PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE plus cette limite. C’est l’autre aspect de la richesse, c’est la richesse en tant que désir de commander aux hommes et aux choses qui pousse l’effort humain au delà de toute limite assignable, qui a fait surgir les milliardaires américains, ceux qu’on appelle si bien les « rois » du pétrole, ou de l’acier, ou du coton. Et il faut reconnaître que ce désir-là est plus noble que l’autre, quoique socialement il puisse devenir plus dangereux. C’est sous la forme de revenu que s’épanouit et se dépense la richesse-jouissance, et sous la forme de capital que se réalise la richesse-puissance. C’est pourquoi le socialisme actuel vise à abolir la richesse en tant qu’instrument de puissance de l’homme sur ses semblables, tout en laissant subsister la richesse en tant que moyen de jouissance, en tant qu'objet de consommation — mais il n’est pas facile de dissocier ces deux fonctions de la richesse. Des différences entre richesse et valeur. Dans le langage courant les mots de richesse et de valeur sont synonymes. Et pourtant en économie politique les deux mots comportent des significations nullement identiques et même, à certains égards, opposées. ‘1° L’idée de‘richesse implique une relation entre l’homme et les choses, tandis que la valeur implique un rapport entre les choses, rapport qui se matérialise dans l’échange ou si l’échange est impossible, comme entre choses distantes dans l’espace ou dans le temps, par l'évaluation. Car toutes les choses bonnes ne sont pas également dési- rées. Nous établissons entre elles un ordre, un classement. Sur notre table nous avons nos plats préférés, dans notre bibliothèque nos livres de chevet. Robinson lui-même dans son île s’était fait une échelle comparative des objets qu’il possédait ; et il avait eu à l’appliquer lorsqu’il lui avait fallu 52 WIl