LES PROPRIÉTAIRES FONCIERS 430 n’a plus même l'espoir que les progrès de la science agricole fassent baisser la rente ; sans doute, ils auront pour effet d'augmenter la quantité des produitset par là d’en abaisser le prix: mais ce sera pour peu de temps parce que cette multiplication des produits agricoles déterminera une aug- mentation de population et de richesses qui relèvera la valeur des terres. Il n’en est pas ici comme dans l’industrie où l'accroissement de l'offre entraine une dépréciation ; c’est parce que, quand il s’agit de la terre qui nourrit les hommes, celle-ci crée elle-même la demande. Et maintenant que disent les faits? Confirment-ils ces théories de la hausse progressive de la valeur de la terre et de la rente, ou les démentent-ils ? Ils les confirment avec éclat pour deux catégories de pro- priétés foncières : d’abord pour toutes les terres dans les pays neufs et aussi pour les terrains situés dans les villes, du moins dans celles en voie de croissance, ce qui est le cas général. En ce qui concerne les pays neufs, si l’on prend comme exemple les Etats-Unis, le pays qui a inspiré à Henri George sa théorie, les statistiques sont impressionnantes. Entre 1850 et 1900, la valeur de la propriété agricole (farms) s’est élevée de 20 milliards de francs à 85 milliards, et à 173 mil- liards en 1916 (205 avec les bâtiments). Sans doute on peut dire que cette énorme plus-value tient en grande partie à une extension de la superficie cultivée, mais celle-ci ne suffirait pas à l’expliquer, surtout pour le doublement de valeur de la dernière période de seize années seulement (1). Mais dans les pays vieux de l'Europe, les statistiques sont (1) Comme le dit M. d'Avenel : « à chaque coucher de soleil, la propriété rurale enregistre une hausse de 17 millions de francs » (15 exactement). Henri George avait déjà fait ce compte que chaque émigrant augmentait de 400 dollars environs (2.000 francs) la valeur du territoire des Etats-Unis. Gomme depuis le commencement du siècle derrier il est débarqué environ 20 millions d'émigrants, ce serait done, rien que par le fait de leur présence, une plus-value de 40 milliards de francs dont ils auraient doté le sol améri- cain. Il y a done beaucoup d'ingratitude de la part des Américains à dresser aujourd'hui tant d'obstacles contre l'immigration et à qualifier tant d'immi- erants de « indésirables ». a Ÿ