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        <title>Rôle des organisations coopératives dans le commerce international du blé, des produits laitiers et de quelques autres produits agricoles</title>
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        IL 202
        <pb n="2" />
        d'nh ait:

I. Résultats de quelques-unes des en:uêtes éta-
blissant la comparaison entre les prix de
détail dù commerce privé et ceux des socié-
tés coopératives de consommation. C.E.I.il.

1. Rôle des organisations coopératives dans le
commerce international du blé, des produits
laitiers et de quelques autres produits agri-
coles . Cordtel-. 4.
        <pb n="3" />
        150 8509 7
C. E. I. (4.
SOCIÉTÉ DES NATIONS — BUREAU INTERNATIONAL DU TRAVAIL
CONFÉRENCE ÉCONOMIQUE
INTERNATIONALE
Genève, le 4 mai 1927
DOCUMENTATION
RÔLE DES ORGANISATIONS COOPÉRATIVES
DANS LE COMMERCE INTERNATIONAL
DU BLÉ, DES PRODUITS LAITIERS
ET DE QUELQUES AUTRES PRODUITS AGRICOLES
GENÈVE, 1926
        <pb n="4" />
        <pb n="5" />
        TABLE DES MATIÈRES
Pages
{. LES COOPÉRATIVES AGRICOLES DE VENTE ET LE COMMERCE INTERNATIONAL. . . €
Produits laitiers .. °° “20 07 ‘2 0, 6 , PTS !
Danemark .. . 7
Autres pays . ... 11° 2 ; ET
Bic. ... 8.22 &gt; ; ; manif =
Lanada ++. 3,5 1 ae ; = +
Etats-Unis et Austraiie . .. -. 2 : 08
Conférence internationale des Coopératives de producteurs de blé. .. . . à
Les problèmes de la coopération de vente …. . . - 48
[I LES COOPÉRATIVES DE CONSOMMATION ET LE COMMERCE INTERNATIONAL . . . . 21
Les magasins coopératifs de gros °°° Eee ES
Produits laitiers . . °° TE ; ce 27
Bié et farine - . .... PR ; TE vx AE
Boulangeries coopératives . . . . 2 21°24. ed pb 2 10e ER
Minoteries coopératives . . . . . . . E ; ; 26
III. ReLATIONS INTERNATIONALES ENTRE LES COOPÉRATIVES DE CONSOMMATION ET LES
GOOPÉRATIVES AGRICOLES DE VENIR 2 11100
Produits laitiers. 22 ; nt 00e ee et 1 EAN
Dit - 22 ee 1 2 2 ; , RE ..… 29
ANNEXE °°°" ete eee ee ee A ET ee MON
Observations préfiminares TN
Bacon. «+ Late nt ec move ee 0 et ea Ce ON
Fruits... ee a ee eee a NAT A 1 eee ER
Miel + 24 ; de ie a Me etaer ee Ana a en CNRS
Tabac. . : EE AEEATATrS €
Textiles . a ; TS ; À.
        <pb n="6" />
        <pb n="7" />
        ROLE DES ORGANISATIONS COOPÉRATIVES DANS

LE COMMERCE INTERNATIONAL DU BLE, DES

PRODUITS LAITIERS ET DE QUELQUES PRODUITS
AGRICOLES

Il n’est pas exagéré de dire que les conditions bonnes ou mauvaises dans
lesquelles s’exérce le commerce international des produits agricoles sont de la
plus grande importance pour tous les pays indistinctement, et, dans chaque pays,
pour toutes les classes sociales.

Il ne peut être question de décrire ces conditions dans leur extrême complexité.
Nous nous proposons seulement d’indiquer, dans la grande masse des faits et des
problèmes mis à jour par l’expérience des années récentes, les efforts des popula-
tions rurales et des populations industrielles en vue de satisfaire, par leurs propres
moyens, dans l’organisation coopérative, leurs besoins respectifs d'écoulement et
d’approvisionnement. Nous voulons signaler les réalisations, dont l’importance
est quelquefois considérable et partout croissante, auxquelles ces efforts simultanés
ont déjà abouti, et montrer enfin comment leur convergence de plus en plus accen-
tuée et de plus en plus consciente prépare peut-être la voie à une forme particu-
lièrement efficace et bien adaptée de l’organisation des échanges internationaux.

Le présent exposé, dans sa brièveté nécessaire, ne peut avoir d’autre dessein
que de mettre en lumière quelques faits significatifs et d’indiquer, sans développe-
ment, la nature des problèmes. Ne pouvant présenter qu’un très petit nombre
d’exemples, il en utilisera principalement deux: celui du blé et celui des produits
laitiers (beurre et fromage)! L'importance de ces produits dans le commerce inter-
national pourrait à elle seule justifier notre choix. Il apparaîtra d’ailleurs que ce
choix est particulièrement approprié à l’exposé du développement, surle plan inter-
national, des coopératives agricoles de vente et des coopératives de consommation.

Nous diviserons notre étude en trois parties:

I. Les coopératives agricoles de vente et le commerce international.
II. Les coopératives de consommation et le commerce international.

IIT. Les relations internationales entre les coopératives de consommation et

les coopératives agricoles de vente.

* Voir, pour quelques autres produits agricoles, l’Annexe pp. 32 et suiv.
        <pb n="8" />
        b

I. LES COOPÉRATIVES AGRICOLES DE VENTE
ET LE COMMERCE INTERNATIONAL

Les grandes coopératives agricoles de vente qui sont aujourd’hui présentes
sur le marché international ne sont pas des improvisations soudaines. Elles sont
l’aboutissement actuel et elles ont le support d’une longue évolution, dont les
phases successives, parallèles d’ailleurs aux phases du développement de l’économie
marchande, peuvent être schématiquement dessinées comme suit:

d) On observe dans les milieux ruraux, encore assez voisins de l’économie
naturelle, des coopératives dont chaque membre se présente à la société dans sa
double qualité de producteur et de consommateur. Exemples: fruitières (Jura,
Savoie, Suisse) et meuneries-boulangeries (France, Tchécoslovaquie, etc.), qui
restituent à leurs sociétaires, sous forme de fromage, farine ou pain, leur production
en lait ou en blé.

b) D'autre part, le développement de l’économie marchande et la séparation
entre les milieux ruraux et les milieux urbains font apparaître le commerçant
de village, qui, cumulant les fonctions d’épicier, marchand de tissus, d'engrais, etc.
avec les fonctions d’intermédiaire pour l’écoulement des denrées agricoles vers
les villes, tient en outre généralement le producteur rural sous sa dépendance
par la pratique de l’usure. C’est à cet intermédiaire que se substituent les coopé-
ratives à fonctions multiples du type des Raiffeisenkassen en Allemagne, des
Kampelicky en Tchécoslovaquie, des General Purpose Societies, Village Societies,
en Irlande, aux Indes, etc.

c) Le développement des coopératives rurales, leur fédéralisation, et en même
temps le développement des marchés régionaux et nationaux amènent la création
de puissantes centrales coopératives à fonctions commerciales (achat de matières
et machines nécessaires à l’agriculture et vente des produits agricoles).

d) Enfin, la spécialisation de certains pays ou de certaines régions dans une
production agricole déterminée (beurre, blé, fruits, lin, etc.), dont l’écoulement
ne peut être assuré que sur des marchés lointains, amène la création des coopéra-
tives agricoles de vente spécialisées par produit (la vente pouvant être précédée
d’une transformation plus ou moins importante). Ces coopératives correspondent
à la phase la plus évoluée de l’économie agricole dans ses rapports avec l’économie
mondiale.

Produits laitiers
DANEMARK

Le Danemark, qui en 1881 ne produisait que 49.000 tonnes de beurre, en a
produit, en 1924, 157.000 et en a exporté 123.400. Il fournit environ 38% de l’en-
semble des exportations nettes de beurre de tous les pays, ce qui en fait de loin
le plus important exportateur du monde.
        <pb n="9" />
        Le Danemark doit tout ce progrès à l’organisation coopérative des paysans
dont les méthodes ont ultérieurement servi de modèle aux autres pays de grandé
production laitière. En outre — comme nous le montrerons plus loiñ,en-traîtant
des coopératives de vente des producteurs de blé — c’est aux règles iMaginées
et mises au point au cours de l’expérience danoise pour résoudre les problèmes
connexes de la production et de l’écoulement que se rattachent, par une filiation
directe, les principes d’organisation qui sont à la base de la coopération agricole
de vente en général.

Actuellement, plus de 85%, des agriculteurs danois sont membres des laiteries
coopératives et des abattoirs coopératifs. Le lait de plus de 86% des vaches laitières
est transformé en beurre par les laiteries coopératives.

Dès 1900, les laiteries coopératives représentaient 66,2% du total des laiteriess
y compris les laiteries domaniales, et ce rapport était de 86% en 1924. Aujourd’hui,
les sociétés capitalistes de laiterie sont devenues des exceptions qui s’expliquent
par des circonstances locales; d’ailleurs, elles n’affrontent pas le marché inter-
national. Même les laiteries installées sur les grands domaines, qui pourtant ne
présentent pas au même degré tous les inconvénients dont souffrent les entreprises
anonymes, tendent à devenir moins nombreuses: il y en avait 244 en 1900; elles
n’étaient plus que 16 en 1924; la plupart des grands propriétaires ont trouvé leur
intérêt à adhérer aux sociétés coopératives.

L’échec à peu près complet des entreprises privées s’explique par d’assez
nombreuses raisons d’ordre économique et d’ordre psychologique dont la plupart
tiennent à la nature différente des rapports qui lient les producteurs à l’entreprise
selon que celle-ci est privée ou coopérative.

C’est une règle pratique des laiteries coopératives de ne pas commencer leur
exploitation avant de s’être assurées d’un nombre suffisant de membres pour
pouvoir fonctionner de manière économique; chacune d’elles groupe, sur le terri-
toire le plus petit possible, 150 membres environ, élevant de 800 à 1.000 vaches
au total et produisant de 1.500.000 à 2.500.000 kilogrammes de lait par an; ainsi
les distances des fermes à la laiterie sont réduites au minimum, le transport est
d’ailleurs le plus souvent assuré par une collaboration entre les producteurs eux-
mêmes et l’outillage reçoit sa meilleure utilisation. Ces mesures sont complétées
par un contrat qui lie le producteur à l’association pour une durée déterminée
(5 à 20 ans, généralement 10 ans) et par lequel il s’oblige, sous peine d’amende,
à fournir à la laiterie coopérative toute sa production laitière (à l’exception de la
quantité nécessaire à sa consommation domestique); il s’oblige, en outre, à ali-
menter et à soigner ses bêtes suivant des règles, à l’établissement desquelles il a
lui-même collaboré, ou qu’en tout cas il a acceptées. Enfin, tous les membres
des laiteries coopératives sont individuellement, solidairement, et sans limites,
responsables de toutes les obligations financières contractées par la société.

1 A l’égard de la société, la responsabilité de chaque membre est souvent proportionnée
à la quantité de lait qu’il livre pendant la période du contrat.
        <pb n="10" />
        — 5 ——
Cette disposition apporte à la société un crédit inébranlable qui constitue d’ailleurs
sa seule base financière *; elle lui fournit aussi les éléments d’une cohésion interne
très forte qui lie étroitement, par des intérêts communs, les membres entre eux
et avec leur société.

Il va sans dire que, comme dans toute société coopérative, les membres par-
ticipent à la gestion de l’entreprise ou contrôlent cette gestion et que cette par-
ticipation s’effectue sur la base d’une égalité absolue de tous, quelles que soient
les inégalités de leurs situations économiques respectives. Un autre trait, qui
se retrouve dans un grand nombre de coopératives, c’est la clause qui figure le
plus souvent dans leurs statuts et en vertu de laquelle tous les différends entre
sociétaires et société sont réglés par l’arbitrage et ne peuvent être portés devant
les tribunaux civils.

Tels sont les facteurs principaux qui ont assuré aux laiteries coopératives
l’avantage sur les entreprises privées. Ce sont eux aussi qui ont permis d’accroître
la production, d’en diminuer les frais, d’augmenter la qualité et la valeur du
produit, d’améliorer le sort des producteurs.

Augmentation de la production. — L'augmentation de la production du beurre
s’est effectuée par une multiplication considérable du cheptel et aussi une amélio-
ration de la race, une alimentation et un élevage plus rationnels qui ont abouti
à un accroissement de la production laitière annuelle de chaque animal et à une
plus grande teneur en aliments gras du lait fourni ?.

1 Les coopératives danoises ou tout au moins la plupart d’entre elles sont en effet consti-
tuées sans parts sociales. Elles demandent les premiers capitaux dont elles ont besoin à des
emprunts garantis par la responsabilité illimitée de leurs sociétaires. Ces emprunts sont amortis
au cours d’une première période de même durée que celle des contrats de livraison. À la fin de
cette période l’actif net de la société libéré de toute dette est l’objet d’une répartition comp-
table entre les sociétaires au prorata des opérations qu’ils ont faites avec la société sur la
base de cette répartition; il est délivré aux sociétaires des titres de créance sur la société,
lesquels titres sont amortis au cours de la période suivante et ainsi de suite.

? L’augmentation du cheptel et l’amélioration de la race sont surtout l’œuvre des sociétés
de haras dont la première fut fondée en 1884 et qui sont aujourd’hui au nombre de 1.223.
L’amélioration du rendement en lait et en beurre résulte de la collaboration de ces mêmes
sociétés avec les « sociétés de contrôle ». Ces dernières, au nombre de 1.099 en 1925 (la première
fondée en 1892), groupant 31.939 membres (avec un cheptel de 424.756 têtes) sont particu-
lièrement caractéristiques de l’effort coopératif des agriculteurs danois et mériteraient d’être
examinées dans le détail. Rappelons brièvement leur but et leurs moyens. Elles se substituent
à l’agriculteur individuel pour la surveillance de l’alimentation et du rendement de son bétail :
avec la collaboration de l’agriculteur, la qualité du lait fourni par chaque animal, sa teneur en
éléments gras, sont soigneusement établies ; l’alimentation (en poids et en qualité) de chaque
animal individuellement est mise en rapport avec la quantité et la qualité du lait fourni ; les
bêtes, dont le rendement n’est pas économique, sont engraissées et vendues ; l’agriculteur est
entouré de conseils de toute nature et, en outre, soumis à des règles très strictes concernant les
soins à donner à ses animaux. Bien entendu, ces sociétés sont distinctes des laiteries et des
sociétés de haras : les agriculteurs danois sont pleinement convaincus que le degré d’efficacité
des sociétés coopératives dépend du degré de cohésion qu’elles réalisent et que cette cohésion
peut seulement s’obtenir par l’homogénéité des intérêts de tous les membres par rapport à un
même objet ; c’est pourquoi chaque société est strictement spécialisée en vue de la satisfaction
d’un et d’un seul besoin, si particulier soit-il.

x
        <pb n="11" />
        — Yÿ —
1881 1°::4 Augmentation
(1881—100)
Nombre de vaches laitières . 899.000 1.369.000 152
Production moyenne | Lait . 1.136 kg. 2.900 kg. 255
annuelle par animal / Beurre 54 kg. 115 kg. 213
Production totale en lait . . 1.440.000 tonnes 3.970.000 tonnes 276
Production totale en beurre . 49.000 tonnes 157.000 tonnes 320
Exportation du beurre . . . 15.600 tonnes (1885) 123.000 tonnes 788

Ajoutons que, en vue d’approvisionner un marché dont les besoins sont à
peu près constants pendant toute l’année, les laiteries coopératives danoises ont
réussi, par l’emploi de fourrages soigneusement étudiés, à maintenir une production
hivernale du lait et du beurre.

Amélioration de la qualité et de la valeur marchande du beurre produit: la
marque. — La qualité du beurre s’explique, d’une part, par les règles très précises
dans le détail minutieux desquelles il n’est pas possible d’entrer, et que la coopé-
rative impose à ses membres en ce qui concerne les conditions de la traite, de la
livraison, ete. Elle tient aussi aux conditions de la production laitière elle-même.
Arrivé à la laiterie, le lait de chaque producteur individuel est pesé et classé par
qualités. Le prix dû au producteur est en rapport, non seulement, bien entendu,
avec la quantité, mais aussi avec la qualité du lait livré (de plus en plus la qualité
du lait s’évalue par sa teneur en éléments gras). Cette mesure a évidemment
encouragé les agriculteurs à rechercher les meilleures conditions possibles de pro-
duction. L'importance que l’on attribue à cette mesure et aussi le désir prononcé
d’aboutir à un jugement équitable et indiscutable des qualités du lait fourni ont
amené certaines laiteries coopératives locales à organiser des sociétés spéciales
pour l'analyse du lait *.

Ayant réussi à organiser la production en masse d’un beurre uniforme et de
qualité reconnue, les producteurs danois se sont de bonne heure préoceupés de
consacrer, par un emballage et une marque uniformes, le résultat de leurs efforts.
En 1900, se constitua une association spéciale ayant pour objet de donner à tout
le beurre danois une marque officielle. En 1906, presque toutes les laiteries coopé-
ratives avaient adhéré à cette association. La marque « Lur Brand ? Danish Butter »
fut enregistrée au Danemark, en Grande-Bretagne et en Allemagne. Par la loi de
1906, amendée en 1911, l’association obtint que la marque fût obligatoire pour
tout le beurre danois destiné à l’exportation (pasteurisé et ne comportant pas plus
de 16% d’eau). Ayant atteint son but, l’association fut dissoute.

._ } Les efforts des coopératives danoises vers la production d’un beurre de qualité supé-
rieure et uniforme ont été stimulés aussi par des concours organisés dans chaque district et
dans chaque province par les laiteries coopératives elles-mêmes et l’Association des directeurs
de laiteries coopératives. En outre, des concours, organisés par l’administration publique, ont
lieu chaque semaine à Copenhague ; ces concours, d’abord facultatifs, sont devenus obligatoires
pour toutes les laiteries qui, désirant exporter, utilisent la marque officielle.

à Deux paires d’antiques trompettes enlacées.

192
        <pb n="12" />
        —_ y —

Toute laiteric qui obtient l’autorisation de se servir de la marque officielle
reçoit un numéro qui doit figurer sur les barils de beurre exportés par elle et qui
permet d’identifier son origine en cas de réclamation. Elle est, en outre, soumise
au contrôle d’experts du Gouvernement qui peuvent lui retirer le privilège de la
marque lorsque la qualité de son beurre devient inférieure à un niveau déterminé.

L’établissement des prix et les coopératives d’exportation. — Le développement
des laiteries et les mesures prises par elles avaient amélioré les conditions de la
production et accru la valeur marchande des produits. Il restait aux agriculteurs
danois associés à porter leur propre action régulatrice jusque sur les conditions
de l’écoulement et de l’exportation dè leurs produits: 1° en intervenant directement
dans la détermination des prix ; 2° en créant leurs propres organismes d’exportation.

