  croit,  écrit  le  Voyageur
clans  les  Pays-Bas  Autrichiens,  d'une  nature  différente
de  celle  du  roturier  :  la  profession  du  commerçant  est,
suivant  lui,  une  profession  roturière  qu’il  rougirait
d’exercer.  11  aime  mieux  rester  pauvre  que  de  devenir
riche  par  le  commerce  ;  il  ne  souffrira  pas  que  son  fils,
que  la  nature  aurait  destiné  à  être  un  habile  commerçant,
le  devienne  »  (2).
Ce  n’est  donc  qu’un  élément  de  contrainte  qui  peut
vaincre  cette  résistance  qui  s’oppose  à  tout  changement,
%  La  contrainte  peut  être  catastrophique  ou  évolutive,
naturelle  ou  sociale.  Expliquons  ces-divisions  par  des
exemples.
Contrainte  catastrophique.
a.  Xaturelle.  Si,  à  la  suite  de  quelque  cataclysme,
l’axe  de  notre  globe  changeait  de  position  et  que  la
distribution  des  continents  et  des  mers  devenait  différente, ­
  il  est  clair  que  les  hommes  devraient  s’adapter  à

il)  Aug.  Meitzen.  Siedelung  und  Agrarwesen  der  Westgermanncn.
uni  Ostgermanen,  dcr  Keltcn,  Romer,  Finnen  und  Slaven.  Berlin.  1895.
v.  T.  p.  135.
(2)  I.e  Voyageur,  s.  c.  v.  I.  p.  33.  Ce  passage  a  été  cité  par  nous  p.  107.
Note  t.
        <pb n="154" />
        146

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  I)E  LA  BELGIQUE

ce  nouvel  état  des  choses  (des  agriculteurs  deviendraient
pêcheurs  etc.).
b.  Sociale.  La  guerre  par  exemple.  C’est  ainsi  que
Gumplowicz  ramène  toute  l’évolution  à  l’action  d’un
groupe  social  sur  un  autre.  Dans  le  même  ordre  d’idées
nous  pouvons  citer  la  volonté  d’un  roi  absolu,  etc.
Il  est  certain  que  cette  contrainte  catastrophique  ne
peut  pas  être  négligée  dans  l’étude  du  développement
social.  Nous  avons  vu  plus  haut  quelle  grande  influence
la  réunion  de  la  Belgique  à  la  France  a  exercé  sur
l’épanouissement  de  l’industrie  belge.
Mais  tous  ces  phénomènes  de  pur  hasard  ne  peuvent
pas  nous  expliquer  les  grands  mouvements  de  l’évolution
économique  qui  se  répètent  et  se  développent  avec  une
régularité  incontestable.  Nous  devons  pour  les  comprendre ­
  recourir  à  la
Contrainte  évolutive.
a.  Naturelle.  Un  changement  de  climat  se  poursuivant
lentement  peut  forcer  les  hommes  à  un  changement  de
leur  technique,  à  l’émigration  etc.  Pensons  aux  conséquences ­
  de  l’époque  glacière.
Mais  ces  changements  naturels  ont  été  depuis  l’entrée
de  l’humanité  dans  la  période  historique  trop  peu  importants, ­
  pour  entraîner  des  transformations  de  la  vie
économique.
b  Sociale,  Je  ne  vois  ici  qu’un  seul  élément  qui
exerce  une  contrainte  régulière,  de  plus  en  plus  crois-
        <pb n="155" />
        ÉLÉMENT  POPULATION

147

sanie,  c’est  l’élement  population.  C’est  donc  lui  qui
doit  nous  expliquer  la  marche  ascendante  de  l’humanité.
Nous  sommes  heureux  de  pouvoir  vérifier  cette  hypothèse ­
  non  seulement  par  notre  propre  travail,  mais  par
des  résultats  d’autres  études  consacrées  à  des  époques
très  éloignées  de  la  révolution  industrielle.
Ainsi,  Meitzen  nous  démontre  dans  son  ouvrage  Siedclung
  und  Agrurwesen  que  du  temps  de  Tacite  le  pays
des  Germains  était  trop  peuplé  pour  que  la  population
puisse  subsister  en  restant  à  l’état  nomade.  L’origine
des  villages  et  de  l’agriculture  vint  donc  d’une  nécessité,
à  laquelle  il  était  impossible  de  se  soustraire  (1).  Nous
remarquons  la  même  chose  chez  les  Celtes  eu  Irlande ­
  (2).
Pour  une  époque  ultérieure,  Karl  Lamprecht  nous
fournit  la  preuve  que  les  grands  progrès  de  l’agriculture ­
  du  8 e  au  9 e  et  du  12 e  au  13 e  siècles  étaient  la
conséquence  directe  de  l’accroissement  de  la  population. ­
  11  est,  dit-il,  l’élément  qui  influence  avant  tout
les  grands  progrès  agricoles  (2).
Maxime  Kowalewsky  par  ses  études  spéciales  a  été
amené  à  des  résultats  semblables.  ••  IVaprès  moi,
dit  il,  le  moteur  principal  de  l’évolution  économique
est  la  marche  ascendante  de  la  population  (3)  ».
Comme  nous  le  voyons,  l’idée  n’est  pas  si  neuve,  mais

(1)  Aug.  Meitzen,  1.  c.,  t.  I,  p.  137,  voir  aussi  p.  151.  2|  Ib.  p.  193  ss.
(2)  Karl  Lamprecht.  Peutsches  Wirtschaftsleben  im  Mittelater.  Leipzig. ­
  1886.  v.  I.  i.  p.  149.
(3)  Maxime  Kowalewsky.  Coup  d'œil  sur  l’évolution  économique  et  sa
division  en  périodes  (Devenir  social.  1896,  p.  482).
        <pb n="156" />
        148

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

autant  que  je  sache  elle  n’avait  été  démontrée  que
pour  l'évolution  agricole  et  non  pour  l’évolution  industrielle. ­

D’une  façon  générale,  elle  a  été  exprimée  par  un
grand  nombre  d’économistes,  par  II.  C.  Carey  (i),
Adolf  Wagner  (2),  Buchenberger,  etc  (3).
Parmi  les  sociologues,  Coste  et  Durkheim  ont  attiré
l’attention  sur  le  rôle  primordial  du  facteur  population.
Le  premier,  en  essayant  de  donner  une  classification
des  sociétés  basées  sur  la  densité  de  population,  a  réussi
à  compromettre  une  idée  féconde.
Coste  (4)  oublie  que  la  même  densité  de  population
peut,  dans  des  conditions  géographiques  différentes,
produire  des  effets  différents.  En  Chine  et  dans  les
Indes,  malgré  une  densité  dépassant  dans  les  régions
situées  le  long  des  grands  fleuves  200  habitants  par
Km 1  2  3  4 ,  le  métier  et  le  travail  domestique  prédominent.
En  Europe,  une  densité  beaucoup  moindre  avait  mis
les  peuples  dans  l’alternative  de  périr  ou  d’abandonner ­
  les  anciennes  formes  de  production.
Il  suffit  d’examiner  de  près  la  classification  de  Coste
pour  voir  combien  elle  répond  peu  à  la  réalité.  La
France  est  placée  au-dessous  de  la  Russie  ;  l’Espagne
(1)  H.  G.  Carey.  Manual  of  social  science.  Philadelphia.  1883,  voir
Chap.  III  §  4.  On  increase  in  the  number  of  mankind  et  Chap.  Ivet  v.
(2)  Ad.  Wagner.  Grundlegung  der  politischen  Oekonomie.  Dritte  Auf.
1893,  p.  642.
(3)  Buchenberger,  Agra'rwesen  und  Agrarpolitik.  Leipzig.  1892,  p.
21  et  33.
(4)  Adolphe  Coste.  Les  principes  d’une  sociologie  objective.  Paris,  1899
L’expérience  des  peuples  et  des  prévisions  qu’elle  autorise  Paris,  1900.
Facteur  population  dans  l'Evolution  sociale  (Revue  internationale  de
Sociologie,  1901,  p.  569-612)
        <pb n="157" />
        ÉLÉMENT  POPULATION

149

et  la  Turquie  au-dessus  de  la  Belgique  (1).  Dans
un  livre  ultérieur,  Coste  calcule  avec  les  mêmes  éléments ­
  la  puissance  nationale  et  voilà  qu’il  place  la
Russie  en  second  ordre,  avant  l’Allemagne,  la  France,
etc.  La  force  nationale  de  l’Empire  des  Tsars  serait
deux  fois  aussi  grande  que  celle  du  Japon  (2).  Je  crois
que  ces  exemples  suffisent  pour  démontrer  le  peu  de
valeur  scientifique  des  calculs  de  Coste.
Emile  Durkheim  avait  déjà,  avant  Coste,  attiré
l’attention  sur  l’importance  de  l’élément  population.
Dans  sa  «  Division  du  travail  social  »  il  s’exprime  de
la  façon  suivante  :  «  La  division  du  travail  varie  en
raison  directe  du  volume  et  de  la  densité  des  sociétés
et  si  elle  progresse  d’une  manière  continue,  au  cours
du  développement  social,  c’est  que  les  sociétés  deviennent
régulièrement  plus  denses  et  généralement  plus  volumineuses ­
  «  (3).
Cette  conclusion,  à  laquelle  l’éminent  sociologue  est
arrivé  plutôt  par  une  voie  philosophique,  nous  semble
des  plus  justes.  Mais  nous  ne  pouvons  partager  son
avis  lorsque,  pour  expliquer  le  fait,  il  a  recours  à  une
comparaison  biologique.  Voici  ce  qu’il  écrit  à  ce  sujet  :
«  Si  le  travail  se  divise  davantage  à  mesure  que  les
sociétés  deviennent  plus  volumineuses  et  plus  denses,
ce  n’est  pas  parce  que  les  circonstances  extérieures  y
ont  varié,  c’est  parce  que  la  lutte  pour  la  vie  y  est  plus

(1)  Coste.  Los  principes,  etc.  1.  c.  p.  -168  ss.
(-2)  Costk.  L’expérience  des  peuples,  1.  c.  p.  602.
(3)  Emile  Durkheim.  De  la  division  du  travail  social.  Paris,  1893,  p.  289
(Nouv.  Edition,  1902,  p.  244).
        <pb n="158" />
        150  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

ardente...  Ainsi  dit  Darwin,  dans  une  région  peu  étendue, ­
  ouverte  à  l’immigration  et  où,  par  conséquent,  la
lutte  d’individu  à  individu  doit  être  très  vive,  on
remarque  toujours  une  très  grande  diversité  dans  les
espèces  qui  l’habitent  »  (1).
L’étude  de  la  révolution  industrielle,  qui  est  une  phase ­
  du  développement  de  la  division  du  travail,  nous
montre  que  les  causes  de  la  transformation  technique,
au  commencement  du  XIX e  siècle  sont  trop  complexes
pour  être  expliquées  par  la  métaphore  biologique  de
la  lutte  pour  la  vie.
L’augmentation  de  la  population,  par  /’accroissement
de  la  densité  du  marché,  a  forcé  l’industrie  à  chercher, ­
  entre  autres  par  le  développement  de  la  division
du  travail,  des  moyens  plus  rapides  de  production.
Cette  même  augmentation  a  créé  les  deux  conditions
sociales  originaires  de  la  grande  industrie,  le  prolétariat ­
  et  le  capital.
Tous  ces  facteurs,  la  densité  du  marché,  le  prolétariat, ­
  le  capital,  n’existent  que  comme  concepts  de  la
science  économique  et  ne  peuvent  être  découverts  que
par  des  méthodes  propres  à  cette  science.
En  critiquant  Durkheim,  nous  croyons  affirmer
sa  propre  théorie  d’après  laquelle  «  un  fait  social
ne  peut  être  expliqué  que  par  un  autre  fait  social  ».
La  sociologie  n’est  l’annexe  d’aucune  autre  science.
«  Elle  est  elle-même  une  science  distincte  et  autonome
et  le  sentiment  de  ce  qu’a  de  spécial  la  réalité  sociale

(I)  Ib.  p.  295  (Nouv.  Edition,  p.  249).
        <pb n="159" />
        ÉLÉMENT  POPULATION

151

est  tellement  nécessaire  au  sociologue  que  seule  une
culture  spécialement  sociologique  peut  le  préparer  à
l’intelligence  des  faits  sociaux  »  (1).

(1)  Emile  Durkheim.  Les  règles  de  la  méthode  sociologique.  Paris,  ISJI,
p.117.
        <pb n="160" />
        CHAPITRE  VIII.

Les  grandes  lignes  de  levolution
O  O
industrielle  dans  la  seconde  moitié
du  XIX e  siècle.

Avant  d’étudier  en  détail  l’évolution  industrielle  de
la  Belgique,  je  voudrais  caractériser  dans  leurs  grandes ­
  lignes  les  changements  survenus  dans  la  seconde
moitié  du  XIX e  siècle.
En  se  plaçant  tout  d’abord  à  un  point  de  vue  très
général,  on  constate  que  les  grandes  divisions  de  l’activité ­
  nationale  ont  beaucoup  changé  d’aspect"  à  cinquante ­
  ans  d’intervalle.  Le  nombre  total  de  personnes
occupées  à  un  titre  quelconque  dans  les  industries  et
les  métiers  qui  était  pour  1846  do  660.000,  se  trouve  cinquante ­
  ans  après,  augmenté  des  deux  tiers  et  porté  à
1.100.000.  Or  l’ensemble  de  la  population  n’a  augmenté
que  de  la  moitié,  de  4.337.000  à  6.496.000.  Cela  montre ­
  l’accroissement  rapide  de  la  population  industrielle  (1).
(1)  Royaume  de  Belgique.  Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  L’office ­
  du  travail  de  1895  à  1905.  Bruxelles,  1905,  p.  26  et  27.  Voir  notamment ­
  le  diagramme.
        <pb n="161" />
        156  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
L’agriculture  qui,  en  1846,  était  la  base  de  l’économie
nationale  a  perdu  son  importance.  L’industrie  et  le
commerce  occupent  aujourd’hui  plus  de  bras  qu’elle.
Mais  ce  ne  sont  pas  seulement  les  grandes  divisions
de  l’activité  nationale  qui  se  sont  modifiées  ;  l’industrie ­
  elle-même  a  changé  de  caractère,  de  structure  et
de  forme.  Nous  avons  vu  dans  le  Chapitre  T  combien
jadis  elle  dépendait  de  l’agriculture  et  de  la  sylviculture, ­
  qui  lui  fournissaient  la  matière  première  toute
faite.  Aujourd’hui  de  plus  en  plus,  cette  matière  végétale ­
  et  animale  est  remplacée  par  les  produits  du  règne
minéral  que  l’homme  doit  façonner  pour  son  usage.
L’industrie  de  la  houille,  dont  la  population  était  en
1846  inférieure  à  celle  des  industries  textiles  occupe  aujourd’hui ­
  la  première  place.  En  1846,  elle  donnait  de
l’occupation  à  14.6  0 / o  ;  en  1896,  à  17.5  %  du  total  des
ouvriers  (1).  C’est  la  houille  qui  est  devenue  l'âme  de
l’industrie  moderne.  La  sidérurgie  qui,  en  1846,  était
encore  en  grande  partie  localisée  dans  le  pays  de  Namur
  où  les  forêts  lui  fournissaient  à  bon  marché  son
combustible,  a  disparu  de  cette  province.  Le  Hainaut
et  le  pays  de  Liège,  centres  de  la  production  houillère,
ont  absorbé  presqu’entièrement  l’industrie  du  fer.  En
1896,  sur  23.623  ouvriers  de  la  sidérurgie,  21.598
étaient  concentrés  dans  ces  deux  provinces  (2).

(1)  L’industrie  de  la  houille  occupait  en  1846,45.846  ouvriers  sur  un
total  de  314.842.  (Rec.  ind.  1846,  p.  490  et  530;  en  1896,  116.274  sur  663.935
(Rec.  ind.  1896,  v.  XVIII,  p.  172-173).
(2)  Voici  quelle  était  la  localisation  de  l’industrie  sidérurgique  en  1846
et  en  1896  (page  suivante)  :
        <pb n="162" />
        LES  GRANDES  LIGNES  DÈ  L’ÉVOLUTION

157

La  lutte  entre  les  procédés  au  bois  et  au  coke  a  été
très  vive  et  pendant  plusieurs  années,  dans  la  sidérurgie, ­
  les  concurrents  se  disputèrent  pied  a  pied  le  terrain, ­
  sur  certains  marchés  intérieurs.  D’après  un  rapport ­
  présenté  à  la  fin  de  novembre  1837  par  Nothomb
à  la  Chambre  des  représentants,  sur  89  hauts  fourneaux
en  activité  il  y  en  avait  encore  à  cette  époque  en
Belgique,  66  au  charbon  de  bois  et  23  seulement  au
coke  (1).
La  forgerie  au  bois  a  eu  ses  ardents  partisans  qui
crurent  à  son  maintien  et  plus  tard  à  son  réveil,  s’imaginant ­
  qu’on  ne  pourrait  se  passer  de  ses  produits  et
que  leur  qualité  en  rendrait  toujours  l'emploi  indispensable. ­
  Mais  la  cherté  du  bois  nécessita  l'adoption
des  méthodes  nouvelles.
Malgré  ses  125.000  hectares  de  bois,  la  province  de
Namur  pouvait  à  peine  fournir  les  deux  tiers  du  combustible ­
  végétal  nécessaire  à  ses  usines.  Celles-ci  devaient, ­
  à  grands  frais  de  transport,  aller  compléter
leurs  approvisionnements  dans  le  Luxembourg,  où  pen-Ouvriers


1846

1896

Anvers

40

—

Brabant

—

1351

Flandre  orientale

—

—

Flandre  occidentale

—

21

Hainaut

3581

11.498

Liège

2651

10.200

Limbourg

—

—

Luxembourg

126

533

Namur

3.401

20

Royaume

9.799

23.623

(î)  Emile  !■  tainier.  Histoire  commerciale  de  la  métallurgie  dans  le  &amp;lt;iistrict
  de  Charleroi  de  1829  à  1867,  p.  23.
        <pb n="163" />
        158  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

dant  longtemps  le  charbon  de  bois  resta  à  un  taux
modéré.
Quoiqu’il  en  soit,  la  banne  de  charbon  de  bois  (1.200
a  1.300  kil.)  monta  en  1849,  dans  la  province  de  Namur,
  de  45  à  80  et  même  85  francs  (1).
Ce  qui  porta  un  coup  mortel  à  la  métallurgie  au  bois
et  donna  en  même  temps  l’élan  à  la  nouvelle  fabrication, ­
  ce  fut  l’établissement  de  plusieurs  grandes  sociétés ­
  qui,  animées  de  l’esprit  de  progrès,  créèrent  immédiatement ­
  de  vastes  usines  et  montrèrent  à  la  vieille
forgerie,  attachée  à  la  routine,  la  supériorité  de  l’emploi ­
  du  coke  dans  le  traitement  du  minerai  (2).
De  même,  dans  les  autres  industries,  la  glacerie  par
exemple,  le  charbon  remplaça  le  bois  comme  combustible ­
  (3).
A  côté  de  la  houille,  vinrent  se  placer  les  autres  produits ­
  du  sous-sol.  L’industrie  des  métaux  qui,  en  1846,
donnait  de  l’occupation  à  moins  de  personnes  que  les
industries  alimentaires  et  textiles,  les  a  devancées  en
1896.
L’épanouissement  des  chemins  de  fer,  la  nécessité  de
la  construction  de  maeh’nes  gigantesques  a  nécessité
un  emploi  plus  considérable  des  métaux.  Le  fuseau,  le
métier  à  tisser,  la  navette,  la  poutre  et  la  charpente ­
  en  bois  firent  place  à  des  constructions  en  fer
et  en  acier.  L’émaillerie  et  la  ferblanterie  causèrent
la  ruine  de  la  boissellerie,  des  câbles  en  métal  rempla-(1)

  Ib.  p.  21.
(2)  Ib.  p.  18.
(3)  Le  Val  St  Lambert,  j).  13.
        <pb n="164" />
        LES  GRANDES  LIGNES  DE  L’ÉVOLUTION

159

cèrent  les  cordes  en  fibres,  les  sous-produits  du  charbon ­
  et  du  zinc  firent  abandonner  les  couleurs  provenant ­
  de  la  garance  et  des  feuilles  de  pastel.  Cette
substitution  des  produits  du  règne  minéral  aux  produits ­
  du  règne  végétal  et  la  diminution  relative  de  la
production  agiicole  forcèrent  l’industrie  belge  à  chercher ­
  en  dehors  de  ses  frontières  la  matière  première
En  1835,  la  Belgique  n’importait  pas  une  seule  tonne
de  minerai.  En  19Û4,  elle  a  acheté  au  dehors  pour
plus  de  30  millions  de  minerai  de  fer  et  94  1/2  millions ­
  de  minerai  de  zinc,  de  plomb  et  d’autres  métaux,
soit  ensemble  pour  125  millions  de  francs.  Les  importations ­
  de  lin  ont  crû  dans  le  même  laps  de  temps  de
923.800  à  150.559.950  francs  et  celles  de  la  laine  de  15
millions  à  153  millions...
Les  minerais  qui  affluent  en  Belgique  sont  préparés
et  fondus,  puis  revendus  sous  forme  de  lingots,  de
rails,  de  poutrelles,  de  barres,  de  mécaniques  et  de
machines.  Les  matières  textiles  sont  lavées,  filées,  tissées, ­
  façonnées  et  après  avoir  retenu  ce  qu'exige  la
consommation  intérieure  toujours  grandissante,  le  fabricant ­
  expédie  le  surplus  au-dehors  et  jusque  dans  les
pays  qui  ont  fourni  la  matière  première.
En  1835,  la  Belgique  exportait  pour  5  millions  de
métaux,  en  19J4  pour  303  millions.  Elle  revendait  à
l’étranger  pour  4  millions  de  machines  et  mécaniques  ;
e'ie  en  vend  pour  113  millions.  Pour  le  fil  de  lin,  les
exportations  ont  passé  de  1  313.000  francs  à  93.697.080  ;
pour  la  verrerie  de  1.209.000  à  75.438.567.  La  Belgi ­
        <pb n="165" />
        160  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
que  ne  fournit  pas  un  écheveau  de  fil  de  laine  et  elle
en  écoule  pour  42.073.438  francs.  (1).
L’industrie  belge  qui  jadis  trouvait  sa  matière  première ­
  dans  ses  bois  et  dans  ses  champs  repose  d  ;  plus
en  plus  sur  les  produits  du  sol  étranger.  «  Nous  n’avons
presque  plus  rien  à  tirer  de  notre  sol,  dit  M.  Morisseaux,
mais  le  vieux  fonds,  toujours  amélioré,  des  aptitudes
nous  reste  ;  nous  allons  vendre  —  si  j’ose  m’exprimer
ainsi  —  de  la  mise  en  œuvre  et  si  dominante  sera
cette  tendance  que  nous  ne  saurons  pas  exporter  de  la
matière  brute  sans  lui  appliquer  une  façon  «  (2).
Après  avoir  caractérisé  les  changements  généraux  de
l'industrie  belge  dans  ses  rapports  avec  la  vie  économique ­
  du  pays,  voyons  quelle  était  sa  structure  jadis
et  aujourd’hui.  La  I’elgique  en  1846,  était  un  pays
de  petite  industrie.  Quoique  quelques  grandes  fabriques ­
  existassent  déjà,  comme  celle  de  Cockerill  qui,
en  1836,  occupait  2000  à  2200  ouvriers  (3),  le  métier
était  encore  tiès  important  comme  forme  de  production. ­

D’après  le  recensement  de  1846,  le  nombre  d’artisans
(patrons)  était  de  92.083  (4).  Ce  nombre  se  repartit  de
la  manière  suivante  :

(1)  Ch.  Morisseaux.  Le  développement  industriel  de  la  Belgique.  (La
Nation  Belge,  1830-1905,  p  162).
(2)  Ib.
(3)  Bbiavoinne.  De  l’industrie,  1.  c.  v.  I,  p.  300.
(t)  Rec.  ind.  1846,  p.  XII.
        <pb n="166" />
        LES  GRANDES  LIGNES  DE

l’évolution

161

I J

atrons  (1)

Ouvriers  (2)

Industrie  métallurgique

12.028

16.011

Carrières,  ardoisières,  etc.

6.786

11.789

Verreries

595

265

Lin  et  chanvre

18.732

42.794

Coton

43

362

Industries  de  confection  en  tissus

10  036

11.057

Alimentation

7.928

7.457

Bois

20.636

19.235

Cuir

11.841

10.459

Papeteries  et  imprimeries

611

2.705

Produits  chimiques

1.240

1.627

Industries  diverses

1.607

3.000

(3)

Totaux  92.083

126.761

Comme  le  nombre  total  d’entreprises  de  l’industrie
était,  en  1840,  de  114.751  et  celui  des  ouvriers  de
314.842  le  métier  absorbait  80.2  %  des  patrons  et
40.3  °/ 0  des  salariés.
Il  est  difficile  de  comparer  ces  chiffres  avec  ceux  de
1896,  car  Quetelet,  l’organisateur  du  recensement  de  1816,
ne  nous  définit  pas  ce  qu’il  entend  par  artisan.  Nous
pouvons  dire  seulement  que  la  Belgique  était  en  1846,
un  pays  de  petite  industrie,  et  qu’aujourd'hui  la  grande
industrie  domine  et  absorbe  plus  de  la  moitié  des
ouvriers.

(1)  Ib.p.  XII.
(2)  Ib.  p  X  et  XI.
(3)  Approximativement.
        <pb n="167" />
        162

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

Voici  leur  répartition  entre  les  diverses  catégories  (1)  :

Industrie  proprement  dite
(non  compris  l’industrie  à
domicile  et  en  atelier  public)  Entreprises

Très  petite  industrie
(pas  d’ouvriers)
Petite  industrie
(1  à  4  ouvriers)
Moyenne  industrie
5  à  49  ouvriers)
Grande  industrie
(50  à  499  ouvriers!
Très  grande  industrie
(500  ouvriers  et  plus)

165.000  (70.08  °/ 0 )
54.500  (24.09  %)
14.800  (5.12  %)
1.500  (0.63  %)
200  (0,08  %)

Ouvriers

95.000  (13.92  %)
177.000  (,25.96  0 /°)
250.000  (36.66  %)
160.000  (23.46  %)

236.000  682.000

La  grande  et  la  très  grande  industrie  réunies  occupent, ­
  dans  moins  d'un  centième  des  entreprises,  six
dixièmes  des  ouvriers.
La  grande  concentration  qui  a  eu  lieu  de  1846  à
1896  peut  être  constatée  avec  plus  de  précision.  En  1846,
il  y  avait  1  patron  pour  2  ouvriers  d’ateliers  environ
(exactement  1  pour  1.8)  ;  en  1896,  on  trouve  1  pour  3;
cette  élévation  du  nombre  moyen  des  ouvriers  par
établissement  est  un  indice  des  progrès  de  la  grande
industrie  (2)
Plus  rapide  encore  que  l’augmentation  du  nombre  des
salariés,  fut  l’accroissement  de  la  force  motrice.  Le
nombre  de  chevaux-vapeur  a  plus  que  décuplé,  s’élevant
de  40.000  à  430.000  (non  compris  l’industrie  des  transports). ­
  L’évaluation  suivante  donne  une  idée  de  l’augmentation ­
  de  productivité  que  représentent  ces  chiffres.

(')  Eec.  ind.  1896  v.  XVIII  p.  151.
(2)  Recensement  général  des  industries  et  des  métiers  (31  octobre  1896)
Analyse  des  volumes  I  et  II,  Bruxelles,  1900,  p.  43,
        <pb n="168" />
        LES  GRANDES  LIGNES  DE  L  ÉVOLUTION

163

Comme  nous  l’avons  déjà  dit  (p.  44)  on  estime  communément ­
  que  i  clieval-vapeur  est  équivalent  à  10  hommes  ;
la  force  productive  totale  de  l’industrie,  en  1846,  représentait ­
  1.060.000  travailleurs  (160.000  patrons,  plus  300.000
ouvriers  de  l'industrie  proprement  dite,  plus  200  000
ouvriers  travaillant  à  domicile,  plus  40.000  chevauxvapeur),
  or  ce  nombre  est  précisément  égal  à  la  population ­
  totale  de  l’industrie  en  1896  (1.100.000).  11  en
résulte  que  la  puissance  en  chevaux  vapeur,  recensée
en  1896,  représente  l’augmentation  nette  de  la  force
reproductive  :  cette  puissance  étant  de  430.000  chevaux-vapeur, ­
  cela  revient  à  dire  si  l’on  n’avait  pas  eu
recours  aux  machines  motrices  il  eut  fallu  un  supplément ­
  de  4  millions  3oo.ooo  travailleurs  pour  atteindre
la  production  de  i8g6  (1)  et  de  près  de  io  millions  pour
l'atteindre  en  igo-.  Car,  depuis  le  recensement  de  1896
jusqu’en  1907,  la  force  des  machines  à  vapeur  a  plus
que  doublé  et  a  atteint  une  puissance  globale  de  929.397
chevaux  (2).  De  1830  à  1905,  l’accroissement  moyen  du
nombre  de  chevaux-vapeur  utilisés  par  l'industrie  (non
compris  les  chemins  de  fer  et  bateaux)  à  passé  de  5000
à  165.930  !  (3).
Une  nouvelle  machine  à  vapeur,  installée  à  Seraing

(1)  1b.  p.  42.
(2)  Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Statistique  des  industries
extractives  et  métallurgiques  et  des  appareils  à  vapeur  en  Belgique  pour
l’année  1907,  p.  30.
(3)  En  1900,  le  nombre  de  chevaux-vapeur  était  de  647-378  ;  en  1903  de
813.2(8  Voir  Statistique  des  mines,  minières,  etc.  Compte-rendu  par
Em.  Harzé  pour  l’année  1900  p.  71;  Statistique  des  industries  extractives ­
  etc.  pour  l'année  1905,  p.  32  et  Waxweii.er.  Quelques  pages  de  notre
évolution  industrielle.  (Extrait  de  la  «  Patrie  Belge»)  p.  b  et  6,
        <pb n="169" />
        164

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

en  1905,  produit  aujourd’hui  une  force  de  10.000  chevaux ­
  c’est-àdire  le  quart  de  ce  que  l’industrie  entière
avait  à  sa  disposition  en  1846,  et  presque  le  total  de
ce  dont  elle  disposait  eu  1830.  (12.000  chevaux-vapeur)  (1).
Cet  accroissement  de  la  force  motrice  n’était  possible ­
  que  grâce  à  la  mise  en  valeur  des  grands  capitaux. ­
  Une  forme  nouvelle  d’entreprise  industrielle  —
la  société  anonyme  —  s’est  développée.  Eu  1839,  on
ne  croyait  pas  encore  dans  son  avenir  «  Après  une
expérience  de  5  années  environ,  dit  Briavoinne,  il  a
dû  surgir  des  faits  qui  permettent  de  tirer  des  conclusions ­
  sur  les  avantages  et  les  inconvénients  que  ce
système  de  société  présente  ..  Au  bout  de  quatre  années
d’existence,  la  Banque  de  Belgique  a  dû  momentanément ­
  suspendre  ses  paiements  et  solliciter  un  secours
du  Gouvernement  pour  pouvoir  opérer  une  liquidation
amiable.  La  Société  de  la  raffinerie  anversoise  s'est
dissoute  ;  d’autres,  principalement  parmi  les  hautsfourneaux,
  les  fabriques  de  fer  et  les  ateliers  pour  la
construction  des  machines,  ont  suspendu  le  paiement
de  leurs  intérêts,  etc...  A  juger  l’ensemble,  il  semble
qu’à  peu  de  chose  près  il  faille  encore  revenir  pour  les
sociétés  anonymes  aux  principes  qu’a  posés  Adam  Smith
pour  les  compagagnies  à  fonds  réunis  »  (2).
Un  ingénieur  anglais,  Grenville  Withers  de  Marchienne-au-Pont,
  exprime  une  opinion  encore  plus  sévère
sur  cette  forme  d’entreprise.  En  parlant  de  4  sociétés

(1)  Waxweii.er,  Quelques  pages,  etc,  1.  c.  p.  5,
(2)  Briavoinne.  De  l’industrie,  1.  c.  v.  II,  p.  237-238,
        <pb n="170" />
        LES  GRANDES  LIGNES  DE  L’ÉVOLUTION

lt&amp;gt;5
anonymes,  fondées  pour  la  filature  du  lin  a  Liège,
Bruxelles,  Malincs  et  Garni,  il  constate  qu’aucune  de
ces  sociétés  n’a  commencé  à  filer  et  il  leur  fait  de
tristes  prédictions.  «  Je  suis  convaicu,  dit-il,  qu’aucune
de  ces  compagnies  n’existera  dans  trois  ans.  L’affaire
est  peut  être  bonne,  mais  elle  doit  être  faite  par  des
gens  pratiques  et  pas  par  des  sociétés  anonymes,  qui
n’ont  jamais  réussi  et  qui  ne  réussiront  jamais  dans
l’industrie,  surtout  dans  l’industrie  du  lin  »  (1).  Ce  n’est
pas  la  première  ni  la  dernière  fois  qu’économistes  et
gens  pratiques  se  sont  montrés  mauvais  prophètes.
Comme  nous  l’avons  constaté  déjà,  40  %  des  ouvriers
de  l’industrie  proprement  dite  travaillent  dans  des
sociétés  par  actions  (2).  Dans  beaucoup  d’industries,
cette  forme  d'exploitation  industrielle  a  remplacé  complètement ­
  l’entreprise  individuelle.  Ainsi,  dans  la  glacerie,
  les  liauts-fourneaux,  les  râperies  de  betteraves,
les  visseries,  les  fabriques  de  blanc  de  zinc,  de  cuivre,
de  ciment,  de  dynamite,  d’asphalte,  etc.,  toutes  les
entreprises  sont  en  sociétés  par  actions  (3).

(4)  Hand  I.ooin  Weavers.  Reports  from  Assistant  Hand  Loom  Weavers
Commissioners  1839,  p.  171.
(2)  Ree.  ind.  1896,  v.  XVIII,  p.  150
(3)  Ib.  p.  158.
        <pb n="171" />
        CHAPITRE  IX.

Les  causes  de  la  décadence  du  métier.

Dans  l’introduction  de  notre  ouvrage,  nous  avons  dit
qu’avant  d’aborder  l’étude  d’une  question,  on  doit  arriver ­
  à  une  clarté  théorique  du  problème.  La  plupart
des  économistes,  étudiant  la  décadence  du  métier,  n’en
ont  rien  l'ait.
«  A  côté  des  métiers  qui  déclinent  ou  qui  restent
stationnaires,  il  en  est  au  contraire  qui  démontrent
leur  vitalité  en  progressant,  »  écrit  Bourguin  (1)  Et  Victor ­
  Brants,  lui  aussi,  se  contente  d’examiner  les  statistiques ­
  et  d’en  tirer  des  conclusions.  Il  admet  la  décadence ­
  de  certains  métiers,  mais  il  constate  que  dans
d’autres,  le  personnel  a  augmenté,  et  il  conclut,  que
ces  métiers-là  échappant  aux  atteintes  de  la  grande
industrie,  se  rangeront  toujours  fatalement-  dans  la
petite  (2).
Nous  pourrions  citer  encore  nombre  d’économistes
qui  partagent  cette  façon  de  voir.  On  peut  même  dire

(1)  Mai  rice  Bourgcin.  Les  systèmes  socialistes  et  l’évolution  économique. ­
  Paris  &amp;lt;904,  p.  &amp;lt;89-190.
pii  Victor  Lrants.  La  petite  industrie  contemporaine  2°  Ed.  Paris
19U2.  2)7.
        <pb n="172" />
        168  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

que  la  plupart  envisagent  la  question  à  ce  point  de
vue  purement  statistique  et  énumèrent  les  métiers
qui  ne  périront  jamais.  Il  suffit  de  jeter  un  coup
d’œil  historique  sur  ces  prédictions  pour  voir  combien
elles  ont  été  démenties.  Rau  cite  en  1863,  parmi  les
métiers  qui,  d’après  lui,  résisteront  à  la  décomposition
capitaliste,  les  tailleurs,  serruriers  cordonniers,  vitriers,
boulangers,  relieurs,  horlogers,  armuriers,  tapissiers,
selliers,  boutonniers,  plombiers,  etc.  (1)  Schmoller  affirme ­
  aussi,  vers  la  même  époque,  que  la  grande  industrie ­
  se  développe  dans  un  autre  domaine  que  celui
du  métier,  lequel  ne  fera  que  profiter  de  cette  évolution.
«  En  quoi  dit-il,  le  boucher,  le  cordonnier,  le  tailleur,  le
menuisier  et  le  serrurier  souffrent-ils  de  voir  que  les
filatures,  les  teintureries,  les  mines  et  les  usines,  les
moulins  et  les  distilleries  deviennent  de  plus  en  plus
grandes  »  ?  (2)
Trente  ans  plus  tard,  le  môme  Schmoller  cite  les
mêmes  métiers  (cordonniers,  menuisiers,  par  exemple)
comme  cédant  la  place  à  des  fabriques  et  à  l’industrie
à  domicile  (3).
Devant  l’écliec  de  toutes  ces  prédictions,  nous  ne
pouvons  que  partager  entièrement  l’avis  de  Sombart,
qui  réclame  des  économistes  plus  de  prudence  dans
leurs  prophéties.  «  Des  professeurs  allemands,  dit-il,

(1)  D r  Karl  Heinrich  Rau.  Grundzatze  der  Volkswirtrchaftlehre.  Leipzig ­
  1863,  v.  1,  §,  399  p.  531.
(2)  Gustav  Schmoller.  Zur  Geschichte  der  deutschen  Kleingewerbe  in
19  Jahrhundert.  Halle,  1870,  p.  166.
(3)  Id.  Principes  d'économie  politique.  Paris  1905,  t.  II,  p.  497.
        <pb n="173" />
        LES  CAUSES  DE  LA  DECADENCE  DU  METlEft

169

ont  minutieusement  prouvé  l’impossibilité  d’établir  des
communications  par  bateaux  à  vapeur  ou  par  chemin
de  fer.  X’avons  nous  donc  encore  rien  appris  ?  Vestigia ­
  terrent  »  (1).
Ceux  qui  cherchent  la  solution  du  problème  dans  la
statistique  n’approfondissent  pas  assez  la  ciuestion.  Il
faut  aller  plus  loin  ;  il  faut  comprendre  avant  tout  les
caractères  essentiels  des  deux  principales  formes  de
production  qui  entrent  en  lutte  —  le  métier  et  la  fabrique. ­
  (Pour  l’industrie  à  domicile  voir  Chapitre  XI).
Pour  être  bien  clair,  prenons  un  exemple  concret  ;
voyons  quels  ont  été  les  changements  qui  se  sont  produits ­
  dans  la  fabrication  des  chaussures.
Il  y  a  quelques  dizaines  d’années,  le  métier  prévalait
partout  dans  cette  industrie  ;  la  fabrique  n’existait
pour  ainsi  dire  pas.
Le  cordonnier  travaillait  avec  quelques  ouvriers  ou
seul  ;  il  achetait  lui-même  son  cuir  ;  il  vendait  luimême
  ses  produits  dans  un  petit  magasin.  Jusqu’en
1860,  avant  l’introduction  de  la  machine  à  coudre,  il
faisait  la  bottine  entière.  Ce  n’est  que  plus  tard  que
la  fabrication  de  la  tige  est  devenue  une  opération
distincte.  Au  moyen-âge  et  même  encore  aujourd’hui,
dans  quelques  villages  de  Galicie,  c’est  le  cordonnier
qui  tanne  lui-même  les  cuirs  (2).  Il  réunissait  donc,
dans  sa  seule  personne,  tout  un  ensemble  de  fonctions.

(1)  Sombart.  Der  moderne  Kapitalismus.  1.  c.  v.  I,  p.  628.
(2)  l) r  Cornélius  von  Paygert.  Die  soziale  und  wirtschaftliehe  Lage
der  galizischen  Schuhmacher.  (Staats-  und  sozialwissenschaftliche  Forschungen,
  herausgegeben  von  Gustav  Schmoller,  Bd.  XI,  Heft,  1).
        <pb n="174" />
        lto

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LÀ  BELGIQUE

Il  était  producteur,  commerçant,  entrepreneur,  directeur, ­
  chef  de  réclame,  dessinateur,  etc.  etc.  Mais  une
division  du  travail  s’opère,  et  chacun  se  spécialise
dans  une  partie  fragmentaire  de  l’œuvre  commune.
Le  processus  technique  est  différencié  en  un  nombre ­
  infini  d’opérations.  C  est  ce  qu’on  appelle  aujourd’hui ­
  la  décomposition  du  travail  (Arbeitszerlegung  selon
la  terminologie  introduite  par  Bûcher).  Adam  Smith
admirait  dans  la  manufacture  d’épingles  de  décomposition
du  travail  en  18  opérations.  Aujourd’hui  un  produit
avant  d’être  livré  à  la  consommation,  doit  passer  par
des  centaines  d’opérations.
En  1892  déjà,  parmi  les  600  ouvriers  occupés  dans
les  fabriques  américaines  du  Massaeliusets,  il  n’y  en
avait  pas  25  absorbés  par  le  même  travail  (1).
La  série  des  machines  Goodyear,  l’outillage  le  plus
perfectionné  pour  fabriquer  les  chaussures,  comprend
plus  de  50  machines  différentes.  On  les  utilise  dans
toutes  les  grandes  fabriques,  par  exemple  celle  de  Eller
à  Bruxelles  (2).
En  général  quand  on  parlait  de  la  supériorité  de  la  grande ­
  production,  on  n’avait  en  vue  que  les  avantages  résultant ­
  de  cette  décomposition  du  travail  au  point  de  vue
purement  technique.  On  oubliait  que  la  différenciation
ne  s’est  pas  arrêtée  là.  Le  petit  artisan  n’était  pas
seulement  producteur,  il  était  aussi  chef  d’entreprise.

(1)  I) r Ernst  Francke.  Die  Schuhmacherei  in  Bayern.  (Münehner  Volkswirtsc.haflliche
  Studien,  Stuttgart,  1893,  p.  75).
(2)  Voir  :  Office  du  Travail  de  Belgique.  Industries  à  domicile,  v.  VI,
p.  235.
        <pb n="175" />
        LES  CAUSES  DE  LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

171

Avec  l’évolution  du  capitalisme,  des  directeurs  commerciaux, ­
  des  comptables,  des  correspondants,  des  calculateurs, ­
  des  vendeurs  et  acheteurs,  des  ingénieurs  et
dessinateurs,  des  modeleurs  et  artistes,  des  chefs  de
réclame,  des  chimistes,  des  secrétaires,  etc.,  dont  les
fonctions  étaient  remplies  jadis  par  un  seul  artisan,
parurent  en  scène,  englobés  dans  un  organisme  nouveau, ­
  la  fabrique.
Si  nous  tachons  maintenant  de  caractériser  cette
transformation,  que  nous  venons  de  décrire  dans  ses
grandes  lignes,  nous  dirons  qu’elle  comprend  à  la  fois
une  intégration  et  une  différenciation.  La  décadence
du  métier  et  le  développement  de  la  fabrique  ne  sont
qu’une  forme  de  cette  loi  universelle  d’évolution  qui
consiste,  suivant  Spencer,  dans  le  passage  d’une  honwgénété
  indéfinie,  incohérente  (les  artisans  cordonniers
d’un  pays,  par  exemple)  à  une  hétérogénéité  définie
cohérente.  (1)  (la  fabrique  de  chaussures).  C’est  la
marche  que  suivent  les  existences  sensibles,  individuellement ­
  et  dans  leur  ensemble,  durant  la  période  ascendante ­
  de  leur  histoire.
Dans  un  ouvrage  de  philosophie  ou  de  sociologie  générale, ­
  cette  constatation  suffirait  peut-être  à  prouver  la
supériorité  de  la  fabrique  et  son  triomphe  logique  sur
le  métier.
Pour  nous,  économiste,  elle  n’est  qu’un  point  départ.
Il  s’agit  de  voir  maintenant  quels  sont  les  avantages ­
  de  cette  différenciation  et  de  cette  intégration
pour  la  fabrique  dans  sa  concurrence  avec  le  métier.

(1)  Herbert  Spencer:  Les  premiers  principes.  Paris,  1901,  p.  385.
        <pb n="176" />
        172  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

En  matière  économique,  la  victoire  et  à  celui  qui
sait  attirer  vers  lui  la  clientèle  des  consommateurs.  Il
y  a  deux  moyens  d’y  arriver.
1°)  Le  bon  marché  de  la  production.
2°)  La  qualité  :
a)  on  peut  fournir  une  meilleure  marchandise  ;
b)  on  peut  la  fournir  mieux  (plus  vite,  dans  un  beau
magasin,  etc.)
Examinons  à  ce  point  de  vue  la  situation  du  métier  et
de  la  fabrique,  en  passant  par  les  grands  stades  de  la
différenciation,  la  production  proprement  dite  et  les
autres  fonctions  que  nous  subdiviserons  en  :
1°)  Fonctions  commerciales  (achat  et  vente)  ;  2°)  techniques ­
  ;  3°)  artistiques.
Pour  ce  qui  regarde  la  production,  les  avantages  de  la
décomposition  du  travail  ont  été  bien  souvent  exposés.
Adam  Smith  en  a  donné  une  analyse  ingénieuse,  et  ses
idées  ont  été  reprises  par  ses  successeurs.  La  division
du  travail  a  pour  premier  résultat  d’augmenter  la  force
productive  de  l’ouvrier  en  le  rendant  plus  expert  dans
sa  spécialité  ;  elle  permet  en  second  lieu  d’économiser
le  temps  perdu  généralement  par  le  passage  d’une
occupation  à  une  autre  ;  enfin,  elle  facilite  l’introduction ­
  des  machines  dans  l’industrie  (1\
A  côté  de  ces  arguments  relatifs  à  l’accroissement
de  productivité  et  par  conséquent  au  meilleur  marché
qui  résulte  de  la  différenciation  du  travail,  Adam  Smith
en  invoque  d’autres  relatifs  à  la  qualité  des  produits  :

(1)  Adam  Smlth  ;  Recherches  sur  la  nature,  etc.  v.  I.  p.  19-21.
        <pb n="177" />
        LES  CAUSES  DE  LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

173

«  la  division  du  travail,  dit-il,  en  réduisant  la  tâche  de
chaque  homme  à  quelque  opération  très  simple,  et  en
faisant  de  cette  opération  la  seule  occupation  de  sa  vie,
lui  fait  acquérir  nécessairement  une  très  grande  dextérité ­
  »  (i).
Mais  ce  n'est  pas  tout.  La  fabrique  peut  produire  à
meilleur  marché  et  mieux,  grâce  à  un  emploi  plus  rationnel ­
  des  ouvriers,  grâce  à  la  possibilité  de  la  différenciation ­
  du  travail  qualifié  et  non  qualifié.  Pendant
que  l’artisan  est  obligé  d’avoir  de  bons  ouvriers  connaissant ­
  bien  le  métier  (un  cordonnier  par  exemple,
un  tisserand,  etc.  doivent  passer  par  un  long  apprentissage), ­
  la  fabrique  peut  confier  le  travail  demandant
des  connaissances  spéciales,  à  quelques  ouvriers  qualifiés ­
  pendant  que  le  reste  est  exécuté  par  des  lemmes,  des
enfants,  etc.,  en  général  par  une  main-d  œuvre  moins
coûteuse.
Ainsi,  dans  la  fabrication  des  vêtements,  il  y  a  un
spécialiste  :  le  coupeur  ;  mais  la  grande  majorité  des
travailleurs  n’ont  â  remplir  que  des  fonctions  très  simples ­
  à  la  portée  de  gens  sans  aucune  éducation  professionnelle. ­
  Il  en  résulte  une  diminution  du  prix  de  revient, ­
  ainsi  que  le  prouvent  de  nombreux  exemples.
Sombart  en  cite  un  grand  nombre  d’après  l’enquête
«  Hand  and  machine  labor  »  :  je  n’en  extrais  qu’un
seul.
Voici  comment  se  présentent  les  salaires  dans  le  métier ­
  et  dans  la  fabrique  (2)  :

(1)  Ib  ;  p.  19.
(?)  Sombart  :  Der  moderne  Kapitalismus,  1.  c.  v.  II,  p.  498.
        <pb n="178" />
        174

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

A.  —  Métier.  —  1  cordonnier  reçoit  3  $  pour  10  heures
de  travail  par  jour.
1  piqueuse  reçoit  2  $  pour  10  heures  de  travail  par  jour.
Le  salaire  d'un  travailleur  moyen  est  donc  de  2.50  $
pour  la  journée  de  10  heures  de  travail  soit  25  cents
par  heure.
IL  —  Fabrique.
Pour  une  journée  de  10  heures  les  salaires  sont  :
1  travailleur  G.00  $.
3  travailleurs  5.00  »
2  »  4.00  »
10  »  3.50  »
l 7  »  3.00  »
7  »  2.75  »
16  »  2.50  »
9  »  2.25  »
20  »  2.00  »
38  »  1.75  »
13  «  1.50  »
13  »  1.25  »
1  »  1.00  »
1  «  0.50  »
151  travailleurs  3.382  1/2  $.
Le  salaire  moyen  d’un  travailleur  est  de  2.24  $  soit
22,5  cents  par  heure.
Dans  les  autres  métiers,  même  constatation  ;  le  salaire ­
  moyen  est  plus  élevé  que  dans  la  fabrique.  Celle-ci ­
  peut  donc,  même  en  n'employant  pas  de  machines, ­
  en  produisant  la  même  quantité  par  ouvrier  que
        <pb n="179" />
        LES  CAUSES  DE  LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

175

l'artisan  (1)  produire  à  meilleur  marché  que  le  métier.
II  serait  bon  que  ceux  qui  rêvent  de  faire  revivie
le  métier  par  l’emploi  de  petits  moteurs  y  réfléchissent
sérieusement.
La  force  de  travail  coûte  moins  en  moyenne  à  la
fabrique  qu’au  métier.  Il  en  résulte  la  possibilité  de
l’emploi  d’ouvriers  spécialement  qualifiés  et  par  cela
même  la  production  de  meilleures  marchandises.
Ainsi,  un  coupeur  d’une  grande  habileté  ne  pourra
produire  comme  artisan  qu'un  nombre  restreint  de  costumes, ­
  car,  en  dehors  de  la  coupe,  il  devra  s’occuper
de  la  couture,  du  repassage,  etc.  Dans  la  fabrique, ­
  ce  travail  simple  ne  demandant  pas  de  talent ­
  spécial  pourra  être  abandonné  à  des  ouvriers
non  qualifiés.  Le  coupeur  ne  s’occupera  que  de  sa
spécialité  et  tous  les  costumes  porteront  l’empreinte
de  son  art.
Grâce  à  la  décomposition  du  travail,  la  marchandise
n’est  pas  seulement  moins  chère  et  de  meilleure  qualité, ­
  elle  est  aussi  mieux  fournie.  Ici  le  changement
des  mœurs  joue  un  rôle  important.  Jadis,  quand  la
confection  des  objets  pouvait  traîner  en  longueur,  l’artisan ­
  suffisait.
Aujourd’hui  où  tout  est  mouvement  et  acivité,  où  les
idées  changent  avec  une  rapidité  croissante,  où  il  faut

(l)  Ceci  est  naturellement  une  supposition  qui  ne  répond  pas  à  la
réalité  ;  ainsi  par  exemple  en  1815,  un  cordonnier  habile  pouvait  produire ­
  aux  Etats-Unis,  155  paires  par  an  ;  aujourd’hui  dans  une  fabrique
on  compte  plus  de  3t:Û0  paires  par  ouvrier.(E.  Fra.ncke  :  Die  behuhmacherei
  in  Bayern,  1.  c.  p.  38).
        <pb n="180" />
        176  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
produire  non  seulement  bien  mais  vite,  l’artisan  n’est
plus  en  état  de  satisfaire  aux  exigences  de  l’époque.
Dans  une  fabrique  les  différentes  parties  d’un  même
travail  pouvant  être  mises  simultanément  en  œuvre,  le
temps  nécessaire  à  l’achèvement  total  est  réduit  à  son
minimum.  Ainsi,  dans  une  fabrique  belge  (Eller  à  Bruxelles), ­
  une  paire  de  chaussures  peut  être  achevée  en
24  minutes  (1).  La  rapidité  avec  laquelle  quelques
grands  bâtiments,  comme  par  exemple  le  Palace  Hôtel
à  Bruxelles  (360  jours),  l’Entrepôt  à  Anvers,  etc.,  furent
construits,  est  fantastique.
Quand  en  1896  il  fallut,  mettre  en  adjudication  la
grande  halle  de  l’Exposition  industrielle  de  Saxe  et
de  Thuringue  qui  se  fit  à  Leipzig,  la  construction
fut  d’abord  proposée  aux  maîtres  charpentiers  de  la
ville,  c’est-à-dire  à  des  entrepreneurs  qui  travaillent
avec  un  capital  déjà  très  élevé  et  qui  ont  l’habitude
des  grandes  adjudications.  Mais  tous  hésitaient  à
cause  du  court  délai  qui  leur  était  accordé  pour  construire ­
  et  de  la  grandeur  des  risques.  Ils  traitèrent
alors  avec  une  grande  firme  de  construction  de  Francfort ­
  sur-Mein.  En  quelques  heures,  le  contrat  fut
signé  ;  le  soir  même  le  télégraphe  jouait  dans  toutes
les  directions  ;  huit  jours  après  les  grues  à  vapeur
fonctionnaient  sur  les  lieux  et  des  trains  entiers  arrivaient ­
  de  Galicie,  avec  les  chargements  de  bois  nécessaires ­
  (2).

(1)  Office  du  Travail  de  Belgique.  Industries  à  domicile  v.  VI,  p.  244.
(2)  Karl  Bûcher  ;  Etudes  d’histoire  et  d’économie  politique,  p.  462.
        <pb n="181" />
        LES  CAUSES  DE  LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

177

Cette  rapidité  de  construction  n’est  pas  due  uniquement ­
  à  la  décomposition  du  travail,  mais  en  grande
partie  à  la  différenciation  de  la  fonction  commerciale.
Car  seule  une  entreprise  ayant  à  sa  tète  des  spécialistes ­
  connaissant  à  fond  la  situation  du  marché,
ayant  des  relations  étendues  dans  le  monde  entier
pouvait  en  quelques  heures  se  décider  à  entreprendre
à  des  conditions  déterminées  un  travail  de  cette  importance. ­

Dans  une  fabrique,  le  chef  d’entreprise  peut  réserver
toutes  ses  forces  aux  questions  fondamentales,  aux  problèmes ­
  vitaux  de  son  industrie  ;  il  peut  étudier  les
grands  mouvements  des  marchés,  les  résultats  encore
invisibles  des  événements  contemporains,-  sans  se  perdre ­
  dans  des  préoccupations  de  détails.
L’artisan,  obligé  de  consacrer  une  grande  partie  de
son  temps  aux  travaux  manuels,  ne  peut  se  perfectionner ­
  dans  l’art  de  diriger  son  entreprise  (1).
De  graves  inconvénients  en  résultent  pour  lui.  La
nécessité  d’une  technique  commerciale  spéciale  s’impose
aujourd’hui,  d’autant  plus  qu’il  est  devenu  indispensable ­
  de  faire  venir  les  matériaux  de  loin.  On  a
trouvé  des  produits  exotiques  qui  remplacent  avantageusement ­
  les  produits  indigènes.  Les  facilités  des.
communications,  les  bateaux  à  vapeur,  les  lignes  de
chemin  de  fer,  etc.,  tout  cela  a  permis  de  s’approvisionner ­
  dans  des  pays  lointains.  Il  est,  par  exemple,  plus

(l)  Voir  à  ce  sujet:  Alfred  Marshall  :  Principes  d’économie  politique. ­
  19U7,  p.  481.
        <pb n="182" />
        178  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
avantageux  pour  les  fabriques  belges  de  chapeaux  situées
dans  la  vallée  du  Geer,  de  faire  venir  leurs  tresses
du  Japon  et  de  la  Chine  que  de  les  acheter  dans  le
pays  (1).
Ces  changements  dans  les  conditions  d’achat  ont
contribué  à  aggraver  sérieusement  la  situation  du
métier.  La  fabrique  possédant  des  organismes  spéciaux
destinés  à  l’étude  des  mouvements  du  marché,  étant  en
relations  avec  des  agents  dans  toutes  les  parties  du
monde,  trouve  plus  facilement  que  l’artisan  les  meilleures
occasions  d’approvisionnement.
Et  sans  aller  si  loin,  dans  le  pays  même,  la  matière ­
  première  est  victorieusement  disputée  à  l’artisan
par  des  plus  ‘puissants  que  lui.
C’est  le  cas  dans  le  Luxembourg  belge,  où  tout  le
bois  mis  aux  enchères  passe  aux  mains  des  marchands
capitalistes.  Ils  achètent  en  bloc  ce  qui  est  mis  en
vente  et  le  sabotier  doit  s’approvisionner  chez  des
intermédiaires  en  payant  des  prix  exorbitants  (2).  Là
où  la  fabrique  entre  en  lutte  avec  le  métier,  elle  réussit
toujours  à  obtenir  les  matières  premières  de  meilleure
qualité,  par  exemple  dans  la  cordonnerie  (3).
Les  conditions  de  vente  ont  également  changé  en
défaveur  de  l’artisan.  Aussi  longtemps  qu’il  avait  sa

(t)  E.  Vandervelde  :  L’exode  rural,  1.  c.  p.  81.
(2)  Louis  Banmeux.  L’industrie  sabotière  dans  la  province  de  Luxembourg, ­
  1902,  p.  21-22.
(3  L.  Swzheimer  :  Ueber  die  Grenzen  der  Weiterbildung  des  fabrikmâssigen
  Grossbetriebes  in  Deutschland,  Stuttgart,  1893,  p.  110.
        <pb n="183" />
        LES  CAUSES  DE  LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

179

clientèle  assurée,  aussi  longtemps  que  ses  concurrents
n’étaient  que  des  artisans,  sa  situation  n'était  pas
mauvaise.  Il  pouvait  fixer  les  prix  approximativement,
il  pouvait  même  commettre  sans  grand  danger  des
erreurs  de  calcul  ;  le  gain  par  pièce  était  assez  grand
pour  le  permettre.
Mais  le  rationalisme  économique  apparut  proclamant ­
  un  principe  nouveau  de  vente,  qui  disait  qu’il
faut  gagner  peu  sur  la  pièce  et  beaucoup  sur  la  masse
des  produits  fabriqués.  Le  calcul  commercial,  l’établissement ­
  d’un  prix  de  revient  sont  devenus  la  base  de
la  production.  On  a  dû  se  conformer  aux  conditions
nouvelles  et  devenir  un  parfait  commerçant.
L’artisan  ne  possède  pas  et  ne  peut  pas  posséder
les  connaissances  spéciales  pour  fixer  les  prix  à  quelques ­
  centimes  près.  Il  lui  est  impossible  d’appliquer
les  principes  de  l’arithmétique  commerciale.  L’enquête
du  Verein  fiïr  Sozialpolitik  en  relève  des  exemples
nombreux.
Voici  par  exemple  ce  que  nous  y  lisons  à  propos
de  l’industrie  du  métal  à  Berlin  :  «  L'adjudication  nécessite ­
  un  calcul  commercial  exact  des  prix  et  une
connaissance  de  l’offre  et  de  la  demande.  Sous  ce
rapport,  l'artisan  n’est  pas  de  force  à  se  mesurer  avec
les  propriétaires  des  grandes  entreprises.  Si  des  établissements ­
  d’artisans,  possédant  des  capitaux,  succombent, ­
  il  faut  l’attribuer  à  cette  cause  »  (1).  Menold
dit  à  ce  même  sujet,  en  parlant  du  développement

(l)  \V.  Sombart  :  Der  moderne  Kapitalismus.  1.  c,  v.II,  p.  465.
        <pb n="184" />
        180  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
des  grandes  entreprises  dans  l’industrie  de  la  reliure,
que  c’est  le  calcul  exact  des  pertes  et  profits  qui
leur  donne  la  base  solide  sur  laquelle  elles  reposent  (1).
En  Belgique,  La  Commission  Nationale  de  la  Petite
Bourgeoisie  relève  des  faits  semblables.  On  estime,
par  exemple,  que  trois  quarts  des  serruriers  poêliers
ne  savent  pas  établir  convenablement  un  prix  de  revient ­
  (v.  Vil,  p.  12).  Parmi  les  menuisiers  et  ébénistes,
ceux  qui  tiennent  des  livres  n'ont  le  plus  souvent
qu'une  comptabilité  rudimentaire.  Ils  ne  les  tiennent
ni  dans  les  formes  exigées  par  la  loi,  ni  d’après  les
méthodes  que  recommande  la  science  de  la  comptabilité ­
  (Enqête  écrite  v.  I,  p.  261).
Mais  il  ne  s’agit  pas  seulement  de  livrer  à  bon
marché  une  bonne  marchandise,  il  faut  aussi  la  fournir ­
  bien,  c’est-à-dire,  attirer  vers  soi  le  consommateur.
Les  liens  d’amitié,  de  voisinage  qui  existaient  autrefois ­
  entre  le  client  et  l’artisan,  ont  perdu  toute  influence, ­
  au  moins  dans  les  villes,  au  profit  de  la
réclame.
Une  science  nouvelle  s’est  développée,  ne  se  consacrant ­
  qu’à  l’étude  des  méthodes  permettant  d’attirer  le
client.  Il  faut  avoir  avant  tout  connaissance  des
revues  et  des  journaux,  il  faut  savoir  à  combien
d’exemplaires  ils  sont  répandus,  par  quel  public  ils
sont  lus.  S’il  s’agit  de  lancer  dans  les  Etats  Unis  un
article  d’outillage  agricole,  par  exemple  300  revues

U)  H.  H.  Menold  :  Der  Einfluss  der  Maschine  auf  die  Entwickelung
der  gewerblichen  Betrieb'formen  in  der  deutschen  Buchbinderei  :
inaugural  Dissertation,  1908  p.  125.
        <pb n="185" />
        LES  CAUSES  DE  LA  DECADENCE  DU  MÉTIER

181

spéciales  pourront  convenir  à  première  vue.  Tl  importe
cependant  de  connaître  la  distribution  géographique  de
chacune  d’elles.  On  ne  confie  la  réclame  pour  une
machine  agricole,  destinée  aux  planteurs  de  coton
des  Etats-Unis  du  Sud,  qu’à  des  revues  suffisamment
lues  dans  cette  région.  Tl  faut  donc  s’informer,  établir
des  cartogrammes,  etc.  (1).
Mais  ce  n'est  là  encore  qu’un  premier  point.  La  plus
grande  difficulté  de  la  réclame  est  la  création.  Il  faut
avant  tout  faire  œuvre  de  psychologue.  A  moins  d’empirisme ­
  et  de  hasard,  tout  le  succès  de  la  réclame
repose  sur  la  psychologie  expérimentale.  L’influence
des  couleurs  est  primordiale.  C’est  le  rouge  qui  accroche ­
  le  plus  nos  regards.  Le  vert  est  la  couleur  suivant ­
  immédiatement  le  rouge  dans  ses  effets  sur  l’attention. ­
  Ces  faits  découlent  d’expériences  de  laboratoire. ­
  L’expérience  nous  apprend  aussi  que  l’impression ­
  noir  sur  blanc  vaut  mieux  que  blanc  sur  noir.
Nous  n’avons  pas  l’intention  de  décrire  ici  toutes
les  méthodes  de  la  réclame.  Xous  voulons  montrer
seulement  combien  de  connaissances  spéciales  il  faut
avoir  pour  attirer  l’attention  du  public.  «  La  rédaction ­
  d’une  annonce,  dit  De  Leener,  est  chose  essentielle. ­
  Flaubert  passa  plusieurs  journées  à  rédiger
les  premières  phrases  de  Salammbô  pour  leur  donner
l’harmonie  qu’il  désirait.  Le  travail  de  l’écrivain  d’annonces ­
  n’est  guère  moins  laborieux.  Il  suffit,  pour  se
convaincre  de  la  difficulté  du  style,  d'essayer  la  rédac-(I)

  G.  de  Leener  :  La  réclame,  1908,  p.  8.
        <pb n="186" />
        182

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

tion  d’une  annonce.  Le  texte  doit  être  complet,  il  doit
être  concis  cependant.  De  plus,  il  faut  qu’il  soit
suggestif  «  (1).
Comme  le  pauvre  artisan,  dans  sa  petite  boutique
ou  son  petit  atelier,  reste  étranger  à  tout  cela  !  Et
comment  pourrait-il  lutter  sérieusement  contre  ces  vastes ­
  organismes  capitalistes,  qui  ont  fait  de  la  publicité
une  fonction  à  part  ?
Des  chefs  de  réclame  ayant  fait  des  études  spéciales
dans  des  écoles  de  publicité  des  Etats-Unis,  savent
saisir  l’attention  du  public.  Us  connaissent  l’impor
tance  des  différents  moyens,  leur  efficacité  approximative ­
  dans  chaque  cas  d’emploi.
De  même  que  la  réclame  moderne  nécessite  dans  une
entreprise  un  département  de  publicité,  la  technique  et
de  l'art  exigent  la  différenciation  de  ces  fonctions.  Il  faut
rester  aujourd’hui  “à  la  hauteur»  il  faut  adopter  à  chaque
moment  des  procédés  nouveaux,  introduire  des  améliorations, ­
  lire  les  revues  techniques.  Il  est  iucîispensable
  d’avoir  pour  cela  un  personnel  d’ingénieurs  et  de
chimistes.  Un  artisan  même,  s’il  était  capable  de  faire
une  invention  importante,  ne  pourrait  l’appliquer.  Non
seulement  parce  que  les  fonds  nécessaires  lui  manquent, ­
  mais  aussi  parce  que  des  essais  et  des  expériences ­
  l’obligeraient  d’interrompre  ses  autres  travaux.
Il  ne  peut  donc  pas  suivre  le  développement  de  la
technique,  il  reste  en  arrière.
Les  changements  brusques  et  rapides  de  l’industrie
        <pb n="187" />
        LF.S  CAUSES  DE  LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

183

sont  le  plus  grand  danger  du  métier,  car  ils  nécessitent ­
  la  formation  d’organes  spéciaux  d’adaptation
Combien  de  fois  l’a-t-on  oublié  et  on  l’oublie  encore
en  disant  que  le  métier  sera  ressuscité  par  l’art  !  On
ne  voit  pas  qu’à  notre  époque  —  où  tout  se  modifie  —
les  goûts  aussi  subissent  une  transformation  incessante. ­
  Ce  qui  plaît  aujourd’hui  sera  délaissé  demain,
pour  être  repris  quelques  années  plus  tard.  C’est  la
mode  qui  joue  un  rôle  important  dans  la  vie  économique. ­
  C’est  d’elle  que  dépendra  la  misère  ou  la  richesse ­
  de  régions  entières,  (les  dentellières  de  la  Flandre, ­
  par  exemple  souffrent  beaucoup  plus  pendant  les
années  où  la  dentelle  n’est  pas  à  la  mode  que  pendant ­
  d’autres)  ;  c’est  elle  qui  décidera  quelquefois  du
taux  de  salaire.  Ainsi,  les  salaires  de  la  confection
furent  pendant  longtemps  plus  élevés  à  Paris,  centre
de  la  mode,  qu’à  Berlin  (1).
Devant  l’importance  économique  de  la  mode,  il  est
regrettable  que  les  économistes  d’aujourd’hui  traitent
ce  problème  de  façon  si  superficielle.  De  même  que  du
temps  des  physioerat.es,  on  discute  uniquement  la  question ­
  de  savoir  si  le  luxe  est  bon  ou  mauvais,  oubliant
que  le  principal  devoir  de  la  science  n’est  pas  taut
de  donner  des  jugements  que  de  trouver  des  lois  et
des  constances.  Le  luxe  n’est  ni  bon  ni  mauvais,  il
est  une  catégorie  historique,  en  rapport  avec  toute  la
vie  sociale.  Roscher  avait  déjà  émis  cette  opinion  si
juste,  que  le  luxe  d’un  peuple  sain  est  bon,  celui  d’un
peuple  malsain,  morbide.

(1)  Julius  Lessing.  Der  Modeteufel.  Berlin,  1884  p.  38.
        <pb n="188" />
        184

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

Une  étude  des  causes,  des  formes  et  des  conséquences ­
  du  luxe  pour  la  vie  économique,  s'impose.  Sombart
a,  le  premier  parmi  les  économistes,  essayé  de  donner ­
  une  analyse  scientifique  du  goût  moderne.  Nous
renvoyons  le  lecteur  aux  liages  si  intéressantes  de  son
«  Moderne  Kapitalismus  »  et  nous  nous  bornons  à  esquisser ­
  les  rapports  qui  existent  entre  la  mode  et  la  décadence ­
  du  métier.
Nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de  rappeler  à  ce
sujet  quelques  pages  du  génial  auteur  du  «  Bonheur
des  Dames  ».  Pendant  que  les  économistes  préconisaient ­
  la  résurrection  du  métier  par  l’art,  Emile  Zola,
qui  tant  de  fois  avait  devancé  par  son  intuition
la  science,  voyait  que  c’est  justement  l’art  qui  tue
l’artisan.
Le  vieux  Bourras,  le  fabricant  de  parapluies,  était
connu  pour  ses  beaux  produits.  C’était  son  orgueil
d’artiste,  de  faire  des  manches  comme  aucun  ouvrier  de
Paris  n’était  capable  de  les  fabriquer.  «  Il  en  sculptait
surtout  la  pomme  avec  une  fantaisie  charmante,  renouvelant ­
  toujours  les  sujets  :  des  fleurs,  des  fruits,  des
animaux,  des  têtes  traitées  d’une  façon  vivaute  et  libre.
Un  canif  lui  suffisait  ;  on  le  voyait  des  journées  entières ­
  le  nez  chaussé  de  bésicles,  fouillant  le  buis  ou
l’ébène  »  (p.  226).
Et  voilà  que  «  Le  Bonheur  des  Dames  »  s’oriente
par  ailleurs.  Et  le  pauvre  Bourras  no  trouve  plus
d’acheteurs  pour  ses  parapluies  et  il  s’écrie  :  «  L’art
est  fichu,  entendez-vous  !  Il  n’y  a  plus  un  manche
propre.  On  fait  des  bâtons,  mais  des  manches,  c’est
        <pb n="189" />
        LES  CAUSES  DE  LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

lSo

fini  !  Trouvez-moi  un  manche  et  je  vous  donne  vingt
francs  ».
L’art  n’était  pas  fichu,  mais  l’art  traditionnel  s’en
allait.  Un  art  nouveau,  changeant,  venait  de  naître.
L’artisan  ne  pouvait  pas  s’y  adapter.  Le  grand  magasin ­
  ave3  son  personnel  artistique  qui  ne  faisait
qu’étudier  le  goût  du  public,  avait  supplanté  avec  ses
«  bâtons  »  les  manches  sculptés  de  Bourras.
Cette  différenciation  de  la  fonction  artistique  se  retrouve ­
  dans  toutes  les  industries  où  il  est  nécessaire
de  tenir  compte  de  l’esthétique  des  produits.  L’  «  Allgemeine
  Elektricitats  Gasellschaft  »,  par  exemple,  a  engagé ­
  comme  conseil  artistique  (künstlerischer  Beirat)  le
professeur  bien  connu  Behrens.  C’est  lui  qui  s’occupe
spécialement  de  joindre  le  beau  à  l’utile,  de  donner
aux  lampes,  aux  ventilateurs,  etc.,  des  formes  aussi
simples  et  aussi  belles  que  possible  (1).
Dans  l’industrie  de  la  reliure,  la  supériorité  des
grandes  entreprises  est  due  aussi  au  fait  qu’elles  peuvent ­
  engager  des  personnalités  artistiques  de  premier
ordre,  qui  créent  des  projets  originaux  et  appropriés
à  leur  but  (2).
Dans  l’industrie  du  vêtement  pour  hommes  aux  Etats-Unis,
  les  grandes  maisons  de  confection  emploient  un
«  designer  »,  payé  quelque  fois  très  cher,  qui  crée  les
modèles  et  qui  lance  la  mode.  «  Car  il  faut  le  reconnaître, ­
  dit  Selliez  dans  son  rapport,  certains  con-(1]
  A.  E.  G.  Zeitung  XI.  Jahrgang  N.  12,  Juni  1909.  Prof.  Behrens  :
Ueber  Aesthetik  in  der  Industrie.
(2)  H.  Menold  :  DerEinfluss,  etc.  auf  die  Buchbinderei,  1.  c.  p.  116.
        <pb n="190" />
        180

EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  RELGIQUE

fectionneurs  —  à  New-York  par  exemple  —  sont  en
train  de  prendre  la  corde  sur  les  grands  tailleurs  ».  (1)
Nous  voyons  donc  que  l’artisan  ne  peut  plus  satisfaire ­
  aujourd’hui  les  exigences  de  l’art,  qui  s’est  débarrassé ­
  de  la  tradition,  de  la  routine  et  qui  devenu
mobile.  Le  désir  de  donner  une  nouvelle  force  de  résistance ­
  au  métier  par  l’art  ne  pouvait  naître  que
dans  des  esprits  n’ayant  jamais  analysé  les  tendances
du  goût  moderne,  ni  remarqué  son  extrême  mobilité.
Partout  où  des  goûts  nouveaux  se  manifestent,  le
métier  cède  la  place  à  des  organismes  plus  perfectionnés.
On  peut  même  dire  que  telle  est  l’origiue  de  la  manufacture. ­
  Quand  on  commença,  en  France,  à  préférer  le  mobilier ­
  à  formes  nouvelles  et  en  bois  des  îles,  incrusté  ou  orné
de  bronze,  d’écaille  ou  d’étain  aux  anciens  meubles,
la  vieille  organisation  corporative  se  montra  insuffisante. ­
  Il  fallait  pour  fabriquer  ees  objets  d’art  incrustés ­
  une  organisation  nouvelle.  Colbert  imagina  la  manufacture ­
  (2).
Le  métier,  peut-on  dire,  est  l'incarnation  du  traditionalisme ­
  ;  il  ne  se  maintient  que  là  où  celui-ci  persiste. ­
  S’il  subsiste  encore  en  Angleterre  quelques  tisserands ­
  à  la.  main  c’est  qu’il  y  a  encore  dans  ce  paj r s
quelques  vieilles  filles  qui  demandent  des  courtepointes ­
  d’un  dessin  particulier  et  sur  lesquelles  sont  tissés
des  mots,  la  plupart  du  temps  des  versets  de  la  Bible.

