LES QUESTIONS FONDAMENTALES DU MARXISME = 25 la « piteuse panade éclectique » de la philosophie alle- mande la plus moderne leur semble un plat tout à fait nou- veau : ils en faisaient leur nourriture et, voyant qu’Engels ne trouvait pas utile de s’en occuper, ils s’imaginèrent qu’il « esquivait » l’examen d’une argumentation qu’il avait depuis longtemps analysée et déclarée sans aucune valeur. C’est une vieille histoire, mais cependant toujours neuve. Les rats ne cesseront jamais de croire que le chat est beau- coup plus fort que le lion. Tout en reconnaissant la ressemblance frappante et, en partie, l’identité des conceptions de Feuerbach et de Forel, remarquons toutefois que, si ce dernier possède des connaissances beaucoup plus considérables dans le do- maine des sciences naturelles, Feuerbach lui était très supé- rieur dans le domaine philosophique. C’est pourquoi Forel commet des erreurs que nous ne trouvons pas chez Feuer- bach. Forel appelle sa théorie la théorie psycho-physiolo- gique de l’identité (*). À cela, il n’y a rien à objecter d’es- sentiel, car toute terminologie est chose conventionnelle. Mais comme la théorie de l’identité était autrefois à la base d’une philosophie idéaliste très déterminée, Forel aurait mieux fait d’appeler sa doctrine, franchement et coura- Seusement, une doctrine matérialiste. Mais il a, visiblement, conservé certains préjugés contre le matérialisme, et c’est la raison pour laquelle il a choisi une autre appellation. Voilà pourquoi nous trouvons nécessaire de signaler que l’identité, dans le sens que lui donne Forel, n’a rien de com- mun avec l’identité dans le sens idéaliste courant. Les « critiques de Marx » ne savent pas cela non plus. Dans sa polémique avec nous, K. Schmidt attribuait aux matérialistes la doctrine idéaliste de l’identité. En réalité, le matérialisme reconnaît l’unité du sujet et de l’objet, mais nullement leur identité. Et c’était encore Feuerbach qui avait bien expliqué cela. Selon Feuerbach, l’unité du sujet et de l’objet, du pen- ser et de l'être, n’a de sens que lorsque l’homme est pris pour base de cette unité. Cela a encore un certain air d’ « humanisme », et la plupart de ceux qui ont étudié Feuerbach n’ont pas cru nécessaire de réfléchir sérieu- , @) Voir son article intitulé : Die psycho-physiologische Iden- titätstheorie als wissenschaftliches Postnlat, dans le recueil Fests- chrift, 1, Rosenthal, Leipzig, 1906, l'e partie, p. 119-132.