LES MODES SOC!ALISTES , pour se soustraire à leur tâche. Et l'expérience le confirme, car tous les établissements où règne la vie commune, couvents, casernes ou lycées, sont aussi ceux où l’obéissance est de rigueur. Il est mème à remerquer que dans tous les cas de succès relatif, c’est presque toujours le sentiment religieux poussé jusqu’au fanatisme qui seul a été assez puissant pour maintenir dans ces communautés la discipline indispensable à leur existence. Toutes les sociétés communistes des Etats- Unis, hormis celle des Icariens qui n’a fait que végéter, sont des sectes religieuses, et les républiques des Jésuites du Para- guay — le seul grand exemple de communisme, par son ctendue et sa durée, qu’on puisse citer — constituaient une véritable théocratie. Et finalement toutes ces sociétés sont restées pauvres, ou du moins les conditions de vie de leurs membres ne dépassent pas sensiblement celles de la moyenne des habi- tants du pays où ils vivent, en sorte que la « prise au tas» v paraît une ironie et que c’est au contraire une économie sévère qui s'impose. Ce n’est point à dire qu’il ne puisse s’y trouver des gens parfaitement heureux — et une certaine multiplication de ces couvents laïques n’est point invraisemblable. $ 2. — A chacun selon sa capacité. Saint-Simon, socialiste, si l’on veut, mais d’un socialisme aristocratique et capitaliste, bien loin de proscrire les industriels, les grands patrons, les banquiers même, voulait leur conférer — sous le contrôle d’une Chambre de savants — le gouvernement de la société (1). L’école Saint-Simo- nienne ne s'offusquait point de l’inégalité : seulement elle voulait remplacer l’inégalité artificielle par celle qui tient (1) Le Saint-Simonisme a retrouvé depuis la guerre un renouveau d’actua- lité. Elle a pour organe une Revue où collaborent industriels, techniciens et intellectuels, qui a pris pour titre celui mème de l’ancien journal Saint Simo- nien. Le Producteur. 467