(1)  Georges  Selliez.  Mission  industrielle  aux  Etats-Unis.  Rapport  du
23  septembre  1908,  p.  11.
(2)  P.  Du  Maroussem  :  La  question  ouvrière.  Ebénistes  du  Faubourg  St
Antoine,  1892,  p.  39.
        <pb n="191" />
        LES  CAUSES  DE  LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

187

Ceux  qui  tiennent  encore  à  ces  anciennes  modes  sont
principalement  des  consommateurs  très  sensiblement
du  même  âge  que  les  producteurs  (1).
La  différenciation  des  fonctions  entraîne  pour  la
fabrique  un  autre  avantage  très  important  et  dont  on
s’est  peu  occupé  jusqu’ici.  Nous  voulons  parler  de  la
localisation  (2).
L’artisan  se  trouve  au  point  de  vue  de  l’emplacement ­
  de  son  atelier  et  de  sa  boutique  dans  les  conditions ­
  les  plus  défavorables.  Il  est  obligé  d’habiter
dans  le  voisinage  du  consommateur,  et  comme  il  réunit ­
  dans  sa  personne  les  différentes  fonctions  de  son
métier,  il  doit  aussi  y  travailler.
11  doit  donc  prendre,  pour  son  atelier,  l’endroit  où  le
loyer  est  le  plus  cher.  Nous  voyons  comment  il  tâche
de  se  soustraire  à  cette  triste  nécessité  en  diminuant
le  plus  possible  l’espace  occupé,  en  cherchant  dans  des
coins,  dans  des  cours,  dans  des  caves  une  petite  place
où  il  peut  continuer  sa  lutte.
Combien  plus  avantageuse  est  la  situation  de  la
grande  entreprise.  Elle  peut  choisir,  tant  pour  la
vente  que  pour  la  production,  le  meilleur  emplacement.
Elle  va  ouvrir,  dans  la  rue  principale,  un  magasin  qui
attirera  la  foule  par  ses  étalages  ;  la  fabrique  sera
placée  hors  de  la  ville  dans  l’endroit  le  plus  favorable ­
  pour  la  production.

(1)  Schulze  Gaevernitz.  La  grande  industrie,  1.  c.  p.  ISO.
(2)  Ai.fred  Weber  dans  un  livre  fort  intéressant  «  Ueber  den  Standort
der  Industrien  »  (Tübingen,  1909)  attire  l’attention  sur  ce  facteur  (voir
p.  74  et  Ht).
        <pb n="192" />
        m

EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

L’industrie  du  jouet  à  Paris  nous  donne  une  illustration ­
  intéressante  de  cette  supériorité  de  la  fabrique.
Alors  que  l’artisan  doit  rester  en  ville  et  payer
un  loyer  de  1500  francs  qui  1  écrase  (1),  les  ateliers
capitalistes  vont  chercher,  avec  des  espaces  plus  larges
et  des  loyers  moins  chers,  une  population  moins
raffinée  et  moins  rebelle  à  la  baisse  des  salaires.
Jumeau  va  à  Montreuil,  que  les  poupées  semblent
avoir  choisi  pour  royaume  ;  les  têtes  de  bébés  marquent ­
  une  prédilection  particulière  pour  Charenton,
où  se  découpent  leurs  cervelles  de  liège  ;  le  caoutchouc ­
  émigre  vers  Belleville  avec  Bapst  et  Amé,  ou
même  plus  loin  dans  l’Oise  avec  Derollant  ;  enfin  les
jouets  mécaniques,  non  seulement  les  chevaux  précurseurs ­
  des  vélocipèdes,  mais  les  usines  de  métal  proprement ­
  dit,  à  la  tête  desquelles  figure  la  grande  usine ­
  Rossignol,  se  perdent  plus  haut  dans  la  ville  toute
moderne,  celle-là  qui  se  forme  au  nord-est,  aux  environs ­
  de  l’église  Saint-Ambroise,  la  «  Ville  de  Mécanique ­
  »,  réunion  de  fabriques  d’outils,  de  lits,  meubles
en  fer,  etc.  (2).
Nous  remarquons  la  même  tendance  dans  l’industrie
de  la  lingerie  en  Belgique.  Ainsi,  une  maison  de  Bruxelles ­
  a  un  atelier  en  province  où  la  main-d'œuvre
féminine  inexpérimentée  est  habituée  à  de  très  bas
salaires.  (L’industrie  à  domicile,  v.  III,  p.  304).
La  fabrique  transplante  même  quelquefois  une  parti) ­

  P.  Du  Marrousem  :  La  question  ouvrière.  III.  Le  jouet  parisien.
1894  p.  85.
(2)  Ib.  p.  45.
        <pb n="193" />
        LES  CAUSES  DE  LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

189

tie  de  la  proiuction  à  l’étranger.  Les  fabricants
de  jouets  de  France  font  faire  des  jambes,  des  torses,
des  bras,  etc.  au  Tyrol  où,  pendant  des  longues  journées ­
  de  l'hiver,  le  travail  des  ouvriers  n’est  qu  un
supplément  léger  à  leur  gain  de  l’été.  Toutes  ces  parties ­
  sont  assemblées  en  France  par  des  ouvriers  très
qualifiés,  recevant  de  hauts  salaires.  Par  cette  ditlé
renciation  du  travail  qualifié  et  non  qualifié,  la  grande
«  fabrique  internationale  »,  comme  la  nomme  du  Maroussem,
  livrera  pour  2.50  fr.  une  poupée  qui  en
coûterait  huit  si  ou  la  produisait  en  France  (1).
L'intégration  des  éléments  diffus  augmente  naturelment
  la  grandeur  de  l'organisme  et  la  masse  des  produits ­
  fabriqués  II  eu  résulte  pour  la  fabrique  des  avantages ­
  importants.
Citons  dans  cet  ordre  d’idées  la  loi  de  Massenproduktion
  que  Bûcher  vient  de  développer  dans  le  numéro ­
  de  juillet  de  la  Zeitschrift  fiir  die  gasamte  Staatswissenschaft.

Il  y  démontre  (pie  le  coût  de  production  d’une  entreprise ­
  se  compose  d’une  partie  variable  et  d'une  partie
constante  qui  reste  la  même  quelle  que  soit  la  masse  des
produits  fabriqués.  Ainsi,  pour  un  éditeur  les  Irais  de
composition  d’un  livre  restent  les  mêmes,  qu’il  imprime ­
  10  ou  10.000  exemplaires.  Le  coût  du  papier  augmente ­
  au  contraire  avec  chaque  exemplaire.
Comme  la  partie  constante  ne  change  pas  le  prix
de  revient  diminue  naturellement  par  exemplaire  quand

(4)  Ib.  p.  18.
        <pb n="194" />
        190

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

le  nombre  des  produits  devient  plus  grand.  Ainsi  cet
exemple  de  l’édition  d'un  livre  scientifique  de  462  pa"
ges  illtistrs  bien  ce  fait  :

Nombre

Ensemble

Prix  de  revient

d’exemplaires

des  frais

moyen

édités

d’édition

par  exemplaire

Mk

Mk

10

3069

309.60

80

3129

39.11

300

3232

10.77

500

3326

6.65

1000

3561

3.56

64.000

33171

0,52

256.000

123.411

0.48

Xous  voyons

ici  clairement

combien

la  production

en  masse,  même

si  l’on  fait  abstraction

de  l’emploi  de

machines,  diminue  les  frais.  Une

grande  maison  d’édition

  qui  possède

les  capitaux  nécessaires  pour  publier

un  ouvrage  en

100.000  exemplaires

pourra  le  livrer

peut  être  à  un  dixième  du  prix

que

celui  que  réclamerait

  une  petite  entreprise.

En  dehors  de

ces  avantages,

il

y

en

a  d’autres  que

la  fabrique  doit

à  sa  grandeur

et

.à

la  masse  des  produits

  fabriqués.
L’tilisation  des  déchets  de  toute  espèce  n’est  possible  que
dans  de  grandes  entreprises.  Babbage  a,  me  semble-t-il.
le  premier  attiré  l’attention  sur  ces  avantages,  qui  contribuent ­
  au  meilleur  marché  de  la  production.  «  La
poursuite  de  cette  économie,  dit-il,  occasionne  quelquefois ­
  la  réunion  en  un  seul  établissement  de  deux
        <pb n="195" />
        LES  CAUSES  DE  LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

191

industries  habituellement  séparées  »  (1).  Ainsi,  l'industrie
des  hauts-fourneaux  compte  parmi  celles  qui  produisent
le  plus  de  matières  stériles  et  encombrantes,  sous  la
forme  de  scories  et  de  laitiers.  Chez  Cockerill,  à  Seraing,
on  a  cherché  à  tirer  parti  de  ces  déchets  pour  la
fabrication  de  briques  ou  de  ciment  qui  constituent
à  présent  une  importante  dépendance  de  la  division
des  hauts-fourneaux  (2).
Disons  aussi  que  la  fabrique  peut  se  procurer  à
meilleur  marché  la  matière  première  et  les  accessoires, ­
  grâce  à  la  combinaison  de  différents  établissements. ­
  En  exploitant  ses  propres  mines,  une
entreprise  sidérurgique  évite  les  frais  d’intermédiaires  ;
de  même,  une  maison  de  construction,  en  fondant  une
menuiserie,  ou  une  brasserie  en  fabriquant  ses  tonneaux. ­
  Comme  ces  avantages  ne  se  rapportent  qu’à  de
très  grandes  entreprises,  nous  en  parlerons  plus  en
détail,  de  môme  que  de  la  spécialisation,  dans  le  chapitre ­
  consacré  à  la  concentration.  La  matière  première,
achetée  en  grande  quantité,  est  toujours  moins  chère
qu’au  détail.  Il  coûte  moins  de  faire  venir  une  grande
cargaison  de  1000  tonnes  que  10  petites  de  100.
Le  prix  de  la  force  motrice  diminue  aussi  sensiblement ­
  avec  la  grandeur  des  machines  à  vapeur.  D’après
des  données  de  C.  E  Emeky  à  New-York  (3),  la  force
d’un  cheval-vapeur  coûte  par  an  (le  prix  du  charbon

(1)  Ch.  Babbagk  :  Science  économique  des  manufactures.  Paris,  1834,
p.  151).
(2)  Notices  sur  les  établissements  de  la  Société  John  Cockerill,  p.  57.
(3)  W.  Sombart  :  Der  moderne  Kapitalismus,  1,  c.  v.  II,  p.  484.
        <pb n="196" />
        102

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

est  de  17.50  Mark  par  tonne,  le  nombre  des  jours
ouvrables  de  10  heures  chacun  est  de  309)  :
Avec  l’emploi  d’une
Machine  à  vapeur  de  5  chevaux  vapeur  754.50  Mk.

95

55

10

55

170.20

55

59

55

20

55

315.50

95

95

”

50

»

223.50

»

55

55

100

59

154.90

»

95

55

200

55

123.30

55

95

55

300

55

115.50

55

99

55

500

55

110.10

55

»

59

3000

55

78.10

55

Dans  des  moteurs  à  gaz  :  (1).
Un  moteur  à  gaz  coûte  I T n  cheval-vapeur  coûte  donc
pour  1  cheval-vapeur  1000  Mk.  1000  Mk.

»

2

»

1350

»

675

»

»

3

»

1650

»

550

»

»

4

»

2000

»

500

»

))

6

)&amp;gt;

2600

))

433  1/3

»

:»

8

»

3000

»

375

»

))

10

»

3600

»

360

)&amp;gt;

Nous  constatons  la  même  diminution  du  prix  par
cheval-vapeur  dans  l’emploi  des  moteurs  électriques.
Dans  la  commune  de  Cliaux-de-Fonds,  l’abonnement
à  forfait  contracté  pour  une  marche  de  300  heures  au
minimum  par  année  était  :  (2).

(1)  lb.p.  486.
(2)  Royaume  de  Belgique.  Office  du  Travail.  Les  moteurs  électriques
dans  les  industries  à  domicile.  1902,  p.  77.
        <pb n="197" />
        LES  CAUSES  DE  LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

193

Chevaux-vapeur  Prix  de  l'abonnement
annuel  par  cheval

1/8

483

1/4

457

1/2

403

1

320

5

288

10

267

15

256

20

246

25

236

30

226

35

216

40

210

Partout  donc,  la  grande  entreprise  reçoit,  à  des
conditions  beaucoup  plus  favorables  que  l’artisan,  la
force  motrice.
Les  frais  de  construction  sont  aussi  moindres  pour
la  fabrique  que  pour  le  métier.  Il  coûte  moins  de
bâtir  un  établissement  de  1000  mètres  carrés  que  10
établissements  de  100,  etc.
Le  &amp;lt;  principaux  avantages  de  la  production  ne  sont
accessibles  qu'à  des  entreprises  disposant  de  capitaux
considérables.  Déjà  en  1806,  le  Comité  du  commerce
de  laine  exposait,  dans  un  rapport  à  la  chambre  de
commerce,  la  supériorité  des  grandes  fabriques.  «  Il  est
évident  en  effet,  lisons-nous,  que  le  petit  fabricant  ne
saurait  se  livrer,  comme  celui  qui  possède  de  grands
capitaux,  aux  expériences  que  réclame  le  progrès  des
arts,  et  se  trouve  hors  d’état  de  supporter  les  pertes
        <pb n="198" />
        194

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

inséparables  de  toute  tentative  de  créer  un  produit
nouveau  ou  de  perfectionner  un  produit  connu...  Le
chef  d'une  grande  manufacture,  au  contraire,  disposant
ordinairement  d’un  capital  considérable  et  tenant  tous
ses  ouvriers  réunis  sous  sa  main,  peut  tenter  inpunément
  le  hasard  des  essais  et  des  spéculations.  Il  peut
chercher  des  méthodes  plus  promptes  et  meilleures  pour
l'exécution  des  procédés  connus.  Il  peut  créer  des  produits ­
  nouveaux  et  perfectionner  les  anciens  produits  »  (i).
Si  l’artisan  possédait  même  toutes  les  qualités  dues
à  la  différenciation  des  fonctions,  il  ne  pourrait  en
faire  usage  à  cause  du  manque  de  capital.  Les  machines ­
  occasionnent  des  frais  importants,  il  faut  les  renouveler, ­
  etc.  La  réclame  coûte  aussi  très  cher.  La
Royal  Baking  Powder  C°  dépense  plus  de  3  millions
de  francs  par  an  pour  la  publicité  (2).  «  Le  temps  n’est
plus,  dit  Du  Maroussem  de  l’industrie  du  jouet,  où  les
200.000  francs  de  bénéfices,  jetée  eu  réclames,  excitaient ­
  la  jalousie  de  tous  les  rivaux  »  (3)  ;  on  dépense
aujourd’hui  beaucoup  plus.
La  concentration  locale  des  besoins  agit  aussi  en
défaveur  du  métier.  Les  grandes  agglomérations  d’hom
mes  qui  se  sont  formées  dans  les  villes  au  cours  de
la  seconde  moitié  du  XIX e  siècle,  les  armées,  les  grands
établissements  publics  et  communaux  (prisons,  hôpitaux, ­
  écoles  professionnelles,  etc.),  les  vastes  entre-(II

  Cité  par  Babbàge  :  Science  économique  des  manufactures,!,  c.  p.
167  ss.
(2)  G.  De  Leener  :  La  réclame,  1.  c.  p.  20.
(3)  P.  Dp  Maroussem  :  Le  jouet  parisien,  1.  c.  p.  132.
        <pb n="199" />
        LES  CAUSES  DE  LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

195

prises  de  transport,  les  fabriques  et  les  grandes  exploitations ­
  dans  le  commerce,  la  banque,  les  assurances,
sont  autant  de  centres  qui  exigent  une  quantité  énorme
de  produits  industriels.  Puis,  il  y  a  les  grands  magasins, ­
  les  sociétés  coopératives  de  consommation  qui
concentrent  sur  quelques  points  les  besoins  de  populations ­
  nombreuses  (1).
L’artisan  qui  produit  en  petite  quantité  ne  parvient
pas  à  répondre  à  cette  demande  Ainsi  les  petits  ateliers ­
  de  jouets  du  Marais,  qui  étaient  habitués  à  des
commandes  de  quelques  milliers  de  francs,  n’étaient
plus  de  taille  à  fournir  des  livraisons  de  cent  ou  de
deux  cent  mille  francs  réclamées  d’un  seul  coup  (2).
La  supériorité  de  la  fabrique  se  ramène  donc  en
dernière  analyse  à  la  différenciation  et  à  l’intégration. ­
  Il  en  résulte  des  avantages  si  considérables  que
la  décadence  du  métier  nous  semble  une  nécessité
inévitable.
Ayant  posé  ce  principe  «  en  théorie  pure  »,  voyous
maintenant  la  réalité  de  plus  près.  Examinons  si  notre
raisonnement  logique  répond  aux  faits  concrets,  si  peutêtre
  il  n’y  a  pas  de  contre-tendances  assez  fortes  qui
arrêtent  la  concentration  industrielle.  Eu  d’autres  termes, ­
  passons  à  l'étude  de  la  situation  et  de  l’évolution
des  métiers  en  Belgique.

(t)  K.  Bûcher  :  Eludes  d'histoire  etc.  1.  c.  p.  161.
(2)  P  Dr  Maroussem  :  Le  jouet  parisien,  1.  c.  p.  199.
        <pb n="200" />
        CHAPITRE  X.

La  décadence  du  métier.

Quelques  remarques  préalables  s’imposent.  Coustatons
d’abord  le  manque  presque  absolu  d’enquêtes  relatives
à  la  situation  actuelle  des  métiers  en  Belgique.
Comme  matériel  nous  avons  à  notre  disposition  l’enquête ­
  sur  les  industries  à  domicile  en  Belgique,  où
nous  pouvons  puiser  quelques  indications  se  rapportant  au
métier;  à  côté  de  cette  publication  précieuse,  entreprise
avec  beaucoup  de  soin  par  l’Office  du  Travail,  citons
les  travaux  de  la  «  Commission  Nationale  de  la  Petite
Bourgeoisie».  Les  résultats  de  cette  enquête,  sont  minimes
et  contribuent  peu  à  l’éclaircissement  du  problème.  11  est
triste  de  constater  qu’après  l’enquête  du  «Verein  fur  Sozialpolitik”
  sur  la  «Lage  des  Handwerks  in  Deutscliland»
qui  pouvait  servir  d’exemple,  un  travail  d’une  valeur
aussi  contestable  ait  pu  être  publié.
Nous  tacherons  autant  que  possible  d’éclaircir,  au
moyen  de  ces  matériaux  insuffisants  en  nous  servant
en  même  temps  de  la  statistique,  le  problème  de  la
décadence  du  métier.  La  base  de  notre  travail  sera
une  comparaison  entre  le  recensement  industriel  de
1846  et  de  1896.
        <pb n="201" />
        198

EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

En  1840,  sous  la  direction  de  Quetelet,  un  recen
sement  de  la  population  et  en  même  temps  de  l'industrie ­
  et  de  l’agriculture,  fut  entrepris  Les  métiers
figurant  dans  le  recensement  de  la  population  et  dans
celui  de  l’industrie,  de  quels  chiffres  devons-nous  nous
servir  ?  Cette  question  est  d’autant  plus  importante  que
des  écarts  considérables  existent  entre  les  données  des
deux  recensements.  Ils  s’expliquent  en  partie,  par  le
fait  que  le  recensement  de  l’industrie  ne  comprend
pas  les  ouvriers  travaillant  à  domicile.  «  C’est  principalement, ­
  dit  Quetelet  à  ce  sujet,  dans  les  industries
manufacturières,  où  le  travail  à  domicile  est  le  plus
généralement  répandu,  que  se  remarquent  les  différences
les  plus  notables»  (1).  C’est  ainsi  qu'en  comparant  les
résultats  obtenus  par  les  deux  parties  du  recensement
on  trouve  que  le  nombre  des  ouvriers  appartenant  aux
industries  linière,  cotonnière,  lainière,  sétifère,  à  la
bonneterie  était,  à  savoir  :
Dans  la  Flandre  occ  d’après  le  rec.  de  la  populat.  81.934
»  ”  »  industriel  17.972
»  orient.  »  »  de  la  populat.  84.857
ÿ  »  »  industriel  17.550
Le  nombre  des  dentellières  renseignées  par  la  statistique ­
  de  la  population  s’élève  à  66.390;  celui  indiqué
pour  la  même  branche  du  travail  par  le  recensement
industriel  n’est  que  de  24.328  (2).
Mais  dans  d’autres  métiers,  où  le  travail  à  domicile

(1)  Statistique  de  la  Belgique.  Industrie.  Recensement  général  (13  octobre ­
  1846)  Industi’ie.  1851,  p.  XVI
(2)  Ib.  p.  XVI.
        <pb n="202" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

199

n’existe  pas,  nous  remarquons  aussi  des  écarts  considérables. ­
  La  liste  que  nous  donnons  ci-après  le  prouve
suffisamment  (voir  tableau  T).  Dans  la  plupart  des
métiers,  les  données  du  recensement  de  la  population
sont  de  beaucoup  supérieures  à  celles  de  la  statistique
industrielle.  Ce  fait  s’explique  de  la  façon  suivante.
1°)  Le  recensement  de  la  population  comprend  les
personnes  exerçant  une  profession,  abstraction  faite  de
la  question  de  savoir  si,  au  moment  du  recensement
le  travail  assurait  leur  existence,  et  si  elles  travaillaient ­
  ou  non  dans  l'intérieur  même  d'un  établissement
industriel.  En  d’autres  termes,  il  comprend,  à  la  différence ­
  du  recensement  industriel,  les  ouvriers  chômant.
Leur  nombre  était  très  considérable,  car  le  recensement ­
  général  a  eu  lieu  au  mois  d’octobre  184(3,  c'està-dire
  lorsque  la  crise  alimentaire,  qui  a  affligé  la
population,  était  encore  fort  intense  ;  diverses  branches
de  travail  en  étaient  durement  atteintes  et  un  nombre
considérable  d’ouvriers  se  trouvaient  privés  de  travail
(0-2°
  Il  faut  tenir  compte  ensuite  des  déclarations  erronées ­
  faites  par  les  intéressés.  On  sait  généralement,
dit  Quetelet,  que,  pour  échapper  au  payement  d’une
partie  des  droits  qui,  sont  dus  du  chef  de  la  patente,  les
industriels  et  les  artisans  déclarent  rarement  le  nombre ­
  exact  des  ouvriers  qu’ils  occupent  ;  ou  ne  peut
faire  aucune  évaluation  de  l’étendue  de  la  réduction  qui
s’opère  dans  ces  déclarations,  mais  il  est  évident  que

(1)  Ib.
        <pb n="203" />
        200  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

les  indications  fournies  par  la  statistique  ont  dû  être
calquées  sur  celles  qui  se  font  annuellement  pour  les
patentes,  et  dès  lors,  une  diminution  considérable  sur
le  nombre  total  des  ouvriers  réellement  employés  a  dû
s’ensuivre  (1).
Pour  d’autres  métiers,  comme  les  boulangers  et  les
meuniers,  nous  remarquons  que  le  nombre  d’ouvriers
accusé  par  la  statistique  industrielle  est  supérieur  à
celui  indiqué  dans  les  relevés  de  la  population  par
profession.  Quetelet  suppose  que  les  patrons  auront
déclaré  leurs  domestiques  comme  ouvriers  (2).  Il  me
semble  qu’il  faut  chercher  la  solution  du  problème
autre  part.  Le  recensement  industriel  a  compris  dans
la  catégorie  des  ouvriers  les  membres  de  la  famille
occupés  comme  ouvriers,  et  celui  de  la  population  ne
les  a  pas  recensés  comme  tels.  Dans  la  boulangerie  et
la  meunerie,  le  nombre  des  membres  de  la  famille  des
patrons,  occupés  comme  ouvriers,  est  très  considérable. ­
  11  était  en  1896  de  2300  et  1300  respectivement.
Disons  que  pour  d’autres  professions,  qui  ne  figurent
pas  dans  notre  tableau,  les  écarts  s’expliquent  parfois
par  une  simple  différence  dans  la  terminologie.  Ainsi,
dans  les  relevés  de  population  par  profession  il  y  a
5423  ouvriers  charpentiers  et  scieurs  de  long,  tandis
que  dans  la  statistique  industrielle,  il  ne  figure  que
4976  charpentiers.  De  même,  il  y  a  8444  menuisiers-(1)

  Ib.
(2)  Ib.
        <pb n="204" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

20  i

TABLEAU  I.
ÉCARTS  ENTRE  LE  NOMBRE  D’OUVRIERS  ET  PATRONS
EN  1846.

d’après  la  statistique  de  la  population
et  celle  de  l’industrie  dans  les  métiers  ou  l’industrie
A  DOMICILE  n’EXISTE  PAS.

PROFESSION

MAITRES

OUVRIERS

RECENSEMENT
INDUSTRIEL

RECENSEMENT
DE  I.A
POPULATION

£  cl
-  O
O  a.
”  w
H  Û
&amp;lt;  ci
CJ  UJ
w

H
Z  -&amp;gt;
«  «
s  5
»  5
*  U
w  Q
«  SS
«

H  35
^  J  Ü
î*3  Oo.
=3  &amp;lt;  £  a.  al
s  J  2
S  O  g  *  «
S  N  “

Boulangers,  fourniers.  .  .

7306

7747

-f  214

6880

4520  —2360

Charrons

3878

4298

+  420

2602

2149  —  483

Ferblantiers,  lampistes  .  .

646

934

+  285

765

826  +  64
1

Maçons

4516

6470

+1954

7732

4  6696  +8964

Meuniers

4171  (R

4549

+  378

7213

3456  —3757

Peintres  en  bâtiment  .  .  .

4143

24  68

+1023

1522

3040  +1518

Plafonneurs,  badigeonneurs

blanchisseurs  ....

527

4236

+  709

1038

1965  +  927

Plombiers

237

338

+  101

378

412  -f-  34

Tonneliers

2679

3278

+  599

1382

4983  +  601
1

(1)  Moulins  à  farines.
        <pb n="205" />
        202

EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

tourneurs  en  bois  dans  l'une  et  4446  menuisiers,  fabricants ­
  de  métiers  à  filer  dans  l’autre.
Ayant  analysé  les  causes  des  différences  entre  les
deux  recensements,  nous  pouvons  faire  notre  choix.
A T ous  allons  nous  servir  de  la  statistique  industrielle
de  1840  et  cela  pour  les  raisons  suivantes  ;
1°)  Le  recensement  A  de  1896  avec  lequel  nous
allons  comparer  les  chiffres  de  1846,  n’énumère  que
les  entreprises  en  activité,  de  même  que  le  recensement
industiiel  de  1846.  La  statistique  de  la  population  de
cette  dernière  année,  au  contraire,  comprend  les  entreprises ­
  et  les  ouvriers  chômant.
2°)  Nous  voulons  étudier  dans  ce  chapitre  le  problème ­
  de  la  décadence  du  métier.  Le  recensement  de
la  population  de  1846  ne  nous  le  permet  pas,  parce
qu’il  réunit  les  artisans  et  les  ouvriers  travaillant
à  domicile.
3°)  Les  rubriques  du  recensement  industriel  sont
plus  précises.  Voici  ce  que  dit  Quetelet  à  ce  sujet  :
«  On  comprend  du  reste  que  les  documents  relatifs  au
partage  de  la  population  par  profession  n’ont  pu  être
données  dans  cette  publication  (le  recensement  de  la
population),  que  d'une  manière  générale-,  il  faudra,  pour
apprécier  dans  tous  leurs  détails  les  populations  qui
appartiennent  à  l’agriculture  et  à  l’industrie,  consulter
les  statistiques  spéciales  qui  se  rapportent  à  ces  deux
grandes  sources  de  la  prospérité  publique  et  qui  formeront ­
  le  complément  de  la  présente  publication  »  (1).

(!)  Recensement  général  (13  octobre  1846).  Population,  p.  XLVI1
        <pb n="206" />
        LA  DECADENCE  DU  MÉTIER

203

En  nous  servant  des  données  de  la  statistique  industrielle ­
  de  1846,  nous  ne  devons  pas  oublier  que  ces
chiffres  sont  inférieurs  à  la  réalité.
I  )  A  cause  de  la  crise  intense  qui  sévissait  en  1846;
2°)  A  cause  des  indications  erronées  des  industriels
(voir  p.  199).
Pour  le  recensensement  de  1896,  nous  nous  sommes
servis  du  dénombrement  A,  celui-ci  présentant,  au  point
de  vue  de  la  division  par  profession,  plus  d’exactitude
que  le  dénombrement  B  Dans  ce  dernier,  les  ouvriers
occupés  dans  les  services  généraux  des  établissements
industriels  ont  été  rattachés  à  l’industrie  correspondant
à  leur  profession  personnelle.  Ainsi  les  menuisiers,
maçons,  ajusteurs,  etc.  d’une  filature  de  coton  ont  été
l’enseignés  non  sous  la  rubrique  «  fabrication  des  fils
de  coton  »,  mais  respectivement  aux  «  industries  du
bois,  du  bâtiment  et  de  la  construction  des  machines  »  (1).
II  semble,  à  première  vue,  qu’après  avoir  fait  choix
des  deux  recensements,  il  est  facile  de  faire  des  comparaisons ­
  entre  la  situation  de  1846  et  celle  de  1896.
Mais  hélas  !  en  avançant,  les  difficultés  et  les  chances
d’erreurs  ne  font  qu’augmenter,  comme  je  vais  le  montrer ­
  par  quelques  exemples.
Ainsi,  en  1846,  on  a  recensé  794  armuriers,  arquebusiers, ­
  fourbisseurs  occupant  1574  ouvriers.  En  1896,
nous  n’en  trouvons  plus  aucun.  Ce  sont  les  grandes
fabriques  et  l’industrie  à  domicile  qui  ont  remplacé  le
métier.  Telle  semble  être  au  moins  la  conclusion  logique. ­
  Rien  de  plus  contestable.  Il  est  bien  probable

(1)  Recensement  industriel  1896,  1.  c.  v.  XVIII,  p.  355
        <pb n="207" />
        204

EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

que  les  794  armuriers  ou  une  grande  partie  d’entre
eux  ne  sont  que  des  intermédiaires,  des  fabricants
de  l’industrie  à  domicile,  qui  s’occupent  eux-mêmes
d’une  partie  de  la  fabrication.  Comme  la  statistique
de  184G  ne  connaisait  pas  ces  catégories  adoptées  pour
la  première  fois  en  1896,  il  est  presque  certain  que  les
794  armuriers  ne  sont  pas  tous  des  artisans.
Dans  mes  premières  comparaisons,  j’avais  rangé  parmi ­
  les  métiers  disparus  les  horlogers  (en  1846,  739
avec  310  ouvriers)  et  les  Pelletiers  (en  1846,  27  avec
50  ouvriers).  Cette  conclusion  me  semblait  plutôt  bizarre
car  je  rencontrais  souvent  des  magasins  d’horlogers  et
de  pelletiers  en  ville.  Le  mystère  s’éclaircit  bientôt.
Les  horlogers  qui  figurent  dans  le  recensement  de
1816  n’étaient  pas  des  constructeurs  d’horloges.  «  Repasser ­
  et  réparer  les  pendules  et  les  montres,  voilà  à
quoi  se  borne  à  peu  près  le  travail  des  horlogers  »  écrit
en  1835  un  contemporain  (1).
Eu  1896,  ce  genre  d’horlogers  existait  bien  encore
51  nous  ne  le  retrouvons  pas  dans  le  recensement,
c’est  pour  des  raisons  de  méthode  statistique.  Le  recensement ­
  de  1896  ne  devait  s’étendre  qu’aux  entreprises
où  l’on  «  opère  le  déplacement,  la  manipulation  ou  la
mise  en  œuvre  d’une  marchandise  quelconque  »  et  on
décida  d’exclure  les  professions  s’exerçant  accessoirement ­
  au  commerce,  comme  celles  de  bijoutier,  horloger, ­
  chapelier,  armurier  se  bornant  à  des  réparations
(2).  Nous  ne  pouvons  donc  pas  faire  une  comparaison
(1)  Gressin  Dumoulin  :  La  Belgique  industrielle.  Exposition  de  1835,
p.  123
(2)  Recensement  industriel  1896,  v.  XVIII,  p.  15
        <pb n="208" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

205

de  la  situation  de  ces  métiers  en  1846  ec  en  1896.  La
même  remarque  s’applique  aux  pelletiers.
D’autres  comparaisons  sont  impossibles  à  causes  des
différences  de  dénomination  des  rubriques  (ainsi,  en
1846  :  Relieurs,  cartonniers  ;  en  1896  :  Reliure,  et  fabrication ­
  de  registres,  cahiers,  etc.).
Nous  voyons  donc  avec  combien  de  précautions  il
faut  établir  les  comparaisons  entre  les  deux  statistiques. ­
  Examinons  d'abord  le  tableau  ci-joint  (p.  206),
se  rapportant  aux  métiers  dans  lesquels  le  nombre
d’artisans  a  diminué  depuis  1846.
Ce  sont  avant  tout,  les  anciennes  industries  rurales
où  le  métier  a  presqu’entièrement  disparu,  comme  forme ­
  de  production.  L’artisan  indépendant  a  cédé  la
place  à  l’industrie  à  domicile  et  à  la  fabrique.
Le  nombre  de  fileurs  a  diminué  de  98.4  °/°  ;  celui
des  cloutiers  de  98  °/ 0 .  Ils  ont  été  remplacés  par  11
clouteries,  poiuteries  qui,  en  1896,  occupaient  67  &amp;lt;  ouvriers
(v.  IV,  p.  66,  col,  33  et  34)  ou  bien  ils  sont  tombés  au
rang  d’ouvriers  à  domicile  (en  1896,  400  avec  62  membres ­
  de  la  famille,  v.  IV.  p.  66,  col.  30).
11  n’cxiste  plus  que  quelques  lares  vestiges  de  ces
14.470  tisserands  qui,  en  1846  encore,  apportaient  euxmèmes
  leur  toile  aux  marchés  de  Gand,  Courtrai,  Roulers,
  etc.  Parmi  les  544  tisserands  indépendants  qu’il
y  avait  en  1896  en  Belgique,  452  étaient  des  tisserands
de  lin,  23  de  coton  et  69  de  laine.
La  petite  coutellerie  de  Namur  a  disparu,  par  l’extinction ­
  des  familles  qui  exploitaient  cette  industrie  (1).
(1)  Commission  Nationale  (le  la  Petite  Bourgeoisie.  Enquête  orale  v.  I,
p.  15.
        <pb n="209" />
        206

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

TABLEAU  II.
MÉTIERS  DANS  LESQUELS  LE  NOMBRE
DES  MAITRES-ARTISANS  A  DIMINUÉ  DEPUIS  1846.
(Les  chiffres  ont  été  obtenus  d’après  les  Recensements  industriels  de
1846,  et  1896.  Je  ne  considère  que  les  métiers  dans  lesquels,  en  1846,  100
patrons  au  moins  étaient  occupés).

MÉTIERS

MAITRES

OUVRIERS

1846  O)

1896  *2)

DIMINUTION

1846

1896(3)

AUGMENTATION  (-![-)
DIMINUTION  (—)

TOTALE  1  &amp;lt;/.
1  /0

TOTALE

°/o

Tisserands  ....

14470  D)

544  (5)

138951  96.-15919



808

—  15117

-95.-Charpentiers

  ....

1210  (6)

3766  75.7

4724

1087

-  3637

1
-77.-Meuniers

  ....

4171  (7)

3922  (8)

249  6.-7213



6708

-  505

-  6.9

Tonneliers.  .  .  .

2679  (E

20.13(10)

656  24.5

1382

1567

+  185

+  13.4

Cloutiers  .  .

1793

3601)

1757  98.—

2294

22

—  2272

-  99.1

Fileurs

1553

25(12)

1528  98.4

3488

y

—  3479

-99.7

Tanneurs

877(13)

515(15)

362  41.3

2144

3096

1
+  952  +44.4

Chaudronniers,  rétameurs  .

811

729(15)

82  10.1

934

582

-  352

-37.7

Cordiers.  .  .

591  1

521(16)

70  11.8

1
1319

933

-  386

—  29.2

Couteliers

195  |

49(17)

146  74.9

i
309

118

—  191

—  61.8

Passementiers  ....

121(18)

73d9)

48  39.7

957  j

955

—  2

-  0.2

(1)  Les  chiffres  de  1846  sont  extraits  du  Recensement  industriel  de
1846  :  colonne  “  nombre  des  manufactures,  fabricants,  artisans.  »
(2)  Entreprises  en  activité,  vol.  IV.  col.  4.
(3)  Y  compris  les  membres  de  la  famille,  (vol.  IV.  col.  33,  34  et  30.)
(4)  Tisserands  (p.  256).  Y  compris  les  tisserands  occupant  plus  de  5
ouvriers.
ARTISANS.  OUVRIERS
Tisserands  14439  15522
»  occupant  plus  de  5  ouvriers  31  397

14470

15919
        <pb n="210" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

207

A  Gembloux,  nous  constatons  la  même  chose.  «  Toute
l’évolution  de  la  coutellerie,  depuis  bien  des  années

ARTISANS.  OUVRIERS
(5)  Tisserands  -andes  de  coton,  tissage

  à  la  main  du  colon.  .  .  .
Tissserands  -andes  de  lin,  tissage

23

130

(v.  IV,  p.  180.)

à  la  main  de  lin
Tisserands  -andes  de  laine,  tissage

452

304

(v.  VI.  p.  166  )

à  la  main  de  laine

69

374

(v.  IV.  p  196.)

544

808

(6)  Charpenterie,  (ateliers  de)  (v.  IV.  p

i.  310.)

(7)  Moulins  à  farine.

(8)  Moulins  à  vapeur,  moulins  à  vent  (

v.  IV.  p.

132  ss.)

ENTREPRISES  OUVRIERS.

Moulins  à  vapeur

801

3637

»  à  vent,  à  eau  et  à  moteurs  animés.  .  .

3121

3071

3922

6708

(9)  Tonneliers,  fabricants  de  caisses  à

sucre,  de  cercles,

de  lattes,  boisseliers,

  fabricants  de  douves,  ip.  456).

(10)  Tonnellerie  lateliers  dei  204  7

1019

v.  IV.  p.  378.  col.30  et  33

»  mécaniques  6

548

n

”

2023

1567

(11)  Il  y  avait  en  1896  en  outre  400  cloutiers  à  domicile  occupant  62
membres  de  famille  et  11  clouteries  -  pointeries  occupant  677  ouvriers.

(v.  IV.  p.  67.)
12)  Fileurs  -euses  de  laine  (v.  IV.  p.  192.)
(13)  Tanneries,  p.  524.

ENTREPRISES

OUVRIERS.

(14)  Tanneries

394

1391

(v.  IV.  p.  386.)

&amp;gt;•  corroieries.  .

121

1705

(v.  IV.  p  388.)

515

3096

(15)  Rétameurs.  .....

57

U

(v.  IV.  p.  77.),

Chaudronniers,articles  de

ménage  en  cuivre  battu

672

568

(v.  IV.  p.  72.)

729

582

Je  n’ai  pas  compris  la  chaudronnerie  industrielle  (82  entreprises,  929
ouvriers,  v.  IV.  p.  39).
(16)  Cordes  en  fibres  végétales  (ateliers  etc.)  cordiers  v.  IV.  p.  210.
(17)  Couteaux  ifab.  de).
(18)  Passementiers,  fabricants  d’ornements  d’église,  brodeurs  d’or,
p.  509.
(19)  Passementerie,  (fab.  dej  passementiers,  ères.  (v.  IV.  p.  218.)
        <pb n="211" />
        208

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

déjà  n’est  en  somme  qu’un  dépérissement  progressif  »,
lisons-nous  dans  l’enquête  sur  les  industries  à  domicile ­
  (1).
La  fabrication  des  bougies,  chandelles  et  cire  (non
renseignée  dans  le  Tableau  II),  avait  en  1846  un  caractère ­
  de  métier.  728  maîtres  occupaient  415  ouvriers,
c’est-à-dire  qu’une  grande  partie  des  patrons  travaillaient ­
  seuls.  En  1896,  les  728  artisans  étaient  remplacés
par  5  grandes  entreprises  (2).
L’industrie  des  «  ouvrages  de  Spa  »  (en  1846,  47  artisans; ­
  en  1896,  ne  figure  pas  dans  le  recensement)  disparait ­
  aussi,  elle  n’a  plus  d’apprentis  (3).  L’art  du
peintre  enlumineur  a  reçu  un  coup  mortel  par  la  découverte ­
  de  la  photographie  et  de  la  cliromolitographie  (4).
La  boissellerie  est  en  pleine  décadence  ;  le  nombre
des  ouvriers  va  en  diminuant  d’année  en  année.  Le
bon  marché  des  émailleries  en  est  la  cause.  Pour  la
cuisson  du  pain,  on  ne  se  sert  plus  de  formes  en  bois,
même  au  fin  fond  des  Ardennes.  On  leur  préfère  les
formes  en  tôle.  Les  cercles  en  tôle  remplacent  aussi
dans  la  fabrication  des  tambours  d’enfants,  les  cercles
en  bois  du  temps  passé  (5).

(1)  Industries  à  domiciie  v.  I,  p.  302
(2)  Recensement  industriel  1896,  v.  V,  p.  106-107
(3)  Commission  Nationale  de  la  Petite  Bourgeoisie,  v.  IV,  p.  247.
(4)  L.  Bannkux  :  L’industrie  boisselière,  1.  c.  p.  G
(»)  Ib.  p.  20  (2)
        <pb n="212" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

209

Sombart  appelle  ce  remplacement  du  bois  par  le  fer,
«  la  renonciation  au  procès  d’organisation  de  la  nature»
(Verzicht  auf  den  Organisierungsprozess  der  Xutur)
(1).
L’usage  de  plus  en  plus  grand  du  fer  est  une  ruine
pour  beaucoup  de  métiers,  par  exemple  pour  la  charpenterie ­
  «Elle  ne  s’exerce  guère  isolément  »  dit  Dessart.
Le  recensement  industriel  de  1896  n'indiquait  pour
Liège  que  quatre  ateliers  occupant  en  tout  dix  personnes ­
  L’emploi  de  plus  en  plus  fréquent  du  fer  dans
les  constructions  fait  obstacle  au  développement  de
cette  spécialité  (2)  Le  nombre  de  charpentiers  (maîtres) ­
  a  diminué  de  75.7  °/ 0  ;  celui  des  tonneliers  de
24.5  %  Dans  cette  dernière  industrie,  le  nombre  des
ouvriers  a  augmenté  de  13,4  °/ 0  ;  ce  qui  prouve  que
l’industrie  comme  telle  ne  dépérit  pas.  mais  qu’elle  se
transforme.  En  1896,  six  entreprises  mécaniques  occupaient ­
  518  ouvriers,  c’est-à-dire  plus  du  tiers  de  tous
]es  ouvriers,  Les  2017  ateliers  de  tonnellerie  étaient
pour  la  plupart  (1448)  des  entreprises  travaillant  sans
l’aide  d’aucun  personnel  (v.  IV.  p.  368).
Comme  cause  de  la  diminution  du  nombre  des  artisans ­
  de  la  charpenterie  et  tonnellerie,  il  faut  citer  aussi
le  fait  que  différentes  entreprises  (pii  commandaient
avant  au  dehors  les  ustensiles  nécessaires,  les  fabriquent ­
  maintenant  elles-mêmes.  Ainsi,  nous  rencontrons
parmi  les  ouvriers  des  services  généraux  :  687  char-0)

  Sombart  :  Der  moderne  Kapitaismus,  v.  I,  p.  44
(2)  Commission  Nationale  de  la  Petite  Bourgeoisie.  Enquête  écrite,
v.  I.  La  charpenterie-menuiserie  à  Liège,  p.  183
        <pb n="213" />
        210  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

pentiers  et  901  tonneliers,  (Rec.  1896,  v.  XVIII,  p.
286-289)  Ces  derniers  sont  notamment  occupés  dans  les
brasseries.
La  forte  diminution  du  nombre  des  tanneurs  s’explique ­
  par  l’emploi  des  méthodes  nouvelles  qui  nécessitent ­
  de  grandes  entreprises.  La  preuve  d’une  grande
concentration  est  l’accroissement  du  nombre  des  ouvriers
(44.4  %)  dans  cette  profession.
«  Une  véritable  crise  est  née,  dit  un  tanneur  à
Bastogne,  de  l’introduction  des  méthodes  nouvelles  dites
de  velocitan  pour  la  tannerie  »  (1).  A  Vielsalm,  on  nous
apprend  que  les  tanneries  de  l'ancien  système  oui
notablement  réduit  leur  production  (2).
La  passementerie  (diminution  de  39.7  J°)  est  actuelment
  dépréciée  à  ce  point  qu’à  Anvers,  par  exemple
il  ne  restait  vers  1904  que  trois  ou  quatre  passementiers ­
  luttant  contre  la  ruine.
La  meunerie,  depuis  une  vingtaine  d’annés,  s’est
entièrement  modifiée  par  suite  de  la  substitution  de  la
méthode  des  cylindres  au  procédé  des  meules.  Cette
dernière  ne  se  rencontre  plus  guère  que  dans  les  installations ­
  peu  importantes  dépourvues  de  moteur  à
vapeur  et  sert  presque  uniquement  à  la  mouture  de
l’orge  fourragère  D’après  les  documents  publiés  à
l’occasion  de  l’Exposition  de  Paris  en  1900,  la  capacité ­
  de  production  des  moulins  belges  à  cylindres  serait
de  1000  à  1500  sacs  par  jour  et  certaines  installations
permettraient  de  travailler  au-delà  de  2000  sacs  (3).
(1)  Commission  Nationale  de  la  Petite  Bourgeoisie  Enquête  orale,  v.  I,
p.  204.
(2)  Ib.  v.  I,  p.  170
(3)  lb.  v.  II,  p.  15
        <pb n="214" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

211

Les  moulins  à  vent  et  à  eau,  jadis  si  nombreux  dans
le  pays,  tendent  de  plus  en  plus  à  disparaître  ;  de  4008
qu’ils  étaient  en  1883,  leur  nombre  est  descendu  à  3163
en  1896.  Pendant  la  même  période,  le  nombre  des
moulins  à  vapeur  avait  passé  de  688  à  801  et  la  puissance ­
  des  clievaux-vapeur  a  doublé,  de  9411  à  18.216  (1).
Le  nombre  des  chaudronniers-rétameurs  a  diminué
de  10%;  celui  de  cordiers  de  11.8%.  Cette  décadence
de  la  cordcrie  à  la  main  se  poursuit.  La  transformation ­
  complète  a  commencé  en  1898  et  ne  fait  que  progresser ­
  ;  le  travail  mécanique  tend  à  dominer  dans
toutes  les  usines  et  le  nombre  des  cordiers  diminue
rapidement,  notamment  celui  des  artisans  indépendants ­
  (2).
Dans  un  tableau  provisoire  que  j’avais  dressé
d’abord,  les  orfèvres.  bijoutiers,  joailliers,  etc.  figuraient
commo  un  métier  dans  lequel  le  nombre  d’artisans
avait  diminué  de  41.7  %  et  le  nombre  d’ouvriers  augmenté ­
  de  165.8  %.  J’ai  biffé  cette  profession  de  la
statistique  parce  que  les  artisans  s’occupant  de  la
réparation  ne  figurent  pas  dans  le  recensement  de
1896.  Mais  il  me  semble  certain  qu’une  grande  concentration ­
  s’est  produite  dans  cette  industrie.
J’ai  pu  m’en  convaincre  en  visitant,  grâce  à  l'amabilité ­
  de  M  Wiskemann,  ses  ateliers  d’orfèvrerie  à

(1)  La  Belgique,  1830-1903.  Institutions,  Industrie.  Commerce.  Publication ­
  du  Ministère  de  l'Industrie  et  du  Travail.  Les  chiffres  cités  ici
pour  1896  donnent  le  total  des  entreprises  tandis  que  ceux  du  Tableau ­
  II  donnent  seulement  les  entreprises  en  activité.
(2)  Office  du  travail.  Les  industries  à  domicile  en  Belgique,  v.  VIII
(1897)  p,  29.
        <pb n="215" />
        212  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

Bruxelles,  occupant  200  ouvriers  et  45  employés.
En  entrant  dans  les  premières  salles,  je  ne  croyai
pas  me  trouver  dans  un  établissement  d’où  sortent
de  fins  objets  d'art.  Dans  la  salle  d'estampage,  un
moteur  à  gaz  d’une  force  de  100  chevaux  met  en
mouvement  des  machines  d’une  pression  de  600.000,  de
350.000  et  de  250.000  kilos,  qui  servent  à  estamper  et
à  faire  des  corps  creux  Grâce  à  ces  puissantes  machines ­
  un  corps  creux  qu’on  devait  faire  à  la  main
en  io  heures  est  fait  maintenant  eu  1/5  de  minute
(300  à  l’heure).  Ces  produits  sont  plus  résistants  que
les  anciens  qui,  étant  soudés,  se  détérioraient  plus
facilement.  C’est  au  moyen  de  l’estampage  qu'on  fait
aussi  les  fourchettes,  cuillers,  etc.
Dans  les  autres  salles,  la  plus  grande  partie  de
l’ouvrage  se  fait  à  la  main,  ainsi  la  ciselure  et  la  gravure ­
  des  matrices,  le  montage,  etc.  Les  objets  sont
argentés  par  électrolyse,  les  ornements  sont  coulés  dans
les  matrices.
Des  artistes  font  des  dessins,  créent  des  formes
nouvelles,  en  tâchant  de  les  adapter  au  goût  du  public.
Les  frais  d’outillage  d’un  établissement  d'orfèvrerie
comme  celui  de  M.  Wiskemann  se  montent,  y  compris ­
  les  matrices  dont  la  maison  possède  6000  à  7000
pièces,  à  60.000  francs  par  an
La  décomposition  du  travail  y  est  assez  grande  ;  un
objet,  avant  d’être  achevé,  passe  par  20  à  30  mains.
Grâce  à  cette  différenciation  qui  permet  de  faire  une
partie  de  l’ouvrage  au  moyen  des  puissantes  machines,
l’autre  à  la  main,  la  grande  entreprise  peut  fournir
de  beaux  articles  à  bon  marché.
        <pb n="216" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

213

Le  petit  artisan  ne  peut  pas  résister  à  cette  concurrence. ­
  En  1890,  il  n’y  avait  que  13  entreprises  d’orfèvrerie ­
  (non  compris  l’orfèvrerie  et  la  cuivrerie  d’église)
dont  8  occupaient  plus  de  10  ouvriers  (2  de  10  à  19  ;  3
de  20  à  49  ;  2  de  50  à  99  ;  1  de  100  à  199  ;  v.  V.  p.  354).
Dans  la  bijouterie-joaillerie,  sur  120  en  activité  52,  donc
presque  la  moitié,  occupaient  plus  de  10  ouvriers  (31  de
10  à  199  ;  30  de  20  à  49  ;  8  de  50  à  99  ;  v.  V,  p.  346).
Pour  la  môme  raison  que  pour  l’orfèvrerie-bijouterie,
j’ai  biffé  du  tableau  la  chapellerie  de  feutre,  de
soie,  et  de  tous  genres.  Celle-ci  accusait  une  diminution ­
  de  55  °/ 0  de  patrons  et  une  augmentation  de
40,2  °/ 0  d’ouvriers.  Cette  concentration  démontrée
par  la  statistique  a  véritablement  eu  lieu,  au  moins
pour  les  chapeaux  de  feutre.  «  Les  feutriers,  écrit
Dez  Makez,  s’étaient  retirés  du  compagnonnage,
lorsque  les  soyeux  n’eurent  plus  besoin  de  leurs  cloches
de  feutre  et  surtout  lorsque  le  machinisme  eut  simplifié
à  ce  point  le  travail  manuel  qu’un  apprentissage  était
devenu  inutile.  Pour  Bruxelles,  ce  fut  la  fabrique
Yimenet  qui  bouleversa  la  chapellerie  de  feutre.  Elle
substitua  des  manœuvres  nombreux  aux  ouvriers  à  la
main,  et  un  quart  de  siècle  lui  suffit  pour  créer  dans
l’industrie  cliapellière  un  prolétariat  de  fabrique  misérable... ­
  »  (1).
En  1881,  il  y  avait  à  Bruxelles  seize  ateliers  de  fabrication ­
  de  chapeaux  ;  aujourd’hui,  il  n’y  en  a  plus
que  sept  (2).  Tandis  que  le  chapeau  de  feutre  est  devenu
(1)  G.  Dus  Markz  :  Le  compagnonnage  des  chapeliers  bruxellois.
Bruxelles,  1909,  p.  99.
(2)  lu.  p.  109.
        <pb n="217" />
        214  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
un  article  de  fabrique,  le  capitalisme  ne  s’est  pas  emparé ­
  dn  chapeau  de  soie.  Je  crois  que  ce  sont  moins
les  difi'iculiés  techniques  qui  expliquent  ce  fait  (combien
nombreux  sont  les  moyens  que  le  capitalisme  peut  mettre
en  œuvre  pour  arracher  au  métier  ses  secrets,  et  pour
lui  enlever  ses  ouvriers),  mais  avant  tout  le  peu  d’intérêt ­
  que  présente  pour  lui  cette  production.  Depuis
10  ans,  surtout  depuis  1901  une  crise  aiguë  sévit  dans
l’industrie  du  chapeau  de  soie.  Elle  a  des  causes  assez
inattendues.  C’est  l’emploi  de  plus  en  plus  grand  de
l’automobile  qui  a  fait  déchoir  le  chapeau  de  soie  du
rang  honorifique  qu’il  occupait.  Les  usages  mondains
tolérant  le  chapeau  boule  et  le  chapeau  souple  là  où
le  chapeau  de  soie  régnait  seul  jadis  ont  contribué
pour  leur  part  à  la  déchéance  du  superbe  «  huit  reflets  «.
Quelques  artisans  ont  quitté  la  profession  afin  de
s’assurer  ailleurs  un  gagne-pain  plus  lucratif.  D’autres
ont  abandonné  l’exercice  direct  du  métier  pour  s’engager ­
  au  détail.  Ils  aident  à  la  vente  dans  les  grands
magasins,  y  donnent  des  coups  de  fer,  réparent  des
chapeaux  de  soie,  etc.  (1).
*
*  *
Passant  aux  métiers  qui  figurent  dans  le  tableau  TII
et  qui  accusent  un  accroissement  du  nombre  des  artisans, ­
  examinons  si  vraiment  la  petite  entreprise  a  pu
résister  à  l’assaut  du  capitalisme  dans  certaines  professions ­
  comme  la  boulangerie,  la  cordonnerie,  les  industries ­
  de  la  construction,  etc.  Cette  supposition,  disonsle
  immédiatement,  est  fausse;  la  statistique  donne  ici

(1)  Ib.  p.  409  et  HO,
        <pb n="218" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

215

une  idée  inexacte  de  la  réalité.  C’est  à  cette  faire  preuve
que  seront  consacrées  les  pages  suivantes.
Tout  d’abord  les  deux  recensements  de  1846  et  de  1896
sont  séparés  par  une  période  de  50  ans.  Il  est  bien  possible
que  dans  certaines  industries  le  nombre  des  artisans
ait  crû  jusqu'à  une  certaine  année  et  que  depuis  lors
il  y  ait  diminué.  Le  chiffre  de  1896  peut  donc  être
supérieur  à  celui  de  1846,  bien  qu’une  diminution  s’y
soit  produite  depuis  1890,  par  exemple.  C’est  le  cas
dans  l’industrie  sabotière  qui  semble  à  première  vue,
suivre  un  mouvement  ascendant.  (Le  nombre  de  sabotiers ­
  (maîtres)  s’est  accru  de  154  °/ 0 ).
Mais  eu  réalité,  les  sabotiers  travaillant  isolément
pour  leur  compte  ou  pour  le  compte  d’un  patron  deviennent ­
  de  plus  en  plus  rares.  Cette  industrie,  qui
en  1846  était  encore  dans  son  enfance,  se  développa
pendant  longtemps,  mais  plus  tard  elle  dut  subir  le
sort  des  autres  métiers.  Elle  traverse  depuis  des  années ­
  une  crise  profonde  ;  partout  on  compte  de  nombreuses ­
  désertions  (1).
L’insuffisance  de  la  statistique  pour  constater  la  décadence ­
  du  métier  résulte  encore  d’autres  causes  que
celles  citées  pour  l’industrie  sabotière.  Dans  de  nombreuses ­
  professions  l’artisan,  dépossédé  par  la  fabrique
malgré  son  infériorité,  malgré  l’impossibilité  de  la
concurrence  reste  encore  pendant  un  certain  temps
fidèle  à  son  métier.

(I)  Louis  Bannkux  :  L’industrie  sabotière  dans  la  province  de  Luxembourg, ­
  1.  c.  p.  13  et  19.
        <pb n="219" />
        216  EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
TABLEAU  III.
Métiers  dans  lesquels  le  nombre  de  maîtres-artisans
a  augmenté  depuis  1846.
Les  chiffres  ont  été  obtenus  d’après  les  Recensements  industriels  de
1846  et  1896.  Je  ne  considère  que  les  métiers  dans  lesquels  en  1846  au
moins  100  artisans  (maîtres)  étaient  occupés.
L’accroissement  de  population  a  été  de  1846  à  1896  de  50  %  environ.

MAITRES

OUVRIERS

MÉTIERS

1846(6

1896  (2)

AUGMENTATION

1846

1896(3

AUGMENTATION  (-]-)
DIMINUTION  (-)

TOTALE

01°

1  ■
TOTALE  0 j°

Cordonniers

10601

'19066  (1)

8465

79.8

9579

11188

+

1609  +  46.8

Boulangeis

7506

j  13574  (5)

6C68

80.8

688  )

8680

+

|
180)  +  26.2

Tailleurs  d'habits  .  .  .  .

7085

11312  (6)

4227

59.7

6942

651  4

—

428  —  6.2

Marée.-ferrants  &amp;amp;  forgerons.

6946  (~)

7950

1004

14.4

7425

6863

-

562  J—  7.6

Maçons

4516

8359  (8)

3823

84.7

7732

1714

+

9*14+121.7

Menuisiers

4446  P)

1380460)

9358

214.—

4859

16142

-f  11283  +232.2

Charrons

3878

4882

1004

25.9

2602

2765

+

163  +  6.3
|  '

Sabotiers

2352

5996

3644

154  8

2771

6150

+

3379  +  12'.9

Serruriers-poëliers....

1673

2398

725

43.3

2850

3835

+

9851+  3  i  .6

Selliers-bourreliers  .  .  .

1213

2063

850

70.6

830

1020

+

190  +  22.9

Peintres  en  bâtiments  en
meubles,  vernisseurs  .  .

1145

4560(11)

3415

298.1

1522  j

6921

+

5399^+354.7

Vanniers

682

1908

1226

179.7

597

1820

+

4  223  +204.8

Ferblantiers,  lampistes  .  .

646

1061

415

64.2

765

808

+

43  +  5.6

Scieurs  de  long

593

2352(12)

1759

296.6

531

2230

+

1699  +320.-Plafoaneurs

  badigeonneurs.

527

2363

1836  |

348.5

1038

3686

+

2648  +255.-
        <pb n="220" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

21^

Prenons  par  exemple,  la  cordonnerie.
A  Bruxelles,  les  cordonniers  ne  peuvent  plus  faire

(1)  Les  chiffres  de  &amp;lt;840  sont  extraits  du  Recensement  industriel  :  colonne. ­
  Nombres  des  manufactures,  fabricants  ou  artisans.
(2)  Entreprises  en  activité  v.  IV.  col.  4.
(3)  Y  compris  les  membres  de  la  famille  (v.  IV.  col.  30,  33  et  34).
(4)  Y  compris  entreprises  ouvriers.
(.  haussures  (fab.  mécaniques  de)  .  .  10  1119  v.  IV.  p.  392.
Cordonnerie  (ateliers  de)  19030  10009  v.  IV.  p.  400.
19066  11188
Je  n’a  pas  compris  les  fabricants  de  chaussures  faisant  fabriquer  à  domicile ­
  cette  catégorie  n’existant  pas  en  1840,  ou  n'étant  pas  nombreuse.
L’industrie  à  domicile  ne  commença  à  se  développer  dans  la  cordonnerie
qu’après  1830.  En  1890  il  y  avait  1263  fabricants  faisant  fabriquer  à
domicile  occupant  730  ouvriers,  (v.  IV.  p.  394).

(3)  Y  compris
Boulangeries
»  mécaniques.  .

entreprises
.  .  .  74

OUVRIERS
7599
1081

1  3574

8080

(6)  Vêtements  pour  hommes  (ateliers  de  confection  de)  tailleurs,  v.  IV
p.  246.
(7)  La  rubrique  Forgerons  en  1846  comprend  :  Forgerons,  maréchaux ­
  en  équipages,  fabricants  de  chaînes  et  de  ferronnerie.
(8)  La  rubrique  de  1896  comprend  “Maçons,  carreleurs,  cimenteurs,
puisatiers  ».  (v.  IV  p.  292)  elle  comprend  donc  des  métiers  qui  sont  différents ­
  de  la  rubrique  Maçons»  en  1846.  Il  faut  tenir  compte  aussi  de  la
différence  avec  le  recensement  de  population  en  18  46.
(9)  Comprend  “Menuisiers,  fabricants  de  métiers  à  tisser,  de  caisses  de
bois,  de  navettes,  de  pelles  de  bois,  desérans,  layetiers  »  (p.  436).
(10)  Y  compris  entreprises  ouvriers.

Menuiserie  (ateliers  de)
»  mécanique,  travail  méca-13628



13722

v.  IV.  p.  314.

nique  du  bois

105

1796

n

Bobines,  broches,  navettes  ....

28

87

v,  IV.  p.  372.

Caisses  et  boites  d’emballages  .  .  .

43
13804

337
16142

v.  IV.  p.  374

(11)  La  rubrique  de  1896  est  intitulée  Peintres  (en  bâtiments  décorateurs
tapissiers,  vitriers),  v.  IV.  p.  296;  elle  correspond  environ  à  la  rubrique
de  1840.
(12)  Scieries  à  la  main,  scieurs  de  long  v,  IV,  p.  332).
11  y  a  en  outre  271  scieries  mécaniques  occupant  2246  ouvriers
        <pb n="221" />
        218  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

une  concurrence  sérieuse  aux  articles  courants  de  la
fabrique  mécanique.  Il  ne  reste  plus  à  la  cordonnerie
bruxelloise  que  l’article  de  luxe  et  subsidiairement
l’article  soigné  (1).
A  Louvain,  beaucoup  de  cordonniers  s'estimeraient
heureux  de  gagner  1500  francs  par  an.  Plusieurs  envient
le  sort  de  l’ouvrier,  qui  n’a  pas  à  se  préoccuper  de
faire  rentrer  des  créances  douteuses,  d’avoir  l’argent
pour  payer  les  traites  à  l'échéance  et  qui  est  certain
de  toucher  l’intégralité  de  son  salaire  à  la  fin  de  la
semaine  (2).  Le  métier  ne  suffit  plus  pour  nourrir
l’homme  ;  il  faut  y  ajouter  d’autres  occupations.  Certains ­
  cordonniers  le  dimanche  se  font  barbiers,  facteurs ­
  suppléants,  serveurs,  etc.  D’autres  tiennent  soit
un  cabaret,  soit  un  magasin  d’épiceries,  de  merceries ­
  ou  autre.  D’autres  ne  pourraient  subvenir  aux
charges  du  ménage  sans  l’appoint  du  travail  de  leur
femme  (3).
Nous  observons  le  même  phénomène  à  Lierre.  Beaucoup ­
  de  cordonniers  se  sont  adjoint  une  autre  profession ­
  :  ils  tiennent  pour  la  plupart  un  magasin  d’aunages, ­
  de  légumes  ou  un  estaminet  (4).
La  crise  sévit  aussi  dans  les  petites  communes.  A
Ostende,  plusieurs  petits  patrons  cordonniers  ont  dû

(1)  Commission  Nationale  de  la  Petite  Bourgeoisie.  Enquête  écrite
v.  I,  p.  9.
(2)  Ib.  p.  315.
(3)  Ib.  p.  316.
(4)  Ib.  Enquête  orale,  v.  II,  p.  572.
        <pb n="222" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

219

cesser  le  commerce  pour  redevenir  ouvriers  (i).  A
Sottegein,  la  grosse  cordonnerie  perd  du  terrain  parce
que  les  ouvriers  ne  sont  plus  à  la  hauteur  de  leur
métier  (2).  A  Ath,  la  cordonnerie  disparaît  de  plus  en
plus  (3).  A  Diest,  le  métier  décline,  à  cause  de  la  concurrence ­
  des  grandes  fabriques  où  les  chaussures  se
font  à  la  machine  (4).  A  Moll,  l’industrie  cordonnière
dépérit  d’année  en  année  (5).  A  Malines,  même  situation ­
  (G).  A  Hervé  la  lutte  que  le  petit  métier  doit
soutenir  dépasse  ses  forces.  Sans  capital,  sans  crédit,
il  rencontre  à  la  fois  la  concurrence  mécanique  et
celle  des  grandes  entreprises  (7).
L’artisan  est  délaissé  par  ses  ouvriers.  A  Liège,  on
en  trouve  très  difficilement,  parce  que  les  Liégeois
sont  attirés  vers  l’industrie  à  cause  des  hauts  salaires
qu’on  y  paye  (8).  Les  enfants  qui  reprennent  les
affaires  de  leurs  parents  sont  de  plus  en  plus  rares  ;
à  Bruxelles  et  à  Louvain  ils  constituent  l’exception  (9).
Presque  tous  embrassent  une  autre  carrière.  L’obtention ­
  d’uue  place  dans  l’administration  de  l’Etat  est
notamment  l’ambition  d’un  grand  nombre  d’entre  eux  (10).