A l’origine, les négociants en beurre s’approvisionnaient auprès des producteurs
par un contrat annuel. Ce système n’était pas satisfaisant. Le contrat stipulait
un prix fixe et par suite ne tenait pas compte des fluctuations des prix au cours
de l’année. Il en résultait qu’en cas de hausse, les producteurs liés par leurs contrats
n’en profitaient pas, alors qu’au contraire, en cas de baisse, les commerçants
s’efforçaient de récupérer leurs pertes par des retenues en invoquant des insuffi-
sances de poids ou de qualité. On en vint à décider l’établissement d’une notation
officielle hebdomadaire. Un prix de prévision était établi d’après les prix effective-
ment réalisés la semaine précédente, majorés ou diminués du coefficient des fluc-
tuations à prévoir suivant la demande britannique et les offres danoises, irlandaises,
françaises, etc. Le prix de base ainsi établi pouvait être augmenté d’une prime
supplémentaire pour la qualité exceptionnelle. Mais la prime supplémentaire devint
rapidement une pratique courante en raison de la concurrence des marchands
entre eux et cette pratique finit par fausser tout le système. La prime supplémen-
taire qui, dès lors, ne se mesurait plus à la qualité intervenait dans l’établissement
des cours et, par suite, du prix de base. Le producteur eut, plus que jamais, le
sentiment de n’être pas traité d’une manière équitable et d’être à la merci des
commerçants, indifférents à ses conditions de travail et de vie et seulement
préoccupés d’utiliser au mieux pour leurs propres intérêts les fluctuations du
marché.

En août 1912, les laiteries coopératives décidèrent d’avoir leur propre nota-
tion et constituèrent à cet effet un comité qui fonctionna à côté de celui des com-
merçants. Après quelques années de lutte pour la suprématie dans la fixation du
prix, un compromis intervint en octobre 1915, qui établit une collaboration entre
les deux comités et prépara le fonctionnement du système actuel, inauguré en
1920. Toutes les semaines, chacun des deux comités, celui des commerçants et
celui des producteurs !, recherche séparément le prix convenable d’après ses propres

* Le comité des commerçants se compose de cinq membres. Le président en est nommé
par l’Association des Commerçants de beurre en gros, dans son sein. C’est cette même Associa-
tion qui désigne les quatre autres membres (deux grossistes de Copenhague et deux de la
province) mais sur proposition de l’Association des exportateurs danois de beurre.

Le comité des producteurs est également composé de cinq membres nommés par le comité
de statistique (organe commun de la fédération nationale des laiteries coopératives et de

10
        <pb n="13" />
        11 —
informations. Ils se réunissent ensuite pour arriver à une entente. Les séances
sont présidées alternativement par le président de l’un ou de l’autre comité: celui
qui dirige les débats n’a pas le droit de vote et, en cas de partage égal des voix,
c’est le président de l’autre comité qui décide.

Les coopératives d’exportation du beurre sont des associations de laiteries
coopératives. Leurs conditions de fonctionnement et la nature des relations qu’elles
entretiennent avec des laiteries coopératives locales sont très semblables aux con-
ditions de fonctionnement et aux relations qui unissent les producteurs individuels
à leurs sociétés locales, c’est-à-dire que les coopératives locales s'engagent à livrer
toute leur production à la coopérative d’exportation dont elles sont membres
(généralement contrat d’un an qui ne peut être dénoncé qu’après préavis de 6 mois) ;
l’administration de la centrale d’exportation est entre les mains de représentants
des sociétés locales, élus directement par les producteurs.

C’est presque exclusivement à partir de 1894 que ces coopératives d’exporta-
tion de beurre commencèrent à se créer. Leur mouvement s’est progressivement
développé depuis. En 1911, elles étaient au nombre de sept, assurant 16,7% du
total de l’exportation du beurre danois. En 1914, leur part était passée à 20,3%.
En 1922, elles étaient 11 groupant 546 sociétés locales (un tiers du nombre total
des laiteries) et leur chiffre d’affaires représentait sensiblement plus du tiers
(38,8%) de l’exportation totale.

Toutes ces centrales d’exportation fonctionnent indépendamment les unes
des autres; toutes d’ailleurs, sauf une, limitent leur sphère d’activité à la région
de production laitière qui les entoure. Néanmoins, pour l’examen en commun des
questions qui les intéressent, elles se sont groupées en une fédération à partir
de 1918.
l’association des directeurs de laiteries coopératives) sur propositions présentées comme suit :
trois membres proposés par la fédération nationale des laiteries coopératives, un membre
présenté par l’association des directeurs des laiteries coopératives et un membre présenté par
les coopératives d’exportation.
        <pb n="14" />
        — 12 —
AUTRES PAYS

Le tableau ci-dessous indique quelles ont été les exportations de fromage

et de beurre des principaux pays exportateurs en 1925:
Exportations nettes de beurre en 1925 Exportations nettes de fromage en 1925
Quintaux ! Quintaux'
Danemark . - - 1.219.857 Pays-Bas. . . . .. ‘791.740
Nouvelle-Zélande . . 632.588 Nouvelle-Zélande . . 699.409
Australie . -—- - 582.788 Canada 4 637.152
Pays-Bastl .. . + 371.230 allie .- = ; 373.586
Argentinet 268.871 Suisse . . 217.552
U ESS Fe + 250.769
Irlande . 161.018 2.719.439
Finlandet. +. 131.894
Canada a 120.414
3.739.429
Autres pays ayant eu en Autres pays ayant eu en

1925 une exportation 1925 une exportation

de plus de 10.000 quin- de plus de 10.000 quin-

taux … 238.880 taux. . … 200.085

Busemble. 3.978.309 Ensemble . . . . . . 2.919.524

Dans les pays où la production laitière pour l’exportation s’est développée
dans la seconde moitié du XIX® siècle, comme les Pays-Bas, la Finlande, la Suisse,
ainsi que dans les pays où cette production est plus récente comme en Australie.
en Nouvelle-Zélande et dans les Pays Baltes, les organisations coopératives jouent
un rôle de plus en plus important dans la production et dans l’écoulement des
produits laitiers.

Dans tous ces pays, les producteurs des produits laitiers sont groupés dans
des organisations coopératives qui assurent l’écoulement du lait, comme en Suisse
par exemple, où les laiteries coopératives livrent le lait aux fromageries, ou bien
ce sont les laiteries coopératives elles-mêmes qui assurent la production du beurre
et du fromage. Aux Pays-Bas, 65% du beurre produit en 1925 et 45% du
fromage provenaient des laiteries coopératives affiliées au Allgemeene Neder-
landsche Zuivelbond (A.N.Z.). En Finlande, la production coopérative représentait,
en 1924, 92% de la production du beurre et 70% de la production du fromage.
En Esthonie, la production coopérative atteignait, en 1925, 84% de la produc-
tion totale du pays. Sur un total de 349 laiteries travaillant pour l’exportation,
1 Dans ce mémoire, comme dans son annexe, les quantités exprimées en quintaux s’en-
tendent en quintaux métriques (100 kg.).
        <pb n="15" />
        266 étaient des laiteries coopératives. En Australie, c’est 91% de la production du
beurre et du fromage; en Nouvelle-Zélande 80% de la production et 92% de
l’exportation qui est assurée par les laiteries coopératives.

En outre, dans tous les pays de grande production laitière, les organisations
coopératives interviennent elles-mêmes dans l’exportation des produits laitiers. Ou
bien elles exercent un certain contrôle sur les sociétés d’exportation comme en Suisse,
ou bien elles organisent elles-mêmes des sociétés coopératives d’exportation, comme
aux Pays-Bas. En Finlande, c’est « Valio », centrale coopérative pour l’exportation
du beurre, qui exporte 70 à 80% de la quantité totale du beurre et du fromage
destinée à l’exportation. Dans d’autres pays, ce sont les fédérations centrales des
laiteries coopératives qui assurent l’exportation. Ainsi en Lettonie, 90% environ
du beurre exporté provenait des laiteries coopératives, et 60% était exporté par
la Fédération centrale des laiteries coopératives (Latvias Piensaimniecibas Centrala
Savieniba). Dans l’U.R.S.S., toute l’exportation du beurre qui s’élevait, en
1925, à 250.769 quintaux, a été effectuée par le «Maslocentre», l’organisation
centrale des laiteries coopératives. De même en Nouvelle-Zélande, les produits
laitiers sont exportés en partie par le New Zealand Co-operative Dairy Company,
qui rassemble environ 32% de la production totale du pays. Comme nous l’indique-
rons plus loin, dans la partie de la note présenté consacrée aux relations entre les
coopératives agricoles de vente et les coopératives de consommation, une autre
fédération néo-zélandaise, la «New Zealand Producers’ Co-operative Marketing
Association », est entrée en relations directes! avec le Magasin de Gros des coopéra-
tives de consommation anglaises (C.W.S.).

La production mondiale du blé oscille autour de 1.000 millions de quintaux,
dont seulement un cinquième entre dans le commerce international. Les expor-
tations totales des pays exportateurs se sont en effet élevées en 1925, pour le blé
à 153,7 millions de quintaux, et pour la farine de froment à 30,7 millions de quintaux.
Il y a lieu de noter, d’autre part, que pour environ les neuf dixièmes les quantités
qui entrent dans le commerce international proviennent des pays en petit nombre
énumérés ci-après:

Exportations nettes (1925)
Froment Farine de froment
Quintaux Quintaux
Canada . …………—… 60.397.064 9.127.901
Bitats-Unis . . . … ç 19.822.909 9.885.449
Argentine +. 29.933.710 1.373.500
Australie . . 26.881.188 4.071.007
Ensemble . 137.034.871 24.457.857
1 Voir p. 28.

13
Blé
        <pb n="16" />
        {4

La Russie et la Roumanie qui, avant la guerre, exportaient respectivement
41 millions et 13 millions de quintaux de blé (moyenne 1909-1913) n’ont repris
que partiellement la place qu’elles occupaient dans le commerce international
du blé.

Dans tous les grands pays exportateurs, quoique à un très faible degré encore
en Argentine, les organisations coopératives des producteurs de blé jouent un
rôle de plus en plus important dans le commerce d’exportation.

Ce rôle est déjà prédominant au Canada et en Australie, où les exportations
coopératives ont représenté, l’année passée, les deux tiers des exportations totales
de ces pays.

Pour marquer le caractère et la portée de ces développements récents, il est
nécessaire de distinguer deux étapes dans l’évolution de l’organisation coopérative
des producteurs de blé.

Dans une première étape, les producteurs s’associent, localement ou régionale-
ment, pour utiliser et gérer en commun un «elevator », entrepôt muni de toute
la machinerie nécessaire pour nettoyer, trier et éventuellement dessécher le blé.
L'entreposage permettra en outre des opérations de warrantage. Accessoirement,
il pourra arriver que la coopérative se charge d’exécuter à la commission les ordres
individuels de vente de ses membres, mais, même dans ce cas, elle restera essentiel-
lement une coopérative d’entreposage et de manutention.

Dans une deuxième étape, au contraire, les producteurs délèguent à la coopé-
rative les fonctions de vente qu’ils exerçaient auparavant individuellement. Dès
lors, les produits individuels des associés, aussitôt qu’ils ont été reçus, posés et
classés, entrent dans la masse commune des produits de même qualité. La coopé-
rative se charge d’écouler la masse des produits rassemblés. Elle verse à chaque
associé un acompte immédiat, puis des paiements partiels et, à la clôture des
opérations, un paiement final qui assure à chaque associé un prix moyen, indépen-
dant des circonstances de temps et de lieu dans lesquelles sa propre récolte aura
été vendue.

La méthode que nous venons de décrire sommairement caractérise les coopé-
ratives de vente qui, suivant l’exemple plus ancien de la coopération danoise, se
sont développées à partir de 1900 parmi les producteurs de fruits de Californie,
et ont pris depuis un grand essor principalement aux Etats-Unis et au Canada.
Dans ces deux derniers pays, ainsi qu’en Australie, ces organisations coopératives
de vente en commun sont désignées communément sous le nom de « pools », en
raison du sens précis et technique dans lequel le mot « pooling » a été pris pour
désigner la mise en commun des produits et l’attribution à tous les associés du
prix moyen obtenu par l’organisation coopérative. L'application de cette méthode
comporte dans la règle l’engagement des associés de livrer pendant un nombre
d’années déterminé la totalité de leur récolte à l’organisation coopérative.

L'organisation perfectionnée des coopératives de vente est plus particulière-
ment adaptée aux besoins d’écoulement sur des marchés lointains et, en fait.
c’est dans les pays d’exportation — comme le Danemark et autres pays d’expor-
        <pb n="17" />
        15
tation de produits laitiers, et le Canada, aujourd’hui le plus grand pays exportateur
de blé — que les coopératives agricoles de vente ont pris leur plus grande extension.
CANADA

En raison de sa population relativement petite, le Canada doit vendre à
l’étranger environ 70 pour cent de sa production en blé. La grande distance qui
sépare les régions de production des ports et des marchés a rendu nécessaire un
appareil extrêmement perfectionné de moyens de transport, d’entreposage, de
relations commerciales et bancaires. Cet appareil s’est développé tant sous l’in-
fluence des besoins mêmes du trafic que sous la pression des fermiers. Ceux-ci
eurent à combattre pied à pied contre les intérêts coalisés des chemins de fer et
des compagnies d’élévateurs et à s'assurer des facilités d’entreposage et une route
libre vers les mârchés. Leur lutte peut se diviser en trois périodes, les fermiers
ayant passé successivement de l’action législative à l’organisation de coopératives
d’«elevators », et, enfin, dans ces dernières années, à l’organisation de coopératives
de vente.

10 La première période de lutte et de revendication aboutit, en 1899, à la
nomination d’une Commission Royale. Le rapport de la Commission et la pression
continue des fermiers déterminèrent l’adoption en 1900 du «Manitoba Grain Act »,
qui fut amendé par la suite et complètement revisé en 1912 sous le titre de « Canada
Grain Act ». Le principal but de cette législation était de permettre aux fermiers
d’échapper à la contrainte des companies d’élevateurs. La réglementation édictée
leur assurait la possibilité de faire leurs expéditions jusqu’au marché «terminal »,
et réglementait les conditions dans lesquelles devaient s’effectuer les opérations
de classement, d’échantillonnage et de transfert des blés expédiés.

20 Les progrès que cette législation assura ne suffirent pas à apaiser le mécon-
tentement des fermiers. Leurs associations se développèrent dans les trois provinces
des prairies d’Alberta, Manitoba et Saskatchewan et réclamèrent des grouverne-
ments de ces provinces la construction d’«elevators» publics. Le gouvernement du
Manitoba céda à cette pression, et fit voter en 1910 un « Act » l’autorisant à acquérir
des élévateurs et à les faire gérer par un office de trois commissaires. Le gouverne-
ment du Manitoba acquit ainsi 175 élévateurs, mais au bout de deux années il
abandonna l’entréprise et préféra louer ses élévateurs à la Grain Growers Ltd,
qui avait été constituée entre temps par les fermiers. La Grain Growers Ltd.
fusionna en 1917 avec une coopérative du même type constituée en 1913 dans la
province d’Alberta.

Dans la province du Saskatchewan le gouvernement recommanda au lieu et
place des élévateurs publics l’organisation d’une société dirigée par les fermiers.
Il ouvrit une avance, égale à 85 pour cent du coût de construction des élévateurs
jugés nécessaires, à la condition que les fermiers souscriraient le surplus. C’est
ainsi que fut constituée en 1911 la Saskatchewan Co-operative Elevators Company.
Entre 1900 et 1910, un nombre considérable d’élévateurs coopératifs locaux
        <pb n="18" />
        16

furent construits, mais ils furent pour la plupart graduellement absorbés soit par
la Saskatchewan Co-operative Elevators Company, soit par la Grain Growers Ltd.
Dans l’espace de quelques années, ces deux grandes sociétés dirigées par les fermiers
prirent la première place parmi les entreprises engagées dans l’entreposage et le
commerce du blé. En 1925, la Saskatchewan Co-operative Elevators Company
possédait 452 «elevators » locaux et à Fort William-Port Arthur des «terminal
elevators » d’une capacité totale de 15.175.000 boisseaux, représentant un quart
de la capacité totale des «terminal elevators » dans lesquels se trouve rassemblée
avant son exportation la plus grande partie de la production du blé du Canada.
La Saskatchewan Co-operative Elevators Company a récemment cédé l’ensemble
de son installation aux coopératives de vente («wheat pools »), dont le déve-
loppement caractérise la période actuelle de l’organisation des fermiers du
Canada.

3e Durant la guerre toute l’organisation de l’écoulement du blé du Canada
passa dans les mains de deux organismes, la «Wheat Export Company », et les
«Board of Grain Supervisors ». La « Wheat Export Co. » agissait au nom du Gou-
vernement britannique et des Gouvernements alliés, et était par suite essentielle-
ment un organisme de consommateurs. D’autre part, le «Board of Grain Super-
visors », composé des principaux membres du « Winnipeg Grain Exchange » (Bourse
du blé) et de représentants des fermiers et des gouvernements des différentes
provinces, réglait le mouvement du blé à l’intérieur du pays, et fixait les prix
sur lesquels pouvaient s’accorder à la fois les fermiers et la Wheat Export Co.

Après la disparition de cette organisation dualiste en juillet 1919, un nouveau
Wheat Board fut établi sous l’autorité du Gouvernement du Dominion pour écouler
la récolte de 1919. Les récoltes suivantes furent écoulées par les voies ordinaires
du commerce, mais l’effondrement des prix du blé en 1920-1921 détermina les
fermiers à réclamer le rétablissement du Wheat Board. Leur demande ayant été
refusée, ils cherchèrent d’autres moyens, et se rallièrent en 1923 à l’idée de l’orga-
nisation de « voluntary boards ». C’est ainsi que se créèrent, en 1923 dans la pro-
vince d’Alberta et en 1924 dans les provinces du Manitoba et du Saskatchewan,
des coopératives de vente basées sur le principe du «pooling» que nous avons
décrit plus haut. Les trois coopératives provinciales constituèrent ensuite entre
elles une agence commune sous le nom de « Canadian Co-operative Wheat Pro-
ducers, Ltd. ». Le nombre des fermiers ainsi groupés autour d’une agence commune
de vente par l’intermédiaire des coopératives provinciales, elles-mêmes subdivisées
en associations locales, s’élève actuellement à 127.200. Les fermiers associés et
engagés par des contrats de cinq années à livrer la totalité de leur production
à l’organisation commune de vente, représentaient une superficie cultivée en blé
de 10.018.756 acres en 1924 et de 14.091.308 acres en 1925, soit respectivement
50% en 1923 et 67% en 1924, de la superficie cultivée en blé dans l’ensemble des
trois provinces des prairies. Les quantités de blé écoulées par l’agence commune
se sont élevées à 81.700.000 boisseaux pour la récolte de 1924 (soit 22 millions
de quintaux) et à 187.500.000 boisseaux pour la récolte de 1925 (soit près de
        <pb n="19" />
        cv
51 millions de quintaux !). L’ordre de grandeur de ce dernier chiffre sera mieux
mis en évidence si nous remarquons qu’il représente les deux tiers des exportations
de blé du Dominion et plus du quart de la totalité du blé qui entre dans le commerce
international.

Dès sa première année de fonctionnement, la Canadian Co-operative Wheat
Producers, Ltd, mit à exécution son programme de relations directes avec la
minoterie, tant au Canada que dans les pays importateurs. Elle créa à cet effet
un office à Toronto pour ses ventes directes aux minotiers canadiens, un à Paris
pour les ventes aux minotiers français et deux autres offices, l’un à Calgary et
l’autre à New-York pour ses expéditions à partir de Vancouver et des ports des
Etats-Unis. Elle possède actuellement 36 agences dans les pays importateurs
et il était annoncé au début de 1926 (Co-operative News, 20 février 1926) que
65% du blé vendu par les coopératives canadiennes avait été écoulé sans passer
par les bourses du blé.

