- PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE frappe libre. Aussi longtemps que la frappe est libre, elle garantit l’équivalence, car s’il arrivait que la valeur de la pièce d’or fût supérieure à celle du lingot, chacun s’empres- serait de profiter du bénéfice qui résulterait de la fabrication de cette monnaie : chacun achèterait des lingots d’or et les porterait à l'Hôtel des Monnaies pour les faire transformer en monnaie, jusqu’à ce que la raréfaction du métal or et l’augmentation de l'or monnayé eussent rétabli l’égalité entre les deux valeurs. La bonne monnaie doit pouvoir être fon- due sans rien perdre de sa valeur. C’est pour cela que les Anglais disent dans une formule pittoresque que la bonne monnaie se reconnaît à cl’épreuve du feu » — en souvenir de l'épreuve du feu, qui, dans la procédure du moyen âge, était employée pour reconnaître le bon droit. C’est ici l'application d'un axiome économique, à savoir que toutes les fois que deux objets peuvent se transformer à volonté l’un dans l’autre, ils ont nécessairement une valeur égale. Il existe cependant, par tous pays, certaines catégories de pièees qui ne satis'ont pas à la condition précédente, c’est-à- dire qui n’ont qu’une valeur intrinsèque plns ou moins infé- rieure à leur valeur légale : on les appelle monnaies de billon. Ce sont, en général, des pièces de peu de valeur, le plus souvent de cuivre, quelquefois aussi d’argent, dont on n’a pas l'habitude de se servir pour des paiements importants, mais seulement comme appoint. Dans ces conditions, le législateur peut sans inconvénient se départir de la rigueur des principes. Mais en abandonnant le principe de l’équiva- lence des deux valeurs, il doit sacrifier du même coup les caractères de la bonne monnaie, c’est-à-dire : 1° Il doit refuser à la monnaie de billon le caractère de mon- naie légale : personne ne doit être obligé à la recevoir dans les paiements (1); 2° IL doit suspendre pour la monnaie de billon la liberté du (1) Ainsi en France on n’est forcé de recevoir les pièces de cuivre on de nickel que pour une somme inférieure à 5 francs, et quant aux pièces simili or introduites depuis la guerre, ce ne sont que des jetons sans aucune valeur légale. VQR