(1)  Ib.  v.  III,  p.  92.
(2)  Ib.  v.  VI,  p.  238.
(3)  Ib.  v.  V,  p.  239.
(4)  Lb.  v.  VII,  p.  485.
(5)  lb.  v.  II,  p.  555.
(6)  II»,  p.  H44.
(7)  Office  du  Travail.  Les  industries  à  domicile  en  Belgique,  v.  VII,
p.  25.
(8  Commission  Nationale.  Enquête  écrite,  v.  I,  p.  13.
(9)  Ib.  p.  342.
(10)  Ib.  p.  342.
        <pb n="223" />
        220  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUË

Le  cordonnier  tombe  donc  au  rang  du  savetier.  A
Bruxelles,  les  petits  patrons  ruinés  s’emploient  avec
plaisir  à  réparer  les  produits  des  fabriques  elles-mêmes ­
  (1).  A  Anvers,  certains  cordonniers  sont  obligés
par  la  nécessisé  de  se  présenter  comme  réparateurs
dans  les  dépôts  des  grandes  fabriques  où  en  général
on  accepte  les  réparations,  mais  où  on  ne  les  exécute
pas  (2).
La  statistique  prouve  que  ce  phénomène  de  dépérissement ­
  est  général.  Malgré  le  développement  des  grandes ­
  fabriques  mécaniques,  occupant  plus  de  100  et  200
ouvriers,  il  y  a  en  moyenne  par  patron  moins  d’ouvriers
en  1846  qu’en  1896.  Alors  que  le  nombre  des  Maîtres
s’est  accru  de  79.8  °/ 0 ,  celui  des  ouvriers  n’accuse  qu’une
augmentation  de  16  S  °/ 0 .
Le  métier  du  cordonnier  est  arrivé  à  la  dernière
phase  de  son  évolution.  Il  ne  reste  plus  que  les  anciens ­
  artisans  qui,  trop  vieux  pour  changer  de  profession, ­
  luttent  encore.  En  1896,  sur  19.050  entreprises
en  activité,  il  y  en  avait  14.498  qui  n’occupaient  aucun
ouvrier  et  1163  qui  n’employaient  que  des  membres  de
la  famille.  En  d’autres  termes,  82.21  %  (v.  XVIII,  p.  164)
des  patrons  cordonniers  n'étaient  en  réalité  que  des
savetiers.  Maintenant  ils  sont  menacés  d’être  supplantés ­
  même  dans  ce  domaine  par  la  fabrique,  Celle-ci,
après  avoir  dépossédé  l’artisan,  vers  1870,  de  la  fabri
cation  des  tiges,  lui  a  enlevé  toute  la  production

(1)  Ib.  v.  I,  p.  19.
(2)  Ib.  Enquête  orale,  v.  II,  p.  212.
        <pb n="224" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

221

et  aujourd’hui,  elle  se  charge  même  de  la  réparation.
Il  existe,  en  effet,  une  machine  mécanique  pour  cheviller ­
  les  bottines  envoyées  en  réparation,  trouvaille
qui  plonge  dans  la  consternation  les  vieux  artisans.
On  peut  la  voir  fonctionner  rue  de  l'Empereur  et
chaussée  de  Wavre,  à  Bruxelles  (1).
Passons  à  la  boulangerie.  Nous  y  constatons  un  accroissement ­
  du  nombre  des  patrons  de  80.8  °/ 0 .  Encore
un  métier  s’écrient  quelques  économistes,  qui  ne  périra
pas.  «  S’agit-il  de  l’alimentation,  boucherie,  charcuterie,
pâtisserie,  confiserie,  boulangerie?,  dit  Bourguin,  l’accroissement ­
  est  considérable  ;  il  est  vrai  (pie  ces  métiers ­
  ont  un  caractère  commercial  très  prononcé,  qui
explique  eu  grande  partie  leur  prospérité  ;  mais,  en
tant  que  métiers  ils  gardent  toute  leur  raison  d’étre
parce  que  leur  fonction  est  de  préparer  les  produits
suivant  les  goûts  particuliers  de  la  clientèle  sur  un
marché  restreint  »  (2).
Ces  généralisations  de  Bourguin  sont  loin  de  répondre ­
  à  la  réalité  ;  elles  sont  basées  sur  une  conception
fausse  du  goût  moderne.  L’évolution  capitaliste  le  nivelle
et  le  rend  uniforme.  Nous  renvoyons  à  ce  sujet  le
lecteur  au  «  Moderne  Kapitalismus  »  de  Sombart  (v.
Il,  p.  319  ss.)  signalant  en  passant,  combien  l’étude
du  goût  à  d’importance  en  économie  politique.  C’est
précisément  dans  les  grands  centres,  oû  les  goûts  sont
les  plus  raffinés,  que  la  débâcle  du  petit  métier  a  été
la  plus  terrible  A  Bruxelles,  il  y  avait  en  1846,  247

(1)  Ib.  Enquête  écrite,  v  I.  p.  2i.
(2)  M.  Bourguin  :  Les  systèmes  socialistes,  etc.  1.  c.  p.  190.
        <pb n="225" />
        222

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

patrons-boulangers  ;  50  ans  plus  tard,  il  n’y  en  avait
que  190.  La  population  de  la  capitale  avait  augmenté
dans  ce  laps  de  temps  de  123.874  à  194.505  (Rec.  1896,
v.  XVIII,  p.  748).
Ce  qui  est  resté,  à  Bruxelles,  comme  clientèle  au
petit  boulanger,  ce  sont  :
1°)  les  gens  prétentieux  et  difficiles  à  servir  ;
2°)  Les  commerçants  fournisseurs  ;
3°)  Les  mauvais  payeurs  (1).
La  boulangerie  à  la  main  périclite  partout.  Tout  le
tragique  de  la  situation  ressort  de  la  déposition  si
naïve  de  l’Association  centrale  des  Patrons-Boulangers
devant  la  Commission  de  la  petite  bourgeoisie.  «  Si
les  constituants  de  1830  avaient  pu  prévoir,  disent-ils,
les  inventions  du  machinisme,  cause  de  la  surproduction ­
  et  qui  nous  fait  cette  terrible  concurrence  qui
écrase  tous  les  petits,  il  est  bien  probable  qu’ils  auraient
certainement  mis  un  frein  à  cette  liberté  ;  car  aussi
précieuse  qu’elle  était  il  y  a  quelques  années,  nous
pouvons  dire  qu’à  l’heure  présente  elle  est  néfaste
pour  tous  les  petits  bourgeois  «  (2).
A  Gand,  le  métier  de  boulanger  est  délaissé  depuis
l’apparition  des  coopératives  (3).  En  1879,  il  y  avait
dans  cette  ville  274  boulangers  ;  en  1892,  il  n’y  en
avait  que  223  et  en  1905,  il  n’en  restait  que  111.  Sauf
quelques  exceptions,  il  n’y  a  plus  à  Gand  pour  ainsi

(1)  Commission  Nationale  de  la  P&amp;lt;  tite  bourgeoisie.  Enquê  e  o  ale,
v.  I,  p.  302.
(2)  Ifc.  v.  VII,  p.  450.
(3)  Fb.  Enquête  écrite,  v.  III,  p.  82  et  05,
        <pb n="226" />
        LA  DECADENCE  DU  MÉTIER

223

dire  aucun  boulanger  (peu  importe  qu’il  exerce  son
métier  depuis  longtemps  ou  non)  qui  puisse  encore
subsister  au  moyen  de  son  métier.  Les  boulangers  se
sont  adjoint  la  pâtisserie,  la  vente  du  lard,  les  épiceries, ­
  la  chaussure,  les  meubles,  les  ustensiles  de  cuisine,
la  charcuterie-  Plusieurs  en  sont  arrivés  au  point  que
leur  boutique  ressemble  plutôt  à  un  bazar  qu’à  une
boulangerie  (1).
De  même  à  Tirlemont  ;  le  nombre  de  boulangers  à
qui  leur  métier  suffit  pour  vivre  est  fort  restreint.
Tous  se  voient  obligés  d’y  adjoindre  le  débit  de  la
farine  ;  beaucoup  d’autres  celui  des  épiceries  et  le  plus
grand  nombre,  la  vente  de  spiritueux  (2).
A  Maeseyck,  on  compte  à  peine  trois  ou  quatre  boulangers ­
  ne  s’occupant  d’aucun  autre  commerce  (3).
A  Louvain,  depuis  la  crise,  plusieurs  boulangers  ne
gagnant  plus  dans  leur  industrie  un  salaire  suffisant
pour  l’entretien  de  leur  famille,  ont  dû  annexer  à  leur
métier  un  commerce  ou  une  profession  accessoire  (4).
Sur  105  boulangers  de  cette  ville,  il  n’y  en  avait,  en
1905,  que  17  qui  n’exerçaient  ni  commerce,  ni  profession ­
  accessoires  (5).  64,  par  exemple,  vendaient  du
chocolat  ;  58  des  sucreries  :  65  des  pains  d’épices  ;  21
tenaient  un  estaminet  ;  25  des  épiceries,  etc.  f6).
.Presque  toute  la  production  est  enlevée  par  les  granit) ­

  Ib.  v.  VF,  p.  100.
(2)  Ib.  v.  Vil,  p.  547.
(3)  Ib.  v.  IV,  p.  61.
(4)  Ib.  v.  I,  p.  71.
(5)  Ib.  p.  89.
(6)  lb.  p.  88.
        <pb n="227" />
        224  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

des  fabriques  de  pain.  Sur  150  sacs  de  farine,  convertie
journellement  à  Louvain,  80  sont  accaparés  par  les
boulangeries  mécaniques;  70  constituent  la  production
journalière  des  autres  boulangers.  Il  est  évident  que
cette  production  ne  suffit  pas  pour  assurer  l’existence
de  93  boulangers,  ainsi  que  de  leur  famille  (1).  En
1897,  un  grand  nombre  de  boulangers  ont  disparu  ;
depuis  lors,  25  autres  ont  subi  le  même  sort  (2).
A  Veroiers  et  dans  l’agglomération,  leur  nombre  a
sensiblement  diminué  (3)  A  Bruges,  le  métier  de
boulanger  va  à  la  ruine  ;  la  plupart  des  boulangers  de
la  ville  ne  consomment  pas  un  sac  de  farine  par  jour  (4).
A  Ostende,  ceux  qui  travaillent  un  sac  de  farine  par
jour  sont  rares.  Ce  sont  les  mieux  achalandés  (5).  A
Namur,  plusieurs  firmes  ont  disparu  (6).  A  Walcourt,
deux  ont  été  ruinés  par  la  concurrence  que  leur  faisait
la  coopérative  ;  les  autres  ont  perdu  chacun  une  partie
de  leur  clientèle  (7),  A  Flasselt,  les  boulangers  ont  de  la
peine  à  vivre  depuis  l’installation  de  la  coopérative  (8).
A  Ninnve,  les  coopératives  enlèvent  peu  à  peu  toute  la
clientèle  aux  boulangers  de  l’endroit  (9).  A  Termonde,
sur  !0  bourgeois,  il  y  en  a  8  qui  achètent  à  la  coopérative ­
  (10).  A  Lokeren,  une  for'e  crise  qui  a  corn-(1)
  Jb  p.  78.
(2)  Ib.  p.  160.
1-3)  tb  Enquête  orale,  v.  IV,  p.  211.
(4)  1b.  v.  Ilf,  p.  61.
(5)  Ib.  v.  Uf,  p.  89.
(6)  Ib.  v.  I,  p.  217.
(7)  Ib.  v.  I,  p.  357,
(8)  Ib.  v.  IV,  p.  3.
(9)  Ib.  v.  VI,  p.  254.
(10)  1b.  v.  VI,  p.  340.
        <pb n="228" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

225

niencé  il  y  a  dix  ans  sévit  dans  la  boulangerie  ;  huit
ou  neuf  fours  ne  fonctionnent  plus  depuis  l’apparition
de  la  coopérative  (1).  A  Anvers,  en  deux  ans,  le  nombre ­
  des  boulangers  est  tombé  de  500  à  400  (2).  A  Moll,
la  diminution  du  chiffre  d’affaire  est  sensible  (3).
Même  dans  les  campagnes,  les  coopératives  et  les
fabriques  des  grandes  villes  font  une  concurrence  acharnée ­
  aux  boulangers.  Par  exemple,  un  habitant  de  1  isé
se  plaint  de  ce  que  la  Société  Anonyme  «  Grande  boulangerie ­
  »  fasse  une  concurrence  redoutable  en  vendant
10  centimes  en  dessous  des  prix  locaux  (4)  A  Ninove,
les  porteurs  de  la  Société  bruxelloise  «  La  Panification
Intégrale  «  viennent  tons  les  deux  jours  par  le  tram
vicinal  fournir  leur  marchandise  aux  paysans  de  la  ville
et  des  environs  (5).  A  Ilamme,  les  coopératives  de  Termonde
  et  d’Anvers  constituent  également  une  plaie  pour
les  petits  boulangers  ;  elles  fournissent  au  public  le  pain
dont  il  a  besoin,  à  un  prix  inférieur  à  celui  des  boulangers ­
  de  Hamme  ((5).  A  Ze/e,  les  boulangers  ont  à  se
plaindre  des  grandes  sociétés  qui  expédient  à  la  campagne ­
  des  charrettes  entières  de  pains  (7)  A  Lokeren,
les  coopératives  d3  Zele  et  d’Anvers  vendent  leurs  produits ­
  (8).  A  Somergem,  le  &amp;lt;'  Yolksbelang  »  de  Garni,
dont  les  charrettes  parcourent  toutes  les  rues  dii  village,

fl)  IL.  v.  Vl,  J'..  511.
(2)  1b  v.  II,  p.  174.
(3)  Ib.  v.  II,  p.  543.
(4)  Ib.  v.  IV,  p.  293.
(5|  Ib.  v.  VJ,  p.  255.
(6)  1b.  p.  348.
(7)  Ib.  p.  375.
(8)  Ib.  p.  480.
        <pb n="229" />
        226  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

font  un  tort  considérable  aux  boulangers  (1).  A  Grammont,
  meme  situation  (2).  A  Louvain,  les  grandes  fabriques ­
  de  pain  approvisionnent  le^  campagnes  des
environs  \3).
Le  métier  de  boulanger  est  tout  à  fait  délaissé  par
les  ouvriers.  A  Gand,  par  exemple,  un  jeune  homme
sérieux  ne  veut  ordinairement  pas  continuer  le  métier,
étant  donné  le  faible  espoir  s’établir  plus  tard  pour
son  propre  compte  (4).  A  Bruxelles,  il  n’y  a  que  les
fils  des  familles  nombreuses  qui  s’engagent  chez  les
boulangers  pour  avoir  leur  nourriture  et  leur  logement  ;
ils  ne  connaissent  pas  l’économie  «  sont  sans  ordre  et
sans  éducation  »  (5).  A  Bruges,  il  ne  reste  plus  rien  de
l’ancienne  organisation  de  l’apprentissage  ;  en  général,
les  ouvriers  ne  connaissent  plus  leur  métier  '6).  Même
les  enfants  abandonnent  le  métier  de  leur  père,  deviennent
des  ouvriers,  des  employés,  etc.  et  empêchent  quelquefois, ­
  par  leur  salaire,  la  ruine  complète  delà  famille  (7),
Ici  aussi,  la  statistique  nous  démontre  la  généralité  do
cet  abandon  du  métier.  Tandis  que  le  nombre  de  patrons ­
  s’est  accru  de  80.8%  de  1846  à  1896,  celui  des
ouvriers  n’a  progressé  que  de  26,2  %,  malgré  le  développement ­
  des  grandes  coopératives.  En  1896,  sur  13,500
boulangers,  8184  travaillent  sans  aucun  ouvrier  :  1387

(1)  Ib.  p.  174.
(?)  Ib.  p.  !9fi.
(3)  Ib.  Enquête  écrite,  v.  j,  p.  161.
(4)  Ib.  Enquête  orale,  a.  VI^p.  109.
(b)  Ib.  v.  VII,  p  304.
(6)  Ib.  v.  111,  p.  20.
(7)  Ib.  Enquête  écrite,  v.  I,  p.  85,
        <pb n="230" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

227

seulement  avec  des  membres  de  la  famille  (v.  XVIII,  p.
181),  soit  ensemble  9571  ou  70.9%  du  total.
Le  métier  de  tailleur  qui,  à  première  vue,  semble  être
très  prospère  traverse  lui  aussi  une  crise  aiguë,  qui
n’a  fait  que  s’accentuer.
Le  grand  magasin  n’attire  pas  seulement  la  clientèle
de  la  ville,  mais  aussi  celle  des  environs  et  même  de  tout
le  pays.  A  Alost,  beaucoup  d’habitants,  surtout  les
riches,  se  font  habiller  à  Bruxelles  (1),  A  Leuze,  la
bonne  bourgeoisie  s’approvisionne  en  ville.  «  Il  est  vrai,
dit  un  tailleur  de  cette  ville,  que  le  travail  y  est  mieux
achevé,  les  ouvriers  étant  d’une  formation  technique
plus  complète  qu’à  la  campagne  «  (2).  A  Roulera,  la
concurrence  est  devenue  difficile.  Des  représentants
de  Gand,  de  Bruges  et  de  Bruxelles  visitent  la  place,
porteurs  d'un  catalogue  indiquant  les  prix  et  modèles
de  tous  les  vêtements  pour  les  deux  sexes,  ainsi  que
pour  les  enfants  (3).
De  même  que  dans  la  boulangerie  et  dans  la  cordonnerie, ­
  il  est  difficile  pour  le  tailleur  d’avoir  des
ouvriers,  car  ceux  ci  préfèrent  aller  à  la  fabrique.  A
Veruiers,  un  marchand  tailleur  s’exprime  de  la  façon
suivante  :  «  Ce  qu’il  y  a  de  vraiment  grave  pour  l’avenir ­
  des  métiers,  c’est  l’universalité  de  cette  constatation ­
  :  l’apprentissage  se  meurt,  l'apprentissage  est
mort  »  (4).  A  Alost  on  trouve  difficilement  des  apprentis.

(1)  Ib.  Enquête  orale,  v.  VI,  p.  2G0.
(2)  Ib.  v.  V.  p.  269.
(3)  Ib.  v.  III,  p.  234.
(4)  Ib.  v.  IV,  p.  202.
        <pb n="231" />
        ^28  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

Un  tailleur  déposant  devant  la  Commission  Nationale
de  la  Petite  Bourgeoisie  en  cherche  un  depuis  trois  ou
quatr3  ans.  C’est  seulement  à  la  campagne  qu’on  en
trouve  ;  mais  il  partent  au  bout  d’un  an  ou  deux  à
Bruxelles  (1).  A  Braine-le-Comte,  depuis  dix  ans,  il  n’y
a  plus  un  seul  apprenti  (2).
Depuis  1846  à  1896,  le  nombre  des  ouvriers-tailleurs
a.  diminué  de  6,2%  malgré  un  accroissement  et  59.7  %
des  patrons  tailleurs.  En  1896,  sur  11.312  tailleurs
(vêtements  pour  hommes,  ateliers  de),  8745  soit  77.31  %
(v.  XVIII,  p.  164)  n’occupaient  pas  d’ouvriers  étran
gers  à  la  famille  des  exploitants.
Mais  la  vraie  crise  n’a  fait  que  commencer.  Ce  11’est
que  depuis  quelques  années  que  le  machinisme  s’attaque ­
  à  cette  nouvelle  branche  d'industrie.  La  Belgique
comptait  en  1904  tout  au  moins  un  établissement  —  peutêtre
  y  en  avait-il  d’autres  —  qui  réalisait  la  fabrication
purement  mécanique,  peut-011  dire,  de  la  confection.
C’est  une  entreprise  de  Dison  ;  la  firme  :  Crutzen
frères  (3).
«  Que  faut-il  attendre  de  la  collabiration  de  toutes
ces  machines  ?  écrit  Genart.  11  en  est,  esprits  prévenus, ­
  pour  qui  la  supériorité  du  travail  manuel
est  un  dogme  qu’on  ne  discute  pas.  Que  de  fois
il  a  fallu  entendre  que  toutes  ces  machines  11e  pouvaient ­
  donner  que  fort  mauvais  travail.  Pour  moi,
je  n’y  puis  croire  :  chacun  de  ces  outils  n’est  pas  moins

(1)  Ib.  v.  VI,  p.  2S9.
(2)  Ib.  v.  V,  p.  231.
(3)  Office  du  travail.  Industries  à  domicile,  v.  VI,  p.  49.
        <pb n="232" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

229

parfait  que  la  machine  à  coudre  ordinaire,  dont  personne
ne  conteste  l’évidente  utilité.  Ceux-là,  à  la  différence
de  celle-ci,  ne  sont  pas  des  progrès  à  la  portée  de  tous;
c’est  pourquoi  on  les  conteste.  Mais  il  travaillent  avec
une  exactitude  remarquable  et  une  précision  que  nul
ouvrier  ne  peut  prétendre  atteindre  »  (1).
Le  rendement  de  ces  machines  est  de  beaucoup  supérieur ­
  à  celui  du  travail  à  la  main.  Ainsi,  une  femme
active  parvient  à  faire  trois  boutonnières  en  douze
minutes  ;  la  machine,  qui,  à  elle  seule  les  termine  en
fièrement,  y  consacre  sous  la  direction  d'une  fillette
exactement  quatorze  secondes  de  travail  effectif  ;  accorder ­
  le  reste  de  la  minute  pour  les  manipulations,
c’est  incontestablement  se  montrer  très  large  (2'.
La  question  de  savoir  qui  l’emportera  se  pose  donc
plus  pressante  que  jnmais.  Pour  celui  qui  connaît  l’essor
pris  par  les  grandes  maisons  de  confections  aux  Etats-Unis,
  la  réponse  ne  peut  pas  être  douteuse.
On  croit  souvent  que  la  diversité  de  conformation
des  individus  nécessite  le  travail  sur  mesure  et  par
cela  même  le  maintien  du  métier.  Cependant,  comme
nous  dit  avec  raison  Aftalion,  nous  ne  sommes
pas  physiquement  si  dissemblables  qu'aucune  fabrication ­
  à  l’avance  ne  devienne  possible  (3).  Aux  Etats-Unis,
  grâce  à  la  multiplication  des  standards  (ils  sont
trois  fois  supérieurs  à  ceux  qu’on  produit  habituellement

(1)  Ib.  p.  51.
(2)  Ib.  p.  53.
(3)  Albert  A  ft  a  lion  :  Le  développement  do  la  fabrique  et  le  trava.l
à  domicile  dans  les  industries  de  l’habillement.  Paris,  1906,  p.  19.
        <pb n="233" />
        230  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

sur  le  continent),  on  réussit  à  faire  d’avance  des  costumes ­
  pour  toutes  les  tailles  possibles.
«  Que  vous  entriez  soit  chez  les  Brokaw,  les  Browning ­
  King,  les  Brooks  et  chez  tant  d’autres  à  New-York,
dit  un  industriel  français,  M.  Selliez  ;  quelle  que  soit
votre  conformation  ou  votre  attitude,  vous  en  sortirez
avec  un  vêtement  allant  bien,  ayant  le  cachet  de  la
dernière  mode  et...  coûtant  très  cher»  (1).  Le  vêtement
«  Higli  Class  »  est  aussi  bien  fait  dans  les  grandes
fabriques,  occupant  quelquefois  un  personnel  de  3500
ouvriers,  (une  maison  de  Brooklyn,  dans  deux  usines),
que  les  qualités  inférieures  (2).
Une  comparaison  statistique  des  industries  de  la
confection  de  vêtements  pour  femmes  (tailleuses,  lingères,
  modistes,  couturières,  etc.)  est  impossible  à  cause
d’une  différence  de  méthode  dans  le  recensement.  En  1890,
on  a  considéré  une  tailleuse,  modiste,  etc.,  travaillant  chez
elle  pour  la  clientèle,  ou  bien  chez  les  particuliers  euxmêmes
  comme  «  maître-d’industrie  »  (v.  NVUI,  p.  62).
Rien  ne  nous  permet  d’affirmer  qu’on  a  fait  la  même
chose  en  1846.  Nous  pouvons,  au  contraire,  supposer  que
toutes  ces  personnes  furent  simplemen  omises  lors  du
premier  recensement  industriel.  Autrement,  nous  devrions
admettre  que  l’accroissement  des  couturières,  lingères,
modistes  fut  de  °/o  (3),  soit  46  fois  aussi  rapide  que
(1)  Mission  industrielle  aux  Etats-Unis,  1.  c  p.  11.
(2)  Ib.  p.  9.
(3)  En  1846,  il  y  avait  219a  couturières,  lingères,  modistes  (v.  IV,  col.
30-33-34.
Er,  1896  il  y  avait  :  Modistes  6026
Vêtements  pour  femmes  43150
Lingerie  1554
Chemises  212
52,942
        <pb n="234" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

231

l’augmentation  de  la  population.  Ce  qui  semble,  en  comparaison ­
  avec  les  autres  métiers,  peu  vraisemblable.
Malheureusement,  nous  ne  possédons  presque  aucun
renseignement  sur  les  métiers  féminins.  L’Enquête  sur
la  Petite  Bourgeoisie  les  a,  comme  tant  d’autres  points,
absolument  négligés.  Les  enquêtes  de  l'Office  du  Travail ­
  sur  les  Industries  à  domicile  nous  fournissent,  ce
qui  est  bien  naturel,  peu  d’informations  sur  le  métier
indépendant.
Tout  ce  qu’on  peut  dire,  c’est  qu’on  assiste  pour  le
moment  en  Belgique  à  l’apparition  d’une  organisation
nouvelle.  Lue  maison,  par  exemple,  s’est  lancée  résolument ­
  dans  la  fabrication  spécialisée  en  gros  du  vêtement ­
  de  la  femme.  Il  n’y  a  guère  que  quelques  années
de  cela  et  ses  progrès  semblent  incontestables.  Des
renseignements  recueillis  de  divers  côtés  par  Gêna  ht,
il  résulte  qu’elle  fait  travailler  à  la  fois  un  peu  dans
l'atelier  et  beaucoup  plus  au  dehors,  à  Bruxelles  même.
En  outre,  elle  possède  eu  province  un  atelier  spécialement ­
  chargé  de  la  confection  la  plus  ordinaire  (1).
Dans  la  lingerie,  on  est  tout  près  de  l’industrie  à
domicile,  mais  déjà  il  s’y  ajoute  quelque  chose  de  la
confection  en  atelier  «  germe  peut-être  de  la  fabrique
ou  du  moins  d’une  production  plus  centralisée  «  (2).
Le  corset  est  devenu  un  article  de  fabrique.  Grâce
à  un  outillage  très  complet,  on  est  arrivé  à  faire  face
à  l’infinie  variété  des  besoins  de  la  consommation.  Par
la  multiplicité  des  modèles  et  des  mesures  -  on  en  compte

(1)  Industries  à  domicile,  v.  VIIT,  p.303.
(2)  lb.  y.  IX,  p.  43.
        <pb n="235" />
        232

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

jusque  4000  —  on  a  trouvé  le  moyen  de  concilier  la  confection ­
  en  séries  et  l’article  ajusté  Sans  doute,  certains
clients,  plus  difficiles  ou  plus  raffinés,  continueront  à
réserver  leur  préférence  à  la  corsetière  travaillant  sur
mesure  ;  mais  même  dans  ce  cas,  il  arrive  que  la
“  mesure  «  fera  appel  à  la  «  fabrique  «  pour  la  confection. ­
  Maint  corset  réputé  sur  mesure  aura  été  travaillé ­
  et  achevé  en  fabrique,  d’après  les  indications  du
magasin  (1),
Xous  voyons  encore  une  fois  comme  il  est  faux  de
prétendre  que  le  goût  individuel  rend  le  développement ­
  de  la  fabrique  impossible.  Qu’est-ce  qu’il  y  a  de
plus  individuel  que  la  taille...  et  le  caprice  d’une  femme. ­
  La  fabrique  s’y  adapte.
On  a  prétendu  souvent  que  les  industries  du  bâtiment ­
  resteraient  toujours  un  domaine  du  métier  «  On
ne  conçoit  pas  bien,  écrit  Brants,  la  nécessité  de  la
fusion  des  maçons...  plafonneurs  etc.  en  entreprises ­
  agglomérées  »  (2).  Xous  avons  exposé  déjà  plus
haut  que  cette  façon  de  voir  est  fausse,  que  c’est  justement ­
  dans  les  industries  du  bâtiment  qu’une  concentration ­
  s’impose  (Cliap.  IX  p.  17G).  Pour  pouvoir  bâtir
vite,  il  faut  fusionner  les  différents  métiers  en  une
seule  entreprise,  travaillant  sous  une  direction.
C’est  ce  que  nous  voyons  se  produire  en  Allemagne,
Des  entreprises  de  maçonnerie  se  combinent  avec  des
briqueteries,  des  cimenteries,  etc.  D’autres  organisent

(I)  Ib.  v.  VIII,  p.  176  et  177.
12)  Victor  Brants  :  La  petite  industrie,  etc.  1.  c.  p.  80.
        <pb n="236" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

233

leurs  propres  fabriques  de  portes  et  de  fenêtres.  (1)
Sur  toutes  ces  tendarces  d’évolution,  la  Commission
Nationale  ne  nous  dit  rien  du  tout.  Mais  le  recensement ­
  de  1896  nous  montre  qu’en  Belgique  aussi,  l’entreprise ­
  combinée  se  développe  dans  l'industrie  du  batiment. ­
  Ainsi,  parmi  les  entreprises  en  activité  comprenant ­
  plusieurs  divisions  industrielles,  figurent  :
un  établissement  de  maçonnerie  combinée  avec  une
scierie  de  bois  et  un  atelier  de  menuiserie  (v.  Y.  p.  532)  ;
un  atelier  de  marbrerie  rattaché  à  une  ébénisterie
(v.  V.  p.  534)  ;
une  entreprise  d’asphaltage  complétée  par  un  atelier
de  menuiserie  mécanique  (v.  V.  p.  540)  ;
quelques  entreprises  de  construction  de  travaux  de
voirie  avec  scieries  mécaniques  (v.  V.  p.  542).
La  difficulté  de  surveillance  ne  rend  nullement  impossible, ­
  comme  on  le  prétend  souvent,  la  très  grande
entreprise  dans  l’industrie  de  construction.  Parmi  les
j  «  entreprises  simples  »,  occupant  1000  ouvriers  au
moins,  il  se  trouve  une  entreprise  de  construction  de
bâtiments  (Rec.  1896,  v.  XVIII,  p.  160).
Ces  grands  établissements  causent  partout  la  ruine
des  petits  artisans.  Le  public  préfère  s’adresser  à  des
entrepreneurs  qui  font  tout  l’ouvrage  qu’à  des  artisans
dont  chacun  ne  sait  achever  qu’une  partie  de  la  besogne. ­

Voici  ce  que  dit  à  ce  sujet  l’Association  des  patrons
métallurgistes  St  Eloi  de  Malines  :  «  Précédemment  la

(1)  W.  Somb.vrt  :  Der  moderne  Kapitalismus,  1.  c.  v.  I,  p.  561.
        <pb n="237" />
        234

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

construction  d’une  bâtisse  donnait  de  l’occupation  à
plusieurs  patrons  et  ouvriers  de  la  ville.  Maintenant,
on  favorise  un  seul  entrepreneur  général  qui  fait  exécuter ­
  les  travaux  par  ses  ouvriers  et  fait  venir  toutes
les  fournitures,  telles  que  ancres,  grilles,  serrures,  ouvrages ­
  en  cuivre  et  en  zinc,  etc.  des  grandes  fabriques ­
  ;  ce  qui  fait  que  ces  constructions  ne  procurent
à  l’ouvrier  de  la  ville  que  peu  on  pas  de  travail  »  (i).
A  Herenthals,  il  est  presqu’impossible  aux  forgerons
de  prendre  part  aux  adjudications,  toutes  les  entreprises ­
  étant  concédées  en  masse  (2).  Des  peintres  de
Louvain  (3),  un  plombier  de  Wavre  (4)  un  serrurierpoêlier
  d’Ixelles  (5),  tous  émettent  les  mêmes  plaintes.
L’artisan  d’ajourd’hui  doit,  pour  avoir  quelqu’ouvrage,
  traiter  avec  des  entrepreneurs  généraux  au  lieu
de  traiter  avec  les  propriétaires.  80  °/ 0  des  plafonneurs
travaillent,  d’après  l’évaluation  de  la  Chambre  syndicale ­
  de  Bruxelles,  pour  des  entrepreneurs  généraux  ;
ceux-ci  prélèvent  10  0 / o  des  bénéfices  sur  tous  les  travaux ­
  qui  s’exécutent.  Les  sous-traitants  n’obtiennent
l’exécution  des  travaux  qu’en  travaillant  aux  prix  les
plus  réduits  et  toujours  à  des  conditions  onéreuses  (6).
A  Louvain,  le  forgeron  dépend  tout  à  fait  de  l’entrepreneur, ­
  qui  lui  indique  la  partie  de  l’entreprise

(1)  Commission  Nationale  de  la  Petite  Bourgeoisie.  Enquête  orale,
v.  II,  p.  707.
(2)  lb.  v.  II,  p.  532.
(3)  Ib.  v.  VII,  p.  412  et  4IG.
(4)  Ib.  p.  585.
(5)  Ib.  p.  11.
(6)  Ib.  p  235  et  286.
        <pb n="238" />
        LA  DECADENCE  DU  MÉTIER

23Ô

qu’il  voudrait  lui  confier  et  fixe  le  prix.  «  On  rencontre ­
  alors  également,  comme  le  dit  un  patron,  des
hommes  qui  travaillent  d’arrache-pied  pour  le  plaisir ­
  de  ces  braves  entrepreneurs...  Le  petit  patron  ne
parvient  plus  à  progresser  ;  il  s’étonne  même  à  la  fin
de  l’année  et  après  un  travail  pénible  qu’il  possède
parfois  moins  que  l’année  précédente  et  que  peu  à  peu
il  fasse  des  dettes  »  (1).
La  marbrerie,  au  moins  pour  90  °l  o,  s’exécute  à  Bruxelles ­
  pour  compte  d’entrepreneurs  généraux.  Le  marbrier, ­
  au  lieu  d’être  en  rapport  direct  avec  le  propriétaire ­
  et  l’architecte,  n’est  plus  qu’un  sous-ordre
de  l’entrepreneur  général,  qui  prélève  au  minimum
10  %  sur  les  travaux  de  marbrerie.  La  petite  industrie ­
  de  la  marbrerie  souffre  énormément  elle  aussi  de
la  concurrence  qui  lui  est  faite  par  les  grands  ateliers
établis  sur  les  lieux  de  production  (2).
La  serrurerie  est  presqu’entièrement  englobée  dans
la  grande  industrie  (3).  Il  en  est  de  même,  mais  à
un  moindre  degré,  de  la  poêlerie  (4).  Ce  qui  reste  aujourd’hui ­
  de  la  ferronnerie,  ce  ne  sont  que  des  vestiges ­
  du  passé.  La  même  évolution  qui  a  ravalé  le  cordonnier ­
  au  rang  de  savetier  s’est  produite  ici.  Le  maître ­
  forgeron  bruxellois,  par  exemple,  n’a  aujourd’hui
d’autre  besogne  que  de  rendre  service  à  son  voisinage, ­
  d’ouvrir  les  portes  dont  la  clef  est  perdue,  de  rac-(1)

  Ib.  v.  VII,  p.  396.
(2)  Ib  p.  283.
(3)  Ib.  Enquête  écrite  v.  III,  p.  6.
(4)  Ib.  p.  40.
        <pb n="239" />
        236

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
commoder  les  gonds  cassés,  etc.  Sa  vie  est  dure,  la
pénurie  des  apprentis  se  fait  sentir  (1).
Quant  aux  plombiers,  ils  ne  se  trouvent  pas  dans  noire
tableau  HT,  vu  que  la  rubrique  «  plombiers-zingueurs,
gaziers-appareiHeurs  «  de  1896,  est  trop  différente  de
celle  de  1846,  «  plombiers».  Il  semble  que  ce  métier  soit
encore  assez  florissant,  quoiqu’ici  aussi  la  grande  entreprise, ­
  comme  la  Compagnie  de  gaz  et  d’électricité
à  Anvers,  enlève  les  travaux  aux  gaziers  (2).
Les  menuisiers  doivent  aussi  passer  par  les  fourches ­
  caudines  des  entrepreneurs,  auxquels  toutes  les  entreprises ­
  sont  confiées.  «Ainsi,  dit  un  menuisier  d’Ath,
la  faillite  nous  guette  sans  cesse  et  partout  la  perte
de  travaux  à  éffectuer,  sans  compter  que  nous  devons
toujours  consentir  à  l’entrepreneur  une  réduction  très
sensible  parfois,  qui  diminue  considérablement  nos  bénéfices ­
  »  (3).  A  Liège,  la  fabrication  des  meubles  et  le
modelage  ont  presqu’échappé  au  menuisier  ;  ils  lui
échapperont  probablement  tout-à-fait.  Ce  qui  lui  reste,
c’est  la  réparation  (4).
Quand  à  l'ébénisterie,  elle  est  réduite  à  rien,  tous
les  meubles  venant  des  fabriques  (5).  A  Ath,  il  est
malaisé  de  recruter  de  bons  ouvriers  ébénistes  ;  ceux
ci  préfèrent  le  travail  plus  ou  moins  stable  de  la  fabrique ­
  (6).  (L’ébenisterie  ne  se  trouve  pas  dans  notre

(1  )  Ib.  p.  il.
(2)  Ib.  Enquête  orale,  v.  II,  p.  210.
(3)  Ib.  v.  V.  p.  255.
(4)  Ib.  Enqüête  écrite,  v.  T,  p.  208.
(5)  Ib.  Enquête  orale,  v.  III,  p.  93.
(6)  Ib.  v.  V.p.  257.
        <pb n="240" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

237

tableau,  la  rubrique  «  ébénistes,  sculpteurs  «  (1846)
étant  différente  de  «  ébénisterie  line  et  ordinaire,  meubles ­
  et  sièges  »  (1896).
Le  métier  de  ferblantier  est  actuellement  dans  un
certain  marasme,  à  cause  de  la  concurrence  que
lui  font  les  émailleries  (1).
Le  charron  ne  fabrique  plus  les  instruments  aratoires ­
  et  les  véhicules  ;  il  ne  fait  que  les  réparations.
*
*  *
En  résumé  il  est  faux  de  dire,  qu’à  côté  de  certains
métiers  qui  disparaissaient,  il  y  en  a  d'autres  qui  se
développent.  La  décadence  du  métier  est  générale  :
la  fabrique  poursuit  partout  sa  marche  victorieuse.
Si  la  statistique  ne  rend  pas  compte  de  ce  phénomène, ­
  c’est  pour  des  raisons  spéciales.
11  ne  faut  pas  oublier  que  le  capitalisme  ne  progresse ­
  que  par  étapes  ;  qu’il  n’acccapare  pas  dès  le
début  toute  la  production  d’une  industrie.  Il  a  commencé ­
  par  enlever  au  tailleur  la  confection  des  vêtements ­
  ordinaires  et  plus  tard  seulement  celle  des  vêtements ­
  ^  Higli  Class  Dans  les  industries  du  bâtiment, ­
  il  a  englobé  l’artisan  dans  la  production  capitaliste, ­
  en  lui  laissant  une  apparence  d’indépendance
Dans  la  cordonnerie,  la  fabrication  des  tiges  fut  enlevée ­
  au  métier  vers  1870,  le  reste  beaucoup  plus  tard.
Aujourd’hui,  le  cordonnier  est  réduit  au  rôle  de  savetier ­
  ;  de  même  qu’au  serrurier,  au  charron,  au  forge-(I)
  Ib.  v.  V.  p.  200.
        <pb n="241" />
        238

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

ron  et  à  tant  d’autres,  il  n’est  resté  que  la  réparation. ­
  La  statistique  nous  énumère  tous  ces  dépossédés, ­
  dont  le  rôle  économique  a  complètement  changé,
sous  leur  ancienne  dénomination.  Elle  ne  tient  pas
compte  des  changements  survenus.
La  fabrique  a  laissé  à  l’artisan,  c’est  certain,  une
minime  partie  de  la  production.  Faut-il  en  conclure
qu’il  en  sera  toujours  ainsi  ?  Beaucoup  d’économistes  le
prétendent.  La  réparation,  d’après  eux,  restera  toujours
inaccessible  à  la  fabrique.  Nous  ne  pouvons  partager
leur  avis,  Nous  observons  en  effet  qu’ici  aussi  la  fabrique ­
  progresse.  Nous  avons  cité  plus  haut  une  machine ­
  qui  menace  l’existence  du  savetier.
D’autre  part  les  conditions  de  la  réparation  ont
changé  complètement.  Lorsqu’une  machine  est  partiel
lement  détériorée,  on  fait  venir  aujourd’hui  un  monteur
et  une  pièce  de  rechange.  Aux  Etats-LTnis  les  maréchaux-ferrants ­
  et  les  charrons  n’existent  pas  dans  les
campagnes  Les  fermiers  achètent  leurs  machines  agri
coles  dans  les  grandes  fabriques,  Us  tâchent  de  con
naître  suffisamment  leur  construction  pour  pouvoi  *
faire  eux-mêmes  les  réparations.  Les  machines  sont
construites  de  façon  que  l'on  peut  en  remplacer  facilement ­
  les  différentes  parties,  et  les  fabriques  de  machines
pourvoient  les  agriculteurs  de  catalogues  détaillés,  qui
leur  permettent  de  commander  les  pièces  de  rechange
(1).  C’est  également  le  cas  pour  les  bicyclettes  et  les
motocyclettes.

(f)  W.  Sombart  :  Der  moderne  Kapitalismus.  1  c.  v.  I,  p.  384.
        <pb n="242" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

239

On  a  prétendu  souvent  que  le  cyclisme,  l’automobilisme, ­
  etc.  allaient  contribuer  au  développement  de
beaucoup  de  métiers,  notamment  de  celui  du  maréchal
ferrant  dans  les  campagnes.  Cette  supposition  est
démentie  par  les  faits.  Si.  pendant  une  excursion,  on
a  besoin  d’une  réparation,  on  s’adresse  généralement  à
un  mécanicien,  Celui-ci  figure  comme  artisan-indépendant ­
  dans  le  recensement,  mais  il  dépend  si  étroitement ­
  des  maisons  dont  il  vend  les  articles,  qu’il
n’est  en  réalité  que  l’employé  de  la  grande  fabrique.
Ainsi,  il  y  a,  en  Belgique,  environ  200  à  300  mécaniciens ­
  qui  ne  fabriquent  plus  rien,  et  vendent
simplement  des  articles  de  bicyclettes  de  la  Fabrique
d’Armes  de  Guerre  de  Herstal.  Ils  reçoivent  de  celleci
  les  affiches  ;  les  prix  de  vente  leur  sont  fixés  par
les  catalogues  et  souvent  ils  n’ont  pas  le  droit  de
vendre  des  articles  d’autres  maisons.  Leur  indépendance ­
  économique  est  plutôt  fictive  de  même  que  celle
&amp;lt;
des  cabaretiers  qui  sont  sous  la  dépendance  des  grandes ­
  brasseries  (1)
Dans  l'industrie  de  l’habillement  la  réparation  jouait
jadis  un  rôle  plus  important  qu'aujourd’hui.  Un  cos
tume  passait  de  père  en  fils.  Esclaves  de  la  mode,
nous  renouvelons  aujourdliui  nos  vêtements  avec  line
telle  rapidité,  que  l’occasion  de  les  réparer  se  présente
assez  rarement.
*
*  *
La  fabrique  remplace  l’artisan  dans  tous  les  métiers
et  dans  tous  les  stades  de  la  production.  Mais  il  y  a
(Il  Je  don  cette  information  à  l’amabilité  de  M.  l'ingénieur  Keleflom,
lors  de  ma  visite  a  la  Fabrique  d’Armes  de  Guerre.
        <pb n="243" />
        240

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

des  contre-tendances  qui  arrêtent  ce  mouvement,  qui
permettent  au  métier  de  lutter  pendant  un  certain
temps  contre  la  concurrence  d’un  organisme  absolument
supérieur.  Nous  allons  essayer  de  les  analyser.
Citons  d’abord  les  éléments  psychologiques,  comme
l’habitude.  On  est  souvent  lié  par  une  amitié  ancienne
avec  l’artisan  ;  on  aime  à  causer  dans  son  magasin  ;
on  a  aussi  une  préférence  pour  l’achat  à  crédit.  Remarquons ­
  aussi,  qu'au  milieu  de  la  crise  intense  que  traverse ­
  la  petite  bourgeoisie,  les  sentiments  de  solidarité
et  d’aide  mutuelle  sont  en  honneur  entre  les  différentes ­
  professions.  A  charge  de  revanche,  le  boucher,  le
tailleur,  l’épicier  s’adresseront  au  cordonnier,  qui  leur
donne  sa  clientèle  plutôt  qu’à  la  coopérative  ou  au
grand  magasin.
Ces  tendances  sont  beaucoup  plus  fortes  à  la  campagne, ­
  où  tout  le  monde  se  connaît,  que  dans  les
grandes  villes.  Mais  il  serait  faux  d’en  tirer  la  conclusion ­
  que  le  métier  pourra  se  maintenir  à  la  campagne. ­
  Nous  voyons  que  dans  un  pays  possédant  un
réseau  de  chemin  de  fer  aussi  dense  qu’en  Belgiquetoutes
  différences  entre  le  plat  pays  et  la  ville  disparaissent. ­
  Les  grandes  coopératives  et  les  boulangeries  !
fournissent  le  pain  dans  les  environ  (p.  22b)  ;  les  maisons ­
  de  confections  envoient  partout  leurs  voyageurs
(p.  227)  ;  l’imprimeur  de  la  grande  ville  envoie  en  province ­
  ses  courtiers,  qui  visitent  la  clientèle  locale  et  consentent ­
  des  rabais  considérables.  (Commission  Nationale
de  la  Petite  Bourgeoisie,  v.  V,  p.  421).  Les  artisans
des  villages,  à  qui  la  dépopulation  enlève  la  plus
        <pb n="244" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

241

grande  partie  des  clients,  émigrent  aussi  bien  que  les
journaliers  et  les  cultivateur  (1).
Un  second  élément  qui  permet  à  l’artisan  de  résister  à  la
concurrence  de  la  fabrique,  c’est  la  possibilité  de  se  procurer, ­
  quand  son  métier  ne  le  nourrit  plus,  d’autres  ressources ­
  accessoires.  Nous  les  avons  citées  en  parlant  des
différents  métiers.  Ainsi,  les  boulangers  deviennent  des
boutiquiers  vendant  du  chocolat,  etc.  ;  ils  sous-louent
une  partie  de  leur  maison  ;  leurs  fils  employés  les
aident,  etc.  Quelquefois,  les  épargnes  faites  pendant  des
temps  meilleurs  servent  à  prolonger  la  lutte.  On  diminue ­
  les  frais  généraux  en  transplantant  son  atelier
dans  une  cave,  en  négligeant  toutes  les  prescriptions
de  l’hygiène,  etc.
A  Gand,  mitrons  et  apprentis  sont  d’accord  pour  se
plaindre  de  l’insalubrité  des  fournils,  généralement  installés ­
  dans  des  caves  sans  jour,  sans  air,  où  ils  doivent ­
  vivre  et  travailler  dans  une  atmosphère  surchauffée,
chargé  de  poussière,  de  farine  et  de  cendres,  pleine  de
gaz  délétères  (2).
Dans  son  dépérissement,  le  métier  a  recours  de  plus
en  plus  à  l’exploitation  de  la  force  humaine,  qu’il  peut
pratiquer  sur  une  échelle  bien  plus  grande  que  la  fabrique. ­

Parmi  les  industries  où  le  travail  du  jour  dépasse
11  heures  (3),  nous  trouvons  piesque  tous  les  métiers  :

(1)  Vaxdervelde  :  L’exode  rural  s.  c.  p.  128.
(2)  Commission  Nationale  de  la  Petite  Bourgeoisie.  Enquête  orale,
v.  nr,  p.  i  19.
(3)  Industries  dans  lesquelles  il  y  a  plus  de  50  entreprises  ou  divisions
d’entreprise  où  la  journée  dépasse  11  heures.
        <pb n="245" />
        242

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

maréchaux-ferrants,  serruriers,  chaudronniers,  meuniers,
boulangers  couturières,  tailleurs,  couvreurs  en  tuiles,
maçons,  peintres,  plafonneurs,  badigeonneurs,  plombiers, ­
  scieries  à  la  main,  sabotiers,  charpentiers,  menuisiers, ­
  charrons,  tonneliers,  cordonniers,  selliers-bourreliers, ­
  vanniers,  etc.  (Rec.  1895,  v.  XVIII,  p.  235).  La
seule  industrie  de  fabique  où  dans  plus  de  50  entreprises, ­
  la  journée  de  travail  dépasse  11  heures  est  le  tissage ­
  mécanique  de  la  laine.  (Ib.  p.  235).  «  C'est  dans
la  petite  industrie  que  s'observent  surtout  les  longues
journées  »,  telle  est  la  conclusion  que  formule  Waxweiler
  dans  le  vol,  XVIII  du  Recensement  de  1896
(p.  238).
Parmi  les  industries  à  salaires  les  moins  élevés  figurent,
à  l’exception  des  industries  textiles,  la  fabrication  do
farines,  la  boulangerie,  la  pâtisserie,  la  confection  de
vêtements,  la  fabrication  de  sabots  (v.  XVIII.  p.  273).
Le  travail  de  l’enfant  est  plus  exploité  dans  les  métiers ­
  que  dans  la  grande  industrie.  Il  suffit  de  voir
la  liste  reproduite  à  la  page  259  du  vol.  XVIII  du
Recensement  de  1896  pour  s’en  convaincre.  Le  nombre
do  personnes  de  moins  de  16  ans,  travaillant  plus  de
11  heures,  n’atteint  une  forte  proportion  que  dans  l’industrie ­
  textile  et  les  métiers.
A  ces  longues  journées  de  travail  correspond  un
salaire  minime.  Pendant  que,  dans  les  grandes  industries, ­
  le  nombre  de  garçons  gagnant  moins  de  0,50  fr.
par  jour  est  nul  (dans  les  aciéries,  l’industrie  du  fer,
chaudières  et  charpentes  0  °/ 0 ,  dans  les  industries  textiles ­
  0,76  %  (27  sur  3544),  il  atteint  dans  les  métiers
        <pb n="246" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

243

des  proportions  très  fortes.  Voici  quel  était  le  nombre
de  garçons  appartenant  à  cette  catégorie  (calculé  d’après
le  Recensement  industriel  de  1896,  v.  XVIII,  p.  331-333).

MÉTIERS

Ouvriers  de  moins
de  16  ans.
£  •«  .g
K  i  a  S  «  ®
-S-do  Lj  0  s  O  a  S5
ixl-  2  «I e ;
II®  0.8  «S
Sa-  E--  „  “fc  »
B  1  g  £  eû-S  73
•§  «  &amp;gt;

Maréchaux-ferrants  et  forgerons  .  .  .

162

447

36.2

Serruriers-poëliers

225

778

28.9

Boulangers

199

363

54.8

Tailleurs

292

609

48.6

Peintres  (en  bâtiments)

47

187

25.1

Plombiers,  zingueurs,  gaziers  ....

56

392

14.3

Sabotiers

44

173

25.4

Menuisiers

319

1033

30.9

Ebénistiers

350

974

35.9

Tanneurs

65

247

26.3

Cordonniers

498

1138

43.8

Pour  les  filles,  mêmes  constatations.  Alors  que  dans
l’industrie  de  la  houille,  les  industries  verrières  et
céramiques,  les  industries  textiles,  la  proportion  des
ouvrières  gagnant  moins  de  50  centimes  par  jour,
n'atteint  pas  3  °/ 0 ,  elle  se  présente  daos  les  professions
ayant  gardé  la  forme  du  métier  de  la  façon  suivante  :
(v.  XVIII.  p.  331-333).
        <pb n="247" />
        244  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

Ouvrières  de  moins
de  16  ans

MÉTIERS

gagnant
moins  de
fr.  0,50

TOTAL  !
dont  le  nombre
a  pu
être  déterminé

P.  c.  des  ouvrières ­
  gagnant
moins
de  fr.  0,50
i

Couturières

1690

2935

57.6

Modistes

117

225

52

Corsetières

529

642

82.4

Blanchisseuses  de  linge

183

683

26.8

Repasseuses  de  linge

47

118

39.8

Cette  disproportion  m’a  tellement  étonné  que  j’ai
cru  au  premier  abord  qu’elle  s’expliquait  par  le  fait
que  beaucoup  d’ouvriers  recevaient  la  nourriture  et  le
logement  chez  le  patron.  Il  n’en  est  rien  comme
tableau  IV  le  prouve.
Il  ressort  donc,  en  toute  évidence,  des  chiffres  cités
ci-dessus,  que  l’exploitation  du  travail  des  enfants,
sous  forme  d’apprentissage,  est  une  des  caractéristiques ­
  qui  distinguent  le  métier  de  la  grande  industrie.
Cette  constatation  confirmée  par  la  statistique  devrait,
il  me  semble,  mettre  fin  une  fois  pour  toutes  à  ces  théories
superficielles,  qui  prétendent  que  la  conservation  des
métiers  est  indispensable  au  bonheur  et  à  la  tranquillité ­
  de  la  société.
Si  l’Enquête  sur  la  Petite  Bourgeoisie  avait  été  menée ­
  dans  un  but  scientifique  et  organisée  sérieusement, ­
  elle  nous  aureit,  de  même  que  l’a  fait  l’Enquête
de  l’Office  du  Travail  pour  les  industries  à  domicile,
fourni  des  données  précieuses  sur  l’exploitation  du  tra-
        <pb n="248" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

245

TABLEAU  IV.

Ouvriers  ou  ouvrières  de  moins  de  1(5  ans  recevant
nourriture  et  logement  ou  nourriture  seulement  (col.  1  et  2
d’après  vol.  XV  du  Recensement  industriel  1896  col.  4
d’après  vol.  XVIII,  p.  331-333.)

PROFESSION

S  H
C5  Z
P  S
z  =3

g
»
—'
Z
2

TOTAL
03  1  ET  2.

OUVRIERS
GAGNANT
MOINS  DE
0,50  FR.

Maréchaux-ferrants  et  forgerons  .  .  .

22

10

32

162

Serruriers-poëliers

1

—

1

225

Boulangers

117

75

192

199

Tailleurs

3

7

«

292

Couturières  ...

8

27

35

1690

Modistes

—

—

117

Corsetières

—

-

—

329

blanchisseuses  de  linge

3

5

12

183

Repasseuses  de  linge

—

2

2

47

Peintres

—

—

—

*7

Plombiers-zingueurs,  ete

4

1

5

56

Sabotiers

—

—

44

Menuisiers

3

10

13

319

Ebénistes

2

1

3

350

Tapissiers  .  *

;

—

65

Cordonniers

2

;  14
1

46

cr&amp;gt;
oo
        <pb n="249" />
        246  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

vail  humain  dans  les  métiers.  Dans  la  forme  où  elle
a  été  faite,  elle  ne  nous  éclaire  nullement  sur  la  question. ­

Heureusement,  nous  possédons  le  Recensement  industriel ­
  de  1896,  qui  comble  en  partie  la  lacune.  Les  conclusions ­
  que  nous  en  avons  tirées  montrent  la  lourde
responsabilité  qu’on  assume  en  favorisant  artificiellement ­
  le  développement  du  métier  ou  plutôt  en  arrêtant
sa  décadence  !  Cette  responsabilité  est  d’autant  plus
grave  que  les  mesures  prises  en  Belgique  par  l’Office
des  Classes  moyennes  pour  sauver  le  métier,  ne  pourront ­
  jamais  arrêter  la  marche  victorieuse  de  la  fabrique. ­
  J’essaierai  de  le  prouver.
*
*  *
On  a  souvent  cru,  et  l’on  croit  encore  aujourd’hui,
que  le  moteur  électrique  sera  la  force  magique,  qui
décentralisera  l’industrie.  «  La  facilité  de  transporter
et  de  diviser  la  force  motrice  par  l’emploi  de  l’électricité, ­
  dit  le  Rapport  sur  l’activité  de  la  Section  des
Classes  Moyennes,  a  supprimé  dans  beaucoup  de  régions, ­
  les  obstacles  qui  s’opposent  à  la  transformation
de  l’outillage.  Le  rapport  exprime  l’esprit  qu’avec
l’outillage  moderne,  le  coût  de  production  de  l’artisan ­
  se  rapprochera  sensiblement  du  prix  des  choses
produites  en  masse  par  la  grande  industrie  ;  que  les
consommateurs  donneront  généralement  la  préférence  à
l’artisan  et  «  que  cette  partie  de  classes  moyennes  luttera ­
  avec  avantage  sur  le  terrain  de  la  concurrence  et
se  maintiendra  par  ses  propres  moyens  »  (1).
(I)  Royaume  de  Belgique.  Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Rapport ­
  sur  l’activité  de  la  Section  des  Classes  moyennes  de  1899  à  1906
p.  99.  1909.
        <pb n="250" />
        LA  DECADENCE  DU  METIER  247

Dans  ses  «  Etudes  d’Histoire  et  d’Economie  politique ­
  »  Karl  Bûcher  a  prouvé  la  fausseté  d’une  pareille
conception.  «  Une  machine,  dit-il,  doit  pouvoir  être
utilisée  et  amortie,  si  on  veut  que  la  production  soit
peu  coûteuse.  Comme  elle  ne  peut  se  charger  de  tout
le  processus  de  la  production,  mais  de  quelques-unes  de
ses  parties  seulement  elle  suppose,  pour  pouvoir  rester ­
  continuellement  en  activité,  un  agrandissement
de  l’exploitation,  un  très  grand  nombre  d’ouvriers,
etc.  Mais  où  le  maître  trouvera-il  le  capital  nécessaire ­
  ?  En  supposant  même  qu’il  ait  le  capital,  la
grande  exploitation  aurait  toujours  l’avantage  d’un
achat  à  meilleur  compte  de  la  matière  première,  celui
d’une  très  grande  décomposition  de  travail,  de  l’emploi ­
  d’ouvriers  qualifiés  par  la  technique  et  pour  l’art,
d’un  plus  facile  écoulement  de  produits.  On  comprend
difficilement  que  cela  ait  échappé  à  des  gens  perspicaces ­
  «  (p.  178).
Sombart,  lui  aussi,  a  souligné  toute  la  naïveté  de
cette  théorie,  qui  prétend  sauver  l’artisan  par  la  technique ­
  (1).
Le  Rapport  belge  de  l’Office  des  Classes  moyennes,
se  souciant  fort  peu  de  .ces  critiques,  se  borne  à
émettre  sur  ce  sujet  des  idées  surannées.
Je  crois  que  notre  analyse  des  causes  de  la  décadence ­
  du  métier  a  montré  clairement  que  ce  n’est  pas  la
machine,  qui  est  le  facteur  essentiel  de  la  supériorité

(\)  Der  moderne  Kapitalismus,  1.  c.  v.  II,  Chap.  33.  Haudwerk  und  Machine, ­
  p.  524.
        <pb n="251" />
        248  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
de  la  fabrique.  Dans  notre  exposé,  nous  n’avons
mentionné  qu’une  fois  les  machines  et  c’était  pour
démontrer  que  la  force  motrice  coûte  d’autant  plus
cher  qu’elle  est  employée  dans  des  proportions  plus
restreintes.
Quoique  le  petit  moteur  électrique,  à  gaz,  à  air
comprimé,  au  pétrole,  etc.,  soit  depuis  longtemps  inventé, ­
  il  n’a  pas  trouvé  son  emploi  dans  les  métiers.
Dans  la  petite  industrie  (établissements  de  1  à  4  ouvriers), ­
  les  moteurs,  d’après  le  Recensement  de  1896,
sont  rares,  sauf  dans  les  industries  suivantes  où  l’on
relève  une  assez  forte  proportion  (v.  XVIII,  p.  350)  :
Entreprises  et  divisions  d’entreprises.
Avec  moteur  Total
La  fabrication  des  huiles,  des
bougies  et  savons  ....  121  sur  411
La  fabrication  des  farines  .  .  1807  »  3752
La  fabrication  des  boissons  .  .  631  »  2407
Disons  qu’il  s’agit  là  en  grande  partie  de  moteurs  à
vent,  (par  exemple,  dans  la  fabrication  des  farines)
(v.  XVIII,  346).
Parmi  les  entreprises  employant  de  1  à  4  ouvriers
il  y  en  avait  en  tout,  en  1896,  3741  munies  d’un  moteur, ­
  dont  2559  dans  les  industries  citées  ci-dessus
(v.  XVIII,  p.  349).
En  1906,  un  dénombrement  privé  a  recensé  3866  petites ­
  entreprises  employant  des  moteurs  à  gaz  et  à
électricité  (1).  A  la  différence  du  recensement  de  1896,  ce
(1)  Baron  de  Royer  de  Dolr  :  Les  petits  moteurs  employés  à  l’outillage ­
  mécanique  en  190i.  1907,  p.  154.
        <pb n="252" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

249

dénombrement  comprend  le  petit  commerce  et  les  professions ­
  accessoires  d’un  commerce  (1).  Nous  devons
nous  servir  de  ce  recensement  avec  grande  prudence  ;
mais  nous  pouvons  affirmer  qu’il  n'établit  pas  un
accroissement  des  petits  moteuis,  pendant  la  période
où  l’Office  des  Classes  moyennes  a  organisé  72  conférences ­
  sur  l’amélioration  de  l’outillage  dans  les  métiers
(Rapport,  s  c.  p.  109).
Il  ne  faut  pas  oublier  que  l’artisan,  même  si  la  supériorité ­
  de  la  fabrique  ne  consistait  que  dans  la  technique, ­
  aurait  besoin  non  seulement  d’une  force  motrice
égale,  mais  de  machines  de  travail.  Nous  avons  vu
combien  grand  était  le  nombre  de  ces  machines,  à
quel  point  la  division  du  travail  était  avancée.  Ainsi,
pour  entrer  en  possession  de  la  série  Goodyear,  qui
remplace  dans  la  fabrication  des  chaussures  la  fabrication ­
  à  la  main,  il  faut  débourser  40.000  francs.
Ajoutons  que  pour  ce  prix  on  obtient  seulement  en
location  la  plus  grande  partie  des  machines  (2).  Une
installation  complète  de  boulanger  coûte  25.000  francs  (3).
Même  si  l’artisan  pouvait  les  acheter,  elles  ne  lui
serviraient  à  rien.  Un  boulanger  de  Bruxelles  exprime ­
  à  ce  sujet  une  idée  qui  mérite  d’être  retenue.
«  Quand  au  bienfait  des  machines,  dit-il,  je  ne  peux
pour  le  moment  accepter  l’idée  qu’il  soit  nécessaire  ou
utile  pour  le  petit  boulanger  de  s’en  servir,  sa  clien-(1)

  Ib.  p.  21.
(2)  Office  du  travail.  Industries  à  domicile,  v.  VI,  p.  237.
(3)  Commission  Nationale  de  la  Petite  Bourgeoisie,  v.  Vil,  p.  143.
        <pb n="253" />
        250  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

tèle  étant  assez  restreinte  »  (1).  Un  menuisier  de  Liège ­
  s’exprime  de  la  même  façon  et  estime  que  de
nombreuses  et  importantes  commandes  sont  indispensables ­
  pour  que  l’outillage  soit  avantageux  (2).  Pour  pouvoir ­
  employer  une  technique  meilleure,  il  faut  avant
tout  avoir  un  débouché  étendu.  L’artisan  ne  l’a  pas.
S’il  réussissait  à  le  conquérir  et  à  augmenter  sa  production, ­
  il  ne  ferait  qu’aggraver  la  crise  en  privant
d’autres  artisans  dé  leur  gagne-pain.
A  côté  du  mode  de  production  qui  fait  passer  le
produit  par  toute  une  série  de  machines,  il  y  en  a
d’autres  où  une  même  machine  accomplit  tout  le  travail, ­
  dans  le  tissage,  la  couture  à  la  machine,  par
exemple.  Quoiqu’ici  les  frais  d’installation  permettraient
éventuellement  à  l’artisan  de  se  procurer  l’outillage
moderne,  la  fabrique  conserve  toujours  sur  lui  l’immense ­
  avantage  de  pouvoir  différencier  le  travail  qualifié ­
  et  non  qualifié.  Ainsi,  dans  les  tissages  mécaniques,
ce  sont  souvent  des  ouvrières  qu’on  emploie  au  métier
et  les  hommes  connaissant  bien  le  travail,  n’exercent
que  la  surveillance,  ce  qui  diminue  naturellement  les
frais  de  production  (3).
Un  second  moyen  de  faire  revivre  le  métier,  c’est,
d’après  les  défenseurs  de  la  classe  moyenne,  le  retour
à  l’industrie  d’art.  «  Ce  serait  assurément,  disait  M.
Cooremax,  un  magnifique  résultat  de  la  concurrence

(1)  Commission  Nationale  de  la  Petite  Bourgeoisie,  v.  VIII,  p.  303.
(“2)  Ib.  Enquête  écrite,  v.  1,  p  185.
(3)  lb.  R.  Wir.BRANDT  :  Elektrischer  Antrieb  mit  Minimal-ArbeiBtag
und  Minderlohntariî  in  der  Hausweberei  (Jahrbüchér  fiir  Nationalokonomie
  und  Statistik,  1904,  p.  632).
        <pb n="254" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER  25l
contemporaine  de  faire  s’épanouir,  en  face  de  la  gigantesque ­
  production  du  machinisme,  une  meilleure  efflorescence ­
  des  industries  d’art,  de  l’art  appliqué,  mais
là  le  triomphe  de  la  mécanique  dans  l'industrie,  et  ici
le  triomphe  de  l’art  dans  le  métier  »  (1).
Préjugé  depuis  longtemps  réfuté  par  les  théoriciens ­
  les  plus  éminents  de  l’évolution  capitaliste  !
«  Depuis  bientôt  vingt-cinq  ans,  écrit  Bûcher,  on  a
énergiquement  travaillé  eu  ce  sens  ;  on  a  construit
quantité  de  musées,  d’écoles  professionnelles  et  d’ateliers ­
  d’apprentissage  ;  on  a  organisé  des  expositions  et
des  concours.  Mais  l’expérience  a  bientôt  montré  et
l’enquête  du  «  Yerein  fiir  Sozialpolitik  »  a  confirmé
que  ces  tentatives  n’ont  guère  servi  la  cause  de  la
petite  exploitation  »  (2).
Sombart  lui  aussi,  dans  le  chapitre  «  Ilandwerk  und
Kunsigewerbe  »  (3),  a  prouvé  irréfutablement  que  le
métier  d’art  aujourd’hui  n'existe  pas.
En  analysant  les  causes  de  la  décadence  du  métier,
nous  avons  développé  également  cette  idée  que  l’art
est  l’ennemi  le  plus  dangereux  de  l’artisan  (p.l83ss.).  Le
goût  moderne,  dans  sa  mobilité  incessante,  réclame  des

organismes  spéciaux,  différenciés,  ne  s’occupant  que
de  l’art.  L’artisan  qui  doit  s’occuper  des  travaux  manuels,
du  commerce,  etc.  n’a  ni  le  temps,  ni  le  talent,  ni
l’éducation  nécessaires  pour  s’adapter  à  ces  changements.
Ajoutons  aussi  que  là  où  il  s’agit  exclusivement  de  la

(l)  Rapport  sur  l'activité  de  la  section  des  Classes  moyennes,  1.  c.  p.  18.
{2)  Kari.  Bûcher  :  Etudes  d’Histoire,  etc.  1.  c.  1901,  p.  179.
(3)  YV.  Sombart  :  Der  moderne  Kapitalismus,  1.  c.  v.  III.  p.  451-462.
        <pb n="255" />
        252  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
finesse  de  production,  la  machine  égale  le  travail  à  la
main.  L’enquête  sur  les  industries  à  domicile  en  a
donné  une  preuve  suffisante.  Pour  n’en  citer  qu’un  seul
exemple,  un  fabricant  belge  de  dentelles  à  la  main,
après  avoir  vu  à  l’exposition  de  1900  les  imitations  de
St-Gall,  les  qualifiait  d’admirables  (1  ).  (Voir  p.  276).
Le  métier  d’art  a  existé  dans  les  siècles  passés  quand
les  goûts  étaient  plus  stables  ;  aujourd’hui,  on  ne  le
retrouve  que  dans  la  fantaisie  de  ceux  qui  ne  connaissent ­
  pas  la  situation  réelle.
Quant  au  forgeron  d’art,  par  exemple,  le  souci  de
l’art  lui  fait  généralement  défaut  (2).  «  Ne  demandez
pas  à  l’artisan  ferronnier  de  construire  une  pièce  de
style,  n’attendez  pas  même  de  lui  une  bonne  combinaison ­
  d’ensemble...  »  (3).  Les  vitriers  d’art  ne  sont  en
général  ni  artistes  ni  bon  praticiens  (4).
Les  petits  patrons  dans  Yindustrie  du  meuble  de  Malines
  manquent  pour  la  plupart  de  toute  notion  de
dessin  et  ne  possèdent  qu’une  idée  vague  de  l’histoire
de  l’art.  La  connaissance  insuffisante  de  leur  métier
et  des  styles  à  interpréter  conduit  à  la  confection  de
ces  horreurs  connues  sous  le  nom  de  meubles  en
chêne  sculpté  de  Malines  (5).
Parmi  les  propositions  des  défenseurs  de  la  petite
bourgeoisie  (je  les  appelle  ainsi  ;  en  réalité  ils  sont

(1)  Office  du  travail.  Ind.  à  dom.  v.  IV,  p.  275.
(2)  Com.  Nationale  de  la  Petite  Bourgeoise.  Enquête  écrite  v.  III,  p.  10.
(3)  Ib.  p.  14.
(4)  Ib.  p.  48.
(5)  Office  du  travail.  Industries  à  domicile,  v.  VIII,  p.  9.
        <pb n="256" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

253

ses  pires  ennemis),  examinons  encore  le  syndicat.  «  Le
petit  producteur  doit  employer  les  armes  dont  se  sont
servis  ses  concurrents  :  l’association.  »  a  dit  en  1899
au  Parlement  belge,  le  Ministre  de  l’Industrie  et  du
Travail,  M.  Cooreman  (Chambre,  séance  du  1  I  juillet).
Constatons  immédiatement  qu’il  ne  suffit  pas  aux
artisans  de  s’associer  pour  être  à  même  de  lutter
avec  la  fabrique.  La  supériorité  de  celle-ci  consiste
non-seulement  dans  son  ampleur,  mais  aussi  dans  la
différenciation  des  fonctions.  Un  syndicat  d’artisans
devrait  donc  avoir  à  sa  tête  des  commerçants,  des
ingénieurs,  etc.  Si  parmi  eux.  il  s’en  trouve  parfois
un  qui  possède  ces  aptitudes  spéciales,  la  différence ­
  qui  existe  entre  lui  et  ses  collègues  est  si
grande  qu’il  en  abuse.  Voici  ce  que  dit  à  ce  sujet
une  distinguée  économiste  Madame  Béatrice  Potter-Webb
  :  «  Nous  voyons  des  associations,  telles  que
les  Tisserands  de  Healy  Royd,  travaillant  avec  ardeur, ­
  au  bout  de  deux  années,  à  la  discrétion  d’un
dictateur.  Nous  voyons  aussi  des  fondateurs  prévoyants ­
  assurer  prudemment  leur  situation  personnelle
comme  gérants  inamovibles  »  (1).  L’étude  de  Madame
V  ebb  nous  prouve  clairement  que  toutes  les  tentatives
tendant  à  fonder  des  associations  de  producteurs  ont  échoué
en  Angleterre.  Les  unes  se  sont  transformées  en  une
organisation  qui  se  rapproche  du  Sweating-System  ou  y  est
même  englobée.  Parfois  elles  offrent  tellement  peu

(t)  Béatrice  Potter-Wkbb.  ha  coopération  en  grande  Bretagne.  Paris,
1903,  p.  d67  et  R&amp;gt;S.
        <pb n="257" />
        254  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

d’avantages,  que  les  travailleurs  préfèrent  la  sécurité
de  l’industrie  privée  et  abandonnent  l’atelier  à  des
auxiliaires  salariés  (I).
En  Allemagne,  malgré  une  propagande  de  60  ans,
les  résultats  sont  nuis.  Le  nombre  des  membres  des
syndicats  d'achat  (Rohstoffgenossenschaften)  était  en
18o9  de  764  ;  en  1900,  de  618  ;  celui  des  syndicats
de  vente  (gewerbliche  Magazingenossenschaften)  de  181
en  1863  et  de  163  en  1900  (2).  Des  255  syndicats  de  production ­
  13  seulement  envoyaient  des  renseignements
au  «  Verband  «  qui  centralise  tout  le  mouvement.  En
réalité,  même  ces  13  syndicats  ne  peuvent  pour  la
plupart  être  considérés  comme  des  associations  d’artisans. ­

Voilà  comment  se  présente  le  mouvement  syndical
parmi  les  artisans  dans  les  deux  pays  capitalistes.
Y  Angleterre  et  Y  Allemagne,  ou  tant  d’efforts  furent
tentés.
Ce  mouvement  devait  échouer,  car  il  ne  tenait  pas
compte  du  fait  que  la  solidarité  est  la  conséquence
des  intérêts  économiques  communs,  et  qu’elle  ne  peut
pas  être  créée  artificiellement  là  où  ces  intérêts  sont
en  opposition  comme  chez  l’artisan.
«  Entre  petits  patrons,  entre  artisans,  écrit  à  ce
propos  Albert  Dessart  en  parlant  des  menuisiers-charpentiers ­
  de  Liège,  nulle  solidarité  d'intérêts...  Un  entrepreneur ­
  n’est  pas  le  confrère  d’un  autre,  mais  son
(1)  Ib.  p  167.
(2)  W.  S.ombart  :  Der  moderne  Kapitalismus,  1.  c.  v.  II,  p.  554.  Voir
aussi  l’intéressant  chapitre  35.  Der  Traum  der  Handwerksgenossenschaften,
  p.  544-560.
        <pb n="258" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

255

concurrent.  La  fortune  de  l’un  s’échafaude  sur  la  ruine
de  l’autre  «  (1).  A  Xamur,  il  règne  entre  gens  du
même  métier,  du  même  commerce  un  certain  esprit
de  suspicion  réciproque.  Ainsi,  les  boulangers  ne  voudront ­
  point  faire  connaître  à  leurs  concurrents  le
nombre  do  sacs  de  farine  qu’ils  mettent  en  œuvre
dans  leurs  fours  (2).  A  Alluis,  l’achat  en  commun  est
impossible  à  cause  des  rivalités  locales  (3),  A  Lokeren,
il  en  est  de  même  parce  que  chaque  tailleur  n’emploie
pas  des  marchandises  de  même  qualité  (4).
Faut-il  s’étonner  que  le  groupement  d’individus,
ayant  des  intérêts  si  opposés,  soit  impossible  ?  A
Liège,  la  société  coopérative  «  Les  travailleurs  du
bois  réunis  -,  échoua  et  la  liquidation  se  fit  en  190-  (5i.
Chez  les  boulangers,  la  constitution  d’une  associations ­
  fut  tentée  à  I&amp;amp;eghem  ;  mais  lors  de  la  première
séance,  les  membres  présents  en  vinrent  quasi  aux
mains  (G).  A  Louvain,  les  boulangers  qui  faisaient
partie  de  la  Gilde  de  négoces  et  métiers  fondèrent
une  société  qui  comptait,  au  bout  de  12  années,  35
membres.  Elle  a  cessé  d’exister  en  grande  partie  à
cause  d’un  défaut  d’entente  (7).  A  Xamur,  une  tentative ­
  d’entente  entre  producteurs  pour  l'achat  des  matières ­
  premières  échoua,  la  question  du  choix  des  four-(1)
  Commission  Nationale  «le  la  Petite  Bourgeoisie.  Enquête  écrite,  v.
I,  p.  2u6.
(2)  Ib.  Enquête  orale,  v.  I,  p.  31.
(3)  Ib.  p.  89-1)0.
(4)  Ib.  v.  VI.  p.  480.
(5)  Ib.  Enquête  écrite,  v.  I,  p.  2o5.
(0)  Ib.  Enquête  orale,  v.  III,  p.  324.
(7)  Ib.  Enquête  écrite,  v.  I,  p.  74.
        <pb n="259" />
        256

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

nisseurs  et  de  la  solvabilité  des  participants  ayant
été  dès  l’origine  un  obstacle  (1).
A  Ostende,  il  était  question  d’une  entente  entre
tailleurs  pour  l’achat  en  commun,  mais  elle  n’a  pas
réussi  faute  d’esprit  d’association  et  aussi  de  capital  (2).
Ajoutons  qu’une  association  d’artisans  sera  toujours
une  réunion  d’individus  différents,  qu’elle  ne  formera
jamais  un  ensemble  comme  la  fabrique.  Ainsi,  la
Société  des  boulangers  de  Louvain  fut  désertée  par
la  clientèle,  le  pain  étant  fourni  par  des  boulangers
différents  ;  on  mangeait  tantôt  du  bon  pain  et  tantôt
du  mauvais  (3).
En  1907,  il  y  avait  en  Belgique  104  syndicats  professionnels ­
  d’artisans  ,  comprenant  7134  membres  ,  à
savoir  :  (4)

BUT

Boulauger

Boucher

Charcutier

3 ro
S-i
ë
’o
U

Cordonnier  }  ^  j

lior
&amp;lt;V
V
QJ
S

Tailleur

Tapisseur

Divers

Syndicats

Membres

Achat  en  commun  .  .