Ces vastes opérations, qui tendent à transformer profondément les conditions
du commerce du blé, ont été rendues matériellement possibles: 1° par des arrange-
ments passés avec les compagnies d’«elevators » mentionnées plus haut 2, sur la
base des arrangements passés avec le Dominion Wheat Board de 1919; 2° par
des ouvertures de crédit consenties par les huit principales banques du Canada.
Ces ouvertures de crédit ont permis d’effectuer les paiements échelonnés que com-
porte l'application de la méthode du « pooling ».

ETATS-UNIS ET AUSTRALIE

Les indications que nous venons de donner sur le Canada nous permettront
d'être plus brefs sur les Etats-Unis et l’Australie, où l’organisation coopérative des
producteurs de blé, quoique déjà avancée, n’a pas atteint le degré de perfection-
nement de l’organisation canadienne.

Aux Etats-Unis, il existe, depuis déjà assez longtemps, des coopératives
locales d’élévateurs. Au début de 1924, 3.134 associations groupaient 443.000
producteurs de blé, et leur chiffre d’affaires s’était élevé à environ 170 millions
de dollars. L'organisation des coopératives de vente appliquant la méthode du
« pooling » s’est développée à partir de 1920 et 1921. Chacune de ces coopératives
couvre un Etat, et quelques-unes, plusieurs Etats voisins. Elles sont actuellement
au nombre de 10, avec un effectif total de 95.500 membres. Leurs opérations en
1924-1925 ont porté sur’ 27.637.000 boisseaux.

En Australie, les organes d’Etat qui avaient été créés pendant la guerre pour
le ravitaillement des Alliés groupaient obligatoirement tous les producteurs de

! Le « bushel » de blé représente à peu près un poids de 60 lbs, soit 27 kg.

* Ultérieurement les coopératives de chacune des trois provinces commencèrent à établir
leurs propres «elevators », et, récemment, elles ont acquis l’ensemble des installations de la
Saskatchewan Co-operative Elevators Co.
        <pb n="20" />
        —— 15 —
blé. Ces organes d’Etat ont fait place depuis 1922 à des organisations volontaires:
une pour l’Etat de Victoria, une pour les Etats de l’Australie du Sud et la Nouvelle-
Galles du Sud, et une pour l’Etat de l’Australie occidentale. Le blé est exporté
en Grande-Bretagne, où les coopératives australiennes ont établi leurs agences.
La récolte australienne de 1922-1923 a été écoulée dans la proportion de 70% par
les coopératives de vente.
CONFÉRENCE INTERNATIONALE DES COOPÉRATIVES DE PRODUCTEURS DE BLÉ

La similitude des aspirations et des méthodes des coopératives de vente de
blé des pays exportateurs a fait naître entre elles des relations qui ont abouti
à la réunion, le 26 février dernier, à St-Paul (Minnesota) d’une conférence inter-
nationale. À cette conférence assistèrent 70 délégués du Canada, des Etats-Unis
et de l’Australie, et en outre un délégué de l’agence de New-York du « Centrosoyus »,
union générale des coopératives russes de consommation, qui a entrepris, en liaison
avec les organes de l’Etat, l’exportation du blé russe.

La Conférence, après avoir entendu des exposés sur les méthodes d’organisa-
tion et les méthodes de vente des coopératives représentées, décida qu’il y avait
lieu: 1° de pousser l’organisation dans tous les pays au point de perfectionnement
qu’elle a déjà atteint au Canada; 2° de constituer un comité permanent qui sera
chargé de préparer les futures conférences internationales du blé. Le comité per-
manent a été immédiatement constitué sous la présidence de M. C. H. BURNELL,
de la Canadian Co-operative Wheat Producers, Ltd. Depuis, ce comité a décidé
d’envoyer une délégation auprès des producteurs de blé d'Argentine. D'autres
délégations composées des leaders du mouvement coopératif canadien se sont
rendues à l’invitation des coopératives des Etats-Unis et d’Australie pour examiner
sur-place les meilleures méthodes à employer pour faire progresser dans ces pays
l’organisation coopérative de la vente du blé.

Les problèmes de la coopération de vente

Nous avons dû, pour rester dans le cadre limité du présent exposé, nous borner
à ne donner sur les coopératives de vente que les indications qui étaient nécessaires
pour mettre en évidence le rôle important qu’elles peuvent jouer et qu’elles jouent
déjà pour quelques denrées dans le commerce international.

Les modalités d’application des méthodes coopératives à la vente des divers
produits agricoles, suivant qu’ils sont plus ou moins périssables ou plus ou moins
éloignés des lieux de consommation, suivant que la demande est continue ou
saisonnière; les transformations que le produit brut qui sort de l’exploitation
agricole doit subir, et par suite les intégrations industrielles qui peuvent avanta-
geusement entrer dans les fonctions exercées directement ou subsidiairement par
des coopératives de vente; la structure fédéraliste ou centraliste des associations;

nn
&gt;
        <pb n="21" />
        ue 7 y —

le rôle des groupes locaux et les obligations des membres; l’influence réflexe
de la vente en commun sur le producteur lui-même, sur ses méthodes de
travail, et la qualité de ses produits — toutes ces questions, y compris les aspects
sociaux du mouvement, l’action réciproque de l’éducation, du développement de
la vie sociale sur l’efficacité économique des entreprises coopératives, ont fait,
principalement au cours de ces dernières années, l’objet de recherches nom-
breuses sur la base des expériences acquises et des expériences continuées *.

Nous devons nous borner à indiquer les principales conclusions de ces recherches
d’une manière schématique et sans les nuances et les distinctions qui seraient
nécessaires dans une matière aussi complexe.

Le but poursuivi par les coopératives agricoles de vente est double: elles
visent à la fois 19 l’écoulement régulier et assuré des produits, 2° la stabilisation
des prix à un niveau qui corresponde aux charges des producteurs et de leurs
familles telles que ces charges sont déterminées par les prix des autres produits.
Ce double but ne peut. être atteint que par un ensemble coordonné de moyens
qui ne doivent pas viser seulement l’organisation de l’écoulement des produits,
mais les produits eux-mêmes.

Sans doute, la coopérative de vente pourra, par le rassemblement des produits
de ses membres, fortifier leur position de vendeurs, en substituant aux ventes
individuelles la vente en commun; elle pourra affermir et étendre les débouchés
par une étude approfondie des besoins des centres de consommation et s’efforcer
de limiter les fluctuations des prix par des livraisons qui correspondent à chaque
moment à la demande réelle; elle pourra aussi améliorer les conditions physiques
de la distribution par de meilleurs procédés d’empaquetage, de conservation, de
transport, et, pour certains produits, par l’organisation coopérative de leurs pre-
mières transformations industrielles. Mais tous ces moyens ne seront pleinement
opérants que si, dès l’origine et à la sortie même des exploitations agricoles asso-
ciées, les produits se présentent déjà dans des conditions et avec des qualités qui
en facilitent l’écoulement et permettent des économies sur le coût des différentes
phases de la distribution.

\ L'action en retour des conditions d’écoulement sur les conditions de la pro-
duction s’exerce déjà, il est vrai, même en l’absence des organisations coopératives
sous l'influence du commerce intermédiaire dans la mesure où celui-ci peut y trouver
son propre intérêt. Mais cette influence du commerce intermédiaire est loin d’at-
teindre l'efficacité de l’intervention de la coopérative de vente. Cette intervention
réglée et ordonnée est double: d’une part, la coopérative de vente est en mesure
de faire accepter à ses propres membres des conseils et un contrôle pour l’améliora-
tion des procédés de culture, de récolte, etc.; et, d’autre part, elle peut seconder

* Voir notamment les exposés présentés à la première session de l’American Institute of
Co-operation (THE AMERICAN INSTITUTE OF CO-OPERATION: American Co-operation. À collection
of papers and discussions comprising the first Summer Session of the American Institute of
Co-operation at the University of Pennsylvania in Philadelphia, 20 July-15 August 1925.
2 Vol. Washington, D.C., American Institute of Co-operation, 1731 Eye Street, N.W. 1925.
I, 4003 pp.). — Une deuxième session de l’Institut a été tenue à l’Université de Minnesota
du 21 juin au 17 juillet 1926.

10
        <pb n="22" />
        ce 2) pm
les exploitations agricoles individuelles par l’organisation de l’approvisionnement
en commun en semences sélectionnées, en engrais, en matières anti-cryptogamiques,
etc. Elle obtiendra par ces moyens que l’ensemble des produits individuels ras-
semblés se présentent comme une masse homogène et possèdent les qualités qui,
tout en satisfaisant les besoins de la consommation, réduiront au minimum les
frais de classement, de conservation et de transport.

À ces efforts pour l’amélioration du produit, les coopératives de vente doivent
évidemment joindre une certaine stratégie commezciale. Elles s’efforcent d’avoir
le contrôle de l’offre en s’assurant l’adhésion générale des producteurs intéressés
ou, tout au moins, d’une portion importante d’entre eux. Ce contrôle, la coopérative
de vente l’utilise en vue de la régularisation des quantités mises en vente, compte
tenu des variations des débouchés suivant les lieux et les époques. Mais les efforts
qui tendraient à aller au delà du perfectionnement des méthodes d’écoulement,
et à fixer des prix de monopole semblent condamnés à l’insuccès.

M. William R. Camp, dans une étude présentée à l’assemblée annuelle de
l’Academy of Political Science, en octobre dernier !, fait cette remarque que:
«les producteurs individuellement sont enclins à se laisser illusionner par des
chimères et peuvent même embarrasser la direction des coopératives en déclarant
des récoltes inférieures aux récoltes obtenues dans le but de pousser la direction
à établir un prix de départ plus élevé. Mais l’expérience a enseigné aux directeurs
de celles des coopératives qui peuvent avoir une influence déterminante sur la
fixation saisonnière des prix (fruits secs et noix, par exemple) que, si les prix sont
établis à un niveau trop élevé, il peut devenir impossible d’écouler toute la pro-
duction sur le marché, au cours de l’année, et que toute quantité en excédent
risque d’exercer une forte pression sur le prix de départ de la campagne suivante. »

Il faut noter également que l’élévation des prix peut provoquer, en même
temps qu’une diminution de la consommation ?, une extension des surfaces cultivées
et, par conséquent, un excès de production qui pèsera sur le marché. Or, un accrois-
sement de la production qui ne répond pas à une augmentation de la demande,
mais à l’excitation de prix arbitrairement élevés, va à l’encontre du but poursuivi:

1 Camp, William R. : « Agricultural Pools in relation to regulating the movement and Price
of commodities », publié dans Proceedings of the Academy of Political Science in the City of
New York. Trade Associations and Business Combinations, janvier 1926. Cette étude a été
présentée à une session de l’Académie consacrée à une discussion sur les ententes industrielles.

? L’exemple suivant de la pratique suivie en 1922 par la Coopérative américaine pour la
vente des airelles montre que, dans des circonstances déterminées, la coopération de vente
peut être amenée à s’opposer systématiquement à la hausse des prix. En 1922, la récolte
d’airelles fut peu abondante ; si, au début de la saison de vente (qui ne dure que 4 ou 5 mois),
l’association, sans prendre garde aux circonstances spéciales de l’année, avait simplement mis
sur le marché la même proportion de la récolte à écouler que dans les années normales, les
prix auraient monté; un certain contingent des consommateurs se seraient abstenus et
auraient pu contracter l’habitude de se passer d’airelles. Il en serait résulté que, l’année
suivante, les ventes auraient été plus difficiles et la saison d’écoulement plus longue et plus
coûteuse. C’est pourquoi l’association s’attacha à approvisionner le marché à proportion de
la demande aux prix auxquels étaient habitués les consommateurs.

On pourrait bien entendu citer d’autres exemples semblables comme aussi, inversement,
des cas où des coopératives de vente et leurs membres se sont repentis d’avoir cédé à la
séduction de prix exceptionnellement, mais excessivement, élevés.

oc
        <pb n="23" />
        ni —
l'établissement et le maintien d’un équilibre stable par la satisfaction en qualités
et en quantités des besoins de la consommation.
II. LES COOPÉRATIVES DE CONSOMMATION
ET LE COMMERCE INTERNATIONAL
Les magasins coopératifs de gros

Les organisations coopératives de consommation représentent, elles aussi, à
l’autre pôle du marché, un effort de concentration, —-la concentration des achats, —
et, en même temps, un mouvement vers les sources d’approvisionnement.

Tant que les coopératives de consommation se bornent à des opérations
d’achat et de répartition et quand elles sont isolées les unes des autres, elles n’ont
d'action que sur le marché local ou régional. Mais dès l’instant où elles sont groupées
en puissantes fédérations d’achat (Magasins de Gros) leur rôle se modifie. D’une
part, elles tendent, et quelques-unes d’entre elles, dans certains pays et pour
certaines denrées, sont déjà parvenues à couvrir une portion non négligeable du
marché national, à figurer en tout cas parmi les plus gras acheteurs de leurs pays
respectifs. D'autre part, au fur et à mesure qu’elles se développent et deviennent
financièrement plus solides par l’importance de leurs effectifs et par le soutien
qu’elles se prêtent mutuellement au sein de leurs fédérations, elles s’engagent
toujours davantage, soit par elles-mêmes, soit par l’intermédiaire de leurs Magasins
de Gros, dans la voie de la production des articles et denrées qu’elles répartissent
et dans la recherche des matières premières sur les lieux mêmes de production.
Répondant en premier lieu aux besoins les plus essentiels de leurs adhérents, les
sociétés coopératives locales ou régionales, leurs Magasins de Gros et leurs entre-
prises de production se sont surtout développés dans le commerce et dans les indus-
tries de transformation des produits agricoles.

Leur développement, depuis la guerre, en ce qui concerne leur nombre, leurs
effectifs, leur chiffre d’affaires, a été plus important que dans les 30 années précé-
dentes.

Au cours des dix ou quinze années, l’effectif des coopératives de consommation
a triplé dans quelques pays comme l’Allemagne, comme la France ou comme la
Suède; il a même quadruplé en Belgique, en Finlande. Dans certains pays comme
la Finlande, comme la Grande-Bretagne (4.910.983 membres en 1925) ou comme
la Suisse, 10% des habitants sont membres des coopératives de consommation.
Les coopérateurs étant le plus souvent chefs de famille, c’est sans doute dans
ces pays plus d’un tiers de la population qui apporte une partie de sa puissance
d'achat aux institutions coopératives. D’après les évaluations les plus modestes,
il y a aujourd’hui, dans plus de 50 pays, 50.000 sociétés coopératives de con-
sommation, groupant de 35 à 40 millions de membres.

De même les Magasins de Gros des sociétés coopératives de consommation
sont devenus des entreprises considérables. Le chiffre d’affaires du Magasin de

21
        <pb n="24" />
        Gros de Hambourg, par exemple, est passé de 109.605.470 marks en 1911 à
228.169.471 marks en 1925; en Grande-Bretagne, l’ensemble du volume des affaires
du Magasin de Gros anglais et du Magasin de Gros écossais a atteint en 1925 le
montant de £94.244.833 (£35.744.069 en 1912).

Le chiffre d’affaires des coopératives de consommation en Grande-Bretagne
s’approche de £200.000.000. Le montant des capitaux (capitaux propres et capi-
taux empruntés) dont elles disposaient en 1924 était de £99.531.737, c’est-à-dire
qu’il avait plus que doublé depuis 1913 (£45.267.115). Le Magasin de Gros anglais,
à lui seul (sans y joindre le Magasin de Gros écossais) est le plus important fabri-
cant, la plus grande entreprise commerciale, le plus grand propriétaire foncier
du Royaume-Uni. Il exploite plus d’une centaine d’entreprises dans une quaran-
taine de branches des plus diverses de la production industrielle; la valeur de sa
production, qui a doublé au cours des dix dernières années s’élève à près de
£30 millions !.

Ce que nous proposons de faire apparaître ici, c’est l’ordre de grandeur de leurs
besoins d’approvisionnements en blé ou farine et en produits laitiers et plus particu-
lièrement la portion de leur demande qu’elles apportent sur le marché international.

Notre dessein est non pas de fournir des informations complètes, mais de pré-
senter quelques données caractéristiques et bien établies. Dans l’état actuel des
statistiques, il est impossible de faire une enquête exhaustive. Les difficultés
d’une telle enquête seraient d’ailleurs inégales selon qu’il s’agirait de l’appro-
visionnement en beurre et fromage, d’une part, ou en blé et farine d'autre part.

Les produits laitiers ne font qu’exceptionnellement l’objet de coopératives
spécialisées, ce qui rend presque impossible l’établissement d’une statistique
complète. Au contraire, les coopératives spécialisées dans la fabrication du pain
sont nombreuses et même lorsque les boulangeries appartiennent à des coopéra-
tives de consommation générale, elles n’en sont pas moins techniquement des
unités particulières et distinctes, capables de fournir plus aisément les renseigne-
ments qui les concernent.

Quant au montant des besoins que les coopératives de consommation satisfont
sur le marché international, il dépend, bien entendu, dans une large mesure de
la nature de l’économie de chaque pays, en particulier du rapport entre sa propre
production et sa consommation du produit considéré.

Les organisations coopératives adhérentes à l’Alliance coopérative inter-
nationale ont constitué en 1919 un Comité international, transformé en 1924
en une société qui a pris le titre de « Magasin de Gros coopératif international ».
Cet organisme s’est donné comme tâche d’établir la statistique des transactions
internationales effectuées par chacun des Magasins de Gros nationaux, et d’étudier
leurs possibilités d’approvisionnement en commun.

1 Sur l’efficacité de l’action des coopératives de consommation en vue d’accroître le
pouvoir d’achat des masses, voir le document C.E.I. 11: « Résultats de quelques-unes des
enquêtes établissant la comparaison entre les prix de détail du commerce privé et ceux des
sociétés coopératives de consommation».

79.
        <pb n="25" />
        cc ARRS
Le Magasin de Gros coopératif international a pu recueillir progressivement
des données de plus en plus complètes sur le montant des importations directes
des Magasins de Gros des coopératives de consommation. Nous donnons ci-après
des données qui ont pu être rassemblées pour l’année 1925. La dernière colonne
du tableau indique quelle a été, sur le total des importations de chaque Magasin
de Gros, la valeur des marchandises qu’il a achetées directement à des coopératives
d’autres pays (soit auprès des coopératives de consommation, soit auprès des
coopératives agricoles), ou qu’il s’est procurées par ses propres comptoirs établis
à l’étranger.
MONTANT DU CHIFFRE D'AFFAIRES ET DES IMPORTATIONS DES MAGASINS DE GROS !
TE Marchandises achetées
Ventes Marchandises
ot 28 5 Importations Peoopératives.
fédérées totales Dave pates
ar
£ £ $
Angleterre. . . . .… … 76.585.764 28.252.961 11.420.657
Kcosse... 2 mn -- - 17,659.069 2733215 . 2192864
Allemagne. . . +. - - 11.262066 2.705.871 319.047
Suède. . . EE 5.443.143 1.269.128 12.444
Finlande (2 Magasins de Gros) . . . . 7.103.395 1.224.866 30.320
Tchécoslovaquie (2 Magasins de Gros) . . 4.849.201 1.023.955 3.566
Russie . . . - 19.800.000 811.648 —-
Suisse. . . ee 5.026.131 805.053 25.402
France . reperiier ss 4e 3.517.989 348.500 —
Autriche a ES 2.061.153 307.574? =
Norvège . . ut 4e 1.157.590 213.799 427
Lettonie Sen tn 1.328.572 169.976 2.364
Ukraine Te re 7.646.600 156.318 35.903
Esthonie 104. 802.118 137.893 27.972
Belgique EE a 1.405.080 114.426 3.338
Pologne . .. SE sm 1.576.386 110.734 81.587
Pays-Bas etre 1.052.679 48.062?
Total des importations. . . . . 40.433.979
* Les données de la deuxième colonne du tableau (montant des ventes de chaque Magasin
de Gros à ses sociétés adhérentes) sont extraites d’un relevé qu’a bien voulu nous communiquer
M. H. J. May, secrétaire général de l’Alliance coopérative internationale. Nous n’avons retenu
de ce relevé que les pays pour lesquels il nous était possible de donner en outre (3m° et 4m° co-
lonnes) le montant des importations directes d’après les statistiques du Magasin de Gros
coopératif international.
? Trois trimestres.

