; PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE tant de fois édictées dans le passé, auraient eu des effets funestes si heureusement elles n’étaient restées vaines. On ne saurait donc condamner une dépense, ni au point de vue moral, ni même au point de vue économique, par ce seul motif qu’elle ne répond qu’à un besoin superflu, car s’il est considéré présentement comme tel, on ne peut prévoir l'avenir. Pour le juger, il faut se placer à un autre point de vue : il faut considérer quels sont, à l’époque et dans le pays où l’on se place, les moyens employés pour satisfaire au luxe et si la part de richesses et de travail qui y est affectée ne risque pas de réduire la part qui doit être réservée à d’autres besoins plus immédiats. C’est une question de proportion. Mais reste à savoir comment mesurer ce défaut de proportion ? Quand il s’agit du luxe privé, on ne peut le faire qu’en comparant la somme d'argent dépensée au revenu individuel sur lequel elle a été prélevée. Mais au point de vue social, le vrai critérium ce n’est point la somme d'argent dépensée mais la quantité de richesse ou de travail consommée pour la satisfaction d’un besoin donné. Or, il faut avoir toujours présent à l'esprit ce double fait : — que la quantité de richesses existantes est insuffisante présentement pour satis- faire aux besoins élémentaires de la grande majorité de nos semblables (voir p. 436); — que les forces productives, terre, travail et capital, qui alimentent et renouvellent ce réservoir de richesses, sont toutes trois limitées en quan- tité. Et, dès lors, il apparaîtra comme un devoir très catégo._ rique de ne pas détourner vers la satisfaction d’un besoin superflu une trop forte part des forces et des richesses dis - ponibles pour les nécessités de l’existence de tous. Prenons pour exemple le goût des fleurs, absolument inconnu à nos ancêtres: c’est assurément un luxe dans le sens que l’on donne à ce mot, puisqu’il répond à un besoin superflu : le pot de fleurs que l’ouvrière met sur sa fenêtre est incontestablement du luxe, mais c’est un luxe aussi inoffensif que charmant. Mais si pour un banquet — ou un enterrement — On couvre la table ou le cercueil de fleurs qui représentent 056