14

1

6

44

2

4

5

7

53

3440

Fabrication  en  commun

6

—

_

-

—

—

—

—

—

6

1343

Vente  en  commun.  .  .

—

43

~

-

—

—

-

—

—

I
43

2386

Travail  en  commun  .  .

4

I

_

-

_

I
2

295

Totaux.  .  .

20
1
i

44  j

2

I
6

44

2

4  ^

5

7  !
I

404
I

7134

(1)  Ib.  Enquête  orale,  v.  I,  p.  219,
(2)  Ib.  v.  III.  p.  85,
(3)  Ib.  Enquête  écrite,  v.  I,  p.  73.
(4)  H.  Lambrechts  :  Les  syndicats  bourgeois  en  Belgique.  Revue
d’Economie  politique,  1908,  p,  580.
        <pb n="260" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

257

Ce  tableau  nous  montre  que  la  moitié  des  syndicats
d’artisans  appartenaient  à  des  professions  que  les  recensements ­
  belges  ne  considèrent  pas  comme  industrielles ­
  (bouchers,  charcutiers,  coiffeurs),  et  dans  lesquels ­
  la  concurrence  de  la  fabrique  n’existe  pas.
Quant  aux  autres  associations,  les  promoteurs  du
mouvement  des  classes  moyennes  sont  extrêmement
laconiques  sur  les  résultats  du  groupement.
Les  renseignements  que  nous  fournit  Lambrechts
nous  éclairent  très  peu  à  ce  sujet.  Pour  les  tailleurs,
par  exemple,  il  semble  que  parmi  les  syndicats  bourgeois ­
  on  ait  classé  les  ouvriers  à  domicile.  Car,  sinon, ­
  comment  comprendre  cette  phrase  :  «  Il  y  a  donc
des  associations  affiliées  au  Parti  ouvrier  belge  et  des
corporations  liées  à  la  Ligue  démocratique  chrétienne.
Toutes  pratiquent  les  achats  en  communs,  etc  Le
syndicat  d’achats  de  Bruges  comprend  aussi  (sic)  des
petits  patrons...  »  (1).
Lambrechts  nous  dit  dans  son  article  que  les  «  boulangers ­
  n’ont  plus  peur  de  la  coopération  ;  leurs  associations ­
  nouvelles  la  pratiquent  à  leur  profit  »  (2).  Il
cite  comme  exemple  la  coopérative  de  production  de
Scliaerbeek  (3).  Les  renseignements  que  nous  fournit
à  ce  sujet  la  Commission  de  la  Petite  Bourgeoisie
confirment  bien  peu  ces  allégations.
Voici  l’extrait  d’une  lettre  du  boulanger  Hulen,  critiquant ­
  la  déposition  de  M.  Gits,  président  des  bou-(1)

  Ib.  p.  585.
(2)  Ib.  p.  588.
(3)  Ib.
        <pb n="261" />
        258

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

langers  réunis  de  Schaerbeek  :  «  Mon  collègue  affirma ­
  également,  dit-il,  que  depuis  qu’ils  ont  enlevé  des
porteurs  de  pain  aux  sociétés  anonymes  et  aux  coopératives, ­
  ils  travaillent  30  sacs  par  jour  et  que  les
porteurs  gagnent  plus  d’argent  que  certains  petits
boulangers,  car  ils  colportent  partout,  cherchent  des
clients  là  où  ils  peuvent  en  trouver  afin  de  se  débarrasser ­
  de  leur  marchandise.  Dans  ce  cas,  la  société
n’est  plus  une  coopérative  de  patrons  boulangers  réunis ­
  :  elle  devient  simplement  une  fabrique  de  pains.
Mon  collègue  avança  encore  que  si  les  petits  patrons
voulaient  venir  travailler,  ils  pouvaient  encore  gagner
cinq  francs  par  jour  !  Est-ce  vraiment  bien  la  peine
de  s’être  installé  patron  pour  redevenir  ouvrier,  et  ne
vaut-il  pas  mieux  rester  franchement  ouvrier  sans
assumer  des  charges  laissant  si  peu  de  profit  ?  »  (1).
Pour  les  5  autres  syndicats  de  production,  des  données ­
  approfondies  nous  manquent.  Si  l’on  entreprenait
une  étude  sérieuse  sur  ce  sujet,  on  trouverait  sans
doute  une  situation  ressemblant  à  celle  que  nous  a
dépeinte  Madame  Potter-Webb  pour  les  coopératives
de  production  de  l’Angleterre.
Mais  les  chiffres  de  l’Office  des  Classes  Moyennes
suffisent  pour  démontrer  la  banqueroute  du  mouvement ­
  syndical  parmi  les  artisans.  Parmi  les  métiers
ayant  à  supporter  la  lutte  contre  les  fabriques,  il  n’y
a  que  les  boulangers,  tailleurs  et  cordonniers  qui
possèdent  quelques  groupements  professionnels.  Les

(1)  Commission  Nationale.  Enquête  orale,  V.  Vil,  p.  146.
        <pb n="262" />
        LA  DÉCADENCE  DU  MÉTIER

259

tailleurs  syndiqués  semblent  être  des  ouvriers  à
domicile  (voir  p.  257)  ;  les  associations  de  cordonniers. ­
  que  Lambreciits  passe  sous  silence,  n’existent
probablement  que  sur  le  papier.
Il  ne  reste  donc  comme  exemple  de  la  possibilité
du  mouvement  syndical  parmi  les  artisans  que  la  boulangerie. ­
  Nous  voyons  par  conséquent  que  la  totalité
des  métiers  belges,  à  l'exception  d'un  seul,  est  restée
étrangère  à  la  propagande  de  l'Office  des  Classes
Moyennes.
*  *
Il  est  intéressant  de  voir  que  les  mêmes  remèdes
qu’on  propose  aujourd’hui  pour  arrêter  la  décadence
du  métier,  furent  préconisés  il  y  a  plus  de  60  ans
par  les  défenseurs  de  l’ancienne  industrie  linière.
Ainsi,  certains  d’entre  eux  demandèrent  devant  la
Commission  linière  que  les  procédés  de  fabrication
soient  améliorés  dans  les  détails  et  que  les  tisserands
soient  mis,  pour  l'achat  de  la  matière  première,  sur
la  même  ligne  que  les  grands  établissements.  D’autres,
partisans  de  l’ancienne  fabrication,  réclamaient  l’érection ­
  d’écoles  pour  le  filage  et  le  tissage,  la  réunion
de  tisserands  en  sociétés,  la  distribution  des  livres
qui  leur  indiqueraient  les  moyens  de  remédier  au
mal,  la  fondation  de  prix  pour  les  stimuler  etc.  (1)
L’idée  singulière  de  sauver  le  métier  par  des  décorations ­
  n’a-t-elle  pas  été  préconisée  encore  récemment
par  M.  Cooreman  ?  «Et  les  chefs  des  métiers,  disait-il

(l)  Ministère  de  l’Intérieur.  Enquête  sur  l’industrie  linière.  Rapport
de  la  Commission.  Bruxelles.  1841,  p.  485  et  486.
        <pb n="263" />
        260  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

le  24  juin  1896  à  la  Chambre  des  Représentants,  surtout
les  chefs  demétiers  d’art,  pourquoi  ne  pourraient-ils
ambitionner  de  voir  leur  mérite  reconnu  par  l’octroi
d’une  décoration  professionnelle  ?  »
Aujourd’hui  comme  il  y  a  cinquante  ans,  les  hommes
d’Etat  et  quelques  économistes  belges,  par  un  aveuglement ­
  fatal,  méconnaissent  encore  l’irrésistible  supériorité ­
  de  la  fabrique.  Ils  n’ont  en  rien  profité  de  la  leçon
si  dure  que  fut  pour  le  pays  la  crise  liniêre  ;  ils  négligent ­
  ou  ignorent  les  enseignements  des  théoriciens
les  plus  compétents.
«  Au  lieu  de  s’attacher  à  ménager  la  transition  vers
une  nouvelle  distribution  du  travail,  ils  ont  encouragé
la  propension  naturelle  qui  pousse  des  ouvriers  peu
éclairés  à  se  cramponner  avec  obstination  à  leurs  habitudes, ­
  à  subir  les  privations,  les  souffrances,  dans
l’espoir  d’un  revirement  futur  de  jours  meilleurs  «  (1).
Ces  paroles  ne  sont  pas  de  moi  ;  elles  furent  écrites
en  1848  par  mon  compatriote  L.  Wolowski,  à  propos
des  fautes  commises  lors  de  la  crise  linière  par  les
politiciens  belges.  Il  est  triste  de  voir  qu’après  un
demi-siècle,  elles  n’ont  rien  perdu  de  leur  actualité.

(1)  L.  Wolowski  :  Etudes  d’économie  politique  et  de  statistique.  Paris
1848  p.  16.
        <pb n="264" />
        CHAPITRE  XI

La  décadence  de  l’Industrie  à  domicile
En  abordant  l’étude  de  l’industrie  à  domicile,  soulignons ­
  tout  d’abord  les  caractères  essentiels  qui  la
distinguent  du  métier  et  de  la  fabrique.  Le  travail  à
domicile  n'est  pas  un  signe  distinctif  de  l’industrie  à
domicile.  Armand  Julin  remarque  avec  justesse  que  la
dénomination  «  industrie  à  domicile  »  manque  de  précision. ­
  «  Le  lieu  où  s’effectue  le  travail,  dit-il,  la  demeure ­
  de  l’ouvrier  ne  constitue  pas  l’élément  fondamental ­
  de  la  forme  de  production  décentralisée  »  (1)
C’est  ce  qui  fait  que  beaucoup  d’économistes  allemands ­
  ont  remplacé  depuis  longtemps  le  mot  «  Hausindustrie
  »  par  «  Verlag  »,  une  dénomination  introduite ­
  dans  le  langage  scientifique  par  Bûcher.  En  1899,
Robert  liefmaxn  ,  dans  un  livre  intitulé  «  Ueber
Wesen  und  Formen  des  Verlags  »,  a  démontré  que  «
dans  chaque  industrie  à  domicile  on  trouve  des  cas
nombreux  où  des  ouvriers  ne  travaillent  pas  dans  leur
demeure  mais  dans  l’établissement  d’un  tiers,  sans  que
leur  position  économique  (tauschwirtschaftliche  Stel-(lj

  A.  Julin  :  La  production  décentralisée  en  Belgique.  lia  Réforme ­
  sociale,  1905,  v.  1,  p.  687.
        <pb n="265" />
        262  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

Inng)  subisse  par  cela  le  moindre  changement  »  (1).
Cette  conclusion  me  semble  des  plus  justes  et  nous
allons  donner  ici  quelques  exemples  qui  le  prouveront
suffisamment.
1°  L'ouvrier  à  domicile  peut  travailler  dans  un  atelier ­
  public.  Dans  l’industrie  de  la  laine  les  tisserands
façonniers,  qui  n’ont  pas  les  moyens  d’acheter  les  métiers ­
  mécaniques,  les  louent  en  même  temps  que  la
force  motrice,  dans  les  ateliers  publics  qui  sont  géné
râlement  d’anciennes  usines  (2).  «  Ils  y  travaillent,
comme  le  constate  avec  grande  précision  le  Recensement ­
  de  1896,  comme  des  ouvriers  à  domicile  le  feraient ­
  chez  eux,  pour  le  compte  de  fabricants  ».
(Rec.  ind.  v.  XVIII,  p.  196).  Pendant  la  crise  linière
on  groupa  les  tisserands  de  lin  dans  des  ateliers
établis  à  l’aide  de  fonds  alloués  par  le  gouvernement
sans  que  leur  caractère  «  d’ouvriers  à  domicile  »
changeât  le  moins  du  monde  (3  .
2°)  L'ouvrier  à  domicile  peut  travailler  dans  l'atelier
d'un  intermédiaire.  Ainsi,  dans  l’industrie  armurière  les
recoupeurs,  maitres  garnisseurs,  basculeurs,  fabricants
de  sous  gardes,  metteurs  de  canons  en  couleur,  etc.
etc.  emploient  des  ouvriers.  Ceux-ci,  peuvent,  du  jour
au  lendemain,  abandonner  l’atelier  ;  souvent  ils  ne  reviennent ­
  pas  ;  on  ne  sait  pas  ce  qu’ils  sont  devenus  (4).

(1)  Di.  Robert  liefmann  :  Ueber  Wesen  und  Formen  des  Verlags
(der  Hausindustrie)  Volkswirtschaftliche  Abhandlungen  der  badischen
  Hochschulen.  Freiburg  i/B.  p.  19.
(2)  Office  du  travail.  Industries  à  domicile  v.  VI,  p.  90.
(3)  Ib.  v.  II,  p.  126.
(4)  Ib.  v.  II,  p.  93.
        <pb n="266" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L’INDUSTRIE  A  DOMICILE

263

Il  ne  s’agit  pas  d’un  contrat  de  travail  ici,  mais
plutôt  d’un  contrat  de  louage  d'ouvrage,  caractéristique ­
  pour  l’industrie  à  domicile.
3°  L’ouvrier  à  domicile  peut  travailler  dans  l'atelier
d'un  entrepreneur.  Dans  l’industrie  de  la  cliaise  à
Malines,  exception  faite  pour  quelques  chaisiers,  polisseurs ­
  et  découpeurs  qui,  de  façon  constante,  travaillent ­
  chez  eux,  les  hommes  fréquentent  l’atelier  du  patron. ­
  Toutefois,  bon  nombre,  pour  ne  pas  dire  la  plupart ­
  des  chaisiers  après  avoir  quitté  l’atelier,  continuent ­
  le  soir  à  travailler  chez  eux.  L'ouvrier  conserve ­
  même  à  l'atelier  la  liberté  d’interrompre  la  besogne
quand  il  lui  plaît.  Quelques  ateliers  ferment  une  fois
l’obscurité  venue  ;  l’ouvrier  y  perd  les  frais  d’éclairage, ­
  car  il  emporte  son  ouvrage  et  doit  le  continuer
chez  lui  (i).  Il  n’intervient  entre  le  patron  et  l’ouvrier
qu’une  convention  de  louage  d'ouvrage,  purement  verbale ­
  d’ailleurs.  Chaque  remise  d’ouvrage  forme  la  matière ­
  d’une  convention  distincte  et  suppose  un  nouvel
accord  de  volontés  (2).
Dans  l’industrie  coulellière  de  Gembloux.  des  patrons ­
  ont  établi  des  moteurs  à  vapeur,  mis  en  activité ­
  certains  jours  et,  moyennant  redevance,  les  ouvriers ­
  peuvent  venir  effectuer  leurs  travaux  dans  ces
ateliers  (3).
4°)  L'ouvrier  à  domicile  peut  travailler  dans  l'atelier
d'un  autre  ouvrier.  Dans  l'industrie  cloutière,  on  trou-(1)

  Ib.  v.  VIII,  p.  46.
(2)  Ib.  p.  18.
(3)  Ib  v.  I,  p.  291.
        <pb n="267" />
        264  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

ve  des  ouvriers  unis  par  des  liens  de  camaraderie  et
qui,  pour  des  raisons  d’économie  ou  de  convenancepersonelles,
  préfèrent  travailler  dans  le  même  appartement ­
  (IL  A  Herstal,  des  armuriers  n’ayant  pas  leur
forge  à  eux,  louent  une  place  chez  un  collègue  (2).
Dans  l’industrie  du  vêtement,  nous  retrouvons  le
même  phénomène.  Les  allemands  appellent  ce  genre
d’ouvriers  «  Sitzgesellen  ».  A  première  vue,  ils  ont
l’air  d’être  ouvriers  d’un  atelier  ;  en  réalité,  ils  trauaillent
  pour  un  entrepreneur  faisant  fabriquer  à
domicile.  Dans  l’industrie  de  la  laine,  certains  tisserands, ­
  quand  ils  ne  savent  plus  travailer  eux-mêmes,
louent  leurs  métiers  à  la  main  et  leur  local  à  d’autres
(3).
5°j  L’ouvrier  à  domicile  peut  travailler  dans  une  fabrique, ­
  comme  le  reforeur  dans  l’industrie  armurière.  Il
loue  dans  un  établissement  mécanique,  une  fabrique  de
clous  par  exemple,  une  place  libre  et  dispose  ainsi  de
la  force  motrice  (4).
Le  lecteur  se  sera  demandé,  en  lisant  ces  exemples
des  formes  multiples  de  l’industrie  à  domicile,  quels
en  sont  les  caractères  distinctifs.  Ce  qui  distingue  l’industrie ­
  à  domicile  du  métier  c’est  la  différenciation
du  travail  de  production  des  autres  fonctions  notamment ­
  de  la  fonction  commerciale.  La  différenciation

(1)  Ib.  v.  III.  p.  22.
(2)  D r  A.  Swaine  :  Die  Heimarbeit  in  der  Gewehrindustrie  von
Lüttich  und  dern  Umgebung.  Jarhrb.  fur  Nationalôkonomie  und
Statistik.  1896.  p.  196.
(3)  Office  du  travail.  Industries  à  domicile,  v.  VI,  p.  92.
(4)  Dr  A.  Swaine  :  1.  c.  p.  193.
        <pb n="268" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L’INDUSTRIE  A  DOMICILE  265

s’étend  aussi  quelquefois  à  la  production  ;  nous  assistons ­
  alors  à  la  décomposition  du  travail.  Ce  cas  est
loin  d’être  général,  il  est  plutôt  rare  (voir  p.  273  ss.)
Illustrons  cette  constatation  par  quelques  exemples.
L’ancien  tisserand-artisan  achetait  lui-même  son  lin
et  vendait  ses  toiles  sur  les  marchés  de  Courtrai,
Gand,  Roulers,  etc.  ;  il  était  à  la  fois  fabricant,  ouvrier,
marchand  (1).  Cette  ancienne  organisation  industrielle,
qui  persistait  encore  vers  1810  dans  les  Flandres,  faisait ­
  du  petit  tisserand  isolé  le  maître  absolu  de  la  fabrication. ­
  Chacun  tissait  comme  il  l’entendait  et  selon  les
habitudes,  dont  il  n’éprouvait  pas  le  besoin  de  se  défaire,
puisqu’il  était  assuré  de  vendre  quand  même.  Mais  la
concurrence  apparaît  ;  le  monopole  des  toiles  flamandes ­
  est  entamé  en  France,  en  Espagne,  en  Belgique
même  par  les  fabricants  anglais.  Le  consommateur  a
des  exigences  nouvelles  que  le  tisserand  isolé  ignore.
Il  faut  une  direction  dans  le  tissage,  il  faut  se  mettre
en  mesure  de  suivre  la  mobilité  des  demandes  (2).
Sous  la  pression  de  ces  circonstances  économiques,
une  nouvelle  organisation  du  travail  s’élabore  et  se
développe.  La  fabrication  des  toiles  adopte  des  formes ­
  mieux  appropriées  aux  nécessités  de  la  lutte  industrielle, ­
  plus  âpre  et  plus  rude.
L’organisation  nouvelle  donne  à  l’industrie  le  patron, ­
  le  manufacturier  qui  dorénavant  prendra  cette

(1)  Office  du  travail.  Industries  à  domicile,  v  II,  p.  68.
(2)  Ib.  p.  67.
        <pb n="269" />
        266

EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DÉ  LA  BELGIQUE

direction  de  la  production.  C’est  lui  qui  achètera
le  fil  et  le  confiera  au  tisserand,  lequel  le  travaillera ­
  d’après  ses  indications.  Une  fois  le  tissu  achevé,
le  patron  le  reprendra  pour  le  vendre  à  son  profit.
La  propriété  des  matières  premières  et  la  vente  du
produit  échappent  au  tisserand,  mais  il  continue  à
à  travailler  chez  lui  sur  son  propre  métier.  C’est  au
patron  à  observer  l’état  du  marché  et  à  diriger  la
fabrication  en  conséquence,  selon  les  fluctuations  et
les  exigences  de  la  concurrence  (1).
Nous  voyons  ici  clairement  comment  l’artisan-tisscrand
  s’est  différencié  en  un  ouvrier  à  domicile  et  un
patron  dirigeant  la  production.
Dans  les  autres  anciennes  (2)  industries  à  domicile
nous  remarquons  la  même  évolution.
L’industrie  armurière  dès  qu’elle  eut  pris  de  l’expansion ­
  —  c’est-à-dire  dans  la  seconde  moitié  du  XVII e
siècle  —  perdit  à  peu  près  tout  caractère  corporatif
pour  devenir  une  industrie  libre.  On  vit  s’y  introduire ­
  des  maîtres  de  nationalité  étrangère  ;  le  marchand
prit  la  direction  de  l’industrie  (3).
L'industrie  du  tissage  de  la  laine,  en  1586,  avait  à
Liège  un  caractère  purement  corporatif.  Les  maîtres  tisse-(1)

  Ib.  p.  70.
(2)  On  appelle  anciennes  industries  à  domicile,  celles  qui  proviennent
des  métiers  et  de  l’industrie  domestique,  à  la  différence  des  nouvelles
(les  industries  du  vêtement)  notamment  qui  se  sont  développées
surtout  dans  les  grandes  agglomérations  où  beaucoup  de  main-d’œuvre, ­
  en  majeure  partie  féminine,  était  disponible  pour  le  travail  en
chambre.
(3)  lnd.  à  dom.  v.  p.  16
        <pb n="270" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L  INDUSTftIE  A  D  OMICILE  267

rands  étaient  à  peu  près  tous  d’égale  importance  ;  les
qualités  des  étoffes,  leur  longueur  et  leur  largeur
étaient  déterminées  ;  enfin  la  vente  directe  au  consommateur ­
  dans  les  halles  était  prescrite.  (1)  Dès  1639,  la  situation ­
  a  complètement  changé.  Les  marchands  ne
sont  pas  seulement  maîtres  des  débouchés  mais  ils
dirigent  la  production  au  point  de  vue  technique  en
remettant  les  chaînes  aux  tisserands  ;  ils  leur  indiquent ­
  quelles  étoffes  ils  devront  tisser  (2).
Les  tailleurs  de  Binclie  vendaient  il  y  a  une  trentaine ­
  d’années,  les  costumes  à  l’époque  des  grandes  ventes.
Il  leur  restait  forcément  quelques  fonds  de  magasins  et
il  paraît  qu’un  juif  aurait  imaginé  de  faire  la  tournée
des  tailleurs,  recueillant  à  prix  avantageux  le  solde  des
magasins.  Peu  à  peu  plus  rassurés  sur  l’écoulement
des  produits,  quelques-uns  commencèrent  à  fabriquer
en  vue  du  passage  du  juif.  L’industrie  à  domicile  se
développa  ainsi  (3).
Les  grandes  lignes  d’évolution  des  autres  industries
à  domicile,  comme  la  clouterie  (4),  la  cordonnerie  (5),
la  corderie  (6),  etc.  sont  les  memes.
Les  causes  de  cette  substitution  de  l’industrie  à  domicile ­
  au  métier  doivent  être  recherchées  dans  les
changements  du  marché.  Aussi  longtemps  qu’il  n’y
avait  que  les  exigences  locales  à  satisfaire,  que  le  con-(1)

  lb.  v.  VI,  p.  47.
(2)  Ib.  p.  49
(3)  lb.  v.  VI,  p.  36.
(4)  lb.  v.  III,  p.  20  ss.
(5)  lb.  v.  VII,  p.  48
(6)  lb.  v.  VIII  p.  26
        <pb n="271" />
        268  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DÈ  LA  BELGIQUE

sommateur  recherchait  le  producteur,  le  métier  était  â
la  hauteur  de  son  rôle.  Mais  avec  le  développement  de  l’économie ­
  nationale  et  de  la  concurrence  mondiale,  les
conditions  changèrent  entièrement.  Le  tisserand  des
Flandres  ne  pouvait  plus  attendre  tranquillement  l’arrivée ­
  des  acheteurs  étrangers  ;  il  devait  les  trouver
dans  leur  propre  pays  pour  y  lutter  contre  la  concurrence ­
  de  la  France,  de  l’Angleterre,  etc.  Ici,  comme ­
  dans  d’autres  industries,  l’étude  des  goûts  des
consommateurs,  des  prix,  des  concurrents,  etc.  devint
indispensable,
L’approvisionnement  changea  aussi  complètement,
La  matière  première  qui,  jadis,  se  trouvait  en  général
à  proximité  du  producteur  s’éloignait  de  lui  toujours
davantage.
La  production  du  chanvre  (filasse  brute)  a  diminué
en  Belgique  de  1.201.525  kilogrammes  en  1846  à
583.505  en  1895  (1)  et  de  plus  en  plus  on  emploie  les
chanvres  de  Bombay,  de  Russie  et  d’Italie  (2).  L’acier
employé  dans  la  coutellerie  est  d’origine  allemande  ou
anglaise  (3).  Les  peaux  de  gants  sont  achetées  à  Leipzig,
à  Paris  et  dans  d’autres  villes,  où  se  tiennent  de
véritables  Bourses  de  peaux  (4).
Tous  ces  changements  ont  nécessité  la  différenciation ­
  de  la  fonction  commerciale.  C’est  l’entrepreneur
qui  la  remplit  aujourd’hui  dans  l’industrie  à  domicile,

(1)  Ib.  v.  VIII,  p.  73
(2)  Ib.  p.  29
(3)  Ib.  v.  I,  p.  308
(4)  Ib.  v.  III,  p.  28
        <pb n="272" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L  INDUSTRIE  A  DOMICILE

269

c'est  lui  qui  achète  la  matière  première  et  la  distribue ­
  aux  ouvriers  ;  c’est  aussi  lui  qui  vend  le  produit.
L'entrepreneur  commercial  est  ou  bien  un  petit  négociant ­
  qui  tient  un  magasin  de  vente  au  détail,  ou
une  firme  individuelle  ou  une  société  anonyme.  Citons
dans  la  confection  des  vêtements  pour  hommes  “l'Alliance ­
  populaire»  qui  fut  fondée  en  188  4  au  capital  de
60.000  francs,  porté  ultérieurement  à  115.000  francs.
Les  fabricants  faisant  travailler  à  domicile  possèdent
quelquefois  un  personnel  commercial  très  nombreux  de
commis  -  voyageurs,  etc.  Dans  la  lingerie,  au  siège  de
certaines  entreprises  s’élèvent  de  vastes  immeubles,
abritant  des  comptoirs  pour  la  distribution  et  la
réception  de  l’ouvrage,  des  magasins  pour  la  manutention ­
  des  matières  premières  et  des  produits  fabriqués,
des  bureaux  d'expédition,  des  ateliers  de  coupe  et  de
confection,  dotés  d’un  outillage  coûteux  et  varié,  mus
à  l’aide  de  procédés  mécaniques  (1).
A  côté  de  ces  entrepreneurs  puissants,  qui  ont  même
accaparé  une  partie  de  la  production,  il  y  en  a  d’autres ­
  qui,  comme  les  marchands  de  tresses,  n’ont  guère ­
  d’influence  sur  la  production  ;  ils  reçoivent  les  produits ­
  achevés  ;  ils  ne  fournissent  la  matière  première ­
  qu’à  titre  exceptionnel  (2).
Après  l’étude  des  caractères  essentiels  qui  distinguent ­
  le  métier  de  l’industrie  à  domicile,  comparons
celle-ci  à  la  fabrique.  Le  manque  d’intégration,  ou  *  (*)

(t)  lb.  v.  IX.  p.  50
(*)  Ib.  v.  II,  p.  2o
        <pb n="273" />
        270  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  RELGIQUE
plutôt  l’intégration  incomplète,  voilà,  me  semble-t-il,
en  quoi  consiste  la  différence.
Le  patron  et  l’ouvrier,  comme  le  remarque  justement ­
  Liefmann  ,  ne  sont  pas  dans  l’industrie  à
domicile  une  unité  économique  comme  dans  la  fabrique
  (1).  Nous  avons  vu  plus  haut  que  l’ouvrier  à
domicile  qui  est  occupé  chez  lui,  dans  l’atelier  du
patron  ou  d’un  sous-entrepreneur,  peut  du  jour  au  lendemain, ­
  abandonner  l’ouvrage,  il  n’est  lié  que  par  le
contrat  de  louage  d'ouvrage,  c’est-à-dire  que  ses  relations ­
  avec  le  patron  sont  les  mêmes  que  celles  d’un
individu  quelconque  qui  donnerait  à  un  orfèvre  un
lingot  d’or  pour  le  transformer  en  bague.  »  Or  tel
est  précisément,  dit  Ansiaux  ,  le  cas  du  garnisseur
que  le  fabricant  d’armes  charge  d’assembler  une  bascule ­
  pour  qu’il  ajuste  ces  deux  pièces,  toujours  moyennant ­
  un  prix  spécifié  d’avance  en  vue  d’un  tel
ouvrage  déterminé  »  (2)
Dans  Y  industrie  dentellière,  l’engagement  que  l’ouvrière ­
  prend  vis-à-vis  de  l’intermédiaire  n’est  pas  permanent ­
  ;  il  est  limité  par  la  durée  de  l’ouvrage  à  exécuter ­
  et  chaque  fois  que  l’ouvrière  entreprend  une  nouvelle ­
  pièce  de  dentelles,  le  contrat  se  renouvelle.  Elle
peut  quitter  le  facteur  pour  lequel  elle  travaille  sans
lui  donner  de  préavis  et  celui-ci  ne  doit  observer
aucun  délai  pour  lui  donner  congé  ;  il  se  borne  à  ne
plus  lui  remettre  d’ordres  nouveaux  (3).
(1)  R.  Liefmann.  Ueber  Wesen  dnu  Formen  des  Verlags,  etc.
s.  c.  p.  42
(2)  Ib.  v.  L  p  80
(3)  Ib.  v.  V.  p.  30
        <pb n="274" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L’iNDUSTRIE  A  DOMICILE

271

Dans  l'industrie  coutelière,  aucun  contrat  durable  ne
lie  les  parties,  et  il  ne  peut  être  question  ni  de  délai
de  congé,  ni  d'indemnité  pour  rupture  intempestive  (I).
Dans  l'industrie  de  la  ganterie  à  Bruxelles,  le  cou
Dat  de  louage  d'ouvrage  se  renouvelle  chaque  fois
que  l’ouvrier  reçoit  des  peaux  à  découper  ;  il  ne  porte ­
  oue  sur  une  opération  déterminée,  si  bien  que
quand  le  gantier  rapporte  sa  passe  de  gants,  il  est  en
droit  de  dire  au  patron  qu’il  ne  travaillera  plus  pour
lui,  de  même  qu’il  peut  être  remercié  par  le  fabricant ­
  (2).
Mais  à  quoi  bon  multiplier  les  exemples?  Dans  toutes ­
  les  industries  à  domicile  nous  trouvons  la  même
absence  de  lien  juridique  permanent  entre  l’ouvrier  et
l'entrepreneur  ou  éventuellement  le  sous  entrepreneur
(3).  Dans  la  fabrique,  au  contraire,  l’ouvrier  engage
pour  un  certain  temps  ses  services  à  un  patron  moyennant ­
  une  rémunération  calculée  soit  d'après  la  durée
du  travail  quotidien,  soit  d’après  l’ouvrage  fait,  engagement ­
  ne  pouvant  être  rompu  que  de  la  manière  et
en  observant  les  délais  prescrits  par  le  contrat.
L’ouvrier  de  fabrique,  à  la  différence  de  l’ouvrier  à
domicile,  est  l’un  des  rouages  d’une  organisation  économique. ­
  11  ne  peut  pas,  comme  ce  dernier,  travailler
pour  plusieurs  patrons  simultanément.  «  11  est  vrai,  dit
(t)  Ib.  v.  I.  i».  329
(2)  Ib.  v.  II,  ]),  43
(3)  Le  cas  de  contrat  de  louage  de  services  se  retrouve  quelquefois ­
  dans  l’industrie  à  domicile,  mais  il  ne  s’agit  pas  alors  des
ouvriers  à  domicile.  Ainsi,  dans  l’industrie  dentelière,  des  patronneuses
  sont  payées  à  la  journée.
        <pb n="275" />
        272  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

Ansiaux  de  l’industrie  armurière,  qu’en  fait  un  même
ouvrier  peut  travailler  à  de  très  fréquentes  reprises  pour  le
même  patron,  qu’il  peut  parfois  rester  de  longues  années  à
son  service  ;  cotte  circonstance  n’empêclie  qu’en  droit
strict  la  nature  de  leurs  rapports  ne  soit  une  convention ­
  essentiellement  momentanée,  encore  que  susceptible ­
  de  se  réitérer  cent,  mille,  ,dix  mille  fois,  davan -
tage  peut-être»  (1).
En  général,  les  armuriers  en  cliambre  —  à  l’exception ­
  des  canonniers  —  travaillent  pour  plusieurs  et
quelquefois  pour  de  nombreux  patrons  (2).  Les  tresseuses
  de  paille  ne  travaillent  point  pour  un  marchand
unique  (3).  Dans  l’industrie  cloutière  en  pays  wallon,
l’ouvrier  peut  accepter  librement  les  commandes  de
plusieurs  patrons  à  la  fois,  si  cela  lui  plaît,  etc.  etc.  (4).
Nous  pouvons  dire  par  conséquent  que  Vindiistrie
à  domicile  se  distingue  du  métier  par  la  différenciation
du  travail  de  production  des  autres  fonctions,  notamment ­
  de  la  fonction  commerciale  et  qu'elle  diffère  de  la
fabrique  par  le  manque  d'intégration.
Elle  est  donc  une  forme  intermédiaire  entre  le  métier ­
  et  la  fabrique  ;  elle  est  supérieure  à  l’une  et  inférieure ­
  à  l’autre.  Nous  avons  vu  déjà  dans  ce  chapitre,
en  décrivant  le  développement  de  quelques  industries
à  domicile  (p.  265  ss.),  en  quoi  consistait  leur  supériorité
vis-à  vis  du  métier.  Voyons  maintenant  quels  sont  les

(1)  Ib  v.  I.  p.  89
(2)  Ib.  p.  90.
(3)  Ib.  v.  II,  p.  25.
(4)  Ib.  y.  III,  p.  76.
        <pb n="276" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L’INDUSTRIE  A  DOMICILE

273

désavantages  de  cette  forme  de  production  résultant  du
manque  d’intégration  dans  sa  lutte  avec  la  fabrique,
1°)  au  point  de  vue  du  rendement,  2)  au  point  de  vue
de  la  qualité.
Le  rendement.  Premièrement,  la  décomposition  du
travail  est  difficile  à  réaliser  dans  l’industrie  à  domicile.
Elle  n’est  pas  impossible,  comme  de  nombreux  exemples
nous  le  montrent.  Ainsi,  dans  l’industrie  armurière,
une  bascule,  avant  d’être  terminée  passe  par  dix  mains  ;
la  décomposition  du  travail  est  poussée  très  loin.
Mais,  alors  que  dans  la  fabrique,  les  ouvriers
forment  comme  une  chaîne  vivante,  où  l’objet  passe  de
main  en  main,  dans  l’industrie  à  domicile  cette  cohésion ­
  n’existe  pas.
Il  suffit  de  lire  la  description  de  l’industrie  armurière ­
  qne  nous  donne  Ansiaux,  pour  s’en  convaincre.
«  Qu’on  y  songe  donc,  dit-il,  le  canon  fabriqué  dans  la
vallée  de  la  Vesdre  ou  à  Jupille  doit  être  remis  d’abord
au  fabricant  d’aimes  de  Liège.  L’ouvrier-garnisseur
vient  ensuite  le  chercher  auprès  de  ce  dernier,  le  porte
au  banc  d’épreuves  pour  la  première  fois,  va  l’y  reprendre, ­
  le  garnit,  le  fait  réforer  et  éprouver  une
seconde  fois  pour  le  réintégrer  ensuite  chez  le  fabricant, ­
  lequel  s’est  fixé  en  général,  assez  loin  du  quartier
Saint-Léonard  où  habitent  les  garnisseurs.  Le  canon
garni,  c’est  au  tour  du  recoupeur-basculeur  de  Herstal,

(1)  La  différence  entre  le  travail  loué  (Lohnwerk  de  Bûcher,  voir
“  Etudes  d  histoire,  etc.  1901,  p.  129  n)  et  l’industrie  à  domicile,  consiste
en  ce  que  dans  cette  dernière  l’individu  donnant  des  objets  à  façonner
n’est  pas  un  consommateur,  mais  un  commerçant  qui  les  revend  après,
(voir  Liefmann,  Ueber  Wesen  und  Formen  des  Verlags,  1.  c.  p.  52).
        <pb n="277" />
        274  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
Clieratte,  Oupeye,  etc.  de  venir  prendre  à  Liège  pour
l’y  rapporter  ensuite  basculé.  Pendant  ce  temps,  le
reeoupeur-platineur  s’est  rendu  en  ville  avec  les  platines ­
  achevées  :  il  avait  du  les  faire  venir  à  l’état  brut
de  Herstal  par  messager.  Nouveaux  voyages  de  l’arme
chez  l’entailleur,  puis  chez  le  faiseur  à  bois  ;  puis
intervient  l’équipeur,  qui  emporte  cette  arme  à  domicile, ­
  lui  fait  subir  un  premier  travail  chez  le  systémeur
et  le  marcheur,  la  démonte  ensuite,  en  fait  porter  les
différentes  parties  chez  les  diverses  catégories  de  finisseurs, ­
  les  faits  reprendre  chez  ceux-ci,  ajuste  le  fusil
et  le  remet  ensuite  au  fabricant  »  (1).
Tous  ces  inconvénients  de  transport  sont  encore
régulièrement  aggravés  par  les  distances.  On  comprend
les  pertes  de  temps,  les  lenteurs,  les  courses,  les
embarras  divers  qui  sont  la  suite  d'un  semblable
régime.  Et  ces  inconvénients  sont  particulièrement
sensibles  en  temps  de  presse  et  de  forte  demande.
Eu  fabrique,  au  contraire,  pas  de  retards,  pas  de
pertes  inutiles  ;  l’objet  fabriqué  passe  de  main  en
main  dans  une  suite  ininterrompue.  La  supériorité  de
la  fabrique  vis-à-vis  de  l’industrie  à  domicile,  même  si
celle-ci  pouvait  arriver  à  une  décomposition  du  travail
égale,  est  donc  évidente.  Mais,  en  général,  l’artisan,  en
devenant  ouvrier  à  domicile,  change  peu  ses  méthodes
de  travail.  Dans  les  procès  de  production,  où  l’objet
passe  par  une  seule  machine,  la  différenciation  des
ouvriers  qualifiés  et  non  qualifiés  est  impossible  pour
l’industrie  à  domicile  (voir  l’exemple  du  tissage,  p.  250).

il)  Office  du  travail.  Industries  à  domicile,  v.  I,  p.  49.
        <pb n="278" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L’iNDUSTRIE  A  DOMICILE

275

L’industrie  à  domicile  doit  donc  lutter  contre  une
organisation  économique,  dont  le  rendement  est  beaucoup ­
  supérieur,  et  en  conséquence  le  prix  de  revient
moindre.
Qualité.  Mais  la  fabrique  ne  produit  pas  seulement  à
meilleur  marché,  elle  produit  mieux.  Ses  méthodes  lui
permettent  d'obtenir  une  plus  grande  régularité  dans
les  objets  fabriqués.  «  Le  travail  en  atelier  est  aujourd’hui
préféré,  dit  Dubois  au  sujet  de  la  bonneterie,  au  travail ­
  à  domicile.  La  production  en  atelier  est  en  effet
plus  régulière  et  plus  constante.  Cette  régularité  constitue ­
  un  grand  avantage  pour  le  fabricant,  elle  est  la
condition  d’une  boune  fabrication  »  (1).  Dans  l’industrie
armurière,  la  production  mécanique  assure  une  exactitude ­
  que  ne  peut  songer  à  réaliser  le  travail  manuel  (2).
Ce  résultat  est  obtenu  grâce  à  l’emploi  des  procédés
rationnels  inaccessibles  à  l’industrie  à  domicile.  Ainsi
dans  la  fabrication  des  montres,  chaque  pièce  est  l’objet ­
  d’un  dessin  exact  et  détaillé.  Lorsqu’on  fait  les
essais,  la  première  pièce  qui  sort  de  la  machine  est
photographiée  à  la  meme  échelle  que  le  plantype  du
modèle.  La  comparaison  de  cette  photographie  avec  le
plan-type,  fait  apparaître  le  moindre  défaut,  la  moindre
inexactitude  d’exécution  et  permet  de  procéder  aux
corrections  mécaniques  nécessaires  jusqu’à  ce  qu’on
obtienne  un  produit  absolument  exact  et  conforme  au
modèle  (3).  Inutile  de  dire  que  l’industrie  à  domicile
(1)  Ib.  v.  VII,  p.  79.
(2)  Ib.  v.  I,  p,  26.
(3)  Office  ilu  travail.  Les  moteurs  électriques  dans  l’industrie  à  domicile. ­
  Bruxelles.  1902  p.  G4.
        <pb n="279" />
        276  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

ne  peut  pas  disposer  de  ces  procédés  rigoureux  ;  qu’elle
est  livrée  presqu’entièrement  à  la  plus  ou  moins  grande
habileté  des  ouvriers  qu’elle  emploie  et  se  trouve  ainsi
presque  fatalement  rivée  aux  méthodes  traditionnelles
et  routinières.
C’est  à  tort  qu’on  attribue  souvent  au  travail  à  la
main  des  qualités  inaccessibles  à  la  machine.  Les
broches,  mues  toutes  à  la  fois  par  un  moteur  unique,
ont  remplacé  les  doigts  des  fileuses  flamandes.  Les
dentelles  sont  si  bien  imitées  qu’un  des  premiers  fabricants ­
  belges  de  dentelles  à  la  main,  après  avoir  vu
à  l’exposition  de  1900  les  imitations  de  St  Gall,  les
qualifiait  d’admirables  (1).  Les  batistes  les  plus  fines
sont  tissées  en  Silésie  et  en  Angleterre,  sur  des  métiers
mécaniques  à  marche  excessivement  lente  (2),  En  Suisse,
la  broderie  sur  linge  se  fait  à  la  machine  (3).
Mais  dans  la  production  d’objets  d’art,  il  ne  s’agit  pas
seulement  de  finesse,  il  faut  aussi  du  goût.La  mobilité  extrême ­
  de  goût  a  nécessité,  comme  nous  l’avons  vu  (p.183ss.)
la  différenciation  d’organes  industriels  spéciaux.  Le
succès  d’une  maison  dépend  souvent  du  modèle  que  ses
artistes  ont  créé.  Pour  réussir,  il  faut  le  tenir  secret,
il  faut  empêcher  qu’il  soit  dérobé  par  les  concurrents.
Qua  de  précautions  sont  prises  par  les  Worth  et  les
Pacquin  pour  que  la  nouvelle  mode,  lancée  un  jour
de  courses  ou  à  une  première  de  théâtre  ne  soit  pas
connue  trop  tôt  !

(1)  Office  du  travail  Ind.  à  dom.  v.  IV.  p.  275.
(2)  Ib.  v.  II,  p.  73.
(3)  Ib.  v.  VIII,  p.  32.
        <pb n="280" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L’INDUSTRIE  A  DOMICILE

277

/

L’ouvrier  à  domicile,  travaillant  pour  plusieurs  patrons, ­
  ne  sait  pas  garder  le  secret.  Quelques-uns,  dans
l’industrie  dentellière  par  exemple,  n’hésitent  pas  à
vendre  les  dessins  à  des  maisons  rivales  (1).  Dans  l’industrie ­
  du  vêtement  pour  femmes,  plus  l’article  est
soigné,  plus  se  manifeste  du  côté  patronal  la  tendance
à  réunir  les  ouvriers  en  atelier  (2).  Le  péril  que  court
la  propreté  des  objets  y  contribue  beaucoup  (3).
Dans  la  lingerie,  les  opérations  les  plus  délicates  et
exigeant  des  soins  particuliers  se  font  en  atelier.  On  y
exécute  les  commandes  urgentes  et  l'on  y  garde  le
secret  des  modèles  et  des  procédés  de  fabrication,  grâce
à  une  surveillance  plus  attentive  et  plus  minutieuse  (4).
Les  ouvriers  à  domicile,  n’étant  liés  par  aucun  contrat
avec  l'entrepreneur,  présentent  pour  celui-ci  de  nombreux
inconvénients.  Si  un  tisserand  à  domicile  se  voit  momentanément ­
  contraint  de  ne  plus  tisser  ou  préfère  se
livrer  à  d’autres  occupations,  il  se  gardera  le  plus
souvent  d’avertir  le  tisseur,  qui  constatera  que  l’ouvrage
n’avance  pas,  sans  en  connaître  le  motif.  Cet  inconvénient ­
  devient  surtout  sensible  quand  la  vogue  d’un
article  procure  au  fabricant  des  ordres  pressés  (5).
Parmi  les  bons  tailleurs,  l’esprit  migrateur  est  fréquent
et  ils  abandonnent  parfois  l’ouvrage  pour  aller  visiter
Londres  ou  Paris  (6).
(1)  Ib.  v.  IV,  p.  t94.
(2)  Ib.  V.  VIII,  p.  311.
(3)  Pour  les  gants,  v.  III,  p.  88.  Pour  la  broderie  sur  linge,  v.  VIII.
p.  107.
(4)  Jb.  v.  IX,  p,  52.
(5)  Ib.  v.  VI,  p.  45.
(6)  Ib.  v.  VIII,  p.  336.
        <pb n="281" />
        278  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
L’infériorité  de  l’industrie  à  domicile  est  donc  manifeste. ­
  Examinons  cependant  de  plus  près  sa  lutte  avec  la
fabrique.
*
*  *
Le  grand  mérite  de  1’  ((Enquête  sur  les  industries  à
domicile»  consiste  dans  la  preuve  qu’elle  a  donnée  de
la  disparition  fatale  de  cette  forme  de  production.  La
plupart  des  enquêteurs  sont  d’accord  sur  ce  fait.
Le  nombre  des  dentellières  est  tombé  de  150.000,  en
1875,  à  47.000,  en  1893  (1).  La  dentelle  s’est  presque
retirée  des  villes  et  déjà  dans  les  campagnes  les  femmes
commencent  à  lui  préférer  tout  autre  métier  ;  seules
les  vieilles  demeurent  attachées  à  leur  carreau  et  avec
quelques  lamentations  sur  le  bon  temps  où  l’on  gagnait
gros,  elles  font  encore  le  travail  sur  leurs  genoux  (2).
Le  nombre  des  tisserands  de  lin  évalué,  en  1810,  à
74.700  n’était,  en  1896,  que  de  10.000  (3).  Depuis  lors
ce  nombre  est  fortement  entamé  (4).
Dans  l’industrie  du  tissage  de  la  laine,  la  plupart
des  tisserands  sont  d’un  âge  avancé  ils  ont  conscience
de  la  décadence  de  leur  métier  (5).
Dans  le  tissage  de  coton,  plusieurs  fils  d’anciens
tisserands  refusent  de  reprendre  le  metier  de  leur  père
et  préfèrent  s’embaucher  à  l’usine  ;  d’autres  après  un

(1)  Ib.  v.  V.,  p.  219.
(2)  Ib.  v.  IV.  p.  279.
(3)  Ib.  v.  II,  p.  181
(4)  Ansuux  ;  Que  faut-il  faire  de  nos  industrie  à  domicile  ?  1904,  p.
15.
(5)  Office  du  travail.  Ind.  à  dom.  v.  VI.  p,  18.
        <pb n="282" />
        LA  DÉCADENCE  DE  l'iNDÜSTRIE  A  DOMICILE

2Î9

essai,  l’abandonnent  par  suite  de  l’insuffisance  des  salaires
et  de  la  trop  grande  fréquence  du  chômage  (i),  D’après
Ansiaux,  le  tissage  de  coton  à  la  main  «  n'existe
pour  ainsi  dire  plus  ».  (2).
Dans  le  pays  de  Herve,  beaucoup  d’habitants,  qui
exerçaient  il  y  a  une  vingtaine  d’années,  le  métier
d'armurier  lorsqu’il  était  exceptionnellement  lucratif,
s’adonnent  de  plus  en  plus  aux  occupations  agricoles
(3).  La  régression  se  manifeste  pareillement  dans  les
bourgades  voisines  de  la  Meuse,  telles  que  Wandre,
où  l’on  trouve  des  ouvriers  et  plus  encore  des  sousentrepreneurs,
  dits  recoupeurs,  se  consacrant  à  un  petit
commerce  de  beurre  et  de  lait,  dont  la  femme  à  commencé ­
  à  s’occuper  seule,  mais  qui  bientôt  s  est  déve»
loppé  et  parfois  a  tout-à-fait  détourné  le  mari  de  son
ancien  métier  (4).
L'industrie  cloutière  disparait  comme  industrie  à
domicile,  le  fait  est  indiscutable.  L’impulsion  extraordinaire ­
  de  l’industrie  de  fabrique  depuis  quelques  années ­
  a  rapidement  décimé  les  cloutiers  ;  il  semble  que
1899  leur  ait  donné  le  coup  de  grâce  en  maint  endroit  ;
plus  d’une  localité,  où  le  recensement  de  189d  en  signalait ­
  encore,  n’en  compte  plus  un  seul.
Il  n’en  reste  un  certain  nombre  que  dans  un  village
wallon,  Bohan  ;  il  ne  faudrait,  peut-être,  que  l’établissement ­
  d’un  chemin  de  fer  pour  modifier  la  condition

(1)  Ib.  v.  VP  p.  67
(2)  Ansiaux  :  1.  c.  p.  15.
(3)  Ind.  à  dom.  v.  I.  p.  7.
(4)  Ib.  v.  I.  p.  8.
        <pb n="283" />
        280  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

ouvrière  du  pays  ;  si  le  cloutier  pouvait  aisément  et  à
peu  de  frais  se  rendre  aux  usines  des  bords  de  la
Meuse,  ne  le  verrait-on  pas  peu  à  peu  abandonner  la
forge  pour  l’usine  où  il  gagnerait  davantage?  (1).
Toute  l’évolution  de  la  coutellerie  de  Gembloux,
depuis  bien  des  années  déjà,  n’est  en  somme  qu’un
dépérissement  progressif,  la  longue  agonie  de  l’industrie ­
  à  domicile,  atteinte  par  la  concurrence  de  la  fa
brique  (2).  Il  n’y  a  plus  d’apprentis,  les  anciens  même
abandonnent  le  métier  (3).
Dans  le  tressage  de  la  paille  de  la  vallée  du  Geer,
l’auteur  de  la  monographie  trouva  dans  les  listes  soigneusement ­
  dressées  qui  lui  ont  été  fournies  par  l’Office
du  Travail,  beaucoup  de  noms  de  tresseuses  qui  devaient
être  rayés.  Parmi  les  personnes  citées,  d’autres  ne  faisaient ­
  pour  ainsi  dire  plus  d’affaires  (4).  La  disparition ­
  de  ce  qui  restait  de  l’industrie  semblait  probable
et  vraisemblablement  prochaine  (5).
Dans  la  corderie  depuis  1900,  à  cause  de  la  crise
des  chanvres  et  du  développement  du  travail  mécanique, ­
  le  nombre  des  ouvriers  sans  travail  allait  en  aug
mentant.  En  avril  1902,  on  comptait  à  Hammo  300  à
400  ouvriers  sans  travail,  dont  une  partie  trouva  un
emploi  dans  les  charbonnages  (6).
La  fabrication  manuelle  des  chaussures  à  Binche  est

(1)  Ib.  v.  III,  p.  67,  et  63.
(2)  Ib.  v.  I.  p.  303.
(3)  Ib.  p.  302.
(4)  Ib.  v.  II.  p.  25.
(5)  Ib.  p.  73.
(6)  lb.  v.  Vil,  p.  480.
        <pb n="284" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L’INDUSTRIE  A  DOMICILE

281

gravement  atteinte  et  n’a  que  peu  d’espoir  de  pouvoir
résister  victorieusement  (1).  Même  les  fils  de  cordonniers ­
  abandonnent  le  métier  de  leur  père  (2).
Dans  la  broderie  sur  linge,  beaucoup  de  jeunes  filles
fascinées  par  les  séductions  et  les  gros  gages  de  la
ville,  préfèrent  émigrer  du  village  et  même  du  pays,
pour  s’engager  en  qualité  de  domestiques  (3).
Les  chemisières  se  plaignent  d’être  délaissées  de  plus
en  plus  par  la  clientèle  masculine  qui,  n’éprouvant  pas
le  préjugé  féminin  à  l’égard  de  la  piqûre  à  la  machine,
montre  nue  préférence  accentuée  à  l’égard  des  produits
plus  seyants,  d’un  aspect  plus  séduisant  et  moins  coûteux ­
  de  l’usine  (4).  Dans  la  lingerie  de  dame,  où  l’industrie ­
  à  domicile  domine  et  constitue  la  forme  de
production  principale,  viennent  se  greffer  sur  le  travail
en  chambre  certains  éléments  d’une  fabrication  centralisée ­
  comme  des  embryons  d’usine.  On  est  encore  tout
près  de  l’industrie  à  domicile  ;  mais  déjà  s’y  ajout 6
quelque  chose  de  la  confection  en  atelier,  germe  peutêtre
  d’une  production  plus  centralisée.  C’est  à  l’intérieur
des  locaux  du  fabricant  que  se  fait  la  coupe,  l’établissement ­
  des  modèles,  la  manutention  et  la  distribution
des  matières,  parfois  aussi  le  repassage  (5).
Le  corset  est  déjà  entré  dans  l’ère  de  la  fabrique  (6),
qui  commence  aussi  à  empiéter  sur  le  travail  à  domi-(1)

  lb.  v.  VI.  p.  238.
(2)  lb.  v.  VI.  p.  251.
(3)  lb.  v.  Vlll.  p.  67.
(4)  lb.  v.  VIII,  p.  180.
(5)  lb  v.  IX,  p.  43.
(6)  lb.  v.  VIII.  p.  176-177.  et  v.  IX,  p.  39.
        <pb n="285" />
        282

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

cile  dans  la  confection  de  la  cravate.  Le  travail  y  est
organisé  par  «tables»,  sous  la  surveillance  de  maîtresses
et  selon  les  principes  d’une  stricte  division  du  travail
(1).
Dans  la  bonneterie,  le  travail  en  atelier  est  aujourd’hui ­
  généralement  préféré  au  travail  à  domicile,  [.a
production  en  atelier  est  en  effet  plus  régulière  et  plus
constante.  Elle  est  particulièrement-recommandable  pour
la  fabrication  du  bas  de  la  chaussette.  Car  les  jambes
des  bas  et  les  bords  des  chaussettes,  d’une  part,  les
pieds  d’autre  part,  se  fabriquent  sur  des  machines  à
tricoter  différentes.  Lorsque  la  fabrication  est  centralisée ­
  et  fractionnée  au  domicile  des  ouvriers,  il  faut
continuellement  transporter  jambes,  bords  et  pieds  d’un
endroit  à  l’autre  (2).
La  confection  des  vêtements  pour  hommes  à  Rinche
s'est  maintenue  jusqu’à  présent  comme  industrie  à
domicile  (3),  Mais  le  machinisme  s’en  prend  à  cette
branche  d’industrie  (v.  p.  228)  et  une  fois  de  plus  pose
la  question  de  savoir  qui  l’emportera  (4).
La  couture  des  gants  en  Flandre,  qui  recrute  ses
forces  de  travail  parmi  les  dentellières,  a  seule  quelque ­
  chance  de  développement  pour  le  moment  (5).
Partout  donc,  l’industrie  à  domicile  est  en  décadence.
En  dehors  des  causes  anatysées  dans  la  partie  tliéori-(1)

  Ib.  v.  VIII,  p.  180
(2)  Ib.  v-  VII.  p.  78,
(3)  Ib.  v.  VI.  p.  73.
(4)  Ib.  p.  49.
5  Ib.  v.  HL  p.  85,
        <pb n="286" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L’iXDUSTRIE  A  DOMICILE

283

que  de  ce  chapitre,  il  y  en  a  d’autres  qui  sont  accessoires ­
  et  que  nous  voulons  esquisser  ici  :
1°)  Le  changement  des  besoins.  Le  luxe  de  dentelles,
par  exemple,  est  moindre  aujourd’hui  qu’au  temps  où
la  Belgique  comptait  trois  fois  plus  de  dentellières  11).
2°)  L'emploi  de  plus  en  plus  grand  des  matières
inorganisées,  (c'est  à  dire  des  métaux,  voir  p.  209,).  Grâce
au  progrès  de  la  tréfilerie,  le  cordage  métallique  s’est
érigé  en  concurrent  redoutable  du  cordage  en  fibres
végétales,  le  supplantant  dans  de  nombreux  cas.  Déjà
les  chevaux  sont  attelés  à  l’aide  de  traits  métalliques  (2).
3°  La  concurrence  d'une  main  d'œuvre  étrangère  à  meilleur ­
  marché.  lia  cause  de  la  disparition  du  tressage
de  la  paille  est  la  concurrence  de  la  Chine  et  de  la
Suisse  (3).
4°)  Les  droits  protecteurs  des  différents  pays,  notamment ­
  des  Etats-Unis,  ont  rendu  la  concurrence  de
l’armurerie  liégeoise  avec  les  fabriques  américaines
beaucoup  plus  difficile.  Les  droits  sont  établis  de  telle
sorte  que  les  fusils  d’une  valeur  supérieure  à  cinq
dollars  sont  trop  surtaxés  pour  pouvoir  pénétrer  encore ­
  sur  le  territoire  de  l’Union  (4).
5°)  La  force  attractive  des  villes  et  des  fabriques  enlève ­
  à  l’industrie  à  domicile  sa  main  d’œuvre.  La  grande ­
  industrie,  les  communications  nombreuses  et  faciles
avec  la  capitale  ont  été  la  cause  de  la  ruiue  de  la

(1)  lb.  v.  IV,  p.  280.
(2)  lu.  v.  VIII,  p.  80.
(3)  Ib.  v.  II,  p.  73.
(4)  Ib.  v.  I,  p.  58.
        <pb n="287" />
        284  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
dentelle  en  Brabant  (1)  Partout  où  une  industrie,  accessible ­
  aux  femmes  fait  concurrence  à  la  dentelle,
celle-ci  tend  à  disparaître.  Gand  et  ses  environs,  centres ­
  principaux  du  tissage  et  de  la  filature,  ont  vu
s’éteindre  presque  complètement  la  fabrication  de  la
dentelle.  A  Courtrai,  à  Tamise,  à  Alost,  à  Termonde,
où  ces  industries  fonctionnent  également,  la  dentelle
aura  bientôt  disparu  ;  à  St  Nicolas  et  à  Termonde»
elle  a  été  tuée  par  les  fabriques  de  cigares  ;  à  Eecloo
par  les  ateliers  de  la  préparation  de  peaux  de  lapins  ;
à  Hamme  et  à  Ingel  munster,  par  les  fabriques  de
tapis  (2).
A  Saint-André,  village  à  une  demi-heure  de  Bruges,
une  fabrique  de  brosses  a  été  fondée  vers  1890,  et  la
dentelle,  qui  occupait  autrefois  toutes  les  femmes  du  village, ­
  n’en  occupait  plus  qu'une  cinquantaine  en  1902(8).
*
*  *
Malgré  sa  décadence,  l’industrie  à  domicile  joue  encore ­
  un  rôle  assez  important  dans  l’industrie  belge.  Le
recensement  industriel  de  1896  a  constaté  que  /’industrie ­
  à  domicile  occupait  plus  du  sixième  de  la  popution
  de  l’industrie  proprement  dite  (118.000  sur  69J.000)  ;
pour  100  ouvriers  proprement  dits,  on  en  comptait  17
travaillant  à  domicile  (v.  XVIII,  p.  138).
A  quoi  attribuer  ce  fait  ?  Est-ce  que  l’industrie  à
domicile  aurait  peut-être  des  avantages  qui  lui  permet-(1)

  Ib.  vol.  IV,  p.  53.
(2)  Ib.  p.  57.
(3)  Ib.  p.  58.
        <pb n="288" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L  INDUSTRIE  A  DOMICILE

285

traient  de  se  développer  à  côté  de  la  grande  fabrique  ?
Oui,  répondent  d’aucuns,  e’est  à  elle  que  sera  toujours
réservé  le  travail  artistique.  —  Il  n’eu  est  rieu.  Nous
avons  déjà,  en  parlant  du  métier  et  dans  la  partie
théorique  de  ce  chapitre,  essayé  de  démontrer  le  peu
de  fondement  de  cette  conception.
Les  résultats  de  l’Enquête  de  l’Office  du  Travail
nous  montrent  que  le  contraire  a  eu  lieu  ;  la  camelote
est  le  domaine  du  sweating  System.
La  bonneterie  a  su  garder  encore  la  clientèle  populaire ­
  belge,  grâce  à  cette  seule  circonstance  que  celleci
  est  dédaigneuse  au  degré  extrême  de  l’élégance  de  la
marchandise.  Elle  y  renonce  facilement  pour  la  moindre ­
  différence  de  prix.  Ces  dispositions  particulières
de  l’acheteur  permettent  au  fabricant  de  vendre  des
articles  mal  achevés,  irréguliers,  mais  à  bas  prix  (1).
Les  tisserands  de  laine  sont  parvenus  à  un  âge  où
le  travail  n’offre  plus  ni  une  productivité  ni  une  régularité ­
  très  grandes.  On  leur  donne  à  tisser  à  très
bon  compte  les  matières  les  plus  mauvaises  (2).
Les  produits  de  la  cordonnerie  à  domicile  trouvent
seuls  des  acheteurs,  parce  que  beaucoup  de  clients  recherchent ­
  actuellement  une  chaussure  ayant  une  certaine ­
  apparence,  sans  s’occuper  grandement  de  la  qualité ­
  de  la  marchandise  (3).
Inutile  de  multiplier  les  exemples  (4).  Ils  nous  prou-(t)
  Ib.  v.  VII,  p.  84.
(2)  Ib.  v.  VI,  p.  118.
0)  Ib.  v.  VII,  p.  24.
(4)  Pour  l’industrie  du  meuble,  voir  v.  VIIT,  p.  7.  Pour  l’industrie  dentelière,
  v.  IV,  p.  228.  etc.
        <pb n="289" />
        286

EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

vent  qu'une  des  causes  du  maintien  de  l'industrie  à
domicile  n'est  pas  son  caractère  artistique,  mais  l’existence ­
  d'acheteurs  peu  soucieux  de  la  qualité  de  la
marchandise.
Voilà,  du  coté  des  consommateurs,  une  contretendauce
qui  arrête  la  décadence  de  l’industrie  à  domicile.  Quant
à  l’ouvrier,  c’.-st  la  tradition,  la  nécessité  d’une  occupation ­
  accesoire,  le  manque  d’autre  occupation,  qui  lui
font  parfois  préférer  cette  forme  de  production  à  une
autre.
Examinons  ces  différents  points.
La  tradition.  —  L’ouvrier  à  domicile,  malgré  sa  misère, ­
  a  gardé  une  certaine  liberté  d’allure  à  laquelle  il
tient.  L’armurier  se  considère  parfois  comme  appartenant ­
  à  une  catégorie  supérieure  du  monde  du  travail.
A  Wandre,  par  exemple,  il  ne  fraye  pas  avec  le  houilleur,
dont  le  salaire  est  cependant  plus  élevé  (1).  Le  tailleur ­
  de  Binche  se  sépare  nettement  de  l’ouvrier  de
l’usine  ;  il  affecte  une  certaine  fierté  et  ne  parle  pas
des  autres  sans  un  peu  de  dédain  (2).
Comme  ces  seutiments  sont  naturellement  plus  vivaces ­
  chez  les  vieux,  encore  pleins  aux  souvenirs  d’autrefois ­
  et  hostiles  à  tout  changement,  ce  sont  eux  qui
restent  le  plus  longtemps  attachés  à  leur  ancien  métier, ­
  Nous  en  avons  donné  plus  haut  quelques  exemples ­
  (p.  278)  ;  la  statistique  confirme  entièrement  notre ­
  conclusion.

(1)  Ib.  v.  I,  p.  11.
(2)  Ib.  v.  VI,  p.  31.
        <pb n="290" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L  IXDUSTRIE  A  DOMICILE

287

Le  nombre  des  ouvriers  âgés  de  plus  de  50  ans
était  en  effet  en  1890  :

°/o

°/o

Hommes

du  total

Femmes  du  total

Dans  l’industrie

propre

ment  dite

75  709  (1)

12.11

2  759  (2)  2.63

Dans  l’industrie

à  domieile



8.903  (3)

2  2.  S  S

10.207  (4)  13.77

Pour  les  hommes,  le  nombre  des  vieux  ouvriers  (plus
de  50  ans)  est  donc  presque  deux  fois  aussi  considérable ­
  dans  l’industrie  à  domicile  que  dans  l’industrie
proprement  dite  ;  pour  les  femmes  il  est  cinq  fois  aussi
grand.
Le  nombre  de  tisserands  de  plus  de  50  ans  est  de
26.9  %  ;  de  boulonniers,  cloutiers,  etc.  de  26.3  %&amp;gt;  ;  de
bobineurs  de  71.2  0  o ;  de  bonnetiers  de  42.8  °/ 0 ,  etc.  (5).
Dans  les  grandes  industries,  comme  la  fabrication
d'armes,  la  proportion  des  vieux  ouvriers  est  de  15.2
°/ 0 ;  dans  la  construction  des  machines  de  11.7  °/ 0  ;  dans
la  fabrication  des  fils  de  coton  13.6  °/ 0  ;  dans  la  fabrication ­
  des  fils  de  lin  0.4  °/ G ,  etc.  (6)  Dans  les  industries ­
  à  domicile,  il  y  a  donc  beaucoup  plus  d’ouvriers
de  plus  de  50  ans  que  dans  les  grandes  industries.
2°)  Le  travail  à  domicile  n’est  souvent  qu'une  occupation ­
  accessoire.  Dans  le  pays  de  Liège,  par  exemple,

(I)  Receusemenl  industriel.  1896,  v.  XVIII,  p.  389.
(  )  1b.  p.  393.
(3)  Ib.  p.  393.
(4)  Ib.  p.  397.
(5)  Ib.  p.  3%.
(6)  Ib.  p.  43!*.
        <pb n="291" />
        288  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

les  cloutiers  unissent  les  travaux  industriels  à  l’agriculture ­
  (1).  Les  tisserands  de  la  Flandre  font  la  moisson ­
  chez  les  grands  fermiers  des  environs  ;  ils  partent
pour  la  France  et  vont  grossir  les  rangs  de  ces  millions ­
  de  Franschmans  qui,  chaque  été,  désertent  les
Flandres  pour  faire  la  récolte  dans  les  plaines  fécondes ­
  de  la  Bauce  et  de  la  Brie.  L’hiver  venu,  le  tisserand ­
  se  retrouve  devant  son  métier  (2).
Chaque  maison  de  tisserand  de  lin  est  entourée  d’une
étendue  variable  de  terre.  Sur  ce  champ  qui  dépasse
rarement  en  superficie  un  demi  hectare  et  comprend
en  moyenne  un  quart  ou  un  tiers  d’hectare,  le  tisserand ­
  récolte  des  pommes  de  terre,  des  légumes,  un  peu
de  céréales,  enfin  tout  ce  qu’il  faut  pour  l’entretien  de
sa  famille.  Fréquemment  aussi,  dans  l’étable  qui  est
annexée  à  la  maison,  un  porc  est  engraissé  ;  on  élève
des  lapins,  une  chèvre,  des  poules.  Sans  le  produit  de
cette  petite  culture  et  de  l’élevage,  le  tisserand  aurait
de  la  peine  à  nouer  les  deux  bouts  (3).  Le  cordier  de
Hamme  se  double  aussi  quelquefois  d’un  petit  cultivateur ­
  (4).
Tout  en  reconnaissant  le  rôle  que  joue  la  possibilité
d’exercer  le  travail  industriel  en  même  temps  que
l’agriculture,  pour  le  maintien  de  l’industrie  à  domicile, ­
  nous  devons  nous  garder,  comme  on  l’a  fait  souvent, ­
  d’exagérer  son  importance.

