Te PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE brusques et fortes oscillations que les caprices du ciel infligent à la production du blé, la loi de l’offre et de la demande tend toujours à la ramener au niveau marqué par le besoin physiologique et avec d'autant plus de force que la production a été momentanément écartée de la position d’équilibre. Il est donc vrai que le blé présente, au point de vue des variations de sa valeur, des qualités et des défauts précisé- ment inverses de ceux qui caractérisent ies métaux précieux. Mais cela ne suffit pas pour lui décerner le rôle de monnaie : tout au plus celui de mesure complémentaire et rectificative. Ft en effet, il a été souvent empioyé par les statisticiens comme un bon moyen de contrôle pour apprécier le coût de la vie aux différentes époques de l’histoire. On a proposé encore pour commune mesure le salaire minimum, celui de l’ouvrier non « qualifié », du manœuvre qui gagne tout juste sa vie — en partant de cette idée que le nécessaire pour faire vivre un homme doit être une quantité constante. Mais il suffit de se référer à ce que nous avons dit des besoins (p. 42) et à ce que nous dirons plus loin des salaires, pour reconnaître que c’est une présomption absolu- ment contraire aux faits. Le plus sage est donc encore de se rabattre sur la mon- naie. Mais y a-t-il lieu de nous décourager parce que cetile mesure laisse fort à désirer ? Nullement. L’Economie poli- tique n’est pas la seule science qui ait à s’accommoder d’ins- truments imparfaits. Les sciences les plus exactes se trouvent souvent dans le même embarras. J’ai entendu un astronome illustre, Leverrier, dire qu’il ne lui importait guère d’avoir uh instrument parfaitement exact et qu’il ne le cherchait même pas, mais que le point essentiel c'était de connaître ses erreurs pour le corriger. C’est précisément ce qu’il faut faire pour redresser l'instrument monétaire : apprendre à décou- vrir, à mesurer et à corriger ses variations. Resté à savoir comment on s’y prend. 4