2
:
        <pb n="26" />
        04 =

Les marchandises importées provenaient : d’Europe pour £15.871.527,
d'Amérique pour £15.752.617, d’Asie pour £5.466.039, d’Océanie pour £2.317.508,
et d’Afrique pour £1.026.188. Le blé et le beurre viennent en tête des articles
importés par les Magasins de Gros européens (blé: £8.287.513; beurre : £4.735.033).
Ces deux marchandises représentent à elles seules 32% du total des importations.

Le Magasin de Gros coopératif international n’est pas un organe à fonc-
tions commerciales, mais essentiellement un organe de rapprochement entre les
Magasins de Gros nationaux et d'enregistrement statistique de leurs transactions
internationales. Un organisme international à fonctions commerciales, mais limité
à trois pays: le Danemark, la Norvège, la Suède, a été constitué en 1910 sous le
nom de « Nordisk Andelsforbund » (The Scandinavian Co-operative Whoiesale
Society, Ltd.). Cet organisme fonctionne comme agence commune d’achat des
trois Magasins de Gros scandinaves. Le montant des achats effectués par l’inter-
médiaire du Nordisk Andelsforbund en 1925 s’est élevé à 19.100.000 couronnes
danoises. Dans ce total, 2.800.000 couronnes représentent des achats de farine
et céréales, notamment des achats de farine de froment américaine demandée
par le Magasin de Gros du Danemark et achetée directement par le Nordisk
Andelsforbund à un certain nombre de minoteries américaines (les tarifs douaniers
du Danemark rendent possible cette importation dans une mesure plus importante
que dans les autres pays scandinaves).

Produits laitiers

Il faut distinguer entre les pays selon que leur approvisionnement se
produit soit localement, régionalement ou nationalement, soit sur le marché
international.

En Autriche, par exemple, pays producteur, l’importation de beurre et de
fromage est très faible; les coopératives locales s’approvisionnent auprès des
coopératives agricoles de vente ou directement auprès des producteurs. Pour le
beurre, plus de 62% proviennent des coopératives agricoles de vente; près de
35% sont achetés directement aux agriculteurs, le reste est fourni par le Magasin
de Gros. En Finlande, les organisations coopératives de consommation s’appro-
visionnent dans le pays même; l’une des deux grandes organisations centrales
fait 78,67 % de ses achats de beurre et 25% de ses achats en fromage auprès des
coopératives agricoles; l’autre ne s’occupe elle-même de la répartition ni du beurre,
ni du fromage, ses coopératives locales étant directement approvisionnées par la
Centrale de vente des laiteries coopératives. L'Union coopérative suédoise ne fait
pas non plus appel à l’importation. Elle effectue tous ses achats en beurre auprès
des coopératives agricoles et tous ses achats en fromage sur le marché.

Ces faits sont à retenir dans la mesure où ils établissent l’existence de relations
entre coopératives de vente et coopératives de consommation, mais ils n’intéressent
pas le marché international. Il n’en est pas de même pour la Suisse et la Grande-
Bretagne, par exemple.
        <pb n="27" />
        25 —

En Suisse, un grand nombre de coopératives de consommation font entrer
la distribution des produits laitiers dans leurs opérations. En 1922, à la coopéra-
tive de consommation de Bâle, dont l’effectif correspond à peu près au nombre
de ménages domiciliés dans son rayon d’action, le lait, le beurre et le fromage
représentaient 25% du chiffre d’affaires!. L'Union suisse des coopératives de
consommation, qui groupe la plupart des coopératives de consommation, s’appro-
visionne auprès des coopératives agricoles suisses pour la totalité de ses besoins
en fromage, soit 1.607.000 kilos (1925), à l’exception de 5.000 kilos importés
d’Italie. Pour le beurre, au contraire, l’approvisionnement dans le pays (auprès
des coopératives agricoles de vente) ne couvre qu’une faible portion des besoins
de l’Union. Ses importations en 1925, en ce qui concerne cet article, s’élevaient
à 14.120 quintaux, quantité qui, rapportée au montant des importations totales
nettes de beurre en Suisse, en 1924, représenterait presque 16%. La plus grande
partie (plus de 78%) des importations de l’Union provient des coopératives danoises.

La Grande-Bretagne est de tous les pays, incomparablement, le plus gros
importateur de beurre et de fromage. En 1925, ses importations nettes étaient
de 2.789.429 quintaux pour le beurre et 1.494.803 quintaux pour le fromage,
c’est-à-dire pour le beurre et le fromage respectivement plus de 70% et plus de
51% du total des importations nettes de l’ensemble des principaux pays importa-
teurs dans le monde (3.978.309 quintaux pour le beurre; 2.919.524 quintaux
pour le fromage)?. Les Magasins coopératifs de Gros anglais et écossais ‘absor-
baient en 1925 environ 388.380 quintaux, soit 13,9% de la totalité des importa-
tions brutes en beurre la même année; et 129.173 quintaux, soit 8,6% de la totalité
des importations brutes en fromage. Nous verrons plus loin quelles sont leurs
relations avec les coopératives de vente des pays exportateuis.

Blé et farine
BOULANGERIES COOPÉRATIVES

La fabrication du pain, a, de très bonne heure, été abordée par les organisa-
tions coopératives. Dans certains pays, en particulier la Belgique, la France, les
Pays-Bas, etc, les boulangeries coopératives soit comme sociétés spécialisées,
soit comme entreprises de production de sociétés de consommation générale,
sont parmi les organisations coopératives les plus anciennement fondées. Petites
à leur début et sans lien entre elles, elles s’approvisionnaient auprès des producteurs
lorsqu’elles fonctionnaient dans des régions rurales ou auprès des grandes mino-
teries, lorsqu'elles étaient situées dans les centres urbains. Elles se sont rapidement

* À peine moins que l’épicerie (26 %).

* Il convient de retenir, en ce qui concerne le beurre, que le Danemark, l’Australie et la
Nouvelle-Zélande, trois pays où nous avons signalé le grand développement des laiteries
coopératives, couvrent à eux seuls près de 70 % des importations brutes de la Grande-Bretagne ;
en ce qui concerne les importations brutes en fromage, deux pays, la Nouvelle-Zélande et le
Canada y participent à eux seuls pour 86 % de l’ensemble.
        <pb n="28" />
        — 726 —
développées et dans un grand nombre de pays, comme l’Allemagne, l’Autriche,
la Belgique, la France, la Grande-Bretagne, la Suède, la Suisse, etc, les boulangeries
des coopératives de consommation comptent parmi les plus importantes des
grandes boulangeries industrielles. En Allemagne, les sociétés coopératives de
consommation affiliées à l’Union centrale exploitaient (1925) 294 boulangeries
réalisant ensemble un chiffre d’affaires de 104.124.374 marks. En Autriche, sept
grandes boulangeries utilisaient (1925) 112.450 quintaux de farine et produisaient
10.996.318 kilos de pain dont 2.319.402 kilos de pain blanc. En Belgique, 38 des
sociétés affiliées à l’Office coopératif belge exploitaient 78 boulangeries industrielles
utilisant environ 6.839.000 quintaux de farine en 1925. Au Danemark, 35 boulan-
geries coopératives réalisaient en 1925 un chiffre d’affaires de 2.500.000 couronnes.
En Finlande, 50 boulangeries coopératives employaient 87.320 quintaux de farine
en 1925. En France, le nombre des sociétés de boulangerie était de 1.071 et le nombre
des sociétés de consommation générale possédant une boulangerie était de 587.
Le nombre des membres des sociétés de boulangerie était de 258.596 (avec un
chiffre d’affaires en 1925 de 153 millions de francs) et celui des membres des sociétés
de consommation générale possédant une boulangerie, de 639.712, soit, pour les
deux catégories de sociétés, un effectif total de 898.307 membres. Dans le Royaume-
Uni, 720 boulangeries coopératives ou boulangeries exploitées par les sociétés
adhérant à l’Union coopérative absorbaient 3 millions de sacs de 280 Ibs. repré-
sentant environ 3.750.000 quintaux de farine, auxquels s’ajoutent 1.120.500 quin-
taux de farine pour panification domestique, soit, au total, 4.870.500 quintaux de
farine. En Lettonie, 18 boulangeries, 25.248 quintaux de farine, en 1924. En
Suède, en 1925, 53 boulangeries coopératives dont 41 affiliées à l’Union coopéra-
tive. Ces 41 boulangeries utilisaient 21.000 quintaux de farine de blé (et 53.450
quintaux de farine de seigle). En Suisse (1925), 159 boulangeries, exploitées par
des coopératives adhérant à l’Union suisse des coopératives de consommation,
employaient 305.999 quintaux de farine.
MINOTERIES COOPÉRATIVES

Dans la plupart de ces pays et dans quelques autres, l’importance croissante
de la panification qu’elles ont entreprise a obligé les organisations coopératives à
examiner sur de nouvelles bases le problème de leur approvisionnement en farine,
Elles ont tout naturellement été amenées à bloquer leurs besoins, soit qu’elles
chargent entièrement ou partiellement leurs Magasins de Gros de leur procurer
la farine, soit que par leurs propres moyens ou plus souvent par l’intermédiaire de
leurs Magasins de Gros, elles exploitent des minoteries et deviennent acheteuses de
blé. C’est ainsi que, dans la mesure où leurs besoins ne peuvent être satisfaits par
la production nationale, elles apparaissent directement sur le marché international.
À cet égard aussi, c’est encore une fois la Grande-Bretagne et son mouvement
coopératif de consommation qui présentent l’exemple le plus caractéristique.

ne
        <pb n="29" />
        107

La Grande-Bretagne, principal pays importateur, a importé en 1923-1924,
55 millions de quintaux. Or, en 1925, les minoteries des Magasins de Gros anglais
et écossais exigeaient ensemble 7.315.000 quintaux environ par an. Déduction
faite du blé employé pour les semences ou la nourriture des animaux, on évalue
la consommation britannique à 46 millions de quintaux. Par suite, les besoins
en blé, satisfaits par les minoteries du Magasin de Gros anglais représentent déjà
plus de 15,5% des besoins de l’ensemble de la population britannique. Cette pro-
portion tend à s’accroître d’année en année: la production du seul Magasin de
Gros anglais a augmenté de 49,68% au cours de la période 1914-1924. Or, pour
assurer leur approvisionnement, le Magasin de Gros anglais et le Magasin de Gros
écossais doivent nécessairement, puisqu’ils sont assujettis aux conditions générales
de l’économie britannique, recourir à la production des grands pays exportateurs.
Ils se trouvent ainsi engagés, avec toute leur puissance d’achat, dans de grandes
transactions internationales.

En effet, ils ne couvrent en Grande-Bretagne qu’une partie relativement
faible (un peu plus de 10%) de leurs besoins (786.600 quintaux environ); ils font
appel pour près de 90% de leur consommation au Canada, aux Etats-Unis, à l’Ar-
gentine, à l’Australie, à la Russie, à la Pologne, aux Indes et à quelques autres
pays. Le Canada et les Etats-Unis, à eux seuls, contribuent pour 55% aux impor-
tations du Magasin du Gros anglais et pour 88% aux importations du Magasin
de Gros écossais.

III. RELATIONS INTERNATIONALES ENTRE LES COOPÉRATIVES
DE CONSOMMATION ET LES COOPÉRATIVES AGRICOLES DE VENTE

Une enquête menée au cours de l’année 1925, en exécution d’un vœu de la
Commission mixte agricole du Bureau international du Travail et de l’Institut
international d'Agriculture, a permis de relever un certain nombre d’exemples
de relations économiques, soit à l’intérieur d’un même pays, soit sur le plan inter-
national entre coopératives de consommation et coopératives agricoles. Dans
l’état actuel de nos informations, la Suisse pour le beurre, et la Grande-Bretagne
pour les produits laitiers et le blé seraient les seuls pays dont les coopératives
de consommation aient lié des rapports directs et suivis avec les coopératives
agricoles des pays exportateurs.

Produits laitiers

La Suisse, exportatrice de fromage, est importatrice de beurre. Cela explique
que l’Union suisse des Coopératives de consommation, qui peut couvrir auprès
des coopératives de producteurs suisses la quasi-totalité de ses besoins en fromage,
fait à l’étranger des achats en beurre qui la placent parmi les plus gros importateurs
        <pb n="30" />
        28 =—
du pays. Sur les 14.120 quintaux qu’elle importe, 11.110 quintaux proviennent
du Danemark; tout récemment elle a pu se dispenser de l’intermédiaire de courtiers
et ses achats se font directement auprès des organisations coopératives des pro-
ducteurs danois.

Au cours de l’année 1925, les Magasins de Gros des coopératives de consom-
mation de Grande-Bretagne ont couvert leurs besoins en beurre par des achats
à l’étranger qui ont porté sur 381.000 quintaux dont 248.000 provenaient du Dane-
mark. Or, comme nous l’avons indiqué plus haut, ce sont les coopératives agricoles
qui produisent en totalité ou presque en totalité le beurre que le Danemark exporte.
Les achats des Magasins de Gros britanniques représentent 20% des exportations
totales de beurre du Danemark et 29% de ses exportations vers la Grande-Bre-
tagne. Le Magasin de Gros anglais est en contact avec la coopération danoise
depuis de longues années par l’intermédiaire des comptoirs d’achat au nombre
de cinq qu’il a établis sur place. Le premier de ces comptoirs fut créé à Copenhague
en 1881.

Des relations directes ont été également établies entre le Magasin de Gros
anglais et les beurreries coopératives finlandaises groupées dans l’organisation
« Valio ».

Les relations du Magasin de Gros anglais avec les coopératives russes datent
de 1922. En 1924, les transactions coopératives russo-britanniques ont porté sur
25.000 barils de beurre pour une valeur de £205.162; et, en 1925, sur 41.914 barils
de beurre, pour une somme de £305.176. Les transactions qui avaient eu lieu
en 1924 par l’intermédiaire du « Centrosoyus » (Union centrale des coopératives
russes de consommation), ont eu lieu, en 1925, par l’intermédiaire du « Selosoyus »,
agence de vente à Londres du « Maslocenter » (Union des laiteries coopératives
russes) !.

Les relations entre le Magasin de Gros anglais et la « New Zealand Producers’
Co-operative Marketing Association » ont pris une forme organique par la consti-
tution, à Londres, en 1921, d’une société mixte fonctionnant comme agence com-
mune des deux parties.

Cette organisation a pris le nom de « New Zealand Produce Association Ltd. »:
les seuls actionnaires en sont le Magasin de Gros anglais et la société coopérative
néo-zélandaise, qui ont souscrit des parts égales. Le conseil d’administration est
constitué par deux directeurs de chacune des associations fondatrices, et le pré-
sident est choisi alternativement, tous les ans, dans l’une de ces associations.
Les transactions sont fondées sur les principes commerciaux ordinaires; un droit
de courtage, au taux courant, est demandé pour chaque opération, et le bénéfice,
après prélèvement des frais — qui allait jusque-là aux commerçants — est réparti
entre les producteurs et les consommateurs. L’organisation de Nouvelle-Zélande

! Le total des produits achetés par la coopération britannique aux coopératives russes
s’est élevé, en 1925, à £ 705.770. Dans ce chiffre ne sont pas comprises les transactions sur le
blé effectuées par la Russo-British Grain Export Company. D’autre part, le Magasin de Gros
anglais a vendu aux coopératives russes, en 1925, pour £ 304.194 de marchandises.
        <pb n="31" />
        —_ 29 —

s’occupe de la manutention, de l’expédition, de l’assurance et des arrangements
financiers, dans le pays d’origine, et informe l’Agence de Londres de tous les envois
effectués ; elle informe également ses membres des prix obtenus pour leurs produits,
et leur communique toutes les informations qui peuvent lui être envoyées. L'Agence
de Londres reçoit les marchandises à l’arrivée; elle s'occupe de l’emmagasinage
si cela est nécessaire, fait fonction d’agent de vente, et fixe le prix auquel les pro-
duits doivent être vendus sur le marché britannique.

Le Magasin de Gros n’est pas obligé d’acheter les produits de l’association
néo-zélandaise et celle-ci peut ne pas vendre au Magasin de Gros. Si, de l’avis
du Magasin de Gros, les prix fixés par l’organisation d'outre-mer sont trop élevés,
le Magasin de Gros peut s’adresser à d’autres producteurs et la société coopérative
néo-zélandaise est toujours libre de vendre à des commerçants indépendants.
Cette entente est intervenue à la suite des objections de certaines des laiteries
néo-zélandaises, qui ont craint que dans le conseil d’administration le président,
dont la voix est prépondérante, ne puisse, sur une question de fixation des prix,
voter dans l’intérêt de son organisation. Dès que cette objection fut présentée,
avec les raisons la motivant, au Magasin de Gros, celui-ci renonça à son droit
de participer à la fixation des prix et cette fonction est exercée par les représen-
tants de la Société coopérative néo-zélandaise; cet arrangement a donné toute
satisfaction.

L’Agence commune écoule, en Grande-Bretagne, du beurre, du fromage et
autres produits provenant des coopératives agricoles groupées dans l’organisation
néo-zélandaise. Le Magasin de Gros anglais est le principal acheteur de ces pro-
duits et il lui arrive d’absorber tous les envois de la Société néo-zélandaise. En 1924,
ces envois se sont élevés pour le fromage à 68.950 quintaux d’une valeur de
£627.029 et pour le beurre à 17.900 quintaux pour une valeur de £330.948.

En 1923, a été constituée, sous le titre de Russo-British Grain Export Company,
une société au capital de £100.000, dans laquelle les intérêts russes et les intérêts
britanniques sont représentés par parts égales. Du côté russe figurent, d'une part,
des organismes d’Etat (le Commissariat pour le commerce extérieur, et son agence
à Londres « Arcos » et la Banque d’Etat) et, d'autre part, l’Union centrale des
Coopératives de Consommation « Centrosoyus », l’Union panrusse des Coopératives
agricoles « Selskosoyus » et la Banque coopérative panrusse « Vsekobank ». Du
côté britannique, figurent pour moitié le Magasin de Gros des coopératives
anglaises et, pour l’autre moitié, deux maisons privées de courtage et d’armement.
L'objet de cette société est l’achat du blé dans les entrepôts des ports russes ou
en cargaison et son écoulement en Grande-Bretagne, en France, en Italie et dans
les pays du sud de l’Europe. Les quantités de blé exportées par cette Compagnie
se sont élevées à 792.500 quintaux en 1923, 2.824.500 quintaux en 1924, 5.608.300

Blé
        <pb n="32" />
        Et
quintaux en 1925 et atteignent, pour 1926, le chiffre de 6.858.000 quin-
taux.

Les Magasins de Gros anglais et écossais sont, d’autre part, en relation avec
les coopératives de producteurs de blé du Canada. En 1925, le Magasin de Gros
anglais a importé 2.530.000 quintaux de blé canadien!. Le développement récent
de l’organisation coopérative de la vente et de l’exportation du blé au Canada,
ainsi que les relations déjà anciennes entre le mouvement coopératif du Canada
et celui de Grande-Bretagne permettent de prévoir que c’est par l’intermédiaire
des coopératives canadiennes des producteurs de blé et en contact direct avec elles
que les Magasins de Gros britanniques couvriront la totalité de leurs besoins en
blé canadien. Notons qu’inversement, les coopératives de consommation cana-
diennes, qui se développent maintenant rapidement dans les provinces canadiennes,
s’approvisionnent en denrées coloniales et objets manufacturés auprès du Magasin
de Gros anglais.

Le Magasin de Gros de Manchester est également en communication directe
avec les coopératives de vente des producteurs de blé australiens. L’année dernière,
la Centrale d’exportation du blé de l’Australie. occidentale (Co-operative Wheat
Pool of Western Australia), estimant que les conditions exigées par les banques
privées de la colonie étaient exagérées, s’adressa à la Banque du Magasin de Gros
anglais et obtint d'elle l’aide financière dont elle avait besoin à un taux de !/2 %
inférieur à celui qui était consenti par les banques australiennes sous la garantie
de l’Etat. La Banque du Magasin de Gros anglais consentit une ouverture de crédit
de £1.365.000 qui permit à la coopérative de vente de l’Australie occidentale
d’accorder à ses membres un premier versement de 3 sh. 6 par boisseau de blé
dès la livraison, puis les paiements successifs jusqu’à la clôture des opérations
qui portèrent sur 9.500.000 boisseaux de blé (2 millions 1/2 de quintaux), d’une
valeur de £3.167.000. L'accord a été jugé si satisfaisant qu’il a été renouvelé
pour la campagne 1925-1926.

Ainsi que le montrent les exemples que nous venons de citer, les relations
entre coopératives de consommation et coopératives agricoles se présentent
sous des modalités diverses depuis les relations, accidentelles ou habituelles, qui
ont la forme de transactions commerciales ordinaires, jusqu’à la constitution
d’organismes mixtes permanents.

Les marchés passés dans la forme ordinaire des transactions commerciales
ne constituent en eux-mêmes qu’un faible progrès sur les transactions que chacune
des deux parties peut passer avec le commerce privé; en tout cas, ils n’introduisent
aucun principe nouveau. Toutefois, ils peuvent créer par leur renouvellement
un courant commercial stable et préparer les voies à une liaison plus étroite.

1 Pour le Magasin de Gros écossais, nous ne possédons qu’un chiffre global pour l’ensemble
de ses importations provenant du Canada et des Etats-Unis (1.070.000 quintaux). On sait
qu’une partie du blé canadien passe par les ports des Etats-Unis.

s0
        <pb n="33" />
        — ww

Au contraire, les contrats équivalents à des pactes d’association et les entre-
prises gérées conjointement constituent des modes de liaison tendant à assurer
d’une manière régulière et organique une chaîne coopérative continue depuis
l’exploitation agricole jusqu’au ménage du consommateur.

Il était nécessaire que le mouvement coopératif ait déjà acquis un certain
développement, aussi bien du côté des coopératives de consommation que du
côté des coopératives agricoles, pour que l’idée déjà ancienne d’une liaison entre
les unes et les autres cessât d’être un simple vœu né de la reconnaissance de la
parenté des principes et des méthodes. Cette parenté d’ailleurs n’a pas toujours
été pleinement reconnue, notamment dans les pays où l’évolution économique a
séparé, et, par la suite, souvent mis en opposition, les populations rurales et les
populations urbaines. Toutefois, dans un certain nombre de pays où la coopération
urbaine et la coopération rurale s’étailent un moment divisées ou s’ignoraient,
des comités communs ou des organisations communes ont été constituées dans
ces dernières années, ou sont en voie de constitution (Allemagne, France, Suisse,
Grande-Bretagne). Nous pouvons, en outre, noter comme un symptôme de l’intérêt
croissant que les milieux coopératifs portent à la question des relations entre
coopératives agricoles et coopératives de consommation, sa mise à l’ordre du jour
du XIIe Congrès de l’Alliance coopérative internationale, qui se tiendra à Stock-
holm en août 1927.
        <pb n="34" />
        ANNEXE
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

Lorsque, au cours de sa deuxième session, le Comité préparatoire de la Conférence écono-
mique internationale eut pris connaissance du mémoire qui précède, il exprima le désir qu’un
document semblable concernant d’autres produits agricoles que le blé et les produits laitiers fût
préparé pour être présenté à la Conférence économique internationale elle-même. Ce document,
dont les éléments, déjà rassemblés, furent recoupés et ordonnés pendant le temps nécessaire à
l'impression du mémoire, se rapporte au rôle des organisations coopératives dans le commerce
international du bacon, des œufs, des fruits, du miel, du tabac, de la soie naturelle, du lin, de la
laine et du coton.

Le nombre des produits examinés, beaucoup plus grand que dans le mémoire même, et le
dessein purement complémentaire de ce nouveau document appelaient nécessairement une extrême
brièvelé. D'autre part, le très court délai ne laissait pas la faculté de combler d’une manière
complète et sûre les lacunes que présentent inévitablement des informations recueillies au jour
le jour sans la systématisation que comporte une enquête spéciale.

Le fait que les notes qui suivent se présentent comme un prolon gement du mémoire permet-
tait d’omettre généralement toute information historique et toute description des méthodes coopé-
ratives en ce qu’elles ont de propre, sauf à fournir parfois l’indication brève de particularités
originales et explicatives.

Quant à la matière même des informations à fournir, elle a, comme dans le mémoire, sa
source dans l’activité des organisations coopératives aussi bien de producteurs que de consomma-
leurs des produits considérés. Or, comme on l’a vu, les organisations coopératives de vente,
surtout pour l'écoulement vers des marchés lointains, se spécialisent aussi étroitement que pos-
Sible par produits, tandis que, inversement, les organisations coopératives des consommateurs —
du moins en général et jusqu’au moment présent — s'efforcent de satisfaire à la fois et par la
même institution le plus grand nombre possible des besoins de leurs membres. Cette différence
frouve son expression dans la manière dont les unes et les autres rendent compte de leur activité
et par conséquent dans l’usage qu’il est possible de faire de leurs rapports et de leurs statistiques
pour l’objet qui nous était proposé. Pour un produit donné il est le plus souvent moins malaisé
d'être informé sur la quantité qu’une organisation d'écoulement en a exportée et sur la destina-
tion des expéditions que de démêler d’une manière sûre, même dans les comptes d’une grande
et prospère organisation coopérative de consommation, les quantités et l’origine de ses achats".

Nous présenterons les données que nous avons rassemblées dans l’ordre suivant, qui respecte
autant que possible l’ordre dans lequel les méthodes coopératives d’écoulement ou d’approvision-
nement se sont successivement étendues et perfectionnées d’un pays à un autre et d’un produit
à un autre: a) bacon, b) œufs, c) fruits (raisins secs, oranges et citrons, pruneaux et abricots
secs, pommes de table), d) miel, e) tabac, f) textiles (soie, laine, lin, coton ).

* Toutefois nous devons à cette place des remerciements particuliers au Magasin de Gros
des coopératives allemandes de consommation, qui très rapidement a pu nous transmettre
les résultats d’un dépouillement détaillé de ses importations.

39
        <pb n="35" />
        cd =
Bacon

Dans la plupart des pays d’élevage, les institutions coopératives pour la vente du bétail
ont pris un large développement. Mais il n’y a pas lieu de tenir compte ici des pays, comme
l’Allemagne, la Norvège, etc, où l’organisation coopérative de l’écoulement du bétail joue
un rôle déjà important sur le marché national, mais qui ne sont pas, d’une manière notable,
des pays exportateurs de viande. ; ;

Dans les pays exportateurs, il faut distinguer suivant que l’exportation porte sur la
viande de porc ou sur les autres viandes. En ce qui concerne les autres viandes et les autres
animaux que le porc, ce sont, en général, seulement les premières phases de l’écoulement qui
se font sur des bases coopératives. Aux Etats-Unis, par exemple, les centrales de vente
créées par les associations coopératives d’éleveurs, et dont la plus ancienne date de 1919,
ont, en 1923, mis sur le marché 9.939.512 animaux pour une valeur de $ 192.564.431 ; mais
la plus grande partie de ce troupeau est dirigée sur le marché central de Chicago.

I] en est tout autrement en ce qui concerne l’écoulement de la viande de porc, pour
lequel le mouvement coopératif, qui trouve un guide et un appui dans les organisations
coopératives déjà existantes (maïs, blé, pommes de terre et surtout lait), a pu se développer
jusqu’à entrer directement en rapport avec le marché international. Même dans les pays
exportateurs de faible importance, le mouvement coopératif joue un grand rôle: c’est ainsi,
par exemple, que, en 1925, l’organisation coopérative « Konzums » de Lettonie a exporté
71.059 kg. de bacon, ce qui représente 64,3 pour cent de la quantité totale exportée par le
pays.

2 Pour simplifier cet exposé, nous nous limiterons à ce qui concerne le bacon. De toutes
les viandes de porc entrant sur le marché international, c’est de loin la plus importante. En
Grande-Bretagne, grand pays importateur de viande de porc, le bacon représentait en 1925
environ 75 pour cent de la viande de porc importée, aussi bien en quantité (7.486.620 cwt.
sur 10.278.384 cwt.)* qu’en-valeur (£ 42.239.817 sur £ 57.031.488) !. Sur ce montant, les
importations provenant de l’Etat libre d’Irlande figurent pour 6,2 pour cent, celles du
Canada, pour 16,9 pour cent, celles des Etats-Unis, pour 19,9 pour cent. C’est le Danemark
qui arrive de loin en tête, assurant plus de 50 pour cent de cette importation.

Les abattoirs coopératifs au Danemark. — Après l’industrie laitière, l’industrie de la
viande de porc est la plus importante des industries agricoles du Danemark, Ces deux
industries se supportent d’ailleurs mutuellement, l’une reposant assez largement sur l’utili-
sation des sous-produits de l’autre. Née peu après l’industrie laitière, l’industrie de la viande
de porc l’a aidée à s’établir sur des bases particulièrement économiques et, par ailleurs, elle
a naturellement suivi le même rythme de développement.

Le nombre des pores recensés au Danemark en 1881 atteignait 527.417; au 15 juillet
1924, ce nombre s’élevait à 2.868.139, soit, en 43 années, une augmentation de 443,8 pour
cent, et le nombre des porcs abattus au cours de la même année était de 4.024.038 ?.

Les quantités de bacon exportées ont suivi un accroissement analogue. Faute d’infor-
mations statistiques suffisantes, des comparaisons rigoureuses ne sont pas possibles. Il suffira
de rappeler que, en 1887, les quantités exportées en viande de porc de toutes catégories
(porc frais, bacon, jambon, etc.) s’élevaient à 25.000 tonnes alors que, en 1924, l’exportation
du seul bacon atteignait 1.971.722 quintaux.

Ce développement, dont la rapidité frappe l’attention, s’est heurté tout d’abord à
quelques difficultés. Les deux principales se rapportaient l’une aux conditions de la produc-
tion, l’autre aux conditions de l’écoulement. D’une part, un approvisionnement régulier
des abattoirs était nécessaire pour utiliser à plein les installations; d’autre part, il fallait
que les porcs amenés aux abattoirs soient tous d’une espèce et d’une qualité uniformes et
constantes, celles qui correspondent aux exigences du marché britannique *

! Chiffres provisoires.

? Les chiffres correspondants manquent antérieurement à 1912 (2.423.564). En 1888,
apres une année de fonctionnement, le premier abattoir coopératif avait tué 23.400 pores.
; Après avoir produit un pore lourd et gras, pour les besoins du marché allemand, les
éleveurs danois devaient produire un porc moins lourd (90 kg. environ), plus long, musclé, etc.
propre à fournir le « bacon ». — (Mode de rémunération des producteurs: réduction de 1 pour
cent et 2 pour cent par livre sur le poids total, lorsque le poids de l’animal livré à l’abattoir
est supérieur ou inférieur au poids optimum.)
        <pb n="36" />
        —— —

C’est dire que le succès de l’industrie dépendait presque complètement de la mesure dans
laquelle il était possible de compter sur une collaboration active et permanente des éleveurs.
Il n’est pas téméraire de penser que c’est cette nécessité qui a assuré la prédominance des
abattoirs coopératifs sur les abattoirs privés.

Le premier abattoir coonératif a été établi en 1887; trois ans plus”tard, il v avait 10
abattoirs coopératifs et, en 1925, il y en avait 50. De 1888 à 1914, le nombre des pores traités
dans les abattoirs coopératifs a augmenté plus de mille fois (de 23.400 à 2.434.615). En 1923,
les abattoirs privés n'étaient plus qu’au nombre de 16. Leur nombre tend à décliner (il v en
avait 21 en 1912). Leur imnortance movenne est d’ailleurs inférieure à celle des ahattoirs
coopératifs, puisque, en 1924, sur 4.024.038 pores abattus au Danemark, 3.297.286, soit
80 pour cent, étaient entrés dans les 49 abattoirs coopératifs existant alors.

Le principal et presque l’unique débouché de cette industrie, c’est la Grande-Bretagne
qui, en 1923, absorbait 85 pour cent du bacon produit au Danemark.

L'organisation de cet écoulement présente quelques caractères intéressants qui mar-
quent l'effort systématique des éleveurs danois pour raccourcir le chemin entre la production
et la consommation.

Il n’y a, au Danemark, aucun intermédiaire occupé à l’exportation du bacon des abat-
toirs coopératifs. Ceux-ci se trouvent donc en contact direct avec le marché britannique.
La moitié d’entre eux v utilisent les services de commissionnaires qui les représentent et les
tiennent en rapport avec les grossistes.

Les autres se sont efforcés d’organiser leur écoulement d’une manière plus directe encore,
soit, exceptionnellement, en établissant des relations immédiates avec les détaillants (géné-
ralement de grandes entreprises à surcursales multiples), soit par le moyen d’une agence
d'importation sous leur contrôle, la « Danish Co-operative Bacon Trading Co. ».

La « Danish Co-operative Bacon Tradina Co. ». — Cette société, qui est enregistrée et
fonctionne sous le régime juridique des sociétés britanniques, a été créée en 1902 par trois
abattoirs coopératifs: elle en groupe aujourd’hui 18, qui s’engagent à lui livrer le total de
leur production hebdomadaire destinée à l’exportation. Elle écoule à elle seule environ le
tiers du bacon importé du Danemark et est ainsi le plus important des organismes de distri-
bution du bacon en Grande-Bretagne.

Elle cumule les fonctions des commissionnaires et celles des grossistes et ne prélève
pourtant sur ses opérations qu’une commission de 1,5 pour cent, qui représente la rémunéra-
tion movenne des seuls commissionnaires. Pour cette raison, elle passe pour avoir déterminé
une réduction du taux de commission antérieurement pratiqué par les représentants des
abattoirs. En outre, et bien que cela ne puisse être établi par des documents indiseutables
(en raison de méthodes comptables qui rendent très difficile toute comparaison), la Danish
Co-operative Bacon Trading Co. affirme qu’elle assure aux abattoirs coopératifs qui ‘sont
ses membres un prix supérieur à celui que recoivent de leurs commissionnaires les autres
abattoirs; en même temps, elle affirme que, grâce à l’approvisionnement considérable dont
elle dispose, elle est en mesure de demander aux détaillants un prix inférieur à celui qu’exigent
les grossistes. En tout cas, il est généralement admis que son activité exerce une action
stabilisatrice sur l’ensemble du marché du bacon.

Signalons encore quelques particularités intéressantes concernant le mode de réparti-
tion de ses excédents et la constitution de son capital. Les excédents nets sont répartis par
moitié entre les détaillants acheteurs et les abattoirs fournisseurs et chaque abattoir ou
détaillant recoit une ristourne proportionnelle au montant des opérations qu’il a faites avec
la”société. Quant au capital, il est fourni principalement par les 18 abattoirs coopératifs,
proportionnellement à l’importance de la portion de leur production qui est destinée à
l’exportation; une faible partie est apportée par quelques-uns des détaillants qui s’appro-

visionnent auprès de la société ; ces détaillants peuvent, s’ils le désirent, employer le montant
de leurs ristournes à augmenter leur participation en capital dans la société.

Par sa structure, par son fonctionnement, comme par le rêle qu'elle joue sur le"marché,
cette société porte donc certaines caractéristiques qui rappellent la « New Zealand Produce
Association Limited », qui”unit, sur lc"marché des produits laitiers, les organisations coopé-
ratives des producteurs de Nouvelle-Zélande et les consommateurs organisés coopérative-
ment en Grande-Bretagne !,

1 Voir pp. 28-29.
        <pb n="37" />
        — 35 —

Besoins et méthodes d'approvisionnement des coopératives de consommation britanniques. —
En 1925, le Magasin coopératif de Gros anglais (Manchester) et le Magasin coopératif de Gros
écossais (Glasgow) ont importé ensemble du bacon pour une valeur de £ 5.038.066, ce qui,
pour la même année, représente 11,9 pour cent de l’importation britannique totale en bacon.
Plus des trois cinquièmes (pour une valeur de £ 3.272.254) de l’importation effectuée par ces
organisations, provient de comptoirs qu’elles ont établis dans différents pays pour se rap-
procher des lieux de production. L'importation totale du seul Magasin de Gros anglais repré-
sente une valeur de £ 4.821.942. Sur ce montant, £ 3.056.130 représentent l'importation
en bacon provenant de comptoirs établis aux Etats-Unis, dans l’Etat libre d’Irlande et
surtout de cinq comptoirs établis au Danemark dont l’un est un abattoir.

Une autre partie de l’importation en bacon du Magasin de Gros anglais et du Magasin
de Gros écossais (respectivement £ 354.122 et £ 10.695 du 1. 12. 25 au 30. 11. 26) s’effectue
par l’intermédiaire de la Danish Co-operative Bacon Trading Co. Remarquons que, comme
client, le Magasin de Gros anglais se trouve à l'égard de cette Société dans une situation
comparable à celle qu’il occupe vis-à-vis de la New Zealand Produce Association.

Œufs

‘Les œufs constituent un article important du commerce international des denrées
alimentaires et leur marché intéresse la plupart des pays comme exportateurs ou comme
importateurs. Dans l’une et l’autre catégories de pays, les organisations coopératives jouent
un rôle important, soit pour la distribution, soit surtout pour le ramassage et l’écoulement.

Principales organisations coopératives pour le ramassage el l’écoulement. — Notons
tout de suite que pour cet article encore le principal marché est la Grande-Bretagne dont les
importations nettes en œufs (compte non tenu des importations provenant de l’Irlande du
Nord ni des importations d’œufs desséchés, de poudre d'œufs, etc.) représentent environ
55 pour cent de sa consommation. C’est donc le marché par rapport auquel il peut être
commode de classer par ordre d'importance les pays exportateurs.

D’après les quantités d’œufs en coque exportées vers la Grande-Bretagne en 1924 (et
exprimées en millions de pièces), les principaux pays fournisseurs se rangent de la manière
suivante: Danemark (725), Etat libre d’Irlande (562), Fgypte (195), Pays-Bas (148), Chine
(124), Russie (99), Pologne (88), Latvie (86), Belgique (84), etc.

