uv G. V. PLÉKHANOV | “Ainsi donc, les propriétés du milieu géographique déter- minent le développement des forces productives, qui, à son tour, détermine le développement des forces économiques, et, avec ces dernières, celui de tous les autres rapports sociaux. Marx explique cela dans les termes suivants : « Les rapports sociaux que les producteurs contractent entre eux, les conditions de leur activité réciproque et leur parti- cipation à l’ensemble de la production diffèrent également selon le caractère des forces productives. L'invention d’un nouvel instrument de guerre, l’arme à feu, devait nécessai- rement modifier toute l’organisation intérieure de l’armée, les rapports dans le cadre desquels les individus forment une armée et qui font de celle-ci un tout organisé, enfin également les rapports entre armées différentes » (23). Pour rendre cette explication plus concluante, nous citerons un exemple. Les Massaï, en Afrique orientale, tuent leurs prisonniers, parce que — comme dit Ratzel — ce peuple de bergers n’a pas encore la possibilité technique de mettre à profit leur travail d’esclaves. Mais les Wa- kamba, qui sont agriculteurs et qui avoisinent ces bergers, ont le moyen d’exploiter ce travail, et c’est pourquoi ils laissent la vie à leurs prisonniers, dont ils font des esclaves. L’apparition de l’esclavage présuppose ainsi que les forces sociales ont atteint un degré de développement permettant d’exploiter le travail des captifs (*). Mais l’esclavage est un rapport de production dont l’apparition marque le début de la division en classes pour une société qui ne connais- sait jusque là d’autres divisions que celles qui correspon- dent au sexe et à l’âge. Quand l’esclavage atteint son plein épanouissement, il met son empreinte sur toute l’économie de la société, et, par cette économie, sur tous les autres rapports sociaux, et avant tout sur le régime politique. Quelque différents que fussent les Etats antiques par leur régime politique, ils avaient tous un trait commun : chacun d’eux était une organisation politique exprimant et défen- dant uniquement les intérêts des hommes libres. ( Vôlkerkunde, I, p. 83. Il est à remarquer d’ailleurs que réduire en esclavage c’est parfois, aux premiers degrés de l’évolution, tout simplement incorporer de force des prisonniers dans l’organisation sociale des vainqueurs en leur conférant les mêmes droits qu’à ces derniers. Il n’y a pas alors de profit fourni par le surtravail du pri- sonnier, mais simplement un avantage commun découlant de la colla- boration avec ce dernier. Mais cette forme d’esclavage présuppose Pexistenge de certaines forces de production et d’une certaine orga- nisation de la production. 150