(1)  Industrie  à  domicile,  v.  III,  p.  10.
(2)  Ib.  v  II,  p.  143-144.
(3)  Ib.  p.  469.
(4)  Ib.  v.  III,  p.  111.
        <pb n="292" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L’INDUSTRIE  A  DOMICILE

289

C’est  dans  les  villes  que  se  rencontre,  de  plus  en
plus,  l’industrie  à  domicile.  Ainsi  sur  100  ouvriers  à
domicile,  on  en  trouve  dans  (1)  :
Localités  urbaines  (grandes  villes  et  villes)  19.63
»  mixtes  (petites  villes  et  grosses  communes)  34.43
»  rurales  (moyennes  et  petites  communes)  45.94
"  100.—
L’attraction  exercée  par  les  villes,  sur  le  travail  à
domicile,  est  très  forte.  Ainsi  sur  100  ouvriers  à  do
micile  fixés  dans  les  villes  suivantes  en  comprennent  (2):

Anvers
Bruxelles
Gand  .
Liège
Mali  nés
Louvain
Bruges
Mons  .
Tournai
Xarnur

97.58  p.  c
76.15  »
21.70  »
42.40  »
38.68  »
90.07  »
52.74  »
89.73  »
33.25  »
41.10  »

Beaucoup  de  femmes  mariées  trouvent  dons  le  travail ­
  à  domicile  la  seule  possibilité  de  gagner  le  salaire ­
  indispensable  pour  entretenir  la  famille.  Obligées  de
s’occuper  du  ménage  une  partie  de  la  journée,  elles
ne  peuvent  s’adonner  au  travail  en  fabrique  ou  en  magasin. ­

Tandis  qu’en  1896  dans  l’industrie  proprement  dite

(4  )  Ib.  v.  X,  p.  XCI.
(2)  Ib.
        <pb n="293" />
        290  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

14.20  %  (1)  des  femmes  étaient  mariées,  dans  l’industrie ­
  à  domicile  il  y  en  avait  35.28  %  (2).  Ce  sont  donc
principalement  les  femmes  mariées  qui,  comme  le  fait
justement  remarquer  Lily  Braun,  entravent  l’évolution
industrielle  vers  des  formes  plus  perfectionnées.
Certaines  industries  semblent  plus  spécialement  réservées ­
  aux  ouvrières  à  domicile  mariées  (veuves  ou
divorcées)  ;  on  compte  parmi  (3)  :
Les  polisseuses  de  marbre
Les  bobineuses,  épouleuses
Les  cigarières  et  cigarettières
Les  tisseuses  de  paille
3°)  Le  manque  d’autres  occupations  force  souvent
l’homme  à  s’adonner  à  l’industrie  à  domicile.  Il  suffit
qu’une  fabrique  se  fonde  dans  les  environs  pour  attirer ­
  vers  elle  les  ouvriers  à  domicile.
Xous  avons  analysé  jusqu’ici  les  contre-tendances
venant  du  consommateur  et  de  l’ouvrier,  qui  arrêtent
la  décadence  de  l’industrie  à  domicile.  Mais  ce  n’est
pas  eux  qui,  dans  notre  société  capitaliste,  décident
du  maintien  ou  de  la  disparition  d’une  forme  de  production. ­
  Si,  malgré  son  infériorité,  elle  existe  encore,
c’est  parce  que  l’entrepreneur  y  trouve  son  bénéfice.
La  forme  de  l’industrie  à  domicile  lui  permet,  sans
risquer  de  grands  capitaux,  de  faire  de  gros  bénéfices. ­
  11  n’a  pas  de  capital-installations  à  rémunérer

(1)  Recensement  industriel,  1896,  v.  XVIII,  p.  379.
(2)  Ib.  p.  385.
(3)  lb.  p.  387.

^  d’i

59.7  ü /°
73.9  ,  ,,
'  d  ouvrières
61.6  /  mariées
54.3
        <pb n="294" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L’iXDUSTRIE  A  DOMICILE

29  i

et  cette  circonstance  lui  offre  le  sérieux  avantage  de
pouvoir,  à  son  gré,  étendre  ou  restreindre  la  production ­
  suivant  les  fluctuations  du  marché.  Ainsi,  dans
l’industrie  de  la  lingerie,  affligée  comme  toutes  les
autres  industries  de  l’habillement  du  mal  chronique
des  «  pleines  &amp;gt;•  et  mortes  saisons,  l’élasticité  naturelle
de  l’industrie  à  domicile  permet  à  l'employeur  de  rejeter ­
  sur  l’ouvrière  tous  les  inconvénients  du  chômage ­
  (1).
Cette  élasticité  a  aussi  une  grande  importance  dans
les  industries  où  la  mode  joue  un  rôle  sérieux.  C’est
un  grand  avantage  pour  l’entrepreneur,  faisant  fabriquer ­
  à  domicile,  de  pouvoir  renouveler  ses  collections,
arrêter  brusquement  la  fabrication  des  articles  qui  ont
cessé  de  plaire.  La  fabrique  outillée  comme  elle  l’est,
avec  son  personnel  et  ses  machines  spécialisées,  pour
la  production  par  séries,  ne  le  peut  pas  (2).  C’est  en
partie  la  mode  qui  nous  explique  pourquoi,  dans  l’industrie ­
  du  vêtement  pour  femmes,  la  production  décentralisée ­
  se  maintient  plus  longtemps  que  dans  l’indus"
trie  de  l’habillement  pour  hommes  (3).
Nous  voyons  que  le  même  facteur,  qui  pousse  à  la
centralisation  (v.  p.  182  ss.)  a  aussi  une  influence  tout
opposée.
L’avantage  que  l’industrie  à  domicile  présente  pour

(1)  Office  du  travail.  Industries  à  domicile,  v.  IX,  p.  42.  (Voirie  même
fait  pour  le  vêtement  pour  femmes  v.  VIII,  p.  356  ;  pour  vêtements  pour
boulines,  v  I  p.  262).
(2)  Aftalion  :  Le  développement  de  la  fabrique  et  le  travail  à  domicile, ­
  1.  e.  p.  145
3)  Pour  la  lingerie,  par  ex.,  vcir:  Ind.  à  dom.  v.  IX,  p.  41.
        <pb n="295" />
        292  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
l’entrepreneur  consiste  donc  dans  la  possibilité  de
rejeter  sur  l’ouvrier  les  risques  professionnels.
C’est  seulement  grâce  à  une  exploitation  de  la  maind’œuvre,
  impossible  en  atelier,  que  la  production  décentralisée ­
  peut  résister  à  la  fabrique.
Bas  salaires  et  longues  journées  de  travail,  voilà  ce
que  nous  rencontrons,  à  quelques  exceptions  près,  dans
toutes  les  industries  à  domicile.  Comme  il  est  impossible ­
  de  donner  une  statistique  des  salaires  de  l’industrie ­
  à  domicile  (1),  je  me  contenterai  de  quelques  exemples ­
  frappants,  accompagnés  des  conclusions  de  l’enquête. ­

La  situation  économique  des  dentellières,  au  nombre
de  47.000  en  1896,  est  spécialement  triste.  Voici  quelques
exemples;  une  jeune  fille  travaille  12  1/2  heures  par
jour  et  gagne  pour  ce  temps  0.67  fr.  (v.  V,  N°  141)  ;
une  jeune  fille  de  18  ans  gagne  1  franc,  une  dentellière ­
  très  habile  2  francs  en  14  heures  (v.  V  N os  146  et  226).
Ce  ne  sont  pas  la  des  exceptions.  «  Les  facteurs  ont
compris,  nous  dit  Verhaegen,  que  rien  ou  presque
rien  ne  devait  les  arrêter  dans  leur  âpre  poursuite  de
la  fortune,  et  ils  ont  inauguré,  depuis  une  trentaine
d’années,  un  régime  qui  n’a  peut-être  pas  son  équivalent ­
  parmi  les  industries  à  domicile  établies  en  Belgique. ­
  C’est  le  sweating  System  avec  son  cortège  d’abus
et  de  misères,  ses  longues  heures  de  travail  et  les  défections ­
  qui  se  produisent  tous  les  jours  plus  nombreuses ­
  dans  les  rangs  de  ses  victimes  »  (2).
(1)  Voir  mon  article  «  Die  Lage  der  Hausindustrio  in  Belgien  »
Soziale  Praxis,  1908  (5  novembre)  p.  138.
(2)  Office  du  travail.  Industries  à  domiicile,  v.  V,  p.  39.
        <pb n="296" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L’INDUSTRIE  A  DOMICILE  293

Dans  l’industrie  armurière,  les  fusils  à  baguette  qui
se  payaient  2.50  fr.,  ne  se  payent  plus  que  0,80  fr.
Les  ressources  sont  devenues  si  maigres  qu’on  doit
se  contenter,  comme  le  disait  un  garnisseur  à  Ansiaux,
d’une  tasse  de  café  au  lieu  de  soupe  (1).
Dans  le  tressage  de  la  paille,  le  salaire  journalier
ne  dépasse  pas  50  centimes  en  temps  normal  (2).
Dans  la  lingerie,  nous  assistons  aussi  à  un  avilissement ­
  des  prix.  «  La  plupart  des  lingères,  dit
Vermaut,  ont  élevé  des  récriminations  très  vives
accompagnées  de  détails  précis  et  significatifs  contre
les  abaissements  successifs  des  prix  que  les  magasins
leur  imposent...  »  (3).
Les  tisserands  de  lin  considèrent  un  salaire  de  1.50
fr.  à  2  fr.  par  jour  comme  un  revenu-limite  (4).
Dans  la  broderie  sur  linge,  si  l’on  décompte  le
temps  des  repas  et  celui  du  petit  repos  qui  le  suit,
l’ouvrière  travaille  12-13  heures  (5).  Dans  l’industrie
du  vêtement,  l’ouvrier  commence  à  travailler  à  6  heures
du  matin  et  s’arrête  à  la  chute  du  jour  avec  quelque
repos  pendant  la  journée.  En  hiver,  en  forte  saison,
il  travaille  à  la  lumière  jusqu’à  11  heures  et  minuit
(6).  Dans  la  clouterie,  il  n’est  pas  rare  que  le  cloutier,
à  la  besogne  dès  6  heures  du  matin,  y  soit  encore  à
8  heures  du  soir  (7).
(4)  Ib.  V.  X.  108-109.
(2)  Ib.  v.  II,  p.  58-62.
(3)  1b.  v.  IX,  p.  103.
(4)  Ib.  v.  II,  p.  143.
(5)  Ib.  v.  VIII  p.  100.
(6)  Ib.  v.  I,  p.  261.
(7)  Ib.  v.  III,  p.  97
        <pb n="297" />
        294  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

Ce  qui  aggrave  souvent  la  situation  économique  de
l’ouvrier  à  domicile  et  la  rend  plus  triste,  c’est  la  nécessité ­
  d'avoir  son  propre  matériel  de  travail.  Ainsi,
dans  la  cordonnerie,  la  piqueuse  a  la  charge  d’une  machine ­
  qui  lui  coûte  225  à  250  francs  (1).
La  gantière  reçoit  de  l’entrepreneur,  pour  lequel  elle
travaille,  une  machine  à  coudre.  Suivant  les  usages,
elle  doit  entretenir  l’outillage  dont  elle  se  sert.  Lorsque ­
  le  patron  remet  une  machine  déjà  usée,  le  moindre
effort  amène  le  bris  de  pièces,  dont  le  remplacement
peut  coûter  6  à  8  francs.  Pour  l’ouvrière,  cette  dépense
représente  une  semaine  de  travail  (v.  III,  p.  127).
Dans  la  corderie,  les  frais  d’acquisition  et  d’entretien
du  matériel  constituent  la  grosse  part  des  dépenses
incombant  au  cordier  (2'.
Le  coutelier  paie  pour  l’usage  des  moteurs  mécaniques, ­
  servant  au  polissage  et  aiguisage,  une  redevance
de  3  francs  par  jour  pour  l’aiguisage  et  de  2.50  fr.  pour
le  polissage.  La  fourniture  des  roues  reste  à  sa  charge,
de  même  que  la  réparation  des  outils  qui  sont  fournis ­
  par  lui  (v.  I,  p.  343-345).
Les  frais  et  fournitures  qui  sont  à  charge  de  l’ouvrier
à  domicile  diminuent  beaucoup  son  salaire  nominal.
Dans  l'industrie  de  la  chaise,  la  matière  première
employée  pour  le  polissage  reste  à  charge  de  l’ouvrier,
qui  paie  de  ce  chef  quelques  centimes  par  chaise.  De
son  côté,  l’ouvrière  doit  acheter  la  paille  avec  laquelle

(1)  lb.  v.  II,  p.  259
(2)  Ib.  v.  VIII,  p.  115.
        <pb n="298" />
        LA  DECADENCE  DE  l’iNDITSTRIÈ  A  DOMICILE

295

elle  recouvre  le  siège  du  meuble  ;  on  estime  la  dépense
à  0.18  fr.  par  chaise  (1).  Dans  la  cordonnerie,  eu  pays
flamand,  la  fourniture  des  matières  premières,  clous,
cire,  fil,  soie,  cirage  entraîne  une  dépense  de  5,  10  ou
15  centimes  par  paire  de  souliers  (2).  Dans  la  broderie
sur  linge,  le  fil  de  coton  (3)  ;  dans  la  confection  du
vêtement  pour  femmes.  le  fil.  la  soie,  etc.  sont  à  la
charge  de  l’ouvrière  (4).  Chez  les  canonniers,  la  principale ­
  charge  incombant  aux  ouvriers-forgerons  est  le
paiement  du  charbon  (5).  De  même  chez  le  cloutier  (6).
Une  autre  cause  indirecte  de  diminution  des  salaires
réside  dans  les  courses  à  faire  pour  livrer  l’ouvrage  et
prendre  livraison  de  la  matière  première.  Dans  la
corderie.  il  arrive  que  les  ouvriers  doivent  attendre,
dans  les  grands  établissements,  une  et  même  deux
heures  leur  tour  de  rôle  ^7).  Le  chaisier  est  tenu
d’emmagasiner  le  bois  ;  puis,  quand  le  produit  est
achevé,  il  doit  emballer  les  chaises  et  les  transporter
aux  divers  endroits  d’expédition.  De  façon  générale,
on  peut  dire  que  les  corvées  absorbent  plusieurs  heures
chaque  jour  et  l’on  se  rend  compte  qu’en  dehors  de
la  perte  de  temps  qui  en  résulte,  elles  nuisent  à  la
régularité  du  travail  (8).  Dans  la  cordonnerie,  les

(1)  Ib.  v.  VIII,  p.  43.
(2)  Ib.  v.  II,  p.  107.
(3)  Ib.  v.  VIII,  p.  75.
(4)  Ib.  p.  340.
(o)  Ib.  v.  I,  p.  12S
(6)  Ib.  v.  III,  p.  93.
(7)  Ib.  v.  VIII,  p.  H  5.
(8)  Ib.  v.  VIII,  p.  44.
        <pb n="299" />
        ;  ______

296

EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

allées  et  venues  causent  uue  diminution  dn  salaire.
L'ouvrier  perd  1  à  4  francs  par  semaine  (1).
Dans  Vindustrie  armurière,  où  la  grande  décomposition ­
  du  travail  nécessite  des  transports  très  fréquents
(voir  p.  273),  la  plus  grande  part  de  cette  lourde
charge  retombe  sur  les  ouvriers,  sans  compensation.
Ces  transports  sont  effectués  par  les  femmes  et  enfants
de  ceux-ci  ou  par  des  commissionnaires,  spécialement
du  sexe  féminin,  auxquels  les  armuriers  doivent  payer
une  redevance  de  quelques  centimes  par  arme  ou  pièce
d’arme  (2).
Le  truck  System,  quoiqu’interdit  par  la  loi  de  1887,
est  resté  chose  courante  dans  une  grande  partie  des
industries  à  domicile  en  Belgique.  Il  se  retrouve  le
plus  souvent  sous  une  forme  déguisée.
Dans  l'industrie  de  la  chaise,  un  usage  établit  l’obligation, ­
  pour  l’ouvrière  rempailleuse,  d’affecter  partiellement ­
  son  salaire  à  l’achat  de  pains,  dans  la  mesure
et  à  l’endroit  que  le  fabricant  lui  indique.  Le  tarif  est
parfois  d’un  pain  par  deux  chaises  à  rempailler.  L’explication ­
  de  cette  coutume  est  que  les  fabricants  sèchent
leur  bois,  après  teinture,  dans  les  fours  de  boulangers
et  alors,  à  titre  de  service  réciproque,  ils  assurent  au
boulanger  la  clientèle  de  leurs  ouvriers  (3).  L’habitude
d’utiliser  la  clientèle  de  l’ouvrier  se  trouve  également
chez  le  patron  qui  tient  un  débit  de  boissons.  Le
chaisier  se  rend  compte  que  s’il  ne  réalise  pas  les

(1)  Ib.  v.  IL  p.  109.
(2)  Ib.  v.  I,  p.  50.
(3)  Ib.  v.  VIII,  p.  44.
        <pb n="300" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L’INDUSTRIE  A  DOMICILE

297

espérances  fondées  sur  lui,  son  attitude  lui  vaudra
d’être  remercié  sous  l’un  ou  l’autre  prétexte  (1).
Dans  l'industrie  dentellière,  le  truck-system  est  pratiqué ­
  indistinctement  par  tous  les  facteurs  dans
presque  toutes  les  localités.  A  Lierre  et  à  Kieldrecht,
  les  paiements  se  font  tantôt  en  argent,  tantôt
en  nature  ;  mais  les  ouvriers  payés  en  argent  sont
moralement  forcés  de  se  fournir  dans  les  boutiques  des
facteurs.  Quelques  facteurs  laissent  leurs  ouvriers  libres
de  ne  dépenser  chez  eux  qu’une  partie  de  leur  salaire,
d’autres  les  contraignent  à  dépenser  le  tout,  et  les  dentellières ­
  n’osent  point  réclamer  ;  elles  craignent  trop
de  ne  plus  avoir  de  travail  ou  de  ne  recevoir  que  du
mauvais  ouvrage  (2).  Presque  partout,  les  facteurs  qui
pratiquent  le  truck-system  exploitent  l’ouvrière  d’une
façon  révoltante  ;  ils  forcent  les  brodeuses  à  se  fournir
de  certaines  marchandises  chez  des  bouchers,  épiciers,
boulangers  de  leur  connaissance,  avec  lesquels  il  partagent ­
  ensuite  les  bénéfices  (3).
Quant  le  tisserand  des  Flandres  a  touché  le  prix  de
sa  toile,  c’est  le  moment  pour  lui  de  faire  les  achats
nécessaires  à  son  ménage.  Souvent  la  boutique  du  contremaître ­
  est  la  seule  bien  fournie  dans  la  hameau  ou
le  village.  Mais,  même  quant  il  a  le  choix,  le  tisserand
y  fera  de  préférence  ses  emplettes,  pour  se  concilier
les  bonnes  grâces  de  son  chef  qui  pourrait  user  de

(1)  Ib.  p.  45.
(2)  Ib.  v.  V,  p.  144.
(3)  Ib.  p.  445.
        <pb n="301" />
        298  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  RELGIQUE

représailles  eu  lui  refusant  du  travail  ou  en  lui  donnant ­
  du  mauvais  ouvrage  (1).
A  Braine  l’Alleud,  les  bobineurs  d’un  fabricant  de
tissus  de  coton  reçoivent  pour  prix  de  leur  travail  des
bons  échangeables  dans  un  magasin  déterminé  (2).
Dans  Vindustrie  armurière,  on  assure  que,  pour  certains
recoupeurs  et  patrons  canonniers,  le  truck-system  est
le  seul  moyen  d’écliapper  à  la  ruine  (3).  Le  payement,
au  moins  partiel,  en  denrées  est  ouvertement  pratiqué
par  la  plupart  des  marchands  de  tresses  (4).
Les  tailleurs  de  Binche,  pour  avoir  du  travail,  doivent ­
  occuper  une  maison  du  patron,  dont  le  prix  est
forcé  (5).  Une  contrainte  morale  les  oblige  à  faire  des
achats  dans  les  boutiques  en  relation  avec  l’entrepreneur. ­
  Sous  cette  forme  déguisée,  le  truck-system  se
retrouve  aussi  dans  la  lingerie  (6),  la  bonneterie  (7),
la  cordonnerie  en  pays  flamand  (8),  etc.
De  même  que  la  loi  contre  le  truck-system,  la
législation,  interdisant  le  travail  des  enfants  de  moins
de  12  ans,  est  violée  dans  l’industrie  à  domicile.  Dans
les  ateliers  de  broderie  sur  tulle,  à  Lierre,  beaucoup
d’enfants  sont  âgés  de  moins  de  12  ans  et  travaillent
pendant  de  longues  heures  chaque  jour.  Pendant  les
moments  de  presse,  les  jeunes  filles  de  tout  âge  tra-(1)

  Ib.  v.  Il,  d.  164.
(2)  Ib.  v.  VI,  p.  97.
(3)  lb.  v.  I,  p.  133.
(4)  Ib.  v.  II,  p.  163.
(5)  Ib.  v.  VI,  p.  129.
(6)  Ib.  v.  VIII,  p.  287
(Y)  Ib.  v.  VII,  p.  147.
(8)  Ib.  v.  II,  p.  149.
        <pb n="302" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L’INDUSTRIE  A  DOMICILE

290

vaillent  assez  fréquemment  jusque  16  et  17  heures  par
jour  (1).
A  Hamme,  dans  la  corderie  l’inapplicabilité  au  travail
à  domicile  de  la  législation  sur  les  personnes  protégées ­
  se  fait  particulièrement  remarquer  :  à  tous  les
coins  de  rues  surgissent  des  fillettes  et  garçonnets  de
6  à  13  ans,  courant  le  long  des  fileries  ou  tournant
le  rouet.  A  l'instar  de  leurs  parents,  ces  enfants
grandiront  dans  l'ignorance,  heureux  encore  s’ils  apprennent ­
  leur  métier  sous  la  direction  paternelle,
échappant  ainsi  à  la  dureté  du  sweating-system  d’un
maître  étranger  (2).
C’est  dans  Y  apprentissage  que  se  commettent  les  plus
grands  abus.  Ainsi  un  tailleur  de  Bruxelles  —  et  ce
n’est  qu’un  exemple  parmi  beaucoup  d’autres  —  paie
des  ouvriers  déjà  assez  capables,  venus  de  la  province
pour  se  perfectionner  dans  la  capitale,  5  centimes
l’heure  et  il  leur  fait  payer  leur  dîner  0.65  fr.,  de
sorte  que  l’ouvrier  qui  travaille  dix  heures  lui  doit
15  centimes  (3).
A  côté  des  ouvrières  tricoteuses  connaissant  leur
métier,  il  y  a  dans  la  bonneterie  des  apprenties  qui
les  assistent,  mais  ne  gagnent  rien  ou  à  peine
quelques  pourboires  après  la  deuxième  année  d’apprentissage. ­
  Ce  sont  de  petites  filles  de  10  à  12  ans  qui
s’occupent  à  bobiner  la  laine  ou  le  coton,  à  ramasser
les  mailles,  etc.  (4).
(1)  Ib.  v.  V,  p.  172.
(2)  Ib.  v.  VIII,  p.  60.
(3)  Ib.  v.  I,  p.  211.
(4)  Ib.  v.  VII,  p.  116.
        <pb n="303" />
        300

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DË  LA  BELGIQUE

Dans  l’industrie  du  meuble  presque  tous  les  sculpteurs ­
  et  bon  nombre  d’ébénistes  travaillent  à  domicile
utilisant  les  services  d’un  ou  plusieurs  aides,  auxquels
ils  payent  un  salaire  qui  varie  de  Fr.  0.09  à  Fr.  0.20
l’heure  Ces  jeunes  apprentis  se  chargent  du  premier
travail  qui,  peu  compliqué  en  lui-même,  exige  cependent
  une  besogne  considérable,  disproportionnée  avec
le  salaire  gagné  par  le  maître-ouvrier  (1)
Qu’est-ce  qui  rend  l’exploitation  de  la  force  humaine
possible  dans  les  industries  à  domicile  ?  C’est  avant  tout
le  manque  d'esprit  de  solidarité  des  ouvriers  à  domicile.
Les  associations  professionnelles  sur  lesquelles  repose
toute  la  force  de  résistance  de  la  classe  ouvrièresont  presque ­
  inconnues  dans  les  industries  à  domicile.  Les  tailleurs
de  Binche,  très  individualistes  et  fort  indépendants,  n’ont
guère  d’association  (2).  Le  syndicat  des  cordonniers  de
la  même  ville  végète  (3).  Dans  la  lingerie  (cols,  corsets, ­
  cravates,  chemises),  c’est  le  régime  de  l’isolement
absolu  du  côté  des  ouvrières  (4).  Les  ouvriers  de  l'industrie ­
  du  meuble  ne  montrent  pas  d’empressement  à
entrer  dans  les  voies  de  l’association  (5).  Les  cordiers
montrent  une  indifférence  complète  à  l’endroit  du  mouvement ­
  syndical.  Tous  les  efforts  tentés  depuis  des
années,  pour  donner  à  la  classe  ouvrière  une  certaine
cohésion,  permettant  d’exercer  une  influence  durable

(1)  Ib  v.  VTII,  p.  10.
(2)  Ib.  v.  VI,  p.  153.
(3)  Ib.  p.  289  et  290.
(4)  Ib.  v.  VIII,  p.  290.
(5)  Ib.  v.  VIII,  p.  26.
        <pb n="304" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L’iNDUSTRIE  A  DOMICILE

301

et  méthodique  sur  le  régime  du  travail,  ont  échoué
devant  un  individualisme  outré  (1).
Même  situation,  pour  les  armuriers  (2),  les  tisserands
de  lin  (3),  les  dentellières  (4),  les  couteliers  (5),  les
cloutiers  (6),  les  couseuses  de  gants  (7),  etc.
Il  n’y  a  d’exception  que  pour  les  travailleurs  en
chambre  de  Bruxelles  :  les  tailleurs,  chez  lesquels
existent  trois  syndicats,  et  les  gantiers,  qui  ont  constitué ­
  une  Union  puissante.  «  Cette  exception,  comme
le  remarque  très  justement  Ansiaux,  est  bien  de  celles
qui  confirment  la  règle.  Puissamment  unis,  les  gantiers ­
  font  preuve,  du  reste,  d’un  esprit  particulariste
très  prononcé  à  l’égard  des  autres  corps  de  métier  «  (8).
Cette  association  fut  la  seule  à  Bruxelles  qui  refusa
d'adhérer  au  projet  de  constitution  d’une  bourse  de
travail.  L’indépendance  d’allures  que  garde  l’Union  des
gantiers  n’est  que  le  reflet  du  caractère  de  ses  membres  (9;.
Le  fait  que  l'industrie  a  domicile  n'est  considérée
souvent  que  comme  occupation  d'appoint  nous  explique
aussi  les  bas  salaires  qui  y  régnent.  Chez  les  ouvriers
à  domicile,  dans  29.070  familles  sur  48.590,  soit  dans  59.83
p.  c.  des  cas,  le  père  lui-même  n’appartient  pas  à
l’industrie  à  domicile.  La  principale  source  du  revenu

(1)  Ib.  v.  VIII,  p.  18  i.
(2)  Ib.  v.  I,p.  16b.
(3)  Ib.  v.  II,  p.  172.
(t)  Ib.  v.  IV.  p.  60.
(5)  Ib.  v.  I.  p.  353.
(6)  Ib.  v.  III,  p.  104.
(7)  Ib.  v.  III,  p.  143.
!8)  Ansucx  :  Que  faire  etc.  1.  c.  p.  126.
(9)  Office  du  Travail.  Industries  à  domicile  v.  III,  p.  9.
        <pb n="305" />
        302

ÉVOLUTION"  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

de  la  famille  ne  vient  pas  alors  du  travail  à  domicile,
qui  ne  fournit  que  des  ressources  complémentaires  (1).
L’analyse  des  tableaux  statistiques  conduit  aux  résultats ­
  suivants  :

Familles  comptant  des  ouvriers  à  domicile,  dont  le
père  est  :

Ouvrier  à  domicile

19.520  soit  40.17  p.  c.

Agriculteur

14.793

»

30.44  »

Ouvrier  en  atelier  .

8.025

»

16.52  »

Artisan  indépendant

2.878

»

5.93  »

Autre  profession

3.374

»

6.94  «

48.590

100  p  c.

Nous  voyons  donc  combien

le  domaine

de

l’industrie

à  domicile,  considérée  comme  occupation  d’appoint,  est
étendu.  Ce  sont  notamment  les  dentellières,  les  couseuses ­
  de  gants,  les  brodeuses  sur  lingerie,  etc.  qui,
dans  les  campagnes,  s’efforcent  d’ajouter  quelques  ressources ­
  journalières  aux  salaires  du  mari,  provenant
du  travail  agricole  (2).  Le  travail  en  atelier,  comme  ressource ­
  principale  du  ménage,  joue  aussi,  comme  les
chiffres  ci  dessus  le  démontrent,  un  rôle  important.
Le  salaire  d’appoint  est  de  tous  le  plus  bas,  et  il
arrive  souvent  qu’il  descende  en-dessous  de  ce  qui
serait  indispensable  à  l’entretien  d’un  travailleur  isolé,
abandonné  à  ses  seules  forces.  De  là  bien  des  dra-(1)

  Ib.  v.  X,  p.  LXVI.
(2)  1b.  V.  X,  p.  XGVI.
        <pb n="306" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L’INDUSTRIE  A  DOMICILE

303

mes.  Une  ouvrière  qui  perd  son  soutien  voit  réduite, ­
  du  jour  au  lendemain,  à  la  plus  noire  détresse  (1).
Telle  est  dans  ces  grandes  lignes,  la  situation  économique ­
  des  ouvriers  à  domicile.  Le  mérite  de  l'Enquête ­
  de  l'Office  de  travail  est  d'avoir  prouvé,  que
l’industrie  à  domicile  est  un  mal  social.  Nous  savons
aujourd’hui  qu’elle  ne  résiste  à  la  concurrence  de  la
fabrique,  que  grâce,  comme  le  disait  déjà  Maux,  à
une  exploitation  sans  bornes  de  la  force  humaine  (2).
*
*  *
Avant  de  quitter  le  domaine  de  l’industrie  à  domicile,
je  voudrais  encore  m’arrêter  à  une  question  fort  discutée ­
  celle  des  «  moteurs  électriques  ».
Il  suffit  de  se  rendre  compte  des  conditions  de  la
production  dans  l’industrie  à  domicile  et  dans  la  fabrique ­
  (voir  273  ss.),  pour  comprendre  que  l’amélioration
technique  ne  peut  changer  en  rien  l'infériorité  de  la
production  décentralisée.  Il  est  étrange  que  des  savants ­
  très  perspicaces  n’y  aient  pas  songé  et  aient  vu
dans  le  moteur  électrique  un  moyen  de  faire  revivre
l’industrie  à  domicile  (3).
Comme  la  supériorité  de  la  fabrique  n’est  nullement ­
  basée  sur  la  technique,  mais  sur  des  facteurs

(1)  Ib.  v.  IF,  p.  57.
(2)  Kart.  Marx  :  Das  Kapital,  5&amp;lt;®  Auflage.  Hamburg,  1903,  p.  441.
(3)  Voir  à  ce  sujet  mon  article  «  Elektromotoren  und  Hausindustrie,
Zeitschrift  fur  die  gesamte  Staatswissenschaft,  1909,  p.  183-489.
        <pb n="307" />
        304  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

d’un  ordre  différent,  il  est  clair  que  toutes  les  tentatives, ­
  ne  tenant  point  compte  de  ce  fait,  ont  dû  naturel’
lement  échouer.
Marx  nous  en  donne  un  exemple.  «  A  Coventry,
dit-il  l’essai  de  Cottage  Factories  (fabrique  dans  des  cottages) ­
  se  développa  d’une  manière  spontanée  pour  le
tissage  de  la  soie.  Au  milieu  de  rangées  de  cottages
bâtis  en  carré,  on  construisit  un  local  dit  Engine-Ilouse
  (Maison-machine)  pour  l’engin  à  vapeur  mis  en
communication  par  des  arbres  (Scliûfte)  avec  les  métiers  à
tisser.  Dans  tous  les  cas,  la  vapeur  était  louée,  par  exemple ­
  à  2  1/2  sh.  par  métier.  Ce  loyer  était  payable  par  semaine, ­
  que  les  métiers  fonctionnassent  ou  non.  Chaque
cottage  contenait  de  deux  à  six  métiers,  appartenant  aux
travailleurs,  achetés  à  crédit  ou  loués.  La  lutte  entre  la
fabrique  de  ce  genre  et  la  fabrique  proprement  dite  dura
plus  de  douze  ans  ;  elle  se  termina  par  la  ruine  complète
des  trois  cents  Cottage  Factories  »  (1).
Est-ce  que  les  nouvelles  expériences,  faites  avec  des
moteurs  électriques,  furent  couronnées  d’un  plus  grand
succès  ?  Nous  pouvons  répondre  à  la  question  en  nous
basant  sur  une  enquête  très  intéressante  qui  fut  entreprise ­
  par  le  gouvernement  belge.  Eu  1902,  l’Office
du  Travail  envoya  un  de  ses  fonctionnaires  M.  Julin
et  M.  le  Professeur  Dubois  en  Suisse,  à  Lyon  et  Saint-Etienne,
  pour  étudier  les  résultats  de  l’emploi  des  moteurs ­
  électriques  dans  les  industries  à  domicile.  Les
deux  enquêteurs,  en  commençant  leurs  études,  étaient

(I)  Karl  Marx  :  Le  capital,  1873,  Paris,  p.  199.
        <pb n="308" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L  INDUSTRIE  A  DOMICILE

305

convaincus  que  l’électricité  allait  donner  une  nouvelle
impulsion  à  l’industrie  à  domicile.  Le  résultat  de  leur
enquête  fut  tout  opposé.  »  En  résumé,  conclut  le  rapport, ­
  les  avantages  principaux  de  la  production  centralisée ­
  ne  peuvent  être  atteints  dans  la  forme  de  l’industrie ­
  à  domicile  ;  l’emploi  d’un  moteur  mécanique
par  les  travailleurs  de  cette  dernière  ne  remédie  pas
à  cette  infériorité  »  (1).
Dans  Vindustrie  de  l'horlogerie  en  Suisse,  le  moteur
électrique  est  notamment  employé  dans  les  ateliers  des
ouvriers  de  la  boîte,  pour  les  travaux  de  polissage,
de  gravure,  de  guillochage  à  la  mécanique,  chez  les
pierristes,  etc.  (2).  Mais  il  est  faux  de  croire  que  grâce ­
  à  cela  l’industrie  à  domicile  remplace  le  système
de  fabrique.  Elle  se  maintient  uniquement  parce  que
les  capitalistes  suisses  ne  confient  pas  facilement  leur
argent  à  des  entreprises  industrielles.  Ils  préfèrent  des
placements  moins  rémunérateurs,  mais  plus  sûrs  (3).
«  Si  l’horlogerie  suisse  lutte  avec  succès  contre  l’horlegerie
  américaine,  concluent  les  enquêteurs,  c’est  parce ­
  qu’elle  a  su  s’approprier  les  procédés  de  fabrication
de  ses  redoutables  concurrents  et  s’outiller  en  conséquence ­
  »  (4).
Les  expériences  faites  dans  le  tissage,  à  Lyon,  ont
presque  toutes  un  caractère  de  bienfaisance  En  1895,
fut  fondée  la  société  pour  le  développement  du  tissage
(1)  Royaume  de  Belgique.  Ortice  du  travail.  Les  moteurs  électriques
dans  les  industries  à  domicile.  Bruxelles  1902,  p.  279.
(2)  Ib.  p.  83.
(3)  Ib.  p.  66.
4)  Ib.  p.  94.
        <pb n="309" />
        306  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
à  Lyon,  qui  a  pour  but  d’amener  facilement  la  force
mécanique  dans  l’atelier  domestique  (1).  Les  ressources
de  la  Société  se  composaient,  fin  1899,  de  140.000  frs
de  subventions  et  de  53.000  francs  de  souscriptions  des
membres  (2).  Depuis,  les  dons  privés  ont  augmenté
(jusqu’au  17  mars  1907)  de  6000  francs  ;  les  subventions ­
  ont  cessé  entièrement  (3)  On  peut  dire  que
l’expérience  a  échoué  complètement.  «  Le  moteur  électrique ­
  ne  sera  donc  pas  la  baguette  magique  qui  ressuscitera ­
  un  ordre  de  choses  disparu  »  concluent  Julin
et  Dubois  (4).
Quant  à  l’industrie  de  la  rubannerie  à  Saint-Etienne,
la  décadence  de  l’industrie  à  domicile  n’y  semble  pas
lointaine  :  «  La  rubannerie,  disent  les  enquêteurs,  pas
p’us  qu’une  autre  industrie,  n’échappera  à  la  loi  du
progrès  :  le  jour  viendra  où  son  outillage  se  renouvel
lera,  où  des  méthodes  de  travail  plus  rapides,  plus
économiques  seront  introduites.  Le  métier  à  la  barre
n’est  plus  le  seul  à  être  employé,  les  fabriques  riva
les  en  ont  imaginé  d’autres.  Que  feront  les  rubanniers
à  domicile  le  jour  où  leur  instrument  deviendra  inutile, ­
  succombera  devant  un  autre  plus  ingénieux,  plus
perfectionné  ?  Où  iront-ils  chercher  les  ressources  pour
vaincre  ce  nouvel  adversaire  »  (5).
On  le  voit,  il  faut  définitivement  abandonner  l’idée
que  le  moteur  électrique  fera  revivre  les  industries  à
domicile.
(1)  Ib.  p.  168.
(2)  Ib  p,  169.
(3)  Reforme  sociale,  1908,  p.  665.
(4)  Office  du  Travail.  Les  moteurs  etc.  1.  c.  p.  180.
(5)  Ib.  p.  269.
        <pb n="310" />
        CHAPITRE  XII.

La  Concentration  industrielle (1)

Beaucoup  d’économistes  —  notamment  des  économistes ­
  français  —  traitent  le  problème  de  la  décadence
du  métier  et  de  la  concentration  comme  une  seule
question.  Il  me  semble  qu’il  s’agit  ici  de  phénomènes
qui  doivent  être  envisagés  séparément.  Dans  l’analyse ­
  de  la  décadence  du  métier,  il  s’agit  de  voir  comment ­
  l’artisan  est  supplanté  par  la  fabrique  (chap.  IXetX),
éventuellement  par  l’industrie  à  domicile  (cliap.  XI).
En  parlant  de  la  concentration,  nous  avons  en  vue  le
remplacement  des  petites  fabriques  par  de  grandes  et
de  très  grandes  entreprises.
Nous  devons  donc  rechercher  si  l’évolution  capitaliste ­
  élimine  de  plus  en  plus  les  petites  fabriques  au
profit  des  grandes.  Suivant  toujours  notre  méthode,
nous  tâcherons  d’abord  d’arriver  à  une  clarté  théorique ­
  du  problème.
Est-ce  que  les  avantages  dus  à  la  différenciation  et

(lj  Le  problème  des  syndicats  n’est  pas  traité  ici.  Je  renvoie  le
lecteur  au  livre  que  dk  Leener  a  consacré  à  cette  question.
(L’Organisation  syndicale  des  chefs  d’industrie.  Etude  sur  les
syndicats  industriels  en  Belgique.  —  Travaux  de  l’Institut  de  Sociologie ­
  Solvay.  2  vol.)
        <pb n="311" />
        308  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
à  l’intégration  que  nous  avons  exposées  dans  le  chap.
IX  augmentent  ou  diminuent  avec  la  grandeur  de
l’entreprise,  est-ce  qu’ils  ne  cessent  pas  d’agir  à  un
certain  moment  ?  Examinons  cette  question.
Quant  à  la  différenciation,  on  peut  dire  que  la
décomposition  du  travail  n’a  pour  ainsi  dire  pas  d’autres ­
  limites  que  l’étendue  du  marché  (voir  p.  48  ss.).  Nous
avons  vu  déjà  plus  haut,  qu’une  chaussure  passe,  avant
d’être  confectionnée  par  600  mains  environ  (p.  170).  Ajoutons ­
  que  la  montre  Oméga  se  compose  de  144  pièces
différentes  dont  la  fabrication  nécessite  1662  opérations ­
  successives  (1)  et  que  la  bicyclette  eD  nécessite
presque  1000.
Mais  la  très  grande  entreprise  n’a  pas  seulement  sur
la  moyenne  et  sur  la  grande,  la  supériorité  de  pouvoir ­
  pousser  plus  loin  la  décomposition  du  travail,
elle  seule  peut  avoir  recours  à  la  différenciation  dans
les  besognes  supérieures  de  l’activité  humaine.  Ainsi,
ce  ne  sont  que  les  établissements  très  importants  qui
peuvent  employer  de  grands  talents  comme  directeurs,
dessinateurs,  artistes,  chefs  de  réclame,  etc.  Eux  seulement ­
  peuvent  posséder  des  laboratoires  spéciaux  où  les
nouvelles  méthodes  sont  soigneusement  étudiées.  Avec
l’augmentation  de  l’importance  d’une  entreprise,  la  différenciation ­
  devient  plus  méthodique  ;  il  est  plus  facile  de
mettre  «  the  right  man  in  the  riglit  place  ».  On
accroît  ainsi  le  rendement  de  chacun  et  l’on  diminue ­
  sensiblement  les  frais  de  production.  Ainsi,  la
(1)  Office  du  Travail.  Les  moteurs  électriques  dans  les  industries
à  domicile.  1.  c.  279.
        <pb n="312" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

309

fusion  des  deux  plus  importantes  maisons  de  construction ­
  de  petit  matériel  des  chemins  de  fer  (Kleinbahnen)
  eu  Allemagne  (  Orenstein  und  Koppel  et  Arthur
Ivoppel  )  a  eu  pour  conséquence  directe  la  démission
d’une  partie  du  personnel  commercial  et  une  épargne
annuelle  de  près  d’un  million  de  marks.
Avec  la  grandeur  de  l’entreprise,  croît  la  possibilité
de  spécialisation.  Celle-ci  n’est  possible  que  dans  de
très  grands  établissements,  car  eux  seuls  ont  un  marché ­
  assez  grand  pour  pouvoir  s’adonner  à  la  fabrication
d’un  article  spécial.  Fournissant  pour  le  monde  entier,
ils  savent  que  si  les  commandes  d'un  pays  font  défaut,
la  demande  restera  assez  grande  pour  donner  de  l’occupation ­
  à  l’entreprise.  Un  établissement  d’une  moindre ­
  importance  doit  s’adapter,  en  produisant  différentes
marchandises,  aux  changements  de  son  marché  restreint.
Dans  les  pays  de  grande  concentration  industrielle
comme  l’Angleterre,  une  filature  ou  un  tissage  de
coton,  ne  produisent  souvent  qu’une  ou  deux  spécialités. ­
  Les  grandes  filatures  d’Oldliam  et  de  Boston  ne  filent
pas  plus  bon  an,  mal  an,  qu’un  seul  numéro  ou  très
peu  de  numéros  diftéreuts.  De  même  beaucoup  de
fabriques  du  nord  du  Lancashire  ne  font  qu’une  espèce ­
  de  tissus  courants  (1).  Sur  le  eontineut,  au  contraire, ­
  ou  l’éparpillement  prévaut,  les  fabricants  ont
des  centaines  de  modèles.  Ils  sont  ainsi  obligés  de
transformer  fréquemment  leurs  machines  et  d’employer
les  ouvriers  à  un  travail  nouveau,  ce  qui  entraîne  non

(i)  Schulze-Gævernitz  :  La  grande  industrie,  1.  c.  p.  110
        <pb n="313" />
        310  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
seulement  une  production  totale  plus  faible  et  plus  de
frais  d’exploitation,  mais  encore  une  usure  \  lus  grande ­
  (1).
Les  fabricants  belges  comprennent  que  c’est  sur  la
spécialisation  que  repose  en  grande  partie  la  supériorité ­
  de  l’industrie  cotonnière  anglaise.  «  1  lie  permet, ­
  comme  le  dit  une  note  d’un  groupe  de  filateurstisseurs
  de  Gand,  de  réaliser  des  économies  sur  le
capital  en  déterminant  avec  précision  le  matériel  mécanique ­
  à  employer  et  par  conséquent  les  dimensions  des
bâtiments  ;  elle  facilite  l’obtention  d’une  production
intense  ;  elle  permet  l’emploi  d’une  matière  première
adéquate  aux  produits  à  obtenir  »  (2).
Grâce  à  la  spécialisation,  les  frais  de  production
diminuent  d’une  façon  sensible.  Prenons  un  exemple
qui  le  montrera  avec  évidence.  La  construction  d’un
nouveau  type  de  locomotive  nécessite  des  dépenses  pour
les  dessins,  modèles,  etc.  se  montant  à  18.000  Mk.  Il
est  clair  qu’une  fabrique  de  locomotives,  qui  construit
des  milliers  de  types  différents,  et  qui  doit  débourser
chaque  fois  cette  somme,  produit  plus  cher  qu’un  établissement ­
  qui  s’adonne  à  la  production  en  masse  de
quelques  modèles  (3).  C’est  un  exemple  de  la  loi  de
Massenproduktion  (voir  p.  189).
A  côté  de  la  spécialisation,  nous  assistons  dans  la

(1)  Ib.  p.  118.
(2)  Office  du  travail.  Monographies  industrielles,  1902,  v.  VIII,  p.  G9.
(3)  Ludwig  Sinzhfimer  :  Ueber  die  Grenzen  der  Weiterbildung  des
fabrikmâssigen  Grossbetriebes  in  Deutschland.  (Miinchener  volkswirtschaftliche
  Studien,  Stuttgart,  1893,  p.  19).
        <pb n="314" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

311

grande  industrie  à  un  phénomène  tout  opposé,  la
combinaison  de  différentes  industries  en  une  seule
entreprise.  Les  fabriques  qui  s’annexent  toutes  les
opérations  préalables  ou  consécutives  (combinaison  verticale) ­
  à  la  production,  sont  aujourd’hui  de  plus  en
plus  nombreuses.  D’autres  s’attachent  des  opérations
simultanées  (combinaison  horizontale).  Des  laminoirs
construisent  leurs  propres  hauts-fourneaux  et  exploitent ­
  eux-mêmes  des  mines  de  houille.  La  Vieille-Montagne
  tire  parti  du  gaz  sulfureux  qui  se  dégage
des  fours  de  grillage,  pendant  l’opération  de  l’oxydation ­
  du  minerai  de  zinc  et  produit  l’acide  sulfurique.
En  vue  d’utiliser  d’une  façon  plus  avantageuse  une
partie  de  la  production  d’acide  sulfurique,  on  a  complété ­
  l’usine  en  installant  les  appareils  nécessaires  à  la
fabrication  de  superphosphates,  destinés  à  être  vendus
comme  engrais  (1).  La  Vieille-Montagne  fabrique  en
outre,  pour  la  préparation  des  couleurs,  divers  oxydes
comme  le  Gris  Pierre,  la  poussière  de  zinc,  etc.,  (2).
La  Société  possède  des  mines  en  Suède,  en  Sardaigne, ­
  en  Algérie  et  en  Tunisie.
Les  sociétés  charbonnières  ont  établi  des  ateliers  de
manipulation  de  la  houille  et  de  ses  résidus  Quelques
établissements  métallurgiques  fabriquent,  au  moyen  de
mattes  et  speiss  provenant  du  traitement  des  minerais
de  plomb,  du  sulfate  de  cuivre  utilisé  notamment  pour
la  préparation  des  couleurs  à  base  de  cuivre,  le
cuivrage  des  métaux,  etc.  A  cette  fabrication,  les

(t)  Vieille-Montagne,  1.  c.,  p.  28.
(2)  Ibid.  p.  71.
        <pb n="315" />
        312  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DÈ  LA  BELGIQUE

établissements  d’Overpelt  ont  adjoint,  dans  ces  dernières ­
  années,  celle  de  l’oxyde  de  cobalt  (1).  Des  verreries ­
  et  glaceries  se  sont  annexé  des  fabriques  de  caisses; ­
  des  brasseries,  des  fabriques  d’huiles  etc.  dos  installations ­
  mécaniques  pour  la  fabrication  de  tonneaux ­
  (2).  Quelques  distillateurs  sont  en  même  temps
fabricants  de  levures.  Les  brasseries  et  distilleries
importantes  préparent  elles-mêmes  le  malt  nécessaire  à
leur  fabrication  (3).  Un  grand  nombre  d’usines  métallurgiques, ­
  de  verreries  de  glaceries  et  cristalleries  sont
outillées  pour  fabriquer  elles-mêmes  des  creusets  pour
la  réduction  des  minerais  de  zinc,  des  pots  et  cuvettes
pour  la  fusion  du  verre,  du  cristal,  etc..  (4).
La  Fabrique  Nationale  cVArmes  de  Guerre  de  Ilersial
possède  ses  propres  forges,  une  fonderie,  une  cartoucherie, ­
  menuiserie,  etc.  A  côté  de  cette  combinaison
verticale  nous  voyons  dans  le  même  établissement  une
combinaison  horizontale  se  produire.  La  fabrique
d’armes  de  guerre  s’est  mise  à  fabriquer  des  bicyclettes, ­
  des  motocyclettes  et  des  automobiles.
Les  établissements  de  la  Société  John  Cockerill  à
Seraing  nous  offrent  un  exemple  saisissant  d’une  entreprise ­
  combinée.  La  société  possède  deux  houillères,  des
mines  de  fer  en  Belgique,  dans  le  Grand  Duché  de
Luxembourg,  en  Lorraine,  en  Allemagne,  en  Espagne,
des  hauts-fourneaux,  des  fonderies,  des  forges  et  mar-(1)

  E.  Prost  :  La  Belgique  agricole,  industrielle  et  commerciale,  p.  108.
(2)  La  Belgique  1830-1903.  Bruxelles,
(3  E  Prost  ;  1.  c.  p.  -148  et  130.
(4)  lb.  p.  123.
        <pb n="316" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

313

telages,  des  ateliers  de  construction,  des  chaudronneries, ­
  un  chantier  naval  à  Iloboken,  une  fabrique  de
briques,  etc.
Les  avantages  qui  découlent  de  la  combinaison  peuvent ­
  être  techniques  ou  économiques.  Nous  allons  les
examiner  sucessivement,  et  comme  la  combinaison  verticale ­
  est  la  plus  répandue  dans  les  industries  sidérurgiques,
c’est  à  celles-ci  que  nous  emprunterons  nos  exemples.
Les  inventions  qui  ont  permis  de  transformer  directement ­
  le  fer  sans  dépenses  nouvelles  de  combustible,  ou
acier  et  en  produits  laminés  poussent  de  plus  en  plus
à  l’intégration  de  différentes  phases  de  production  en
une  seule  entreprise.  D’après  Heymann,  un  établissement ­
  sidérurgique  combiné  peut  produire,  grâce  à
l’épargne  de  combustible,  à  environ  15  marks  meilleur
marché  une  tonne  d’acier  laminé  qu’un  établissement
isolé  (1).
Une  autre  invention  augmente  encore  les  avantages
de  l’intégration,  Depuis  1895,  des  expériences  se  poursuivent ­
  chez  Cockerill  en  vue  de  l’utilisation  directe
du  gaz  des  hauts  fourneaux  comme  agent  moteur.  Le
résultat  tangible  de  ces  expériences  peut  se  voir  sous
la  forme  de  deux  grandes  machines,  de  la  force  de  200
chevaux  chacune,  qui  marchent  à  présent  d’une  manière
continue  depuis  cinq  ans,  en  activant  des  dynamos  pour
le  transport  de  la  force  et  de  l’éclairage  électrique,  à
la  fabrique  de  briques  et  ciments  annexée  à  la  divi-(1)

  H.-G.  Heymann  :  Die  gemischten  Werke  im  Deutsche  Grosseisengewerbe
  (Mûnchener  volkswirtschaftliche  Stuilien,  1904,  p.  213).
        <pb n="317" />
        314  EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DÈ  LA  BELGIQUE

sion  des  liauts-fourneaux.  Le  succès  obtenu  avec  ces
premières  machines  a  décidé  les  ingénieurs  de  la  Société ­
  Cockerill  à  tenter  la  construction  de  machines  plus
fortes.
Or,  l’utilisation  la  plus  considérable  et  la  plus  immédiate ­
  se  présentait  dans  les  souffleries  mêmes  des
hauts-fourneaux.  Le  problème  de  la  construction  d’une
machine  à  gaz  soufflante  a  été  très  heureusement  résolu. ­
  La  première  machine  soufflante,  de  la  force  de  600
chevaux  effectifs,  est  entrée  en  service  régulier  depuis
le  20  novembre  1899.  Il  est  à  prévoir  qu’avant  peu
d’années  les  hauts-fourneaux,  considérés  comme  générateurs ­
  du  gaz,  donneront  plusieurs  milliers  de  chevaux
de  force,  dont  disposeront  les  autres  divisions  des  établissements ­
  Cockerill  qui  s’empresseront  de  supprimer
leurs  dispendieuses  et  toujours  dangeureuses  chaudières ­
  (1).
Dans  ces  conditions,  les  aciéries,  les  laminoirs,  exploités ­
  isolément,  devront  céder  la  place  à  de  gigantesques ­
  entreprises  combinées,  auxquelles  les  liautsfourneaux
  fourniront  gratuitement  la  force  motrice.
La  combinaison  n’a  pas  seulement  pour  résultat  l’épargne ­
  de  combustible,  elle  entraine  aussi  une  diminution ­
  de  frais  de  transport,  grâce  au  fait  que  toutes
les  phases  de  la  production  ont  lieu  dans  un  seul
établissement.
Comme  troisième  avantage  technique  de  l’entreprise

(1)  Société  John  Cockerill.  Notice,  1907,  p.  S6  ss.
        <pb n="318" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

315

combinée,  citons  une  diminution  dans  les  dépenses
d'établissement  et  d'exploitation  des  services  communs
comme  usines  à  gaz,  à  eau,  chemins  de  fer,  etc.  (1).
Ce  qui  pousse  souvent  des  entreprises  à  s’annexer
des  opérations  consécutives,  c’est  1e  désir  d'utiliser  le
mieux  possible  les  déchets.  Ainsi,  comme  nous  l’avons
vu  déjà,  on  a  cherché  chez  Cockerill  à  tirer  parti  des
matières  stériles  et  encombrantes  comme  les  scories  et
laitiers,  pour  la  fabrication  de  briques  ou  de  ciment
qui  constitue  à  présent  une  importante  dépendance  de
la  division  des  hauts-fourneaux  (2).
Au  point  de  vue  économique,  les  avantages  de  la
combinaison  sont  également  importants.  L’entreprise
englobant  différentes  phases  de  la  production  évite  les
frais  d’intermédiaires.  Elle  peut  fixer  ses  prix  de  revient, ­
  sans  se  préoccuper  des  conjonctures  qui,  sur  le
marché,  font  hausser  ou  baisser  le  prix  :  là  où  l’on
doit  conclure  des  contracts  pour  un  terme  assez  long,
cet  avantage  est  très  important  (3).  Comme  l’entreprise ­
  combinée  exploite  différentes  industries,  elle  peut
s’adapter  mieux  aux  conditions  de  la  demande,  tantôt ­
  en  augmentant,  tantôt  en  diminuant  la  production
de  l’un  ou  de  l’autre  article.  Est-il  particulièrement
avantageux  de  produire  des  rails,  des  poutrelles,  elle
produira  des  rails,  des  poutrelles.  Y  a-t-il  une  crise
dans  les  rails  ou  les  poutrelles,  mais  les  lingots  d’a-(1)

  Heymann,  1.  c.  p.  213.
(2)  Société  John  Conekerill,  1.  c.  57.
(3)  Sinzheimer  :  Ueber  die  Grenzen  etc.,  1.  c.  p.  29.
        <pb n="319" />
        316

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

cier  ou  la  fonte  se  ver  dent-ils  encore  bien,  elle  ne
laminera  pas  sa  production  d’acier  ou  elle  ne  transformera ­
  pas  toute  sa  fonte  en  acier.  Bref,  elle  produira  et
vendra  le  produit  qu’elle  a  le  plus  d’intérêt  à  vendre
et  qu’elle  vend  lo  mieux  (1).
Nous  avons  parlé  jusqu’à  .présent  de  la  combinaison
verticale;  le  dernier  avantage  est  aussi  très  important
pour  la  combinaison  horizontale.  C’est  une  espèce
d’assurance  contre  les  risques  de  chômage  (2).
Nous  pouvons  donc  dire  que  l’entreprise  combinée
est  supérieure  à  l’entreprise  isolée.  Cette  supériorité  est
souvent  rendue  plus  efficace  par  une  politique  très
adroite  exercée  par  les  entreprise  intégrées  dans  les  cartels ­
  et  les  syndicats.  Ainsi,  les  entreprises  multiples
de  l’industrie  sidérurgique  en  Allemagne,  par  l’élévation ­
  des  prix  des  matières  premières  et  par  un  abaissement ­
  des  prix  des  produits  fabriqués,  ont  fortement
ébranlé  la  situation  des  entreprises  isolées  (3).
Comme  les  avantages  de  la  combinaison  et  de  la
spécialisation  ne  sont  accessibles  qu’aux  très  grandes
entreprises,  occupant  des  milliers  d’ouvriers,  les  plus
petites,  ne  pouvant  pas  s’adapter,  disparaissent  ou  sont
englobées  par  les  autres.  Elles  ne  savent  pas  lutler
contre  la  concurrence  des  établissements  géants,  d’au-(1)

  Jean  Lescure  :  Aspects  récents  delà  concentration  industrielle.
L’intégration  dans  la  métallurgie.  Revue  économique  internationale,
août  1909,  p.  262.  —  Il  est  étonnant  que  l’auteur  ne  connaisse  pas  ou
ne  cite  pas  au  moins  l’ouvrage  de  Heymann.
(2)  Heymann,  1.  c.  p.  226.
(3)  Sinzheimer  :  Wirlschaftliche  Kiimpfe  der  Gegenwart  (Jahrbuch  für
Gesetzgebung.  Verwaltung,  etc.  4908,  p.  28).
        <pb n="320" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

317

tant  moins  que  les  progrès  de  la  technique  nécessitent
des  installations  de  plus  en  plus  coûteuses.
Le  laminoir  de  Seraing  avait  coûté  environ  100.000
francs  lors  de  sa  fondation;  aujourd’hui,  pour  une  installation ­
  pareille,  des  sommes  atteignant  dix  millions
et  plus  sont  nécessaires  (1).  En  1850,  la  machine  à  vapeur, ­
  activant  les  laminoirs  de  Cockerill,  avait  une
force  motrice  de  22  à  25  chevaux-vapeur  ;  en  1905?
une  puissante  machine  réversible  de  10.000  chevaux  actionnant ­
  un  gros  train  finisseur  y  fut  installée  (2).
Un  haut  fourneau,  au  début  du  siècle,  nécessitait  à
peine  une  dépense  de  100.000  francs  ;  en  Amérique,  les
frais  d’installation  sont  montés  à  plus  de  7  millions,
et  sur  le  continent,  la  somme  de  trois  millions  par
fourneau  est  aussi  dépassée  (3).
Vers  1890,  un  représentant  de  Krupp  disait  qu’il
ne  croyait  pas  qu’un  établissement  sidérurgique,  produisant ­
  20  à  30.000  tonnes  par  an.  pouvait  lutter  contre ­
  un  autre,  produisant  100  à  150.000  tonnes.  25  ans
plus  tard,  Carnegie  déclarait  indispensable  le  vingtuple
de  150.000  tonnes  (4).
En  Belgique,  de  1851  à  1897,  le  nombre  de  hautsfourneaux
  a  diminué  de  46  à  36  ;  pendant  le  même
laps  de  temps,  la  production  a  sextuplé.  En  d’autres
termes,  la  production  moyenne  par  hautfourneau  en

(1)  Heymann  :  1.  c.  p.  23.
(2)  Société  Cockerill,  1.  c.  p.  1  0.
(3)  Heymann  :  1.  c.  p.  14.
(4)  Ib.  p.  232,  Note  1.
        <pb n="321" />
        318  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1897  était  presque  9  fois  aussi  grande  qu’en  1851  (1).
Le  coût  d’installation  des  entreprises  combinées  augmente ­
  aussi  à  cause  de  la  hausse  du  prix  des  terrains
et  des  mines.  On  a  calculé  que  le  capital  nécessaire
pour  une  aciérie  Thomas,  devant  être  créée  dans  le
bassin  de  la  Ruhr,  se  montait  à  55  millions  de  Marks.
Voici  de  quelles  dépenses  cette  somme  se  composait  (2)  :

1000  ha.  de  gisements  de  minettes  (Minettefelder)

  .....

lOmill.

Mk.

6  terrains  liouillers  ....

3

55

55

Charbonnage  et  fabrication  de  coke

12

«

55

Hauts-fourneaux  .....

10

55

55

Aciéries  et  laminoirs  ....

15

»

55

Terrains,  habitations  ouvrières,  etc.  .

5

55

55

55

55

”

Après  avoir  esquissé  à  grands  traits

les

avantages

de  la  concentration,  voyons  quelle  a  été  à  ce  point  de
vue  l’évolution  de  l’industrie  belge
*
*
Le  tableau  ci-joint  (tableau  V.  p.  320)  nous  montre  qu’à
l’exception  de  l’exploitation  des  carrières,  de  la  construction ­
  des  machines  et  des  imprimeries  typographiques, ­
  une  grande  concentration  a  eu  lieu  dans  l’industrie ­
  entière.  Et  encore  il  est  probable  que  les  exceptions ­
  apparentes  proviennent  d’un  défaut  de  comparabilité ­
  des  statistiques.  Ainsi,  j’ai  compris  dans  la
rubrique  «  Construction  de  machines  et  mécaniques  »

(1;  Exposition  internationale  de  Bruxelles  en  1897.  La  Métallurgie,  p.
195.
(2)  Heymann  :  1.  c.  p.  26
        <pb n="322" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

319

pour  1896,  la  fabrication  des  inacliines-outils,  appareils
industriels,  etc.,  qui  se  compose  en  grande  partie  de
petites  entreprises.  Il  est  possible  qu’en  1846,  la  plus
grande  partie  d’entre  elles  ait  été  recensée  comme
mécaniciens.  Un  défaut  de  comparaison  est  d’autant
plus  probable  que  la  construction  des  machines  se
range  dans  la  très  grande  industrie.  En  1896,  les  entreprises ­
  occupant  plus  de  500  ouvriers  et  représentant ­
  la  très  grande  industrie,  (volume  XVIII,  p.  16 7 ),
se  répartissaieut  comme  suit  :
Entreprises  et  divisions  P.  c.
d'entreprises.  du  total.
Ateliers  de  construction  de  machines ­
  et  appareils  électriques  1  occupant  692  ouvriers ­
  sur  1310  soit  52,82
Ateliers  de  construction  du  matériel ­
  fixe  et  roulant  de  clie
min  de  fer  .  6  occupant  4026  ouvriers ­
  sur  8295  soit  48,53
Ateliers  de  construction  de
chaudières  ....  2  occupant  1313  ouvriers ­
  sur  5411.  soit  24,26
Ateliers  de  construction  de  machines ­
  .....  2  occupant  1837  ouvriers ­
  sur  10864  soit  16,91
Quant  aux  carrières,  avant  1870,  le  nombre  des
carrières  augmentait  plus  vite  que  celui  des  ouvriers.
Mais  depuis  lors  une  diminution  sensible  des  entreprises ­
  correspond  à  une  augmentation  des  ouvriers.
        <pb n="323" />
        3?0

EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

TABLEAU  Y.

La  concentration  dans  les  grandes  industries  :  1846-1896.

(D'après  les  recensements  industriels  de  1846  et  1896).

1846

1896

INDUSTRIES

Entreprises

Ouvriers

Ouvriers  par
entreprise

Entreprises
(en  activité  v.  IV,
col.  4).

Ouvriers
(y  compris  les  membres ­
  de  la  famille,
v.  IV,  col.  30.33.34)

j
Ouvriers  par  entreprise ­


Exploitation  des  mines  de
houille

?

45848

?

259(0

116274  448.93

Exploitation  des  carrières  .  .

1  89(2)

7896

41.78  884(3)

25174

28.47

Fabrication  des  produits  sidérurgiques ­


1036)

9799

95.10

|
85(5)

23622

277.90

Construction  des  machines  et
mécaniques

53(6)

4761

1
86.59  393(7)

26240

66.76

Fabrication  du  zinc  ....

2

373  186.50

24(7a)

5556  231.50

Fabrication  de  porcelaine  et
faience

21

774

36.85

10

2304  230.40

Poterie

206

799

3.88  133(8)

875

6.58

Industries  verrières  ....

25

3683  147.30

46

21699  471.80

Industries  chimiques  ....

121(9)

750

6.20

39900)

7202

18.60

Savonneries

179

410

2.29

!  80

889

4.93

Fabrication  des  alumettes  .  .

34

349

10.26

17

2495

146.80

Fabrication  du  sucre  .  .  .

76(11)

4190

55.11

152

22689

149.30

Brasseries  et  malteries  .  .  .

2680

6766

2.52

2918

14538

4.98

Filature  et  tissage  de  coton
pure  et  mélangé
Filature  et  tissage  de  laine
pure  et  mélangé  ....

296(12)

12631

42.66

11503)

15482

134.60

544(14)

16543

30.41

24405)

17878

73.30

Filature  et  tissage  de  lin  et  de
chanvre

27106)

9471

34.95

9407)

22859  243.20

Fabrication  de  bonneterie  .  .

933(18)

1560

1.67

692

2865

4.14

Blanchisseries  de  tissus  .  .  .

351

1004

2.86

60

1226

20.43

Industries  du  tabac  ....

753

2509

3.33

1251

9866

7.88

Fabrication  du  papier  .  .  .

81

2179

26.91

4  509

5642

125.40

Imprimeries  typographiques  .

296

2026/

6.84

1341

7251

5.41
        <pb n="324" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

321

L’annuaire  statistique  de  la  Belgique  nous  permet  de
constater  ce  fait  exactement.
(1)  En  1890,  l’unilé  de  présentation  a  été  le  siège  d’extraction;  en  1846,
on  n’a  pas  défini  l’unité.  Comprend  houille  (siège  d’extraction  fond
et  surface),  et  siège  en  préparation  de  mines  de  houille.
(2)  Comprend  les  carrières  d’ardoises,  de  pierre,  de  silex  et  de  marbre. ­

(3)  Comprend  les  mêmes  carrières  que  (2).
(4)  Comprend  les  industries  :  minerai  (hauts-fourneaux)  —  Platineries
et  martinets  p.  478-482.  Une  erreur  d’addition  p.  480  change  le  total  de
9699  en  9799.
(5)  Y  compris  les  grosses  pièces  de  forge.
(b)  Machines  et  mécaniques
(7)  Machines  agricoles,  machines  motrices,  machines  outils,  appareils ­
  industriels,  machines  et  appareils  électriques,  chaudières,  charpentes ­
  et  autres  gros  ouvrages  métalliques,  matériel  fixe  et  roulant  de
chemin  de  fer.  Ce  nombre  est  plus  grand,  que  celui  du  Tableau,  car  il
comprend  38  membres  de  famille  de  plus
(7a)  Laminoirs  à  zinc,  Laminoirs  à  zinc  et  à  cuivre,  Zinc  (fab.  de.)
(8)  Y  compris  la  fabrication  de  poterie  en  grès.
(9)  Comprend  :  Produits  chimiques  proprements  dits,  Fabrication
d’encre  et  de  cirage.
(10)  Comprend  :  Fabrication  des  produits  chimiques  proprement  dits,
la  fabrication  des  couleurs  et  enduits  et  les  industries  chimiques  spéciales. ­

(11)  Comprend  :  Sucre  (Raffineries  de)  et  sucre  de  betterave.
(12)  Comprend  :  Filature  de,  Filature  et  tissage  de,  Fils  retors,  Fil  à
coudre,  Tissus  de,  Tissus  mélangés  (Filatures  et  tissages  et  Fabricants
de).  Déduction  faite  de  323  prisonniers  de  la  maison  de  force  de  Gand.
(une  entreprise).
(13)  Comprend:  Filatures  mécaniques  de  coton,  Tissage  mécanique
de  coton,  Retorderies,  retordeurs  de  fils  de  coton.
(14)  Comprend  :  Filatures  de,  Filature  et  tissage  de.  Fil  retors.  Laine
et  lin.  Dr  aps  et  autres  tissus  de,  Tissus  mélangés  de,  Déduction  faite  de
68  détenus  de  la  maison  de  mendicité  de  Reckheim.
(15)  Filatures  mécaniques  de  laine  cardée  Fil.  méc.  de  laine  peignée. ­
  Retorderies  retordeuis  de  fils  de  laine,  Tissage  méc.  de  laine.
(16)  Lin  et  chanvre  p.  496,  déduction  faite  de  2027,prisonniers  etc.
(17)  Comprend:  Filatures  mécaniques  de  lin,  Tissage  mécanique  de  lin,
Tissage  mécanique  de  lin,  Filteries  mécaniques,  Chanvre  (filatures
mécaniques  de).
(18)  Bonnets  et  bonneterie  p.  438.  Déduction  faite  de  Bonneteries.
Maison  de  force  etc.  ensemble  151  ouvriers.  (5  établissements).
(19)  Carton,  Papier  (fab.  de),  Papier  d'emballage  (fab.  de).
        <pb n="325" />
        322  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

J’en  extrais  quelques  données  (1)  :
1860  1870  1880  1890  1907
Nombre  de  carrières  1412  2319  1729  1701  1630
Nombre  d’ouvriers  17105  23562  27326  31681  36909
Nous  voyons  donc  que  quoique  le  nombre  des  carrières
soit  plus  grand  en  1907  qu’en  1860,  une  diminution  réelle  se
poursuit  depuis  1870.
Dans  les  autres  rubriques  la  comparaison  statistique
entre  les  deux  recensements  de  1846  et  1896  nous
montre  aussi  que  l’accroissement  des  ouvriers  a  été
accompagné  dans  les  principales  industries  d’une  diminution ­
  des  entreprises.  Le  nombre  des  entreprises  et
divisions  d’entreprises  était  de  :

Industries

1846

1896

Diminution
de

Fabrication  de  produits  sidérurgiques ­

  ......

103

85

18

Fabrication  de  porcelaines  et  faïences ­

  ......

21

10

11

Fabrication  d’allumettes

34

17

17

Filature  et  tissage  de  coton  .

296

115

181

»  »  de  laine

544

244

300

»  «  de  lin  et  de

chanvre  .....

271

94

177

Fabrication  de  bonneterie

933

692

241

Blanchisserie  de  tissus  .

351

60

291

Fabrication  du  papier

81

45

36

Pour  l'exploitation  des  mines  de  houille,  nous  ne

(I)  Ministère  de  l’Intérieur  et  de  l’Agriculture.  Annuaire  statistique ­
  de  la  Belgique.  39'  année.  1908.  p.  350
        <pb n="326" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE  323

pouvons  pas  établir  de  comparaison  car,  en  1896,
l’unité  de  présentation  a  été  le  siège  d’extraction  ;
pour  1846,  on  a  pas  défini  l’unité.  Mais  d’autres  renseignements ­
  nous  prouvent  qu’une  forte  diminution
des  entreprises  a  eu  lieu.  En  1850,  le  nombre  des
mines  concédées  pour  une  production  de  5.820.000  tonnes ­
  était  de  310  ;  le  nombre  décroît  au  fur  et  à  mesure
que  la  production  augmente  et,  en  1907,  le  nombre
des  mines  concédées  n’atteint  que  219,  alors  que  la
production  est  au  moins  quatre  fois  plus  forte  qu’en
1850  (1).
Dans  d’autres  grandes  industries  qui,  à  première  vue
semblent  accuser  une  augmentation  des  entreprises,  le
nombre  n’en  diminue  pas  moins.  La  comparaison  des
recensements  de  1846  et  de  1896  nous  trompe  quelquefois ­
  à  ce  sujet,  pour  des  raisons  que  nous  avons
exposées  plus  haut  (pour  les  sabotiers  p.  215  et  les
carrières  p.  319  ss.).  Ainsi,  il  y  avait  en  1850,  35  verreries ­
  cristalleries  et  manufactures  de  glaces  ;  en  1900,
l’Annuaire  statistique  signale  52.  Il  serait  bien  faux
d’en  conclure  que  le  nombre  des  entreprises  va  en
augmentant.  Voici  des  renseignements  précis  à  ce
sujet  (2)  :
1850  1860  1870  1880  1890  1900
Usines  (actives  et
inactives)  .  .  35  45  65  76  72  55
Ouvriers  .  .  3395  6194  9417  10124  20664  22780
Nous  voyons  donc  que  depuis  1880,  le  nombre  des
usines  va  en  diminuant.

