AVANT-PROPOS 7 Il est possible que ce livre en porte la trace, puisqu'on lui a reproché de ne donner trop souvent que des direc- tives incertaines, parfois contradictoires. Mais nous n’en sommes pas très émus, car nous pensons que la tâche du professeur est de tracer de son mieux la carte géographique des pays à explorer, de mettre aux carre- fours des poteaux indicateurs, puis de laisser à l’étu- diant ou au lecteur le soin de choisir sa voie : in dubiis libertas. Et s’il se heurte à des contradictions, ainsi en est-il dans toutes les sciences, même physiques : le cher- cheur qu veut aller jusqu’au bout aboutit presque tou- jours à une impasse. Pourquoi dans les sciences mo- rales et sociales serait-il plus heureux ? On a reproché aussi à ce livre de trop pencher du côté du socialisme. Pourtant, si les griefs de la classe ou- vrière s’y trouvent souvent légitimés, ce n’est point le socialisme ouvrier, celui des écoles marxiste et syndi- caliste, qui l’a inspiré : ce serait plutôt le vieux socia- lisme français de 1848, rajeuni sous la forme du coopé- ratisme, qui ne croit point que la lutte de classe soit la condition indispensable du progrès, mais le cherche plutôt dans l’aide mutuelle. S’il prend pour base, ou pour symbole, de son programme la société coopérative de consommation, c’est parce que les consommateurs représentent l’intérêt de tout le monde au-dessus des intérêts de classe. Mais si nous avons cherché à déceler des injustices trop facilement acceptées, je crois pouvoir dire qu’on ne trouvera pas dans ce livre un mot qui tende à exciter la haine, mème contre ceux qui profitent de ces injus- tices, car la doctrine de la solidarité nous enseigne que si grands que puissent être les abus qui résultent du régime économique actuel, tous, y compris parfois les victimes, nous avons une certaine part de responsabilité. Et surtout, dans l'exposition des faits, nous nous sommes efforcés de nous dégager de toute idée pré- conçue, de toute préoccupation normative. Dans un II: