LES BESCINS ET LA VALEUR Toutefois, il faut remarquer que cette explication de la, valeur a été employée à deux fins précisément opposées, Pour les défenseurs de l’ordre économique actuel, elle sert à démontrer que toute propriété, y compris celle de la terre et des capitaux, est conforme à la justice sociale, puisque toute, valeur est fondée sur le travail. Mais, au contraire, pour les socialistes, elle sert à démontrer que la propriété est généra- lement une spoliation des travailleurs puisque le plus souvent ce sont les travailleurs qui ne sont pas propriétaires et les propriétaires qui ne sont pas des travailleurs! Donc sous le régime actuel, disent-ils, la propriété et la valeur sont bien fondées sur le travail, mais sur le {ravail d’autrui et non sur celui du propriétaire. Donc si l’on veut que chacun soit propriétaire de la valeur créée par son travail, il faut intervertir l’ordre de choses existant. Mais ces considérations, soit apologétiques, soit criti- ques, doivent être tenues pour non avenues dans une expli- cation de la valeur. Reste donc à examiner seulement l’argument économique que toute valeur implique un cer- tain travail et que c’est la quantité de ce travail qui mesure la valeur. 1° Constatons d’abord que cette théorie ne peut nier que l’utilité, c’est-à-dire la propriété de satisfaire à un besoin ou à un désir quelconque de l’homme, ne reste la condition primordiale de toute valeur. Il faudrait, en effet, avoir perdu le sens pour imaginer qu’une chose qui ne sert à rien puisse avoir une valeur quelconque, quel que soit d’ailleurs le travail qu’elle ait pu coûter. Oui, mais, dit-on, si l’utilité est /a condition de la valeur, elle n’en est point la cause. L’atilité des choses c’est ce qui les différencie : le travail c’est ce qui leur donne à toutes ce caractère commun d’être, au point de vue économique, des valeurs. À toutes ? Non certes ! Innombrables les choses qui ont une valeur originelle sans aucun travail, tout simplement parce que utiles et recherchées : source d’eau minérale ou de pétrole, guano déposé par les oiseaux de mer, plage de sable de la Camargue qui n’a été labourée que par le vent du large Gipe P. R. 25e Edition. Es