(1)  Ib.  p.  354
(2)  Ib.fp.  853.
        <pb n="327" />
        324

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

D’autres  renseignements  confirment  absolument  les
conclusions  que  nous  avons  établies  plus  haut.

Mines  de  houille

1870

1907

Mines  exploitées

169

125

Ouvriers  ....

91,993

142,699

Hauts-fourneaux

1850

1870

1907

Usines  (actives  et  inactives)

88

37

17

Ouvriers  ....

2775

4764

4168

Fabriques  de  fer
et  usines  à  ouvrer  le  fer

Fabriques  de  fer  (actives  et
inactives).
Fours  d’affineries
Fours  à  puddler  (actifs  et
inactifs)  .
Ouvriers  .

185

120

43

131

15

—

192  714  241
3219  15.448  11.552

Les  aciéries  seules  out  augmenté  en  nombre  ;  de  10
en  1865  à  34  en  1907  (1).  Cette  exception  est  encore
une  de  celles  qui  confirment  la  règle.  Il  y  a  en  tout
quatre  fours  à  acier  (Martin  et  autres)  en  Belgique ­
  (2).  Ce  n’est  que  le  nombre  des  petits  convertisseurs ­
  que  différentes  fabriques  se  sont  adjoints,  qui
a  augmenté  (3).  Il  ne  s’agit  donc  ici  que  du  phéno-(1)

  Ib.  p.  354-383.
(2)  Ib.  p.  352.
(3)  4  en  4865  ;  16  en  1880,  49  en  1905;  64  en  1907,  Ib.  p.  352
        <pb n="328" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE  325

mène  de  concentration,  sons  la  forme  de  combinaison
d’entreprises  différentes  (1).
Ces  chiffres  montrent  suffisamment  combien  superficielles ­
  sont  les  démonstrations  statistiques  d’YvEs
Guyot,  qui  prétend  que  la  grande  industrie  n’a  pas
étouffé  la  petite  en  Belgique  (2).  Sa  théorie  —  si  l’on
peut  la  nommer  ainsi  —  d’après  laquelle  nous  assisterions ­
  à  une  expansion  des  entreprises  et  non  à  un
remplacement  des  petites  par  les  grandes  (3)  n’est  pas
seulement  contraire  à  l’analyse  théorique  :  elle  est  réfutée ­
  par  les  faits.
Le  mouvement  de  concentration  de  l’industrie  belge
est  en  réalité  plus  puissant  encore  que  ne  le  montre
notre  tableau.  Car  nous  y  avons  présenté  chaque  division ­
  d’entreprise  comme  entreprise  distincte,  de
même  que  les  établissements  non  contigus  d’une  même
société  Ainsi,  l’industrie  du  zinc  qui  semble,  à  première
vue,  être  exploitée  par  25  entreprises  est  presque
entièrement  monopolisée  par  la  «Vieille  Montagne»,
qui  possède  des  fonderies,  des  laminoirs,  des  usines
à  blanc  de  zinc,  des  fours  à  calcination,  etc.  à  Angleur,
  Tilf,  Valentin-Cocq,  Flône  et  Moresnet.  Le
nombre  des  établissements  de  commerce  et  de  production ­
  métallurgique  ou  minière  de  la  Société,  dissé-(t)
  Je  dois  cette  information  à  M.  le  Professeur  De  Leener.
(2)  Yves  Guyot  :  La  répartition  des  industries  en  Belgique  (Journal ­
  de  la  Société  de  statistique  de  Paris,  1907,  p.  185).
(3)  «  Si  trois  etablissements  occupant  chacun  cent  ouvriers,  ne
forment  plus  qu’un  établissement  au  bout  de  dix  ans,  il  y  a  concentration ­
  ;  mais  si  chacun  d’eux  continue  d’exister  en  occupant
un  quart  on  un  tiers  en  plus  des  ouvriers,  en  faisant  le  double
d’affaires,  il  n’y  a  pas  concentration,  il  y  a  développement  et
expansion  de  l’industrie»  Ib.  p.  HO.
        <pb n="329" />
        326  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DÈ  LA  BELGIQUE

minés  en  Belgique,  en  France,  en  Allemagne,  en
Suède,  en  Angleterre,  en  Italie,  en  Espagne,  etc.  ,
était  de  37  on  1905.  Le  service  de  ces  divers  établissements ­
  était  assuré  par  un  personnel  de  près  de  500
employés  d’ordre  technique  et  administratif  et  par
12,000  ouvriers  (1).  Tout  en  faisant  des  amortissements
importants,  la  Vieille  Montagne  a  pu  distribuer  à  ses
actionnaires,  depuis  l’origine,  24  °/ 0  de  dividende  annuellement, ­
  et  cela  malgré  les  fluctuations  des  cours
du  métal  et  l’augmentation  constante  de  la  production
générale  du  zinc  brut  (2).  Ceci  montre  combien  certains ­
  économistes  ont  tort  de  prétendre  que  les  difficultés ­
  d’organisation  arrêteront  le  mouvement  de
concentration.
La  Vieille  Montagne  n’est  pas  le  seul  exemple  d’une
entreprise  gigantesque  en  Belgique.  Il  y  avait,  en
1896,  34  «  entreprises  multiples  »  (comprenant  des  divisions ­
  contiguës),  occupant  1000  ouvriers  au  moins  (Voir
Recensement  industriel  de  1896,  volume  XVIII,  p.  168).
Parmi  les  «entreprises  simples»,  qui  occupent  1000
ouvriers  au  moins  il  y  avait  :  (volume  XVIII,  p.  169).

1  gobeleterie-cristallerie

occupant  2486

ouvriers

1  carrière  de  pierres

59

2486

95

1  filature  mécanique  de  lin

99

2352

59

1  verrerie  à  vitre

95

1255

55

1  gobeleterie-cristallerie
1  entreprise  de  construc-95



1014

59

tion  de  bâtiments

55

1000

95

Total  7  «  entreprises  simples  »

99

11.720

99

(1)  Vieille  Montagne,  1905,  1.  c.  p.  36  ss.
(2)  Ib.  p.  40.
        <pb n="330" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

327

(Ce  total  que  je  cite  d’après  le  recensement  n'est
pas  tout-à-fait  exact  ;  si  on  additionne  les  colonnes
on  n’obtient  que  6  entreprises  occupant  10.593  ouvriers
11  est  probable  qu’à  l’impression  une  ligne  a  été  omise).
En  somme,  04  ouvriers,  c'est-à-dire  environ  un
dixième  (9.56  p  c.)  de  l'ensemble  de  la  population
ouvrière  travaillent  dans  4i  entreprises,  qui  en  occupent
chacune  plus  de  1000.
Une  autre  forme  de  la  grande  industrie  comprend
les  firmes  industrielles  qui  exploitent  des  entreprises
non  contiguës,  c’est-à-dire  situées  soit  à  des  endroits
différents  d’une  même  localité,  soit  dans  des  localités
différentes  du  pays.  On  compte  ainsi  509  firmes  qui
occupent  ensemble  180.449  ouvriers.  92  firmes  ont
sous  leur  dépendance  respective  plus  de  500  ouvriers,
répartis  entre  deux  ou  plusieurs  établissements.  59  en
occupent  plus  de  1000  ;  19  plus  de  2000  ;  6  plus  de
3000.  Dans  l’ensemble  des  59  firmes,  occupant  plus  de
1000  ouvriers,  il  y  a  n~.53o  ouvriers  occupés,  soit
près  du  cinquième  du  total  général  de  la  imputation
ouvrière.  La  plus  forte  population  ouvrière  occupée
par  une  meme  firme  s’élève  à  8068  ouvriers.  (Recensement ­
  industriel  1896,  volume  XVIII,  p.  171).
Si  la  statistique  nous  fournissait  des  données  pour
des  firmes  exploitant  des  entreprises  non  contiguës,
non  seulement  dans  le  pays  mais  aussi  à  l’étranger,
(comme  le  fait,  par  exemple,  la  Vieille  Montagne)  nous
arriverions  à  des  chiffres  encore  plus  élevés.
La  puissance  du  mouvement  de  concentration  ressort ­
  donc  à  toute  évidence  des  chiffres  que  nous
        <pb n="331" />
        328  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
avons  analysés.  Cette  constatation  n’est  pas  neuve  ;
elle  a  été  depuis  longtemps  reconnue  et  prouvée  non
seulement  par  Marx  et  ses  adeptes,  mais  encore  par
des  savants  indifférents  à  la  politique  proprement
dite,  comme  Sinzheimer,  Heymann,  Gaevernitz  et  tant
d’autres.
*
*  *
En  lisant  ce  chapitre  et  en  parcourant  les  tableaux
statistiques,  le  lecteur  se  sera  peut-être  demandé
pourquoi  la  concentration  se  manifeste  avec  une  intensité ­
  inégalement  forte  dans  les  différentes  industries.
Tandis  que  dans  l’industrie  verrière,  il  y  a  471.80
ouvriers  par  entreprise,  dans  la  bonneterie  il  n’y  en
a  que  4.14.  A  quoi  attribuer  des  différences  aussi  sensibles ­
  ?  Je  me  suis  d’autant  plus  intéressé  à  cette
question  que  dans  aucun  ouvrage,  je  n’ai  trouvé  une
analyse  susceptible  de  l’éclaircir.  Il  est  probable  que
la  plupart  des  auteurs,  partageant  plus  ou  moins  cons'
ciemment  la  doctrine  si  répandue  qui  fait  dépendre  de
la  technique  l’évolution  industrielle,  estimaient  que  la
question  ne  méritait  pas  une  analyse  économique  (1).
Ayant  démontré  que  les  inventions  ne  sont  que  des
adaptations  à  des  conditions  du  milieu,  je  ne  puis
partager  cette  façon  de  voir.  Il  doit  y  avoir  des  causes ­
  plus  profondes  que  je  tâcherai  de  retrouver.
(I)  Dans  un  ouvrage  de  Hasbach,  Güterverzehrung  und  Güterhervorbringung
  (chap.  Vil.  Nachfrage  und  Betriebsgrôssen,  p.  37  ss.),
nous  trouvons  quelques  remarques  économiques  à  ce  sujet.  Bûcher  consacre ­
  dans  ses  Etudes  d’histoire  et  d’économie  politique  quelques  lignes
au  problème  (p.  168).
        <pb n="332" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

329

Rappelons  d’abord  que  la  «  rationalisation  »  dans  la
production  croit  avec  la  grandeur  de  l’entreprise.  Si  donc
la  concentration  est  la  plus  forte  dans  une  industrie
que  dans  une  autre,  il  doit  y  avoir  une  cause  qui
rend  plus  nécessaire  dans  une  industrie  que  dans  l’autre ­
  l’adoption  des  méthodes  perfectionnées  de  production. ­

Le  problème  de  la  concentration  se  compose  de  deux
problèmes  qu’il  faut  expliquer  séparément.
1°)  Il  faut  connaître  les  lois  de  la  formation  des  grandes
entreprises.  Mais  ce  n’est  qu’une  partie  de  la  question
qui  nous  intéresse.  Car  nous  voyons  que  dans  certaines
industries,  à  côté  des  grands  établissements,  de  petits
se  sont  maintenus  (le  tissage,  la  cordonnerie  etc.)  tandis
que  dans  d’autres,  la  grande  industrie  domine  exclusivement ­
  (industrie  houillère,  sidérurgique).
2°)  Il  faut  donc  expliquer  pourquoi  une  production
plus  perfectionnée  laisse  subsister  dans  certaines  industries ­
  des  organismes  inférieurs,  c’est  à  dire  de  petites
entreprises,  tandis  que  dans  d’autres,  elle  les  élimine.
Commençons  par  l’examen  de  la  première  question  :
Quelles  sont  les  lois  de  la  formation  des  grandes  entreprises ­
  ?  J’y  ai  répondu  sommairement  en  démontrant
dans  la  première  partie  de  cet  ouvrage  que  c’est  l’accroissement ­
  de  la  demande  (augmentation  de  la  population ­
  et  extension  du  marché)  qui  a  causé  la  révolution
industrielle.
Le  mécanisme  de  la  formation  des  grandes  entreprises ­
  est  assez  simple.  Quand  la  demande  augmente,
un  manque  de  main  d’œuvre  se  fait  sentir,  les  prix  et
        <pb n="333" />
        330

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

les  salaires  haussent  ;  on  se  met  donc  à  la  recherche  de
procédés  plus  perfectionnés  permettant  de  satisfaire  à
la  demande.  Je  crois  avoir  illustré  suffisamment  dans  le
chapitre  II  ce  fait,  pour  ne  pas  avoir  besoin  d’y  revenir  (D.
Mais  il  est  nécessaire  de  développer  ici  un  peu  les
idées  exposées  plus  haut.  Car  pour  comprendre  les  causes ­
  qui  entrainent  la  formation  de  grandes  entreprises,
nous  devons  remarquer  avant  tout  qu’une  même  demande
peut  dans  les  différentes  industries  entraîner  des  phénomènes ­
  de  concentration  différents.  Prenons  comme
exemple  le  tissage  et  la  filature.
Avant  l’introduction  des  procédés  mécaniques  dans
cette  industrie  chaque  métier  de  tisserand  avait  besoin
pour  son  alimentation  de  5  fileuses.  Supposons  donc
que  dans  un  pays  il  y  avait  100.000  fileuses  et  20.000
tisserands.  Si  les  consommateurs  demandent  une
quantité  double  de  tissus,  il  est  clair  que  la  filature,
ayant  besoin  de  trouver  5  fois  autant  de  bras  que  le
tissage,  éprouvera  la  nécessité  plus  vive  de  perfectionner ­
  ses  procédés  techniques.
De  même,  l’industrie  houillère  qui,  pour  augmenter  d’un
dixième  la  production,  doit  peut-être  centupler  les  efforts
et  ne  pourra  satisfaire  à  la  demande  qu’en  introduisant
de  puissantes  machines  d’épuisement,  en  modifiant  toutà-fait
  la  technique,  etc.  Le  boulanger  et  le  cordonnier,
au  contraire,  pourront,  quand  le  public  leur  demandera

(I)  Bôhm-Bawkrk.  montre  d’une  façon  abstraite  comment  la  hausse
des  salaires  enlraine  un  développement  de  la  production  capitaliste
voir  Capital  und  Capitalzins  vol.  II  s.  c.  p.  403  ss.,  notamment  les  tableaux
p.  412-415.
        <pb n="334" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

33i

11  unités  au  lieu  de  10  s’adapter  aux  nouvelles  conditions ­
  de  marché  en  travaillant  simplement  une  heure  de
plus  par  jour.
Il  est  donc  clair  que  la  nécessité  d’introduction  des
méthodes  plus  perfectionnées  de  travail  (division  du
travail,  emploi  de  machines  etc.)  croît  avec  l’intensité ­
  de  l’effort  indispensable  pour  satisfaire  à  la
demande.  Comme  ces  efforts  augmentent  d’après  la  loi
de  Bôhm-Bawerk  que  nous  avons  exposée  plus  haut
(voir  p.  59  et  ss.)  avec  chaque  détour  de  production,  nous
pourrons  établir  à  priori  d’une  façon  générale  et
abstraite  le  degré  de  concentration  des  différentes  industries. ­

Pour  le  démontrer,  prenons  un  exemple  concret.
Voyons  quel  a  été  le  développement  historique  de
l’industrie  textile  à  travers  les  différents  stades.
1 er  stade.  La  nature  fournit  à  l’homme  tout  ce  dont  il
a  besoin.  Il  n’a  qu’à  chasser  l’animal,  pour  se  procurer
la  peau  nécessaire  devant  le  protéger  contre  le  froid,
la  pluie,  etc.  Aucun  effort  n’est  nécessaire  pour  produire ­
  ou  transformer  cette  matière.
2 e  stade.  Développement  du  tissage.  Les  richesses  de
la  nature  devenant  moins  abondantes,  l’homme  doit  y
suppléer  par  son  propre  travail.  Le  tissage  se  développe. ­
  Il  n’est  à  ses  débuts  qu’un  tressage,  car  la
matière  première,  dont  on  se  sert,  ne  consiste  que  dans
des  produits  du  règne  végétal  à  l’état  brut,  comme
l’écorce  (1).
(1)  Pour  simplifier  l’exemple,  nous  laissons  de  côté  le  développement ­
  des  machines  à  tisser  qui,  du  reste,  est  le  môme  que  celui  des
machines  à  filer  (voir  stades  4,  5,  6).
        <pb n="335" />
        332  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

3 e  stade.  Développement  de  la  filature.  On  commence
à  travailler  cette  matière  brute,  au  début  à  la  main,
plus  tard  à  la  machine.
4 e  stade.  Développement  de  l'industrie  des  machines.
Celles-ci  sont  construites  d’abord  en  bois,  c’est-à-dire
en  une  matière  fournie  par  la  nature  ;  plus  tard,
le  remplacement  de  celle-ci  par  le  fer  devient  nécessaire. ­

5 e  stade.  Développement  de  l’industrie  sidérurgique.
Le  procédé  au  bois  est  remplacé  dans  la  première
moitié  du  XIX e  siècle  par  le  procédé  au  coke.  Ceci
entraîne  comme
6 e  stade,  le  développement  de  l’industrie  houillère.
Nous  voyons  donc  que  chaque  industrie,  fournissant
la  matière  première  ou  la  force  motrice  (machines,
combustible)  à  une  industrie  plus  ancienne,  constitue
un  nouveau  détour  de  production.  Elle  entraîne  donc
—  autant  que  la  loi  de  Bôhm-Bawerk  est  exacte  —
des  efforts  de  plus  en  plus  grands.  En  d’autres  termes
la  nécessité  d’une  rationalisation  de  la  production
c’est-à-dire  la  nécessité  de  la  formation  des  grandes
entreprises,  croît  auec  l'éloignement  du  consommateur.
Ainsi,  pour  revenir  à  notre  exemple,  si  la  demande
des  toiles  double,  les  efforts  nécessaires  pour  satisfaire ­
  à  cette  demande  augmenteront  dans  des  proportions
inégales  pour  les  différentes  industries,  de  20  unités
par  exemple,  pour  le  tissage,  de  40  dans  la  filature,
de  00  dans  l'industrie  des  machines,  de  80  dans  la
sidérurgie,  de  100  dans  l’industrie  houillère.  Ceci  s’appli ­
        <pb n="336" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

333

que  naturellement  aussi  bien  à  l'ensemble  des  industries
d’un  pays  qu’à  l’exemple  que  nous  avons  cité.  Nous
sentons  parfaitement  tout  ce  que  cette  démonstration
a  d’approximatif  mais  nous  devons  nous  en  contenter,
car,  comme  le  remarque  déjà  Bohm-Bawerk  «  on  ne  peut
citer  ici  nulle  part  un  chiffre  exact.  »  (1).
Ajoutons  encore  que  notre  conclusion  n’est  applicable
dans  toute  sa  rigueur  qu’à  un  état  isolé,  que  nous  supposons ­
  réalisé  dans  notre  hypothèse.  Car  si  un  pays
importe  par  exemple  90  %  de  son  charbon  ou  de  son
fer,  il  est  naturel  qu’à  Vintérieur  de  ses  frontières  les
efforts  nécessaires  pour  produire  les  objets  finis  seront
éventuellement  plus  considérables  que  dans  l’industrie
houillère.  Par  contre,  si  un  pays  exporte  les  différentes ­
  matières  premières  l’équilibre  sera  rompu  dans
un  sens  opposé.
Nous  verrons  plus  loin  si  les  phénomènes  d’importation ­
  et  d’exportation  paralysent  la  loi  en  vertu  do
laquelle  la  nécessité  d’application  de  méthodes  plus  perfectionnées ­
  et  par  cela  même  la  formation  des  grandes
entreprises  croit  avec  l'éloignement  du  consommateur.
Passons  maintenant  au  second  point  de  notre  problème ­
  et  voyons  pourquoi  dans  certaines  industries
une  production  plus  perfectionnée  laisse  subsister  des
organismes  inférieurs,  c'est-à-dire  de  petites  entreprises,
alors  que  dans  d'autres  elle  les  élimine.
Constatons  dans  cet  ordre  d’idées  que  le  consommait) ­

  Bohu-Bawkrk..  Capital  und  Capitalzins.  1.  c.  II.  p.  91.
        <pb n="337" />
        -  ?  -

334  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
teur  est  l’acheteur  le  moins  «.  rationaliste  »  qui  soit.  Ce
fait  est  reconnu  depuis  longtemps.  «  Dans  le  grand
marché  mondial,  disent  Sydney  et  Béatrice  Webb,
le  consommateur  accepte  ce  qu’on  lui  offre.  Il  n’a  pas
même  assez  d’initiative  pour  dire  au  commerçant  qu’il  voudrait ­
  voir  baisser  les  prix.  Tout  ce  qu’il  fait  —  et  c’est
assez  pour  tenir  toute  la  machine  en  mouvement,  —
c’est  d’hésiter  à  payer  un  objet  une  demi-couronne
(2  sh.  1/2)  si  un  autre  le  lui  offre  pour  deux  shillings. ­
  On  peut  le  pousser  à  payer  un  prix  plus
élevé  pour  une  meilleure  qualité.  Il  est  certain  que  les
consommateurs,  pauvres  ou  riches,  cherchent  une  excuse ­
  pour  payer  un  prix  plus  élevé.  Ils  reconnaissent
que  leur  expérience  personnelle  d’un  article  est  trop
fortuite  et  limitée  pour  leur  servir  de  guide,  et  ils
montrent  une  foi  touchante  dans  telle  ou  telle  «  autorité  ».
La  tradition,  les  bruits  répandus,  l’avis  des  personnes
compétentes,  et  même  une  vague  impression  produite  par
des  réclames  mensongères,  tout  cela  sont  des  raisons
pour  rester  fidèle  à  telle  marchandise,  à  une  marque
particulière  et  même  à  un  magasin  spécial,  sans  tenir
compte  du  bon  marché  »(1).
Parmi  les  consommateurs,  c’est  la  femme  qui,  ne  prenant ­
  pas  une  part  aussi  active  à  la  vie  économique
que  l’homme,  est  la  moins  imbue  de  l’esprit  rationaliste. ­
  Convaincue  qu’une  robe,  un  chapeau,  une  chemise ­
  même  sont  à  la  mode,  elle  payera  volontiers  le

(I)  Sydney  et  Béatrice  Webb:  Industrial  Democracy.  London,  1902,
p.  57.
        <pb n="338" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

335

double  de  ce  qu’on  lui  demande  dans  un  autre  magasin. ­
  C’est  elle  qui  est  l’ennemie  la  plus  dangereuse  des
formes  nouvelles  de  production  et  de  commerce.  «  Tout
d’abord,  dit  Gide  en  parlant  des  coopératives,  nous
avons  comme  ennemis  naturels  les  dames.  Elles  ne
nous  aiment  ou  du  moins  n’aiment  pas  nos  magasins.
Elles  préfèrent  le  magasin  public  qui  est  plus  élégant, ­
  où  les  employés  sont  plus  prévenants,  où  l’on
peut  faire  la  causette  sans  liâte.  Et  puis  le  «  livret  »
les  offusque.  Cette  façon  d’inscrire  chaque  sou  qu’elles
dépensent  sur  un  carnet  qu’elles  doivent  apporter  et
rapporter  à  la  maison,  leur  paraît  attenter  à  leur  dignité ­
  »  (1).
Disons  qu’avec  le  développement  des  coopératives,
des  grands  magasins  envoyant  leurs  catalogues,  l’esprit ­
  rationaliste  a  augmenté.  Les  consommateurs  se
sont  groupés  en  ligues  d’acheteurs,  ils  comparent  les
prix  des  différentes  maisons,  etc.  Malgré  cela  ils  sont
encore  aujourd’hui  1  élément  le  moins  rationaliste.
Le  commerçant  exerce  sur  le  marchand  en  gros  une
pression  toute  différente  de  celle  qu’il  subit  de  la  part
du  consommateur  Notamment,  les  grandes  maisons  de
détail,  comme  Delhaize  en  Belgique,  possédant  des
magasins  presqu’à  chaque  coin  de  rue,  peuvent  dicter
leurs  conditions  au  fabricant  ou  au  marchand  en  gros.
Ils  possèdent  une  connaissance  approfondie  de  la  qualité
et  du  prix  des  marchandises,  et  font  leurs  calculs  avec  un

(1)  Ch.  Gide:  La  Coopération.  Conférences  de  propagande.  1900,  p.  168.
        <pb n="339" />
        336  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

rationalisme  économique  qui  tient  compte  des  centimes ­
  et  même  des  dixièmes  de  centime.
Le  marchand  en  gros,  subissant  la  pression  du  commerçant, ­
  tâchera  de  s’en  débarrasser  en  la  faisant  retomber ­
  sur  le  fabricant.  Ce  dernier  est  dans  la  lutte
de  concurrence  dans  une  situation  bien  inferieure.
Voici  ce  que  disent  les  Webb  à  ce  sujet  :  «  11  peut
paraître  paradoxal  que  daus  le  système  commercial  développé ­
  de  l’Angleterre,  le  fabricant  capitaliste  se  trouve
dans  une  position  relativement  aussi  désavantageuse  visà-vis
  du  marchand  en  gros,  que  l’ouvrier  isolé  vis-à-vis
du  fabricant  »  (1).  Son  infériorité  est  due  d’abord,  au  fait
qu’il  perd,  en  fermant  son  usine  pendant  un  certain
temps,  beaucoup  plus  que  le  commerçant  qui  n’a  pas
de  machines,  de  grands  bâtiments,  etc  à  amortir.  Ensuite, ­
  le  marchand  possède  seul  la  connaissance  approfondie ­
  du  marché  ;  lui  seul  reçoit  les  informations
relatives  à  ce  que  les  boutiquiers  et  les  fabricants  demandent ­
  et  ce  qu’ils  offrent  comme  prix  (2).
Les  Webb  ont  fait  la  subtile  analyse  de  la  concurrence ­
  pour  démontrer  que  le  fabricant,  subissant  la
pression  la  plus  forte,  tâche  de  la  faire  peser  sur  l’ouvrier. ­
  Je  l’ai  reproduite  ici  dans  un  autre  but.  Je  veux
prouver  que  le  même  phénomène  de  pression,  qui  se
produit  entre  consommateur,  commerçant  en  détail,
marchand  en  gros  et  fabricant,  s’observe  aussi  entre
les  différentes  industries.

(1)  S.  and  B.  Webb  :  1.  c.  p.  662.
(2)  Ib.  p.  663.
        <pb n="340" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

337

Supposons  un  tissage  mécanique  de  laine,  de  lin  ou
de  coton.  Son  propriétaire  achetant  le  fil  au  filateur
exercera  sur  lui  la  même  pression  que  le  commerçant
en  détail  sur  le  marchand  en  gros.  Le  filateur,  dont
le  gain  se  réduit  déjà  par  la  pression  du  tisseur,  la
rejettera  avec  une  force  accentuée  sur  le  fabricant  de
mécaniques.  Celui-ci,  avec  une  force  toujours  croissante,
la  fera  retomber  sur  l’entreprise  sidérurgique  qui,  en
dernier  lieu,  en  fera  retomber  tout  le  poids  sur  l’industrie ­
  minière.  A  chaque  stade  donc  la  lutte  pour  la
petite  entreprise  devient  de  plus  en  plus  difficile.
Nous  voyons  que  tant  au  point  de  vue  de  la  formation ­
  des  grandes  entreprises  qu’au  point  de  vue
de  l’élimination  des  petites,  la  force  de  concentration
augmente  dans  la  même  direction.  Si,  donc,  notre  analyse
purement  logique  est  juste  et  les  contretendances
(exportation,  importation)  insuffisantes,  la  statistique
doit  confirmer  notre  raisonnement,  en  prouvant  que  la
concentration  croît  avec  Véloignement  du  consommateur.
Examinons  le  recensement  de  1896  à  ce  point  de  vue.
Nous  voyons  que,  parmi  les  industries,  où  la  très
petite  (i)  et  la  petite  industrie  (2)  prévalent,  se  trouvent ­
  presqu’exclusivement  des  métiers  en  rapport  direct

(t)  La  très  petite  industrie  comprend  les  entreprises  et  divisions  d’entreprises ­
  exploitées  sans  l’aide  d’aucun  ouvrier  et  celles  exploitées  avec
l’aide  d’un  ou  plusieurs  membres  de  la  famille  du  patron,  occupés  comme
ouvriers.
(2)  Dans  la  petite  industrie,  on  groupe  les  entreprises  et  divisions
d’entreprises  qui  occupent  1,  2,  3  ou  4  ouvriers,  aidés  par  des  membres
de  la  famille  du  patron.
        <pb n="341" />
        338

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

TABLEAU  VI.

Les  industries  dans  lesquelles  la  petite  et  la  très
petite  industrie  dominent.

(D’après  le  Recensement  industriel  de  1896,  v
p.  164).

Désignation  des  entreprises  et
divisions  d’entreprises

XVIII.

u  a  s  S
&amp;gt;Q  C  ^
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o  u  u  ^  fl

,  a  a

fl  D

Ateliers  de  confection  de  vêtements  pour  femmes.  .
Ateliers  de  cordonnerie
Ateliers  de  menuiserie  et  de  charpenterie.  .  .  .
Boulangeries-pâtisseries
Ateliers  de  confection  de  vêtements  pour  hommes  .
Entreprises  de  maçons
Maréchaux-ferrants  et  serruriers-poëliers.  .  .
Débardeurs.  .  .  .
Ateliers  de  blanchissage  et  repassage  du  linge.
Peintres,  plafonneurs,  badigeonneurs
Modistes,  fleuristes,  casquettières
Voituriers  et  messagers
Sabotiers  '
Charrons
Moulins  à  farine
Couvreurs
Chaisiers,  ébénistes
Ateliers  de  débitage  et  sciage  du  bois
Plombiers,  gaziers,  électriciens
Selliers,  bourreliers
Tonneliers.  .  .  ‘
Vanniers  *  .
Lingères,  chemisières,  brodeuses  *  .
Chaudronniers,  ferblantiers,  rétameurs
Entreprises  de  batellerie

98-56
98.45
96.05
98-01
98  79
87.46
97.79
99.97
95.49
92.83
98.32
98.42
95.87
99.63
95.28
97.87
86.61
96.00
90.17
99.08
99.16
95.92
97.62
98.16
98.06
        <pb n="342" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

339

avec  le  consommateur.  Couturières,  tailleurs,  cordonniers, ­
  menuisiers-charpentiers,  boulangers,  maréchauxferrants,
  serruriers,  poêliers,  maçons,  peintres,  charrons, ­
  couvreurs,  plombiers,  lingères,  modistes,  etc.,
toutes  les  entreprises  ou  peu  s’en  faut  rentrent  dans
la  petite  industrie  ;  môme,  dans  la  grande  majorité  des
cas,  elles  appartiennent  pour  une  forte  proportion  à  la
très  petite  industrie  (Voir  le  tableau  VI  ci  joint).
Dans  les  industries  servant  de  base  aux  autres  (mines ­
  et  sidérurgie)  les  entreprises  occupant  plus  de  500
ouvriers  dominent.  J’en  donne  la  liste  :
Entreprises
et  divisions ­
  d’entreprises
  O.
Sièges  d’extraction  des

mines  de  houille  .  .  46  occupant  30.110  ouvr.  sur  116,274  soit  25,89
Fabriques  de  fer  (puddlage

  et  laminage)  .  .

9

»

6,330  «

»  H,702

«  54,10

Aciéries

3

»

3.140  »

»  4,428

»  70,91

Laminoirs  à  acier  et  à
fer  (sans  puddlage)  .

1

n

710  »

«  1,521

»  46,68

Le  lecteur  reprochera  peut-être  à  notre  théorie,  en
jetant  un  coup  d’œil  sur  le  tableau  ci-après  (VII),  de  ne
pas  répondre  aux  faits.  L’industrie  de  l’extraction  des
mines  de  houille,  dira-t-il,  la  plus  éloignée  du  consommateur ­
  ne  comprend  que  25.89  %  d’ouvriers  dans  la
très  grande  industrie,  tandis  que  la  filature  mécanique,
par  exemple,  en  comprend  presque  trois  fois  autant
(04.52  •/„).
Cette  objection  paraît  juste,  uniquement  parce  que  le
tableau  ne  nous  donne  pas  une  idée  complète  du  mouvement ­
  de  concentration.  Chaque  division  d’entreprise
figure  ici  comme  entreprise  distincte.  Ainsi  le  fond  et
        <pb n="343" />
        340

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

TABLEAU  VII.
Les  industries  dans  lesquels  la  très  grande
industrie  domine.
(D’après  le  Recensement  industriel  1896.  v.  XVIII,p.  166).
P.  c.  des  ou-Désignation
  des  entreprises  et  vriersoc-°
  1  cupes  dans
divisions  d’entreprises  la  * rè ?
1  grande  industrie ­

Sièges  d’extraction  de  mines  de  houille  25.89
Filatures  mécaniques  de  lin  64.52
Fabrique  de  fer  (puddlage  et  laminage)  54.10
Verreries  à  vitres  51.67
Gobeleteries,  cristalleries-gobeleteries  63.52
Carrières  de  pierre  (à  ciel  ouvert)  20.03
Ateliers  de  construction  de  matériel  fixe  et  roulant ­
  de  chemin  de  fer  48.53
Aciéries  70.91
Tissages  mécaniques  de  lin  29.23
Fabriques  de  zinc  44.66
Glaceries  55.95
Filatures  mécaniques  de  coton  26.71
Tissages  mécaniques  de  coton  25.17
Ateliers  de  construction  de  machines  16.91
Faienceries  *  80.44
Fabriques  de  papier  29.89
Ateliers  de  construction  de  chaudières  24.26
Filteries  mécaniques  66.75
Fabriques  d’armes  à  feu  portatives  50.64
Tissages  mécaniques  de  laine  10.06
Fabriques  de  cartouches  41.92
Peignages  mécaniques  de  laine  53.72
Laminoirs  à  acier  et  à  fer  (sans  puddlage)  ....  46.68
Ateliers  de  construction  de  machines  et  appareils
électriques  52.82
Fabriques  d’appareils  téléphoniques.  ■  .  .  .  .  67.56
Chantiers  de  constructions  navales  43.51
Entreprises  de  tramways  22.65
Filatures  mécaniques  de  laine  peignée  12.33
Hauts-fourneaux.  .  18.71
Fabriques  de  tissus  d’ameublement  58.53
Fabriques  de  ciment  24.64
Fabriques  de  maroquin  et  cuirs  pour  chapeaux.  .  52.78
Entreprise»  de  chemins  de  fer  (exploitation  et
traction)  .  .  .  ,  .  .  .  18.36
Fabriques  de  meubles  7.70
Fabrique  de  feutre  pour  chapellerie  80.12
Fabriques  de  bougies  49.25
Fabriques  de  toiles  cirées,  linoléum  78.97
        <pb n="344" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

341

la  surface  de  chaque  siège  comptent  chacun  pour  une
entreprise.
C’est  seulement  en  envisageant  les  «  entreprises  multiples ­
  »  (combinées)  et  les  «  firmes  exploitant  plusieurs
entreprises  non  contiguës  »  que  nous  voyons  combien
notre  conclusion  a  priori  correspond  aux  faits.
Parmi  les  entreprises  multiples,  les  deux  plus  grandes, ­
  occupant  7382  et  2825  ouvriers,  sont  des  sièges
d’extraction  de  mines  de  houille  réunis  à  des  établissements ­
  sidérurgiques  (aciéries,  hauts-fourneaux,  etc.
volume  XVIII.  p.  168).  En  tout,  en  Belgique  en  1896,
sur  34  entreprises  multiples  occupant  plus  de  1000  ouvriers, ­
  19  appartenaient  à  l’industrie  houillère  et  sidérurgique ­
  (1).  Ces  entreprises  occupaient  32.376  ouvriers,
soit  du  total  des  entreprises  de  plus  de  1000  ouvriers,
(53.052)  61  p.  c.
Parmi  les  firmes  exploitant  plusieurs  entreprises  non
contiguës,  l’industrie  des  mines  et  métaux  occupe  avec

Ouvriers

(1)  1  entrepr.  mult.  (mines  de  houille,  fours  à  coke,  aciéries,  etc.)
1  »  «  ))  *&amp;gt;  n
in  n  n  ”  etc.)
n  »  »  aciérie)
i  n  (fours  à  coke,  aciérie,  etc.)
1  »  (fabrique  de  fer,  atelier  de  construction  de
grosses  pièces  de  forge).
t  entrepr.  mult.  (four  à  coke,  aciérie,  etc.)
2  »  (  mines  de  bouille,  four  à  coke)
10  sièges  d’extraction  de  mines  de  houille  (fond  et  surlace
réunis)

7.382
2.825
2.163
1  969
1.572
1.334
1.186
2.081
11.864

19
(D’après  vol.  XVIII,  p,  p.  168  et  169).

32.376
        <pb n="345" />
        342  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
115.190  ouvriers,  sur  un  total  de  180  449  (v.  XVIII,  p.  170
et  171)  soit  63.8  °/ 0 ,  la  place  prépondérante.  «L’industrie
houillère,  dit  Y  Exposé  général  du  recensement,  intervient ­
  pour  une  part  importante  dans  ce  total  ;  une
même  société  exploite,  en  effet,  fréquemment  des  sièges
disséminés  en  divers  endroits  plus  ou  moins  voisins  »
(v.  XVIII,  p.  170).  Sur  les  115  190  ouvriers  des  industries ­
  des  mines  et  métaux  106.552,  ou  presque  la
totalité,  appartiennent  à  la  très  grande  industrie,
90.800,  c’est-à-dire,  78.0  °/ 0 ,  travaillaient  dans  des  entreprises ­
  de  plus  de  1000  ouvriers.  Sur  les  19  firmes,
exploitant  des  entreprises  non  contiguës  et  occupant
plus  de  2000  ouvriers,  17  appartenaient  à  l’industrie
des  mines  et  métaux,  avec  la  plus  grande  en  tête,
(8068  ouvriers)  (v.  XVIII,  p.  170  et  171).
Nous  voyons  donc  que  l’industrie  minière  et  métallurgique ­
  qui  est  la  plus  éloignée  du  consommateur  est
aussi  celle  qui  démontre  la  plus  forte  tendance  vers
la  concentration.  C’est  ici  aussi  que  les  syndicats  de
producteurs  se  sont  le  plus  fortement  développés.  «  Les
syndicats  d’organisation  définitive,  écrit  De  Leener
en  1904,  sont  peu  nombreux  ;  tels  sont  cependant  le
Syndicat  des  charbonnages  liégeois,  le  Syndicat  des
cokes,  les  Syndicats  consommateurs  de  brai,  le  Syndicat ­
  de  rails  et  acier  »  (1).
Poursuivant  notre  analyse,  nous  voyons  que  partout
la  concentration  est  plus  forte  dans  les  industries
fournissant  la  matière  première  que  dans  celles  qui  la

(1)  G.  De  Lkbner  :  Les  syndicats  en  Belgique.  1904,  p.  158.
        <pb n="346" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

343

travaillent.  Tandis  que  dans  la  filature  mécanique  de
lin  04,52  °/ D  des  ouvriers  sont  occupés  dans  la  très
grande  industrie,  dans  le  tissage  mécanique  il  n’y  en
a  que  29,23  °/ 0 .  (v.  XVIII,  p.  167).
Il  y  avait  dans  les  entreprises  de  plus  de  500  ouvriers,
dans  les  :
Filatures  mécaniques  de  coton,  2040  ouvriers  sur
7638  soit  26,71  °/ 0
Tissages  mécaniques  de  coton,  1886  ouvriers  sur  7494
soit  25,17  °/ 0 .
Tandis  que  la  filature  à  la  main  n’existait  plus,  il
y  avait  en  1896  encore  23  tisserands  de  coton,  occupant ­
  126  ouvriers  (v.  XVIII,  p.  182).  De  même,  dans
l’industrie  linière  et  lainière,  c’est  uniquement  le  tissage
à  la  main  qui  a  gardé  quelqu’importance,  tandis  que
les  fileurs  et  filcuses  ont  disparu  presque  complètement ­
  (1).  Il  en  est  de  même  dans  l’industrie  du  jute
(v.  IV,  p.  177).
Ce  qui  est  caractéristique  c’est  que,  dans  toutes  les
industries  texliles,  la  filature  a  toujours,  longtemps
avant  le  tissage,  modifié  la  technique  et  appliqué  les
méthodes  nouvelles  de  production.
Nous  donnons  ici  d’autres  exemples  qui  prouvent  que
dans  les  phases  qui  précédent  la  production  des  articles ­
  finis,  la  concentration  est  plus  grande  que  dans
(!)  Le  nombre  des  fileurs-euses,  etc.  était,  dans  l’industrie  linière  de
157,  travaillant  à  domicile  (v.  IV,  p.  184)  ;  dans  l’industrie  lainière  de  25
(v.  IV,  p.  192).  Le  nombre  des  tisserands  à  la  main  était  de  7808  (452  artisans ­
  indépendants  ;  735(3  ouvriers  à  domicile  (v.  IV,  p.  186)  et  de  5651
(69  artisans  indépendants  ;  5582  ouvriers  à  domicile)  (v.  IV,  p.  1906)  respectivement. ­
        <pb n="347" />
        344  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

celle-ci.  (Les  chiffres  sont  extraits  des  tableaux  publiés
dans  le  vol.  XVIII  du  recensement  industriel  de  1896,
pp.  173  à  194).

Entreprises  de  50  ouvriers  et  plus.

Moulins  à  vapeur  et  à  vent,

Entreprises

Ouvriers

r.  c.

à  eau,  etc.  (p.  181)

9

sur  3922

661

sur

5558

11,9

Boulangeries  et  boulangeries

mécaniques

7

»  13574

441

î?

6480

6,8

Tiges  de  bottines  (p.  189)

3

«  75

253

55

591

42,8

Chaussures  (Fab.  méc.  de)  et

Cordonnerie  (ateliers  de)  18

»  19066'

1516

55

9192

15,5

Feutres  de  poils  de  laine

(pour  chapellerie)  (p.  192)

2

»  4

637

55

664

95,9

Chapeaux  de  feutre  (p.  185)

2

»  10

315

55

439

71,7

Nous  pouvons  donc  conclure,  que  la  concentration
croît  en  raison  directe  de  l'éloignement  du  consommateur. ­
  Cette  loi  explique  une  grande  partie  des  phénomènes ­
  de  la  concentration,  mais  pour  les  comprendre
tous,  il  faut  introduire  différentes  modifications  que
j’examinerai  successivement  (1).
1°  En  parlant  du  consommateur,  j’avais  en  vue
le  consommateur  individuel.  Mais  il  arrive  souvent,

(1)  Que  l’importance  de  la  demande  est  un  élément  primordial,
inutile  de  le  répéter  ici.  (Voir  chap.  II).
        <pb n="348" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

345

surtout  à  l’heure  actuelle  que  les  produits  finis  sont
fournis  à  de  grands  magasins,  à  des  coopératives  ou  à
des  pouvoirs  publies.  Ces  organisations,  ayant  à  leur
disposition  des  spécialistes,  des  experts,  etc.,  et  achetant ­
  en  très  grandes  quantités,  exercent  sur  l’industrie
une  pression  toute  autre  que  le  consommateur  individuel ­
  et  rendent  naturellement  la  lutte  des  petites
entreprises  plus  difficile.
Il  faut  aussi  tenir  compte  du  fait  que  le  «  rationalisme  »
du  consommateur  varie  beaucoup  suivant  qu’il  s’agit
d’hommes  ou  de  femmes,  d’articles  d’usages  quotidien
ou  de  luxe.  Ainsi,  la  boulangerie,  la  cordonnerie  subissent ­
  une  pression  plus  forte  que  l’industrie  des  fleurs
artificielles,  des  articles  en  jais,  etc.
2°  Nous  avons  dit  plus  haut  qu’il  est  faux  de  vouloir
expliquer  la  concentration  par  l’intervention  plus  ou
moins  grande  des  machines  ^p.  328).  Si  nous  avons
écarté  ainsi  la  technique,  comme  cause  du  bouleversement ­
  économique,  nous  devons  en  tenir  compte
comme  une  «  force  modificatrice  »  Prenons  un  exemple.
Il  y  avait  en  1896  (v.  XVIII,  p.  183)  :
Filature  mécanique  de  laine  peignée,  4625  ouvriers  sur
4841  soit  95,5  °/ 0 ,
Filature  mécanique  de  laine  cardée,  3531  ouvriers  sur
4949  soit  71,3  °/ 0 ,
occupés  dans  la  grande  et  très  grande  industrie.  Ce
fait  s’explique  probablement  par  une  raison  technique  II
est  en  effet  très  facile  de  fonder  une  fabrique  de  laine
cardée,  car  on  n'a  qu’à  acheter  des  déchets  de  la  filature
de  laine  peignée.  Pour  la  laine  peignée,  au  contraire,  il
        <pb n="349" />
        346  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE
faut  des  installations  très  coûteuses,  préparant  la  matière ­
  première.
Si  la  verrerie  se  range  parmi  les  industries  les  plus
concentrées,  c’est  parce  que  3  équipes  doivent  y  êtri  occupées. ­
  Ainsi,  un  four  à  gaz  à  besoin  de  :
20  souffleurs
20  gamins
20  deuxièmes  gamins
60
Ce  qui  fait  pour  trois  équipes  180  ouvriers.  En  outre,
il  faut  :
34  coupeurs
12  repasseurs
30  étendeurs
20  tireurs  de  grilles
20  tireurs  de  pierres
20  gamins  de  stracon
12  gaziers,  etc.
au  total,  environ  350  à  400  personnes.
Comme  il  faut  avoir  deux  fours  au  moins,  à  cause
des  réparations  fréquentes,  on  en  arrive,  pour  une
entreprise  relativement  petite,  à  800  ouvriers.
Citons  dans  le  même  ordre  d’idée,  que  les  articles
facilement  transportables  et  supportant  de  longs  voyages,
se  prêtent  plus  facilement  à  la  concentration  que  les
autres.
3")  Une  troisième  tendance  modificatrice  consiste  dans
le  fait  que  les  industries  fabriquant  des  produits  nouveaux ­
  comme  les  bicyclettes,  automobiles,  appareils
électriques,  etc.,  traversent  très  rapidement  le  stade
        <pb n="350" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

347

de  petite  et  moyenne  entreprise  et  se  constituent  presque ­
  dès  le  début  en  grande  industrie.  Ici  la  concentration ­
  se  produit,  indépendamment  de  l’éloignement  du
consommateur.
Ainsi,  dans  l’industrie  des  machines  et  appareils
électriques,  1227  sur  1310  ouvriers,  soit  93.7  °/ 0 ,  étaient
occupés  dans  la  grande  et  la  très  grande  industrie,
(v.  XVrir.  p.  175)  dans  les  fabriques  de  toiles  cirées,
linoléum,  78.97  °/ 0 ,  dans  des  entreprises  de  plus  de
500  ouvriers  (v.  XVIII,  p.  167).  Citons  dans  le  même
ordre  d’idées,  l’industrie  des  machines  à  coudre  et  à
écrire,  la  fabrication  de  conserves,  etc.  aux  Etats-Unis
  et  ailleurs.
L’industrie  des  vélocipèdes  était,  en  1896,  encore
peu  concentrée  (dans  la  grande  industrie  353  ouvriers
sur  1180).  Depuis  lors,  la  concentration  dans  cette
industrie,  de  même  que  dans  celle  des  motocyclettes
et  automobiles,  a  fait  des  progrès  rapides.
Il  serait  donc  par  trop  simpliste  d’expliquer  tous  les
phénomènes  de  concentration  par  une  loi  unique.  Mais
il  me  semble  que  c’est  l’éloignement  du  consommateur
qui  exerce  l’influence  dominante.
Pour  finir,  je  voudrais  dire  que  je  sens  moi-même
combien  est  fragile  la  seconde  partie  de  ce  chapitre.
En  analysant  les  causes  de  la  plus  ou  moins  grande
concentration  dans  les  différentes  industries,  je  me
suis  basé  en  grande  partie  sur  une  observation  de
Bohm-Bawerk,  qui  d’après  l’auteur  lui-même,  n’est  pas
vérifiée  et  peut-être  pas  vérifiable.  Il  serait  intéres ­
        <pb n="351" />
        348  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

sant  de  voir  les  techniciens  se  prononcer  sur  la  possibilité ­
  de  mesurer  les  efforts  respectives  des  différentes
branches  d’industrie.  C’est  donc  plutôt  à  titre  d’essai
que  comme  un  solution  définitive  que  j’ai  donné  ces
dernières  pages.
        <pb n="352" />
        ANNEXE
        <pb n="353" />
        LA  CONCENTRATION  INDUSTRIELLE

351

ANNEXE

Nombre  de  détenus  des  maisons  de  mendicité,
de  force,  etc.  compris  dans  le  Recensement
industriel  de  1846.

(Ces  chifffres  doivent  être  déduits  des  totaux  du  Recensement ­
  industriel  de  1846,  pour  qu’une  comparaison  entre  ce
Recensement  et  celui  de  1896  soit  possible.  Dans  les  tableaux
II,  III,  V,  ces  déductions  ont  été  faites  )

INDUSTRIE

Entreprises

VILLE
ou
COMMUNE

Ouvrièrs  de
plus  de  16  ans

Ouvrières  de  II
plus  de  16  ans  I

Ouvriers  de
moins  de  16  ans

Ouvrières  de
moins  de  16  ans

Total

Menuisiers  .  .  .

Page
4

1

Hoogstraten  (Dép.

10

10

Boulangers  .  .  .

8

1

de  Mendicité).

4

—

—

—

4

Filature  et  tissage

de  lin  et  chanvre.

20

1

Hemixem  (Prison)

1262

—

—

—

1262

Tissus  de  lin  et

chanvre  .  .  .

20

1

Hoogstraten  (Dép.

30

20

3

1

54

Tailleurs  ....

32

1

de  Mendicité).

9

—

9

Tisseranderie,  filature, ­
  passementerie, ­
  ganterie,  menuiserie, ­
  serrurerie ­
  ..  .

86

1

Ixelles  (Dép.  de
Mendicité).

516

264

149

71

1030

Toiles  ordinaires  de

Bruges  (Dép.  de
Mendicité).

lin

130

1

212

55

—

7

274

Menuisiers,  layetiers,
  etc  .  .  .

161

1

Gand  (Maison  de
force).

28

—

—

—

28

Sabotiers  ....

166

1

»

8

-

-

—

8

Tourneurs  en  bois.

168

1

"

2

—

—

—

2

Bonnetterie  .  .  .

168

1

»

12

—

—

—

12

Boulangers  .  .  .

170

1

»

7

—

—

—

7

A  reporter  .

2130

339

152

79

2700
        <pb n="354" />
        352

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BÈLGIQUÉ

*  ——-—



(fl

(fl

(fl
CD
cn

(fl

(fl
®  c

&amp;lt;3&amp;gt;  «

&amp;lt;D  ^

VILLE

73  =3

73  «
(fl

çojg

INDUSTRIE

"S
P-*

ou

O
•H  CD

U  ^
:2  o

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a&amp;gt;  a&amp;gt;
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ÉH  (V)
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05
O

H  T3

U  73

h

c

COMMUNE

^  (fi

3  q

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z  .5

W

o  -5

O  —

O  o

O  °

a,

a,

a

6

Report  .

3130

339

152

79

2700

Page

Cordonniers  .  .  .

178

1

Gand  (Maison  de

3

—

—

—

3

force).

Tissus  de  coton

180

1

»

323

—

—

—

323

Couvreurs  en  ardoise



182

1

”

2

—

—

_

2

Fondeurs  en  cuivre

182

1

»

2

—

—

—

.  2

Forgerons  .  .  .
Ferblantiers  et  fl-186



1

”

50

—

—

50
169

leurs

190

2

*

169

—

—

—

Tisseranderie  .  .

194

1

Renaix  (Etabliss.
d’apprentissage)

102

71

42

7

222

Filature  à  la  main

72

437

de  lin

195

1

Gand  (Atelier  de
charité)

205

155

5

Maçons

198

1

Gand  (Maison  de
force)

133

—

—

—

133

Peintres  ....

206

1

»

12

—

—

—

12

Tailleurs  d'habits  .

216

1

»

176

—

—

—

176

Tisserands  .  .  .

220

1

Termonde  (Hospice

2

—

7

—

9

des  orphelins)

14

Cordonniers  .  .  .

252

1

(Mons  (Dép.  de

14

—

—

—

Mendicité).

75

Fileurs

270

1

»  »

27

41

—

7

Relieurs  ....

292

1

))  ))

8

—

—

—

8

Tailleurs  d’habits  .

298

1

22

-

—

=

22

Tisserands  .  .  .

304

1

12

—

—

—

12

Menuisiers  .  .  .

456

1

Reckheim  (Dép.
de  Mendicité)

7

—

—

—

7

Bonneterie  .  .  .

358

1

»

—

19

—

2

21

Cordonniers  .  .  .

364

4

»

S

—

—

—

5

Couturières  .  .  .

364

1

-

—

17

—

—

17

Laine,  Filature  de  .

368

1

»

43

24

—

1

68

Bonneteries  .  .  .

422

3

Namur  (Etabl.  des
Sœurs  Carmélites

—

100

—

18

118

et  du  Bon  Pasteur

1

186

4605

Total.

,  .

3447

766

206
        <pb n="355" />
        BIBLIOGRAPHIE
        <pb n="356" />
        BIBLIOGRAPHIE

DE
L’ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE

DE  LA
BELGIQUE
pour  la  période  de  1800-igog.  (1)

En  élaborant  cette  bibliographie  je  me  suis  heurté  à  différentes ­
  difficultés  notamment  à  l’imposibilité  de  trouver  à
la  Bibliothèque  Royale  de  nombreux  livres  relatifs  à  la  Belgique ­
  et  publiés  dans  ce  pays.  Dans  ma  bibliographie  j’ai
mis  une  croix  rj-)  à  côté  de  ces  ouvrages.
Après  beaucoup  de  vains  efforts  à  la  bibliothèque  Royale
j’ai  finalement  préféré  de  faire  des  recherches  dans  les  bibliothèques ­
  spéciales  et  locales.  J’y  ai  trouvé  non  seulement
la  plupart  des  livres  cités  ci-après,  mais  aussi  un  concours
dévoué  et  des  conseils  précieux.  Je  suis  heureux  de  saisir
cette  occasion  pour  exprimer  surtout  ma  reconnaissance  à
M  Daniel  Warnotte,  bibliothécaire  de  l’Office  du  Travail
et  chef  de  la  Documentation  à  l’Institut  de  Sociologie,  à  M.
Paul  Maes,  bibliothécaire  de  la  Chambre  des  Représentants,
et  M  F  Vanderhaeghen  qui  a  réuni  avec  tant  de  soins
toute  la  littérature  relative  à  la  ville  de  Garni.
★
♦  ¥
Cette  bibliographie  est  économique,  c’est-à-dire  que  la  littérature ­
  technique  et  juridique,  par  exemple,  n’y  figure  pas.
Parmi  les  phénomènes  économiques,  elle  ne  retient  que  ceux
(1)  La  bibliographie  s’arrête  au  31  décembre  1909.
        <pb n="357" />
        BT"  1  iilW^—

—

356

BIBLIOGRAPHIE  GENERALE

relatifs  à  la  production  (non  compris  les  services  publics,  comme
usines  à  gaz,  abattoirs,  etc)  ;  la  littérature  purement  commerciale ­
  ou  financière  n’est  donc  pas  comprise.  Il  m’a  paru
nécessaire  toutefois,  de  donner,  dans  les  parties  consacrées  aux
industries  spéciales,  des  titres  qui  ne  rentrent  pas  à  proprement ­
  parler  dans  une  bibliographie  traitant  uniquement  les
questions  de  production.  Ces  titres  sont  marqués  d’un  astérisque ­
  (*).
Les  rapports  consulaires  n’ont  pas  été  relevés  ;  de  même
je  n’ai  pas  dépouillé  systématiquement  les  documents  parlementaires, ­
  et  je  me  suis  contenté  de  citer  les  principales  enquêtes
organisées  par  les  pouvoirs  législatifs.  Enfin,  les  articles  qui
ne  sont  que  des  comptes  rendus  ne  sont  pas  mentionnés.
La  presque  totalité  des  ouvrages  dont  je  donne  les  titres
ont  été  entre  mes  mains.  Après  chaque  titre  se  trouve  le  nom
de  la  bibliothèque  dans  laquelle  j’ai  pu  consulter  le  livre  ;  les
abréviations  employées  sont  les  suivantes  :
A.  II.  =  Bibliothèque  de  l’Académie  Royale  de  Belgique.
Aff.  étr.  =  Bibliothèque  du  Ministère  des  Affaires  étrangères.
B.  C.  Liège.  —  Bibliothèque  Communale.  Liège.
B.  N.  =  Bibliographie  Nationale.
B.  R.  =  Bibliothèque  Royale.
B.  U.  G.  =  Bibliothèque  de  l’Uuniversité  de  Gand.
Ch.  R.  =  Bibliothèque  de  la  Chambre  des  Représentants.
Com.  C.  de  St.  —-  Bibliothèque  de  la  Commission  Centrale  de
Statistique.
I.  S.  =  Institut  de  Sociologie  Solvay.
Min.  des.  Fin.  =  Bibliothèque  Centrale  du  Ministère  des  Finances. ­

Off.  Tr.  —  Bibliothèque  de  l’Office  de  Travail.
V.  H.  =  Catalogue  Van  Hulthem.
        <pb n="358" />
        U

Plan  de  la  Bibliographie

Page.
Première  Partie  (Introduction).
Quelques  (1)  ouvrages  sur  l’état  économique  de  la  Belgique
vers  la  fin  du  XVIII e  siècle  .....  358
Seconde  Partie.
La  Belgique  industrielle  depuis  1800.
A.  —  Ouvrages  généraux  362
(Spécialement  Expositions  industrielles  belges  p.  385  )
B  -  Ouvrages  relatifs  aux  industries
spéciales.
1.  -  INDUSTRIE  DE  FABRIQUE  388
1.  —  INDUSTRIE  DES  MINES  CARRIÈRES  ET  MÉTAUX.
a)  Ouvrages  généraux  .....  388
b)  Industrie  houillère  .....  390
c)  Industrie  sidérurgique.  ....  394
(Spécialement  Société  John  Cockerill  p.  397.)
di  Industrie  du  Zinc.  La  Vieille  Montagne.  398
e)  Industries  diverses  .....  400
2.  —  INDUSTRIES  TEXTILES.
a)  Ouvrages  généraux  .  .  .  .  .401
b)  Industrie  linière  .  .  .  .  .  .401
c)  Industrie  cotonnière  .....  409
d)  Industrie  lainière.  .....  414
e)  Industrie  de  soie,  de  chanvre,  de  jute  et
bonneterie  .  .  .  .  .  .  .415
3.  —  INDUSTRIE  SUCRIÈRE  416
4.  —  INDUSTRIES  DIVERSES  418
5.  —  BIOGRAPHIES  DES  GRANDS  INDUSTRIELS  .  .  420
6.  —  LA  CLASSE  OUVRIÈRE.
a)  Les  conditions  économiques  de  la  classe
ouvrière.  [Salaires  et  heures  de  travail]  .  421
b)  Travail  des  enfants  et  des  femmes  .  .  428
II.  —  LES  MÉTIERS  429
III.  —  LES  INDUSTRIES  A  DOMICILE  .  .  .  432
(1)  En  dissant  “quelques»  je  veux  souligner  que  je  n’ai  nullement
la  prétention  de  donner  ici  une  bibliographie  complète.
        <pb n="359" />
        PREMIERE  PARTIE  (Introduction)

Quelques  ouvrages  sur  1  état  économique  de  la  Belgiqae
vers  la  fin  du  XVIII e  siècle
1774  1
JARS,  G.  Voyages  métallurgiques  ou  recherches  et  observations  sur
les  mines  et  forges  de  fer,  la  Fabrication  de  l’acier,  celle  du  fer
blanc  et  plusieurs  mines  de  charbon  de  terre,  faites  depuis  l’année
1757  jusque  compris  1769,  en  Allemagne,  Suède,  Norwège,
Angleterre,  Ecosse,  suivies  d’un  mémoire  sur  'a  circulation  de
l’air  dans  les  mines  et  d’une  notice  de  la  jurisprudence  des  mines
de  charbon  dans  le  Pays  de  Liège,  la  Province  du  Limbourg  et  le
Comté  de  Namur.  Lyon  p.  416.
[Mines  et  forges  de  f-r  du  comté  de  Namur,  p.  308-312.  Mines  de
charbon  du  pays  de  Liège,  p.  283-305]
B.  R.
1778  2
Lettres  sur  l’état  présent  des  Pays  Bas  Autrichiens,  relativement  à
leu^s  forces,  à  leurs  gouvernements,  à  leur  commerce,  aux
mœurs  de  leurs  habitants.  Londres.
B.  R.
V.  H.  27092.
1782  3
Description  de  la  ville  de  Bruxelles  enrichie  du  plan  de  la  ville  et  de
perspectives.  Bruxelles.
[Sur  les  manufactures  de  Bruxelles,  p.  XVI  et  XVII.]
B.  R.
V  H.  27375.
1782  4
Le  Voyageur  dans  les  Pays-Bas  autrichiens  ou  Lettres  sur  l’état  actuel
de  ce  pays.  Amsterdam.  VI  vol.
v!  H.  27056.
1785  5
LAMMEN3,  François.  Mémoire  sur  la  question  proposée  par  l’Académie ­
  Impériale  et  Royale  des  Sciences  et  Belles  Lettres  de  Bruxelles ­
  en  1785  dans  ces  termes  :  Indiquez  les  nouvelles  branches  de
manufactures  et  de  commerce  qui  pourraient  être  introduites
dans  les  diverses  provinces  des  Pays-Bas  Autrichiens,  sans  nuire
à  celles  qui  y  sont  déjà  établies,  Bruxelles.  p.  24.
I.  S.
A.  156.
        <pb n="360" />
        BIBLIOGRAPHIE  GENERALE

359

1785  6
Briefe  eines  reisenden  Franzosen  über  den  gegenwàrtigen  Zustand  der
Oesterreichischen  Niederlande.  Aus  dem  Frauzôsischen  mit  einigen
  nôligen  Anmerkungen,  Verbesserungen  und  Zusàtzen  von
P.  A.  Winkopp.  Leipzig,  3  vol.  (Traduction  de  N.  4).
B.  R.
V.  H.  27073.
1786  7
SHAW,  James.  Sketches  of  the  history  of  the  austrian  Netherlands
with  remarks  on  the  constitution,  commerce,  arts,  and  general
State  of  these  provinces.  London.
B  R
V.  h!  27077.
1787  8
Lettre  et  mémoire  sur  le  commerce  des  Pays-Bas  autrichiens.  Adressés ­
  au  Magistrat  de  la  ville  de  Bruxelles,  par  le  Comité  des  Négociants ­
  de  la  dite  ville.  In  8°  V.  et  76  p.
Ch.  R.
1787  9
Recueil  des  mémoires  sur  le  commerce  des  Pays-Bas  autrichiens,
suivi  d’un  recueil  complet  des  pièces  relatives  à  la  Pêche  Nationale. ­
  De  l’imprimerie  des  nations.  In  8 e  VIII.  et  400  p.
Ch.  R,
1788  10
SHAW.  Essai  sur  les  Pays-Bas  autrichiens.  Londres.
B.  R.
1788  11
Nouvelles  lettres  sur  l’état  présent  des  Pays-Bas  autrichiens.  Londres
[Sur  l’industrie,  p.  25,  140,  144,  146.  148,  172,  173,1
B  R
V.H.  27057.
1791  12
FORSTER,  Georges.  Ansichten  von  Niederrhein,  von  Brabant,  Flandern,
  Holland,  England  und  Frankreich.  Berlin.  2  vol.  8°.
[Sur  l’industrie  v.  I  p.  421.  454,  455,  v.  II.  p.  14-16,  178-184,  220].
B.  R.
V.  H.  27482.
        <pb n="361" />
        360

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1795  13
ESTE,  C.  A  Journey  in  the  year  1793  through  Flanders,  Brabant  and
Germany  to  Swilzerland.  London.
[Sur  l’industrie  pp.  23,  50,  81,  92,  122,  136,  137.]
B.  R.
V.  R.27483.
1795  14
FORSTER,  Georges.Voyage  philosophique  et  pittoresque  sur  les  rives
du  Rhin,  à  Liège,  dans  la  Flandre,  le  Brabant,  la  Hollande,  etc.,
fait  en  1790.  Traduit  de  l’allemand.  Avec  des  Notes  critiques  sur
le  Physique,  la  Politique  et  les  Art-,  par  Charles  Pougens.  Paris
an  III.  2  vol.  8°.  (Traduction  de  N.  12).
B  R
v!  H.'  27481.
1798  15
SHAW,  James.  Essai  sur  les  Pays-Bas  autrichiens,  traduit  de  l’anglais.
Londres,  Bruxelles.  (Traduction  de  N.  7).
B  R
V.  H  27.079
1873  16
CAFFIAUX,  Henri.  Essai  sur  le  régime  économique,  financier  et
industriel  du  Hainaut  après  son  incorporalion  à  la  France.  Valenciennes. ­
  p.  IX  et  487.
I.  S.
1881  17
DEMANET,  A.  G.  Recherches  historiques  sur  la  ville  et  la  seigneurie
de  Fontaine-l’Evêque.  Mons.
[Industrie  et  commerce,  p.  242-258.]
I.  S.
1883  18
SOIL,  Eugène.  Recherches  sur  les  anciennes  porcelaines  de  Tournay.
Paris-Tournay.
[Voir  notamment  chap.  II.  Histoire  de  Peterinck  et  de  la  manufacture ­
  de  porcelaines,  p.  17-74].
B.  R.
1888  19
CRUTZEN,  G.  Principaux  défauts  du  régime  corporatif  dans  les  Pays-Bas
  Autrichiens  à  la  fin  du  XVIII e  siècle.  Gand  p.  67.  Extrait  de
la  Revue  de  VInstruction  Publique  en  Belgique.  Tomes  XXX  et
XXXI.
B.  R.
        <pb n="362" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

3(31

1892  20
SOIL,  Eugène.  Les  tapisseries  de  Tournai.  Les  tapissiers  et  les  hautelisseurs
  de  cette  ville.  Recherches  et  documents.  Tournai.  1  v.
p.  460.
[Voir  notamment  p.  80-90  l’histoire  de  la  manufacture  royale  de
tapis  de  Tournai].
I.  S.
5.  1892.
1897  21
GUMONT,  Georges.  Histoire  d’une  manufacture  de  batiste  à
Nivelles  au  XVIII®  siècle.  Extrait  des  Annales  de  la  Société
d'Archéologie  de  Bruxelles,  Tome  XI.  3 e  et  4 e  Liv.  1897.  Bruxelles. ­
  p.  12.
I.  S.
Br.  1489.
1898  22
CUMONT,  Georges.  Manufactures  établies  à  Tervueren  par  Charles
de  Lorraine  et  industries  créées  ou  soutenues  en  Belgique  par  le
gouvernement  autrichien.  Extrait  des  Annales  de  la  Société
d'Archéologie  de  Bruxelles.  Tome  XII.  Bruxelles,  p.  23.
I.  S.
Br.  1490.
1903  23
JULIN,  Armand.  Les  grandes  fabriques  en  Belgique  vers  le  milieu  du
XVIII e  siècle.  1764.  Extrait  du  tome  LXIII  des  Mémoires  couronnés ­
  et  autres  Mémoires  publiés  par  l'Académie  royale  de
Belgique,  p.  81.
I.  S.
Br.  1182.
1907  24
WILLEMSEN,  G.  Contribution  à  l’histoire  de  l’industrie  linière  en
Flandre  au  XVIII e  siècle.  Annales  de  la  société  d'histoire  et
d'archéologie  de  Oand.  Tome  VIL  Deuxième  fascicule,  p.  223-340.
  Gand.
I.  S.
5.  1907.
1909  25
WILLEMSEN,  G.  Une  association  industrielle  rurale  en  Flandre  au
XVIII e  siècle.  Anvers,  p.  36.
I.  S.  Br.  6080.
        <pb n="363" />
        SECONDE  PARTIE.

