10 LES SECOURS DE CHOMAGE PENDANT L’OCCUPATION ALLEMANDE nement pour le ravitaillement, le moratoire des obligations, para- lysent le reste de la vie commerciale (1). A mesure que les armées allemandes avancent — le 20 août elles sont à Bruxelles, tenant presque la moitié du pays, le 9 octobre, Anvers tombe, fin octobre, elles sont à l’Yser — le régime de l’occu- pation s’installe. Il entraîne avec lui, au point de vue économique, la rupture de toutes les communications avec l’étranger, l’arrêt absolu de certaines industries comme l’industrie des armes dans le pays de Liége dont l’exercice est contraire à l’ordre publie de l’oceu- pant, ou comme les journaux, l’imprimerie, soumis à la censure, et la mort lente de beaucoup d’autres, comme les grandes usines métal- lurgiques, faute d’aliment, minerais, charbons, etc. À l’arrière des armées, c’est la disparition des services adminis- tratifs de l’Etat, l’alanguissement de ceux des provinces et le boule- versement complet de ceux des communes. La poste, le télégraphe, le téléphone, sont supprimés ou, comme les chemins de fer, à la dispo- sition de l’occupant. Tous les paiements de l’Etat sont instantanément arrêtés, les fonctionnaires privés de traitements, les fournisseurs et créanciers sans recours. Dans les autres pays belligérants, la situa- tion est tout autre : l’activité économique n’est pas suspendue. Elle est seulement dirigée autrement, orientée vers les industries de guerre, bouleversée à coup sûr, mais existante, fiévreuse, exaspérée. Ici, c’est la mort. En dehors du ravitaillement, on ne voit rien qui appelle l’effort. En même temps que l’angoisse, l’anxiété tournée vers la des- tinée de la nation, les deuils, les horreurs de la guerre que l’on apprend hélas à connaître et qui jettent la stupeur, on reste les bras ballants, se demandant à quoi employer une énergie et une activité inutiles. On a peine à se figurer les réactions psychologiques d’une catas- trophe physique comme celle qu’occasionne la guerre. L'esprit change complètement d’orientation. Tourné d’habitude vers des besognes connues, uniformes, routinières et dans le cercle familier d’un milieu stable, il est tout d’un coup sollicité vers des idées, des visions inouïes, supposées impossibles. Le substratum fondamental de la vie sociale est tout d’un coup ébranlé, et l’on’ s’aperçoit brusquement à quel point on dépend des choses et des semblables. Secousse terrible, qui rend fous quelques-uns, qui désaxe tous les autres. Le bon sens, le sens critique s’affaiblissent à un point invraisemblable. Le senti- ment dominant est la stupeur, qui paralyse les facultés d’intelligence et d’énergie. Dans ce milieu de cauchemar, l’aptitude au travail régulier se (1) V. dans la présente collection, A. HENRY, Op. cit. pp. 17 et 18.