LA SCIENCE ÉCONOMIQUE 11 choses » ou, comme on a dit de préférence après eux, les lois naturelles. À la suite des Physiocrates, les économistes se sont donnés pour tâche de découvrir des lois naturelles en Économie politique et ils en ont indiqué un assez grand nombre dont l'existence leur a paru non moins certaine que celles découvertes dans les sciences physiques et naturelles et qui, comme celles-ci, seraient universelles, permanentes, inéluc- tables — loi de l’offre et de la demande, loi de la division du travail, loi de la rente, loi de la décroissance du taux de l'intérêt, loi de la concurrence, loi monétaire de Gresham, etc, etc. Et non seulement ils ont trouvé partout des lois, mais encore bon nombre d’économistes, surtout de l’école française, ont voulu démontrer que ces lois étaient «bonnes», harmoniques et providentielles, comme disait Bastiat, c’est- à-dire qu’elles allaient au-devant de nos vœux, qu’elles arrangeaient les choses bien mieux que nous saurions le faire par nos lois écrites, et même qu’elles travaillaient à réparer nos sottises. Une telle conception apologétique des lois économiques ne pouvait manquer de provoquer une vive réaction. C’est ce qui eut lieu, en effet, et comme toujours elle dépassa la mesure. C’est l’école allemande qui, à partir du milieu du siècle dernier, s’est appliquée à dénoncer comme une erreur et comme une ridicule manie cette recherche des lois naturelles. Elle la déclare tout à fait stérile et ne veut connaître d’autres lois, si tant est qu’on tienne à leur donner ce nom, que des lois historiques, spéciales par conséquent à chaque peuple, qui n’ont rien d’universel, ni d’inéluctable, Celles-ci ne gouvernent pas les hommes mais ne sont au con- traire que l’expression de leurs mœurs, de leurs caractères nationaux : telles quelles, elles peuvent fournir l’explication de leurs actes collectifs. Pourtant nous ne saurions renoncer à l’idée que les faits économiques sont gouvernés par des lois et renier ainsi l'effort magnifique fait depuis deux siècles pour constituer l'Economie politique à l’état de science au sens propre de