LA SCIENCE ÉCONOMIQUE 3 que les coryphées que nous venons de nommer. Cependant, traduit dans toutes les langues d'Europe, il a été le premier traité d’Économie politique vraiment populaire et a servi plus ou moins de modèle aux innombrables manuels classiques qui se sont succédés depuis lors. C’est dans ce dernier livre surtout qu’est mis en relief le caractère de science naturelle, c’est-à-dire purement descrip- tive, attribué à l’Économie politique. Adam Smith l'avait définie comme « se proposant d’enrichir à la fois le peuple et le souverain », lui assignant ainsi un but pratique et en faisant un art plutôt qu’une science. Mais J.-B. Say, corrigeant cette définition, écrit : « J'aimerais mieux dire que l'objet de l'Economie politique est de faire connaître les moyens par lesquels les richesses se forment, se distribuent et se con- somment », voulant dire par là que dans l’ordre économique tout va de soi-même spontanément, automatiquement (1), comme s'accomplissent les fonctions essentielles à la vie physique, la respiration, la circulation, la digestion. A partir de cette époque, l’Économie politique peut être considérée comme définitivement constituée sous sa forme classique. Mais elle ne va pas tarder à se diviser en un grand nombre d'écoles dont nous indiquerons tout à l’heure les caractères distinctifs (2). S’il existe des lois naturelles en Économie politique. Quand on donne à une branche quelconque des connais- sances humaines le titre de « science », ON n’entend point lui décerner simplement un titre honorifique, mais on prétend affirmer que les faits dont elle s'occupe sont liés entre eux par certaires relations qui s’appellent des lois. (1) Tel est le titre significatif qu’il a donné à son livre : Traité d'Eco- nomie politique — ou simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses. 18) Pour compléter ces indications sommaires, ainsi que celles du chapitre suivant, nous renvoyons au livre Histoire des Doctrines Economiques depuis les Physiocrates jusqu’à nos jours, 3* édit. par MM. Gide et Rist. ï [Il