La  Belgique  industrielle  depuis  1800.
A.  —  Ouvrages  généraux  Livres,  articles,  etc.
[Les  ouvrages  relatifs  à  la  formation  du  prolétariat  (paupérisme,  crise
agricole  etc.)  ne  sont  pas  compris  dans  cette  bibliographie.  Le
lecteur  les  trouvera  cités  dans  le  Chapitre  III  traitant  de  cette
question.  De  même  quand  à  l’accroissement  de  la  population  il
faut  voir  Chap.  II].
1802  26
CAYENNE.  Statistique  du  Département  de  la  Meuse  inférieure.  Approuvée ­
  pour  être  présentée  au  Ministre  de  l’Intérieur  par  le
citoyen  Loyset,  préfet.  Maestricht,  de  l’imprimerie  de  Th.  Nypels,
  Thermidor  an  X.
B.  R.
1802  27
DESMOUSSEAUX.  Statistique  du  département  de  l’Ourthc  publié  par
ordre  du  ministre  de  l’intérieur.  A  Paris.  De  l'imprimerie  des
sourds-muets,  an  X.
B  R
V.'  H.  27847.
1802  28
DOULCET-PONTÉCOULANT.  Description  typographique  et  historique ­
  du  département  de  la  Dyle.  An  X,  in  8.
B  R
V.  H.  27237.
1802  29
DOULCET-PONTÉCOULANT.  Extrait  du  mémoire  statistique  du  Départei;
  ent  de  la  Dyle.  Adressé  par  le  Préfet  au  Ministre  de  l’Intérieur ­
  en  l’an  10.  (Idem  que  N.  30).
[Sur  l’industrie  p.  159  et  suivantes].
B.  R.
V.  H.  27237.
        <pb n="364" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

363

1802  30
DOULCET-PONTÈCOTJLANT.  Statistique  du  département  de  la  Dyle.
B.  R.
V.  H.27238.
1802  31
HERBOUVILLE  (d’).  Statistique  du  département  des  Deux  Nèthes
publié  par  ordre  du  ministre  de  l’intérieur.  A  Paris.  De  l’imprimerie
des  sourds-muets.  An  X.
B  R
V.‘  H.  27847.
1802  32
PERÈS.  Statistique  du  département  de  Sambre  et  Meuse.  Paris,  an  X.
B.  R.
1803  33
DOULCET-PONTÈCOULANT.  Résumé  administratif  présenté  par  le
préfet  au  conseil  général  du  Département  de  la  Dyle,  à  l’ouverture ­
  de  sa  session  de  l’an  11.  Bruxelles  an  XI.
[Genièvreries  p.  9.]
B  R
V.  H.  2724tB.
1804  34
Annuaire  du  département  de  la  Lys  pour  l’an  13,  par  le  secrétairegénéral
  de  la  Préfecture.  Bruges.
[Voir  notamment  p.  351  et  suivantes  sur  les  manufactures.]
B.  R.
V.  H.  27492.
1804  35
VIRY.  G.  Mémoire  statistique  du  Département  de  la  Lys  adressé  au
Ministre  de  l’Intérieur,  d’après  ses  instructions.  Paris,  de  l’imprimerie ­
  nationale,  an  XII.
B.  R.
1805  36
DOULCET-PONTÈCOULANT.  Exposition  de  la  situation  administrative ­
  du  département  de  la  Dyle.  Au  1 er  Germinal  an  8  et  an
Germinal  an  13.  Bruxelles  an  XIII.
[Voir  notamment  sur  les  Genièvreries,  p.  12-15].
B  R
V.  H.  27241.
        <pb n="365" />
        364

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1805  37
FAILPOULT.  Statistique  générale  de  la  France.  Mémoire  statistique
du  département  de  l’Escaut,  adressé  au  ministre  de  l’intérieur,
d’après  ses  instructions.  Publié  par  ordre  du  gouvernement  à
Pai'is,  de  l’imprimerie  nationale  an  XIII  (in  8°).
B.  R.
1815  38
LE  COQ,  Charles.  Coup  d’œil  sur  la  statistique  commerciale  de  la
ville  de  Tournayetde  son  arrondissement.  Bruxelles.
B.  R.
1818  39
SMITHERS,  Henry.  Observations  madeduring  a  tour  in  1816  and  1817
through  that  part  of  the  Netherlands,  which  comprises  Ostend,
Bruges,  Ghent,  Brussels,  Malines,  Antwerp.  Brussels,  1  vol.
269  p.
LSur  l’industrie  p.  211  et  suivantes.]
B.  R.
V.  H.  27485.
1819  40
BRUNELLE,  P.-J.  Bruxelles,  ancien  et  moderne  et  ses  environs,  ou
guide  du  voyageur  de  cette  capitale.
Ouvrage  historique,  anecdotique,  descriptif  et  critique,  utile  aux
étrangers  comme  à  ses  habitants.  Bruxelles.
[Carrosseries,  p.  90].
B  R
v!  H.'27493.
1819-1820  41
VANDERSTRAETEN,  M.  De  l’état  actuel  du  royaume  des  Pays-Bas
et  des  moyensde  l’améliorer,  Bruxelles.  I  vol.  1819  p.  359  et  114.
II  v.  1820  p.  144  et  279.  (La  Bibliothèque  royale  ne  possède  que
le  I  vol.).
[Sur  l’industrie  voir  vol.  I.  pp.  48  et  suivantes,  pp.  176,  287,  299,
etc.]
Com.  C.  de  St.
1820  42
Catalogue  indiquant  les  noms  et  domiciles  des  fabricants  du  Royaume
avec  une  désignation  sommaire  des  produits  de  leur  industrie.
Rédigé  par  la  Commission  chargée  de  la  direction  de  l’exposition
générale  ouverte  à  Gand  le  1 er  août  1820.  Gand.
B.  R.  V.  H.
24955  et  B.  U.  G.
        <pb n="366" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

365

1822  43
Tableau  de  la  situation  des  diverses  fabriques  et  manufactures  de
Bruxelles  et  des  environs,  dans  la  Province  de  Brabant  méridional ­
  au  mois  de  juin.
B.  R.
Manuscrits.
18063.
1823  44
DE  GLOET,  J.  J.  Tableau  statistique  de  l’industrie  des  Pays  Bas.
Bruxelles  1823.  Observations  sur  l’ouvrage  précédent,  par
M.  P....  cultivateur.  Bruxelles.  1824.
B.  R.
V.  H.  24820.
1823  45
-j-GERLACHE  (Baron  de),  Etienne  Constantin.  Recueil  d’observations
et  de  mémoires  sur  l’industrie  manufacturière  et  le  commerce
considérées  sous  le  rapport  de  leur  importance  pour  la  prospérité ­
  générale  et  de  la  protection  que  l’un  et  l’autre  réclament*
Liège  in  4°.
Cité  dans  la  B.  N,
1824  46
DE  GLOET,  J.  J.  Manuel  de  l’administration,  du  manufacturier  et  du
négociant  ou  tableau  statistique  de  l’industrie  des  Pays  Bas.  Deuxième ­
  édition.  Bruxelles  p.  108.
Ch.  R.
1824  (?)  47
DEWEZ.  Description  statistique  de  l’industrie  des  Pays  Bas.
B  R
V.  H.  24820.
1830  48
KAUFMANN,  J.-B.  De  l’industrie  en  Belgique:  ce  qu’elle  était  sous  le
gouvernement  des  Nassau  et  ce  qu’elle  peut  devenir.  Liège.  69  p.
Gomm.  G.  de  St.
1832  49
GOCQUYT,  J.  J.  Mémoire  pour  servir  au  rétablissement  du  Commerce
et  de  la  navigation.  A  sa  Majesté  le  Roi  des  Belges  et  Prince  de
Cobourg.
B.  R.
Manuscrit  II.  4  576.
        <pb n="367" />
        366

EVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1833-1909  50
Rapports  sur  la  situation  administrative  des  provinces  Hainaut,  Liège, ­
  Namur,  Luxembourg  paraissant  annuellement.
[Contiennent  des  documents  relatifs  à  l’industrie].
Ch.  R.
1835-1870  51
Rapports  des  Chambres  de  Commerce  depuis  1830-1870.
[Jusqu’en  1857  la  plupart  des  rapports  sont  manuscrits  et  se  trouvent ­
  à  la  Bibliothèque  du  Ministère  des  Affaires  Etrangères.
Direction  du  Commerce.  Depuis  1858-1870  tous  les  rapports  sont
imprimés.  Après  1870  il  n’y  a  qu’une  partie  des  Chambres  de
Commerce  qui  publient  des  rapports.  Ceux-ci  ne  paraissent  pas
toujours  dans  des  intervalles  annuels].
1836  52
Rapports  sur  la  situation  commerciale  et  industrielle  du  Luxembourg
adressé  à  M.  le  Ministre  de  l’Intérieur  par  la  Députation  provinciale. ­
  Arlon.  in  8°  133  pp.
Com.  C.  de  St.
1836  53
TOILLIEZ,  Auguste-Ferdinand  Albert.  Mémoire  sur  l’introduction  et
l’établissement  des  machines  à  vapeur  dans  le  Hainaut  Couronné ­
  par  la  Société  des  sciences  des  aits  et  des  lettres  du  Hainaut,
le  14  mars.  Mons.  44  p.
Extrait  du  Compte  rendu  du  troisième  anniversaire  de  la  Société
des  sciences  etc.  du  Hainaut.
B.  R.
1837  54
BRIAVOINNE,  N.  Sur  les  inventions  et  perfectionnements  dans  l'industrie ­
  depuis  la  tin  du  xviii®  siècle  jusqu’à  nos  jours.  Mémoire
couronné  par  l’Académie  Royale  de  Belgique  8  mai.
Off.  Tr.
1839  55
HAND  LOOM  WEAVERS.  Reports  from  Assistant  Hand-Loom  Wea -
vers  Commissioners.  p.  135-182.  Report  from  J.  G.  Symons,
Esq.  Belgium.
Off.  Tr.
        <pb n="368" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

367

1839  56
BRIAVOINNE,  N.  Do  l’industrie  en  Belgique.  Causes  de  décadence  et  de
prospérité.  Sa  situation  actuelle.  Vol.  I.  et  II.  Bruxelles.  2  vol.
in  8°  p.  450  et  570.
Off.  Tr.
1839  57
-j-PEETERS,  Ant.  La  Belgique  agricole,  manufacturière  et  commerciale ­
  ei  des  moyens  d’améliorer  sa  position.  Anvers-Bruxelles.
Vol.  in-12°.  p.  147.
A.  R.
Vers  1840  58
Belgique  (la)  industrielle.  Vue  des  établissements  industriels  de  la
Belgique.  Bruxelles  2  vol.  gr.  in  f°  200  pl.  litogr.  et  tald.
B.  R.
1840  59
BRIAVOINNE,  Natalis.  Mémoire  sur  l’état  de  la  population  des  fabriques, ­
  des  manufactures  et  du  commerce  dans  les  provinces  des
Pays  Bas  depuis  Albert  et  Isabelle  jusqu’à  ta  fin  du  siècle  dernier. ­
  Mémoire  couronné  par  l’Académie  de  Bruxelles  le  7  mai
p.  217.
Ort.  Tr.
1840-  1841  60
Chambre  des  Représentants  (N.  157  Session  1840-1841).  Enquête  commerciale ­
  et  industrielle.  2  vol.
Min.  des  Fin.
Bib.  C.
1840  61
Le  HARDY  de  BEAULIEU.  Des  causes  des  crises  commerciales  et  industrielles. ­
  Charleroi  p.  84.
Extrait  du  Journal  de  Charleroi  1840.
Cb.  R.
1840  62
PEETERS,  A.  Mémoire  sur  l’enquête  provoquée  par  la  proposition  de
l’honorable  M.  Defour.  Anvers  p.  52.
[Ce  livre  traite  notamment  de  la  politique  commerciale].
Com.  C.  de  St.
1841-  1883  63
Bulletin  du  Musée  de  l’industrie  en  Belgique.  Bruxelles.  84  vol.
Ch.  R.
        <pb n="369" />
        368

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

WtrntH-1841

  64
TENNENT,  Emerson.  Notes  d’un  voyageur  anglais  sur  la  Belgique.
Industrie,  commerce,  cultures,  arts,  état  moral,  Ouvrage  traduit
de  l’anglais  par  P.  M.  Justin.  Bruxelles  2  vol.  in-18.
Gom.  G.  de  St.
1842  65
HEEREN,  D r  Fr.  Zusammenstellung  technisch  statistischer  Bemerkungen
  über  die  Industrie  des  Kônigreichs  Belgien  und  die  letzjàhrige
  Geberbe  Ausstellung  in  Brüssel  auf  einer  im  Auftrage
des  Kôniglich  Hannowerschen  Ministeriums  des  Handels  und
der  Finanzen  im  Herbste  1841  gemachten  Reise  in  Belgien.
p.  88.  Hannover.
Gom.  G.  de  St.
1842  66
Mines,  usines  minéralurgiques,  machines  à  vapeur.  Rapport  au  Roi.
Bruxelles,  petit  in-fol.  cviii  et  437  pp.  (Statistique  de  la  Belgique). ­

Com.  C.  de  St.
1842  67
SAGRA  (de  la)i  Ramon.  Notice  sur  l’organisation  actuelle  de  l’industrie ­
  en  Belgique  et  sur  la  nécessité  de  sa  réforme.  Extrait  du
Compte  rendu  des  séances  et  travaux  de  l'Académie  des
sciences  moral  es  et  politiques.  Paris  p.  27.
Gom.  C.  de  St.
1843  68
ARRIVABENE,  J  Situation  économique  de  la  Belgique  exposée
d’après  les  documents  officiels.  Bruxelles  in-8°  68  pp.
Gom  C.  de  St.
1844  69
Chambre  des  représentants.  (Séance  du  23  Février  N.  227).  Rapport
présenté  par  M.  Zoude  au  nom  de  la  commission  d’enquête  instituée ­
  par  la  chambre.  Partie  industrielle.
Min  des  Fin.

1844

70
        <pb n="370" />
        BIBLIOGRAPHIE  GENERALE

369

1844-1845  71
Van  den  BOGAERDE  van  ter  BRUGGE,  (baron  André  Jean  Louis).
Essai  sur  l’importance  du  commerce,  de  la  navigation  et  de  l’industrie ­
  dans  les  provinces  formant  le  royaume  des  Pays-Bas,
depuis  les  temps  les  plus  reculés  jusqu’en  1830.  La  Haye,  Bruxelles ­
  3  vol.  in  8°  vin  et  98,  vi  et  214  et  vi  et  302  p.
B.  R.
1845  72
POUSSIN,  S.  F.  La  Belgique  et  les  Belges  depuis  1830.  Paris  Coquebert, ­
  1  vol.  in  8°  p.  474.
[Voir  notamment  p  291-390]
Aff.  étr.
1846-1858  73
Mines,  usines  minéralurgiques,  machines  à  vapeur,  publié  par  le
Ministère  des  Travaux  publics,  années  1839-1855.  Bruxelles.
4  vol.  gr.  in  4°  (Statistique  de  Belgique).
Com.  C.  de  St.
1846  74
VANDECASTEELE.  Tôt  vereeniging  met  Frankryk.  Tweede  brief  aan
M.  Deohamps.  Gent.
B.  U.  G.
1846  75
JOBARD.  Comment  la  Belgique  peut  devenir  industrielle.  A  propos  de
la  Société  d’Exportation.  Bruxelles  p.  24.
Ch.  R.
1847  76
QUETELET,  A.  Sur  les  anciens  recensements  de  la  population  belge.
Bulletin  de  la  Commission  Centrale  de  Statistique.  Tome  III.
p.  1-38.
Com.  C.  de  St.
1848  77
Annuaire  de  l’industrie  belge.  Contenant  les  documents  les  plus  utiles ­
  sur  les  diverses  branches  de  l’industrie  nationale.  Bruxelles.
Aff.  étr.
        <pb n="371" />
        370

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1848  78
WOLOWSKI,  M.  L.  Etudes  d’économie  politique  et  de  statistique.
Paris,  p.  419.
[Voir  :  Première  partie  :  Lettres  sur  la  Belgique  (Les  Flandres,  le
Paupérisme)  p.  1-52  et  Deuxième  partie  (Exposition  industrielle
et  exposition  agricole  de  Bruxelles)  p.  53-116].
J.  S.
1847  79
HEUSGHLING,  Xavier.  Manuel  de  statistique  ethnographique  universelle. ­
  Bruxelles,  p.  544.
[Voir  :  Royaume  de  Belgique,  Agriculture,  Industrie,  Commerce,
p.  198-211].
Off.  Tr.
1849  80
CLOQUET.  Etudes  sur  l’industrie,  le  commerce,  la  marine  et  la  pêche ­
  maritime  en  Belgique.  Bruxelles  p.  500.
Off.  Tr.
Vers  1850  ?  81
DELFORGE,  H.  Le  canton  de  Chimay  au  point  de  vue  industriel  et
agricole.  —  Son  passé.  —  Son  présent.  —  Son  avenir.  Liège.
Faust  in-8°  55  pp.
B.  R.
1851  82
tHACHEZ,  F.  Notes  historiques  sur  l’industrie  du  Hainaut.  Bruxelles. ­

Cité  par  Warzée  —  N°  263.  p.  13.
1851  83
HEUSGHLING,  H.  Résumé  du  recensement  général  de  la  population,
de  l’agriculture  et  de  l’industrie.  Bulletin  de  la  Commission
Centrale  de  Statistique  vol.  iv.  p.  145-272.
[Sur  l’industrie  p  240-269].
B.  R.
1851  84
Industrie.  Recencement  général.  (15  octobre  1846)  publié  parle  Ministre ­
  de  l’Intérieur.  Bruxelles  1  vol.  in  4°  xxvi  et  537  pp.  (Statistique ­
  de  Belgique).
I.  S.
        <pb n="372" />
        Bibliographie  générale

37  i

1852-1885  85
Exposés  de  la  situation  du  royaume  pour  les  périodes  décennales
1841  —  1850
1851  —  1860
1861  -  1875
[Voir  N°  87,  103,  140].
1852  86
Le  travail  industriel  dans  la  Flandre-Orientale.  Compte-rendu  des
dispositions  prises  par  le  Gouvernement  pour  relever  cette
province  de  son  état  de  décadence.  Extrait  de  Y  Exposé  de  la  situation ­
  de  la  Flandre  Orientale  pour  Vannée  1852.  Gand.  p.  80.
Com.  C.  de  St.
1852  87
Ministère  de  l’Intérieur.  Statistique  générale  de  la  Belgique.  De  l’Etat
de  l’Industrie  en  Belgique.  Bruxelles.  Extrait  du  Rapport  décennal ­
  sur  la  situation  administratiee  du  Royaume  (1841-50)
Com.  C.  de  St.  -*
1853  88
von  STEINBEIS.  Die  Elemente  der  Gewerbefôrderung  nachgewiesen
an  den  Grundlagen  der  belgischen  Industrie.  Stuttgart,  p.  288.
Off.  Tr.
1854  89
■[Emploi  (de  1’)  des  fonds  de  l’industrie  sous  le  gouvernement  précédent. ­
  Relevé  des  sommes  restant  à  rembourser  en  1830  aux
fonds  de  l’industrie  nationale,  du  chef  de  différentes  avances  qui
ont  été  accordées  aux  industriels  de  la  Belgique.  Vilvorde.  In-8°
13  p.
Cité  dans  la  B.  N.
1855-1868  90
Economiste  belge  (L’)  journal  des  réformes  économiques  et  administratives ­
  publié  par  G.  de  Molinari.  Bruxelles  in-4°.
Ch.  R.
1857-1864  .  91
Annuaire  de  l’industrie  de  commerce  et  de  la  Banque  en  Belgique.
Rédigé  d’après  les  documents  et  les  renseignements  officiels.
1857-1864  8  vol.  Bruxelles.
Aff.  étr.
        <pb n="373" />
        372

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DË  LA  BELGIQUE

1858  92
tBARLET,  Ed.  Essai  sur  l’histoire  du  commerce  et  de  l’industrie  de
la  Belgique  depuis  les  temps  les  plus  reculés  jusqu’à  nos  jours.
Liège.  Lardinois,  in-12.
B.  G.  Liège.
3*  édition  4  885  Com.  C.  de  St.
1858-1874  93
DEMEURT.  Les  sociétés  anonymes  en  Belgique.  Collection  complète
des  statuts  collectionnés  sur  les  textes  officiels  avec  une  introduction ­
  et  des  notes.  4  vol.  in-8°.
Com,  C.  de  St.
1860  94
BRIALMONT,  A.  H.  Complément  de  l’Œuvre  de  1830.  Etablissement
dans  les  pays  Transatlantiques.  Avenir  du  Commerce  et  de  l’Industrie ­
  Belge.  Bruxelles,  p.  219.
B.  R.
1860-1864  95
Bulletin  du  Conseil  supérieur  de  l’industrie  et  du  commerce.  En  4
vol.  in-t°.
[Depuis  1864  le  Conseil  supérieur  édite  des  publications  non  périodiques] ­

Ch  R.
1860  96
KINETT,  Jules.  Situation  des  principales  b r anches  de  l’industrie  belge ­
  en  1860.  Bruxelles,  Deltombe.  Br.  in-8°  p.  36.
Aff.  étr.
1861  97
HENRY,  N.  A.  L’avenir  industriel,  commercial  et  maritime  de  la  Belgique, ­
  ou  mémoire  sur  les  moyens  de  développer  l’industrie
belge.  Bruxelles,  Decq,  Br.  in-8°  p.  75.
Aff.  étr.  et  Ch.  R.
1862  98
Belgium.  Extrait  de  la  Quarterly  review,  october.
[Notamment  p.  396-399].
Aff.  étr.
1863  99
MALOU,  J.  Notice  historique  sur  la  Société  Générale  pour  favoriser
l’industrie  nationale  établie  à  Bruxelles.  (1823-1862)  Bruxelles.
In-4°  71  p.  Annexes,  xxxm.
Off.  Tr.
        <pb n="374" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

373

1854  100
MEULEMANS.  La  Belgique,  ses  ressources  agricoles,  industrielles  et
commerciales,  Bruxelles.  In-8°  404  p.
Off.  Tr.
1865  101
f  ANDRIMONT  DE  MOFFERTS,  (L.  d’).  Coup  d’œil  sur  la  situation
industrielle,  commerciale  et  financière  de  la  province  de  Liège.
Liège,  In-8°,  76  p.
Ch.  R.
[Gatal.  N°  4439.  Manque].
1865  102
LaVELEYE,  A.  dk.  La  Belgique  matérielle.  Paris,  p.  106.
[Sur  l’industrie  voir  p.  42-55.  ]
B.  R.
1865  103
Ministère  de  l’Intérieur.  Statistique  générale  de  la  Belgique.  Exposé
de  la  situation  du  R&amp;gt;yaume.  1851-1860.  Bruxelles  1865.
[Sur  l’industrie  v.  III,  p.  69-276.  ]
B.  R.
1865  104
SACHOT,  Octave.  L’industrie  belge  et  ses  progrès.  Revue  britannique. ­
  65.  p.
Aff.  étr.
1868  105
VAN  BRUYSSEL,  Ern.  L’industrie  et  le  commerce  en  Belgique,  leur
état  actuel  et  leur  avenir.  Bruxelles,  Leipzig,  Gand.  1  vol.  in  8°,
290  p.
I.  S.
1869  106
BABUT,  J.  Les  points  noirs  de  la  Belgique  industrielle.  R.  de  Belgique. ­
  T.  III,  p.  193-223.
Aff.  étr.
1869  107
DOUBLET  de  VILLERS,  Victor.  Dictionnaire  national  belge  historique, ­
  biographique,  géographique,  artistique,  industriel  et  commercial. ­
  Bruxelles,  p.  839.
B.  R.
        <pb n="375" />
        374

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1869  108
WILSON,  Ph.  (Chevalier  de  l’ordre  du  Lion  néerlandais).  De  l’influence ­
  des  capitaux  anglais  sur  l’industrie  européenne  depuis  la
révolution  de  1688  jusqu’en  1846.  Nouvelle  édition.  Bruxelles.
[Sur  la  Belgique,  voir  p.  101  ss.].
Ch.  R.
1870-1909  109
Ministère  de  l’Intérieur  et  de  l’Agriculture,  Annuaire  statistique  de
la  Belgique.  Bruxelles.  40  vol.
[Une  rubrique  spéciale  d’environ  50  pages  est  consacrée  dans
chaque  volume  à  l’Industrie].
I.  S.
1872  110
Exposé  de  la  situation  commerciale  et  industrielle  de  la  Belgique
en  1871.  Bruxelles,  Gobbaerts,  1872.  1  vol.in  8°  p.  267.
Aff.  étr.
1873  111
DE  POUHON,  François.  Œuvres  complètes  précédées  d’une  notice
sur  la  vie  de  l’auteur  et  ses  écrits.  Brux.  2  vol.  in  8°  p.  XLI.  433
et  586.
[Notamment  :  Commerce  et  industrie  v.  I  p.  63-87].
B.  R.
1873  112
GRANDGAIGNAGE.  Edm.  Géographie  industrielle  et  statistique  commerciale. ­
  Patria  Belgica,  Encyclopédie  Nationale.  Bruxelles,
v.IL  p.  851-864.
I.  S.
1873  113
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1875  116
DOGNÉE,  Eugène.  M.  O.  Histoire  des  arts  industriels,  ameublement,
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Nationale,  v.  III,  p.  705-720.
I.  S.
1875  *  117
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  des  industries  minières  et  sidérurgiques  en  1874.
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décennale  1865-1874.  Bruxelles,  broch.  in  8°,  40  pp.
Com.  G.  de  St.
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Com.  C.  de  St.
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[Parle  principalement  de  la  marine,  des  revues  de  communications,
etc.].
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des  ingénieurs  de  l’Ecole  des  mines  du  Ilainaut.  Bruxelles,  in  8°,
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Ch.  R.
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Anvers.  1878,  in  8°,  p.  11.
Ch.  R.
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ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

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HYMANS,  Louis.  Histoire  parlementaire  de  la  Belgique  de  1831  à
1880.  6  gr.  volumes  in  8°.
[Voir  Table  analytique  des  matière  se  trouvant  à  la  fin  de  chaque
volume  et  formant  le  volumeVI  aux  mots  Industrie,  Mines,  etc.]
I.  S.
1878  124
MASSALSKI,  Wareg  U.  Essai  sur  la  richesse  matérielle  de  la  Belgique. ­
  Louvain,  Lefever,  Br.  in  8°,  p.  42.
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Cité  dans  la  B.  N.
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et  agricole  d’Ostende.
Ch.  R.
1880  129
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[Sur  l’industrie  voir  chap.  VII,  p.  221-249].
B.  R.
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1881  133
DOGNÉE.  Eugène,  DOGNÉE,  J.  N.,  DEVILLERS,  BEMONT,  J.  E.,
CHAUVIN,  Aug  ,  etc.  Liège.  Liége-Daxtrelet,  gr.  in  8°,  526  pp.,
planches  et  figg.
[Voir  les  chapitres.  L’industrie  dans  Liège,  etc.  p.  410-434.  L’industrie ­
  des  armes  à  Liège,  p.  435-450.  La  manufacture  d’armes
de  guerre  de  l’Etat,  p.  451-454.  La  fonderie  royale  de  canons,
p.  455-461].
B.  R.
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  et  appareils  à  vapeur  du  Royaume  de  Belgique,  pendant ­
  les  années  1881-1900.  Bruxelles,  20  broch.  in  8°.  Extr.  des
Annales  des  mines  de  Belgique.  (Voir  N.  164).
I.  S.
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ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

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PIRMEZ,  E.  La  crise.  Examen  de  la  situation  économique  de  la  Belgique. ­
  Gharleroi,  in  8°,  75  pp.  (Id.  2 e  édit.  Bruxelles,  pet.  in  12°,
123  pp.  Id.  3 e  éd.  1894,  p.  87).
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[Traite  spécialement  de  l’ouvrier  et  de  ses  rapports  avec  l’entrepreneur], ­

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1885  140
Ministère  de  l’Intérieur.  Statistique  générale  de  la  Belgique  Etat  de
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  du  Royaume.  Bruxelles.
Gom.  G.  de  St.
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par  le  Ministre  de  l’Intérieur  et  de  l’Instruction  publique.  Bruxelles, ­
  3  vol.  in  4°.
[Tome  I.  Exposé  général  ;  tome  II,  Statistique  générale  des  industries ­
  recensées  ;  tome  III,  Statistique  détaillée  des  établissements
industriels,  de  la  durée  du  travail,  du  taux  des  salaires  et  des
moteurs  mécaniques].
I.  S.
1888  142
BEETEMÉ,  G.  Anvers  métropole  du  commerce  et  des  arts.  Ouvrage
orné  de  plans  et  de  gravures.  3  vol.  Louvain,  1888.
[Voir  sur  l’industrie  au  commencement  du  XIX  s.  notamment
chap.  VIII  vol.  II,  p.  1  et  suiv.].
I.  S.
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  hier,  aujourd’hui.  Arlon,  in  8°,  p.  199.
Com.  C.  de  St.
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[Voir  p.  86.  Die  industrielle  Umwàlzung  auf  dem  Lande].
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Louvain.  Tournai,  p.  205.
[Voir  notamment  chap.  lit.  Agriculture  et  industries.  Ghap.  IV.
Organisation  économique  et  sociale  du  travail].
I.  S.
        <pb n="381" />
        380

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1900-1902  153
Recensement  général  des  industries  et  des  métiers  (31  octobre  1896.)
Dénombrement  A.  Répartition  par  commune  des  industries  et
des  métiers.  I.  Anvers,  Brabant,  Flandre  occidentale,  Flandre
orientale,  in-4°.  IL  Hainaut,  Liège,  Limbourg,  Luxembourg,
Namur,  in-4°.  III.  Répertoires  des  volumes  I  et  II.  IV.  Répartition ­
  des  entreprises  d’après  le  mode  d’exploitation  (1901),  in-4°.
V.  Répartition  des  entreprises  d’après  le  nombre  des  ouvriers,
in-4°.  VI.  Répartition  des  entreprises  et  des  ouvriers  d’après  la
date  de  fondation  et  d’après  le  nombre  de  mois  d’activité  par
année  (1901),  in-4°,  480.  VII.  Répartition  des  ouvriers  d’après  le
sexe,  l’âge  et  le  moment  de  l’occupation.  Répartition  des  entreprises ­
  d’après  le  sexe  et  l’âge  des  ouvriers  (1901),  in-4®.  VIII.
Répartition  des  entreprises  et  des  ouvriers  d’après  la  durée  du
travail  (1901),  in-4°.  IX.  Répartition  du  personnel  ouvrier  d’après
le  taux  des  salaires  dans  les  industries  des  mines,  des  carrières
et  des  métaux  (1901),  in-4°.  X.  Répartition  du  personnel  ouvrier
d’après  le  taux  des  salaires  dans  les  industries  des  métaux  (fin),
les  industries  céramiques  et  verrières  (1901),  in-4°.  XI.  Répartition ­
  du  personnel  ouvrier  d’après  le  taux  des  salaires  dans  les
industries  chimiques  et  lès  industries  alimentaires  (1901',  in-4°.
XII.  Répartition  du  personnel  ouvrier  d’après  le  taux  des  salaires
dans  les  industries  textiles  et  les  industries  du  vêtement  (1901),
in-4°.  XIII.  Répartition  du  personnel  ouvrier  d’après  le  taux  des
salaires  dans  les  industries  de  la  construction  du  bois  et  de
l’ameublement  et  des  peaux  et  cuirs  (1901),  in-4°.  XIV.  Répartition ­
  du  personnel  ouvrier  d’après  le  taux  des  salaires  dans  les
industries  du  tabac,  du  papier  et  des  livres,  les  industries  d’art
et  de  précision,  les  industries  spéciales  et  les  industries  des
transports  (1901),  in-4°.  —  Répartition  des  ouvriers  d’après  le
mode  de  calcul  des  salaires.  Répartition  des  entreprises  d’après
l’emploi  des  moteurs  (1901),  in-4°.  XVI.  Répartition  des  ouvriers
travaillant  au  siège  des  entreprises  d’après  le  sexe,  l’âge  et  l’état
civil.  Autres  renseignements  sur  les  ouvriers  et  les  familles
ouvrières  (1901),  in-4°.  XVII.  Répartition  des  ouvriers  travaillant
au  siège  des  entreprises  d’après  le  sexe,  l’âge  et  l’état-civil  (fin).
Autres  renseignements  sur  les  ouvriers  et  les  familles  ouvrières
(1901),  in-4°.  XVIII.  Exposé  général  des  méthodes  et  des  résultats. ­
  Répertoires  des  volumes  IV  à  XVII  (1902),  in-4°,  440  et  106.
Bruxelles,  Lesigne.  (Voir  aussi  N.  165).
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[Voir  notamment  :  Exposé  historique  de  l’évolution  économique  en
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[Même  ouvrage  en  français.  A  travers  les  Flandres.  Gand.  1902].
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[Voir  :  Chap.  II  §  3.  La  scission  de  l’industrie  et  de  l’agriculture,
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  of  Belgium.  Brussels.  Em.  Rossel.  In  8°,  XX-528  p.
Publication  faite  sous  le  patronage  du  ministère  de  l’industrie  et  du
travail,  en  vue  de  l’exposition  universelle  de  Saint-Louis  1904.
(Sur  l’industrie  voir  notamment  p.  202-391].
Gom.  G.  de  S.
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  fait  partie  des  publications  du  Ministère  de  l’Industrie  et  du
Travail.  Il  a  été  imprimé  pour  le  Commissariat  Général  du
Gouvernement  près  de  l’exposition  universelle  et  internationale
de  Liège.)  Bruxelles,  p.  XX  et  869.
[Sur  l’industrie,  p.  397-684].
Com.  C.  de  St.
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par  le  Conseil  général  du  Parti  Ouvrier  Relge.  Garni,  p  259-327.
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1905  172
CATTIER,  Sylva.  La  Belgique  au  début  du  XX e  siècle.  Revue  Economique ­
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DE  BRAY,  A.  J.  Le  bilan  industriel  et  commercial  de  la  Belgique
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1905  174
Exposition  Universelle  et  Internationale  de  Liège.  Publications  du
bureau  comn  ercial.  Monographies  des  industries  du  bassin  de
Liège.
(Industrieschimiques  de  electrotechniques,  machines,  outils.  Monographie ­
  du  Hall  des  Machines,  Industrie  du  Zink,  Sidérurgie,
Industrie  de  la  fonderie  de  seconde  fusion.  Industrie  de  la  Tannerie, ­
  l’Armurerie  liégeoise,  Industrie  du  cycle  et  de  l’automobile,
Carrières,  Les  bois  de  Spa,  Industrie  lainière].
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1906  178
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Nation  belge.  (Conférences  jubilaires).  Liège,  Bruxelles,  p.  146-170.

I.  S.
1906  179
WAXWEILER,  E.  La  révolution  industrielle  en  Belgique.  La  Nation
belge.  Liège,  Bruxelles,  p.  97-113.
1.  S.
1906  180
DE  LEENER,  G.  Les  Syndicats  industriels  en  Belgique.  2 me  édition,
p.  XXXII-348.  Etudes  sociales  de  Y  Institut  de  Sociologie  Solcay.
I.  S.
1906  181
NED,  Edouard.  L’énergie  belge,  1830-1905.  Bruxelles,  A.  Dewit.
In-8°,  234  p.
LVoir  notamment  le  chapitre  Notre  expansion  industrielle.  (Interview ­
  de  M.  l’abbé  Van  Caenegem).  p.  191-198].
B.  R.
1906  182
MAHAIM,  E.  Cheap.  Railway.  Tickets  for  Workmen  in  Belgium.
The  Economie  Journal,  p.  536-545.
I.  S.
1906  183
PAULSEN,  Félix.  En  terre  liégeoise.  Liège  pittoresque  et  industriel,
Illustrations.  Gand.  p.  183.
I.  S.
        <pb n="386" />
        BIBLIOGRAPHIE  GENERALE

385

1906  184
VANDERVfiLDE,  Emile  —  La  Belgique  ouvrière.  Bibliothèque
socialiste.  N*  39-40,  p.  192.
[Chap.  I.  Traits  caractéristiques  de  l'évolution  économique,
p.  5-28].
I.  S.
1907  185
GUYOT,  Yves.  La  répartition  des  industries  en  Belgique.  Journal  de
la  Société  de  Statistique  de  Paris,  p  182-185
I.  S.
1907  186
LEKEU,  Jules.  A  travers  le  centre.  Croquis  et  mœurs.  Enquête  ouvrière ­
  et  industrielle.  Bruxelles  p.  174.
1909  187
GERARD,  Marc  L.  La  capacité  de  production  de  l’industrie  belge
par  rapports  à  lVxtension  de  ses  débouchés.  Revue  Economique
Internationale,  Août,  p.  221-255.
I.  S.
1909  188
VLIEBERG  Em.  et  ULENS,  Rob.  La  population  agricole  de  la  Heshaye
  au  XIX e  siècle.  Contribution  à  l’étude  de  l’histoire  économique ­
  et  sociale.  Académie  Royale  de  Belgique.  Mémoires.
Deuxième  série.  Tome  V.
[Voir  chap.  VI,  les  industries  agricoles  en  Hesbaye,  p.  143  166].
I.  S.

Expositions  industrielles  belges
(Pour  les  catalogues  et  rapports  relatifs  aux  expositions  universelles ­
  et  générales  voir  Catalogue  de  la  Bibliothèque  de  la  Commission ­
  Centrale  de  Statistique  t.  II.  p.  363-366.]
1803  189
HOORBROUK-MOOREGHEM  (van).  Exposition  des  produits  de  l’industrie ­
  du  département  de  l’Escaut  à  l’occasion  du  passage  du  premier ­
  consul.  Procès-verbal  des  opérations  du  jury  pour  cette
exposition.  Gand  an  XI.  1  vol.  in-8.
B.  R.
V.  H.  24827.
        <pb n="387" />
        386

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1803  190
tProcès-verbal  des  opérations  du  jury  nommé  par  le  préfet  du  département ­
  de  l’Escaut  pour  examiner  les  produits  de  l’industrie  départementale ­
  réunis  au  Salon  de  la  Marie  de  Gand  à  l’occasion
du  passage  du  premier  consul.  Gand  an  XI  p.  20.
B.  U.  G.
1820  191
Catalogue  de  l’exposition  de  l’industrie  nationale  qui  eut  lieu  à  Gand
en  1830  (en  holl.  et  en  franc.)  Gand  1820.  1  v.  in-8.
B.  R.  V.  H.  24828.
[Le  même  en  français]
B.  R.  V.  H.  24829.
[Le  même  en  hollandais].
B.  R.  V.  H.  24830.
1820  192
•[Rapport  de  la  commission  centrale  sur  les  produits  de  l’industrie
nationale  exposés  à  Gand  au  mois  d’août  1820  présenté  à  son
excellence  le  ministre  de  l’instruction  publique,  de  l’industrie
nationale  et  des  colonies  La  Haye.  p.  224.
B.  U.  G.
1825  193
Catalogue  de  l’exposition  générale  de  l’industrie  nationale  à  Harlem,
avec  le  rapport  de  la  commission,  Harlem,  J.  Enschedé  1825  2  t.
en  1  vol.  in-8.
B.  R.  V.  H.  24831.
1830  194
Catalogus  der  voortbrengselen  van  nationale  nijverheid  te  Brussel.
Brussel  1830  in-8.
B.  R.
V.  H.  24883.
1835  195
Exposition  des  produits  de  l’industrie  belge  en  1835.  Liste  des  récompenses ­
  proposées  par  le  jury  et  accordées  par  le  Roi.  Distribution
de  ces  récompenses.  Bruxelles,  br.  in-8°78  pp.
Com  C.  de  St,
1836  196
GACHARD,  M.  Rapport  du  jury  sur  les  produits  de  l’industrie  belge
exposés  à  Bruxelles  dans  les  mois  de  septembre  et  d’octobre
1835.  Bruxelles.
B.  R.
        <pb n="388" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉBALE

387

1836  197
FAURE,  PRESSIN-DUMOULIN  et  VALÉR1US.  La  Belgique  industrielle. ­
  Compte  rendu  de  l’exposition  des  produits  de  l’industrie
en  1835.  Avec  gravures.  Bruxelles  1836.  In-8°.  XLIV.  et  419  p.
[On  trouve  dans  ce  volume  la  description  des  expositions  de  1798,
1801  et  1802,  1806  qui  ont  eu  lieu  à  Paris,  de  l’exposition  de  1824
à  Tournai,  de  1825  à  Harlem,  de  1830  à  Bruxelles.]
B.  R.  et  Com.  C.  de  St.
1841  198
FAIDER,  Ch  Sur  l’exposition  des  produits  de  l’industrie  belge  Revue ­
  belge.  T.  19.  p.  163-198.
Aff.  étr.
1841  199
PERROT,  E.  Revue  de  l’Exposition  des  produits  de  l'industrie  nationale ­
  en  1841.  Bruxelles.  1841.
B.  R.
1842  200
Die  Gewerbeausstellung  in  Brüssel  im  Jahre  1841.  Nebst  einer  kurzen
Übersicht  liber  die  Industrie  in  Belgien.  Darmstadt  in  4°  63  pp.
(Aus  den  Verhandlungen  für  das  Herzogtum  Hessen  besonders
abgedruckt).
Com.  C.  de  St.
1842  201
Rapports  du  jury  et  documents  de  l’Exposition  de  l’Industrie  belge
en  1847.  Bruxelles,  in-8°  584  pp.
Com.  C.  de  St.
1847  202
JOBARD,  J.  B.  A.  M.  Exposition  de  l’industrie  belge  1847.  Bruxelles.
Min.  des  Fin.
1848  203
Rapport  du  jury  et  documents  de  l’Exposition  de  l’industrie  belge  en
1847.  Bruxelles  in  8°  p.  584.
Com.  C.  de  St.
1848  204
OLZ.  Die  Ausstellung  der  Erzeugnisse  belgischer  Industrie  in  Brüssel ­
  im  Jalir  1847.  Zeitschrift  für  die  gesammte  Staatioissenschaft.
  p.  138-229.
I.  S.
        <pb n="389" />
        388

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1849  205
fCompte  rendu  de  l’exposition  industrielle  des  deux  Flandres  en
1849.  Bruxelles,  p  368.
B.  U.  .G
1855  206
tExposition  artistique,  industrielle  et  agricole  ouvertes  à  Ypres  aux
mois  d’août  et  septembre  1855,  Programmes,  catalogues,  compterendus,
  revue  etc.  Ypres.  In  8°  22  et  12  p.
B.  N.
1878  207
BRASSEUR,  Alf.  et  BRENET,  J.  Les  industries  belges  à  l’Exposition
de  1878.  Bruxelles,  broch  in  8°.
Gom.  C.  de  St.

B.  —  Ouvrages  relatifs  aux  industries
spéciales
I.  -  INDUSTRIE  DE  FABRIQUE.
1.  —  Industrie  des  mines,  carrières  et  métaux.
a.  —  Ouvrages  généraux.

1833-1009  208
Rapports  sur  la  situation  de  l’industrie  minérale  et  métallurgique
dans  la  province  de  Liège  et  Hainaut.  Fait  partie  des  rapports ­
  sur  la  situation  administrative  etc.  (N"  50).
Ch.  R.
1857-1909  209
Revue  universelle  des  mines  de  la  métallurgie,  des  travaux  publics,
des  sciences  et  des  arts  appliqués  à  l'industrie.  Liège  et  Paris.
Ch.  R.
1874  210
Exposé  suceint  de  la  situation  de  l’industrie  minérale  dans  la  province ­
  de  Liège  pendant  l’année  1873.  Liège,  broch.  30  p.
Com.  C.  de  St.
        <pb n="390" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

389

1876  211
JOCHAMS,  F.  Statistique  des  industries  minières  et  sidérurgiques  de
Belgique,  pour  l’exercice  1875.  -  Etat  de  l’industrie  houillère
en  Belgique  et  ses  résultats  pendant  la  période  décennale  1866-1875.
  Bruxelles.  In-8°  20  p.  Extr.  des  Annales  des  travaux  publics ­
  t.  34  p.  439-478.
B.  R.
1876  212
VAN  SCHERPENZEEL,  Thim.  Jules.  Rapport  sur  la  situation  de  l’industrie ­
  minérale  et  métallurgique  de  la  province  de  Liège  pendant ­
  l’année  lh75.  Liège  p.  62.
B  R
89548.  (II)
1877  213
FIRKET,  Ad.  Notice  sur  la  carte  de  la  production,  de  la  consommation ­
  et  de  la  circulation  des  minerais  de  fer,  de  zinc,  de  plomb  et
des  pyrites  en  Belgique  pendant  l’année  1871.  Dressé  à  l’aide  des
statistiques  officielles.  Bruxelles,  broch.  in-8°  4u  p.
1878  214
JOCHAMS.  F.  Royaume  de  Belgique.  Statistique  des  industries  minières ­
  et  métallurgiques  et  des  carrières  pour  l’exercice  1877.
Etat  des  industries  minières  et  métallurgiques  et  des  carrières  et
leurs  résultats  pendant  la  période  décennale  1868-1877.  Bruxelles,
in-8°  80  p.  Extrait  des  Annales  des  Travaux  publics.  t.  37  p.  159
—  p.  238.
1883-1901  215
HARZÉ,  Em.  Statistique  des  mines,  minières  carrières,  usines  métallurgiques ­
  etc.  voir  N°  137.
1896-1909  216
Annales  des  mines  de  Belgique.  Bruxelles,  in  8°.
1899  217
SPÉE,  Théo.  Tableau  général  des  concessions  de  mines  en  Belgique,
dressé  d’après  les  documents  officiels.  Extrait  des  Annales  des
mines  de  Belgique  tome  IV.  Bruxelles,  p.  129.
19031908  218
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.
Statistique  des  industries  extractives  et  métallurgiques  etc.  voir  N°
164.
        <pb n="391" />
        390

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1904  219
PIGALAUSA,  Louis.  Histoire  de  Seiaing.  Seraing,  in  8°  132  p.  grav.
portr.  et  un  plan.
B.  R.
1905  220
Exposition  Universelle  de  Liège.  Monographie  des  industries  du  bassin ­
  de  Liège.  Voir  N°  174.
Off.  Tr.
1908  221
LOZE,  Ed.  Les  industries  extractives  de  la  Belgique.
Bulletin  du  Comité  central  du  trav.  industriel  p.  297-304.
1.  S.
1908  222
VAN  WAEFELGHEM,  G.  Annuaire  de  la  métallurgie  belge  et  des
mines.  2 e  édition  Bruxelles.  1908,  pp.  1051.
Off.  Tr.

B.  —  Industrie  houillère.
[Différentes  brochures  sur  le  grisou,  les  lampes  de  sûreté  etc.  se
trouvent  à  la  B.  R.  sous  53369.]
[Sur  le  bassin  du  nord  de  la  Belgique.  16  ouvrages  dans  la  Ch.  des  R.
(Gat.  v.  II.  p.  266-267)].
1816  223
DEGORGE-LEGRAND,  Nie.  MAHIEU  et  M.  J.  WAROCQUÈ.  Mémoire
sur  les  houillères  des  provinces  du  Hainaut,  Namur,  Liège  et
Limbourg.  Mons,  p.  39.
B.  R.  53369.
1833  224
Les  propriétaires  de  houillères,  les  commerçants  notables  et  les  bateliers ­
  de  l’arrondissement  de  Mons  à  la  Représentation  Nationale
Mons.  Juin  p.  19.
B.  R.  5336‘J.
1840-1909  225
Bulletin  de  l’union  des  charbonnages  mines  et  usines  métallurgiques
de  la  province  de  Liège.
[Parait  annuellement].
Ch.  R.
        <pb n="392" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

391

1845  226
BIDAUT,  Eugène.  Mines  de  houille  de  l'arrondissement  de  Charleroi.
Bruxelles,  p.  180,  et.  planches.
B.  R.
1843  .  227
VISSCHERS,  Auguste.  De  l’exploitation  et  du  traitement  des  substances ­
  minérales  en  Belgique.  Bruxelles  p.  62.  Extrait  des
Annales  des  tr  a  eaux  publics  de  Belgique.
B.  R.  53369.
1848  228
HEUSSGHEN,  Ed.  Coup  d’œil  sur  l’industrie  charbonnière  de  la
Belgique.  Brux.  Meline,  Cans  et  C ie  In  8°  p.  35.
B.  R.
1852  229
Nouvelles  requêtes  adressées  à  la  Chambre  des  Représentants  par
les  exploitants  des  houillères  du  Couchant  de  Mons,  par  la
Chambre  de  commerce  et  par  le  Conseil  communal  de  Mons,
les  22,27  et  28  nov.  Mons  In  8°  p.  4.
Ch.  R.
1853  230
GODIN,  A.  Examen  des  observations  présentées  au  Parlement  par
le  Comité  de  houillères  du  Couchant  de  Mons.  Bruxelles  In  8°
99  p.
Ch.  R.
1854  231
LE  BON.  Mémoire  sur  les  houilles  sèches  et  maigres  du  bassin  de
la  Sambre  inférieu  e.  Gilly  p.  91.
[Partie  3.  Historique  et  statistique  de  la  sidérurgie  belge,  p.  39-51.]
B.  R.  89526.  v.  III.
1855  232
GRAVEZ.  Augustin.  La  vérité  sur  la  question  des  houilles.  Bruxelles.
p.  68.
B  R.  53369.
1856  233
BRONNE,  L.  De  la  guerre  aux  usines  et  du  droit  d’auteur  sur  les
houilles  industrielles.  Liège,  p.65.
Ch.  R.
        <pb n="393" />
        392

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1861  234
HENAUX,  Ferd.  La  houillerie  du  Pays  de  Liège  sous  le  rapport
historique,  industriel  et  juridique.  Liège  1861.  p.  166.
I.  S.
1863  235
MALHERBE,  Renier.  De  l’exploitation  de  la  houille  dans  le  pays  de
Liège.  Mémoire  couronné  par  la  Société  libre  d’émulation  de  Liège
au  concours  de  Liège,  p.  222.
I.  S.
1870  236
La  question  des  bassins  houillers  du  Hainaut.  Bruxelles.  In  8°  140  p.
Ch.  R.
1871  237
fPHILIPPART,  Simon.  La  question  des  bassins  houillers  du  Hainaut.
Brux.  In  8°140  p.
1873  238
MONOYER,  Jules.  Mémoire  sur  l’origine  et  le  développement  de
l’industrie  houillère  dans  le  bassin  du  Centre  (Hainaut-Belgique).
Mons.  p.  130.
B.  R.
1877  239
FABER,  Frederic-Jules.  Résultats  de  l’exploitation  de  la  houille
dans  le  Hainaut  1830-1874.  D’après  des  documents  officiels.
Brux.  In  8°  85  p.
[Extr.  des  Annales  des  travaux  publics,  t.  XXXV  p.  479-560].
B.  R.
1877-1905  240
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  Charleroi  in  8°.
Ch.  R.
1877  241
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de  Mons.  Mémoires  et  publications  de  la  société  des  sciences,
des  arts  et  des  lettres  du  Hainaut.  2  vol.  in  4°  p.  424  et  273.
I.  S.
        <pb n="394" />
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Aff.  étr.
1883  244
tNotice  sur  les  charbonnages  de  Mariemont  et  Bascoup.  Morl.
Cité  par  Misonne  N“  152  p.  205.
1884-1909  245
Revue  de  législation  des  mines  et  statistique  des  houillères  en  France
et  en  Belgique  publiées  sous  la  direction  de  E.  DELACROIX.
Années  1884  1909.  Paris.  Bruxelles.  In  8°.
Ch.  R.
1885  246
Notices  sur  l’exposition  collective  des  charbonnages  patronnés  par  la
Société  Générale  pour  favoriser  l’industrie  nationale.  Exposition
universelle  à  Anvers.  1885.  Bruxelles  1  vol.  in-4°p.  140.
Aff.  étr.
1886  247
DE  GREEF,  Guillaume.  Le  rachat  des  charbonnages.  Bruxelles.
p.  143.
I.  S.
1886  248
Observations  de  l’association  charbonnière  des  bassins  de  Charleroi
et  de  la  Vallée  de  la  Sambre  sur  différents  rapports  et  projets  de
loi  de  la  commission  du  travail.  Charleroi.  p.  25.
Ch,  R.
1894  249
HAVEN,  T.  (Em.  HARZÉ).  De  l’industrie  houillère  en  Belgique.
Bruxelles.  Monnom.  1894.  Br.  in  8°  p.  60.
Aff.  étr.
1903-1909  250
Annuaire  des  charbonnages  de  Belgique  avec  carte  et  coupe  publié
par  le  Moniteur  des  Finances  In  8°.
Ch.  R.
        <pb n="395" />
        394  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  RELGIQJUE

1906

251

WAROCQUÉ,  R.  Aux  mineurs.  La  situation  économique  des  charbonnages. ­
  Bruxelles,  p.  57.
Off.  Tr.

1908

252

DE  LEENER,  G.  Le  marché  charbonnier  belge.  Bruxelles.  1  gr.  vol.
p.  294,  fait  partie  des  publications  de  la  Commission  d'Enquête
sur  la  durée  au  travail  dans  les  mines.
[Voir  notamment  Chap  I.  Le  rôle  de  l’industrie  charbonnière
nationale  dans  les  activités  économiques  de  la  Belgique,  p.  1-14].

I.  S.

253

1908

PIC.  La  houille.  Les  chaibonnages  de  Mariemont  et  Bascoup.  L'Exposition ­
  de  Bruxelles  Juin.  N.  4.  p.  39-43.
Off.  Tr.

—  Industrie  sidérurgique.

c.

254

1843

*  VALERIUS,  B.  Traité  théorique  et  pratique  de  la  fabrication  du  fer
avec  un  exposé  des  améliorations  dont  elle  est  susceptible  principalement ­
  en  Belgique.  Paris  1  vol.  in-8°  avec  atlas,  560  pp.
Com.  C.  de  St.

255

1844

*  VANDEN  BROECK,  Victor.  Un  mot  sur  l’industrie  sidérurgiqne  à
propos  du  traité  conclu  le  1 er  septembre  entre  la  Belgique  et  le
Zollverein.  Mons.
Com.  C.  de  St.

256

1847

*  Réponse  de  la  commission  spéciale  nommée  le  5  août  1847  par
l’Asseml.lée  Générale  des  maîtres  de  forges  belges  au  mémoire
de  la  Chambre  de  Commerce  de  Liège.  Liège,  p.  28.
Ch.  R.

257

1847

*CORR-VAN  DER  MAEREN.  Lettre  à  Monsieur  F  L.  Behr,  rapporteur ­
  de  la  commission  spéciale  des  maîtres  de  forges  belges  sur
sa  réponse  au  mémoire  de  la  Chambre  de  Commerce  de  Liège,
p.  19.

Ch.  R.
        <pb n="396" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

395

1848  258
*  BEHR,  L.  L.  Fontes  et  fer.  Réponse  à  M.  Corr-Van  der  Maeren.
Liège.  In-8°  16  p.
Ch.  R.
1854  259
LE  BON.  Mémoire  sur  les  houilles  etc.  Voir  N°231.
1855  260
fDUPONT.  (Maître  de  forges  à  Fayt.)
Question  des  fers  et  des  houilles  (brochure).
Cité  par  Stainier.  N°  266.
1860  261
*  SARTON,  Hubert.  Des  échelles  mobiles  dites  Fahrkunst.  Liège  p.  16.
Ch.  R.
1861  262
FRANQUOY,  Joseph.  Des  progrès  de  la  fabrication  du  fer  dans  le
pays  de  Liège.  Mémoire  de  la  Société  libre  d'émulation  de  Liège. ­
  Liège.  In-8°  p.  313-448.
B.  R.
1861  263
WARZEE  A.  Expofé  historique  et  statistique  de  l’industrie  métallurgique ­
  dans  le  Hainaut.  Vol.  in-8°  148  pp.
[  Extrait  des  Mémoires  et  publications  de  la  société  des  sciences
des  arts  et  des  lettres  du  Hainaut].
B.  R.  et  Com.  C.  de  St.
1861  264
WARZEE  A.  Exposé  historique  de  l’industrie  du  fer  dans  la  province
de  Liège.  Liège,  in-8°  94  pp.
B.  R.
1865  265
*  GOSSI,  Max.  L’industrie  sidérurgique  et  le  commerce  d'Anvers.
Lettres  extraites  de  l’Escaut.  Anvers  1865.  p.  31.
Ch.  R.
1867  266
STAINIER,  Emile.  Histoire  commerciale  de  la  métallurgie  dans  le
district  de  Charleroi  de  1829  à  1867  p.  53.  Rapport  de  l’Ajsocîation
  des  maîtres  de  forges  de  Charleroi.
Off.  Tr.
        <pb n="397" />
        396

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1879  267
*  HEINERCHEIDT,  Aug.  L’industrie  du  fer  et  les  Transports  à  bon
marché  en  Belgique.  Paris,  Londres  et  Liège,  brochure  in  12°
24  p.
[Extrait  de  la  Revue  universelle  des  Mines,  etc.  Annuaire  de  Vassociation ­
  des  Ingénieurs]
Com.  C  de  St.
1880  268.
Exposition  Nationale  de  Bruxelles,  1880.
Société  Anonyme  de  Marcinelle  et  Couillet.  Charleroi.  p.  53.
B  R.
1880  269
FINET,  Théophile.  Enquête  parlementaire  sur  les  industries  de  la
fonte,  du  fer  et  de  l'acier.  Bruxelles,  p.  16.
Ch.  R.  et  B.  R.
1881  270
FINET,  Théophile,  La  question  industrielle.  (Sidérurgique).  Bruxelles. ­
  p.  99.
Ch.  R.
1883  271
DE  LAVELEYE,  Edouard.  On  the  history  of  the  iron  and  coal  industries ­
  in  the  Liège  district.  Proceedings  of  the  institution  of
meehanical  Engineers.  London.
Cité  par  De  Laveleye  N.  276.
1886-1899  ($)  272
Association  des  maîtres  de  forges  de  Charleroi.  Rapport  général  sur
la  situation  de  l’industrie  sidérurgique.
[Les  années  1886  à  1890  se  trouvent  à  la  Bibl.  des  Aff.  étr.,  les  années ­
  1892  à  1899  à  la  B.  R.  Il  m’était  impossible  d’apprendre  s’il
existe  des  rapports  pour  d’autres  années.  Une  lettre  écrite  à  ce
sujet  au  secrétaire  de  l’Association  resta  sans  réponse.]
1898  273
*  Ministère  de  l’industrie  et  du  travail.  Exposition  internationale  de
Bruxelles  en  1897.  La  Métallurgie.  Rapport  présenté  au  commissariat ­
  général  du  gouvernement  par  M.  Victor  Tahon.  Bruxelles. ­

[Sur  la  Belgique  p.  130-220].
Aff.  étr.
        <pb n="398" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

397

1903  274
LAVELEYE,  (Baron  de).  Dix  ans  de  l’iiistoire  de  l’aeier  en  Belgique.
Moniteur  des  Intérêts  Matériels,  novembre-décembre.
I.  S.
1905  275
*  LAVELEYE,  (P.  de).  L’industrie  sidérurgique.
[Dans  le  livre  «  La  crise  du  libre  échange  en  Angleterre,  p.  91-109.]

I.  S.
Br.  3128.
1906  276
LAVELEYE,  (Baron  de).  Aperçu  historique  de  la  sidérurgie  belge.
Association  internationale  pour  l’essai  des  matériaux.  Congrès
de  Bruxelles,  p.  34.
I.  S.
Br.  3436.
1907  277
La  sidérurgie  belge  et  les  Wallons,  d’après  le  baron  Georges  de  Laveleye.
  Wallonie,  p.  67-80.
À  tf.  étr.
1908  278
CHAINAYE,  Achille.  La  sidérurgie  belge.  L'Exposition  de  liruxel
les.  N.  2.  p.  20-22.
Otï.  Tr.

Société  John  Cockerill.
[Voir  aussi  sur  John  Cockerill  la  rubrique  5  de  celte  bibliographie.
(Biographie  des  grands  industriels).  ]
1847  279
LECOCQ,  A.  Description  de  l’établissement  Cockerill  à  Seraing.
Liège.
B.  R.
1870  280
JACQUEMIN,  P.  Notice  sur  l’établissement  Cockerill  à  Seraing,  Liège
p.  96.
B.  R.
        <pb n="399" />
        398

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DË  LA  BELGIQUE

1876  281
COCKERILL,  John.  Portefeuille  de  J.  G.  ou  description  des  machines
construites  dans  les  établissements  de  Seraing  publié  avec

l’autorisation  de  la  Société  Gockerill.  3  tom.  Paris  et  Liège  (printed).
  T859-76  4*.
[Atlas  3  tom.  fol.]
British  Muséum,  Londres.
1881  282
Portefeuille  J.  Gockerill.  Nouvelle  série.  Machines  de  tous  genres....
récemment  exécutés  par  la  Société  Gockerill.  Ce  volume  fait
suite  aux  trois  premiers  publiés.  Liège.  Paris  4°.
Hritish  Muséum,  Londres.
1880  283
Notice  sur  les  produits  divers  des  usines  de  la  Société  Gockerill,  figurant ­
  à  l'Exposition  de  1880.  Liège,  p.  58.
B  R.
1880  284
Notice  sur  les  établissements  de  la  Société  Gockerill.  Liège.  De  Thier.
in-12.  p.  32.
Aff.  étr.
1905  285
MAHAIM,  Ebnest.  Les  débuts  de  l’établissement  John  Gockerill  à
Seraing.  Vierteljahrschrift  fur  Social-  und  Wirtschaftsgeschichte
  (v.  III.  p.  627).
I.  S.
1907  286
Etablissements  de  la  Société  John  Gockerill  à  Seraing.  Notice  p.  90.
I.  S.

d.  —  Industrie  du  zinc.  —  Vieille  Montagne.

1854  287
La  Vieille  Montagne.  Protestation  des  habitants  du  quartier  du
Nord  contre  l’usine  de  St-Léonard.  Adressé  à  la  députation  permanente ­
  du  conseil  provincial  de  Liège.  Liège,  1854,  p.  18.
B.  R.  89526.
        <pb n="400" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

399

1854  288
La  Vieille  Montagne.
[Extrait  de  La  Tribune  du  18  août].
B.  R.
89526,  v.  IV.
1880  289
Société  des  Mines  et  Fonderies  de  Zinc  de  la  Vieille  Montagne.  Exposition ­
  Nationale  de  lSf'O.
Notice  sur  l’industrie  et  le  commerce  de  la  Société  suivie  du  Catalogue ­
  explicatif  des  produits  exposés.  Liège,  p.  19.
B.  R.
1880  290
1837-1880.  La  Vieille  Montagne  à  l’exposition  nationale  de  Bruxelles.
Liège.
Min.  d.  Fin.
1899  291
DRÈZE,  Gustave.  L’industrie  du  zinc  et  la  société  de  la  Vieille  Montagne. ­
  Liège  Exposition.  Janvier.  Fasc.  2  p.  9  15.
B.  R.
1900  292
1837-1900.  L’industrie  du  zinc.  Société  de  la  Vieille  Montogne.  Exposition ­
  universelle.  Paris.
1902  293
TURGAN,  Louis.  Les  Grandes  Usines.  Etudes  industrielles  en  France
et  à  l’étranger.  Société  de  la  Vieille  Montagne.  Paris,  p.  30.
I.  S.
1903  294
WIESE,  D r  Phil.  Léopold  von.  Beitrage  zur  Geschichte  der  wirtschaftlichen
  Entwicklung  der  Rohzinkfabrikath  n.  Jena,  1903.
|P.  29,  30.  Chap.  III.  Die  Vieille-Montagne,  p.  97-133  et  chap.  IV.
p.  133-145].
I.  S.
1905  295
1837-1905.  L’industrie  du  zinc.  Société  de  la  Vieille  Montagne.  Exposition ­
  Universelle  Liège,  p.  114.
I.  S.
        <pb n="401" />
        400

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1908  290
GHAINAYE,  Achille.  La  découverte  du  zinc.  —  Le  développement
delà  «Vieille  Montagne  »  l'Exposition  de  Bruxelles.  1908,
N.  3,  p.  29-32.
Off.  Tr.

e.  —  Industries  diverses.

1854  297
DUPONT,  F.  S.  Exploitation  du  minerai  de  fer  en  Belgique.  Adresse
au  sénat  et  à  la  chambre  des  représentents.  Fayt  1854,  p.  28.
B.  R.
89526,  v.  IV.
1856  298
HARDY  de  BEAULIEU,  Ch.  De  l’avenir  des  mines  de  fer  en  Belgique.
Revue  trimestrielle,  X,  37-54.
B.  R.
1887  299
HIARD,  Léon.  L’industrie  belge  et  la  fabrication  des  canons.  Liège.
Journal  de  Liège.  Br-  in  8°,  p.  8.
Aff.  étr.
1899  300
GHELIN,  F.  de.  Carrières  et  carriers.  Revue  générale.  Juin  et  Juillet.
v.  69,  p.  793-806  et  v.  70,  p.  115-130.
Ch.  R.
1903  301
BANNEUX,  Louis.  L’industrie  belge  des  pierres  à  rasoir.  Louvain,
p.  14.
[Extrait  de  la  Revue  des  Questions  Scientifiques  janvier].
I.  S.  Br.  619.
1908  302
CHAINAYE,  Achille.  Les  ateliers  métallurgiques.  VExposition  de
Bruxelles.  Septembre.  N.  7,  p.  86-87.
Off.  T.
1908  303
DRÈZE,  Gustave.  La  Fabrique  Nationale  d’Armes  de  Guerre  de  Herstal.
  Extrait  de  Bruxelles-Exposition.  Novembre,  p.  11.
        <pb n="402" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

401

1909  304
CHAINAYE,  Achille  Les  établissements  belges  de  la  Société  de
Travaux  Dyle  et  Bacalan.  (Construction  de  matériel  de  chemin
de  fer).  L'Exposition  de  Bruxelles.  Mars.  N,  13,  p,  179-180.
Off.  Tr.
1909  305
CHAINAYE,  Achille.  La  Fabrique  Nationale  d’Armes  de  Guerre.
L'Exposition  de  Bruxelles.  Janvier  N°  11.  p.  150151.
Off.  Tr.

2.  —  Industries  textiles.
A  —  Ouvrages  généraux.

1903  306
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.
Monographies  industrielles.  Filature  mécanique  du  coton,  du  lin,
du  chanvre  et  du  jute.  Bruxelles.  1  vol.  in-8°  de  175  p.,  figures
et  planches.
I.  S.
1905  307
Ministère  de  l’Industrie  et  du  travail.  Office  du  Travail.
Salaires  et  durée  du  travail  dans  les  industries  textiles,  etc.
[Voir  :  Première  section.  Les  entreprises  et  le  personnel  ouvrier,
p.  35-120].
I.  S-1908
  308
VAN  WAEFELGHEM,  G.  Annuaire  de  l’industrie  textile  belge  et  du
vêtement.  2 e  édition.  1908,  p.  736.
Off.  Tr.

B.  —  Industrie  linière.
[Voir  aussi  pour  Différentes  petites  notices  et  vers  relatives  à  l’industrie ­
  linière  de  Gand  dispersées  dans  des  journaux,  manuscrits,
etc.,  le  catalogue  manuscrit  de  la  Bibl.  de  l’Univ.  de  Gand  sous
le  mot  Lin].
[Dans  le  dossier  Lin  de  la  Bibliothèque  de  l’Université  de  Gand  se
trouvent  différentes  pétitions,  statuts  de  société,  etc.].
        <pb n="403" />
        402

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1816  309
Mémoire  du  commerce  de  la  ville  d’Ath,  p.  6.
Ch.  R.
Br.  3956.
1816  310
*  PYGKE,  Baron.  Mémoire  sur  la  prohibition  de  la  sortie  des  lins.
Gand,  p.  9.
B.  R.
V.  61.971.
1818  •  311
LAMBILOT,  N.  Aanspraak  ter  prijsdeeling  gedaan,  in  de  groote  zaal
en  aan  de  wevers.  Gent,  p.  6.
B.  U.  G.
Dossier  Lin.
1827  312
BOGAERDE,  (A.  J.  L.  VAN  DEN).  Proef  of  de  aanmoediging  en  uitbreiding
  der  linnenvereijen  in  Oost-Vlaanderen,  gevolgd  van  de
tienjarige  optelling  van  al  de  op  de  markten  van  Oost-Vlaanderen ­
  verkochte  lijnwaden.  Te  Gent,  p.  73.
Ch.R.
1830  (?)  313
*  DE  FOERE.  Mémoire  présenté  à  l’appui  du  projet  de  loi,  tendant
à  restreindre  l’exportation  des  lins  indigènes  et  l’importation  des
toiles  étrangères.  Bruges,  p.  66.
B.  R.
Vol.  61971.
Vers  1830  314
*  DE  SMET,  Eug.  Quelques  lignes  de  Réponse  à  une  lettre  à  un  représentant ­
  sur  la  question  de  l’exportation  des  lins  en  Belgique,
p.  37.  Anonyme.
B.  R.
Vol.  61971.
1830  315
*OSY  (Baron).  Lettre  à  un  représentant  sur  la  question  de  l’exportation ­
  des  lins  de  la  Belgique  (?  vers  1830),  p.  16.  Anonyme.
B.  R.
Vol.  61971.
        <pb n="404" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

•103

1833  316
DECKER-CASSIERS  (de).  Opinion  adressée  à  MM.  les  membres  de  la
Chambre  des  Représentants  et  du  Sénat  à  propos  des  lins  et  des
toiles  en  Belgique.  Anvers.  In-12°,  15  p.
Ch.  R.
1833  317
Rapport  de  la  commission  supérieure  d’industrie  et  de  commerce  sur
l’exportation  des  lins  et  la  fabrication  des  toiles.  Bruxelles,
p.  78.
B  R
Vol.  61971.
1833  318
*  DE  LESCLUZE.  Notice  sur  l’exportation  des  lins  et  l’importation
des  toiles  étrangères.  Bruxelles,  p.  7.
B.  R.
Vol.  61971  et  Ch.  R.
1834  319
*DEP0UI10N,  Fr..  Réponses  aux  observations  de  la  chambre  de
commerce  de  Courtray  sur  la  question  des  lins.  Bruxelles,  De
Mot,  Br.  in  8°,  p.  36.
AIT.  étr.
1836  320
RAPAERT,  F.  Plan  d’encouragement  en  faveur  de  l’industrie  dans
la  Flandre  Occidentale  précédé  de  considérations  sur  cette
industrie.  Bruxelles,  p.  20.
Ch.  R.
1837  (?)  321
*  Question  des  fils  de  lin,  à  MM.  les  membres  du  Sénat  et  de  la
Chambre  des  Représentants.  Bruxelles,  p.  8.
B.  U.  G.
Dossier  Lin.
1837  322
VERLINDE-MILLER,  S.  F.  Aenmerkingen  over  de  nationale  nyverheid
  en  den  vlas  en  lynwaedhandel.  Gend.
B.  U.  G.
Dossier  Lin.
1838  326
De  l’industrie  linière  en  Belgique,  par  M.  N.  B.  Revue  de  Bruxelles,
Sept.  p.  1-31.
B.  R.
        <pb n="405" />
        404

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQÜË

1838  324
Nationale  Vereeniging  voor  den  voordang  der  Vlas-Nyverheid.  Redevoering
  op  den  dag  der  instelling  uylgesproken.  Statutten.  —
Id.  en  français,  p.  16.
B.  U.  G.
Dossier  Lin.
1839  325
tBONNÈ-MAES,  Pierre-Louis.  Coup  d’œil  sur  la  situatien  respective ­
  des  deux  industries  linières,  suivi  d’un  rapport  sur  le  projet
de  questions  à  soumettre  au  Ministère  de  l’Intérieur  concernant
la  recherche  de  nouveaux  débouchés  pour  nos  toiles  Gand.
In-8°,  22  p.
Cité  dans  B.  N.
1839  326
De  l’industrie  linière.  Revue  Nationale  de  Belgique.  T.  I.  p.  273-300.
Aff.  étr.
1839  327
Mémorial  de  l’association  nationale  pour  le  progrès  de  l’ancienne
industrie  linière,  p.  186.
Ch.  R.
1840  328
t  G(YSELINCK)  J.  J.  Coup  d’œil  sur  la  situation  actuelle  de  l’industrie
par  F.  J.  S  ,  ancien  secrétaire  communal.  Gand.  In-8°,  24  p.
B.  U.  G.
Dossier  Lin.
1841  329
Enquête  sur  l’industrie  linière.  Rapport  de  la  Commission.  Revue
Nationale  de  Belgique.  T.  V.  p.  368  395.
B.  R.
1841  330
Ministère  de  l’Industrie.  Eaquête  sur  l’industrie  linière.
[I.  Interrogatoires,  p.  845.  II.  Rapport  de  la  Commission.  Explorations ­
  à  l’étranger,  p.  1057  et  140].
I.  S.
1841  331
Industrie  linière,  1841.  Réponse  d’un  habitant  de  Courtrai  à  un
habitant  d’Audenarde,  concernant  l’industrie  linière  en  Belgique. ­
  Tournai.
B.  R.
vol.  61.971.
        <pb n="406" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE
1841-42  332
VANDENBERGHE  et  VANDENKERCKHOVE-DIERCKENS.  Recueil  de
lettres  sur  l’industrie  linière,  précédées  d’une  adresse  aux
Chambres  législatives.  Thielt,  p.  94.
B.  U.  G.
Dossier  lin.  et  Ch.  R.
1842  333
BONNE  MAES.  Réponse  donnée  par  le  sénateur  Bonné-Maes  à  son
collègue  M.  Raymond  Bio’ley  à  la  séance  du  31  décembre  1841...
relativement  à  la  nécessité  de  maintenir  le  mieux  et  le  plus  longtemps ­
  possible,  l’ancienne  industrie  linière  dans  les  Flandres.
Gand,  p.  25.
B.  U  G.
Dossier  Lin.  et  Ch.  R.
1843  334
Belang  van  de  Oude  Linnenmakery  gepaerd  met  dat  van  den  landbouw
  in  Vlaenderen.  Thielt,  p.  12.
B.  U.  G.
Dossier  lin  et  Ch.  R.
1843  335
VERLINDE  MULLER.  Nood  zoekt  troost  of  verdediging  van  het
handgespin  en  geweefsel.  Gend,  p.  88.
B  R
Vol.  61.971.
1844  336
Rapport  et  explications  de  M.  le  Ministre  de  l’Intérieur  sur  la  question ­
  linière  dans  la  Chambre  des  Représentants  du  24  janvier
1844.  (Extrait  du  Moniteur).  Bruxelles,  p.  26.
Ch.  R.
1845  337
Aperçu  des  dispositions  prises  par  M  le  Ministre  de  l’Intérieur,  les
députations  provinciales  et  les  administrations  communales  en
faveur  de  l’industrie  linière  et  de  la  classe  ouvrière.  Bruxelles,
p.  47.
B.  R.
vol.  61.971.
1845  338
KERVYN,  Hknri  Joseph  Marie.  Quelques  vues  pratiques  pour  améliorer ­
  le  sort  de  la  population  rurale  des  Flandres.  Gand.  In-8 # ,
67  p.
B.  R.
        <pb n="407" />
        406

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1845  339
Procès  tusschen  de  vlasspinslcrs  en  het  gouvernement,  etc.  Gent,
p.  15.
B.  U.  G.
Dossier  lin.
1845  340
VANDEGASTEELE.  Misère  des  Flandres.  Lettre  à  M.  Dechamps,
ministre  des  Affaires  Etrangères  à  l’occasion  du  traité  conclu  avec
la  France.  Bruxelles,  p.  7.
B.  R.
vol.  61.971.
1845  341
VERLINDE-MULLER.  S.  F.  Procès  tusschen  do  vlasspinsters  en  het
gouvernement.  Gent.
B.  U.  G.
1846  342
*  DE  WITTE,  Félix.  Discussion  relative  aux  questions  de  l’industrie
linière,  de  l’union  douanière  de  la  Belgique  avec  la  France,  et
au  traité  conclu  récemment  avec  ce  pavs.  Bruxelles,  p.  38.
B.  U.  G.
Dossier  lin.  Ch.  R.
1846  343
VANDECASTEELE.  Misère  des  Flandres.  Un  mot  sur  les  embarras
actuels  à  propos  de  l’industrie  linière.  Bruxelles,  p.  18.
B.  R.
vol.  61.971.
1847  344
JALHEAU,  Fr.  Etude  sur  quelques  moyens  de  sauver  les  Flandres.
Bruxelles,  1847,  p.  56.
B.  U.  G.
Dossier  lin.
1847  345
f  Coup  d’œil  sur  l’industrie  linière  dans  les  Flandres  en  général  et
plus  particulièrement  sur  cette  branche  de  la  prospérité  publique
dans  l’arrondissement  de  Courtrai  en  1847.  Gourtrai,  p.  29.
Ch.  R.
        <pb n="408" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

407

1847  (?)  346
MARTROYE.  L’industrie  linière  belge  considérée  sous  le  point  de  vue
de  l’économie  politique,  la  morale  et  l’humanité,  p.  51.
B.  U.  G.
Dossier  lin.  et  Ch.  R.
1847  347
Moyen  de  relever  l’industrie  linière  tout  en  favoiisant  l’agriculture.
Bruges,  p.  16.
B.  U.  G.
Dossier  lin.  et  Ch.  R.
1847  348
*  OLDENHOVE,  F  Notes  sur  le  projet  de  loi  établissant  une  société
nationale  d’exporlaiion  de  tissus  pour  la  Belgique.  Bruxelles,
p.  32.
Ch.  R.
1847  349
VANDEKERCKHOVE  DIERCKENS.  Question  des  Flandres.  La  Flandre ­
  libérale.  Les  deux  industries  linières,  p.  15.
B.  U.  G.
Dossier  lin.
1847  350
VAN  DECASTEb  LE.  Misère  des  Flandres.  Lettre  a  M.  de  Theux.
Bruxelles,  p.  8.
B.  U.  G.
Dossier  lin.
1847  351
V4NDENBOSSCHE,  F.  J.  Lynwaedkwestie,  armoede.  Verval  der
lynwaednyverheyd,  oorzaak  der  armoede.  Hulpmiddelen.  Aelst,
p.  40.
B.  U.  G.
Dossier  lin.
1847  352
Voornaamste  oorzaken  van  de  dringende  armoede  in  Belgien  en
vcoral  in  de  twee  Vlaenderen.  Gent,  p.  12.
B.  U.  G.
Dossier  lin.
        <pb n="409" />
        408

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

?  353
VANDEKERCKHOVE  DIERCKENS.  Industrie  linière.  Situation  des
Flandres.  Thielt,  p.  8.
B  U.  G.
Dossier  lin.  et  Ch.  R.
1848  354
LE  DOCTE,  Maximilien.  Moyens  de  procurer  immédiatement  du
travail  à  mille  ouvriers.  Liège,  p.  19.
B.  U.  G.
Dossier  lin.
1848  355
JOFFROY,  Alexis-Alfred.  Le  retour  prospère  de  l’industrie  linière
en  Flandre  est-il  possible  ?  Oui.  Lettre  adressée  à  M.  P.  J.  Van
de  Wiel.  Anvers.  In-8°,  24  p.
B.  R.
1848  356
Ministère  de  l’Intérieur.  Question  des  Flandres.  Communication  aux
conseils  provinciaux  de  Flandres  dans  la  session  de  1848.
Extrait  du  Moniteur  du  30  juillet,  p.  24.
B  R.
1848  357
RENIER,  G.  L.  Appréciation  réelle  et  pratique  de  l’état  et  de  l’avenir ­
  de  l’industrie  linière  en  Flandre.  Courtrai,  p.  16.
B.  R.
vol.  61,  971.
1848  358
SACRÉ,  Aug.  Quelques  observations  sur  l’industrie  linière  de  la  Belgique ­
  adressées  à  M.  le  Ministre  de  l’Intérieur.  Bruxelles,  p.  10.
Ch.  R.
1849  359
Les  Flandres  et  l’industrie  linière.  Août  1849.  Bruxelles,  p.  33.
Aff.  étr.  et
Ch.  R.
1849  360
CARTON  de  WIART,  Adrien.  Les  Flandres  et  l’industrie  linière.
Bruxelles.  Devroye,  1849.  Bi.  in  8°,  p.  33.
B.  R.  ds  vol.
61971.
        <pb n="410" />
        I  •  ?  y,y  &amp;amp;■=..#&amp;amp;*  -  il*  •&amp;amp;■  )  :  -

BIBLIOGRAPHIE  GENERALE
1850  361
DUCPÉTIAUX,  Ed.  Mémoire  sur  le  paupérisme  dans  les  Flandres.
Bruxelles,  Hayez,  in  8°,  XVII,  332.
[Voir  notamment  cliap.  II.  §.  5  Décadence  de  l’industrie  linière.
I.S.
1857  362
DUMORTIER,  H.  Rapport  fait  au  Comité  institué  à  Courtrai  dans
l’intérêt  du  maintien  du  rouissage  du  lin  dans  la  Lys.  Gand,  p  50.
Ch.  R.
1861  363
*  Pétition  à  M.  le  Ministre  des  Affaires  étrangères  et  adressée  également ­
  avec  confiance  à  MM.  les  Membres  des  Chambres  législatives ­
  belges,  concernant  le  Traitée  de  commerce  projeté  avec
l’Angleterre.  Gand,  p.  8.
B.  U.  G.
Dossier  Lin.
1863  364
*  BROUCKÈRE,  C.  de.  Exposition  Universelle  de  Londres  en  1862.
Lin  et  chanvre.  Bruxelles,  1863,  p.  25.
B.  U.  G.
Dossier  Lin.
1873  365
VERBEKE  et  HENRY  MOREL.  Rapport  présenté  aux  fllateurs  de  lin,
de  chanvre  et  de  jute.  Gand,  p.  9.
B.  U.  G.
Dossier  Lin.  et  Ch.  R.
1000  366
DUBOIS,  E.  L’industrie  du  tissage  du  lin  dans  les  Flandres  voir
N a  560.
1903
VARLEZ,  Louis.  Industrie  de  la  filature  du  lin.
[Voir  n°  487.]
c.  —  L'industrie  cotonnière.
[Voir  aussi  pour  différentes  petites  notices  relatives  à  l’industrie
cotonnière  de  Gand  dispersées  dans  les  chroniques,  journaux
etc.  le  catalogue  manuscrit  de  la  Bibl.  de  l’Univ.  de  Gand  sous  le
mot  «  Coton  »].
        <pb n="411" />
        410

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

[Différentes  lettres,  pétitions,  rapports  de  l’association  cotonnière,
etc.  se  trouvent  classées  dans  un  Dossier  spécial  à  la  Bibliothèque ­
  de  l’Université  de  Gand].
?  368
BAUWENS,  Liévin.  A  Sa  Majesté  le  Roi  des  Pays-Bas,  Prince  d’Orange
  et  de  Nassau.  Grand-Duc  de  Luxembourg,  p.  8.
B.  R.
ds  le
vol.  61,971.
1808  369
BAUWENS,  Liévin.  Observations  sur  une  lettre  de  S.  Excell.  M.  le
Sénateur  François  de  Neufchateau...dans  laquelle  SonExcellence
s'efforce  de  prouver  à  M.  Herwyn...  les  avantages  de  la  culture
du  Lin  et  les  désavantages  de  l’établissement  rapide  de  la  filature
de  coton  dans  la  Belgique.  Gand.  p.  22.
B.  R.  ds.  v.  61974.
1834  370
CASSIER,  J.  P.  Opinion  émise  devant  la  commission  d’agriculture,
d’industrie  et  de  commerce  le  26  décembre  1834  dans  l’enquête
sur  l’état  de  l’industrie  cotonnière.  Bruxelles,  p.  24.
Ch.  R.
1834  371
Chambre  de  Commerce  de  Courtrai.  Observations  sur  l’exportation
des  lins  et  sur  le  rapport  de  M.  Depouhon  fait  à  la  Commission
supérieure  d’industrie  et  de  Commerce.  Courtrai,  p.  17.
B.  R.
ds.  v.  64971.
1835  372
PERROT,  E.  De  l’industrie  et  du  commerce  en  Belgique  et  en  particulier ­
  de  l’Industrie  Cotonnière.  Bruxelles,  septembre.
Com.  G.  de  St.
1837  373
*  Examen  par  pièces  justificatives  de  la  question  des  tulles  de  coton
et  de  la  nécessité  de  protéger  le  tissage  de  ces  tulles  en  Belgique
a  propos  du  projet  de  loi  modifiant  les  tarif  des  douanes.  Brux.,
p.  30.
Ch.  R.
        <pb n="412" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

411

1839  374
De  l’industrie  cotonnière.  Revue  Nationale  de  Belgique,  t.  I.  p.  315-363.

Aff.  étr.
1841  375
BASSE,  Frédéric.  Opinion  émise  sur  la  situation  de  l’industrie
cotonnière  en  Belgique.  In  8°,  9  p.
B.  R.
1841  876
THOMPSON,  M.  Observations  sur  l’état  des  industries  cotonnières  et
notamment  de  l’impression  sur  étoffes  en  Belgique.  Ouvrage
traduit  de  l’anglais  par  P.  M.  Justin.  Bruxelles.
[Relié  ensemble  avec  le  livre  de  Tennent.  Notes  d’un  voyageur
anglais].
Com.  C.  de  St.
1843  377
MARESKA,  J.  et  HEYMAN,  J.  Enquête  sur  le  travail  et  la  condition
physique  et  morale  des  ouvriers  employés  dans  les  manufactures
de  coton  à  Gand.  Gand  in-8°  p.  266.
[Extrait  des  Annales  de  la  Société  de  Médecine  de  O  and.  16»  vol.
tome  II.  Le  même  ouvrage  se  trouve  dans  l’Enquête  sur  la  con.
dition  des  classes  ouvrières  de  1843  v.  III  p.  307-484  et  contient
des  données  intéressantes  sur  l’industrie  cotonière  de  Gand.
Voir  notamment  chap.  I.  p.  312-316],
Com.  C.  de  St.
1843  378
*  Tulles  de  coton.  De  la  nécessité  de  protéger  la  broderie  et  le  blanchissement ­
  de  ces  tulles  en  Belgique.  Gand.  p.  80.
Com.  C.  de  St.
1851  379
*  Chambre  des  Représentants.  Convention  cotonnière  du  l ,r  juin
1847.  Note  explicative.  Pièces  déposées  par  M.  le  Comte  de
Theux  et  par  M.  Malou.  Séance  du  8  février.  1851.  Bruxelles,
p.  30.
B.  U.  G.
Dosier  coton.
        <pb n="413" />
        412

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1862  380
Cercle  commercial  de  Gand.  Rapport  du  comité  d’assistance  aux  ouvriers ­
  sans  travail  par  suite  de  la  cause  de  la  crise  cotonnière
1862.  Gand.  in-8°  p.  14.
B.  U.  G.
1862  381
*  Le  traité  anglo-belge  et  l’avenir  de  l’industrie  cotonnière.  Bruxelles-Liège
  p.  55.
B.  U.  G.
Dossier  coton.
1865  382
*  PEETERS-BARTSOEN,  A.  La  question  du  traité  anglo-belge,  par  un
filateur  de  coton.  Gand,  1865  p.  16.
B.  U.  G.
Dossier  coton.
1880  383
BRUNNEEL,  Oct.  Notice  sur  l’industrie  cotonnière  en  Belgique  pour
servir  d’introduction  au  compartiment  réservé  aux  produits  de  la
filature  et  du  lissage  du  coton  à  l’exposition  nationale  Gand.
B.  U.  G.
Dossier  coton.
1882  384
*  Note  adressée  à  MM.  les  Membres  de  la  Chambre  des  Représentants
et  du  Sénat  en  réponse  au  mémoire  à  l’appui  des  pétitions  demandant ­
  la  libre  entrée  des  fils  de  coton  Gand.  41.
B.  U.  G.
Dossier  coton,  et  Ch  R.
1882  385
*  (de)  SMET  DE  NAEYER,  Fernand.  Quelques  considérations  sur  le
libre  échange  et  l’industrie  cotonnière.  Bruxelles,  p.  i06.
Ch.  R.
1882  386
*  Mémoire  à  l’appui  des  pétitions  demandant  la  libre  entrée  des  fils  de
coton.  Bruxelles,  p.  56  et  XL  VIL
B.  U.  G.
Dossier  coton.
1883  387
*  Défense  du  mémoire  à  l’appui  des  pétitions  demandant  la  libre  entrée ­
  des  fils  de  coton.  Bruxelles,  p.  51’
B.  U.  G.
Dossier  coton  et  Ch.  R.
        <pb n="414" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

413

4883  388
*(de)  HEMPTINNE,  Louis  et  SMET  DE  NAEYER,  Fernand,  (de).  Rapport ­
  sur  l’industrie  du  coton  en  Hollande  présenté  au  groupe  des
fabricants  et  des  lilateurs-tisseurs  de  Gand.  Gand,  p.  19.
B.  U.  G.
Dossier  coton  et  Ch.  R.
1885  389
*  Chambre  des  Représentants.  Droits  de  douane  sur  les  fils  et  tissus
de  coton.  Réponse  de  M.  Jules  de  Hemptinne  au  rapport  de  M.
Janssens.  Gand.  p.  61.
B.  u.  G.
Dossier  coton,  et  Ch.  R.
1885  390
*  (de)  SMET  DE  NAEYER,  Fernand.  Quelques  remarques  au  sujet  de
la  question  du  coton.  Gand  p.  23.
B.  U.  G.
Dossier  coton.
1896  391
Commission  des  tissus  de  coton.  Procès-verbaux.  Rapport.  Bruxelles
p.  417.
Off.  Tr.
1901  392
VARLEZ,  Louis.  Industrie  cotonnière.  |Voir  n°  487.1
1903  393
*  Association  cotonnière  de  Belgique.  —  La  question  des  fils  de  coton.
Gand  1903  p.  39.
R.  U.  G.
1903  394
Quelques  faits  concernant  la  question  des  filés  de  coton  1903.  p.  4.
B.  U.  G.
Dossier  coton.
1904  395
*  Fédération  des  tisseurs  de  Belgique.  Réponse  à  la  note  de  la  minorité ­
  de  la  section  centrale  chargée  d’examiner  le  projet  de  loi  de
M.  Tack  et  consorts  abolissant  les  droits  sur  les  Fils  de  Coton.
Renaix.  p.  32.
B.  U.  G.
Dossier  coton,  et  Ch.  R.
        <pb n="415" />
        414

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DË  LA  BELGIQUE

1905
Un  almanach  de  1830.  Les  filatures  et  les
en  1830.
|Extrait  d’un  journal].
I.S.
Br.  2923.
1908  397
AVANTI.  Een  terugblik,  proeve  eener  Geschiedenis  der  Gentsche  Arbeidersbeweging
  gedurende  de  XIX e  eeuw.  Met  naschiift  door
Edward  Anseele.  Gent,  gros  in-8°  de  783  p.  avec  gravures.  (Contient ­
  l’histoire  de  l’industrie  cotonnière).
Off.  Tr.

396
tissages  des  coton  à  Gand

d.  —  Industrie  lainière.

1801  398
BOTTÉ,  P.  Mémoire  des  tisserans  en  laine,  (wolle  wevers)  de  la  com.
mune  de  Gand,  au  sujet  de  leurs  manufactures,  présenté  au
Préfet  du  Département  de  l’Escaut  pour  transmettre  aux  Consuls ­
  de  la  République,  aux  Ministres  et  au  Conseil  de  Commerce
de  Gand  et  de  Paris.  Gand,  de  Goesin,  Br.  4°  p.  21.
Aff.  étr.
1846  399
*  Du  commerce  des  tissus  de  laine  en  Belgique.  Revue  Nationale  de
Belgique  XIV.  p,  16-32.
B.  R.
1849  400
RONDET,  Natalis.  Rapport  sur  l’industrie  laii.ière  de  Belgique  en
1847.  Paris,  Guillaumin,  1  vol.  in-8°  p.  100.
Atf.  étr.
1859  401
tBARLET,  Edouard.  Recherches  historiques  sur  la  fabrication  de  la
draperie  en  Belgique.  Verviers.  In-12  p.  70.
B.  C.  Liège.
1862  402
*  MASSON,  L..  Industrie  lainière  ;  comparaison  des  conditions  de
fabrication  entre  la  Belgique  et  l’Angleterre.  Lettre  adressée  à
l’Economiste  belge.  Bruxelles,  Lacroix.  Br.  8.  p.  42.
Afl.  étr.
        <pb n="416" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

415

1879  403
*  fDE  HARVEN,  Emile-Jean-Ai.exandre.  Le  marché  de  laines  â
Anvers  ;  son  passé,  son  avenir.  Anvers.  In-8°.
Cité  dans  la  B.  N.
1880  404
fBIOLLEY,  Louis.  L’industrie  drapière  à  Verviers  en  1800.  In-8'.
Cité  dans  la  B.  N.
1881  405
RENIER,  J.  S.  Histoire  de  l’industrie  drapière  au  pays  de
Liège  et  particulièrement  dans  l’arrondissement  de  Verviers  depuis ­
  le  moyen  âge.  Liège.  1  vol.  in-8°  p.  320.
[Extrait  des  Mémoires  île  la  société  libre  d'émulation.  Nouvelle
série.  Tome  VI].
Off.  Tr.
1890  40G
DRÈZE,  Gustave.  L’industrie  drapière  à  Verviers.  Liège  Exposition.
Janvier.  Fasc.  4  p.  25-30.
B.  R.
1905  407
Exposition  universelle  de  Liège.  1005.  Verviers,  son  industrie,  ses
environs  p.  44.
I.  S.
1905  408
Exposition  Universelle  et  Internationale  de  Liège.  Monographies  des
industries  du  bassin  de  Liège.  Voir  N.  174.
1908  409
DECHESNE,  Laurent.  L’avènement  du  régime  syndical  à  Verviers.
Paris  p.  549.
[Voir  Première  Section.  Verviers  et  son  industrie,  p.  11-49  ]
I.  S.
e.  —  Industries  de  soie,  de  chanvre,  de  jute.
Bonneterie.
[Différentes  brochures  sur  la  piopagation  du  mûrier  et  l’éducation
des  vers  à  soie  se  trouvent  à  la  B.  R.  sous  61972.]
1833  410
OBERT,  L.  H.  C.  Causes  de  l’impossibilité  de  créer  l’industrie  sétifère
en  Belgique,  par  les  moyens  employés  jusqu’à  ce  jour.  Ceux  à
prendre  pour  y  parvenir.  Bruxelles  In-12.  7  p.
B.  R.  61972.
        <pb n="417" />
        416  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1833  411
OBERT,  L.  H.  G.  Industrie  sétifère.  Bruxelles.  1833  (?)  p.  29.
B.  R.61972.
1833  412
OBERT,  L.  H.  G.  A  Messieurs  les  membres  de  la  Chambre  des  Représentants. ­
  Bruxelles,  p.  47.
B.  R.  61972.
1836  413
Observations  des  fabricants  de  Bonneterie  de  l’arrondissement  de
Tournay  sur  le  projet  de  loi  présenté  à  la  Chambre  des  Représentants, ­
  en  la  séance  du  14  avril  1836  par  Messieurs  les  Ministres ­
  de  l’Intérieur  et  des  Finances  et  portant  des  modifications
au  tarif  des  douanes.  Tournay.  p.  23.
Com.  C.  de  St.
1903  414
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Monographies  industrielles.
Voir  n°  306.

3.  —  Industrie  sucrière.

1837  415
t  Question  des  sucres  en  Belgique,  expliquée  en  chiffres.  Décembre
1837.  Suivie  de  l’opinion  motivée  de  M.  le  baron  Charles  Dupin,
député  de  la  Seine  établissant  que  la  culture  de  la  betterave  est
nuisible  à  l’agriculture.  Mai,  Gand,  in  4°,  20  p.
Cité  dans  B.  N.
1837  416
t  l re  réponse  des  raffineurs  de  sucre  exotique  de  Gand  au  mémoire
de  plusieurs  fabricants  de  sucre  indigène  du  20  janvier  dernier
adressée  à  Messieurs  les  membres  de  la  chambre  des  représentants. ­
  Gand,  p.  14.
B.  U.  G.
1841  417
•j*  Question  (la)  des  sucres.  Extrait  du  Précurseur,  journal  commercial ­
  d’Anvers  des  27  et  28  février.  Anvers,  in  8°,  11  p.
Cité  dans  B.  N.
        <pb n="418" />
        BIBLIOGRAPHIE  GENERALE

417

?  418
f  Question  des  sucres.  Requête  adressée  à  la  Chambre  des  représentants ­
  par  le  Conseil  provincial  d’Anvers,  procédée  d’un  rapport
fait  au  Conseil  par  une  commission  nommée  dans  son  sein.
Anvers,  in  8°,  9  p.
Cité  dans  B.  N.
1846  419
•{•Question  des  sucres.  Lettre  de  MM.  les  raffineurs  de  Gand  à  M.  le
ministre  des  Finances.  Gand,  p.  11.
Idem.  Seconde  lettre,  Ibid.  1846,  in  8°,  8  p.
Cité  dans  B.  N.
1846  420
t  Question  des  sucres.  Réponse  des  raffineurs  de  sucre  de  Gand  à
l’article  de  Monsieur  Matthyssens  d’Anvers  insérée  dans  l’Indépendance ­
  du  29  mai  1846.  1 er  juin.  Gand,  in  8 e ,  12  p.
Cité  dans  B.  N.
1846  421
t  Question  des  sucres.  Pétition  adressée  à  la  Chambre  des  représentants ­
  par  l’Association  commerciale  et  iudustrielle  d’Anvers.
2  mars.  Anvers,  in  8°,  18  p.
Idem.  Deuxième  pétition.  Anvers  1846,  in  8°,  16  p.  et  tableau.
Cité  dans  B.  N.
1847  422
Question  (la)  des  sucres  résolue  par  les  faits  accomplis.  Décembre.
Gand  in  8°,  45  p.
B.  U.  G.
1860  •  423
t  Question  des  sucres.  Mémoire  des  fabricants  du  sucre  indigène.
Brux.  impr.  L.  Fruyts,  in  8°,  62  p.
Cité  dans  B.  N.
1864  424
t  Question  (la)  des  sucres  en  1864.  Brux.,  in  8°,  18  p.
Cité  dans  B.  N.
1897  425
t  Question  des  sucres  en  1877,  par  un  raffineur  Belge.  Novembre.
Anvers,  in  8°,  11  p.
Cité  dans  B.  N.
        <pb n="419" />
        418

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

4.  —  Industries  diverses.

1856  426
GAUTHY,  Eugène.  Fabriques  des  produits  chimiques  Rapport  à  M.
le  Ministre  de  l’Intérieur  par  la  commission  d’enquête.  Bruxelles,
in  folio,  p.  240.  Séance  du  19  février.
Ch.  R
(Session  1855-56.  N.  124).
1866  427
t  Exposé  su^cint,  historico-administralif  et  judiciaire  de  l’usine  de
produits  chimiques  de  M.  Vander  Elst,  établie  à  Saint-Gilles.
Brux.,  in  8°,  47  p.
Cité  dans  B.  N.
1878  428
QUINET,  Lucien  Joseph.  Notice  historique  sur  l’industrie  verrière
du  pays  de  Charleroi  antérieurement  à  ce  siècle.  Charleroi,  in-8°,
15  p.  Extrait  de  Y  Education  populaire  de  Charleroy,  N°  9  et  10.
B.  R.
1880  429
Les  cristalleries  du  Val-St-Lambert.  Liège,  1880,  p.  42.
Ch.  R.
1881  430
BORMANS,  Stanislas.  La  verrerie  et  la  cristallerie  de  Vonèche.
Bulletin  des  Commissions  Royales  d'art  et  d'archéologie.
3rux.,  1881,  XX,  p.  279-294.
B.  R.
?  431
Le  Val-Saint  Lambert.  Edité  par  la  Société  Val-St-Lambert,  p.  53.
Off.  Tr.
1899  432
DRÈZE,  Gustave.  L’industrie  du  papier  en  Belgique.  Les  papeteries
Godin  à  Huy.  Liège  Exposition.  Janvier  1899,  p.  21-23.
B.  R.
1900  433
PHOLIEN,  Florent.  La  verrerie  et  ses  altistes  au  pays  de  Liège.
Liège,  p.  194,  illustré.
        <pb n="420" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

419

1906  433a
PERQUY,  Laurent.  La  typographie  à  Bruxelles  au  début  du  XX e
siècle,  p.  584.  43  grav.
I.  S.
1905  434
Expcsition  Universelle  etc.  do  Liège.  Monographies  des  industries  du
bassin  de  Liège.  Voir  N.  174.
Off.  Tr.
1905  435
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Monographies  industrielles.
Fabrication  des  produits  chimiques  proprement  dits.  1  vol.  in  8°
de  370  p.,  figures  et  planches.
I.  S.
1906  436
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Monographies  industrielles.
Fabrication  et  mise  en  œuvre  du  papier  et  du  carton.  I  vol  in
8°  de  20C  p.,  figures  et  planches.
I.S.
1907  437
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Monographies  industrielles.
Industries  du  caoutchouc  et  de  l’amiante.  1  vol  in  8°  de  237  p.
I.  S.
1907  438
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Monographies  industrielles.
Fabrication  et  travail  du  verre.  1  vol.  in  8°  de  XXIV-264  p.
I.  S.
1907  439
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Monographies  industrielles.
Industries  céramiques.  1  vol.  in  8“  de  XVI-242  p.  figures  et  planches. ­

I.  S.
1908  440
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Monographies  industrielles.
Construction  des  machines  et  appareils  électriques,  p.  344.
I.  S.
1909  441
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Monographies  industrielles.
Fabrication  des  explosifs  et  industries  connexes.  Fabrication  des
allumettes.  1  vol.  in  8°,  p.  239,  fig.  et  pi.
I.  S.
        <pb n="421" />
        420

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

5.  Biographies  des  grands  industriels.
1836-1837  442
BECDELIÈVRE,  Comte  de.  Biographie  liégeoise  on  précis  historique

et  chronologique.  Liège.
[Voir  t.  II,  p.  792-798  sur  John  Cockerill].
B.  R.
1840  443
Moniteur  belge  1 er  mai  1840.  [Biographie  de  J.  Cockerill].
B.  R.
1844  444
Biographie  de  Cockerill.  In-32.  Almanach  de  Re'gique.  p.  4.
—  Id.  [Feuilleton  du  Temps].
B.  C.  Liège  9576  et  9576 2 .
1858  445
•[CAPITAINE,  F.  Essai  biographique  sur  Henri-Joseph  Orban.  Liège.
p.  34.
AfF.  étr.
1885  446
Biographie  de  Liévin  Bauwens  publié  à  l’occasion  de  l’inauguration
de  sa  statue  le  lundi  31  juillet.  Gand.  p.  8.
B.  U.  G.
Dossier  L.  B.
1885  447

HARTHAUG,  R.  Liévin  Bauwens.  Collection  nationale.  Bruxelles,  p.36.
B.  U.  G.
Dossier  L.  B.
1885  448
Liévin  Bauwens.  Gand.  vers  1885.
B.  U.  G.
Dossier  L.  B.
1885  449
PÉRIER,  Odilon.  Lieven  Bauwens  en  de  Opkomst  der  katoennijverheid
  in  Vlaanderen.  Gent.  p.  109.
Aff.  étr.
1885  450
VANDENDAELE,  J.-H.  Lieven  Bauwens.  Gent.  p.  57.
B.  U.  .G
Dossier  L.  B.
        <pb n="422" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

421

1892-1001  451
GOBERT.  Théodore.  Les  rues  de  Liège  anciennes  et  modernes.
Liège,  4  vol.  I  vol.  p  G41.  II  vol.  p.  b38.  III  vol.  p.  638.  IV  vol.
p.  280  et  Tables,  p.  LXXXVIII.
[Contient  des  renseignements  sur  différentes  familles  industrielles
liégeoisesl.
B.  R.
1896  452
QUANDT.  D r  Georg.  Die  Niederlausitzer  Schafwollindustrie  in  ihrer
Entwicklung  zum  Grossbetriebe  und  zur  modernen  Technik.
Leipzig,  p.  298.
[p.  173  contient  des  notes  sur  les  entreprises  de  William  Cockerill
à  Guben].
I.  S.
Vers  1900  453
JACQUEMIN,  Pierre.  John  Cockerill.  1790-1840.  Sa  vie  industrielle,
p.  35.
I.  S.
1903  454
PAUW,  Napoléon  de.  Lié  vin  Bauwens.  Son  expédition  en  Angleterre
et  son  procès  à  Lond  es.  Gand.  p.  6t.
Aff.  étr.  et  I.  S.

6.  La  classe  ouvrière.
A.  —  La  condition  économique  de  la  classe  ouvrière.
[Salaires  et  heures  de  travail.]
[Pour  les  conditions  économiques  des  ouvriers  à  domicile  et  artisans
voir  p.  429  ss.  La  littérature  sur  les  institutions  patronales,  sociales, ­
  etc.  ayant  pour  but  l'amélioration  des  conditions  de  la  classe
ouvrière  n’est  pas  comprise  ici]
1845  455
ARRIYABENE,  J.  Sur  la  condition  des  laboureurs  et  des  ouvriers
belges  et  sur  quelques  mesures  pour  l’améliorer.  Lettre  adressée
à  M.  le  vicomte  Biolley,  suivie  d’une  nouvelle  édition  de  l’enquête
sur  l’état  des  habitants  de  la  commune  de  Gaesbeek.  etc.  Bruxelles. ­
  In-8°,  75  pp.
Com.  C.  de  St.
        <pb n="423" />
        422

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1848  456
Enquête  sur  la  condition  des  classes  ouvrières  et  sur  le  travail  des
enfants.  Rapport  de  la  commission  instituée  par  arrêté  royal  du
7  septembre  1843.  Bruxelles.  3  vol.  in-8°.
I.  S.
1851  457
Industrie.  Recensement  général.  Voir  N°  84.
1855  458
f  BEAUJEAN,  Eugène.  De  la  position  des  classes  industrielles  commerçantes ­
  et  ouvrières  en  Belgique.  Liège,  in  8 U .
B.  C.  Liège.
1855  459
DUCPÉTIAUX,  Ed.  Budgets  économiques  des  classes  ouvrières  en
Belgique.  Subsistances,  salaires,  population.  Bruxelles.  In-4°,
340  pp.
[Extr.  du  Bulletin  delà  Commission  centrale  de  statistique,  t.  VI].
Com.  C.  de  St.
1860  460
DAUBY,  J.  Classes  ouvrières  de  Belgique.  Parallèle  entre  leym  condition ­
  d’autrefois  et  celle  d’aujourd’hui.  Bruxelles,  p.  121.
Com.  C.  de  St.
1869  461
MARICHAL,  Henri.  Etude  sociale.  L’ouvrier  mineur  en  Belgique.  Ce
qu’il  est.  Ce  qu’il  doit  être.
[Extr.  de  la  Revue  trimestrielle,  t.  XX,  oct.].
Com.  C.  de  St.
1869  462
Résultats  de  l’enquête  ouverte  par  les  officiers  du  corps  des  mines  sur
la  situation  des  ouvriers  dans  les  mines  et  les  usines  métallurgiques ­
  de  la  Belgique  en  exécution  de  la  circulaire  adressée  le
3  r.ov.  par  le  ministre  des  Travaux  Publics.  Bruxelles,  p.  492.
Off.  Tr.
1870  463
DAUBY,  J.  De  l’élévation  des  classes  ouvrières  en  Belgique  au  point
de  vue  moral  et  intellectuel.  Concours  de  1870  de  la  Société  des
Sciences,  des  Arts  et  des  Lettres  du  Hainaut,  p.  182  331
[Voir  notamment  Première  Partie.  Situation  de  la  classe  ouvrière
en  Belgique,  p.  204-260].
I.  S.
        <pb n="424" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

423

1878  464
DAUBY,  J  Compositeur-typographe  de  Bruxelles.  D’après  les  renseignements ­
  r  ecueillis  sur  les  lieux  en  novembre  1857.
[Les  ouvriers  Européens  (2 e  Edition)  vol.  V.  103  149].
I.  S.
1880  465
DEFRASNE,  E  Quelques  observations  sur  la  situation  des  ouvr  iers
dans  le  Borinage.  Revue  de  Belgique,  t.  XXXIV,  p.  74.
Com.  C.  de  St.
1884  466
LAVOLLÈE,  René.  I.es  classes  ouvrières  en  Europe.  Etudes  sur  leur
situatiou  matérielle  et  morale.
[Voir  sur  la  Belgique,  vol.  II.  p.  199  294]
I.  S.
1886  467
DE  GREEF,  Guillaume.  Le  rachat  des  charbonnages.  Voir  n°  247.
[Chap.  VII.  Bénéfices  nets  et  salaires.  Chap.  XIV.  Le  travail  et
l’avilissement  des  salaires.  Chap.  XV.  Les  salaires  dans  le  Nord
de  France  et  la  Belgique.  Chap.  XVI.  Le  travail  des  femmes  et
des  enfants,  etc.].
1887  468
Commission  du  travail  instituée  par  arrêté  royal  du  15  avril  1886.
Bruxelles.  4  vol.  in-4°.
I.  S.
1887  469
Statistique  de  la  Belgique.  Industrie.  Recensement  de  1880.  Voir
N°  141.
[Tome  III.  Statistique  détaillée  des  établissements  industriels,  de
leur  personnel,  de  la  durée  du  travail,  du  taux  des  salaires  et  des
moteurs  mécaniques].
I.  S.
1889  470
JULIN,  A.  Recherches  sur  la  salaire  des  ouvriers  des  charbonnages
belges  (1810-1889).  Liège,  Demarteau,  p.  60.
I.  S.  Br.  5591.
1890  471
GUÉRIN,  Urbain.  Tourneur-mécanicien  des  usines  de  la  Société  de
Cockerill  de  Seraing.
[Les  ouvriers  des  deux  mondes.  Deuxième  série.  Vol.  II  p.  1-52].
I.  S.
        <pb n="425" />
        424

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  HELGIQUE

1890  472
MOREAU  (le  Chevalier  de).  Conducteur-typographe  de  l'agglomération ­
  bruxelloise.
[Les  ouvriers  des  deux  mondes.  2 e  série.  Vol.  III.  d.  369-4121
I.  S.
1891  473
Cnambre  des  Représentants.  N°  238.  Séance  du  30  juillet  1891-Travail
  dans  les  mines  et  création  d’une  direction  générale  du
travail.  Bruxelles,  p.  75  et  Annexe  p.  LXVII.
[Contient  beaucoup  de  données  sur  taux  de  salaires,  sur  la  production, ­
  etc.  p.  20,  etc.].
Otf.  Tr.
1891  474
JULIN,  A.  L’ouvrier  belge  en  1853  et  en  1886.  D’après  les  budgets
comparés  de  la  Commission  de  Statistique  et  l’enquête  du  travail.
La  Réforme  sociale,  v.  II  p.  257-276  et  345-359.
I.  S.
1892  475
DENIS,  H.  Noie  sur  la  statistique  des  salaires  en  Belgique  depuis
1870.  Bulletin  de  l'Institut  International  Statistique,  p.  73-78.
I.  S.
1892  476
JULIN,"Armand.  Une  enquête  en  Belgique  sur  les  salaires,  les  prix
et  les  budgets  ouvriers.  Réforme  Sociale.  V.  II  p.  557-572,  679-686
  et  756-769.
I.  S.
1893  477
JULIN,  Armand.  A  propos  des  salaires  et  budgets  ouvriers  en  Belgigique
  au  mois  d’août  1891.  Revue  sociale  et  'politique,  p.  330-342.
I.  S.

1893
Royal  Commission  on  Labour.
Foreign  Reports,  vol.  IV.  Belgium.  p.  64.
I.  S.

478

1895  479
DENIS.  Hector  La  dépression  économique,  etc.  Voir  N°  145.
[Contient  beaucoup  de  données  sur  les  salaires,  budgets  ouvriers,
etc.].
        <pb n="426" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

425

I.  S.

1895  480
ENGEL,  Ern.  Die  Lebenkosten  belgisoher  Arbeiter-Familien  friïher
und  jetzt.  Ermittelt  aus  Familien  Haushaltrechnungen  und
vergleichend  zuzammengestellt.  Dresden.  in-8°,  124  p.  Annexe,
54  p.
Com.  G.  de  St.
1895  481
Enquête  ordonnée  par  M.  le  Ministre  de  l’Agriculture,  de  l’Industrie
et  des  Travaux  publics  sur  les  faits  dénoncés  à  charge  des  industriels ­
  de  Verviers  et  de  l’arrondissement  par  M.  le  Député  Malempré
  à  la  Chambre  des  Représentants  (27  mars  1895).  Bruxelles, ­
  p.  38.
Off.  Tr.
1896  482
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Office  du  Travail.  Travail  du
dimanche.  5  gr.  vol.
[V.  I  et  II  (p.  503  et  481).  Traite  des  établissements  industriels.
V.  III.  Des  Mines,  Minières  et  Carrières].
I.  S.
1896-1909  483
Revue  du  Travail.  Publiée  par  l’Office  du  Travail  de  Belgique  (parait
bimensuellement  et  contient  notamment  des  données  sur  le
marché  du  travail).
I.  S.
1900  484
RUTTEN,  G.  C.  Nos  grèves  houillères  et  l’action  socialiste,  p.  383.
[Voir  notamment  Deuxième  Partie,  chap.  III.  (Les  bénéfices  et  les
salaires.  ]
I.  S.
1900-1902  485
Recensement  général  des  industries  et  métiers.  Voir  n°  153.
[Vol.  Vill-vol  XV  sont  consacrés  aux  salaires  et  heures  du  travail].
1901  486
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Office  du  Travail.  Statistique
des  salaires  dans  les  mines  de  houille.  (Octobre  1896-Mai  1900).
Bruxelles,  p.  104.
        <pb n="427" />
        426

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1901-1904  487
VARLEZ,  Louis.  Les  salaires  dans  l'industrie  gantoise.  2gr.  vol.
[Vol.  I.  Industrie  cotonnière,  p.  214  et  596.  Vol.  IL  Industrie  de  la
filature  de  lin,  p.  GXLV  et  238.  Ces  volumes  ont  été  édités  par
l’Office  du  Travail].
I.  S.
1901  488
WAXWEILER,  E.  Die  belgische  Lohnstatistik  und  die  Lohngestaltung
  der  Kohlenarbeiter  1896  1900.  Jahrbücher  für  Nationalôkonomie
  und  Statistik,  p.  161-187.
I.  S.
1902  489
WAXWEILER,  E.  Heures  de  travail  et  salaires  dans  l’industrie
belge.  Revue  d'Economie  Politique,  p.  578-607.
I.  S.
1902  490
WAXWEILER,  E.  Heures  de  travail  et  salaires  dans  l’industrie
belge.  Bruxelles,  p.  24.
[Extr.  de  la  Revue  de  V  Université  de  Bruxelles,  juillet].
Gom.  G.  de  St.
1893  491
HEINS,  M.  Les  ouvriers  gantois.  Etude  statistique.  Gand.  in-8°,  98  p.
Com.  C.  de  St.
1904  492
RUTTEN,  G  G.  Mineur  du  bassin  houiller  du  couchant  de  Mons.
[Les  ouvriers  des  deux  mondes.  3 e  série,  vol.  I.  p.  211-288.  Un
extrait  de  ce  travail  a  paru  également  dans  La  Réforme  sociale.
1901.  vol.  IL  p.  802-823]
I.  S.
1905  493
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Office  du  Travail.  Salaires  et
durée  du  travail  dans  les  industries  textiles  au  mois  d’oct.  1901.
Bruxelles.  1  gr.  vol.  p.  427  et  691.
I.  S.

1905
WAXWEILER,  E.  Salaires  belges  et  salaires  américains.
[Extrait  de  la  Gazette  de  Charleroi,  mars].
I.  S.
Br.  4269.

494
        <pb n="428" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

427

1906  495
VANDERVELDE,  Emile.  I.a  Belgique  ouvrière.  (Voir  N°  184).
[Chap.  II.  Les  conditions  de  la  classe  ouvrière.  p r  29-53],
I.  S.
1906  496
WAXWEILER.  HEGER  et  SLOSSE.  Enquête  des  Instituts  Solvay  sur
l’alimentation  des  ouvriers  belges.  (Congrès  d’hygiène  alimentaire. ­
  Paris,  1906).  p.  36.
I.  S.  Br.  3565.
1907  497
Comité  Central  du  Travail  Industriel  de  Belgique.  Compte  rendu  de
l’enquête  sur  la  limitation  des  heures  de  Lavai!  dans  les  mines,
p.  830.
Off.  Tr.
1907  498
Conseil  supérieur  de  l’Industrie  et  du  Commerce.  Limitation  de  la
journée  de  travail.  1  vol.  p.  176  et  92.
Off.  Tr.
1907  499
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Office  du  Travail.  Salaires  et
durée  du  travail  dans  les  industries  des  métaux  au  31  octobre
1903,  Bruxelles.  1  gr.  vol.  p.  1103.
I.  S.
1907  500
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Office  du  Travail.  Salaires  et
durée  du  travail  dans  les  industries  des  métaux.  31  octobre  1903.
Exposé  de  quelques  résultats.  Bruxelles.  54.
I.  S.
1908  501
Commission  d’enquête  sur  la  durée  du  travail  dans  les  mines  de
houilles.  Bruxelles.  8  gr.  vol.
I.  S.
1908  502
SAVOY,  Emile.  Ardoisier  du  bassin  d’Herbeumont.
[Les  ouvriers  des  deux  mondes,  3*  série,  vol.  IL  p.  133-196.]
I.  S.

-
        <pb n="429" />
        428

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1909  503
CAUVIN,  Albert.  La  durée  du  travail  dans  les  houillères  de  Belgique. ­
  Paris.  1909.  p.  232.
[Index  bibliographique,  p.  225-228].
Ch.  R.
1909  504
VANDERVELDE,  E.  Der  Neunstundentag  im  Bergbau  und  die  belgische
  Enquête  über  die  Arbeit  in  den  Steinkohlenzeehen.  Archiv
fur  Sozialioissenschaft.  v.  XXIX,  p.  113-160.
I.  S.

B.  —  Travail  des  enfants  et  des  femmes.
[Voir  aussi  6a.  Sur  le  travail  des  enfants  et  des  femmes  il  existe  une
littérature  médicale  très  abondante,  que  nous  n’avons  pas  compris ­
  ici.  Voir  à  ce  sujet  la  collection  de  brochures  à  la  B.  R.
N.  91777  et  le  Catalogue  de  la  Com.  C.  de  St.  v.  II  p.  83-85-  Pour
la  statistique  voir  aussi  les  recensements  industriels  de  1846,
1880  et  1896].
1860  505
Ministère  de  l’Intérieur.  Enquête  sur  les  conditions  du  travail  des
femmes  et  des  enfants  dans  les  manufactures.  Bruxelles,  p.  116.
Off.  Tr.
1863  506
CONSIDERANT,  N.  Du  travail  des  enfants  dans  les  manufactures  et
dans  les  ateliers  de  la  petite  industrie.  Bruxelles  et  Leipzig,
p.  58.  Sur  la  Belgique  voir  p.  9  12,  27-36.
B  R
Br.  89535.
1893  507
Eléments  d’enquête  sur  le  rôle  de  la  femme  dans  l’industrie,  les
œuvres,  les  arts  et  les  sciences  en  Belgique,  publié  à  l’occasion
de  l’exposition  universelle  de  Chicago.  Bruxelles,  p,  426.
B.  R.
1901  508
JULIN,  A.  Le  travail  des  femmes  belges  dans  la  grande  et  la  petite
industrie.  La  Réforme  sociale,  v.  II  p.  381-408.
        <pb n="430" />
        BIBLIOGRAPHIE  GENERALE

429

1909  509
LEWINSKI,  Jan.  St.  La  Maternité  et  l’évolution  capitaliste.  Revue
dCéconomie  politique  p  518-541  et  590-603.
[Voir  notamment  p.  525,  526,  532-537,  540-541,  591,  etc.]
I.  S.

II.  —  LES  MÉTIERS.

[La  littérature  de  propagande,  les  plans  de  réformes  (crédit,  syndicats ­
  etc.)  ne  sont  pas  compris].
1899  510
PYFFEROEN,  O.  La  petite  bourgeoisie  d’après  une  enquête  officielle
à  Gand.  Réforme  sociale,  v.  I.  p.  285-310  et  620-645.
I.  S.
1901  511
LAMBREGHTS,  H.  Le  problème  social  de  la  petite  bourgeoisie  en
Belgique.  Revue  d'économie  politique,  p.  913-954.
I.  S.
1902  512
BANNEUX,  Louis.  L’industrie  sabotière  dans  la  province  de  Luxembourg. ­

[Extrait  de  la  Revue  Générale.  Février,  p.  24].
I.  S.  Br.  652.
1902  513
BRANTS,  Victor.  La  petite  industrie  contemporaine.  Deuxième  édition. ­
  Paris,  p.  230.
[Voir  no'amment,  Chap.  XIII.  Les  métiers  en  Belgique,  p.  211-222].
I.  S.
1903  514
BANNEUX,  Louis.  L’industrie  boisselière  dans  la  province  de  Luxembourg. ­
  p.  23.
I.  S.
Br.  1907.
1903-1905  515
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Commission  Nationale  de  la
Petite  B  jurgeoisie.  Enquête  orale  7  vols.  Enquête  écrite  3  vols.
Gand.  (voir  N°  516-520,  522-525).
        <pb n="431" />
        430

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

I,  S.

1904  516
BANNEUX,  Louis.  L’  ndustrie  de  la  cordonnerie  dans  l’agglomération
bruxelloise.  Commission  Nationale  de  la  Petite  Bourgeoisie,
(voir  N°  515).  Enquête  écrite  v.  I.  p.  1-56.
I.  S.
1904  517
BECKERS,  René.  La  cordonnerie  à  Louvain  Commission  Nationale
de  la  Petite  Bourgeoisie,  (voir  N°  515).  Enquête  écrite  v.  I  p.
279-370.
I.  S.
1904  518
DESSART,  Albert.  La  charpenterie-menuiserie  à  Liège.  Commission
Nationale  delà  Petite  Bourgeoisie.  (voirN 0  515).Enquête  écrite
v.  I  p.  177  210.
I.  S.
1904  519
MALHERBE,  Georges.  La  petite  industrie  du  bois  à  Ath.  Com  nission
  Nationale  de  la  Petite  Bourgeoisie,  (voir  N°  515).  Enquête
écrite  v.  I  p.  211-278.
1904  520
HERMANS,  Joseph.  La  boulangerie  à  Louvain.  (Ville  et  banlieue).
Commission  Nationale  de  la  Petite  Bourgeoisie,  (voir  N°  515).
Enquête  écrite  v.  I  p.  57-176.
I.  S.
1904  521
PYFFEROEN,  O.  Exposition  internationale  du  petit  outillage  à  Gand.
Rapport,  p  339.
I.  S.
1905  522
BUSE,  Jules.  La  boulangerie  à  Gand  et  dans  les  environs  de  1879  à
1905.  Commission  Nationale  de  la  Petite  Bourgeoisie,  (voir
N°  515).  Enquête  écrite  v.  III.  p.  64-244.
I.  S.
1905  523
GEVAERT,  Emile.  La  vitrerie  d’art  à  Bruxelles.  Commission  Nationale ­
  delà  Petite  Bourgeoisie,  (voir  N°515).  Enquête  écrite,
v.  III  p.  33-63.
        <pb n="432" />
        BIBLIOGRAPHIE  GENERALE

431

I.  S.

1905  524
GEVAERT.  Emile.  La  ferronnerie  d’art  à  Bruxelles.  Commission
Nationale  de  la  Petite  Bourgeoisie,  (voir  N°  515;.  Enquête
écrite  v.  III  p.  1-83.  Illustr.
I.  S.
1905  525
WAUTERS,  Charles.  Les  métiers  d’art  décoratif  à  Liège.  Commission ­
  Nationale  de  la  Petite  Bourgeoisie.  (voirN 0  515)  Enquête
écrite  v.  II  p.  347-375.
I.  S.
1907  526
Ministère  de  l’Industrie  et  du  Travail.  Office  des  classes  moyennes.
Rapport  sur  l’activité  de  la  section  des  classes  moyennes  de  1899
à  1906.  Bruxelles,  p.  222.
[Une  bibliographie  de  la  littérature  de  propagande  que  nous  ne
donnons  pas  ici  se  trouve  à  la  p.  141-143].
I.  S.
1907  527
PYFFEROEN,  O.  La  petite  bourgeoisie  en  Belgique.  Réforme  sociale.
v.  I  p.  909-927.
I.  S.
1907-1909  528
Bulletin  de  l’Office  des  classes  moyennes  (parait  depuis  1909  sous  le
titre  :  «  Bulletin  de  l’Office  des  métiers  et  négoces  »).
Off.  Tr.
1907  529
ROYER  DE  DOUR.  (B on  de),  [.es  petits  moteurs  employés  à  l’outillage
mécanique  en  Belgique  en  1907.  Brux.  p.  154.
I.  S.
1908  530
LAMBRECHTS,  H.  De  la  capacité  de  concurrence  des  artisans  (Petite ­
  industrie).  Gand,  Piantyn,  p.  308.
[Cet  ouvrage  traite  presque  exclusivement  des  moyens  devant
servir  à  relever  le  métier].
I.  S.
1908  531
LAMBRECHTS,  II.  Les  synd'cats  bourgeois  en  Belgique.  Revue
d'Economie  Politique.  Sept.  p.  575-589.
        <pb n="433" />
        432

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

I.  S.

1909  Des  Marez,  G.  532
Le  compagnonnage  des  chapeliers  bruxellois.  Bruxelles,  p.  112.
[Voir  notamment  p.  99  ss].
I.  S.

III.  —  INDUSTRIE  A  DOMICILE.
[Voir  aussi  la  Bibliographie  générale  des  industries  à  domicile  N°  596
et  la  rubrique  «  Ouvrages  généraux  «  (p.  362  ss.)  de  notre
bibliographie].
1827  533
VAN  DEN  BOGAERDE,  A.  .T.  L.  Essai  sur  l’encouragement  et  l’extension ­
  des  tisseranderies  de  lin  dans  la  Flandre  orientale,  suivi
d’un  relevé  décimal  du  nombre  des  pièces  vendues  aux  marchés
de  la  Flandre  orientale.  Gand.  De  Busscher  et  fils.
[Compte  rendu  dans  le  Messager  des  Sciences  et  des  Arts,  1827,
XXVIII.  59-64  et  note  de  l’auteur  sur  ce  compte  rendu  dans  le
même  recueil  98-100].
Cité  dans  N,  596.  p.  99.
1848  534
Enquête  sur  la  condition  des  classes  ouvrières  (voir  N°  456).
[Dentellières,  doutiers,  tisserands.  Voir  la  table  du  tome  I e ].
1860  535
VAN  DER  DUSSEN,  Benoit.  L’industrie  dentellière  belge.  Résumé
historique,  fabrication,  statistique  et  nomenclature  des  communes
dans  lesquelles  se  trouvent  des  écoles  dentellières.  Brux.  In.  8.
VI  et  108  p.  1  pl.
B.  R.
1863  536
fVAN  HOLSBEEK.  L’industrie  dentellière  en  Belgique.  Etude  sur  la
condition  physique  et  morale  des  ouvrières  en  dentelles.  Gerstman.
  In  8°  p.  1-86.
Cité  dans  N.  596.  p.  100.
1886  537
DEGREEF,  Guillaume.  L’ouvrière  dentellière  en  Belgique,  Bruxelles,
imprimerie  Maheu,  in  32,  p.  127.
        <pb n="434" />
        BIBLIOGRAPHIE  GENERALE

433

1887  538
Commission  du  travail  etc.  voir  N°  468.
[Industries  à  domicile  :  passim.  Voir  notamment  vol.  II.  Procèsverbaux
  des  séances  d’enquête].
I.  S.
1892  539
GÉN  ART,  Charles.  Coutelier  de  la  fabrique  collective  de  Gembloux
(province  de  Namur,  Relgique).  Les  ouvriers  de  deux  mondes
2 e  série  III.  413-460.
I.  S.
1892  540
VAN  DEN  STEEN  de  JEHAY,  le  comte  F.  Tisserand  de  la  fabrique
collective  de  Gand  (Flandre  Orienlale,  Belgique).  Les  ouvriers
des  deux  mondes,  2 e  série  III.  173-212.
I.  S.
1893  541
Eléments  d’enquête  sur  le  rôle  de  la  femme,  etc.  Voir  N°  507.
[Bonneterie,  Dentelles,  Tulle,  Passementerie,  Ganterie,  Lingerie]
Off.  Tr.
1894  542
DRESSE,  Edmond.  L’industrie  des  canons  de  fusils  au  Pays  de  Liège.
Etude  du  métier  et  monographie  de  la  classe  ouvrière.
I.  S.  br.  1830.
1895  543
tBRUNEHAULT,  Pierre  (P ie  B').  Le  Balotil.  Monographie  tournaisienne
  dans  Etrennes  tournaisiennes  pour  1895.  Tournai.
Cité  par  Dubois  N°  583  p.  64.
1895  544
JULIN,  Armand.  L’industrie  armurière  liégeoise,  ses  origines  historiques ­
  et  son  organisation  technique.  La  Réforme  sociale.  II.
599-609.
I.  S.
1896  545
SWAINE,  A.  Die  Heimarbeit  in  der  Gewehrindustrie  von  Liittich  und
dessen  Umgebung.  Eine  Skizze.  Jahrbücher  fur  NationalOkonomie
  und  Statistik.  3  Folge  XXI.  176-221.
I.  S.

'
        <pb n="435" />
        434

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

I.  S.

1898  54g
GARLIER,  Antoine.  La  Belgique  dentellière.  Bruxelles.  Société  belge
de  librairie  118.  Illustr.
I.  S.
1899  547
MAYER,  LKGustav.  Eine  Enquête  über  die  Hausindustrie  in  Belgien.
Soziale  Praxis.  IX.  N°  13  p.  321-322.
I.  S.
1899-1909  548
Office  du  Travail  (Ministère  de  l’industrie  et  du  travail  en  Belgique).
Les  industries  à  domicile  en  Belgique.  10  vols,  e  t.  1  supplément
(voir  N°  549,  552,  554,  etc.)
1899  549
ANSIAUX,  Maurice.  L’industrie  armurière  liégeoise.  Les  industries  à
domicile  en  Belgique  (voir  N°  548)  I,  p.  95.  Illustr.
I.  S.
1899  550
DUBOIS,  E.  Les  industries  à  domicile  en  Belgique.  Revue  sociale
catholique  IV.  47-53.
I.  S.
1899  551
GILLÈS  DE  PÈLIGHY,  Th  Cordonnier  d’Iseghem.  Flandre  Occidentale, ­
  Belgique  Les  ouvriers  de  deux  mondes.  2 e  série  V.  137-188.

1.  S.
1899  552
GENART,  Charles.  L’industrie  coutelière  de  Gembloux  (province  de
de  Namur)  Les  industries  à  domicile  en  Belgique  (voir  N°  548/
I,  277-362.
I.  S.
1899  553
JULIN,  Armand.  Ouvrier  garnisseur  de  canons  de  fusils  de  la  fabrique ­
  collective  d’armes  à  feu  de  Liège  (Liege  Belgique).  Les  ouvriers ­
  des  deux  mondes,  2 e  série  V,  t,  p.  1  72).
I.  S.
1899  554
TARDIEU,  Eugène,  L’industrie  du  vêtement  pour  hommes  à  Bruxelles ­
  et  dans  l’agglomérai  ion  bruxelloise.  Les  industries  à  do
micileen  Belgique  (voir  N°  548)  I.  197-276.
        <pb n="436" />
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et  des  dentelles)  in  Belgien  und  Franzreich  zu  Ende  des  XIX
Jahrhunderts.  Leipzig  in  8°  et  p.  VI  98.  Planches.
[Extrait  de  Jahrbuch  fur  Gesetzgebung,  Venoaltung  und  Volksxcirtschaft
  im  deutschen  Reiche  XXIII].
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1900  556
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BEATSE,  Georges.  L’industrie  delà  ganterie  (province  de  Brabant  et
de  Flandre  orientale).  Les  industries  à  domicile  en  Belgique
(voir  N*  548)  III,  157.
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DUBOIS,  Ernest.  L’industrie  du  tissage  de  lin  dans  les  Flandres.
Les  industries  à  domicile  en  Belgique.  (Voir  N°  548)  t.  III,  138
Illustr.
1.  S.
1900  561
GILLES  DE  PÉLIGHY  (B on  Charles).  L’industrie  de  la  cordonnerie
en  pays  flamand.  Les  industries  à  domicile  en  Belgique.  (Voir
N°  548)  II,  156.  Illustr.
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Chambre  syndicale  des  fabricants  d’armes  de  Saint-Etienne.  Rapport
de  la  délégation  à  Liège  Broch.  p.  43.  Saint-Etienne.
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ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  RELGIQUE

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1902  569
VANDERVELDE,  Emile.  Die  landliclie  Hausindustrie  in  Belgien.  Sozialistische
  Monalschefte.  Il,  490-501.
I.  S.
1902  570
GARLIER,  A.  Les  Valenciennes.  Bruxelles.  66,  Illustr.
Off.  Tr.
1902  571
VERHAEGEN,  Pierre.  La  dentelle  et  la  broderie  sur  tulle.  Les  industries ­
  à  domicile  en  Belgique.  (Voir  N°  548)  vol.  IV  et  V  p.  315
et  281.  Illustr.
        <pb n="438" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

437

1902  572
VERHAEGEN,  Pierre.  L’industrie  dentellière  en  Belgique.  La  Réforme ­
  sociale.  I,  833  854  et  916-934.
I.  S.
1903  573
BLACK,  CLEMENTINE.  The  lace  industry  The  Monthly  Review  April.
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I.  S.
1903  574
VORONTSOFF,  V.  P.  L’industrie  à  domicile  en  Belgiqu'e.  (en  russe).
Off.  Tr
1904  575
ANSIAUX,  Maurice.  Que  faut  il  faire  de  nos  industries  à  domicile  ?
Actualités  te  Y  institut  de  Sociologie.  Bruxelles,  p.  VII,  130.
I.  S.
1904  576
BEATSE,  Georges.  L’industrie  du  lissage  du  coton  en  Flandre  et
dans  le  Brabant  Les  industries  à  domicile  en  Belgique.  (Voir  N°
548).  vol.  IV.  p.  117
I.  S.
1904  577
GÊNART,  Charles.  Les  industries  de  la  confection  du  vêtement  pour
hommes  et  de  la  cordonnerie  à  Binche  Les  industrie  à  domicile
i  n  Belgique.  (Voir  N°  548)  v.  VI.  p.  298.  Illustr.
L-  S.
1904  578
GÊNART,  Ch.  Cordonnier  de  la  fabrique  collective  de  Binche  (province ­
  de  Hainaut,  Belgique).  Les  ouvriers  des  deux  mondes  3 e
sér.  v.  II,  p.  1-58.
I.  S,
1904  579
THONNAR,  Albert.  L’industrie  du  tissage  de  la  laine  dans  le  pays  de
Verviers  et  dans  le  Brabant  wallon.  Les  industries  â  domicile
en  Belgique.  (Voir  N°  548)  v.  VI,  p.  180.  Illustr.
I.  S,
        <pb n="439" />
        438

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1904  580
VERHAEGEN,  Pierre.  L’industrie  de  la  dentelle  au  pays  de  Namur
et  Dinant.  Fédération  archéologique  et  historique  de  Belgique
XVII e  session.  Congrès  de  D : nant.  Compte  rendu  v.  II,  p.  909-918
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Off.  Tr.
1905  581
ANSIAUX,  Maurice.  L’industrie  armurière  liégeoise.
[Extrait  de  la  Rev/.e  de  Belgique.  Bruxelles,  p.  161.
I.  S.
1905  582
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industries  à  domicile  en  Belgique,  (voir  N°  548)  v.  VII  p.  92.
Illustr.
I.  S.
1905  583
DUBOIS,  Ernest.  L’industrie  de  la  bonneterie.  Les  industries  à  domicile ­
  en  Belgique,  (voir  N°  548)  v.  VII.  p.  174.
I.  S.
1905  584
JULIN,  Armand.  La  production  décentralisée  en  Belgique.  Les  facteurs ­
  économiques  et  sociaux  de  son  évolution.  La  Réforme
sociale  I.  687-703  et  759-789.
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GIVSKOV,  Erik.  H  me  industry  and  peasant  farming  in  Belgium.
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OfL  Tr.
1906  586
CARLIER  DE  LANTSHEERE,  A.  Les  dentelles  à  la  main.  Dentelles
aux  fuseaux,  dentelles  à  l’aiguille  ;  dentelles  à  points  mélangés.
Bruxelles,  in  4°  21  feuillets  non  paginés  imprimés  au  recto  et
135  planches.
[Publié  sous  le  patronage  du  gouvernement  belge].
Cité  dans  N°  596.  p.  106.
        <pb n="440" />
        BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE

439

A

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I.  S.
1907  588
GÉNART,  Charles.  Le  vêtement  confectionné  pour  femmes  à  Bruxelles. ­
  Les  industries  à  domicile  en  Belgique,  (voir  N°  548)
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VERMAUT,  Robert.  La  broderie  sur  linge  ;  le  cel,  la  cravate  et  le
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Belgique,  (voir  N°  548)  v.  VIII.  p.  292.  Illustr.
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DE  ZUTTERE,  Charles.  L’industrie  de  la  corderie.  Les  industries  à
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Off.  Tr.
1907  594
GIVSKOV,  Erik.  Husmands  irift  og  husindustri  i  Belgien.  (La  petite
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Off.  Tr.
        <pb n="441" />
        440

ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUE

1908  595
JTJLIN,  A.  Les  industries  à  domicile  en  Belgique  vis-à-vis  de  la  concurrence ­
  étrangère,  Liège,  Bénard  in  8°  p.  i50.
[En  annexe  (p.  136  et  suiv.)  figure  une  communication  sur  l’industrie ­
  du  tressage  de  la  paille  en  1907],
I.  S.
1908  596
Bibliographie  générale  des  industries  à  domicile.  Supplément  à  la
publication  Les  industries  à  domicile  en  Belgique,  (voir  N  548)
p.  VII1-301.
I.  S.
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LEWINSKI,  Jah  St.  L’industrie  à  domicile,  (en  polonais).  Varsovie.
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Off.  Tr.
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LEWINSKI,  Jan  St.  Die  Lage  der
Praxis  5  November.
I.  S.
1908  599
VERMAUT,  Robert.  L’industrie  de  la  lingerie  à  Bruxelles.  Les
industries  à  domicile  en  Belgique,  (voir  N°  548)  v.  IX  p.  204,
I  S.
1908  600
Enquête  sur  les  salaires  dans  l’industrie  du  vêtement  pour  hommes.
Les  industries  à  domicile  en  Belgique.(voir  N°  548)  v.  IX.  p.407.
I.  S.
1909  601
Etude  statistique  des  familles  ouvrières  comprenant  des  ouvriers  à
domicile.  Les  industries  à  domicile  en  Belgique,  (voir  N°  548)
v.  X  p  381

598
Hausindustrie  in  Belgien  Soziale
        <pb n="442" />
        TABLE  ALPHABÉTIQUE

DES  AUTEURS
        <pb n="443" />
        /

Table  alphabétique  des  auteurs
cités  dans  le  texte
(pages  2-353).

A

Aftalon,  A.  .  .

.  ...  229

Ansiaux,  Maurice

270,  272,  273,

279,  304.

Arnold,  W.  .  .

.  .  .  .  101

♦  B

Bauwens,  Liévin  .

.  .  .  71.  93

Below.  (von)  .  .

14,  15,  16

Bernard,  Claude  .

.  .  .  .  3

Bourguin,  M.  .  .

.  .  167,  221

Bohm-Bawerk  59,

331,  332,  333,

347

Brants,  Victor

.  .  167,  232

Braun,  Lily  .  .

.  ...  290

Brentano  .  .  .

Briavoinne  .  23,  24,  95,  104,  164

Brooks  Adams

.  .  .  .  99

Buchenberger

.  ...  148

Bûcher,  Karl  13,  15

,  16,  101,  143,

189,  247,  251.

C

Carey,  H.  C.  .  .

.  ...  148

Cliffe  Leslie.  .  .

.  •  .  .  8

Coste,  Adolphe  .

.  .  148,  149

Crutzen,  G.  .  .

.  ...  137

D

Decliesne  .  .  .

.  .  .  .  27

De  Foere  .  .  .

.  .  .  .  81

De  Leener  .  .  .

.  ...  181

Des  Marez  .  .  .

Dessart  ....

Dubois,  Ernest  .

.  .  301,  306

Ducpétiaux  .  .

.  .  .  8),  92

Durkheim,  E.  .  .

148,  149,  150

£

Engels

.  50.  51

F

Failpoult

117,  134

Forster,  Georges  .  .

.  .  38

Franquoy

.  64,  70

G

Gaskell

.  .  50

Génart

.  .  228

Gide,  Ch

.  .  335

Gonzales  Descamps  .  .

.  .  62

Genville  Withers  .  .

.  .  164

Gumplowicz,  L.  .  .  .

144,  146

Guyot,  Yves  ....

.  .  325

H

Hennau

.  .  93

Henne

Heymann,  H.  G.  .  .  .

313,  328

Hobson,  John.  A.  .  .

J

Jacobsohn,  Alfred  .  .

.  .  83

Jars  .  •

.  34,  37

Julin,  Armand  .  261,

304,  306

K

Kowalewsky,  Maxime  .

.  .  147

L

Lambrechts  ....

257,  259

Lamprecht,  Karl  .  .

.  .  147

Lecarpentier,  P.  .  .  .

.  .  121

Liefmann,  Robert  .  .

261,  270
        <pb n="444" />
        —  444  —

M
Maroussem  (du^  194
Marx,  Karl  50,  51,  1C2,  110,  304
Meitzen,  August  147
Menold  ■  179
Morisseaux  160
O
Oncken,  A  .  .  .  ...  9
P
Pauw,  Napoléon  de  .  .  .  72
Pohle,  Ludwig  12
Potter-Webb  (M rae )  .  .  253,  258
(voir  aussi  Webb).
Q
Quesnay  8

Quetelet  23,  56,  55,  161,  198,  199,
200,  202.
R
Rau,  H  168
Roscher,  W  183
S
Schmoller  .  .  .  4,  9,  11,  168
Schulze-Gâvernitz  .  52,  54,  328
Selliez  185,  230
Simiand  .  ,  14
Sinzheimer  328
Smith,  Adam  8,  47,  48,  50,  51,  52,  53,
55,  170,  172.

Sombart,  Werner  10,  13,  14,  15,  16,
83,  101,  1  37,  168,  221,  247,  251.

Spencer,  Herbert  .  .  ,  .  171
T
Tarde,  G  144
Thomassin  32,  35
Thünen,  von  ...  47,  51,  60
Toynbee  4
V
Van  der  Meersch  ....  57
Vandervelde  ....  125,  141
Variez  424
Verhaegen  292
Vermaut  293
Vierkandt,  Alfred  ....  84
Viry  57

Voyageur  (le)  dans  les  Pays  Bas

Autrichiens  21,  104.  109,  132,
133,  145.
W
Wagner,  Adolphe  .  .  .  5,  148
Wauters  110
Waxweiller  ....  45,  242
Webb,  Sidney  et  Béatrice  334,  336
(voir  aussi  Potter).
Weber,  Adolf  10,  12
Weber,  Alfred  .  .  .  .  10,  17
Weber,  Max  ....  12,  135
V\  ilson  ........  124
Wolowski,  L  260
        <pb n="445" />
        LA  DÉCADENCE  DE  L  INDUSTRIE  A  DOMICILE

305

convaincus  que  l’électricité  allait  donner  une  nouvelle
impulsion  à  l’industrie  à  domicile.  Le  résultat  de  leur
enquête  fut  tout  opposé.  «  En  résumé,  conclut  le  rapport, ­
  les  avantages  principaux  de  la  production  centralisée ­
  ne  peuvent  être  atteints  dans  la  forme  de  l’industrie ­
  à  domicile  ;  l’emploi  d’un  moteur  mécanique
par  les  travailleurs  de  cette  dernière  ne  remédie  pas
à  cette  infériorité  »  (1).
Dans  l'industrie  de  Vhorlogerie  en  Suisse,  le  moteur
électrique  est  notamment  employé  dans  les  ateliers  des
ouvriers  de  la  boîte,  pour  les  travaux  de  polissage,
de  gravure,  de  guillochage  à  la  mécanique,  chez  les
pierristes,  etc.  (2).  Mais  il  est  faux  de  croire  que  grâce ­
  à  cela  l’industrie  à  domicile  remplace  le  système
de  fabrique.  Elle  se  maintient  uniquement  parce  que
les  capitalistes  suisses  ne  confient  pas  facilement  leur
argent  à  des  entreprises  industrielles.  Ils  préfèrent  des
placements  moins  rémunérateurs,  mais  plus  sûrs  (3).
«  Si  l’horlogerie  suisse  lutte  avec  succès  contre  l’horlegerie
  américaine,  concluent  les  enquêteurs,  c’est  parce ­
  qu’elle  a  su  s’approprier  les  procédés  de  fabrication
de  ses  redoutables  concurrents  et  s’outiller  en  conséquence ­
  »  (4).
Les  expériences  faites  dans  le  tissage,  à  Lyon,  ont
presque  toutes  un  caractère  de  bienfaisance  En  1895,
fut  fondée  la  société  pour  le  développement  du  tissage
(1)  Royaume  de  Belgique.  Otiice  du  travail.  Les  moteurs  électriques
dans  les  industries  à  domicile.  Bruxelles  1902,  p.  279.
(2)  Ib.  p.  83.
(b)  Ib.  p.  66.
(4)  Ib.  p.  94.
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        ﻿
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  </text>
</TEI>
