588 PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE définitives — laissent un bénéfice assez considérable, même déduction faite des salaires perdus (1). Il est vrai qu'on peut répliquer que rien ne prouve que les ouvriers ne pussent gagner autant ou plus — et sans pertes — par des négociations amiables, et on peut citer l’exemple de l’Angleterre où la plus grande partie, les neuf dixièmes des augmentations de salaires, sont obtenus par des négociations amiables entre ouvriers et patrons. Mais on oublie que si ces négociations aboutissent c’est le plus souvent parce que les ouvriers anglais sont puissamment organisés et que leurs grèves sont redoutables ! Le misérable salaire des femmes ouvrières paraît bien tenir, au moins en partie, au fait qu’elles ne-font jamais grève et qu'on sait qu’elles ne la feront pas. C’est une question difficile aussi que celle de savoir quelle influence peuvent avoir les grèves sur le prix des produits et par suite quelle répereussion sur les consommateurs. C’est une opinion très répandue que cette action est réelle et c’est même à elle qu'on attribuait pour une bonne part la hausse des prix déjà antérieure à la guerre. Mais ce n’est nullement démontré. Sans doute, on peut constater souvent un parallélisme entre le mouvement des grèves et le mouve- ment des prix, mais dans ces cas il est très possible que, con- trairement à ce qu’on croit, ce soit le second qui agisse sur le premier. La hausse des prix, en effet, agit comme un res- sort sur les grèves de deux côtés à la fois — en élevant le coût de la vie et en augmentant les profits — d’où il résulte que les ouvriers sont plus pressés de demander une augmenta- tion de salaire et ont d’autant plus de chance de l’obtenir. On ne peut nier qu'il n’y ait certaines industries où la hausse des salaires, consécutive à des grèves, n’entraîne une hausse des prix — notamment dans la construction des maisons en ces dernières années, et parce que là il y a un monopole — mais ce n’est pas une raison pour croire que les grèves puissent déterminer une hausse générale des prix. (4) Voir notre livre Institutions de Progrès Social.