LES SALARIÉS ; ment la coalition, ait constitué par tout pays, et jusqu'à une époque récente, un délit spécialement frappé par les lois pénales. Cependant, en France, le droit de grève a été reconnu avant le droit d’association, car la loi abolissant les pénalités contre les grèves est du 25 mai 1864 tandis que celle reconnaissant le droit d’association professionnelle n’est que du 21 mars 18S4. Aujourd'hui personne ne conteste plus la légitimité de la grève, et il faut rendre cette justice aux économistes de ] école libérale qu’ils ont été les premiers à la proclamer, longtemps avant qu’elle eût été légalement reconnue. Pourquoi? Mais parce que, même si l’on considère la grève comme un attentat à la solidarité sociale, comme un acte de guerre, néanmoins, il faut bien reconnaître à la classe ouvrière le droit de défendre ses intérèts par ses propres forces, à défaut de tribunaux pouvant statuer sur les conflits entre le capital et le travail — de même qu’en cas de conflits internationaux, à défaut de Cour suprème pour les résoudre, il faut bien reconnaître aux peuples le droit de guerre pour défendre leur indépendance ou leur honneur. Au reste, il serait d'autant plus injuste de refuser le droit de coalition aux ouvriers qu’il est impossible de le refuser aux patrons ; en effet, toute loi punissant le délit de coalition ne frappe en réalité que les ouvriers, Car si la loi peut empêcher effectivement les ouvriers de prendre les mesures nécessaires à l’organisation de la grève, telles que convocations, réunions, manifestations diverses, elle est tout à fait impuissante à empêcher quelques patrons de se réunir chez l’un d’eux et de s'entendre pour abaisser les salaires (1). Adam Smith avait déjà fait remarquer qu'entre les patrons (1) Le lock-out, qui était très usité en Angleterre, ne s’est introduit en France que tout récemment et assez timidement (en 1906 dans l’industrie des chaussures à Fougères). Le lock-out a surtout pour but de répondre à une manœuvre des grévistes qui s'appelle la grève par échelons ou la grève tampon et qui consiste à décréter la grève d'abord ‘dans une seule usine, puis, quand celle-ci a capitulé, dans une autre, et ainsi de suite, les grévistes étant successivement entretenus -par les camarades qui continuent à travailler. Le /ock-out déjoue cette tactique en supprimant d'un même coup les salaires de tous les ouvriers de l’industrie visée, dans la même région. 585