LES PROPRIÉTAIRES FONCIERS 501 les moyens de transport, comme celle qui s’est manifestée depuis une quarantaine d années avec une intensité surpre- nante et qui a ouvert la porte toute grande aux blés d’Amé- rique, des Indes ou d'Australie et mème à la viande sur pied ou frigorifiée. Ce fait ne contredit donc nullement la thèse de Ricardo, quoique beaucoup d’économistes s’en servent comme d’un argument pour démontrer l’absurdité de cette prétendue loi — pas plus que l’état stationnaire actuel de la population ne démontre l'absurdité des lois de Malthus — et il est très possible que ce ne soit qu’un simple accident, si j'ose dire, dans l’histoire économique. Il y a eu, dans la seconde moitié de ce siècle, un tel essor de défrichement sur des terres inoccupées que l'offre des produits agricoles a dépassé les capacités d'absorption actuelles, mais ce phéno- mène n’aura qu’un temps et quand ces pays neufs seront peuplés la rente foncière reprendra sa marche un moment interrompue. Déjà dans les dernières années avant la guerre la valeur de la terre, avec la hausse énorme des produits agricoles, avait commencé à se relever assez notablement. Et que sera-ce après la guerre? Etant données, d’une part la hausse des prix qui va se maintenir longtemps encore, et la résolution de chaque pays de s'assurer dorénavant ses moyens de subsistance en les demandant à son propre fonds, il est à prévoir que la valeur de la terre et la rente vont reprendre leur marche ascendante. En somme, si l’on pense que la terre réunit, sinon exclusi- vement, du moins à plus haut degré que toute autre richesse ces trois caractères : De répondre au besoin le plus essentiel du genre humain, cclui de l'alimentation ; D’avoir une durée perpétuelle ou, en tout cas, plus longue que celle de l'humanité ; D’être en quantité limitée : limitée pour chaque catégorie de culture, limitée pour chaque nation, limitée pour la popu- lation du globe ; Alors la hausse progressive et indéfinie de la valeur de la terrc apparaîtra comme une fatalité inéluctable.