D’après la valeur de ces importations (exprimées en milliers de livres sterling) l’ordre
devient le suivant: Danemark (5.496), Etat libre d’Irlande (3.363), Pays-Bas (1.025), Egypte
(861), Chine (660), Belgique (553), Russie (479), Lettonie (441), Pologne (431), ete. Observons
que dans cet ordre, qui marque les différences de valeur commerciale des œufs exportés, les
Pays-Bas passent du quatrième rang (par les quantités) au troisième et la Belgique du
neuvième au sixième.

Nous ne retiendrons ci-après que ceux de ces pays pour lesquels il est actuellement
possible de fournir quelques informations récentes en ce qui concerne leur mouvement
coopératif d’écoulement des œufs. L'importance de l’Etat libre d’Irlande, où l’organisation
coopérative de l’écoulement des œufs s’est rapidement développée au cours des dernières
années et a considérablement amélioré la qualité des produits !, se mesure le mieux en rela-
tion avec le marché anglais et les chiffres donnés ci-dessus peuvent suffire.

Au Danemark, au cours des trente dernières an:iées, le nombre des poules a plus que
quadruplé (5.900.000 en 1895; 25.000.000 en 1925) et la valeur de l’exportation en œufs
a augmenté près de 18 fois (de Kr. 7 millions à Kr. 125 millions). En 1925, un peu plus de
25 pour cent de l’exportation totale étaient assurés respectivement pour 3/8 et pour 5/8
environ par 7 abattoirs coopératifs d’une part et par la coopérative centrale danoise d’ex-

portation des œufs (Dansk-Andels Aegeksport), qui ont réglementé, organisé et amélioré les
conditions du ramassage, du nettoyage, du mirage, du classement des œufs.

Aux Pays-Bas également l’écoulement des œufs est organisé dans une proportion de
25 pour cent sur des bases coopératives. (En 1925, l’une des principales centrales coopératives
pour la vente des œufs a mis sur le marché environ 10) millions d’œufs.)

, En 1925, les organisations coopératives russes ont fourni des œufs destinés à l’exporta-
tion pour une valeur de £ 1.278.611, soit à peu près la moitié de la valeur de l’exportation

! Voir Year Book of Agricultural Co-operation in the British Empire, publié par THE
HoORACE PLUNKETT FoUNDATION, Londres, 1926.
        <pb n="38" />
        ——-w
totale en œufs de l’U.R.S.S. à la même époque (£ 2.566.700). Signalons que, sur les quantités
livrées par les organisations coopératives, un quart environ provenait du «Centrosoyus» qui
est l’organisation centrale des coopératives de consommation. C’est que, dans certains pays
où le mouvement coopératif de consommation s’est largement développé dans les cam-
pagnes, les sociétés locales ont souvent organisé le ramassage des œufs.

C’est le cas aussi en Pologne où l’Union des sociétés de consommation de la République
polonaise a, de janvier à septembre 1926, exporté 803.000 kg. d’œufs. De leur côté, les coopé-
ratives agricoles de ramassage fortement éprouvées et, dans certains cas, anéanties par la
guerre sont en voie de réorganisation. En 1926, par exemple, la Centrale coopérative de
Lwow pour la vente et l’exportation des œufs a exporté environ 10.454.400 œufs, et l’Union
coopérative de Cracovie pour l’écoulement des œufs (Jajo) en a exporté 15.228.400. On peut
estimer que, pendant l’année écoulée, les organisations coopératives ci-dessus mentionnées
et quelques autres ont assuré environ 5 pour cent de l’exportation polonaise en œufs.

Signalons encore à titre d’exemple qu’en Esthonie, la Société centrale de gros des coopé-
ratives agricoles « Estonia » a exporté en 1923 une quantité d’œufs, qui sans être très consi-
dérable (1.384.200 pièces) n’en représente pas moins 33 pour cent environ de l’exportation
totale en œufs de l’Esthonie*.

Besoins et sources d’approvisionnement de quelques organisations centrales de coopéra-
tives de consommation. — En dépit de la difficulté que présente l’établissement de statistiques
en ce qui concerne la distribution des œufs, il est possible de montrer par quelques exemples
la mesure dans laquelle certains magasins de gros de coopératives de consommation se sont
engagés sur le marché international des œufs.

Le Magasin coopératif de Gros écossais a établi en Irlande (Enniskillen) un important
comptoir d’achat qui, en une seule année, a livré 34 15 millions d’œufs. Source plus lointaine
d’approvisionnement: en 1924, le Magasin de Gros écossais a reçu 1.000 caisses d’œufs de
l’United Farmers’ Co-operative Company (Ontario).

De même, le Magasin coopératif de Gros anglais s’approvisionne en œufs auprès des
comptoirs qu’il entretient en Irlande comme auprès de ses cinq comptoirs danois.

Le Magasin de Gros des coopératives de consommation allemandes en 1925 a importé,
pour une valeur de 4 millions de marks, plus de 38 15 millions d’œufs, provenant notamment
de la Styrie (8.920.000 pièces), l’Italie (6.158.000), la Russie (6.040.000), la Hongrie
(4.225.000), la Pologne (2.704.000), les Pays-Bas (2.140.000), le Royaume des Serbes,
Croates et Slovènes (1.451.000), la Bulgarie (1.252.000), etc. Sur cette quantité totale,
1.263.000 œufs provenaient des organisations coopératives russes (Centrosoyus et Selsko-
soyus) et tous les œufs importés de Suisse (208.000) ont pour origine des organisations
coopératives ?.

Fruits

De grandes organisations coopératives de vente, répondant à la nécessité de l’écoule-
ment d’une production croissante sur des marchés éloignés, se sont constituées dans tous
les pays où la production fruitière a pris un développement très rapide au cours des deux
dernières décades (Etats-Unis, Canada) ou au cours de ces dernières années (Australie,
Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Afrique du Nord, Palestine). Dans des pays plus ancienne-
ment engagés dans l’exportation des fruits, comme la Grèce, l’Espagne, la France, l’Italie,

* Aux Etats-Unis, l’écoulement des produits, même lorsqu'il s’effectue dans les limites du
territoire national, est pour une large part un écoulement sur des marchés lointains et, par
conséquent, par la plupart de ses aspects techniques, présente les caractères d’une exportation.
Quelques chiffres marquant l’importance des organisations coopératives même sur le marché
national peuvent donc être à leur place ici. Notons par exemple que 50 pour cent des œufs
frais vendus à New-York proviennent des organisations coopératives de la région du Pacifique.
En 1924, 156 organisations coopératives agricoles ont écoulé 840 millions d’œufs environ pour
une valeur de 22 millions de dollars. En 1925, 50 associations coopératives spécialisées dans la
vente des œufs en ont écoulé pour une valeur de $ 26.936.459.

? Etant donné le développement atteint par le mouvement coopératif agricole dans la
plupart des pays d’origine autres que la Russie et la Suisse et, bien que les achats aient été
effectués sans contact avec les organisations coopératives, il n’est guère douteux qu’une
grande proportion des œufs ainsi achetés avait été mise sur le marché par les organisations
coopératives d’écoulement.
        <pb n="39" />
        — 37
etc. les producteurs ont également recouru d’une manière croissante à l’organisation coopé-
rative.

Dans la règle, les coopératives de producteurs de fruits(se sont conformées au principe
de l’organisation « produit par produit », sauf à instituer parfois entre elles des services
communs. C’est ainsi qu’en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans l’Afrique du Sud, des fédé-
rations groupent la plupart des coopératives de vente plus ou moins spécialisées par produit
et que ces fédérations se sont à leur tour unies pour établir à Londres une agence commune
(Overseas Farmers’ Co-operative Federation Ltd.!). Notons dès maintenant, d’une part,
que la presque totalité de la production fruitière de ces trois Dominions est écoulée en
Grande-Bretagne par leur agence commune; et, d’autre part, que cette agence est en rela-
tions directes avec les Magasins de Gros des coopératives de consommation britanniques.
Nous nous dispenserons de reproduire ces deux indications dans chacun des paragraphes
ci-après où nous avons rassemblé séparément pour chacune des principales catégories de
fruits les données que nos sources actuelles nous ont permis de réunir.

Raisins secs

a) Raisins de Corinthe. — La Grèce est le plus grand pays producteur et exportateur
du raisin de Corinthe. Sa production, qui peut atteindre en bonne saison plus de 150.000.000
kg, est suffisante pour couvrir la consommation mondiale.

Les producteurs de raisins de Grèce ont constitué entre eux un assez grand nombre de
sociétés coopératives. Ces sociétés sont pour la plupart groupées en unions régionales qui
effectuent les exportations pour le compte de leurs membres, leur procurent des avances et
s’efforcent d’éliminer les commerçants exportateurs. 700 coopératives ont constitué entre
elles une agence commune, le « Comptoir central du Raisin de Corinthe ». Dans les deux
principales régions de production, le Péloponèse et la région de Vostizza, la proportion des
producteurs groupés dans les sociétés coopératives s’élève respectivement à 40 et 65 pour
cent.

Le Magasin de Gros des coopératives de consommation françaises est depuis mai 1926
en relations avec les coopératives grecques par l’intermédiaire de leur Comptoir central: les
transactions pour le deuxième semestre 1926 ont porté sur 20.000 kg. de raisins secs.

Notons, d'autre part, le développement récent de la production du raisin de Corinthe
en Australie dont l’importance relative par rapport à la production grecque peut être
appréciée par les proportions dans lesquelles les deux pays interviennent dans les importa-
tions de la Grande-Bretagne. En 1924 les importations britanniques de raisins de Corinthe
ont été couvertes dans la proportion de 86,3 pour cent par les exportations grecques
(588.598 quintaux) et de 15,6 pour cent par les exportations australiennes (93.036 quintaux).

L’« Australian Dried Fruit Association» groupe la majorité des producteurs de fruits
d’Australie et notamment 90 pour cent des producteurs de raisins.

b) Autres catégories de raisins secs. — Les importations britanniques de raisins secs
(autres que les raisins de Corinthe) peuvent donner une idée assez approchée de l'importance
relative, sur le marché international, des pays de production, ancienne ou récente.

En 1924, les importations britanniques de raisins secs se sont élevées à environ 600.000
quintaux, dont 47,2 pour cent provenaient des pays suivants de production ancienne:
Turquie (22,8 pour cent), Espagne (14,4 pour cent), Grèce (10 pour cent), 51,7 pour cent
provenaient des pays suivants de production récente: Australie (32,2 pour cent), Etats-
Unis (15,4 pour cent), Union sud-africaine (4,1 pour cent); et 1,1 pour cent des autres gas

Les renseignements que nous avons donnés ci-dessus sur le développement en Grèce
des coopératives de vente s'appliquent indifféremment à toutes les catégories de raisins
secs. Il y a lieu de noter, d’autre part, que le Magasin de Gros des coopératives de consomma-
tion anglaises fait ses achats de raisins en Espagne, en Grèce et en Turquie directement sur
les lieux d’origine. Depuis 1896, le Magasin de Gros anglais a établi à Denia (Espagne) un
comptoir d’approvisionnement. En Grèce et en Turquie ses représentants discutent sur
place des prix. Lorsqu’un accord est intervenu, le Magasin de Gros avance 85 pour cent du
prix convenu, et paye le surplus après réception des produits à leur arrivée en Angleterre.

L Cette agence représente en outre sur le marché britannique la « Fruit Growers’ Corpo-
ration » de Seattle (Etat de Washington) et la Fédération des Laiteries coopératives de Lettonie.
        <pb n="40" />
        -—_ 3; —
Ces méthodes d’achat direct dans les pays d’origine ont permis au Magasin de Gros anglais
de s’affranchir des restrictions et prélèvements des associations qui en Angleterre contrôlent
l’importation et le commerce des fruits secs !.

Les Magasins de Gros des coopératives de consommation anglaises et écossaises sont
d’un autre côté en relations avec l’agence de vente établie à Londres par la «Sun Maid
Raisin Growers’ Company ». Cette organisation coopérative assure l’écoulement d’environ
90 pour cent des raisins secs de Californie, dont la production représente la presque totalité
de la production des Etats-Unis. Cette organisation coopérative, fondée en 1919 et réorga-
nisée en 1922, groupe 17.000 membres. Depuis sa réorganisation elle a réussi à étendre
considérablement ses débouchés, notamment au Canada, en Europe et en Extrême-Orient.

C’est ainsi qu’en deux ans, de 1923 à 1925, la proportion de ventes de l’organisation
coopérative californienne, dans l’ensemble des importations de raisins dans les pays scandi-
naves, est passée pour le Danemark de 11,8 à 47,6 pour cent, pour la Norvège de 6 à 37 pour
cent, et pour la Suède de 1,7 à 37 pour cent. Dans les importations de la Grande-Bretagne,
la part des Etats-Unis, représentée en majeure partie par les ventes de l’organisation coopé-
rative, est passée de 15,4 pour cent en 1924 à 32,5 pour cent en 1925 ?

Oranges et citrons

L’Espagne vient en tête des pays exportateurs d’oranges. C’est ainsi qu’en 1924, les
oranges d’Espagne ont couvert 81,7 pour cent des besoins de la Grande-Bretagne.

Dans la région de Séville, une association de producteurs écoule environ 25 pour cent
de la recolte et, dans la région de Denia, les producteurs déjà groupés dans deux syndicats
agricoles ont récemment entrepris de s'associer pour l’organisation de l’exportation.

En Palestine, la production des oranges constitue la branche la plus importante de
l’agriculture (39 pour cent du total des exportations en 1925). Les producteurs, en majeure
partie, sont groupés dans trois sociétés coopératives.

En Algérie, la «Coopérative des Agrumes de Boufarik» groupe, à elle seule, le quart
environ de la production totale des oranges et mandarines, Elle a traité, en 1925-1926, 117.000
quintaux. Les fruits sont triés et suivant leur qualité exportés en France, livrés à la consom-
mation locale ou bien transformés en confitures dans l’usine que possède la Société.

L’exportation des citrons, du jus de citron et du citrate de chaux constitue un élément
important des exportations ilaliennes, Des organisations de producteurs de citrons existent
dans l’Italie continentale et en Sicile; la plus importante est la «Caméra Agrumaria » de
Messine qui contrôle entièrement les exportations de citrate de chaux, Dans les importations
britanniques de citrons, jus de citron et citrate de chaux, les exportations italiennes repré-
sentent respectivement 82,2, 20,9 et 98,8 pour cent.

Dans l'Afrique du Sud, la société coopérative « South-African Fruit Growers’ Exchange »
groupe 70 à 75 pour cent des producteurs de citrons. Cette organisation, ainsi d’ailleurs que
les organisations similaires de l’Australie (Etat de Victoria, Nouvelle-Galles du Sud et
Australie du Sud) et de la Nouvelle-Zélande, ont été constituées sur le modèle des grandes
fédérations coopératives des producteurs de fruits des Etats-Unis dont l’un des types les
plus remarquables est le « California Fruit Growers’ Exchange ».

Sur un total de 70.918 wagons d’oranges et citrons recensés en 1922 aux Etats-Unis,
43,620 wagons (représentant une valeur de $ 69.202.327) ont été expédiés par des organisa-
tions coopératives. La presque totalité des ventes coopératives (98,9 pour cent) a été effec-
tuée par cina fédérations dont les deux plus importantes sont la «California Fruit Growers”

* Report of the Imperial Economic Committee on Marketing and Preparing for Market All
Foodstuffs Produced in the Overseas Ports of the Empire. Third Report — Fruit. 1926. Cmd.
2658.

2 Nous ne pouvons, dans cet appendice, exposer comme il conviendrait les méthodes très
élaborées des grandes coopératives agricoles de vente. Notons seulement la parenté étroite de
ces méthodes avec les méthodes qui ont assuré le succès des coopératives danoises (voir plus
haut, p. 9. Voir aussi, pp. 14 et suivantes, l’exposé des méthodes des coopératives cana-
diennes de producteurs de blé). Le rapide développement des coopératives agricoles de vente
aux Etats-Unis a provoqué la publication d’une abondante litérature. Citons seulement l’un
des ouvrages les plus récents et les plus complets: E. G. MEARs and M. O. ToBniNER. Prin-
ciples and Practices of Co-operative Marketing. Ginn &amp; Co.… Boston. 1926.
        <pb n="41" />
        rem PSE re
Exchange » et la «Florida [Citrus Exchange». La première, fondée en 1895, a écoulé, en 1924-
1925, 37.258 wagons d’oranges et citrons pour une valeur de $ 70.236.507 (soit 70 à 75 pour
cent de la production de la Californie). La deuxième, fondée en 1909, à écoulé, en 1925-1926,
10.484 wagons d’oranges pour une valeur d’environ $ 15 millions (soit 35 à 40 pour cent de
la production de la Floride) *.

Le «California Fruit Growers’ Exchange» a largement développé ses exportations vers
le Canada, et, dans ces dernières années, vers la Grande-Bretagne et l’Extrême-Orient.
Pour l’utilisation des fruits non expédiables, il a créé deux sociétes subsidiaires: l’une pour
le traitement des citrons (en 1924, 11.702.622 kg. d’acide citrique, 13.608 kg. d’essence de
citron et 13.603 kg. de pectine), l’autre pour la fabrication du jus d’orange concentré (la
vente de ce dernier produit a été étendue en 1924-1925 au Japon, à la Suède et à l’Autriche).

Pruneaux et abricots secs

Les Etats-Unis fournissent la plus grande partie des pruneaux et abricots secs qui
entrent dans le commerce international. C’est ainsi qu’en 1924, leur part dans les importa-
tions britanniques s’est élevée à 83,8 pour cent, le surplus provenant de la France (3,9 pour
cent) et de la Yougoslavie (3,6 pour cent).

L’organisation coopérative de la vente joue un rôle important dans l’écoulement de la
production des Etats-Unis : sur un total de 11.257 wagons de prunes et pruneaux recensés en
19_2, 3.195 wagons d’une valeur de $ 12.453.720 avaient été expédiés par les organisations
ecopératives. Ces expéditions provenaient dans la proportion de 59,3 pour cent de trois grandes
fédérations dont la plus importante est la «California Prune and Apricot Growers’ Associa-
tion » Fondée en 1917, cette organisation groupait, en 1925, 11.300 sociétaires dont la
production représentait 75 pour cen. de la récolte californienne en ce qui concerne les
abricots et 85 pour cent en ce qui concerne les prunes.

La «California Prune and Apricot Growers’ Association » a mis au point, avec un :oin
particulier, ses méthodes de triage et de standardisation, de façon à pouvoir porter sur chaque
marché particulier la variété de fruits qui, comme qualité et comme prix, répond le plus
exactement au goût et au pouvoir d’achat des consommateurs. C’est ainsi qu’au cours d’une
des récentes années, elle a pu écouler en Europe 317.513 quintaux métriques de pruneaux,
dont la plus grande partie appartenait, en raison de la faible dimension des fruits, à une sorte
bon marché. De même, le bas prix d’une certaine catégorie d’abricots secs lui permit d’en
écouler 55 pour cent en Allemagne *.

Pommes de table

Pour les pommes de table, ainsi que nous l’avons observé précédemment pour d’autres
fruits, ce sont les pays où le développement de la production est relativement récent (Etats-

1 Ces deux organisations ont la même constitution fédérative. Elles groupent les pro-
ducteurs en associations locales, groupées elles-mêmes en unions de district (District Ex-
change). Ces unions de district désignent les directeurs d’un service central (Central Exchange).
Les associations locales sont responsables du triage par qualités et dimensions des produits
et de leur empaquetage. Les unions de district décident des conditions de vente. Le Service
Central, renseigné par ses propres agents, informe les unions de district à chaque instant de la
situation des différents marchés et exécute leurs ordres.

