— 5 —— Cette disposition apporte à la société un crédit inébranlable qui constitue d’ailleurs sa seule base financière *; elle lui fournit aussi les éléments d’une cohésion interne très forte qui lie étroitement, par des intérêts communs, les membres entre eux et avec leur société. Il va sans dire que, comme dans toute société coopérative, les membres par- ticipent à la gestion de l’entreprise ou contrôlent cette gestion et que cette par- ticipation s’effectue sur la base d’une égalité absolue de tous, quelles que soient les inégalités de leurs situations économiques respectives. Un autre trait, qui se retrouve dans un grand nombre de coopératives, c’est la clause qui figure le plus souvent dans leurs statuts et en vertu de laquelle tous les différends entre sociétaires et société sont réglés par l’arbitrage et ne peuvent être portés devant les tribunaux civils. Tels sont les facteurs principaux qui ont assuré aux laiteries coopératives l’avantage sur les entreprises privées. Ce sont eux aussi qui ont permis d’accroître la production, d’en diminuer les frais, d’augmenter la qualité et la valeur du produit, d’améliorer le sort des producteurs. Augmentation de la production. — L'augmentation de la production du beurre s’est effectuée par une multiplication considérable du cheptel et aussi une amélio- ration de la race, une alimentation et un élevage plus rationnels qui ont abouti à un accroissement de la production laitière annuelle de chaque animal et à une plus grande teneur en aliments gras du lait fourni ?. 1 Les coopératives danoises ou tout au moins la plupart d’entre elles sont en effet consti- tuées sans parts sociales. Elles demandent les premiers capitaux dont elles ont besoin à des emprunts garantis par la responsabilité illimitée de leurs sociétaires. Ces emprunts sont amortis au cours d’une première période de même durée que celle des contrats de livraison. À la fin de cette période l’actif net de la société libéré de toute dette est l’objet d’une répartition comp- table entre les sociétaires au prorata des opérations qu’ils ont faites avec la société sur la base de cette répartition; il est délivré aux sociétaires des titres de créance sur la société, lesquels titres sont amortis au cours de la période suivante et ainsi de suite. ? L’augmentation du cheptel et l’amélioration de la race sont surtout l’œuvre des sociétés de haras dont la première fut fondée en 1884 et qui sont aujourd’hui au nombre de 1.223. L’amélioration du rendement en lait et en beurre résulte de la collaboration de ces mêmes sociétés avec les « sociétés de contrôle ». Ces dernières, au nombre de 1.099 en 1925 (la première fondée en 1892), groupant 31.939 membres (avec un cheptel de 424.756 têtes) sont particu- lièrement caractéristiques de l’effort coopératif des agriculteurs danois et mériteraient d’être examinées dans le détail. Rappelons brièvement leur but et leurs moyens. Elles se substituent à l’agriculteur individuel pour la surveillance de l’alimentation et du rendement de son bétail : avec la collaboration de l’agriculteur, la qualité du lait fourni par chaque animal, sa teneur en éléments gras, sont soigneusement établies ; l’alimentation (en poids et en qualité) de chaque animal individuellement est mise en rapport avec la quantité et la qualité du lait fourni ; les bêtes, dont le rendement n’est pas économique, sont engraissées et vendues ; l’agriculteur est entouré de conseils de toute nature et, en outre, soumis à des règles très strictes concernant les soins à donner à ses animaux. Bien entendu, ces sociétés sont distinctes des laiteries et des sociétés de haras : les agriculteurs danois sont pleinement convaincus que le degré d’efficacité des sociétés coopératives dépend du degré de cohésion qu’elles réalisent et que cette cohésion peut seulement s’obtenir par l’homogénéité des intérêts de tous les membres par rapport à un même objet ; c’est pourquoi chaque société est strictement spécialisée en vue de la satisfaction d’un et d’un seul besoin, si particulier soit-il. x