LES SALARIÉS d19 D'autre part, contrairement à‘ce:qu’on aurait pu croire, la loi n’a pas trouvé meilleur accueil du côté ouvrier. Il est plus difficile qu’on le croit de persuader l’ouvrier de devenir actionnaire de l’entreprise où il travaille. Généralement il a montré très peu d’empressement à user de cette faculté là où elle lui a été accordée, àtelles enseignes qu'il a fallu souvent en arriver à transformer ceite faculté en'obligation : mais alors on peut avoir quelques doutes sur l’efficacité morale et sociale d’uu régime qui créerait des associés par force. Viil Les syndicats ouvriers. Dans les conditions ordinaires, quand l’ouvrier traite seul avec le patron, il est placé dans une situation d’infério- rité forcée : il ne peut ni défendre, ni même discuter son salaire ; c’est à prendre ou à laisser. Et s’il est affamé, il capitule. Voici par quelles raisons : lo Parce que le capitaliste peut attendre tandis que le travailleur ne le peut ‘pas. Celui-ci est dans la situation d'un marchand qui a absolument besoin de vendre sa marchan- dise : la marchandise ici c’est la main-d’œuvre ; 20 Parce que l'entrepreneur peut se passer facilement de ‘l’ouvrier quand celui-ci est isolé, tandis que l'ouvrier ne peut pas se passer du patron. On trouve toujours un autre ouvrier; au besoin on le fait venir de l’étranger ; au besoin même on le remplace par une machine. Mais on ne trouve pas aussi aisément un autre patron ; on.ne le fait pas venir du dehors par chemin de fer ou par bateau : on n'a pas trouvé le secret de le remplacer par une machine ; 3o Parce que l'entrepreneur est mieux au courant de la situation du marché. Il voit de plus haut et de plus loin et surtout il lui est bien facile de s'entendre avec ses collègues ou tout au moins de savoir ce qu’ils font. - 1