Sur les règles d’organisation, les méthodes et les fonctions exercées par les différentes
unités constituantes du «California Fruit Growers’ Exchange », voir: Organisation and Deve-
lopment of a Co-operative Citrus Fruit Marketing À gency, par A. W. MAcrAy et W. MACKENZIE-
STEVENS (Bulletin n° 1237 du Département de l’Agriculture des Etats-Unis, mai 1924). Voir
aussi: Management Problems of Co-oprrative Associations Marketing Fruits and Vegetables par

A. W. MAckAy et W. J. KuxrT (Bulletin n° 1414 du Département de l’Agriculture des Etats-
Unis, juillet 1926).

* Le Magasin de Gros des coopératives allemandes de consommation nous a fourni, sur le

montant et les pays d’origine de ses approvisionnements en fruits secs, les renseignements
suivants : le montant total de ses importations s’est élevé, en 1925, à Mk. 2.344.244
(2.125.451 kg.) et se décompose par pays d’origine comme suit: Italie, Mk. 860.950
319.701 Kkg.), Turquie, Mk. 540.005 (511.710 kg.), Amérique du Nord, Mk. 254.762
(914.103 kg.), Grèce, Mk. 239.250 (443.224 kg.), Yougoslavie, Mk. 177.665 (345.000 kg.),
France, Mk. 139.006 (140.000 kg.), autres pays, Mk. 131.606 (151.713 kg.). L’observation qui
figure à la note 2 de la page 36 est aussi, dans une assez large mesure. valable ici.
        <pb n="42" />
        — 40°
Unis, Canada, Australie) qui occupent la plus grande place sur le marché international, et
il y a lieu de noter que ce sont précisément ces pays qui ont poussé le plus loin l’organisation
coopérative de l’écoulement de leurs produits en vue d’atteindre des marchés lointains.

Au Canada, les provinces de l’Ontario, de la Nouvelle-FEcosse et de la Colombie britan-
nique fournissent la plus grande partie de la production du Dominion.

Un assez grand nombre de coopératives se sont constituées dans la province de l’On-
tario. Mais c’est dans les deux autres provinces que l’organisation coopérative de la vente
a pris le plus grand développement. « The United Fruit companies of Nova Scotia Ltd. » el
«The Associated Growers’ of British Columbia » rassemblent et écoulent, la première
40 pour cent et la seconde 83 pour cent de la production de leurs provinces respectives.
Leur principal marché extérieur est la Grande-Bretagne où elles se trouvent en concurrence
avec les exportations des Etats-Unis.

La part des Etats-Unis dans les importations de la Grande-Bretagne, qui n’était que
de 27 pour cent en moyenne de 1900 à 1912, s’est progressivement accrue: elle était de
38 pour cent en 1924. Cet accroissement est dû dans une large mesure au développement dans
les Etats de Washington et d’Orégon des expéditions de pommes présentées dans des em-
ballages soignés. Dans ces deux Etats environ un tiers de la production est empaqueté et
vendu par des organisations coopératives. Un autre tiers est également trié et empaqueté
par des organisations coopératives, mais les opérations de vente sont confiées à des commis-
sionnaires privés.

Miel

Dans presque tous les pays de production du miel, des associations coopératives ont été
constituées par les apiculteurs, en vue de l’écoulement de leurs produits, soit sur le marché
régional ou le marché national, soit sur les marchés extérieurs.

Au Canada, l’exemple de la coopérative des apiculteurs de la province d’Ontario est
particulièrement démonstratif de l’efficacité, pour l’écoulement sur des marchés lointains,
des méthodes coopératives de rassemblement et de vente.

La « Ontario Honey Producers Co-operative Ltd. » a été constituée en avril 1923. Ses
membres, au nombre de 1.100 (novembre 1926), représentent plus de 85 pour cent de la pro-
duction de la province. Lorsque la société commença ses opérations, il fut constaté que
6.804 quintaux métriques de miel de l’année 1922 étaient restés invendus, dans les mains
des sociétaires. À la suite d’une enquête sur place, conduite par le directeur de la société
sur divers marchés étrangers, ces stocks purent être écoulés, et, depuis lors, la société fait des
expéditions régulières en Europe, spécialement en Grande-Bretagne, Hollande et Allemagne.
Les expéditions sur ces deux derniers pays se sont élevées, en 1924, à environ 227 quintaux
métriques.

En Europe, la plus importante des coopératives pour la vente du miel est sans doute la
coopérative hongroise «Biene », fondée en 1911. Elle se préoccupe d'améliorer à la fois les
conditions de la production et celles de l’écoulement; d’une part, elle pourvoit à l’informa-
tion technique de ses membres par la publication d’un organe spécial et à leur outillage par
la fabrication dans ses propres ateliers des ustensiles nécessaires à l’apiculture; d'autre part,
elle rassemble les miels très divers selon les producteurs et les époques, elle les classe d’après
la qualité, le goût et la couleur et elle les met sur le marché. En 1926, l'exportation totale en
miel de Hongrie s’est élevée à 4.124 quintaux; celle de la Biene à 2.599 quintaux, soit 63
pour cent de l’exportation totale.

Tabac

En Bulgarie, la première coopérative de producteurs de tabac fut fondée en 1919.
Pendant les années de crise 1920-1921, les représentants de cette coopérative et de trois
autres sociétés se rendirent à l’étranger et réussirent à vendre 663.741 kg. de tabac directe-
ment sur le marché de Hambourg. En 1922, des coopératives purent vendre 1.300.000 kg.
à des niaisons étrangères, notamment à des maisons de Vienne et de Budapest. Actuelle-
ment (fin 1926), il existe 50 coopératives qui groupent 30.970 sociétaires. La plus importante
d’entre elles a fondé une fabrique de cigarettes et possède des champs d’expérimentation.
Elle a rassemblé et traité, en 1924, 1.380.378 kg. de tabac, dont 701.832 kg. ont été exportés.
Les opérations de l’ensemble des sociétés bulgares ont porté en 1925 sur 7.022.454 kg. de
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        ee A4 ue
tabac, dont 2.863.446 ont été vendus à l’étranger, principalement en Allemagne, en Tchéco-
slovaquie et en Belgique.

En 1924-1925, l’Union des républiques soviétistes socialistes a exporté environ 2 millions
de kg. de tabac. 85 pour cent de cette exportation a été assurée par les organisations coopé-
ratives. Une union des coopératives de producteurs de tabac, le « Centrotabaksoyus »,
a été constituée à l’intérieur du « Selskosoyus », union des fédérations coopératives agricoles.

Les producteurs de tabac d’Algérie se sont groupés dans trois sociétés coopératives:
la « Tabacoop de Bône », la « Tabacoop kabyle » et la « Tabacoop de la Mitidja », qui ont été
fondées, celle de Bône en 1921 et les deux autres en 1922.

Ces trois sociétés coopératives ont aménagé des docks suffisants pour recevoir environ
20 millions de kg. de tabac, c’est-à-dire la quantité totale de tabac produite en Algérie lors
de leur fondation. Mais le fonctionnement même de ces sociétés ayant fortement stimulé la
culture, la production moyenne atteint actuellement environ 30 millions de kg.

Les ventes et livraisons sont faites par les coopératives, pour la plus grande partie à la
régie française, mais aussi pour une part importante au comnierce local et à l’exportation.
Les ventes à l’exportation sont pratiquées surtout par la «Tabacoop de Bône » qui a réussi
à étendre ses ventes à tous les pays d'Europe ainsi qu’à l’Amérique et au Japon.

Depuis la suppression du monopole du tabac, la production en tabac ture de la Palestine
s’est considérablement développée, passant de 1.000 kg. en 1921 à plus d’un million de kg.
en 1923-1924. La « Palestine Jewish Tobacco Growers’ Co-operative Association » groupe
la presque totalité des producteurs des provinces de Judée, Samarie, ainsi qu’un certain
nombre de producteurs de la province du Nord. Les opérations de cette société ont porté
sur 290.000 kg. en 1924, et sur 107.463 kg. en 1925. (Cette diminution de 1924 à 1925 est en
rapport avec celle constatée dans la production totale du pays, qui est passée de 1.845.345 kg.
en 1924 à 726.750 kg. en 1925.)

Un certain nombre de sociétés coopératives de producteurs de tabac ont été consti-
tuées dans l’Union sud-africaine. La plus importante, la « Magaliesberg Ko-operatieve
Tabakplanters Vereeniging », groupait en 1923 environ 3.500 sociétaires et ses opérations
avaient porté sur 1.681.824 kg. de tabac. Au cours de l’année 1924, elle a réussi à entrer
es directes avec les marchés extérieurs, sur lesquels elle a écoulé 204.116 kg. de
tabac.

Aux Etats-Unis, il existait déjà en 1915 43 sociétés coopératives de producteurs de
tabac, qui groupaient 16.849 membres. Mais c’est dans ces dernières années que le mouve-
ment a pris une croissance rapide. En 1925, près de 300.000 producteurs étaient groupés
dans 25 sociétés. La plus grande partie des producteurs ainsi groupés appartiennent à des
sociétés à gros effectifs ; trois d’entre elles groupent à elles seules 250.000 sociétaires. La plus
importante, la «Burley Tobacco Growers’ Co-operative Association », comptait en 1925
108.300 membres; ses opérations, au cours de l’année 1925-1926, ont porté sur environ
63.502.600 kg., soit à peu près 60 pour cent de la production du tabac « Burley » des Etats-
Unis. Les quantités de tabac réunies, classées et vendues par l’ensemble des coopératives,
se sont élevées, en 1924, à 195,706.047 kg, représentant 34,7 pour cent de la récolte totale
des Etats-Unis. Les plus importantes de ces sociétés sont entrées en relations avec les
marchés extérieurs. Au cours des années 1924 et 1925, la «Burley Tobacco Growers’ Co-
operative Association » a vendu directement à des acheteurs étrangers environ 4 millions
536.000 kg. de tabac.

Manufactures de tabac des coopératives de consommation. — Le Magasin de Gros des
coopératives anglaises de consommation possède depuis 1898 une manufacture de tabacs
qui occupe environ 300 personnes et dont la production s’est élevée en 1925 à £ 1.392.889;
il est en relations directes avec la « Burley Tobacco Growers’ Co-operative Association » et la
« Dark Tobacco Growers’ Co-operative Association ».

C’est depuis 1891 que le Magasin de Gros des coopératives écossaises (S.C.W.S.) exploite
une manufacture de tabacs. La valeur de sa production en 1925 s’est élevée à £ 558.661.

En 1925, le chiffre d’affaires du Magasin de Gros des coopératives allemandes (Ham-
bourg) s’est élevé, pour la vente des cigarettes, à 51 millions de marks. Pour satisfaire à une
partie de ses besoins, le Magasin de Gros exploite sept manufactures qui, en 1925, occupaient
ensemble 694 personnes et dont la production totale, en valeur, s’élevait à Mk. 5.058.000.
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        ee AS

En 1925 ses manufactures ont exigé 637.206 kg. de tabacs étrangers, dont la majeure
partie provenait de l’Amérique du Nord (351.503 kg.), Java et Sumatra (170.210 kg.) et
des Balkans (54.542 kg.) !. L’autre Magasin coopératif de Gros allemand (Cologne) a ouvert,
au début de 1926, une manufacture de tabacs qui ne pourvoit encore qu’à une faible partie
de ses besoins et qui produit 250.000 cigares par mois.

Textiles
Soie

Aucune information ne permet d’affirmer que des organisations coopératives soient
directement en relations avec le marché international de la soie. Cependant, il peut n’être
pas sans intérêt de signaler que les exigences de l’exportation, mises en rapport avec les
conditions de la production ?, ont, dans les principaux pays producteurs, donné naissance
à des organisations coopératives qui assurent les premières phases de la production et de
l’écoulement.

C’est le cas notamment au Japon ?, pays qui fournit environ 65 pour cent de la produc-
tion mondiale en soie naturelle. Dès 1868, dans plusieurs régions, l’élevage et la vente des
cocons sont effectués sur des bases coopératives et, au fur et à mesure que le pays achève
de s’ouvrir au commerce international, l’organisation des producteurs se développe avec —
constatation digne de remarque — un caractère d’abord purement indigène, bien avant la
promulgation de la loi de 1900 sur la coopération.

Malgré leur formation spontanée, les organisations coopératives ainsi créées par les
producteurs de soie mettent en œuvre, d’une manière générale, les mêmes principes que
les coopératives européennes ou américaines (contrats de livraison entre les membres et
leurs sociétés, entre les sociétés et leurs fédérations; classement des produits par qualités;
marques commerciales; avances faites aux producteurs, calculées d’après la qualité, sur une
base inférieure au prix de vente présumé; en fin d’exercice, restitution aux producteurs du
solde du prix obtenu pour son produit, défalcation faite des frais d'administration).

On peut ramener grossièrement la diversité de ces organisations à trois grandes classes,
caractérisées par des fonctions qui se complètent mutuellement ou quelquefois s’interpé-
nètrent :

19 Organisations coopératives pour la vente des cocons (amélioration de la qualité des
cocons par production sélectionnée des vers à soie et des mûriers, par l’emploi d’experts, etc.);
à cette catégorie, on peut rattacher les séchoirs coopératifs de cocons, en assez grand nombre.

2° Organisations coopératives pour la vente de la soie filée.

3° Organisations coopératives pour la vente des soieries.

Enfin, il convient d’ajouter qu’une grande quantité de fils de soie est aussi mise sur le
marché par des sociétés coopératives non étroitement spécialisées dans la vente de la soie.

Les organisations de la seconde catégorie sont les plus prospères. Elles se rencontrent
sous les trois types suivants qui correspondent à trois phases de l’évolution de l’industrie
de la soie et qui n’excluent pas les types intermédiaires: a) fédérations de coopératives
d’écoulement pour la soie filée à la main (ce type tend à disparaître); b) au fur et à mesure
que le dévidage à la main est remplacé par le dévidage à la machine, création de sociétés
coopératives de service qui mettent à la disposition de leurs membres des machines pour leur
usage commun; c) les sociétés entreprennent elles-mêmes, antérieurement à l'écoulement,
le dévidage à la machine.

Par l’intermédiaire de leurs fédérations, toutes ces sociétés sont en relations avec le
marché de Yokohama pour l’exportation.

1 Voir note 2, p. 36.

? D’une part, les meilleures conditions de l’élevage des cocons sont réalisées dans les
petites exploitations; d’autre part, pour l’exportation, il est nécessaire de préparer, avec la
matière brute provenant d’un grand nombre d’exploitations, une grande quantité de fil de
soie d’une qualité uniforme. D’où le mouvement naturel des producteurs (que nous avons
déjà observé dans d’autres pays et pour d’autres produits) à s’imposer mutuellement une
discipline de production et à grouper leurs produits.

3 Sur la coopération au Japon, voir Kiyoshi OaATA : The co-operative movement in Japan.
Londres, 1923.

ÿ
        <pb n="45" />
        = 4) —

Les chiffres les plus récents dont on dispose en ce qui concerne les coopératives pour la
vente de la soie indiquent que 282 d’entre elles ont, en 1921, écoulé pour 16.542.440 yen de
soie, c’est-à-dire $ 8.271.220, au pair*. Mais il s’en faut de beaucoup que ce chiffre mesure
toute l’activité coopérative japonaise dans la production et l’écoulement de la soie. Voici
des chiffres un peu plus anciens mais qui concernent non seulement les ventes des coopéra-
tives spécialisées, mais aussi les ventes effectuées par les coopératives non spécialisées dans
l’écoulement de la soie: en 1918, le montant total des ventes coopératives de soie brute
s’élevait à 51.464.298 yen (soit près de 25°/, millions de dollars); augmenté des ventes de
soieries, il atteignait 86 millions de yen (soit environ 43 millions de dollars).

Signalons aussi les séchoirs coopératifs de cocons qui ont pris récemment (surtout
depuis 1920) un certain développement dans le Frioul, en Italie, et qui ont pour buts prin-
cipaux:

1° de soustraire leurs membres à la nécessité de vendre les cocons hâtivement, à l’époque
de la récolte, en mettant à leur disposition à la fois des moyens de parfaite conservation et
des avances sur les cocons séchés ;

29 d'organiser collectivement la vente des produits.

Leur activité a ainsi pour effet de régulariser le marché; elle a aussi contribué efficace-
ment à améliorer les qualités de la production. Les séchoirs coopératifs n'hésitent pas à
soumettre les cocons (déjà soigneusement choisis par les membres) à un triage très minu-
tieux. Les éliminations, dans les années normales, atteignent la proportion de 10 à 15 pour
cent et, dans les mauvaises années, celle de 28 à 30 pour cent.

Ces séchoirs coopératifs ont ramassé 921.574 kg. de cocons en 1920, et 1.740.000 kg.
en 1924, représentant, au prix moyen de 28,50 lires par kg, une somme de 50 millions de
lires.

Des organisations coopératives de cette nature existent aussi dans les provinces de
Trévise, de Venise et du Trentin.

Laine

Les difficultés qui résultent de la grande multiplicité des sortes de laines identifiables
appellent la nécessité d’une organisation. Toutefois l’organisation coopérative des produc-
teurs de laine est généralement d’un type beaucoup plus lâche, beaucoup moins élaboré que
pour la plupart des autres produits agricoles.

Après l’Australie (222.260.000 kg. en 1923), où le marché de la laine a, jusqu’à une
époque récente, été organisé sur les bases d’une coopération obligatoire et avec le concours
de l’Etat ?, et tout près de l’Argentine (122.469.300 kg.) où le mouvement coopératif est en
voie de formation, les Etats-Unis sont, parmi les plus grands pays producteur de laine dans
le monde. En 1923, ils ont produit 120.704.835 kg. La même année, 53 associations coopéra-
tives régionales et locales, dont la moitié ont été créées depuis 1920, ont mis sur le marché
au total 8.912.073 kg.; 3 agences coopératives centrales ont écoulé 8.482.133 kg.

Dans l’Union sud-africaine, qui est le quatrième grand pays producteurs de laine, la
«Farmers’ Co-operative Wool and Produce Union» a exporté de la laine vers l’Angleterre
en 1925 pour une valeur de £ 29.569, ce qui représente environ 8 pour cent de l'exportation
totale de l’Union sud-africaine. Cette exportation s’est faite par l’intermédiaire de
l’«Overseas Farmers’ Co-operative Federation Ltd.», agence coopérative de caractère
international dont il a été question plus haut *.

! Faute de statistiques commodes disponibles, les termes, pour des comparaisons signi-
ficatives, manquent. Notons, pour placer ce chiffre sur une échelle, qu’en 1916, l’écoulement
réalisé par 362 sociétés coopératives de vente et estimé à une valeur comparable (13 millions
de yen environ) correspondait, en quantité, à environ 620.000 kg. de soie. Cette quantité est
presque égale au montant (624.956 kg.) de la production française totale en 1912 (soie filée de
l’ensemble des cocons français et étrangers).

? Principalement pour la liquidation des stocks de guerre.

3 Voir p. 37.
        <pb n="46" />
        —#l

La production lainière du Canada est beaucoup plus faible, mais une portion importante
est écoulée par les organisations coopératives qui se sont créées depuis 1914, La « Canadian
Co-operative Wool Growers » a, en 1995, écoulé près du quart de la production totale cana-
dienne et la plus grande partie de ses ventes se sont faites à destination de l’étranger:
deux tiers notamment ont été exportés vers les Etats-Unis (en 1923, la Canadian Co-
operative Wool Growers avait exporté en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis respecti-
vement 25 pour cent et 46 pour cent des quantités de laine dont elle disposait), — La
«New Brunswick Sheep Breeders’ Association » a, en 1924, écoulé 19.408 kg. dont 9.979
ont été exportées aux Etats-Unis.

