5 PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE accompagné d’un autre mal qui est le parcellement. Ce n’est pas la même chose. Il y a morcellement quand la terre est divisée entre un grand nombre de propriétaires : il y a par- cellement quand le même propriétaire possède un grand nombre de morceaux de terre. Le parcellement n’est pas nécessairement lié à la petite propriété. Il peut y avoir, et il y a dans certains pays, des domaines considérables qui sont formés de morceaux disséminés parfois à d’assez grandes distances. En ce cas se trouvent cumulés tous les inconvé- nients de la petite propriété et de la grande. Mais contre ce mal il y a du moins un remède indiqué : c’est que chaque propriétaire échange les parcelles éloignées contre celles limitrophes, de façon à reconstituer des pro- priétés d’un seul tenant. Cette opération s'appelle le remem- brement. Elle est pratiquée depuis longtemps dans les pays germaniques, comme aussi en Alsace, et depuis la guerre dans les départements dévastés du Nord de la France. Enfin, si l’extrême division de la terre a ses dangers, l’extrême facilité d’aliénation en aurait un plus grand encore qui n’est rien moins que la ruine de la petite propriété rurale. À quoi servirait-il de constituer à grands frais, avec les avances de l’Etat, une classe de petits propriétaires si on laisse ensuite ceux-ci libres de vendre et d'emprunter, Ils auront bientôt fait de retomber dans les rangs du prolétariat? Il faudrait donc prendre le contre-pied de la mobilisation, c’est-à-dire rendre inaliénable et insaisissable, sinon toute terre, du moins celle nécessaire à l’existence et au maintien de la famille. Néanmoins, dans aucun pays on n’a osé retirer le droit de vente car on risquerait, en frappant ainsi tous les petits pro- priétaires d’une incapacité civile, de dégoûter les agriculteurs de la petite propriété et d’aller précisément à l'encontre du but que l’on vise. Mais dans certains pays on a donné au petit propriétaire la faculté de rendre sa terre insaisissable, ce qui a pour résultat d’écarter tout prêteur. C’est ce qu’on appelle le homestead, du nom que porte cette institution aux Etats-Unis où elle a été établie dès 1839 390