;

Avant la guerre, le plus grand pays exportateur de lin était la Russie. Aujourd’hui
encore, c’est l’U.R.S.S. et les pays qui naguère y étaient partiellement ou totalement
incorporés, comme la Pologne, l’Esthonie, la Lettonie et la Lithuanie qui sont les plus im-
portants fournisseurs de lin.

D’après leur exportation nette en 1925, ces pays se classent de la manière suivante:
U.R.S.S. (420.405 quintaux), Lettonie (195.198 quintaux), Lithuanie (141.034 quintaux),
Pologne (113.620 quintaux), Esthonie (74.581 quintaux). Dans tous ces pays, la coopération
des producteurs de lin s’est considérablement développée.

Des sociétés et des fédérations spécialisées dans la vente du lin se sont créées en Esthonieet
en Lettonie. Dans ce dernier pays, l’exportation du lin est un monopole de l’Etat et c’est à
l’Etat que les organisations coopératives livrent le lin récolté.

Dans l’U.R.S.S., 30 à 35 pour cent de la quantité totale de lin exportée en 1925 pro-
venaient des organisations coopératives. Cette portion était fournie pour 53,61 pour cent
par le « Lnocentre », qui est une fédération de coopératives linières, et pour 46,49 pour cent
par le « Centrosoyus », organisation centrale de coopératives de consommation !. Ces deux
fédérations possèdent chacune une agence de vente à Londres et le Centrosoyvus a, en outre,
des agences à Paris, Berlin, New-York.

Coton

Le mouvement actuel d’organisation des producteurs de coton aux Etats-Unis date de
la crise de 1920-1921. Il a pris la forme de grandes sociétés groupant chacune les producteurs
de toute une région et le plus souvent d’un Etat. Il existe actuellement quinze coopératives
de vente de coton groupant environ 300.000 membres dans les treize principaux Etats
producteurs.

La part proportionnelle des coopératives dans l’écoulement de la production cotonnière
s’est accrue d’année en année. Leurs opérations ont porté en 1925-1926 sur 1.488.000 balles
soit 9,3 pour cent de la production totale. Treize de ces organisations se sont unies pour
établir un organisme central d’information et de coordination. Cet organisme «The American
Cotton Growers’ Exchange » sert, en outre, d’agence de vente à la plupart des associations
adhérentes pour leurs ventes à l’étranger et à l’une d’elles pour la totalité de ses ventes.
Outre son office général de vente à Memphis, l’« American Cotton Growers’ Exchange » a
établi sept agences sur les principales places des Etats-Unis et cinq agences à l’étranger:
Liverpool, Le Havre, Brême, Barcelone et Kobé (Japon). Il est, en outre, représenté à
Copenhague, à Rotterdam et à Enschede (Pays-Bas), à Gand, à Milan, à Vienne, à Winter-
thour et à Gôthenberg.

Les coopératives de vente des producteurs de coton se sont efforcées de mettre en pra-
tique un programme de répartition de leurs ventes qui tienne compte, à chaque moment,
des quantités effectivement demandées par le marché. Bien que la production des filatures

1 La plupart des coopératives groupées dans le Centrosoyus sont en contact avec les
populations rurales et, comme nous l’avons vu pour les œufs (p. 36), elles ont parmi leurs
fonctions celle du‘rassemblement des’produits agricoles.

‘in
        <pb n="47" />
        —45 —

soit continue au cours de l’année, les quantités de coton utilisées et les époques des appro-
visionnements sont variables. Les coopératives de vente se sont adaptées à cette situation
et au lieu de vendre d’une manière rigide des quantités déterminées, mois par mois, elles
étudient les conditions de l’offre et de la demande et, en pratique, s'efforcent de vendre le
coton à tel moment ou en telle quantité qui, dans leur opinion, correspondent le mieux aux
intérêts de leurs membres. Suivant la méthode qui est une partie essentielle de la technique
des coopératives de vente, les livraisons des sociétaires sont l’objet d’échantillonnages et de
classements minutieux. Puis chaque sorte et qualité distincte est vendue au compte com-
mun de l’ensemble des sociétaires qui l’ont livré !. Par cette méthode l’association coopéra-
tive élimine pour ses membres les possibilités de gain ou de perte pouvant résulter des
fluctuations du marché.

Les quatre premières organisations constituées en 1921 se trouvèrent pour leurs pre-
mières années de fonctionnement dépourvues de fonds et de crédit. Les banques locales
refusèrent leur appui ou ne consentirent des prêts que dans une mesure insuffisante. Finale-
ment les coopératives obtinrent des avances x la « War Finance Corporation ». Par la suite,
les coopératives ont obtenu facilement des grandes banques les crédits qui leur étaient
nécessaires pour faire des avances à leurs membres au moment de leurs livraisons. Lorsque
la saison est avancée, ce sont, à leur tour, les sociétaires qui fournissent à leurs associations
une partie des fonds dont elles peuvent avoir besoin.

Les coopératives de producteurs de coton se sont efforcées non seulement d’assurer
l’écoulement de la production de leurs membres, mais aussi d’effectuer ce service à des
conditions aussi économiques que possible. Cette préoccupation est apparente dans le soin
que mettent les coopératives de vente de coton et, d’une manière générale, les coopératives
de vente aux Etats-Unis, à publier non seulement des comptes détaillés de leurs frais mais
aussi la proportion de ceux-ci par rapport aux quantités de produits écoulés, proportion
qui exprime le coût du service, D’après les comptes de la «Staple Cotton Co-operative Asso-
ciation », les frais généraux ont été, en moyenne, pour les quatre années 1921-1922 à 1924-
1925 de 3,16 pour cent du montant des ventes ?. De ces frais, il ya lieu de déduire diverses
recettes accessoires qui ramènent le coût du service exécuté par l'Association pour le compte
de ses membres à 1,2 pour cent du montant des ventes, après distribution des ristournes qui
ont été effectuées à la fin de la période de quatre ans.

Les coopératives de producteurs de coton ont cherché et réussi, dans une certaine
mesure, à effectuer leurs ventes directement aux filatures. Les résultats les plus remarquables
ont été obtenus par la « Staple Cotton Cooperative Association ». D’après le tableau ci-après,
ces ventes directes aux filatures ont atteint en 1924-1925 près de 92 pour cent de ses ventes
totales:

1 Voir p. 14, l’exposé de la méthode des comptes collectifs établis qualité par qualité
(«pools »). Cette méthode assure à chaque membre le prix moyen obtenu par l’Association pour
l’ensemble des quantités de la même qualité, dont elle a eu à assurer l’écoulement. Mais il peut
arriver que, en raison de conditions spéciales des marchés, le prix moyen ainsi établi pour
chacune des différentes qualités ne se classe pas exactement dans l’ordre des valeurs habi-
tuellement reconnues à ces qualités. Lorsque le cas se produit, il va à l’encontre d’un des buts
poursuivis par la coopérative qui est d’encourager l’amélioration des produits. Aussi, certaines
coopératives (celles pour la vente des fruits par exemple et, parmi les coopératives de produc-
teurs de coton, l’Association du Texas) ont adopté une nouvelle méthode dite « Economic
value differential method ». Dans l’application de cette méthode, l’Association fait intervenir
pour chaque qualité, c’est-à-dire pour chaque « pool », un coefficient de « valeur économique
relative ». Dans l’établissement des coefficients, différentes considérations peuvent entrer en
ligne de compte: 1° le jugement que la direction de l’Association porte sur la valeur relative
des différentes qualités, 2° les prix réalisés pour les différentes qualités au même moment ou
sur le même marché, 3° le prix moyen ne au cours de toute une saison pour chaque qualité.
Sur l’ensemble des ventes de l’Association, il est attribué à chaque « pool », ou compte
collectif, une part proportionnelle au produit des quantités comprises dans le compte, multi-
pliées par le coefficient qui a été attribué à la qualité.

% Ces 3,16 pour cent ont couvert les traitements du personnel administratif (1,12 pour cent),
les traitements et salaires du personnel occupé à l’échantillonnage (0,50 pour cent), les autres
salaires (0,53 pour cent), les loyers et intérêts (0,13 pour cent) et les autres dépenses (0,88 pour
cent).
        <pb n="48" />
        — 46 —
RÉPARTITION DES VENTES DE LA STAPLE COTTON CO-OPERATIVE ASSOCIATION
Ventes directes aux filatures 1921-1922 | 1922-1923 | 1923-1924 |1924-1925
PiaissUNis + at a ar de nt dt Je 2
Canada. .. 1 a EN
Angleterre °°,
Malle . . 5 dede tea
Allemagne A+ ee a
Autres payshe … . +, " te eut ee
ITOIQUX- + + +000 RE
Ventes au commerce intermédiaire .
(NA

On sait que l’Egypte vient immédiatement après les Etats-Unis comme pays producteur
de coton. En 1925, ses exportations de coton ont représenté en valeur 87 pour cent de ses
exportations totales (91,5 pour cent, si on ajoute aux exportations de fibres de coton les
exportations de semences).

En raison de ses qualités (fibres soyeuses, longues et résistantes), le coton égyptien
atteint des prix élevés sur le marché international. Toutefois, dans ces dernières années, une
diminution de la valeur du coton égyptien a été observée, qui tient en premier lieu à l’emploi
de semences non sélectionnées. Le Gouvernement s’efforce de remédier à la situation par des
recherches scientifiques et de contrôle sur la qualité des semences. En juin 1926 il a décidé
d’affecter un crédit de £ 1.000.000 à des avances aux sociétés coopératives. Il compte que
ces sociétés contribueront à élever le niveau général de la production agricole, notamment,
en organisant la distribution de bonnes semences. Il existe actuellement 141 sociétés coopé-
ratives agricoles qui groupent 1.800 membres. Vis-à-vis de ces sociétés, la « Sultanin Agri-
cultural Society » joue le rôle de centrale d’approvisionnement en matériel et en engrais.

En raison des conditions économiques et sociales des producteurs de coton aux Indes
le mouvement coopératif, déjà très développé en ce qui concerne les coopératives de crédit,
est encore à ses débuts en ce qui concerne l’organisation coopérative de la vente. Toutefois,
il existe déjà sept coopératives de vente groupant 20.000 membres qui ont écoulé, en 1925,
80,000 balles de coton.

Dans l’Union sud-africaine, 11 sociétés affiliées au «Central Co-operative Cotton
Exchange » ont en 1925 écoulé localement 2.724 balles de coton et en ont exporté 1.376 sur
Liverpool.

Les établissements textiles des cooperatives de consommation et des coopératives ouvrières
de production. — Immédiatement après la répartition des denrées alimentaires, les organisa-
tions coopératives de consommation se sont préoccupées de fournir, dans de bonnes condi-
tions, à leurs membres, les tissus et objets d’habillement. Dans un grand nombre de pays,
elles représentent déjà pour ces articles une importante force de consommation et, dans
certains pays même, ayant abordé la production, elles se présentent sur le marché interna-
tional des matières premières.

En Autriche, le département des tissus et vêtements du Magasin de Gros des coopéra-
tives de consommation a, depuis la fin de la guerre, pris un développement extrêmement
rapide. Par les tissages, par les nombreuses fabriques de vêtements et de linge qu’il possède
ou dans lesquels il exerce une influence prépondérante au moyen d’un système un peu
compliqué de participations, le Megas de Gros des coopératives autrichiennes est actuelle-
ment engagé dans la production. Pour l’écoulement, il dispose d’un réseau de 16 grands
magasins à Vienne et en province, et il se préoccupe en outre d’organiser l’exportation de
son surplus. Il s'efforce notamment d’approvisionner les coopératives russes par l’intermé-
diaires de la «Ratao », « Russisch-Oesterreichische Handels A.-G.» dont il est membre en
        <pb n="49" />
        = 47 —
même temps qu’une société privée du côté autrichien et dont les autres sociétaires sont l'Etat
russe et le Centrosoyus. - _

En Allemagne, le Magasin de Gros des coopératives de consommation exploite deux
tissages, deux manufactures de vêtements et de linge, et il a créé en outre en 1922, avec une
petite participation de l’Etat saxon, une autre manufacture de vêtements. Le chiffre d’affaires
de l’ensemble de ces établissements en 1915 s’élevait à plus de 5 millions de marks.

En Grande-Bretagne, le Magasin de Gros des coopératives anglaises (C.W.S.) s’est depuis
quarante ans engagé dans l’industrie textile et il produit aujourd’hui tous les objets d’habille-
ment pour hommes, femmes et enfants. Il possède à cet effet 26 établissements: 3 tissages
de coton, 7 tissages de laine, une fabrique de bonneterie, 14 manufactures de vêtements et
sous-vêtements, une fabrique de corsets. En 1925, ces établissements occupaient ensemble
6.486 personnes et la valeur de leur production totale s’est élevée à £ 2.281.006.

Le premier établissement de production propre créé par le Magasin de Gros des coopéra-
tives écossaises (S.C.W.S.) a été une manufacture de toile, fondée en 1881. Aujourd'hui,
le S.C.W.S. exploite une quinzaine d’établissements de production de l’industrie textile et
du vêtement (filatures, tissages, manufactures de lingerie, ateliers de vêtements sur mesure
et en confection, etc.). En 1925 ces établissements, dans leur ensemble, occupaient 2.124 per-
sonnes et la valeur de leur production s’est élevée à £ 605.621.

A côté des coopératives de consommation, et presque toujours avec leur double parti-
cipation comme actionnaires et comme clientes, se sont développées en Grande-Bretagne
une soixantaine de coopératives ouvrières de production. Douze d’entre elles appartiennent
aux industries du coton, du lin, de la soie et de la laine!. En 1926, elles ont occupé 3.623 per-
sonnes et la valeur de leur production s’est élevée à £ 1.699.171.

Au total, en Grande-Bretagne, les établissements coopératifs qui se rattachent aux
industries textiles, et qui appartiennent soit aux Magasins de Gros des coopératives de
consommation, soit aux coopératives ouvrières de production, ont occupé, en 1925, 12.233
personnes et la valeur de leur production s’est élevée à £ 4.585.798.

Il y a lieu également de noter le développement à Gand, principal centre textile de la
Belgique, des entreprises textiles qui, bien que constituées sous la forme de sociétés ano-
nymes, dépendent de la coopérative de consommation le « Vooruit ». En 1925, ces établisse-
ments comprenaient deux filatures de coton, une filature de lin et étoupe, quatre tissages
(cotonnade, toile, lin et satin), trois teintureries, deux blanchisseries et une fabrique de
bonneterie ?. Le nombre des broches des filatures de coton s’élevait à 113.600, nombre
destiné à être porté par les agrandissements en cours et la construction d’une troisième
filature à 171.000 broches, soit environ un dixième du nombre total des broches de l’ensemble
de l’industrie cotonnière belge (1.830.000 broches en 1925). La filature de lin et étoupes
(4.400 broches) occupait 383 ouvriers. Le nombre des métiers des trois plus importants
tissages était de 703 (non compris 150 métiers prévus dans les agrandissements).

1 Etaient membres de ces sociétés en 1923, 1.923 ouvriers, 1.748 autres sociétés (pour la
plupart des sociétés coopératives de consommation) et 1.535 autres membres parmi lesquels
d’anciens ouvriers.

? En outre, deux établissements pour lesquels les données nous manquent.
        <pb n="50" />
        ZE Entsäuerung
21 Okt. 2019
        <pb n="51" />
        AS —
chiffres les plus récents dont on dispose en ce qui concerne les coopératives pour la
- la soie indiquent que 282 d’entre elles ont, en 1921, écoulé pour 16.542.440 yen de
st-à-dire $ 8.271.220, au pair !. Mais il s’en faut de beaucoup que ce chiffre mesure
ictivité coopérative japonaise dans la production et l’écoulement de la soie. Voici
Tres un peu plus anciens mais qui concernent non seulement les ventes des coopéra-
scialisées, mais aussi les ventes effectuées par les coopératives non spécialisées dans
nent de la soie: en 1918, le montant total des ventes coopératives de soie brute
à 51.464.298 yen (soit près de 25?/, millions de dollars); augmenté des ventes de
il atteignait 86 millions de yen (soit environ 43 millions de dollars).
talons aussi les séchoirs coopératifs de cocons qui ont pris récemment (surtout
920) un certain développement dans le Frioul, en Italie, et qui ont pour buts prin-
le soustraire leurs membres à la nécessité de vendre les cocons hâtivement, à l’époque
‘olte, en mettant à leur disposition à la fois des moyens de parfaite conservation et
:ces sur les cocons séchés ;
‘’organiser collectivement la vente des produits.
r activité a ainsi pour effet de régulariser le marché: elle a aussi contribué efficace-
améliorer les qualités de la production. Les séchoirs coopératifs n’hésitent pas à
re les cocons (déjà soigneusement choisis par les membres) à un triage très minu-
?s éliminations, dans les années normales, atteignent la proportion de 10 à 15 pour
lans les mauvaises années, celle de 28 à 30 pour cent.
séchoirs coopératifs ont ramassé 921.574 kgs. de cocons en 1920, et 1.740.000 kg.
représentant, au prix moyen de 28,50 lires par kg, une somme de 50 millions de
organisations coopératives de cette nature existent aussi dans les provinces de
de Venise et du Trentin.
Laine
difficultés qui résultent de la grande multiplicité des sortes de laines identifiables
* la nécessité d’une organisation. Toutefois l’organisation coopérative des produc-
laine est généralement d’un type beaucoup plus lâche, beaucoup moins élaboré que
lupart des autres produits agricoles.
ès l'Australie (222.260.000 kg. en 1923), où le marché de la laine a, jusqu’à une
écente, été organisé sur les bases d’une coopération obligatoire et avec le concours
°, et tout près de l’Argentine (122.469.300 kg.) où le mouvement coopératif est en
yrmation, les Etats-Unis sont, parmi les plus grands pays producteur de laine dans
. En 1923, ils ont produit 120.704.835 kg. La même année, 53 associations coopéra-
onales et locales, dont la moitié ont été créées depuis 1920, ont mis sur le marché
8.912.073 kg.; 3 agences coopératives centrales ont écoulé 8.482.133 kg.
; l'Union sud-africaine, qui est le quatrième grand pays producteurs de laine, la
Ÿ Co-operative Wool and Produce Union» a exporté de la laine vers l’Angleterre
jour une valeur de £ 29.569, ce qui représente environ 8 pour cent de l’exportation
&gt; l'Union sud-africaine. Cette exportation s’est faite par l’intermédiaire de
as Farmers’ Co-operative Federation Ltd.», agence coopérative de caractère
mal dont il a été question plus haut °
ite de statistiques commodes disponibles, les termes, pour des comparaisons signi-
«c«ui vo, Manquent. Notons, pour placer ce chiffre sur une échelle, qu’en 1916, l’écoulement
réalisé par 362 sociétés coopératives de vente et estimé à une valeur comparable (13 millions
de yen environ) correspondait, en quantité, à environ 620.000 kg. de soie. Cette quantité est
presque égale au montant (624.956 kg.) de la production française totale en 1912 (soie filée de
l’ensemble des cocons français et étrangers).
? Principalement pour la liquidation des stocks de guerre.
8 Voir p. 37.
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